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çait h éclater en Hollande et dans la Zélande. Il avait réuni des forces considérables, et devait être soutenu par la France. Charles IX avait promis au comte Louis de Nassau de faire marcher une armée au secours des Flamands. Encouragés par ces apparences favorables, un grand nombre de huguenots suivirent les drapeaux de Nassau ; et le comte Louis, à la tête de cette troupe hardie , surprit la ville de Mons sans perdre un seul homme. Le duc d’Albe, irrité de cet événement extraordinaire, jura de reprendre cette place importante. Il ordonna à son fils Frédéric de Tolède d’y conduire un corps de vingt mille de ses meilleurs soldats; et, quelques jours après, Mons fut totalement investi. La nouvelle de ce siège accrut l’ardeur des réformés de France : près de cinq mille d’entre eux , sous la Conduite du sieur de Genlis , vinrent au secours de leurs frères. Le roi de France , malgré le projet perfide qu’il avait concerté avec Philippe pour exterminer les protestants , ne pouvait cependant intebposér son autorité pour arrêter leur marche ; il avertit en secret Frédéric de Tolède de la route qu’ils prenaient. Ainsi trahis, ils furent attaqués à l’improviste par l’élite <de l’armée espagnole. Leur retraite fut honorable, mais inutile; ils perdirent la moitié des leurs, et leur commandant fut fait prisonnier.
Lorsque le prince d’Orange apprit que la ville de Mohs venait d’être surprise par son frère, il entra dans les Pays-Bas , réduisit Ruremonde , Mechelen ,
d'esj»agne.
Nivelles, Diest, Tirlemont, et surprit Audenaerde et Dendermonde. Dans cette circonstance difficile, il reçut la nouvelle désolante du massacre des protestants à Paris , le jour de la St-Barthélemy. L’avenir brillant dont il se flattait fut bientôt évanoui : il vit bien qu’il ne devait plus attendre aucun secours de la France, et ses propres ressources ne suffisaient pas pour soutenir la querelle dans laquelle il était engagé. Toutefois la situation des affaires ne permettait pas qu’il hésitât ; les dernières espérances ds sa religion et de son pays reposaient sur son courage et sa persévérance. Il résolut de tenter la délivrance de Mons; mais le duc d’Albe avait rejoint l’armée; il dirigeait les opérations du siège, et son habileté empêcha que le généreux projet du prince d’Orange ne réussît.
Lorsque ce prince approcha de la ville , les officiers espagnols pressèrent leur général de donner le signal de l’attaque. Au lieu de céder à leurs instances, le duc ajouta de nouveaux ouvrages aux fortifications de son camp , et resta dans ses retranchements. Le prince d’Orange , après avoir essayé de les enlever, fut obligé d’abandonner Mons à son sort. Cet événement diminua son autorité , et la désobéissance de ses troupes fournit au duc d’Albe une occasion favorable de satisfaire aux vœux de son armée. Un corps choisi d’infanterie surprit au milieu de la nuit le camp des protestants. Le prince d’Orange forma ses troupes en toute hâte, et re-
poussa les Espagnols. Cinq cents Allemands avaient péri dans cette affaire ; le reste des soldats se révolta ouvertement et menaça de livrer le prince au duc d’Albe , afin d’obtenir le paiement qui leur était dû. Les officiers s’opposèrent à cette infamie; mais Guillaume, voyant tout le danger de sa situation, licencia une armée plus redoutable pour son général qu ! elle ne l’était pour l’ennemi, et, suivi de quelques fidèles partisans , il se retira en Hollande.
Mons se rendit peu de temps après par capitulation , et évita ainsi le pillage. Mechelen et Zutphen, villes connues pour être attachées au prince d’Orange , furent abandonnées à la fureur et à l’avarice des soldats , qui massacrèrent et pillèrent sans pitié et sans distinction de rang, de sexe, dage et de religion. La licence des troupes ne connut plus de frein : ces Espagnols , qui combattaient pour le soutien de la foi catholique, violèrent les nonnes, et pillèrent les églises aussi-bien que les maisons. Le , féroce duc d’Albe publia un manifeste dans lequel il établit que Mechelen et Zutphen n’avaient souffert que le châtiment que leur rébellion méritait, et que toutes les villes qui suivraient leur exemple subiraient un traitement semblable. Ces menaces produisirent Ictft- effet : Groningen , Overyssel , Utrecht et plusieurs autres villes qui s’étaient déclarées pour le prince d’Orange, n’obtinrent leur pardon que par une prompte soumission.
