‹ Histoire D'Espagne (volume 2)Chapitre 17 sur 34 · IO · texte numérisé non relu

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royaume. Le duc , avec uii corps de troupes assez considérable, était déjà campé dans le voisinage de Mons, et avait pris le titre de protecteur des Pays- Bas, pendant que quarante mille Allemands, sous la conduite du prince Casimir, avaient passé le Rhin et la Meuse. Les dissensions et les jalousies des Flamands et de leurs auxiliaires rendirent inutiles des apprêts aussi formidables. Les Français et les Allemands se retirèrent ; et le prince de Parme réduisit Maestricht, après un siège de trois mois. Profond diplomate et général habile, Alexandre Farnèse, par ses négociations et par ses armes , et surtout en évitant adroitement de favoriser l’un ou l’autre parti , conclut un traité avec les provinces méridionales, qui rentrèrent dans l’obéissance , à la condition que les troupes espagnoles et italiennes quitteraient le territoire des Pays-Bas. Philippe acquiesça d’autant plus volontiers à cette condition, qu’il méditait alors d’autres guerres. Le prince d’Orange cherchait à contre-balancer cette défection d’une partie si considérable des Pays-Bas, par un nouveau traité de confédération perpétuelle entre les provinces septentrionales : cette confédération se nomma union d’Utrech , du lieu où elle avait été signée. Les entraves que les soupçons des protestants suscitaient au prince, et l’impatience de Philippe qui voulait soutenir par la force des armes ses prétentions à la couronne de Portugal , firent entamer des négocia-

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tions que Philippe rendit infructueuses par son inflexibilité à legard de la religion.

Tandis que le roi d’Espagne perdait les Pays-Bas par son imprudence et par une rigidité de dévotion mal entendue , son heureuse fortune et la valeur de ses troupes le rendirent maître du Portugal et des vastes établissements que ce royaume avait en Afrique, en Asie et dans l’Amérique méridionale (x). Sébastien, roi de Portugal, ayant passé en Afrique pour soutenir les droits du roi de Maroc Mulev Mahomet expulsé du trône par son oncle Muley Maluc , avait péri dans un combat , ainsi que les deux rois maures. Son grand oncle, le cordinal Henri, avait été son successeur immédiat; son âge et ses infirmités ne lui avaient pas permis de conserver long-temps le sceptre, et, après un règne qui u’avait pas duré une année, il était mort sans faire un choix sur les divers prétendants au trône.

Parmi ceux-ci , les principaux étaient Philippe , roi d’Espagne; la duchesse de Bragance; le duc de Savoie; et don Antonio, prieur de Crato; tous petitsfils d’Emanuel-le-Grand , père de Henri. Le droit de primogéniture favorisait la duchesse de Bragance; mais les lois d’Espagne donnaient , à un degré égal

(i) Les Portugais, outre le Brésil qu’ils possédaient en Amérique, étaient maîtres de toute la côte d’Afrique, depuis le détroit de Gibraltar jusques à celui de Babel-Man- Hel, et des places maritimes des Indes et des îles orientales.

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de parenté, la préférence aux hommes. Philippe et le duc de Savoie descendaient de la ligne féminine , et le droit de primogéniture appartenait au premier. Don Antonio, ainsi que la duchesse de Bragance, descendait de la branche masculine : toutefois le mariage de son père don Louis n’ayant pas été reconnu , il avait été déclaré illégitime. La valeur réelle de leurs titres fut, il est vrai, de peu d’importance: Philippe était le plus puissant de tous les concurrents, et, même avant la mort de Henri, il avait pris les mesures les plus propres à lui assurer la succession. Sous le prétexte d’une guerre prochaine contre le roi de Maroc , il avait équipé une flotte considérable et levé de nombreux corps de troupes en Espagne et en Italie.

Les Portugais avaient en aversion et la domination de l’Espagne et le caractère de Philippe; et quoique le duc de Bragance n’osât soutenir les droits de son épouse contre un tel compétiteur , le prieur de Crato ne fut pas retenu par de semblables craintes. Antonio n’eut pas plus tôt déployé son étendard, que les Portugais s’y réunirent en foule : il fut proclamé roi dans Lisbonne aux acclamations du peuple.

Quoique le duc d’Albe fût alors en disgrâce et exilé de la cour, à cause d’une intrigue que son fils avait eue avec une des femmes de la reine, Philippe eut recours à sa fidélité éprouvée et à ses talents, pour s’assurer le trône de Portugal. L’ambition du duc lui fit étouffer son ressentiment; et bien qu’il

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fût courbé sous le poids des années , il prit le commandement de l’armée. Deux batailles décidèrent du sort du Portugal : dans la première , le duc d’Albe commanda en personne ; les Portugais étant rompus par les attaques vigoureuses des vieilles troupes d’Espagne , perdirent trois mille hommes , et Lisbonne se soumit aussitôt au vainqueur. Le second engagement eut lieu sur les bords du Douro : don Sanche d’Avila , à la tête d’un fort détachement espagnol , y défit don Antonio qui avait ârmé à la hâte une troupe de paysans. Antonio s’échappa pendant la mêlée et vint se réfugier à Viani : il s’embarqua peu de temps après sur un bâtiment marchand ; repoussé dans le port par la tempête , il se déguisa en matelot , et se déroba ainsi aux poursuites de ses ennemis. Philippe mit sa tête à prix; huit mille ducats devaient être la récompense de celui qui la lui livrerait ; mais , soit par aversion pour le gouvernement espagnol, soit par attachement pour ce prince infortuné , aucun Portugais , bien qu’Antonio restât caché dans le pays pendant plusieurs mois , ne se laissa séduire, et ne voulut trahir son prince et le livrer à son adversaire.

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