Tome II
^8 jiisToinE
jçpa^çle Fir^inçe. par h vs^leur du connétable (t). ^çu. après Ul prise.de jCaiai^, le maréchal de Tenœs 3ç rec^dit ina^tfe die Dunkerqiie qu'il prit; d'a^s^ut^ .çl; a'aya^ça, siir lSi^i|pq^*t ,. pu.il rencontra le duc .d'£gfP9Qt qui condjuij^ait d^$ forces, sup^ieiirçs. l^ Fi:9^a^s cberchèreîit . à efl[!?çtviiçr Jçur retraite; le CQiQtfS les suivit fl^, ti;èsr.prèô ^ .et jes força d'accepter le combat prè^ d^'Qç4vqlînes.;I^,.vsileur désespérée des Français fit Ix^çg r t,e«9^ps, bf^^tncer lia victqir^ ; m^ des vaisseaux .augt^i^, attirés pr^i^ de la pote fjàf le biruit. des. armes, ,à fe.u , j^Dtrèrea;it. d^s 1^ ri^T vi^re. d'Aa , et, attatji^^^t .Failç^ droite de l'armée , 4çf;jdèreAt du sorti 4e la Jl>dtaiUe. Le^ ;Fraaç^i^ fiijirent pfl^cqpiitaininent ,; l^jsjsc^nt ^ux miUe hommes, sur 1$ plfice;le^r. général ^ m gr^qd^iv^mbre d'ofigciers de disitiaçlion furent feits pri^nç^rs i^)- >
. Cette alte^ative de succès.^, dp revers (}ispjQ$£^ l(^s. ;P^i$Si^ii^4 l^igéraiiite^ à 4^SLrer {a: paix : im deyqi^ièçfe s'était éc^qulé 4^puis.que U France et r^P^pagpe étaient engagées dans des guerres^ coi^tir nuf^lps^ On ent^Euna les négqciaticfi^ , Qt:un tr^ij^é f^^ cqncbft à Cate^u-rÇo^resis. J^^ stipulations furent pl^^ avj^ufcagéus^s àj l'Espag^iie qu'^ la France^ Des deus^ cptés on se i;endi(t les .conquêtes qui avaient été faites, k ^exception, des villes de Meta, deToui,
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{%) Calais avait été pris parÉdbuard IH en 13^7^ etfWt EeprisparGiiiseeQ i&$8. ^. .
(a) Thuan. lib.ao, p. 698.
d'espagne.
de Verdun , qui restèrent à la France : le duc de Savoie rentra dans la plu^s grande partie de ses do* inaines (i). Un mois après. 1 ouverture des confé<* retices , Marie , reine d'Angleterre , mourut d'une hydropisie, occasionnée, suivant quelques->uns, par l'absence.de Philippe et par l'indifFérence que ce prince lui témoignait; d'autres attribuèrent sa mort au chagrin qu'elle ressentit de la perte de Calais. Philippe témoigna d'abord beaucoup de déférence et
d'amitié à Elisabeth , que la mort de sa sœur Marie Élisait monter sur le trône d'Angleterre, et chercha à obt^iir sa main. La répugnance qu'elle montra à satisfaire ses désirs , et son zèle pouf la religion protestante, le détachèrent: de ses intérêts..!^ reine, craignant la défection de ses alliés., conclut un traité par lequel elle* résignait Calais aux Fraùiçais. La paix fut enfin coiiclue entre l'Espagne, la France et l'Angl^berire: Philippe, éfiousa Elisabeth-, fille de Henri ; lé due de Savoie obtint la main .de Mar-r giieritede Enfance, sœur durèi.: etcofflime l'intérât publie est presque toujours négligé pour celui des princes, lés pertes nationales de la France parurent compensées par rétablissement avantageux que le 'monarque pnocuraii à sa fiymtlle*
Après la conclusion de la 'paix , Phihppe revint
(i) Henri rendit à l'Espagne des conquêtes qu'elle n'aurait pu lui arracher par les armes en moins de trente années. Hénault, Abr. Ohron. ad an. i559.