Les provinces maritimes, enhardies par les avan-
tages que leur donnaient les localités, ne pouvaient être détachées de la ligue ni par des menaces ni par des concessions. Les habitants de Zéelande et de Hollande avaient tout préparé pour une vigoureuse résistance : les Hollandais avaient reconnu le prince d’Orange pour leur souverain légitime; Amsterdam refusait seule de prendre part à l’insurrection , et restait encore fidèle à Philippe. L’objet immédiat des opérations du duc d’Albe fut la réduction des villes rebelles de la Hollande. Son armée, sous le commandement de son fils Frédéric de Tolède , marcha sur Naarden. Cette, ville ayant refusé d’ouvrir ses portes à un corps de cavalerie espagnole, éprouva le sort de Mechelen et Zutphen. Lorsque les soldats eurent assouvi leur brutalité, leur général les mena devant les murs de Haarlem. Le siège de cette ville fut aussitôt formé par une armée de vingt mille hommes de vieilles troupes ; sa défense mémorable l’a rendue célèbre dans l'histoire. Frédéric avait une grande partie des défauts de son père : comme lui il était orgueilleux, et ne pouvait souffrir que l’on s’opposât en rien à ses volontés ; cependant il s’aperçut aisément de quels efforts les hommes sont capables , lorsqu’ils sont animés par l’amour de leur pays et de leur religion. Le temps se consumait sans que l’on eût plus d’espoir de prendre la place : les plus braves soldats avaient péri dans les attaques , ou étaient exténués de fatigue par un service continuel ; les officiers les
plus expérimentés conseillaient à Frédéric d'abandonner une entreprise dans laquelle on ne pouvait réussir. L’inflexible d’Albe ne répondit aux représentations de son fils que par des reproches, qui obligèrent celui-ci à persister. Le duc lui ordonna d’affamer la ville, puisque ses armes ne pouvaient la réduire; il lui déclara que s’il levait le siège, il le regarderait comme étant indigne du nom qu’il portait, et du sang dont il était né; et que s’il persistait dans ce dessein , lui-même, quoique malade, viendrait prendre le commandement de l'année , et que si son état devenait encore plus grave, il enverrait la duchesse d’Albe dans le camp des Espagnols, poursuivre les travaux du siège. Un reproche si sévère ranima l’ardeur du jeune général : il reçut de nombreux renforts , et bloqua étroitement Haarlem. Les habitants avaient jusqu’alors supporté toutes les fatigues et tous les dangers avec le plus grand courage , la famine les accabla ; ils virent mettre en pleine déroute un corps de troupes qui s’avançait pour protéger l’entrée d’un convoi. N’ayant plus d’espoir d’être secourus , ils se rassemblèrent en armes , et prirent la résolution désespérée de s’ouvrir un passage l’épée à la main , à travers les retranchements de l’ennemi. Le général espagnol, instruit de leur dessein, leur offrit une capitulation, dont les principaux articles étaient, qu’à la condition de payer deux cent mille florins, la ville serait exempte du pillage, et les habitants, à l’exception
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de cinquante-sept qu’il désigna , recevraient leur pardon. Les soldats allemands, qui composaient la plus grande partie de la garnison , insistèrent pour que l’on acceptât la capitulation, et les portes furent ouvertes aux assiégeants. Le duc d’Albe arriva dans la ville trois jours après la reddition , et fit exécuter dès le lendemain trois cents personnes : le nombre de ses victimes augmenta chaque jour; et neuf cents de ces braves citoyens , qui n’avaient posé les armes que sur la foi du traité , furent sacrifiés à la venT geance de cet illustre scélérat.
Ce ne furent pas les seules calamités que souffrit la ville d’Haarlem : les troupes espagnoles et italiennes étaient furieuses des conditions accordées aux habitants; l’exemple de leurs chefs leur avait appris comment les capitulations pouvaient être violées , et ils demandèrent avec menaces le paiement de leur solde ou le pillage de la ville. On ne pouvait leur rien refuser , et les malheureux habitants de Haarlem furent exposés à des exactions qui ne cessèrent que lorsque leurs ressources furent épuisées.
Les armes espagnoles ne furent pas toujours couronnées par de semblables succès. Lorsque l’armée eut quitté Haarlem , elle s’avança sur Alkmaar , et fut repoussée. Elle se préparait à renouveler l’atr taque, lorsque d’Albe fut informé que les Hollandais avaient résolu d’ouvrir les écluses et d’inonder le. pays. Il fit aussitôt lever le siège, afin de préserver son armée de la destruction dont elle était menaçée.
» isroi n v.
