‹ Histoire d'Espagne depuis la plus ancienne époque jusqu'a la fin de l'année 1809Chapitre 28 sur 57 · U48 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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d'une fièvre maligne «peu de temps après la reddition de cette importante forteresse.

Richelieu expira : six mois après la mort de ce grand ministre, Louis XIII descendit dans la tombe (i). Une nouvelle administration , le règne d'un roi enfant, flattèrent la maison d'Autriche de l'espoir qu'elle reprendrait sa première supériorité ; mais le génie de Richelieu semblait diriger encore la - machine qu'il avait mise en mouvement. Le cardinal Mazarin , son successeur et presque soi! égal en talents politiques, adopta ses projets avec ardeur.

Six semaines apVès la mort dû cardinal de Richelieu, le comte duc d'Olivarez fut renvoyé du ministère (2). Un cri d'indignation se faisait vainement entendre contre lui de toutes les parties du royaume; l'influence de la branche impériale de la maison d'Autriche parvint seule à renverser ce favori. L'empereur le représenta à Philippe comme l'auteur de tous les désastres qu'ils avaient essuyés; Olivarez reçut de son souverain l'ordre de se retirer dans ses terres à Loches. Ce mandat avait été arraché à Philippe; et si Olivarez se fût soumis en silence , il aurait sûre-

(i) Le cardinal de Richelieu mourut à Paris, le i**" décembre 1642 : il avait alors 58 ans. Louis XIII mourut le 14 mai 1643.

(a) Hénault blâme le roi d'Espagne d'avoir renvoyé Olivarez au moment même où il pouvait être utile et relever les destinées de la monarchie espagnole. Abr. cbron. ad. an. 640.

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ment été rétabli dans ses charges; mais sa colère le perdit. Il publia une apologie de sa conduite, et attaqua avec tant de virulence les premiers personnages de la cour, que le roi fut obligé de sacrifier à leur ressentiment l'amitié qu'il avait pour Olivarez. Ce duc reçut un nouvel ordre qui lui fit quitter l'héritage de ses pères pour la ville de Toro, où il mourut de chagrin , ce qui n'est que trop souvent le sort des ambitieux qui, après avoir occupé de hauts emplois, se trouvent condamnés au repos (i).

Le neveu d'Olivarez et son plus implacable en- ^ nemi, don Louis Haro de Gusman, lui succéda au ministère. Moins audacieux et moins exalté dans ses projets , il eut beaucoup plus de prudence que son prédécesseur. Toutefois , son adnjinistration fut marquée par des revers. L'infanterie espagnole, depuis si long-temps renommée dans toute l'Europe , fut rompue à Rocroi par l'attaque impétueuse du duc d'Enghien , qui joignit au nom illustre de Condé^ le surnom de Grand. Neuf mille Espagnols restés sur le champ de bataille attestèrent la victoire des Français.

En Allemagne , les armes de la maison d'Autriche a. d. n'eurent pas plus de succès. La carrière du prince * ^^' de Condé fut une suite continuelle de victoires. Les bannières de France furent arborées sur les murs de Spire, deMayence, de Pliilipsburg, de Worms,

(i) Hénault Abr. chron.

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d'Oppenheim, de Creutznac et de Landau. Du côté de la Flandre , Gravelines fut réduit par les Français après un siège meurtrier qui dura deux mois ; Sas de Gand fat pris par le prince d'Orange. En Espagne les affaires reprirent un aspect plus favorable : Philippe se rendit maître de Lérida et obligeja les Français à lever le siège de Tarragona.