lOO HISTOIRE
en Espagne. Il était à peine débarqué à Larédo, dans la Biscaye, lorsqu'une violente tempête dispersa et détruisit la flotte qui ' l'avait amené. Plus de mille hommes périrent; une collection précieuse de tableaux et de statues des grands maîtres d'Italie et de Flandres fut ensevelie dans l'Océan. On dit que Philippe, en reconnaissance dii toin que la Providence avait pris de préserver ses jours dans ce péril ;éminent, consacra solennellement son règne à la défense de la foi catholique et romaine , et à l'extirpation de l'hérésie : l'Espagne n'eut bientôt ^que trop de raison de déplorer la rigide ponctualité avec laquelle il accomplit ce vœu. L'inquisition, que Ferdinand et Isabelle avaient établie pour empêcher que lés Juifs et les Maures qui avaient reçu le baptême ne retombassent dans leurs premières erreurs , servit sous Philippe à comprimer la liberté de la pensée^ sur les sujets dont la connaissanée importe le plùS'à l'homme. L'appât' des récompenses accrut le nombre des espions et des délateurs. Dix- huit tribunaux furent constamment occupés à condamner aux flammes tous ceux qui osaient admettre d'autres dogmes que ceux .de l'église romaine. Treize personnes subirent,, 'à Valladolid, cet horrible supplice; en présence de Philippe, de son fils don Carlos, de sa sœur, et des grands seigneurs dç sa cour: ce monarque vit sans émotion ce sacrifice inhumain. Un noble que l'on conduisait au bûcher implora la pitié de son souverain ; mais Philippe lui répondit gravement que ,
d'espagne. jor
si son propre fils était capable d'hérésie, il porterait luinneme le bois nécessaire pour le brûler. Dans tous les temps l'intolérance religieuse porta les hommes à commettre de semblables actes de barbarie : cette intolérance, commune à toutes les sectes, produisit des effets plus ou moins funestes, suivant le caractère -des peuplés et les différentes époques; c'est d'elle que les infidèles ont dit :
Tantum religio potuit suadere malorum ï
observation qui n'a de vérité que lorsque la politique se mêle à la religion et dénature le génie du christianisme.
Charles V, au plus haut période de sa gldre, n'avait pas été capable d'empêcher que les corsaires d'Afrique n'étendissent leurs déprédations sur les cotes de son empire. Us devinrent encore plus audacieux après l'abdication de ce monarque , et ravagèrent tout le littoral de la Méditerranée. Le nom de Barberousse n'avait pas été plus redouté que ne rétait alors celui de Dragut , qui avait soumis une grande partie de l'île de Corse. Philippe , libre d» coté de la France , résolut de châtier ces pirates. Un armement composé de cent vaisseaux de guerre et de transport, et de quatorze mille hommes de vieilles, troupes, sous le commandement du duc de Médina-^ Céli, vice -roi dé Sicile, mit à la voile du port de Syracuse , et gouverna vers Tripoli , qui était la retraite principale de Dragut. Les talents du comman-
I02 HISTOIHE
dant en chef n'étaient pas proportionnés à Pentre* prise. Ses préparatifs avaient été faits avec si peu de prévoyance, que la flotte perdit, dans le port même de Syracuse, près de quatre mille soldats par des maladies que des provisions mal-saines occasionnelrent. Lorsqu'il arriva sur la cote d'Afrique, au lieu d'attaquer immédiatement Tripoli, il consuma le temps à fortifier l'île de Gerba. Dragut était ah>r$ engagé dans une guerre contre un des princes indépendants de Barbarie ; il abandonna ses projets de conquête pour défendre ses possessions. Le temps que les Espagnols avaient perdu lui permit de réunir ses vaisseaux dispersés : les escadres de la Porte se joignirent à celles de Barbarie. A leur approche , le mauvais état des troupes ne permettant pas au duc de Médina- Céli de hasarder le combat, il donna le signal de la retraite, qui se fit dans le plus grsind^ désordre. Plusieurs vaisseaux se perdirent dans les bas-fonds, ou se brisèrent contre les rochers. Les Turcs en prirent trente : mille vieux soldats périrent : cinq mille forent faits prisonniers ; et le duc se retira à Malte avec ses principaux officiers.
