‹ Histoire d'EspagneChapitre 30 sur 108 · CHAPITRE TaElZIÈBlE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TaElZIÈBlE

an soccesseur. Juan Alfonse d'Albuquerque et beaucoup d'autres seigneurs se déclarèrent en fayeur de l'infant don Ferdinand, marquis de Tortose, fllsd'Éléonore, reine d'Aragon, sœur du feu roi de Gastille. Alfonse Fernandez Goronel, Garcilasso de la Yéga et d'autres seigneurs castillans prétendirent que le droit de succéder au trône appartenait à don Juan Nu&ez de Lara, comme issu des infans de La Gerda par les femmes. Les ambitions s'éveillèrent; d'assez vifs débats s ensuivirent entre les prétendans. Le roi revint à la santé; les débats cessèrent; mais Pierre n'oublia jamais ceux qa'on avait désignés comme ayant droit à la succession. Il fit surtout mauvais visage à Juan Nunez de Lara, au point de lui faire appréhender le séjour de Séville. Juan Nuûez prit congé du roi, et se retira mécontent à Burgos. Gomme il était très puissant dans cette ville, et qu'il y avait un grand nombre de partisans, il y forma un parti contre l'influence étrangère d'Albuquerque , dont le caractère et les idées étaient antipathtiques aux Gastillans. Le crédit qu'Albuquerque avait sur l'esprit du roi, qui, dans les commencemens, ne se gouvernait que par ses conseils et ceux de .la reinemère, firent craindre en lui un premier ministre absolu. Le pronnnciamento de Juan Nunez de Lara fut appuyé par les principaux seigneurs castillans, qui avaient contre cet Albuquerque les mêmes défiances et les mêmes griefs, ou, si Ton veut, les mêmes sujets de mécontentement et de jalousie que lui, et peut-être allait-on prendre les armes,/ et demander hautement la chute et l'éloignementdu favori, lorsque Juan Nufiez de Lara mourut subitement à Burgos le 28 novembre, çt reçut la sépulture au couvent de Saint-Paul. Peu après Ferdinand Manuel termina aussi sa vie à Yillena. Il avait été l'un des premiers à se prononcer contre Albuquerque, et ces deux morts, survenues si à propos , ne laissèrent pas d'exciter des soupçons que l'histoire ne peut ni accepter ni dissiper entièrement.

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D. Jaan Manael avait eu en héritage de son père Tinfant D. Manuel, fils de saint Ferdinand et frère d' Alfonse-le-Sage, les villes d'Agra, d'Escalona, de Boa, de Santa Ololla, de Cuellar, de Peûafiel, d'EIche, dTecla, et toutes celles qai composaient le marquisat de Yillena. II légua cet héritage, considérahlement accru, à son fils Ferdinand et à ées filles de deux lits différens : Constance, mariée à Tinfant de Portugal don Pedro , et Juana, fiancée avant sa mort à don Qenriqae de Trastamare. D. Ferdinand Manuel était fils de doua Blanca, sœur de D. Juan Nufiez de Lara, et neveu par oonséquent de celui-ci. Il laissa de sa femme Juana, du sang royal d* Aragon, et portant le titre de Despina ', une fille nommée Blanche qui fut depuis amenée à Séville par Tordre de Pierre, et qui y mourut bientôt sans laisser d'héritiers, de telle sorte que son riche domaine, connu alors sous le nom de terre de Don Juan, et plus tard sous celui de Har« quesado, passa tout entier à Pierre, qui s*en empara.

Quoiqu* après la mort d'Al(pnse, on eût continué le siège de Gibraltar, le nouveau roi ne tarda pas à le faire lever, et il interrompit même entièrement la guerre contre les Africains par le conseil des seigneurs ses favoris. Aucune trêve dans les formes cependant a'ayant été ni conclue ni signée avec les musulmans, on mit à la garde des frontières tout ce qu'on pat de capitaines vaillans ou supposés tels et de troupes aguerries, et on y employa même imprudemment oo avec intention plusieurs membres de la famille des GuzmaD. Ainsi, on envoya à Ecija le grand-^maître de Saint* Jacques, à Jaen celui de Galatrava avec don Henri Henriquez, à Moron le grand-maltre d*Alcantara avec don Pedro Ponce de

^ EUe était fine de rinûint d'Aragon D. Ramon Béranger , cinquième fils de Jacfue» U. Ramon Béranger avait épousé sa cousine-germaine Blanche, flUe du prince de Tarente, fils de Charles II. Par la mort de Philippe, son frère, elle hérita du despotat de Romanie, de Morée et d'Arta, dont les héritiers s'intitulaient despotes et es hérittères Dupinas^ et le transmit à sa fille Juana, femme de Ferdinand Manuel.

