CHAPITRE douzubmb. 19â
passent; être menés à la gaerre sans le consentement de leurs parens^hors dans les cas d'urgence ou pour la défense de leur ^ille; il régla de même qu'ils ne pourraient jFaire leur pèlerinage à la sainte Kaaba de la Mekke, sans la permission expresse de leur père et de leur mère, ou, à leur défaut, de leurs aîeox ou de leurs oncles; il ordonna, dans les procès d'adultère, d'homicide et autres délits emportant la peine de mort, si les coupables et les complices n'avouaient pas, que le magis^ trat ne pourrait appliquer cette peine à moins qu'il n'y eût quatre témoÎDs oculairesqui déposassent dufait en pleine connaissance de cause. Les adultères étaient condamnés à mourir lapidés, et les gens non mariés qui se narraient notoirement an libertinage étaient punis de cent coups de fouet, f homme tOQt nu, et la femme dans un sac de toile. L'homme subissait de plus un bannissement d'un- an. Il ordonna qu'il y aurait lieu, pour ce genre de délits, à l'arbitrage du juge, qpi mettrait préalablement les coupables en prison, et au cas d'égalité de conditions les forcerait à se marier et l'homme à payer une dot à la femme. Il ordonna également qu'on layàt eteoyeloppât ceux qui avaient été misa mort par jugement, et qu'on les enterrât avec les mêmes prières et dans les mêmes ùmetières que les autres musulmans. Il établit pareillement qu'il y aurait lieu à l'arbitrage du juge pour les peines concernant les voleurs. L'ancienne loi portait contre quiconque volerait dans une maison, dans un jardin ou terrain clos non en friche, désert ou sans gardien, quelque chose qui eût une valeur d'un quart de dobla d'or, ou le poids de trois dirhems d'argent et au-dessus, la peipe de la mutilation, qu'il fût homme ou femme, esclave ou libre, pourvu cependant qu^ l'homme eût au moins quinze ans et la femme treize. Pour le premier vol on coupait la main droite; pour le second^ le pied gauche; pour le troisième^ la main gauche; pour le quatrième, le pied droit; pour le cinquième, on omettait à la torture et dans une prison perpétuelle. Youssouf adoucit ▼m. 13
It4 BSStosBÉ d'espaoub.
lu rigueur de cette loi autant qu'il fat eu lui, et réduisit le châtiment pour le premier vol à la peine du fouet et à l'emprisonuemeut, ne laissant subsister que pour le second la peine de la section d'une main (la main gauche) ou celle du pied, au choix du condamné.
Mais Tarchitecture surtout occupa les loisirs d'Toassoaf,. et on lui dut rachèvement ou Tédification de plttsiears belles parties de TAlhambra et nombre d'autres édifices remarquables. A Teiemple du prince, les grands bitissaient de splendides demeures, et la ville fut bientôt remplie de maisons élevées, construites avec élégance, ayant de nombreuses tours en bois de cèdre,et merveilleusement travaillées,d*aatres en pierre, et ornées de brillans chapiteaux de métal. Dans l'intérieur de ces palais, on trouvait de grandes cours (pattoi), avec des galeries délicatement sculptées, autour desquelles étaient" distribuées des salles de diverse grandeur, remarqua* blés par la délicatesse des décorations de leurs parois et de leurs plafonds, peints en or et en azur; les pavés même de ces salles et des cours étaient exécutés au moyen de petites pièces de faïence {azulqos) formant des mosaïques. Ces omemens se trouvaient dans les maisons de presque tous les mtoyens aisés; dans celles des grands, les pièces principales effraient, en outre, d'admirables fontaines d'eau vive, qui y répandaient la fraîcheur ; et tout ce luxe d'architecture était si généralement en usage, que Grenade, à cette époque, semblait, suivant l'expression d*un auteur arabe, une coufM d'ar^en^ remplie d'hyacinthes et d'émeraudes^.
Quelques-unes des maisons de Grenade ont conservé, malgré l'effet du temps et des révolutions, leur distribntiou et leur aspect primitif; les plus belles paraissent remonter à ce règne. Ces maisons ressemblent à celles qu'on voit etuiore sur les côtes d'Afrique. Elles ont à l'entrée, du
1 Coade, t. m, pag. 146.
GiUPlTRl& DODKiraiB. 1 95
côté de la roe, un vestibale plus ou moins étroit et obscur, véritable atrium des Romains, lequel aboutit à un patio ou eatœdium, et celui-ci offre sa fontaine jaillissante entourée d'or^gers, ainsi que ses galeries à colonnettes, serrant d'entrée aux salles disposées tout autour de la cour. Souvent encore, comme au temps des Maures, les chambres et les ialles ne reçoivent le jour que de l'intérieur, du côté du patio; du côté de la rue, les habitations offrent un mur entièrement nu, ayant à peine quelques onyertures fermées par des grilles. L'art monumental marcha de pair,^ou plus exactement stimula ce progrès général de Tarchitecture appliquée aux besoins ordinaires de la vie.
li y a , dans l'histoire de Tarchitecture chez les peuples musulmans de la Péninsule, trois époques distinctes. Dans la première, qui se place sons les règnes des premiers émirs ommyades do Cordoue, un caractère particulier se remarque : c'est rimitation de l'art arabe; tel qu'il s'était produit sons les premiers khalifes de Damas, de la dynastie des Ommyades.
Lorsque, dans la seconde moitié du vm® siècle, le jeune Abd-el-Rahman beuMoawiab, qui transplanta cette dynastie dans la Péninsule, eut fondé en Espagne l'émirat indépendant de Cordoue, les hommes de Syrie, d'Egypte et de Mésopotamie qui étaient restés fidèles à la cause des Ommyades, afflaèrent en Andalousie. Ils s'y établirent à demeure fixe comme leur chef, et, comme lui, pleins du regret et du souyoair de leur première patrie, ils multiplièrent près d'eux tout ce qui pouvait leur en retracer l'image. Déjà l'architecture arabe comptait, «n Orient, divers monumens remarquables; ces monumens furent les modèles que se proposèrent naturellement de reproduire dans la Péninsule les architectes orientaux. Gomme nous l'ayons yu en son lieu, ce fut Abd-* ciRahman 1er qui traça, en 786, le plan de la mosquée de Cordoue, et il voulut que cette mosquée, construite sur le modèle de celle que sa famille avait fait élever à Damai, sur-
196 HISTOIRE D'BSPAGUB.
passât en magnificence et en grandeur celle que les ennemis de sa famille (les Abbassides) faisaient en ce moment même construire h Bagdad, leur nouvelle capitale. Delà, le premier genre d'architecture introduit par les Arabes dans la Péninsule.