• La campagne de i645 fat aussi funeste à l'Espagne que les précédentes. Les Impériaux fifrent défaits dans plusieurs combats : les Français prirent dans les Pays-Bas Mardyke, Link, Bourbourg, Béthune 9 Cassel, Mervilie, Saint-Venant, Lilliers, Armentières, Marchiennes , Lens, Orchies et Arleux. Les Espagnols reprirent Cassel et Mardike; mais le prince d'Orange se rendit maître de Hulst. Du côté des Pyrénées, les Français s'emparèrent de Roses. En Portugal, l'armée espagnole, commandée par le marquis de Torrecusa, fut défaite par le duc d'Albuquerque , et obligée de lever le siège d'Elvas. ^* ^ Dans le cours de l'année suivante , Courtrai fut ' pris par les Français; Mardyke, après dix-sept jours d'un siège meurtrier , retomba en leur pouvoir. Le duc d'Orléans se rendit maître de Furnes et de l3unkerque. Les Espagnols éprouvèrent sur, mer des revers semblables : près de la côte de Toscane leur flotte fut défaite par celle des Français. En Catalogne seulement, les succès furent balancés et aucmi des deux partis n'eut un avantage décisif.

Au milieu de ces malheurs publics , l'Espagne eut

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à déplorer la perte d'Isabelle , femme de Philippe* Cette reine avait par ses vertus mérité l'estime et l'affection des Espagnols : sa mort fut suivie de celle de l'Infant Balthazar, dont les talents précoces semblaient promettre de rendre au royaume sa prospérité et sa graildeur. Philippe épousa l'archiduchesse Marie- Anne , fille de l'empereur Ferdinand III ; les fêtes qui eurent lieu pour ce mariage mêlèrent quelques instants de joie aux douleurs causées par la guerre.

En Flandre, les opérations de cette campagne ^g"' furent compliquées et les succès balancés. En Es^ pagne , le prince de Gondé fut forcé de lever le siège de Lérida, après avoir perdu beaucoup de monde dans les attaques vigoureuses que la garnison avait faites. Les armées espagnoles commençaient en Italie à prendre de la supériorité sur celles de France; mais la jonction ;du duc de Modène avec les Français , et la révolte de Naples , empêchèrent le connétable de Castille de faire de grands progrès de ce côté.

Naples, cette ville si célèbre par son heureuse situation, son climat favorable, la beauté et la fertilité des campagnes qui l'environnent , son commerce et sa richesse, bien qu'elle fût placée loin du théâtre de la guerre, ressentit cependant les terribles effets, des hostilités que la cour de Madrid avait portées sur les frontières de la Flandre, de la France et dt l'Allemagne. Les Napolitains avaient été surchargés

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de taxes depuis le règne de Philippe II ; un nouvel impôt mis sur les légumes et les fruits épuisa leur patience. Il parut dans ce moment critique un de ces hommes audacieux qui savent mépriser le danger à la vue de la misère publique. Thomas Âniello, dont le nom s'est corrompu en celui de Massaniello, était natif d'Amalfi , et vendeur de marée. Sans éducation , mais doué d'une éloquence naturelle et d'un esprit intrépide , cet homme excita l'insurrection la plus formidable. L'officier public employé à percevoir la nouvelle taxe fut chassé du marché ; la fureur de la populace s'accrut à un tel point que le viceroi eut à peine lé temps de quitter son palais pour se réfugier dans la citadelle. L'insurrection devint bientôt générale : plus de quatre-vingt mille Napolitains armés en un moment dernandèrent à grands cris l'abolition des taxes et la restitution de leurs anciens privilèges. Suivi de quelques-uns des siens, don Joseph CarafFa voulut diviser les attroupements, mais il périt victime de la fureur du peuple; s?i tête fut tranchée et mise au bout d'une pique, et son corps fut traîné dans toute la ville. Cet horrible spectacle effraya le vice-roi , qui , bloqué dans la citadelle, sans aucune provisions pour soutepiir un siège, appréhendait un sort pareil. Aniello avait fait, couper les tuyaux qui conduisaient l'eau dans la citadelle: le gouverneur chercha à capituler. Par la médiation de l'archevêque de Naples, il conclut un traité dont les principales stipulations furent la restitution des

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chartes accordées par Ferdinand et Charles V, l'abôlltioh de toutes les taxes imposées depuis le règne de ces princeîs, et une amnistie générale pour tout ce qui concernait l'insurrection.

