CHAPITRE TREIZIÈME
AvéMiiieiMft Herre-le-Craél. — Situation d'Éléonore de Guzman, de ses fils et de sa famille. — Emprisonnement d'&éonore à Séville. — Toute-puissance de D. Juan Alfonso d'Albuquerque et de la reine-mère, Marie de Portugal. — HenH de Trastamare. — Son mariage avec Juana Manuel, fille de D. Juan Manuel. — Mou- Yelles rigueurs contre Éléonore de Guzman. — Fuite de Henri de Trastamare dans les Asturies. — Meurtre d*Éléonore àTaki?erade la Reyna. — Gortès de Valladolid. — Mariage de Pierre avec Blanche de Bourbon. — Siège de Gijon.
— Amours de Pierre avec Maria de Padilla. — Abandon et captivité de Blanche.
— Meurtre d^Alfonse Femandez Coronel à Aguilar. — Disgrâce d'Albuquerque. — Mariage frauduleux de Pierre, in facie ecclesiœ, avec Juana de Castro. — Troubles et révoltes. — Captivité et délivrance du roi à Toro. — Soulèvement de Tolède. — Meurtre de D. Frédéric, grand-mattre des chevaliers de Saint- Jacques, frère du roi. — Meurtre de Gutier Fernandez de Toledo à Alfaro. — Meurtres de Blanche de Bourbon à Xérès et du roi de Grenade à Séville. — Mort de Marie de Padilla. — Ses enfans. -> État général de la Péninsule.
De 1350 ft 1362.
Pierre, le seul fils légitime qae laissât Àlfonse XI et le seal aussi qui ait porté ce nom de Pierre parmi les rois de Castille, lui succéda au trône. Il se trouvait à Séville avec sa mère, lorsque Alfonse mourut à Gibraltar. Il avait à peine quinze ans et sept mois. Son éducation avait été fort négligée. Tout absorbé par sa tendresse pour les fila d*Éléonore, Alfonse avait abandonné Pierre aux soins maternels de Marie de Portugal, qui l'avait nourri à Séville dans un chagrin noir et peut-être dans des idées ultérieures de vengeance, auxquelles il était d'ailleurs naturellement dis«
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posé. C'était assurément un triste spectacle. pour un jeune homme né avec delà fougue, que celui des amours publiqçes de son père avec une maîtresse traitée en reine, et que celui de la jalousie et des justes griefs de sa mère contre l'homme qui la délaissait pour une autre, sans chercher même à couvrir son abandon de quelque spécieux prétexte.
Telles étaient les circonstances au milieu desquelles Pierre arrivait presque enfant à la royauté. Des députés du camp de Gibraltar chargés de lui apporter la triste nouvelle de la mort de son père vinrent aussitôt le saluer roi, et tous les seigneurs et chevaliers qui étaient à Séville Yj proclamèrent ; il en fut de même de tous ceux des royaumes de Gastille et de Léon à mesure qu'ils apprirent la perte qu'ils avaient faite -de leur roi^
Gomme lors du premier siège de Gibraltar, qu'il avait entrepris aussitôt après que Vasco de Meyra Teut livré (1 333), Alfonse s'était retranché, en 1348, dans ce qu'on appelle l'Arénal, où fut établi, à la fin du dernier siècle, le camp de Saint-Boch,et il y occupait avec les siens la place où se voit aujourd'hui le village de la Huerta de las Gazieras avec ses plants de vignes et ses moulins à vent. Là s'élevaient les tentes royales, et c'était là que le roi était mort. Le reste di| camp s'étendait fort avant vers Algésiras, bien que le grw en fût surtout autour des tentes royales, depuis les ruines modernes du fort Saint- Philippe et les retranchemens élevés en 1777 pour ôter aux Anglais la communication avec l'ES'* pagne jusqu'au rocher même de Gibraltar et à 1^ tour du Diable S à l'entrée du Pas du Berger (Gamino del Gabrero).