On peut, dans la mosquée de Gordoue, malgré les additions et les changemens qu*on y a faits pour rapproprier au culte chrétien , reconnaître aisément le style qui marqua cette première époque de Fart musulman en Espagne. Ce qui frappe d'abord dans cet édifice', c'est une partie de la disposition des basiliques chrétiennes à cette époque. L'imitation est évidente. L'église de Saint- Ambroise, à Milan, et la cathédrale de Salerne, sont précédées l'une et l'autre, comme la mosquée de Gordoue, d'une vaste cour entourée de galeries. Il y a plus : les églises décrites par Eusèbe de Césarée, dans sa vie de Constantin, édifices qai réunissaient des cours, des portiques, des fontaines et des logemens pour les prêtres, ont conduit naturellement, suivant la juste remarque d'un savant orientaliste^, aux mosquées de Jérusalem, de Damas et de Fosthath» et devaient être imitées d'autant plus facilement, qu'elles se prêtaient davantage aux besoins du nouveau culte.
Ce premier genre fut donc un genre composite, dans lequel, comme Ta fort attentivement observé M. Giranlt de Prangey, l'imitation des édifices chrétiens, romains et byzantins, ne porte pas seulement sur l'ensemble. Il y eut plus que l'imitation des formes et des ornemens arcbitechtoniques, il y eut emprunt des matériaux mêmes de construction. Des édifices romains ruinés par les Barbares, et dont les débris subsistaient épars dans quelques villes espagnoles, les conquérans tirèrent I06 principales assises, les colonnes et les ornemens des édifices nouveaux qu'ils aocom-
* Voir les Monumens arabes et maures de Gordoue, SévUle et Grenade, et VBsm sur TÀrchitecture des Arabes, par M. Girault de Prangey. «M. Rdnané^derinstltut.
GHAPITBE DOU23ÈBIE. 1 97
modaient à lears mœars et à lears idées, et de là sortit cette architecture vieille à la fois et nouvelle ; vieille dans qoelques-uues de ses parties, nouvelle par Tarrangement et la mise en œuvre ; d'imitation enfin, et plus que d'imitation, d'emprunt en certains endroits (pour abréger le travail), et cependant au plus haut degré merveilleuse dans les détails et originale dans Tensemble*
Le plus magnifique reste de cette première architecture des Arabes andalousiens porte les traces évidentes de cette mise à contribution de matériaux antérieurement employés, tout-à-coup appelés à s'élever dans un ordre nouveau. Abd-el-Bahman, à ce qu'il semble, entra le premier dans cette voie, au moins d'une large manière. Il fut conduit par la nécessité à adopter ce système. Il était pressé par le temps, il manquait de matériaux et d'ouvriers ; il avait conçu et tracé, d'après ses souvenirs et en y ajoutant, le vaste plan delà mosquée qu'il avait hâte d'édifier; il la voulait faire de marbre et digne du Dieu de Mahomet. Il songea à faire servir à sa construction les restes précieux des édifices romains qui abondaient ea Espagne. Il fit recueillir et mettre en œuvre leurs riches débris; il dépouilla et fit même disparaître entièrement quelques-uns de ces édifices, que sa mosquée absorba. Des colonues, des chapiteaux d'une construction évidemment romaine, y entrèrent comme élément de composition, et y prirent place à côté les uns des autres, souvent avec discordance ; les colonnes y furent ajustées ensemble tant bien que mal par les architectes, quelquefois avec les inégalités les plus contraires aux règles de l'art. Il en résulta, malgré tout, ce Yaste édifice, d'un ensemble si imposant, soutenu par une forêt de colonnes, et tout rempli encore de grâce et de majesté, malgré les altérations fâcheuses qu'on y a apportées en le consacrant au culte chrétien, et qui en ont rompu l'ordre et l'harmonie primitives ^
1 Les chrétieittydit un voyageur (Nouveau Voyage en Espagne, etc., t. m, p. i4f),
196 HISTIMRE D'ESPÂOn.
Cette première période de Tart arabe en Occident, qui dara on peu moins de deux siècles, fut cependant soumise ani Tariations ordinaires du goût et de la mode, et, comme on ne cessa presque, pendant tout ce temps, d'ajouter à l'embel- * lissement ouà Tagrandissementde la mosquée d'Abd-el-Rahman V^^ ces Tariations s'y découvrent eticore d'une manière sensible. Le regard exercé de Farchéologue peut y suivre, en quelque façon ^ les tatonnemens et la marche de Tart chrétien contemporain, depuis la fin du huitième siècle jasqne dans la seconde moitié du dixième, époque à laquelle on i^it se développer chez les Arabes, d'une façon très marquée, le goût des décorations éclatantes et surchargées de détails. La forme des arcs, jusque-là bornée au plein-ceintre outrepassé, s'enrichit et se complique de festons et de courbes variées ; Tornementation byzantine, déjà si recherchée et si somptueuse elle-même, ne suffit plus aux exigences du caprice et de la mode. L'exemple le plus frappant de cette phase de Tart est la chapelle de la mosquée de Gordoue, connae aujourd'hui sous le nom de capiila Yillaviciosa^ chapelle décorée, d'après une inscription arabe qui fait elle-même partie de sa décoration, sous le khalifat et par l'ordre d'El Hakemll, vers l'an 965 de notre ère.jLa chapelle Yillaviciosa résume, suivant M. Girault de Pfangey, toutes les connaissances acquises par les Arabes à la fin du dixième siècle, dans les diverses parties de la construction et de Tornementation.
Là s'arrête l'art arabe proprement dit, et commence une deuxième époque de transition. Après la chute du khalifat de Gordoue, lorsque, dans le dernier quart du onzième siècle, les émirs musulmans qui s'étaient partagé l'Espagne en principautés indépendantes, se virent contraints d'appeler l'Afri-
en consacrant cette mosquée au culte du vrai Dieu, ne Font pas embellie. Ils ont pris sur ses dimensions pour y établir leurs chapelles principales. . . . U n'est guère de rangées de colonnes qui ne soit Interrompue par quelque porte ou quelque cbapelljç, etc.
mn Tonssonf. bea Taschfyn aa secours àt rislamisme en péril, Tesprit arabe fut dominé et modifié par un esprit Doa¥eau. La venue du chef des Almoravides changea toutes choses eo Espagne. Secourus en 1086 par les AlmoraYides, les émirs andalousiens furent, en effet, sauvés un moment à Za-t lak9; mais, comme parle Homaïdi, ils éprouvèrent bientôt que si Toossouf avait brisé 1^ chaînes que leur apportait Àifonse, Iq conquérant africain se préparait à charger leur cou de chairnés plus pesantes encore, et quils ne pourraient supporter. ÏOQsaouf , eu effet, détrôna successivement tous ces rois qu'il venait de sauver des mains du roi de Gastille. L'Espagne mn^ solmane fut par lui soumise à Tinfluence des Âfrioains, in«» floence qui continua sous les Àlmohades, et c*est alors que se développa dans Tart monumental ce nouveau genre auquel on a justement donné le nom distinctif d'art mauresque; art non entièrement nouveau, mais profondément modifié, et qni conduisit naturellement à la troisième et dernière tran&* formation dont les édifices de Grenade sont la plus éclatante expression. « Les monumens romains, dit M. Reinaud, qui pendant longtemps avaient fourni des matériaux pour les nouvelles constructions, n'offraient plus les mêmes ressources. A côté de l'arc pesant et simple de la Grèce et de Borne, s'élève Varc à ogive, plus ou moins élancé; à l'ornementatioD byzantine régulière, succèdent les broderies et les ornemens les plus capricieux; aux mosaïques en verre et en marbre de Gordoue, on pourrait dire de Byzance et de Bavenne, sont subtîtuées des pièces de faïence aux couleurs éclatantes, qu'un art nouveau dispose géométriquement* L'emploi des mosaïques en faïence se remarque pour la première fois dans chapelle YiUavidosa. Ce goût devint général, et on le fit servir au pavement des salles et à la décoration des lambris et des fontaines. Ce nouveau système acquit tout son développement dans U dernière moitié du douaième siècle, sous la dynastie des princes Almohades, qui régnaient