Les causes qui précipitèrent la fin d'Aniello sont enveloppées du plus profond mystère. Les écrivains espagnols disent qu'enivré par le succès et ébloui du rôle qu'il avait joué, il se livra à des excès qui l'exposèrent à l'indignation du peuple. D'autres assurent qu'il s'attira la haine des insurgés en cherchant à les retenir dans les bornes de la modération et de la justice pendant l'espace de temps qui s'écoula entre la conclusion du traité et sa ratification. Le président Hénault attribue l'assassinat d'Aniello au vice-roi de Naples (j). Il ne paraît pas douteux que les nobles n'aient excité à dessein les mécontentements de la multitude 7 qui commençait à envier l'autorité qu'Aniello exerçait sur elle, et son inconstance lui fit aisément sacrifier celui qu'elle avait porté en triomphe comme son libérateur.

La mort d'Aniello encouragea le vice-roi h violer 1648* le traité. Une seconde révolte eut lieu; la guerre civile s'alluma dans Naples; Gennaro, qui s'était mis à la tête des insurgés, leur conseilla d'offrir la cou^ ronne au duc de Guise. L'offre était trop brillante pour être refusée, et, quoique le cardinal Mazarin , qui gouvernait alors la France sous le nom de

(i) Abrégé chronologique , année 1647.

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Louis XIV, regardât cette entreprise comme chimérique , et ne voulût point donner des troupes au duc, celui-ci, éludant la vigilance des croisières espa^ gnoIes, traversa la mer dans une barque, et arriva sans accident sur la cote de Naples. Les Napolitains s'étaient flattés qu'il leur amènerait un puis-? sant renfort, et ils se repentirent bientôt de leur démarche inconsidérée. L'arrivée de don Juan d'Autriche, fils naturel de Philippe, et des troupes qui le suivaient, leur ouvrit les yeux sur le. danger de la lutte où ils s'étaient engagés. Ils acceptèrent avec joie lamnistie qui leur fut offerte. Le duc de Guise fut fait prisonnier par les Espagnols; et Naples fut réduite à son premier état de soumission.

Les affaires politiques de l'Europe commençaient à cette époque à changer d'aspect. Épuisée par une guerre longue et désastreuse, la branche allemande de la maison d'Autriche méditait une paix avec la France, lies Hollandais devenaient jaloux du pouvoir de Mazarin , et soupçonnaient ses projets : Philippe, qui se voyait au moment de perdre son plus puissant allié , cherchait à diminuer le nombre de ses ennemis. Un traité conclu entre la cour de Madrid et les Provinces-Unies reconnut Tindépendance de ces derr nières : l'Espagne renonça ainsi en un moment à tous les objets pour lesquels elle avait prodigué son sang et ses trésors pendant soixante-dix années de guerres continuelles.

Ce traité fut immédiatement suivi d'un autre entre

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les cours de Vienne et de Paris ; et Philippe IV, toujours engagé dans une guerre douteuse avec 1^ Portugal et la Catalogne, resta seul à lutter contre la grandeur croissante de la France. Toutefois les efforts qu'il fit ne furent point indignes de l'ancienne renomnjée de l'Espagne. Dans les Pays-Bas, l'archiduc Léopold commença sa carrière militaire avec vigueur et avec succès; mais il fut maîtrisé par les talents supérieurs et la fortune du grand Condé. Après avoir pris Courtrai et Furnes, il fut complètement battu à Lens, et eut huit mille hommes de vieilles troupes tués , blessés , ou faits prisonniers.

L'esprit de discorde qui avait menacé de renverser le trône de Philippe le protégeait alors : la France fut le tliéâtre des factions et des divisions intestines. Les intrigues de Mazarin forcèrent le prince de Condé de quitter la France et de se réfugier en Es^ pagne, où il fut reçu avec le respect dû à son rang et à ses talents, et placé à la tête d'un corps d'armée considérable.