G'était là que les chrétiens préparaient le char funèbre qui devait porter à Séville les restes mortels de leur roi. Ils ne voulaient pas abandonner pour cela le siège de la place, et ils ordonnèrent que le camp fut maintenu et que personne
* De?il-Tower.
222 fliSTontir D'iaPAQnE.
ûéû boi^tlt ^M p^imissioû; qbe les gardée veiltas^eût sût tOtië les points contre les Maares, tant contre ceux qui étaient assiégés dans Gibraltar, qne contre ceux des royaumes de Mdrok et de Grenade, qui des cbàteanx-frontières Yenaieût chaque jour faire des incursions jusqu'à rentrée du camp; les chefs de Tarmée envoyèrent des ordres pareils à la flûtte c&rétlenne qui était mouillée dans le golfe. Une espèce de trëVéde fait s'établit cepeadaùt entre les deux hatioùs, tomme ^èar laisser le tem^is aux chrétiens de célébrer les funérailles de leth* roi. Les Maures de 1ë ville et du chàteati de Gibraltar, en effet, dès qu'ils eurent appris que le roi Alfonse était tiïoûi ^inme par un aecord hnanime ave^ient suspendu d eutHuêihes toutes les hostilités ; et le jour que le^ chtétieîlis partirent du camp avec le corps du roi AlfonSe, les Maëi^ d6 la ville en sortirent et vinrent^ presque sans armes et Béns aiicune intention hostile, assister au départ des ebrétlens ^
L'infant Ferdinand d'Aragon» marquis de ToHdse et seigneur d'Aibarraein, fils dû feu roi d'Aragon et de sa seconde fenltne Éléonore de Gastille^ sœur du roi Alfonse de Gastille; don Juan fiàûez de Lara, seigneur de Biseaye; lee deux fils atnés du roi et cl'Éléonore de Gozman, qui avaient toujours 0lé An caihp devant Gibraltar avec leur père (4ofi Henri, ëi^mte def T^aStathare^ et dan Fi^déric, grand- lîudire de SaM- Jaeques) ; don Juaa Alfooso d'Albuquerque ; don Ferdinand Btanhel, seigùeur de Yillena, et tous les seigneurs, maîtres, ridies^hommes et chevaliers qui étaient pour lors au camp, partirent avec le corps du roi pour Sévllle et passèrent devant Medina-Sidonia ^, ville fortifiée qui était sur leur routé
1 to4<M IM Moros de la villa de Gibraltai- salkron fiiera. . . é iidii oôtisintleroii f lie nin^unos saUesen à pelear ; sal?o que mirabaa oomo partian dende los Cbris- Uanos.
2 Appelée Médina Sidonia de las Abreheras dans la Croniea Abrmriada de Pedro Lopez de Âyala.
et qtiiB le roi Alfotisig) comme no*s Véi^ot^ dit, avait douttéè à ÉléoDore de Gu2mani
Parmi tous ces grands, brillaient, à divers titres, leé selgaettrs considérableâ qne iloos hvons nôttitnés plus haat, too^ pareils de la favorite, et formant, pou^ ainsi parler, la remuante et puissante tribu des Gutman : les t^ero Pouce et les Ferdinand Perez iPonce de Léon, lés Jûan Alfonso èf les ilvar Perea de Gu^maû, propriétaires ou à peu phès des trois quarts de rAndabosie, ainsi que ledrs nomblretlï alli& dont la chronique rapporte soigneàsemedt les uotns, au pre^ mier rang desquels il faut placer Hëhriqiie Benriqttez et Ferdinand Senriquez, sou fils^ qbi étalent dé la ttiaison rojale. et demeuraient habituéUettient à Séville< Henriqué Henriqoez était fils de ce Henri de Gastille, sénateur dé Home ^ doikt nous avoue si sou veut parlé , et Ferdinand Henriqnez, son fiis^ était marié à une sœUr d'Éléonôre de Gozman. Il e»t fait mention de celui-»ci et d'un de ses frères, nommé Alfonsé Henriqucz, daniâ la chronique d*Alfdiise, à propos du siège d'Algésiras ^.