200 EÙESTOIRE I>'1SSPâGNE.
également sur TEspagne et sur la partie nord-otiest de TAfriqne. Les échantillons les plus brillansde cette phase de Fart se trouvent à Séville, alors siège de la puissance des nouveaux maîtres de la Péninsule. Ce sont la Giralda, les débris de la mosquée qui a été remplacée par la catédrale actuelle, et certaines portions de TAlcaçar <. »
Ce fut par ce chemin que les Arabes arrivèrent enfin à te troisième et dernière transformation, dont TAIhambra est demeuré le produit le plus imposant. L'impulsion donnée à l'art par l'émir fondateur de la dynastie des Nasserides de Grenade se maintint sous ses descendans pendant près d'an siècle et demi. Les constructions dé TAlhambra, commencées vers le milieu du treizième siècle, sous Mohammed Al-Ahmar, se poursuivirent, en effet, jusque vers la fin du quatorzième. Les Arabes consacrant par des inscriptions les monumens qu'ils élevaient ou embellissaient, il a été possible d'assigner à chaque partie de l'édifice Tépoque à laquelle elle a été construite. Les portions importantes de TAlhambra qni furent exécutées par les soins d'Aboul-Hedjadj Youssôuf témoignent d'un degré de perfection qui ne fut qu'égalé sous son fils Mohammed Y, et Ton peut dire que Tarchitecture ^rrasine atteignit en ce temps son apogée.
Jusque dans l'ornementation, l'architecture des Arabes andalousiens porte le cachet particulier des idées religieuses, des mœurs et des habitudes sociales de la nation. Un élément original la distingue : c'est l'emploi de l'écriture comme motif de décoration. On l'a remarqué : l'écriture arabe, avec ses formes déliées, contournées, mystérieuses, se prête nierveilleusement à cet usage. On sait que les Musulmans, partageant les préjugés des Juifs, s'interdisent toute représentation de
1 Ces différentes constructions furent élevées sous le règne de Yakoub el Mansour, qui avait le goAt de» arts, et de qiû U existe encore des monumens analogues à Féz et à Marok.
GHAPITRS DOUZliaiE. 201
ce qui a en vie. Il existe, à la vérité, des exceptions; mais le principe n'en est pas moins absolo, et, en général, on s'y conforme. Pour varier leurs couleurs, les artiste^ musulmans ont été obligés de s'attacher à des détails qui, pour nous, ne sont que très secondaires. Sur les parties les plus anciennes de la mosquée de Gordoue, on voit dominer récriture konfique, écriture d'un trait mâle, et à lignes droites. Peu à peu récriture konfique se mêle aux ornemens capricieux qui Tentourent. Enfin cette écriture fait place aux caractères neskhys ou cursifs, caractères bien plus légers de forme, et qui se combinent mieux avec les fleurs et les entrelacs; récriture neskhy, comparée au koufique, rappelle l'élégance de notre écriture cursive, opposée à la sévérité d'aspect des anciennes lettres onciales. Les plafonds, les fenêtres, les parois et les portes de rAlhambra,les frises, les soubassemens, sont tout chamarrés de versets du Koran peints encaractères neskhys, ou quelquefois de pièces de vers choisies parmi les meilleures des poètes le plus en renom. Le nesky domine à Grenade. Ces inscriptions sont, à tout prendre, fort précieuses pour l'histoire. Ce sont comme les références traditionnelles de l'architecture.Ily a toute une anthologie arabe écrite sur les murs de TAlhambra. Les pièces de vers, sculptées on peintes sur certaines portions de Tédifice et qui se rapportent au règne d' Aboul-Hedjadj Youssouf , sont très nombreuses. Elles déterminent quelle part il eut à Tédification du monument. On lui doit, outre plusieurs autres embellissemens, la construction de la salle des Ambassadeurs, de TAntisala, de rAlcaïseria et de l'Alberca. Ce fut lui aussi qui fit construire la porte connue sous le nom de Porte du Jugement (Puerta del Juicio), proprement en arabe Porte de la Loi (Bab el Schéryé). L'inscription suivante, placée parmi les ornemens qui la décorent, en a consacré le souvenir :
« ïi'ordre de construire cette porte, nommée la Porte du
20S Hmom D*B8FA0]IE.
Jagemeut (que Dieu fasse prospërec par elle la loi de Flslam, comme il en a fait une gloire éternelle), a été donoé par notre maitre Fémir des Musulmans, le sultan valeureux et équitable, Aboul-Hedjadj Yonssouf, fils de notre mcdtre, le sultan valeureux et saint, Aboul«Walid, fils de Nasr, que Dieu récompense ses actions pures pour Tislamisme, et quil agrée ses exploits dans l'intérêt de la religion. Elle fat construite dans le noble mois de la nativité % Tau sept cmt quarante^-neuf^. Puisse Dieu fs^re de cette porte un traaleyard protecteur, et l'inscrire parmi les œuvres bonnes et durables! »
Dans la salle des Ambassadeurs, on lit, sur la fenêtre droite, une pièce de vers contenant la description ^e sa beauté :
« Je suis le siège orné de la fiancée, brillant de beauté et de perfection.
» fiegarde seulement ce vase, et tu recoonaitras la parfaite vérité de mes paroles.
» Regarde aussi ma couronne, tu la trouveras semblable à celle du croissant.
» Le fils de Nasr est le soleil qui donne à ma sphère it spleadeur et la beauté.
» Qu'il reste toujours à la hauteur de son rang, assuré contre le temps du déclin. »
Sur la fenêtre qui est en face de la première, on lit ce qui suit, se rapportant toujours au même émir :
« Je suis la glorification de la prière^ qui prend la direotion du bonheur ; tu pourrais regarder ce vase comme quel- I qu'un qui est debout pour faire sa prière.
^ C'est-à-dire de la nativité du prophète ; c'est le mois de rabi-d-awal.
3 Juin 1348. —Le mois de juin aral»e, ràbi el awol, courut cette année du 29 mai au 27 juin.
3 C'est là une locution familière aux Arabes. « Une mosquée, toujours fréquentée par les personnes qui vienipent y faire leurs dévotions, dit M. Demburg, peut, à juste tilre, être appelée la glorificotian de la prièr$. »
GBA9CTB DOUntalK. 903
» A peine est-elle finie^ qu'il se hftte de la répéter.