Dès que la flotte espagnole fut éloignée ^ Dragut assiégea la forteresse de Gerba, dont la défense était confiée au bra!ve don Alvaro deSandez^ Un corps de douze mille Turcs, sous la conduite de Piala, le plus> habile des commandants du Grand-Seigneur, vint soutenir l'attaque des Maures. Animés par l'exemple 4e leur chef, les Espagnols repoussèrent l'ennemi
D ESPAGNE. ïo3
pendant quek{ue!s jours avec une grande valeur. Le canon des Turcs ^vait abattu les forlîficalions : Alvaro et sa garnison, réduite alors à mille hommes, résolurent de périr ou de î9*ouvrir nn passade, l^épée à la main, à travers ràrrtiée ennemie. Sortait au milieu de la nuit, ils répandirent la terreur et te carnage dïms le cartip des infidèles r ils étaient parvie-» nus près de la tente du général , lorsqu'ils furent ar^^ nêtés par les janissaires. Entoures de tous Cotés , ils défendirelîl vaîltemmént leur vie et tombèrent àdu^ vertà de blessâtes. Alvaro , suivi de deux des siens ; força lie passage,^ et, parvenu sur lé rivage , regagna tes débris d'nn Vaisseau. On Taperçut le lendemain matin qui attendait l'ennemi avec intrépidité. Le général tàrcî Piali admira* sa valeur, et Tassura d'un traitement honorabte. Alvaro mit bas les armes; après un^e courte captivité à Gonstaï^tinop^le, son
souverain paja sa rançon. ' ;
Les succès dé Dràgrtt excitèi^ïit rémulation» des autres ptrates.'HjUssan , vice-roi d'Alger et'fils dfe Banbe^ousse-, après avoir rassiemblé une armée dè^W? itiillé hommes et uije flotté compbsée de feiienté Vàifeseaux, mit te siège devant la fôrtîerèsse deMai^rqufver," ^ui avait été enlefv^é aUx Maure.^ ainsi que ééAe d'G^aï^ par le c^àrdinal Ximénès. lie daîigèl* dbtit dettejflâct! importante était- menacée' Vévéillô Philippe ëtrliH^ifllf faire de gfâtids* appri^ts: ^he Iftottè notrtbréùie ié rassertiKla -dans tespOrlfe-d'Eipagne et d'ttà9ié',"S(AiS fe commandement' d^'didri'*'iF<'ah^isco MeM6rà^\\4l
Io4 HISTOIRE
:parut bientôt sur les cotes d'Afrique. La. fortune commença à favoriser les armes de Philippe : les corsaires de Barbarie apprirent à leur tour à trembler. I^a flotte et l'armée de I%ilippe attaquèrent la forteresse de Pennon Vêlez, retraite de Cara Mustapha* Cet homme, d'abord simple matelot, était parvenu, par sion esprit audacieux et le succès de ses courses^* à équiper une escadre de galère$,.aveje lesquelles il ravageait les côtes de la Méditerranée. Situé sur un rpcher élevé et à pic, séparé du. continent par un cap^l, et accessible, d'un seul coté. par un chemin étroit, Pennon de Yelez paraissait ine^ugiiable* hak lâcheté du gouverneur auquel Mustapha avait confie la défense de ce for^ en facilita la .copquele» .
La joie que ces succès éditèrent dans toUle, la chrétienté fît bientôt place à de nojuvellas crainteçi Spliman se considérait coça;me le protecteui:de$. disciples de Mahomet : sa puissance et ses talents n'ér taient point au-dessous de cette tâphe difficile, et ses apprêts imm^ses annonçs^ient un grand effort. .Oa igno>rait seulement de quel, côté cet orage fondrait. Mêipe dans Jes conseils de l'empereur ottoman on é^it injiéçis sii l'att^ue serait dirigée d'abord sur la Sicile, ou sur M^te. Soliman voulue tenter cette 4ernière iconquéte;. la grandeur >d^ son armement V^pqndait à U difficulté. de l'ei^treprise. Le courage et la persévérance des. chevaliers de l'ordre, jointe à ji,'jjitrépidité du grand -p)$iîtFe,.Jea|n de la Valette, ^éjoMèi:p.ftt tous le^ efforts: de», la puissance., otto-r
d'espagne. io5
.tiiaxiei La mémorable défense de Tîle de Malte, qui soutînt un siège de quatre mois, £>era toujours considérée, dans l'histoire militaire, comme Tun des plus grands exploits (i). Les Maltais avaient constamment espéré, pendant ce temps de danger, que les Espagnols, qui avaient une flotte dans les eaux de la Sicile, viendraient à leur secours. Mais Philippe, par une politique intéressée et mal entendue, ne voulut point exposer ses forces avant d'avoir détruit le pouvoir des Turcs. Lorsque l'armée de ces derniers, qui montait d'abord à quarante mille hom-* mes,'fiit réduite au-dessous de seize mille, Philippe donna l'ordre au vice-roi de Sicile d'envoyer la flotte a. d. au secours des chevaliers. Vers le milieu de septem» '565. bre, six mille soldats, sous la conduite d'Alvaro de Sandœ, le même qui avait montré tant d'intrépidité au siégé de Gerba, débarquèrent dans l'île. Don Alvaro marcha aussitôt à l'ennemi : les Turcs furent mi& en déroute : le grand-visir Mustapha eut peine à rejoindre sa flotte ^ et plus de deux mille de ses braves janissaires périrent sous le fer des Espagnols (2).