Avec ce cortège et le char funèbre, Éléonore dé Guzmau entra dans Médiua-Sidoiiia. Elle y eutra, dit-on, par leà conseils de don Juan Nunez dé Lara, seigneur de Biscaye, fort ami de la favorite-veuve, et qui était déjà presque de sa famille, ayaut marié une fille à lui, nommée Juana, hvtt don Tello^ fils du feu roi et d'Éléonore. Aussi cellcKsi trdu^ va^t-elle en ^ lui un assez graud appui daûis liU û^omèntoù son crédit (itail naturellement fort ébranlé, sifion entièrement perdu, et elle eut lieu de se louer de se^ coflséils et de ses services* Éléonore était, à Médina-Sidonia, dan^ i^es dô^* maines. Elle trouva toutefois dans cette Médiua-SidOnia, oft elle était d'abord entrée avec joie, quelques sujets de Mé-comptes et de tristesse» et elle en conçut de vives craintes
^ Chr. del rey D. Aloiiso el onceno, c. 2S3.
?24 HI$TOlJa£ D'£SPAGI9£.
pour ravenir. C'est ainsi qu'à son arrivée dans la place, le gociyeriiéar , doa Alfonse Fernandez Coronel, capitaine illaslre qui, du vivantd' Alfonse, avait été investi de ce gouvernement au nom d'Éléonore, crut devoir lui dire ce Jour-là même : « Madame, je nMgnore pas que je tiens de vous et que je vous dois Thommage de cette ville de Médina, et je vous demande comme une faveur que vous vouliez bien la faire prendre et en confier la garde à qui il vous plaira dans votre grâce, et que vous me teniez quitte du serment et de l'hommage que je vous ai faits pour cette ville ; car ce n'est pas ma volonté d'y demeurer plus longtemps. »> Déjà Alfonse Fernandez Coronel avait, dit-on, été gagné par Juan Alfonse d'Albuquerque. Quand Éléonore entendit ces paroles, elle se troubla et en eut un profond ennui ; car elle comprit que c'était là le signe de sa disgrâce et la marque certaine de l'abandon où elle allait être de la part de ses meilleurs amis. Elle répondit à Coronel : « En vérité, compère et ami, vous me rendez ma ville dans un bien triste moinent, et je ne sais maintenant qui voudra la garder pour moi. » Coronel insista pour être dégagé de sa foi et de son hommage, et elle ne trouva en effet personne qui voulût la prendre d'elle ni prêter serment entre ses mains ^
. Éléonore de Guzman s'était d'abord arrêtée avec le corps du roi à MédinaTSidonia par x^rainte, à ce que tout indique. Elle hésita à poursuivre sa route vers Séville; et il y eut un moment oii le parti opposé au sien craignit ou parut craindre que cette entrée à Médina n'eût été faite dans de mauvais desseins; le bruit courut que les fils d' Éléonore, le cœor plein d'appréhensions et de terreurs, ne voulaient passe rendre près du nouveau roi et de la reine-mère et allaient se déclarer indépendans dans leurs domaines. Les fils d'Éléo-
^ E non falld quien la Quisiese tomar ni facer omenaje por ella (Cronka del rey Don Pedro, ano le*"*», c. 3 ).
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Qore apprirent enx-mêmes , sur ces entrefaites, à Médina- Sidonia, qoe Juan Alonso de Albuqnerque opinait qu^on les arrêtât, et quittèrent de fait le service du roi; ils refusèrent avec les parens de leur mère, de se rendre à Séville, dans la crainte d'y être retenus prisonniers. En conséquence, le comte don Henrique, dit Lopez de Ayàla, et le maître de Santiago don Fadrique son frère jumeau, don Pero Ponce de Léon, don Ferran Perez Ponce de Léon, grand-maitre d'AIcantara, et plusieurs autres de leurs parens et de leurs amis, prirent leur chemin vers le château de Mouron, forteresse importante, qui appartenait à Tordre d'Alcantara. Ils ne jugèrent pas prudent d'ydemeurer tous, et on pensa qa*ils seraient plus en sûreté, les uns à Algésiras, les autres sor d'autres points. Le comte don Henri et don Pero Ponce de Léon partirent pour Algésiras, que ce dernier commandait, et le grand-maltre don Frédéric pour les terres de son ordre. Le grand-maître cTAlcantara Ferdinand Perez Ponce demeura à Moron.