» Et par mon maître Ebn-Nasr, puisse Dieu exalter ses serviteurs I
» Par lui, dont Torigine remonte jusqu'au prince khasredjite Saad, fils d'Âbada'. »
Sur la fenêtre suivante on remarque de la prose; de même dans la fenêtre en face. Sur chacune d'elles on lit aussi de la poésie :
» Je surpasse les plus belles par ma robe et par ma couronne; aussi les astres les plus brillans du zodiaque m'envoient-ils des rayons d'amour.
» Le vase d'eau parait en moi comme un fidèle qui, dans la kiblah do sanctuaire, vient s'entretenir avec Dieu.
» Mes bienfaits garantissent, malgré les vicissitudes du temps, l'homme altéré et souffrant du besoin (de la soif).
» Ainsi, dans mes effets, je semble être nourrie de libéra-* lité^ par la main de notre maître Aboul-Hedjadj.
» Pnisse-t-ii ne jamais cesser d'éclairer mon ciel, tant que la pleine lune reviendra briller dans les ténèbres de la nuit! »
Sur la fenêtre de gauche, est un morceau de poésie ; le voici :
« Les doigts d'un artiste m'ont délicatement brodée, après qu'on eut disposé les joyaux de ma couronne.
» Ainsi je ressemble au trône d'une jeune fiancée, et je l'emporte même sur lui, car j'assure la félicité de l'onion.
» Quiconque s'approche de moi en se plaignant de la soif,
1 Le besoin de faire honneur d'une origine illustre à ceux qu'ils prennent pour naUres a toujours dominé les tionunes. Saad, fils d'Abada, qu'on donne ici, très gratuitement, pour aïeul à Youssouf, était un des ansars, ou compagnons médinois de Mahomet, de la tribu des Benou-Khasredj.
2 En arabe : l'humidité. La main humide veut toujours dire la main de Phomme ISénéreuz, de même que la main sèche indique ceUe de l'avare.
204 HISTOIRE D*SSPAGNE.
je lai prête mon secours et lai offre aa liquide frais^doux et sans mélange.
» Je sais comme r«irc-en-ciel, qaand il parait, et notre maître Àboul Hedjàdj est le soleil qui me fait être.
» Paisse sa demeure ne jamais cesser d'être sous la protection du ciel, aussi longtemps que la maison de Dieu continuera à être le lieu du pèlerinage! »
Dans la salle dorée du milieu, qui était comme leâége de la royauté, on lit une pièce de poésie, placée en une seule ligne, au-dessus des fenêtres du côté du nord de la salle des Ambassadeurs :
« Que les bouches des vœux, du bonheur, de la prospérité et de l'allégresse, te saluent de ma part, le matin et le soir !
» Voici le dôme sublime ! Nous voici, nous, ses filles! mais c'est à moi qu'appartient rexcellenceet la prééminence dans ma famille!
» Si Ton nous regarde comme les membres d'un corps, je suis, sans contredit, le cœur au milieu d'eux. Or, c'est dans le cœur que la force de l'esprit et de l'àme prend naissance.
» £t si mes compagnes représentent les signes du zodiaque de son ciel , c'est en moi que la splendeur du soleil les dépasse.
» Youssouf, mon maître, secouru de Dieu, m'a ornée de vêtemens de gloire, et, sans contredit, de prédilection.
» Il a fait de moi le trône de l'empire, et moi, j'ai maintenant sa grandeur, par celui auquel appartient la lumière, le siège et le trône du ciel. »
On sait ce qu est encore l'Alhambra aujourd'hui. Une partie de l'ancienne résidence des rois de Grenade fut détruite dans la dernière moitié du seizième siècle par Tordre de l'empereur Gharle8-Quint,j)oar faire place au palais d'Alonzo Berruguete, bâti dans le goût de l'époque, et qui, bien qae
GHAPITBE DOUZIEME. 205
remarquable en soi, fait disparate, par sa lourdeur, à côté de la svelte et capricieuse architectare du reste de Tédifice. Miuées par le temps oa détériorées par des restaurations maladroites, quelques autres parties ont perdu leur grâce et leur suavité premières. Mais les admirables restes qui ont écbappé au temps et aux restaurations suffisent pour donner l'idée de sa magnificence avant toute altération. Le voyageur toutefois, qui cherdie de Toeil, en arrivant à Grenade, l'AIhambra, comme un diadème éclatant au front de la cité, est tout étonné de ne voir d'abord qu'une masse de murailles rougefttres d'assez monotone apparence '. Mais cela ne tient à aucune cause étrangère. Telle est encore aujourd'hui la manière de construire des Orientaux. L'extérieur des édifices mauresques, simple, presque sans décoration, à peine percé de quelques fenêtres fermées par des treillages, rappelle partout la vie sédentaire et purement intérieure que commandaient au Maure sa religion et ses habitudes. Aussi, à Grenade, dans tous les édifices publics, mosquées, collèges, bains, comme dans les habitations privées, tout Téclat des décors, toutes les recherches du luxe, étaient pour Tintérieur. Bien, au dehors de TÂlhambra, n'annonce la salie des Ambassadeurs ou celle des Deux-Sœurs ; l'entrée même de la vaste villa mauresque n'offre qu'un arc immense, orné de quelques emblèmes et d'une inscription renfermant le nom du prince qui l'avait fait élever ; tandis que, dans l'intérieur du palais, tout justifie l'idée que le nom seul d'Alhambra fait naître. « Quel spectacle inattendu! quelle réunion de tout ce qui peut flatter les sens! L'eau circule partout : ici s'élancent des jets qui rafraîchissent l'air ; là roulent des cascades dans des rigoles de marbre; puis, l'eau se recueille au centre des patios, dans des réservoirs entourés de plates-bandes
* Au dehors^ on ne voit, dit un auteur français, que de gtùsaes tours massives, coideor de bfiipie oa de pain grillé.