Rebelle à son souverain, et général au service de l'Espagne, le grand Condé fut opposé. au célèbre maréchal de Turenne. Ces deux illustres rivaux, les hommes de guerre les plus habiles de leur siècle, soutinrent la réputation qu'ils s'étaient justement acquise. Près de Stenai, Turenne força les lignes espagnoles; mais au milieu de l'effroi et de la confusion qu'entraîne une défaite , Condé sut conserver sa gloire, en arrêtant avec deux seuls régiments les

progrès de Tennemi , et sauvant ainsi Farinée espagnole d'une entière destruction.

Les opérations de la guerre furent poussées en Catalogne avec beaucoup de vigueur. Le marquis de Montero réduisit Tortosa; et don Juan d'Autriche s'avança sur Barcelone à la tête de l'armée espagnole. La garnison française s'y défendit vaillamment pendant quinze mpis; mais les attaques de don Juan furent poussées avec tant d'ardeur, qu'elles renversèrent tous les obstacles. Les Français capitulèrent; les habitants obtinrent une amnistie générale; et, à l'exception de Roses ^ toute la- Catalogne rentra dans l'obéissance, et reconnut l'autorité de Philippe. En Italie, les Espagnols avaient enlevé Casai au duc de Savoie; en Flandre, ils avaient repris Gravelines et Dunkerque ; Landrecy et le Ques^ noy se rendirent au maréchal de Turenne. St.-Guil- Ihen fut enlevé par Louis XIV en personne; et le grand Condé ne put même faire pencher la fortune du côté de l'Espagne. Cependant, secondé par don Juan d'Autriche, ce général força les lignés de Turenne devant les murs de Valenciennes.

Philippe se vit attaqué dans ce moment par un nouvel ennemi dont le pouvoir était formidable. Mazarin avait su, par son adresse, attacher à ses intérêts l'usurpateur Cromwell, qui gouvernait alors l'Angleterre. La postérité, en appréciant la conduite politique de Cromwell, l'a accusé justement d'avoir aidé la France à s'élever sur les ruines de l'Espagne.

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L*èxpérîence a démontré les effets de cette politique erronée : mais au teînps de Cromwell , et dans les siècles précédents, l'Espagne avait été la terreur de l'Europe ; et depuis la fameuse expédition de l'Armada, la liation anglaise considérait toute guerrif; avec les Espagnols comme une mesure populaire. Un écrivain judicieux a dit, en parlant de la monarchie espagnole , <Jue « rien n'est plus propre à donner 0i une idée frappante de l'ascendant que la maison « d'Autriche avait pris en Europe et de la terreur «qu'elle inspirait, que déconsidérer combien, même « après que sa force eut été épuisée par des efforts « extraordinaires , après que l'Espagne ne fut plus « que l'ombre d'un grand nom, et que ses rois furent « tombés dans un état de faiblesse et d'imbécillité, « la branche aînée de la maison d'Autriche était en- « core formidable. Les nations européennes avaient «si souvent éprouvé la supériorité de ses forces, et «avaient été si constamment occupées à se tenir en « garde contre elle, que la crainte de cette puis- « sance était devenue une espèce de sentiment ha- « bituel, dont Pinfluence se conservait encore quand « les causes qui l'avaient fait naître ne subsistaient « plus(i) ». Ces considérations politiques eurent probablement la même influence sur Cromwell que sur les autres hommes d'état de cet âge ; on doit remar* qUer aussi que sa situation précaire le faisait songer