Ce ne fut qu^après cette dispersion que le corps d'AIfonse fut porté à Séville. Le roi et sa mère vinrent le recevoir à une assez grande distance de la ville, et, après les cérémonies d'usage, on l'inhuma provisoirement dans la chapelle des rois de Sainte-Marie de Séville, jusqu'à ce qu'on pût réaliser son vœu d'être enterré à Gordoue, dans la chapelle où gisait le roi Ferdinand son père.
Cela fait, on avisa à la constitution de lacour, si je puis ainsi dire, à la distribution des offices du palais et de TEtat, qui étaient à la nomination du roi. D. Juan Nuôez de Lara était alferez-mayor du roi Alfonse, et il fut maintenu en cette qualité près du roi Pierre. D. Ferdinand de Castro, fils de don Pedro de la Guerra, qui était encore fort jeune et de-^ meuraiten Galice, fut nommé mayordomo-mayor, en considération des bons services de son père. Le commandement en chef de la Gastille {el adelantamiento de Castilla) était vra. 15
226 HiBToauB D'saPAa».
entre les mains de Ferdinand Ferez Paertocarrero, et, à la prière de Jnan Nufiez de Lara, seigneur de Biscaye, ilfot donné à Garcilasso de la Yega.
Le corps spécialement attaché d'une manière permanente à la garde du roi passa des mains de Lope Diaz d'Almazan en celles de Gutier Fernandez de Tolède^ Les offices da palais furent distribués de cette manière : Véchansonnerie étaitàAlfonse Fernandez Goronei,et on la lui laissa. Vicwll^ m, qu avait sous le feu roi Garcilasso de la Yega, fut donnée à Ferdinand Ferez Fuertocarrero, à qui, pour Garcilasso, on avait ôté Tadelantamiento de Gastille. La chambre du roi fat le partage de Fero Suarez de Tolède, qui a'vait été camareromayor de Fierre quand il était infant. La fauconnerie passa de Fero Ferrandez de Guadalajara à Fero Suarez de Tolède le Jeune, frère du camarero-mayor. Le commandement en chef de la frontière fut ôté à Frédéric, qui avait pour lieutenant dans cet office Ferrand Enriquez, fils de Ënriqne Eoriquez, et fut donné à don Ferdinand d'Aragon, marquis de Tortose et cousin du roi. Enfin, celui du royaume de Murcie dont Alfonse avait investi Ferdinand Manuel, seigneur de Yillena (fils de don Juan Manuel, mort deux ans auparavant, en 1348), fut confirmé à ce seigneur qui, comme nous le verrons, n'en jouit que peu et eut bientôt pour successeur Martin Gil,*fils de Juan Alfonso d'Albuquerque.