206 HISTOIBB D*B8PA0]IE.
d*afbu8tes et de fleurs. Les salles sont percées de nombreuses fenêtres à daire-voie et découpées en broderies de stuc, qai tempèrent l'éclat de la lumière. Cette disposition de fenêtres élevées est favorable au renouvellement continuel de Tair, et permet de jouir plus complètement de Teffet des couleurs. Partout la vue est frappée dlnscriptione, tantôt choisies panai les vers des poètes les plus en faveur, tantôt rappelant certain passages du Ecran, tantôt exprimant des vœux pour le prince qui a élevé cette partie de Fédifice. »
C'est là surtout ce qui distingue les monumens de cette architecture particulière aux musulmans de Grenade. C*estla légèreté, Texquise délicatesse des détails et des omemens, h grâce et le mouvement intérieur des colonnes et des d^telures, la riche disposition des couleurs et des entrelacs , enfin Tingénieux et haUle emploi de l'écriture comme motif de décoration. £n aucun pajs cette architecture ne s*est produite avec tant d'éclat, n'a laissé de vestiges plus brillans, plus gracieux qu'à Grenade, un plus imposant eu** semble d'arabesques et de merveilles. Sur la côte d'Afrique, à Alger, à Tunis, à Palerme, subsistent quelques monumens remarquables, pareillement d'origine arabe ou mauresque. Mais la Ziza et la Cuba, de Paierme, sont dans un état de dégradation, ou ont subi des modifications telles, que l'ordre primitif en a presque disparu. Tunis possède encore de vastes édifices, et les écrivains arabes citent l'antique mosquée de Kaïrouan conune le sanctuaire du Maghreb. Enfin, il existe à Marok, à Fez, et même à Tanger, quelques beaux restes d'édifices évidemment construits suivant les mêmes idées architechtoniques qui ont présidé aux constructions de Grenade; mais tous sont consacrés aux services religieux, et Ton sait avec quelle rigueur les musulmans en défendent l'approche et surtout l'étude aux infidèles. Le dessin par suite n'a pu les reproduire, et nous eu ignorons la valeur, mais personne ne songe À les eomparer an
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chef->d'œovr6 de llarchitecture hispano-mauresque. Bestent les édifices dvîls, les seuls qu'il ait été donné aux voyageurs et aux archéologues de voir et de pouvoir dessiner; mais, presque tous de construction moderne, ils n'offrent qu'une imitation presque grossière, et tout au moins fort décolo* rée des éditées de Gordoue, de Sévillè et de Grenade. «A Tunis et à Algar, dit Técrivain le plus compétent sur ta matières nous n'avons rencontré aucun monument ci vil qui remontât à une époque ancienne , aucune portion d'é*» difice qui appartint à la grande époque de l'art maures* que. Des colonnes d'un goût vulgaire, souvent polygones on torses, toujours à chapitaux plus ou moins grossiers ; des omemens en stuc, où Ton retrouve à peine quelque réminiscence du mauresque d'Espagne ; des mosaïques formées, en général, de carreaux de faïence bariolés sans goût et tirés d'Europe , comme les colonnes , voilà les ornemens des palais actuels de la Barbarie. Dans les formes tôurmen* tées de certains détails d'ornementation , il est facile de reconnaître partout l'influence du goût bizarre de nos meubles et de nos constructions du siècle dernier. » Sic trûMit gloria mundit — Les Arabes-Maures d'Afrique passent à bon droit pour des barbares, comparés à leurs aïeux les Arabes-Maures d'Andalousie.
Toussouf encouragea aussi par diverses ordonnances /éducation et l'amélioration de la race chevaline. Il aimait beaucoup ta botanique et les sciences naturelles, et il avait fait faire plusieurs copies des ouvrages d'Abdallah Ibn Albaythar (fils du Yéiérinaire), habile médecin et savant naturaliste, natif de Malaga, ou plutôt de Benana, village voisin de Hataga. C'était un philosophe et un médecin illustre, dit Alboulféda, tellement versé dans la botanique que cette science importante sembla entièrement épuisée par lui seul.
* M. Girault de Prangey, Essai sur rarchiloQluN aniw.
208 mSTCMAE D^ESPAGinS.
On avait une telle confiance dans ses assertions, et ses opinions sar cette matière jouissaient d'un tel crédit, que chacun le consultait tet le considérait comme un oracle. A Teiemple de Pline et des autres philosophes, pour se procurer one connaissance parfaite des simples et des plantes, il parconrat l'Egypte, la Grèce et les provinces d'orient et d^occident, et là cet homme, dont le génie et la pénétration ne le cédaient à personne, avait consulté avec empressement les personnages les plus instruits. Par un vote unanime de toutes les académies, il fut nommé archiatre, ou premier médecin de TÉgypte, et laissa plusieurs monumens variés et choisis de son talent, an nombre desquels est le célèbre livre des médicamens simples. Il fut accueilli avec de grands honneurs par Malek £1 Kamel, roi de Damas, qui en fit son rosis ou directeurgénéral de ses jardins* Gasiri, dans sa Bibliothèque Hispano- Arabe de TEscurial, donne une notice étendue sar la vie dlbn Albaythar et sur le contenu et le mérite de son principal ouvrage ; il en a publié la préface entière en arabe et en latin, dans laquelle Fauteur expose tout son plan et sa méthode K Cet ouvrage, qui fait le plus grand honneur à notre Ibn Albaythar, est intitulé : Djamé aladouiat almofredat (Becueil des médicamens simples, ou mieux : Des Simples comme médicamens). Dans quelques manuscrits il porte le titre plus court de : Kitcib almofredat (Livre des Simples). G*est une histoire générale des simples et de toute la botanique, distribuée par ordre alphabétique en quatre volumes, qui traitent de toutes les herbes, plantes, pierres, métaux, animaux, de leur emploi et de leur vertu, avec tant de perfection et de soin, que les précédens ouvrages de Dioscoride, de Galien, d'Eginète et d*Oribase, qui jouissaient déjà d on certain crédit, y sont non seulement éclaircis et corrigés,
1 Casiri, Bibliotheca Hisp.-Aral). Escurialensis, 1. 1, p. 275 et suiv. Cette préface est également rapportée par Assemani dans le catalogue des manuscrits orientaux de b bibliotbèque Nanione, 2e^ark., p. 248.
CSAPITRE DOl3ZI£B(I£. 209
mais encore aagmemtés d'une infinité d^articlesinconnusd'enx. Une note anonyme manuscrite d'une des copiés de FEscurial, note rapportée par Hottinger dans sa Bibliothèque orientale, parlant du premier livre seulement, dit qu'il contient plus de deux mille simples qui ne se trouvent pas dans Dioscoride. « U n'existait pas, dit Andrès, de livre grec, arabe ou espagnol, traitant decette matière, qu'ËbnAlbaythar n'eût attentivemedt étudié. Il acquit par là une si vaste' et si profonde érudition que seule elle, aurait suffi pour lui mériter un nom célèbre parmi les écrivains botanistes ; mais il ne se contenta pas de ces connaissances puisées dans les livres- et dans la retraite de son cabinet. Il parcourut l'Espagne, la Grèce, l'Afrique, l'occident et Vorient, pour rechercher de nouvelles plantes, et pour mieux connaître .qu'il n'avait pu le faire dans les livres le sol qui leur est propre. Il n'affirme rien et n'écrit rien concernant ces mêmes plantes, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même, sans en avoir obtenu la preuve par une longue expérience et par d'attentives observations <. » On ne doit donc pas s'étonner que Gasiri ait loué, à diverses reprises, un ouvrage aussi distingué, et Tait trouvé digne, à plus d'un titre, d'être traduit en latin. U y a plusieurs exemplaires de l'original arabe dans la Bibliothèque bodléyenne, dans la Bibliothèque royale de Paris, à l'Escurial, et dans la Bibliothèque impériale de Yienne. Gasiri consulta ses antres ouvrages. Un traité sur les Gitronniers, par le même Ibn el Baythar, fut traduit en latin par Alpage et imprimé à Paris en 1602.