(i) Robertson'^ Hist. of Charles V, vol. 4, p. 344, Tome II, 1 7

à un avantage présent et particulier plutôt qu'à ceux dont les résultats ne se feraient sentir que beaucoup plus tard. Les colonies espagnoles, privées de tous moyens de défense, offraient à Cromwell une occa- ^on favorable non-seulement d'illustrer son administration par une guerre heureuse , mais aussi d'établir son pouvoir d'une manière absolue en Angleterre à l'aide des trésors que lui fourniraient le Mexique et le Pérou (i). Si, dans cette circonstance, le protecteur ne connut point ou ne consulta pas les véritables intérêts de l'Angleterre, l'histoire impartiale doit reconnaître qu'il déploya beaucoup d'énergie et d'habileté dans l'emploi qu'il fit des forces de cette nation. Une escadre considérable , ayant à . bord un grand nombre de troupes, fut envoyée pour attaquer Hispaniola. Les mesures mal calculées du

commandant militaire firent manquer cette <{xpédition à l'égard de l'objet primitif de sa destination; mais elle conquit l'île importante de la. Jamaïque,

(i) On suppose que Cromwell fut poussé à entreprendre cette guerre contre TEspagne par Thomas Gage, qui, ayant exercé les fonctions ecclésiastiques au Mexique , représenta au protecteur combien il était fiicile de soumettre ces colonies riches et faibles. Voyez Burnet, p. 74. /

Gage publia à ce sujet un mémoire qui est devenu extrêmement rare, et qui fourmille d'exagérations et de faussetés. Il y suppose que le principal motif de Cronïwell, dans cette guerre, fut d'obtenir de l'argent sans dépendre du parlement. Welwood, p. 100.

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qui fut depuis ce moment annexée au royaume de t^ mai la Grande-Bretagne (t). '^^^•

Une autre flotte fut confiée à l'amiral Blake.dont '^i^* le nom devint bientôt la gloire de l'Angleterre et la terreur de l'Espagne. Croisant dans la Méditerra- née et rAtlanticjue , il intercepta lés bâtimens marchands et les galions qui revenaient d'Amérique. Près de Cadix, Blake et Montagne firent deux prises d'une immense valeur, et brûlèrent, à l'île de Ténériffe, dans le port de Santa-Cruz. une flotte qui rêve- . nait chargée de l'or du Pérou. Ces expéditions couvrirent de gloire les Anglais, et firent perdre aux Espagnols une quantité considérable d'hommes, de vaisseaux, d'argent et de marchandises.

L'Angleterre et la France s'unirent encore plus ^- '^• étroitement contre l'Espagne. Un traité offensif et défensif fut conclu entre Cromwell et le cardinal Mazarin. Leurs forces combinées réduisirent successivement Montmédy, St -Venant et Mardike. L'an- a. d. née suivante, le maréchal de Turenne, à la tête de '^^^' l'armée française et des auxiliaires anglais, assiégea Dunkerque : don Juan d'Autriche et le prince de Condé, s'avancèrent pour secourir cette ville; mais ils furent repoussés avec une perte de douze cents hommes tués et deux mille prisonniers (2).

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(i) Clarendon, vol. 3, p. 454.

(2) Whitelock, p. 673.

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Dunkerque se rendit peu après au maréchal de Turenne, et fut livré aux Anglais, ainsi que la ville de Mardike.

La mort de Jean IV, roi de Portugal , ranima les espérances de Philippe , et lui 6t faire de nouveaux efforts. Une armée nombreuse^ animée par la présence du ministre don Louis de Haro, fut envoyée sur les frontières ; les troupes portugaises qui avaient investi Badajoz se retirèrent à son approche. Don Louis , encouragé par leur retraite , s'avança et mit le siège devant £lvas. Le trône de Portugal était occupé par un faible enfant, mais la reine mère déploya, malgré son âge avancé, la même vigueur qui dans sa jeunesse avait excité le duc de Bragançe à s'emparer de la couronne. A la \o\j, de leur reine les Portugais prirent les armes : ils se rassemblèrent en foule sur les bords de la Guadiana, et eurent pour général le marquis de Castagliana. Les Espa* gnols étaient commandés par le duc de Saint -Gter-» main , noble it^ien , d'un talent éprouvé. Se fiant trop aveuglément à Tapcienne renommée de ^es troupes , il se hasarda à combattre malgré la supériorijé du nombre. Sa témérité fut fatale à r£,spagBC ; on se battait à peine depuis une heure, lorsque le duc de S^int-Germain fut tué : ses soldats plièrent : les Portugais chargèrent ceux-ci avec encore plus de fureur, mirent la confusion dans tous les rangs, et don Louis de Haro vit , de la hauteur sur laquelle il était placé, la défaite de son armée.