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Léon, à Xerez don Jaai) Alfonse de Gazmaa avec don Alvar Ferez de Gazman, et Ton fit don Ferdinand, marquis de Tortoseet infant d'Aragon, cousin-germain du roi, adelantodo-major de cette frontière.

La chronique d* Alfonse néglige de mentionner sous cette année un combat naval important qui eut lieu le 29 août entre les Biscajens et les Anglais >.

L'année précédente, à ce qu'il rapporte, des Espagnols avaient cruellement pillé et mis à mort des marchands anglais revenant de Gascogne sur des vaisseaux efaurgés de vins et d'autres marchandises. Le roi Edouard, voulant venger le sang des siens, mit une flotte en mer dans Tété de cette année 1350, vint en personne contre les Espagnols, et, leur ayant livré bataille à la date marquée plus haut, jour de la décollation de saint Jean-Baptiste, les vainquit et fit mettre à mort tous les Espagnols qui étaient dans vingt-quatre gros vaisseaux, quoiqu'ils fussent très bien armés et pourvus de toutes sortes d'armes défensives; car, par dureté de cœur, ils aimèrent mieux mourir que se rendre ( maluerunî nempè, prœ cordis duritiaj mori quam «wJjtct). Vingt-six autres grands navires furent pris et le reste coulé bas ou mis en fuite ^.

Yiliani dit formellement, selon sa coutume d'ajouter des circonatances incertaines aux faits qu'il rapporte, que le roi de Castille fit de grands efforts pour armer en cette occasion beaucoap de navires {moite navi)\ mais il h'est pas sur que

^ Le chroniqueur anglais Wallshiogliam dit que ce fut ijuxta villam VincheUe.

* Wallshiiig., Cbr., ad ami.— Nel tempa, dit Matteo Villani, (1. ii, c. 67), délie tregue del Re di Fraucia, e di quello di Inghiltera, gli Spagnuoli, i quali usavano cou le lore cocche e navUij di navicare in mare di Fiandra, comminciarono a danneglare

i navilij di Inghiiterra, et a rubare in corso loro mercatancie Il parle de l'injure

lotis firent aux Anglais, et que leur roi ne put se dispenser de venger : — E perô «W)lse «no nayttio, et in persona con due suoi figluoli assai giovani si mise in marc perandarelfl Ispagna. Il redi Gasteila^ che senti l'armata del Re di Inghilterra, fecc 8U0 sforzo d'amarre moite navl, etc.

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Pierre ait pris part à cette guerre, au moins si l'on en juge par le silence gardé sur ces arméniens et sur cette bataille par tous les écrivains de chroniques contemporains. Il est possible toutefois qu'ils aient voulu tous d*un comman accord passer sous silence un fait peu honorable pour les armes espagnoles, mais il parait plus probable que le roi de Gastille demeura étranger à ce conflit et que les habrtans des côtes maritimes de la Cantabrie firent cette guerre de leur propre autorité, pour des motifs de commerce. C'est \h da moins ce qui semble résulter de divers documens faisant partie de la Collection des actes de Bymer.

Edouard écrit en effet de Westminster à ceux de Bayonne, en date du 8 septembre 1350, une lettre dans laquelle il leur apprend son triomphe sans leur parler un instant du roi de Castille ; et il leur en écrit une autre, du 1 1 octobre, où il attribue à la guerre les mêmes causes, savoir le mauvais traitement fait, l'année précédente, aux Anglais qui avaient été en Gascogne pour y chercher du vin (pro vinis qtAœrendis transituriSy etc.). Il établit par cette dernière un droit momentané sur les vins qu'on embarquerait à Bordeaux avec destination pour l'Angleterre, la Cornouaille et l'Irlande, afin de parer aux dépenses de la guerre '.

Enfin, par une autre du 11 novembre, il donne pouvoir à quatre de ses fidèles de traiter de la paix avec les patrons et les marins et les autres hommes d'Espagne demeurant an port del Sviryne et tous les autres, habitant les Flandres, qui dernièrement lui ont fait la guerre, pour pacifier et régler les différends qu'il a eus avec les hommes d'Espagne. On ne voit intervenir dans tout cela le nom du roi de Castille qu'incidemment dans le traité qui fut conclu en conséquence

^ Par une autre du 2 novembre, il pardonne à Thomas Bonastre la mort qu'il a vait donnée à Radulphe Blakeburu, — pro bono serviUo quod. . . in conflictu inter f^os et Ispanos supra mare nuper habito, nobis, in comitiva diiecti sanguUiet et fidelis nostti Uenricj, Gomitis Lancastriae, impendit.

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