Éléonore avait suivi le cortège funèbre à Séville par les conseils d'un homme attaché, comme nous Ta vous déjà dit, à son parti, Juan Nunez de Lara, et elle y était venue avee toutes sortes d'assurances et de promesses; mais, dès qu'elle y fut arrivée, Albuquerque la fit littéralement garder prisonnière, soit qu'il voulût en cela plaire à la reine-veuve, soit qu'il craignit la puissance et les relations de famille de Tex* favorite- 11 conseilla aussi au roi de ne point laisser les fils 4*Él^iiore dans un état de séparation et d'indépendance où ll« pouvaient se rendre redoutables, et de s'assurer de leur
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obéissance ou de les attirer à son service sans plus de retard. Il craignait sartout l'ambition de Heari et de Frédéric, âgés déjà de près de dix-sept ans, et qu'AIfonse avait toujours traités avec une faveur marquée. Henri, comme nous l'avons TU, s'était réfugié à Algésiras. Ou ïj fit espionner par le commandant de la Torre de Gartagena, nommé Lope de Caâizares; on j envoya quelques galères et enfin une petite armée sous les ordres de Gutier Ferrandez de Toledo, on des plus terribles exécuteurs des ordres du roi, qui, ainsi que nous le verrons plue tard, périt lui^^méme tragi*qoement par les mêmes ordres. Il aborda de grand matin à Algésiras, La population était bien préparée, et on le reçut do côté de la porte de la mer, aux cris fie : Castillel Castille pour le roi don Pedro I
Henri s'échappa par une autre porte, et se retira à Moron près de aon parent Ferrand Ferez Ponce, grand'-maitre à! AU cantara. Mais bientôt, pressé par divers messages du roi, il vint à Séville avec Péro Ponce de Léon, ot y fut fort bien accueilli. Il parait que, dans ces premiers temps, et quelles que fussent ses dispositions secrètes, le roi se montra pour lui assez bienveillant; non content de recevoir Henri de la sorte, il écrivit à son frère Frédéric, grand- maître de Sainte* Jacques, qu'il Tirait voir amicalement dans ses domaines. U accomplit même, proprio motu, à ce que tout porte à croire , divers actes de justice ; c'est ainsi que par un res-^ crit sous la date du 28 juin, il rendit à ce même Frédéric et à son ordre un assez grand nombre de lieux qui lui ap-» partenaient et que son père, dans un besoin d'argent, avait vendus à don Gil Albornoz, archevêque de Tolède. Frédéric toutefois ne vint pas à Séville, mais Henri, comme nous lavons dit, y fut très bien accueilli par le roi.
Pendant ce temps de bon accord, qui dura peu, Henri de-* meura toujours à Séville,et il allait voir chaque jour Éléonore sa mère, dans le palais qu'on lui avait donné pour prison.
228 mSTOIBE D*BSPAGlfE.
Éléonore avait auprès d'elle doAa Juana, fille de don Juan Manuel, qui avait été fiancée an comte de Trastamare avant la mort de don Juan Manuel (en 1348). Ayant appris que Ferdinand, seigneur de Yillena, frère de Juaua, poussé par des vues ambitieuses, travaillait à empêcher le mariage de sa sœur avec le comte, et qu'il négociait le mariage de Juana, soit avec le roi Pierre lui-même, soit avec Tinfant Ferdinand d'Aragon, cousin du roi, Éléonore pressa le mariage de son fils avec la jeune fille, et les deux fiancés reçurent sans pompe le sacrement du mariage dans le mois de juillet de cette même année 1350. Le mariage effectué, on ne s'eut cacha point. Mais le roi, la reine-mère et don Juan Alfonse d'Albuquerque en furent très mécontens ; ils resserrèrent plus étroitement Éléonore dans sa prison et firent défense an comte de la voir, ainsi qu'à toute autre personne de son parti. On n'essaya point cependant de rompre le mariage consommé ; doâa Juana demeura en qualité d'épouse avec le comte et prit de ce moment le titre de comtesse. Mais peu de jours après, on conduisit leur mère dans le château de Garmona, et Henri, ayant été averti que le roi voulait le faire emprisonner, s'enfuit de Séville et prit le chemin des Asturies, dans la compagnie 'de deux chevaliers, lesquels se nommaient Pero Garillo et Men Bodriguez de Senabria. Ils voyagèrent masqués, ou plutôt le visage protégé de visières de cuir, pour ne pas être reconnus en chemin, et traversèrent en effet tout le royaume sans nul inconvénient jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés dans les Asturies.
Tels furent les premiers rapports de Pierre avec ses frères. Tout cela se passa dans les quatre premiers mois qui suivirent la mort d'AIfonse. Le mariage de Henri de Trastamare avec Juana Manuel est de la fin de juin; son départ, ou, si l'on veut, sa fuite pour les Asturies, du milieu de juillet.Pierre tomba malade au mois d'août, assez gravement pour faire craindre pour sa vie; de telle sorte qu'on pensa à loi donner