La cour de Madrid convint alors avec regret que les ressources de l'Espagne étaient insuffisantes pour Soutenir des hostilités portées sur tant de points différents. Les armes de Turenhe étaient constamment victorieuses en Flandre; mais Ton ne pouvait espérer que l'Espagne, épuisée par une suite de guerres désastreuses , luttât avec succès contre le Portugal , la France et l'Angleterre. Sa jeunesse belliqueuse avait été tnoissonnée dans lès coïtibats : ses finances étaient ruinées ; son commerce anéanti; ses diamps désertés : la paix seule, patr son heureuse influence, pouvait lui dotitiét* Une iroùvèllé vie.

Pour atteindre à ce but si désirable, des négociations fuî*ent ouvertes avec la cout* de Frâïiôé ; et, heureusement pour Philippe IV,le6ardînalMâ2arin, qui avait sur Louis XIV un pouvoir absolu , était alors disposé à teriliiner une guerte ruineuse. Les Conférences euretit lieu dans l*île des FalsatïS sur la frontière de la France et de l'Espagne : le cardinal Mazarin et don Louis de Haro y parurent comriie représentants de« leurs souverains respectifs. Le ministre espagnol voulut cacher par une fastueuse ostentation la pauvreté de son pays. Il se fit précéder par douze voitures , quarante chevaux dô m^iu et quarante mules dont les harnais étaient enrichis d'or , d'argent et de pierres précieuses ; la cour de don Louis de Harô était composée des plus illustrés chevaliers des ordres militaires de San- Yago, d'Al-

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cantara et de Calatrava ; ce ministre , dans son entrevue avec Mazariii , soutint avec hauteur sa propre dignité et celle de l'Espagne. On consuma beaucoup de temps dans les seules discussions relatives à la préséance des deux cours, et don Louis de Haro défendit avec succès les prétentions de la cour de Madrid. Les conférences se terminèrent par le fameux traité des Pyrénées, qui confirmait à la France la possession des provinces du Rpussillon et de TAlsace, jet accordait au jeune roi Louis XIY la main de l'infante et une dqt de cinq cent mille écus d'of. Louis renonça solennellement pour lui et ses héritiers à la succession de Philippe , à laquelle son mariage lui donnait des droits. Le duché de Lorraine fut rendu par la France ; et les villes de Saint-Omer , Ypres, Menin et Oudenarde, furent cédées à l'Espagne : Louis pardonna au prince de Condé et le réintégra dans ses possessions. Philippe, de son côté, abandonna Verceil au duc* de Savoie , Reggip au duc de Modène, le territoire de Monaco à son prince, jpt Juliers au duc de Newbourg.

Ainsi se termina une guerre qui depuis l'espace de vingt -cinq ans était engagée entre la France et l'Espagne. Nous ne présentons ici qu'une esquisse jies principaux événements, dont les détails eussent dépassé les bornes de cet ouvrage. Il nous suffira d'observer que la lutte opiniâtre et sanglante qui fut dirigée par le génie de Richelieu et de Mazarin,

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«ervit à établir l'ascendant de la France et hâta la décadence de l'Espagne.