Pendant ce temps les qahitants d’Enkhuisen, de Hoorfl et des autres villes voisines, avaient construit un nombre considérable de petits vaisseaux avec lesquels ils croisaieut dans le Zuider-Zee, et menaçaient d’anéantir le commerce d’Amsterdam. J .a grandeur du péril nécessita la présence du duc d’Albe : il se rendit à Amsterdam , équipa douze grands vaisseaux de guerre et en donna le commandement au comte de Bossut. De vieilles troupes espagnoles s’embarquèrent à bord de ces bâtiments : Albe espérait que la valeur de ses soldats et la force de ses vaisseaux suppléeraient au nombre. Son attente fut trompée; l’amiral 'aurait voulu ne point engager ce combat inégal , mais les ordres du duc étaient positifs. L’engagement fut terrible ; la victoire se déclara pour les protestants. Les Espagnols perdirent cinq vaisseaux ; l’un d’eux échoua , les quatre autres furent pris; la galère de l’amiral était parmi ces derniers, et le comte de Bossut fut fait prisonnier. A peu près vers la même époque, les protestants se rendirent maîtres de Geertruidenberg , qui leur donna la navigation de la Meuse.
Cette administration sanguinaire approchait de sa fin. La santé du duc d’Albe était détruite; il obtint enfin de pouvoir quitter un poste dont sa constitution ne lui permettait plus de remplir les horribles devoirs. Il se vanta, à son départ, que pendant son gouvernement, qui n’avait pas duré six années, il avait fait périr, sous la main du bourreau , dix-huit
mille hérétiques, outre un nombre beaucoup plus grand encore qui avait été massacré sur les champs de bataille et dans les villes qu’il avait prises. La régence de ce duc fut l’une des plus grandes calamités qui eussent pu affliger les Pays-Bas ; sa cruauté concourut avec la tyrannie de Philippe à détacher ces provinces de la couronne d’Espagne.
Louis de Requesens, commandeur de Castille, fut nommé gouverneur des Pays-Bas après la retraite du duc d’Albe. Son humeur conciliante et ses talents militaires étaient capables de disposer les Flamands à l’obéissance, ou de les y forcer. Les premiers actes de son administration furent de réprimer l’insolence du soldat, et de faire enlever les trophées que son prédécesseur avait élevés pour insulter le peuple. La statue d’Albe, qu’il avait fait placer dans la citadelle d’Anvers , fut enlevée , et on effaça toutes Jes inscriptions qui pouvaient blesser la fierté nationale. Il s’occupa ensuite de délivrer Middélbourg', qui était assiégée depuis dix -huit mois par les protestants. Il équipa y pour ce projet, à Anvers et à Bergen - op - zoom , trente vaisseaux, un grand nombre de transports chargés de provisions et de munitions de guerre. Cette flotte se forma en deux divisions : l’une d’elles devaàt entrer dans le canal de Middelbourg , tandis que l’autre attirerait l’attention de l’ennemi. Mais cette manœuvre ne réussit pas : la division qui tenta d’entrer dans le canal fut mise, en pleine déroute ; ses vaisseaux furent pris ou coulés
à fond; l’autre partie de l’escadre évita uu sort pareil en gouvernant à toutes voiles sur Anvers. La défaite de la flotte espagnole anéantit les dernières espérances de la garnison de Middelbourg : la famine avait contraint les soldats à manger les chevaux et les chiens , mais cette triste ressource était épuisée.
Le commandant, Mondragon, avait, par son exemple et ses talents , encouragé ses troupes à faire une vigoureuse défense ; après avoir rempli tous les devoirs d’un soldat et d’un officier il obtint une capitulation honorable.
Peu après cette transaction, le comte Louis de Nassau, ayant rassemblé une armée de dix mille Français et Allemands , pénétra dans la province de Gueldre et dans le Brabant, afin d’opérer sa joncr , tion avec son frère le prince d’Orange, qui s’avançait des provinces maritimes. Requesens, informé de leur marche , envoya Sanche d’Avila avec l’élite des troupes espagnoles pour s’opposer à leurs progrès. Ce général trouva l’ennemi fortement posté; mais se fiant à la valeur éprouvée de ses soldats , il donna le signal de l’attaque. Les protestants ne purent résister à l’impétuosité de cette charge : de tous côtés leurs retranchements furent forcés : près de cinq mille hommes furent tués ; et cette défaite devint encore plus décisive par la mort des comtes Louis et Henri de Nassau , et par celle du comte palatin.
Ce combat fatal obligea le prince d’Orange à la
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retraite : il ne lui aurait pas été facile même de regagner les frontières de la Hollande, si les soldats espagnols n’eussent terni par leur mutinerie la gloire qu’ils venaient d’acquérir sur le champ de bataille. Us demandèrent, avec les plus horribles menaces, qu’on leur payât leurs arrérages ; et, n’obtenant que des promesses de leur général, ils marchèrent sur Anvers et y fixèrent leurs quartiers. Malgré la présence du régent et ses prières, ce ne fut que par une distribution de cent mille florins que l’on obtint d’eux qu’ils se remissent en campagne. Cette révolte fut cause d’un grand malheur : Requesens, craignant que les mutins ne s’emparassent de la flotte qu’il avait dans le port d’Anvers, fit éloigner les vaisseaux hors de la portée du canon : ils furent attaqués dans cette position par les Zéelandais; et presque tous furent coulés à fond , pris ou démâtés.