L'édhec que les armes ottomanes avaient reçu devant Malte délivra Philippe des craintes qu'il avait eues pour la Sicile. Rassuré du côté de l'étranger ,
(i) L'île de Malte fut donnée aux chevaliers de St-Jean
de" Jêftfealem lorsque ceuic-ci furent chassés de Rhodes par {%} ,yo3te« Tabbé Vf^rtôt-y- Siège d^Ma^e.
106 HISTOij&H
ce monarque eut tout à redouter de aes probes états : ils renfermaient les semences de la guerre eivile, qui produisit bientôt des effets plus pernicibux que ceux qui auraient pu résulter de Tinvasion d^ lennemi. L'Espagne était contenue, par la présence des armées du roi et par rinquisition* Les Pays-^Bas seuls avaient conservé quelque indépendance. A une époque très-reculée, ces provinces formaient des états indépendants, gouverné^ par leurs duos et leurs' c(Hntes respectifs» Ceux^i, engagés dans des guerres presque continuelles, soit eiitre eux, soit avec 4es puissances voisines, étaient obligés d'avoir rëqours à leurs sujets pour eil obtenir des subsides» .Cesiset" gneurs suzerains n'obtenaient ^ordinairement ces setcours d'argent qu'en accordant des concessions eii l'etour : ce fut ainsi que leszcités, les nobl^ et la clergé acquirent des privilèges si étendus. La&rme de la constitution était mcmarchique ^ mais son esh sence était républicaine. L'autorité suprême résidait dans l'assemblée des états , dont les membres. avaient la faculté de se réunir aussi souvent qu'ils le jugeaient nécessaire. On ne pouvait promulguer aucune . loi , lever aucun impôt, faire la guerre^ ou adniettredes élrangei^ dans aucune branebe de l'administration, sans le consentement des états.Les princes flamands régnaient suivant l'ordre de succession , mais leur^ principales fonctions consistaient à cooimander les a^^ées* Des conquêtes et des alliances firent passer câS provinces dans la maison de 'Bourgogne : la coUsti-
tùtion demeora pi^esque 4a même. L'industrie et le commerce florissaient sous l'influence de la liberté. Bruges et après elle Anvers devinrent les deux grands entrepôts du Nord. Gand fut renommé pour l'excellence de ses laines , et Arras pour la beauté de ses tapisseriies. Presque chaque ville fut enrichie par ses manufactures , et l'opulence de ces provinces excit3L l'étonnement des contrées voisine».
A l'extinction de la ligne masculine de la maison de Bourgogne, par la mort de Gharles-le-Téméraire, la souveraineté de ses domaines revint à Marie , sa fille et son héritière , qui avait épousé Maximilien , roi des Romains. L'avènement de leur petit - fils Charles Y aux trônes d'Espagne et d'Allemagne , en le ren(knt trop puissant pour s'assujétir aux lois de ses peupies , fut fatal aux libertés des Pays-Bas. Ce monarque introduisit des troupes étrangères ,dans ces provinces , et se joua souvent de leurs privilèges. Mais la Flandre était le lieu de sa naissance : il avait conservé de. rattachement pour les Flamands; il en eut toujours un grand no^mbre près de sa personne , leur confia les charges les plus importantes de la couronne , et fut récompensé de la préférence qu'il leur accordait par leur zèle pour sa gloire e% leur dévoûment à sa personne.