Nous avons vu qu'Algésiras s'était rendue à Alfonse XI le 26 mars 1344, après avoir soutenu un siège de vingt mois. Âboul-Hassan et Alfonse conclurent une trêve de dix ans ; mais, environ huit ans après, Abou Hamou, ce même fils
I Giovanni Andres, Origine e Progressi d'ogni letteratura, t. y, p. 59.
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d' Abôul-Hassan que les Castillans avaient fait prinniDier à la bataille de Tarifa, s'étant levé contre son père, Alfonse II se erat dégagé de la trêve, et saisit avec empressement ce prétexte de la rompre. Il convoqua à cet effet les oortès gé'^ llérales de ses royaumes à Alcala de Hénarès.
L'endroit où les corlès s assemblaient n'était point fiiei tour à tour il était désigné par le roi, tantôt dans une ville, tantôt dans une autre, selon le besoin du moment et à sa volonté. Il était d*usage toutefois, dans les grandes occa- «ions, lorsque le roi voulait que se réunissent effectivement tous les députés des villes ayant droit de représentation, de les convoquer sur un de& points voisins des ports qui difisaient la Gastille- Vieille du royaume de Tolède. Et c'est pourquoi il choisit Alcala de Hénarès.
Les cortès générales qui s'y assemblèrent furent, poai^ ainsi parler^ plus générales qu'elles ne l'avaient encore été sous ce règne. Suivant l'antique usage, elles se composaient des prélats de l'ordre ecclésiastique, archevêques, évèques et abbés, des comtes, des ricos-bomes, des caballeros et deo grahds-maîtres des trois ordres militaires de Saiot-^JacqueB^ d'Alcantara et de Galatrava , représentant l'ordre de là noblesse. Dix-sept villes y envoyèrent des représentans. C'étaient Burgos, Léon, Tolède, qui, ville libre^ s'était dispensée jusque-là de fournir son contingent de guerre, Cordoue, Murcie, Jaen, Séville, Cuenca, Zamora, Saint- Jacques de' Gon4)Ostelle, Guadalaxara, Yalladolid, Salamanque, Avila^ Soria, Ségovie et Toro. Chacune de ces villes envoyait ses djSux principaux magistrats {regidùr£s) pour la représenter dans les cortès, excepté Séville et Toro, qui n'envoyaient qu'un magistrat et un jurât. Burgos, Léon, Séville, Gordoue, Murcie et Tolède y avaient droit de préséance, comme capitales des principales provinces du royaume (cabezas de reyno). Les autres villes se plaçaient dans l'onke que leur donnait le hasard au moment de l'assemblée. Elles votaient
GllAi'lltË DOtJ2t£llllÈ. ai
l66 pfisiAiëi^ës par râtt^ dancléUnetë, et ^iégeaieilt dsltlâ le môfli6ôttlr64 Plusieurs tilles, avant toute délibération, rédàffièrent la ccHifirmation de leur fueros, et Tolède la prefflière. Ou allait ouvrir Id séance. Les membres de ce grand cèiigrès national étaient ràsseiùblés encore , pour ainsi parler, t^te-méie dans la salle* On allait prendre raùg , lorsqu'un des députés de Tolède s'aVança vtrs le roi, et , après s*étre incliné respectueusement devant lui^ réeladia les privilèges de 8a ville. Sa demailde Itii fut accordée, et la dé(fisidn du tdi fut ^(i'oti ne .changerait rien aux anciens usager de Tdlède : On donna à ce député le certificat de sesi droits, et il se retira.
L'assemblée éètHit^t ensuite debout, et les rangs confondus, dans l'hémicycle t(ui entourait lé trône, le discours Que le rd prononça lui-même. Après avoir dit qu*il allait instruire tous te dépiitfe des raisons qui l'avaient décidé à les réUtof, il ordonna à son président de lire ce iju'il avait à leur apprendre, afin qu*ils pussent délibérer sur ses projets^ : dprès quoi^ il fit signe à chacun de se plaéer.
Les repréâentans de Btirgos et de Tolède se levèrent et s'avancèrent en ce moment vers le roi : il était évidetit Qu'udé question de préséance s'était élevée entre les deux villes. Btttgos, en l'absence de Tolède, avait parlé la première jusqae-là. Tolède présente loi disputait cet honneur. LiMroit de chacune des deux villes fut vivement défendu , et rassemblée était divisée presqu'en nombre égAl pour Tune et poui* THutre. D. Juàn Nuûez de Lara soutenait le parti de Burgos comme capitale de la Castille (cabeza de Castilla); D. Jnan Manuel, celui de Tolède, comihe capitale de l'Espagne entière {cabeza de Espaha). Le roi, pris pour juge du différend, y mîi fin par Une subtilité : « Cettx^ de Tolède feront voloBti^rg «a que je leur ordonnerai de faire, dit-il ; je m'en porte garanti Qne Burgos parle, n Gettd senlenoe fat acœp^ tée des deux parts (iôinine tin cdÉuprotoiS honorable. Ouaût â
212 HISTOIRE D*E8PAGIf£.
la place des dépatés, on trouva aussi un biais d'accommodement : Burgos prit la première place qu'elle avait accoutumé de tenir jusque-là, et Tolède fut placée à part, sur un banc distinct, en face du roi. Cet ordre a toujours été observé dans la suite par ces deux cabezas de reyno (têtes de royaumes), et c'est ainsi dès lors que Burg[os et Tolède ont toujours siégé et voté dans les anciennes cortès générales de la monarchie '.
Ce fut en conséquence de ce qu*on décida dans celles-ci qu*Âlfonse vint mettre le siège devant Gibraltar. « Cette entreprise lui devint funeste, diseutles mémoires arabes. Quelques années après qu'il eut défait les musulmans dans la grande bataille de Tarifa, et conquis Algésiras, il songea à continuer ses prospères expéditions contre les musulmans, et il vint avec de grandes forces assiéger la cité de Gibaltaric, qu'il avait le plus vif regret d'avoir perdue, comme on le lui disait, par sa faute. Ayant rassemblé ses troupes, il campa sur la plage près de la mer, entre la ville et Algésiras, au printemps de l'année 750 (1349), et il l'attaqua aussitôt avec des engins et des machines ; cependant, comme la cité était naturellement très forte et avait une bonne et vaillante garnison, il ne faisait rien de profitable; il cessa de l'attaquer et prit soin de la tenir bloquée, espérant la prendre par famkie ; mais Dieu voulut que ce vaillant roi, ennemi acharné de lislam, et qui croyait s'emparer de tout ceqae les musulmans possédaient en Espagne, mourût de la peste le 16 de moharrem de Tan 751 (26 mars 1350), jour de djouma. Sa taille était moyenne et bien proportionnée, et de bonne façon ; il avait le teint blanc et rosé, les yeux verts et
^ Quiso el rey ser juez de esta causa» y sentencidla en esta forma : « Los de Toledo liarân lo que yo les mandàre, y asi lo digo yo por eUos: Hable Burgos. » Esta sentencia tuvieron las partes por buena, y la consintieron, pareciendoks que en en fayor de cada una. En lo del aslento, Burgos se quedd eu el que solia tener» y ^ Toledo se le pusd en aparté lui banco distinto de los demâs, eufrente del rey. Esta orden se ba guardado desde entonces acà en el votar y en el asLento.
