Tome II
agO HISTOiftJS
que l'histoire en offre peu d^exemples daus 1^^ vje dt $; princes.
Depuis le règne de Philippe II jusqu'à la piort de Charles JI les erreurs du gouvernement et la décadence de la monarchie espagnole ont été suffisamment indiquées dans cet abrégé. Toutafpis il ne nous paraît pas hors de propos de reproduire sous un point de vue plus resserré, les causes morales qui ont si fortement contrebalancé les avantages physiques de cette contrée, et enlevé à cette nation , Tune des plus braves de TEurope, toute §on énergie.
L'état de l'Espagne sous les Romains a été décrit, ainsi que la dégénération de ces Goths jadis si belliqueux. Les arts, les sciences et les richesses des Arabes brillèrent sous les Califes, et tiennent uu rang distingué dans les premiers période^ de Phistoire d'flspagne. Mais ce sont principal^nfientl/ss eflets que les circonstances politiques ont produits sur la mon^rch^e de l'Ëspagnf moderne, que nous npus propqsons de rappeler ici.
La lutte entre les chrétiens et les musuln^ins qui Iiabitaient l'Espagne , lutte la plus opiniâtre et la plus sanglante de toutes celles dont les annale^ des peuples font mention , dépeupla c^s belles provinces. Pendant près de huit siècles l'étendard de la croix et celui de S|[ahome|t fI,o^tèr^nt alternativement sur le$ murs de chaque cité et d^ chaque village ; l'Espagne entière fut tour-à-tour pillée par \e$ 4^ux
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partis : chaque plaint fiit un champ de bataille; chrétiens et musulmans, ceux qui échappèrent au carnage oti à TesclaTage, se réfugièrent dans les montagnes, qui leur offraient à peine un asyle. Ces guerres excitées par des haines nationales et religieuses avaient un caractère de fureur que n*ont point celtes que l'on fait de nos jours. Non-seulement le pays était pillé, mais les moissons étaient brûlées sur pied , les arbres à fruit et les vignes arrachés et détruits entièrement. Au milieu de ces scènes de dévastation ragricultUTe dut être négligée et la population ralentie. Les funestes effets d'un horrible fléau rendus encore plus graves par une grande erreur politique vinrent augmenter les <alamités causées par la guerre. La peste, qui vers le milieu du quatorzième siècle dépeupla une si grande partie du globe, eut en Espagne des conséquences plus pernicieuses que partout ailleurs/ Le3 terres dépeuplées furent données à ceux qui avaient survécu (i). Les biens communaux de plusieurs villes ou villages furent réunis sous le domaine d'une seule ville ou d'un seul Village. Les seigneurs obtinrent des terres considérables; ces possessions jointes à leurs patrimoines et passant sans aucune aliénation et sans partage à l'héritier du nom et des titres, restèrent long -temps en friche. Cette dépopulation fît, obtpnir facilement
(t) Brougham's CoL Pol. , vol. i, p '406.
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aux riches propriétaires de troupeaux le code célèbre cotmu sous le nom de Mesta. Par ce règlement singulier et qui subsiste encore de nos jours, les pro* priétaires ont acquis un droit incontestable de conduire l'hiver leurs troupeaux des provinces septentrionales de l'Espagne dans les parties les plus méridionales. Pendant ce voyaçe les moutons paissent librement dans les immenses terrains communaux par lesquels ils passent; on est obligé d'y laisser pour eux, sans clôture, un espace large de quatre-vingt-dix verges. Cet abus a toujours été un grand obstacle pour l'agriculture, et l'on en voit une triste preuve jusque dans les parties qui seraient les plus fertiles (i).
TjCS maximes du gouvernement espagnol ont été également défavorables au commerce. Les mines du Mexique et du Pérou n'eurent pas plus tôt commencé à répandre leurs richesses en Espagne t[ue des i*èglements impolitiques traversèrent ces avantages extraordinaires. Au moyen âge , les villes d'Espagne, par un concours de causes favorables, étaient deve-nues plus riches et plus populeuses que celles des autres pays de l'Europe , si l'on en excepte les Pays- Bas, lltalie, et les domaines de l'empereur de By^ zance. En i^gi j la ville de Barcelone était estimée
(i) Voy. Bfongham's Col. Pol. , vol. i , book i , p. 406 , etc. et les autorités suivantes : Link's Trav. , p./ 122 ; Semple's Trav. , vol. i , p. 58.
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régale de Naples par sa population et l'élégance de ses édifices;, elie le cédait à peine à Florence par son commerce et ses manufactures (i). Tolède était aussi une ville grande et peuplée : on comptait parmi ses citoyens un grand nombre de personnes d'un nom. illustre et d'une grande fortune, et près de dix mille individusiqui y étaient employés dans les manis&ctures de laine (a) et de soie. Cordoue et Séville . étaient presque au même degré de prospérité. Peu de villes surpassaient Valladolid pour l'élégance et l'éclat; et dans l'année 1&16 son territoire seul fournit trente mille combattants (3). Les Arabes avaient établi . des manufactures dans toutes ces villes , et les chrétiens qui vivaient parmi eux avaient appris leurs arts et imité leur industrie. La découverte et la colonisation de l'Amérique devaient ouvrir un débouché continuel aux produits des manufactures espagnoles et donner à cellesK^i un accroissement prodigieux, mais le monopole- du commerce des colonies accordé à quelques marchands de Séville nuisit à l'industrie naissante de l'Espagne (4)* Afin, de
(i) Hieron.Paul. ap. Schot. Script. Hisp. a, p. 344*
(2) Marin, ap. Script. Hispan., 2, p. 3o8.
(3) Marin, ap. Script. Hispan., 3, 3 12; Sandov. Vie de Temp. Charles V, tome i , p. 81.
(4) Les commandes que Ton fit aux manufacturiers, en 1545, étaient telles qu'ils ne pouvaient espérer les terminer en moins de six années. Campomanes , tome i , p« 406 ;