Ni le caractère ni la conduite de Philippe n'étaient propres à lui concilier les mêmes affections. Sa réserve orgueilleuse, sa: bigoterie , déplaisaient aux Flamaaad^. Les opinions des réformés s'étaient ^c^
]o8 HISTOinK
créditées ; et. des hommes élevés au setn de la liberté répugnaient à se soumettre à un esclavage religieux. Charles s'était efforcé d'étouffer dans sa naissance les germes des nouvelles doctrines, et avait lancé plusieurs édits à ce sujet ; mais lorsqu'il vit que les ' protesUnts se disposaient à émigrer et à transporter ailleurs leurs richesses, sa prudence lui fit suspendre des mesures qui eussent dépeuplé un pays duquel il tirait la plus grande partie de son revenu. Philippe , méprisant ces hautes considérations , fitTe" vivre , dès le commencement de son règne , ces édits oubliés depuis long - temps. Il établit aussi , pour extirper l'hérésie , un tribunal qui ne fut point , il est vrai , décoré du nom d'inquisition , mais qui fiit armé de tous les pouvoirs de cette redoutable insti^ tution. Le nombre des troupes espagnoles restées dans les Pays - Bas , leur rapacité et leur insolence augmentèrent le mécontentement du peuple. Des plaintes en furent portées au pied du trône avant lé départ de Philippe pour l'Espagne ; ce monarque écouta avec un silence dédaigneux les représentations des Etats , et , se refiisant à employer aucun moyen conciliant, résolut de maintenir son autorité par la force.
Marguerite , duchesse de. Parme , avait reçu de. Philippe le gouvern^nent des Pays-Bas ; cette princesse peuichait pour des mesures modérées ; mais bien qu elle, eut le titre, de régente , le pouvoir absolu était entre bs mains du .cairdinal Greorville,
d'£SPA.GKÊ. 109
homme d'une basse extraction, mais doué de grands
talents , intrépide , et attaché , par reconnaissance
et par intérêt , au souverain pontife et à Philippe.^
Inaccessible à la pitié , il enchérissait encore sur la
cruauté des édits de son souverain, et violait avec
une tjrannie inouïe la* constitution des provinces.
Sc»i arrogance et son intolérance religieuse devinrent
fatales .à son élévation. Le célèbre Guillaume de
ïïassau, prince d'Orange, et les comtes d'Egmont
et de Horn , les trois personnages les plus illustres
de la iK^lesse flamande , portèrent leurs plaintes
au roi (i). Dans la lettre qu'ils lui adressèrent, les
mécontentements du peuple furent attribués à la
ccmduite impérieuse du cardinal Philippe, natu^
rellement inflexible, refusa de renvoyer son mihistre.
Grenville , voyant qu'il était devenu un objet de
haine pour les Flamands , céda à l'orage ; convaincu
de l'inefficacité de ses mesures , il sollicita son rappel,
et se retira prudemment des troubles qu'il avait lui-
même txcités*
. La. retraite de ce ministre fut loin de rendre la tranquillité au pays : son influence avait été transportée à deux de ses créatures , Vigilius et Barlaimont , qui continuèrent à persécuter les protestants. L'aspect menaçant des affaires alarma à la fin la régente. Elle résolut d'envoyer en Espagne l'un des nobles qui avait le plus de crédit à la cour, pour
(i) Strada, de Bello Belgkoo, lib. a.
iio HistaiRji:
peprésenier à Philippe l'état d'agitation, des. provinces, et elle fit choix du comte d'Ëgmont. La réception du comte fut des plus flatteuses : Philippe le traita avec une attention marquée , et sut se l'attacher par des présents magnifiques et des promesses brillantes. Il joignit à ces faveurs personnelles des expressions qui firent croire au comte que son am^ bassade avait eu tout le succès qu'il espérait , et que son pays allait enfin recouvrer sa Uberté. .Egmont , franc et sincère , étant trompé par ces apparences , rev'mt en Flandre vanter la générosité du ntonarque, et justifier ses intentions. Le prince d'Orange, plus ' circonspect et plus soupçonneux , ne fut pas aussi aisément la dupe de Philippe. La conduite de celui* ci dévoila bientôt ses projets. Il ordonna que Ton sévît avec la plus grande rigueur contre ceux qui ne se soumettniient pas aux édits de la cour de^Jtome^ et un grand nombre de ses sujets périt victime de ses persécutions. ^
Le prince d'Orange , Egmont et Hom se tondwisaient avec sagesse et loyauté, et se bornaient à Êiire des remontrances au roi : leur modération fut désapprouvée par Philippe de Marnix , seigneur dd Ste * Aldégonde , l'un des nobles les plus distingués par son habileté et son éloquence. Il fit paritître lui mémoire dans lequel il représentait avec forée h& moyens dont on s'était servi pour égarer les Flamands. Après avoir démentré les funestes effets de l'inquisition introduite dans les provinces, et qui
d'espagn^. lit
violait >si onveitement les lois étai>lies, les membre de eette cmifêderatioïi , qui avaient apposé leur si-^ gitalure au bas de cet écrit, déclarèrent qu'ils for^ maîent une ligue sacrée, et coi^firmèreut par uït serment solennel la résolution' où ils étaient de s'opposer de tous leurs moyens aux prétaitions de ce tribunal illégal. Ils protestaient en même temps dé leur obéissance au souverain, et décle^raient que le seul objet de leur confédération était de résister à la' tyrannie , sans aucun désir de renverser la i*eKgiom établie.