GHAPnUE DOUZIÈBOB. 213
sérieux ; il était très fort, d*ua bon tempérament, très poli et gracieux dans son parler, plein d'ardeur et de courage, noble , franc et heureux à la guerre pour le malheur des musulmans. Le roi de Grenade, ajoutent-ils, était en chemin pour venir en aide aux Africains. Il faisait des courses et des chevauchées depuis Bouda, Zahara, Estepona et Marbella, et il amenait de bonnes compagnies de chevaux contre les chrétiens qui assiégeaient Djibaltaric, lorsqu*il apprit la mort du roi de Castille. Bien que dans son cœur, ' ainsi que pour le bien et la sûreté de ses domaines, il se réjouît de sa mort, néanmoins il manifesta des regrets, et dit qu'en ce roi était mort un des plus grands princes du monde, qui savait honorer tous les braves, tant amis qu'ennemis. Beaucoup de cavaliers musulmans prirent le deuil pour le roi Alfonse, et ceux qui commandaient les troupes de renfort pour Djibaltaric, n'incommodèrent point les chrétiens à leur départ lorsqu'ils portèrent le corps de leur roi de Djibaltaric à Séville^ »>
Les récits chrétiens sont sur cette expédition et sur cette mort moins explicites et plus brefs que le sujet ne semblerait le comporter; ils se contentent de rapporter qu' Alfonse marcha sur Gibraltar dans les derniers jours de juillet 1349. L'escadre castillane, renforcée de huit galères d'Aragon et d'un certain nombre de galères génoises à la solde du roi de Castille, sous les ordres de ce même amiral génois, Simon Boccanegra, qu'il avait eu pour auxiliaire dix ans auparavant lors de la victoire du Salado, vint seconder les opérations du siège. Mais la place résista jusqu'au printemps de l'année suivante, à l'approche duquel la peste sévit avec violence dans le camp des chrétiens, et Alfonse, attaqué de la conta-
^ La chronique de don Pèdre fait à peu près du roi Alfonse le même portrait qu*en font ici les Arabes : — Fue este rey don Alfonso no muy grande de cuerpo ; mas de iHMB talle, é de buena fuerza, é blanco, é rubio, é franco» é esforzado , é venturoso cngnerras.
gion qui décimait son armée > mourut là, le Vendredr- S^int, 26 mars 1350.
AlfoQse XI n'avait eu de sa femme légitime, Marie de Po^ tugal,que deux fils, dont le premier avait reçu au baptôme le nom de Ferdinand ^ et le second celui de Pierre /Le premier était mort enfant, comme nous t'avons dit, en 1333, ou, au plus tard, en 1334. Le second lui succéda, et fut le célèbre D. Pedro le Cruel. Nous avons déjà touché quelque chose de ce dernier et son histoire fera l'objet du chapitre suivant. La reine-venve demeura, après la mort d'Alfonse, six ans en Gastille, après quoi elle passa en Portugal, et y mourut, comme nous le verrons, en 1357. De son commerce non interrompu avec Éléonore de Guzman, dont toute son histoire est pleine, le roi de Gastille eut neuf fils au moins, et une fille. La plupart, ainsi que leur mère Éléonore, périrent tragiquement sous le règne de Pierre» leur frère^ consanguin; mais Tainé de tous régna après lui. La chrétienté espagnole acquit sous Alfonse XI, entre autres villes , Alcala de Ben Zayde, aujourd'hui Alcala4a-Beal , Priego, Bute, Locubin, Garcabuey et Benameji. Alcala, ville d'assez d'étendue, posséda au moyen-âge une abbaye des plus renommées d'Espagne et des plus riches ; une partie de ses produits en nature et de ses revenus en espèces fut depuis appliquée par l'autorité ecclésiastique au service de la chapelle royale de Grenade, quoique l'abbé fût suff ragant de l'archevêque de Tolède.
Ainsi finit Alfonse de Gastille, onzième et dernier de ce nom. Quant aux causes de sa réputation, nous les avons, croyons-nous, suffisamment indiquées. Telle est la justice des hommes. Sou fils, pour une suite de meurtres commandés par les circonstances, et bien moins entachés de trahison que les siens, a été surnommé le Gruel. A lui les louanges ont été prodiguées, bien que son règne n*ait pas été, moins que celui de son fils» souillé d'assassinats, de cruautés et de violences. La gloire de Tarifa a couvert tout le reste.
GBAMTRE DOUZlàHB. 215
Nous avoos jnstement attribué au commerce d'Alfonse XI avec ÉléonoredeGuzman la plupart desmalheursdesonrègne. Le roi de Calstille ne reculait devant aucun crime, et employait volontiers la trahison pour frapper pluis commode^ ment ses ennemis. La moindre marque d'insoumission , â ' Hioins qu'on ne fût assez puissant pour balancer son mauvais vouloir, suffisait pour attirer sur soi la mort. On Fa vu dans l'affaire du grand-maitre d'Alcantara, Gonçalo Martinez d'Oviédo. Gonçalo avait eu le malheur de déplaire à la maîtresse du roi ; il fut aussitôt, à Tinstigation de cette femme, d'abord maltraité, puis menacé; il connaissait le roi et le fond qu'on pouvoit faire sur sa parole. Il résolut de mourir plutôt que de se livrer à Alfonse. C*est ainsi que la persécution le jeta dans la révolte.
L'histoire d'Alfonse XI est pleine de ses faiblesses non-seulement pour Éléonore,mais pour toute la famille d'Ëléonore, qui, comme je l'ai déjà dit, était devenue comme sa propre famille. La reine Marie de Portugal et son fils Pierre, quand ils ne vivaient pas à Séville dans la sévère solitude du couvent de Saint-Clément, avaient sans cesse sous les yeux, à la cour, le spectacle de cette famille que le roi s'était faite par l'adultère, le spectacle de cette concubine et de ces bâtards envieux et insolens comme s'ils fussent nés pour le trône. Éléodore suivait presque constamment le roi avec ses fils. Elle habitait, à Séville, à Mérida, à Cordoue, à Madrid, le palais du roi, et 7 faisait ses couches avec autant de liberté, et, pour mieux parler, avec plus de liberté que la reine. On ne saurait ici trop s'étonner de cette façon toute royale d'afficher l'adultère devant des évéques et des seigneurs chrétiens. Mais ce q«i est à peine concevable, ce sont les honteuses et ridicules adulations prodiguées, en Espagne comme en France, aux maltresses des rois; c'est-à-dire, suivant l'expression d'mi excellent maître, à des créatures payées pour vivre publiquement en concubinage et en adultère , et recevant
216 HISTCHRE d'esi^aghe.
effrontément ^ en beaux deniers comptans et en titres d'honneurs, le prix de leur déshonneur.