Après le traité des Pyrénées , le règne de Philippe ' se prolongea encore cinq années sans gloire. Ses i665. démêlés avec la France étaient terminés ; mais l'Espagne éprouvait encore les calamités de la guerre. L'objet favori de la cour de Madrid était de recouvrer ie Portugal, et cependant Philippe et ses ministres eurent la triste conviction que les ressources de l'Espagne étaient devenues insuffisantes pour conquérir le plus petit territoire. Don Juan d'Autriche réduisit les villes d'Arunches et d'Alconchel ; mais ie courage des Portugais était soutenu par leur alliance avec Charles II, qui, étant remonté sur le trône d'Angleterre, avait épousé la princesse Catherine, «œur de leur monarque. Les progrès de don Juan d'Autriche étaient' loin de répondre aux espérances des ministres espagnols : la prise d'Evora répandit la consternation dans Lisbonne , le manque de vivres força don Juan à la retraite. Son arrière-garde fût attaquée par l'armée portugaise sous les ordres du comte de Schomberg : les Espagnols, obligés de passer dans un défilé étroit dont les hauteurs étaient occupées par l'ennemi, furent surpris et accablés; leur général chei^cha vainement à les rallier et à ranimer leur courage; la confusion se mît dans toUs les rangs, et plus de quatre mille hommes périrent sous le fer des Portugais.

On retira les garnisons delaFlandreetduMilanès

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pour former une quatrième et dernière çirmée ; le commandement en fut donné au marquis de Caracena , qui s'était vanté de se rendre maître de Lisbonne en une seule campagne. Les plaines de Claros, près de Villa Yiciosa , furent cependant témoins de ^ honte. Dans un combat sanglant qui dura pendant huit heures , ce généra) fut complètement battu par l'armée portugaise , commandée par le comte de Schomberg et le marquis de Marialva : les ]E^pagnol^ laissèrent quatre mille hommes sur le champ fie bataillç, eurent un nombre égal de prisonniers , et peux qui parvinrent à s'échapper se réfugièrent dan^ les villes fortiBées situées sur leuiis frontières.

Les maladies et des contrariétés continuelles avaient affaibli la constitution de Philippe lY : ce dernier revers lui porta un coup mortelt La lettre qui lui apprenait la perte de son armée tomba de $es mains ; s'efforçant d'adoucir sa douleur par une pieuse résignation, il s'écria : ce c'est la volonté de Dieu ! » Mais cette épreuve était trop forte pour lui , et il tomba sans connaissance. Il i^e revint à la vie que pour entendre les murmures de Sjes sujets et la ppuvelle accablante d'une irruption des Portugais dan^ l'Andalousie^ La nation entière était découragée ; la <^our et les ministres renonçaient à leurs chimériques projets; Philippe lui-même, fatigué d'un rèig^ne si long et si turbulent, désirait goûter quelque repos à ses derniers moments, et reconnaissait la nécessité de conclure la paix avec le Portugal. Dieu

ne lui permit pas de goûter le bonheur auquel it aspirait. Avant que les négociations fussent commencées, Philippe, attaqué d'une violente dyssenterie, vit la mort avec calme. Les courts instants qui luî restaient furent employés à assurer à son jeune fils la succession du trdne; il donna la régence à la reine son épouse, et nomma son conseil. Philippe IV mourut dans la soixante-unième année de son âee et t" Jt la quarante-quatrième de son règn^, qui futTun des plus orageux dont lliistoire fasse mention. Depuis le jour de son avènement au trône jusqu'à celui de sa mort, l'Espagne ne jouit pas d'un seul moment de paix.

Les calamités publiques qui marquèrent ce règne contribuèrent à l'obscurcir. Monté sur le trône dans un âge très-tendre, il fut aisé de le tenir éloigné des affaires et de lui inspirer le goût d'une vie voluptueuse : jaloux de régner sous le nom de Son maître, l'ambitieux Olivarez, en flattant son indolence , le rendit esclave de ses ministres. Philippe IV ne manquait cependant pas de talent : il encouragea l'étude des lettres et des beaux-arts , et s'y livra avec succès ; il composa une tragédie et fit faire au palais de l'Escurial des embellissements qui attestent son goût et sa magnificence.

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