Les vues ostensibles de la ligue furent approuvées ,556^ pre8(|ue généralement ; les catholiques les plus ï^-« commandables voulurent signer le mémoire. Afin de remplir leuns engagements, les Confédérés, mi nombre die trois à quatre cents , presque tous nobles et d'^ne grande influence dans le pays , se rendirent à Bruxelles , et den^ndèrent la permission d'expliquer leurs sentiments, à la régente. Ils allèrent en ordre au palais, oii ils reçurent une audience de IVIargueritei. Là , ils renouvelèrent leur serment dé fidâité;. mais ils- exprimèrent leurs craintes que , sir l'on s'obstinail à suivre ce système de rigueurs , une révolte générale n'en fut l'infaillible conséquence, et demandèrent que l'on envoyât des députés à Ma-^' dnid pour instruire le rot de la situation des affaires^ Use. conduite aussi fS?/rme intimida ta régente^ Efle donna des instructions aux, inquisiteurs, pour qu'ib missent plus àe modération à l'égard des protestants ^
et leur enjoignit de ne punir que ceux qui étaientconvaincus de sédition. Elle choisit le marquis, de. Mons et le baron de Montigny , deux membres de la ligue , pour porter devant le roi la pétition des confédérés.
L'esprit des protestants était trop violemment agité pour souffrir le plus léger retard : ils demandaient à grandsicris que Ton fît droit à leurs plaintes ; et , dans un moment d'enthousiasme religieux , une populace fanatique se souleva ouvertement. Se précipitant dans les églises , elle les dépouilla de leurs ornements y défigura les statues des saints , et renversa les autels. Orange, Ëgmont et Horn parvinrent par leur fermeté et leur habileté à réprimer ces outrages. Leur influence fit abandonner par le peuple plusieurs chefs de l'émeute , qui furent punis de mort; on rendit les vases sacrés ainsi que d'autres objets précieux, et la tranquillité de l'église fut rétablie. Des services aussi éclatants ne purent cependant effacer de l'esprit de Philippe les soupçons qu'il avait conçus sur ces trois seigneurs. Leurs remontrances contre la présence des troupes espagnoles , contre l'inquisition et l'administration de Grenville , l'attachement qu'ils avaient toujours montré pour la liberté constitutionnelle de leur pays, avaient excité en lui un ressentiment que rien ne pouvait affaiblir. Le duc d'Albe, dans une lettre adressée à la gouvernante, l'informait que le roi , regardant le prince d'Orange et les comtes d'Egmont et de Horn comme les au-
d'espagne. ii3
teurs des troubles de la Flandre, avait juré de les punir d'une manière exemplaire. Cette lettre étant tombée au pouvoir du prince d'Orange, celui-ci la communiqua à Egmont et à Horn , et les avertit de se préparer à repousser l'orage dopt ils étaient menacés; mais Egmont, que les protestations de Philippe avaient séduit , refusa de prendre des précautions qu'il croyait inutiles , et la confiance qu'il eut dans l'honneur de son souverain lui coûta la vie.
La gouvernante reçut d'Espagne des sommés considérables, et l'ordre de lever, parn^i les catholiques , un grand nombre de troupes. Plusieurs régiments d'infanterie et de cavalerie furent mis aussitôt sur pied et confiés au commandement d'officiers distingués par leur zèle pour la religion romaine, et un dévoûment aveugle pour les volontés de la cour. Ces troupes furent envoyées dans les différentes forteresses, afin d'effrayer les villes rebelles. Les habitants de Valenciennes , qui professaient les nouvelles doctrines , refusèrent de recevoir une garnison dans la citadelle. Le seigneur de Noircarmes, pour punir leur présomption , investit la ville avec on corps de troupes considérable. Le canon des catholiques dissipa bientôt l'enthousiasme des habitants, et les força d'ouvrir leurs portes (i). Leur témérité fiit punie par la mort des chefs dé la révolte , et par la proscription de la religion protes^
(i) Strada, de Bello- Belgico , lib. i.