Là, ce nous .semble, est tout le secret de la lutte qui remplit vingt années de ce siècle après la mort d'Alfonse. Gomment, en effet, l'unité pouvait-elle se constituer daos un royaume ainsi travaillé par les divisions de ses maîtres, tiré, pour ainsi parler , en sens divers, d'un côté par les partisans sincères ou intéressés des .droits sévères de la famille, et de l'autre par ceux du concubinage et des effets du concobinage royal? Comment ne pas pressentir, après la mort da roi, rimplacable rivalité de ces deux partis, d'après le rapport même du chroniqueur qui s'attacha au second? Pedro Lopez de Ayala nous dit tout d'abord, qu'an retour de Gibraltar, Eléonore et les siens, craignant de tomber, en rentrant à Séville, au pouvoir de la reine et de son fils, se retirèrent, avec le corps du roi qu'ils ramenaient, à Hédina-Sidonia, ville que le roi avait donnée à Eléonore. La séparation des deux partis se marqua dès ce moment, et nous ne verrons plus s'en dérouler que les inévitables conséquences.
C'est ici, à la fin de ce règne, et au début du règne de Pierre, un témoignage précieux à recueillir, que cette division en deux camps, qui s'opéra par la force des choses. Les partisans du roi légitime craignirent, dit Ayala, que cette entrée d'Éléonore à Médina ne cachât un projet plus haot que celui de se mettre à l'aigri des volontés du parti contraire, tant étaient grands et puissans déjà, dans le royaume, les fils que doua Eléonore avait eus du roi Alfonse, tant étaient grands et puissans les parens de la favorite qui formaient en ce moment son cortège et comme sa cour. C'étaient, en effet, pour ne mentionner que les hauts et puissans seigneurs de sa famille même, les plus considérables de l'Andaloasie : Pedro Ponce de Léon, seigneur de Marchena ; Ferran Ponce, grand-maitre d'Alcantara; Juan Alfonse de Guzman, sei-
GiUPITRB DOOZIÈKE. 217
goeur de San Lacar de Barrameda et de Vcjer; Alvar Ferez de Gozaian^ seigneur d'Olvera ; Henriqae Heqriqàez ; Ferdinand Henriquez, son fils, et beaucoup d'autres dont la chronique tait les noms'.
Quelques années plus tard, Témir de Grenade se trouvant dans la mosquée, 1è jour de Id-Alfitra, 1®' de schawal 755 (18 octobre 1354), un homme obscur se jeta sur lui comme il terminait sa prière, et le frappa d'un poignard; le roi blessé cria, la prière fut interrompue, on s'ameuta dans la mosquée. Nous nous hâtâmes et nous accourûmes tous , dit un témoin oculaire, Tépée nue, et nous trouvâmes le roi. expirant; nous le portâmes danâ nos bras au palais, où il expira quand nous arrivâmes; le meurtrier fut mis en pièces et son corps brûlé devant le peuple. Ainsi mourut Aboul Hedjadj Youssouf, septième roi de Grenade, à Tâge ce 38 ans, après en avoir régné 22 moins 1 mois. Son corps fut enterré le soir, aux flambeaux, en un magnifique tombeau préparé pour lui dans le cimetière de son alcaçar ; on y mit une épitaphe en prose et en vers que composa Sadid ben Amah, et que Ton grava sur le marbre en lettres d'or et d'azur; elle était ainsi conçue :
« Ci-gît le roi martyr et de noble lignage, brave, docte, > vertueux, dont le royaume de Grenade publie la bonté, la » clémence et les autres excellentes qualités ; la félicité de son » règne fera époque dans l'histoire. Souverain prince, illustre
^ Il est bon de mettre ici ce^passage remarquable de la Chronique de Pedro Lopez de Ayala, qui est comme la clé de ce qui va suivre : — Por esta entrada de la dicha doôa I^eonor en Médina, dit Ayala, fue muy gran movimiento entre los senores é caballeros que Uevaban el cuerpo del rey, temiendo que la entrada de dofia Leonor CD Médina se facia por otra entencion : Ca ténia dona Lenor del rey D. Alfonso hijos ya grandes e poderosos en el reino, é grandes parientes, de los cuales estaban aqud dia alU don Pedro Ponce de Léon, seiSor de Marcbena, é don Ferran Ponce, maestre de Alcanlara, é D. Juan Alfonso de Guzman, senor de San Lucar de Bar* rameda é de Bejer, é D. Alvar Perez de Guzman, senor de, Olvera, é D. Enrique Enriquez é Feman Enriquezsu hijo,é otros (Cron. del rey I). Pedre, ano U^, c. 3).
218 mSVOOIB P'WPAGNB.
H g^éraU épée tranchwte du penple mnsulmaD) vaillant » alf^res enti^ 1^ plus vaillant rois; qai ,par lagrAôe de Bien, 9 surpassa tout le monde dans le gouvernement, en paix et en » guerre ; qui défendit Tétat par sa prudence et sa valeur 9 et obtint le but de ses désirs aveo Taide de Dieu, l'émir 0 des fidèles Youssouf Aboul Hedjadj, fils du grand roi Aboul u Walid, et petit^flls de Texcellent roi Abou Saïd Faradj ben «» Ismaël,de la famille Nassride,dont le fondateur fut le lion M de Dieu, invincible dompteur de ses ennemis et prenenr » de villes, mainteneur des peuples dans la voie juste; aa » moyen des lois, défenseur de la religion avec l'épée et la » laueet et digne de Téteruel souvenir des hommes. Celui-ci » (que Dieu Vait dans sa miséricorde et le place parmt les » bienheureux!) fut la colonne et Tornement de sa famille,
* gouverna le royaume en paix et le rendit heureux, veil- » lant à la prospérité publique et particulière, et faisant » paraître, en tout ce qu'il fit, sa prudence, sa justice et sa » bonne volonté, jusqu*à ce que Dieu tout-^puissant Tait tiré » de oe monde, comblé de mérites, le couronnant aupara- » vaut de la couronne du martyre ; car lorsqu*après avoir » accompli Tobligation du jeûne, il était humblement à prier, » prosterné dans la mosquée, demandant à Dieu pardon de » ses faiblesses et de ses fautes, là main violente d'un impie » lui ôta la vie, au moment où il était le plus près de
• la grâce du Tout-Puissant. Ce qui arriva le 1*' jour de «» scha^al 755 (14 octobre 1354). plaise à Dieu que cette » mort, que le lieu et la circonstance ont rendue illustre, » ait été récompensée, et qu'il ait éïJé reçu dan& les déli* » eieuses demeures du paradis, parmi ses aneétres glorîeax ! » Il eommença à régner le mercredi 1 4 de djoulhedja 733 - (25 août 1333). Il était né le 28*^ }our de rabi el akher H 718 (28 juin 1318). Loué soit le Dieu unique et éter- » nel, qui donne la mort aux hommes et les récompense » par la béatitude ! »