Le mauvais succès de ses armes décida le régent à employer des mesures conciliatrices pour rétablir l’autorité royale. Une amnistie fut publiée au nom du roi; mais la condition sur laquelle elle était basée la rendait illusoire. Les protestants devaient se conformer aux dogmes reçus par l’église romaine; aucun d'eux n’y voulut consentir.
Les Espagnols étaient alors occupés au siège de Leyden. Cette ville, bloquée étroitement depuis plus de trois mois, souffrait tous les maux que la famine entraîne; les efforts du prince d’Orange n’avaient pu
parvenir à la délivrer. Les habitants, épuisés de faim et de fatigue, avaient cependant conservé tout leur courage et leur intrépidité. Le général espagnol , instruit de leur position, leur fit proposer une capitulation : cette réponse magnanime, « Qu’ils se nourri- « raient plutôt de la chair de leur bras gauche et « combattraient encore de l’autre », a fait passer leur nom à la postérité. Us informèrent leurs amis de leur situation au moyen des pigeons courriers (i). Comme il était impossible de les secourir par terre, on ouvrit les écluses; les digues de la Meuse et del’Ys.sel furent détruites, et tout le pays environnant fut inondé afin de pouvoir approcher de la ville assiégée au moyen de la flotte. Les Espagnols, chassés de la plaine, conservèrent leur position sur les hauteurs et continuèrent encore le blocus. Les habitants, forcés par la faim à se nourrir d’aliments inal-sains, périrent par milliers: la famine et la peste produisirent des effets si horribles , qu’il ne restait plus même assez de force aux vivants pour enterrer les - morts. A la fin, le moment de leur délivrance arriva : vers la fin de septembre, un vent Violent, soufflant du nord-ouest , refoula la mer sur les terres , et les plaines de I^yden furent converties en un vaste lac. Les Espagnols n’avaient d’autre
(i) Il paraît quo ces pigeons avaient été échangés auparavant. Les lettres étaient attachées sons leurs ailes. Voyez Strada, de Bello Belg.
parti à prendre que d’effectuer leur retraite, mais ce ne fut pas sans beaucoup de difficulté et de pertes. Ils furent liarcelés par lesZeelandais,qui couvraient le pays de leurs barques, et plus de quinze mille d’entre eux périrent dans les eaux, ou sous le fer des insurgés. Ceux - ci entrèrent victorieux dans , Leyden : les habitants étaient réduits à une telle extrémité, que , si le blocus eût continué quelques jours de plus, ils seraient tous morts de faim.
La résistance opiniâtre des Flamands faisait désirer ardemment au régent un accommodement. Une négociation fut entamée sous les auspices de l’empereur Maximilien : le roi d’Espagne demeurant toujours inflexible sur le sujet de la religion , les conférences furent rompues, et on reprit les armes. Après un siège de neuf mois, la valeur des troupes espagnoles et l’audace de leurs commandants firent arborer l’étendard royal sur les murs de Zuricksee : le succès de cette entreprise fut contrebalancé par la mort de Requesens, qui arriva peu de temps après, et qui fut suivie de nouveaux malheurs.
Les troupes espagnoles et italiennes n’étaient pas moins redoutables pour leurs amis que pour leurs ennemis. L’esprit de sédition se ranima encore parmi eux et ils se révoltèrent à Alost. Le paiement de leur solde servait toujours de prétexte à leur mutinerie. Us élurent de nouveaux officiers, surprirent la ville d’ Alost, et mirent tout le pays voisin à contribution. Le conseil d’état les déclara rebelles : l’au-
torité et les menaces de leurs supérieurs furent entièrement méprisées. La garnison d’Anvers suivit leur exemple : la guerre s’alluma entre les soldats et les citoyens; le bruit du canon fut entendu par les mutins d’Alost. « Aux armes , aux armes ! » s’écrièrent-ils tous : et sans perdre de temps ils marchèrent au secours de leurs camarades. Se précipitant sur les portés de la ville, ils se frayèrent un chemin sur le corps des malheureux habitants qui voulaient s’opposer à leur entrée. Plus de sept mille Flamands périrent en cherchant vainement à défendre Anvers. Les soldats furieux se livrèrent à toutes sortes d’excès. Des compagnies de négociants de toutes les nations avaient fixé leur résidence à Anvers , à cause de l’importance du commerce qui se faisait dans cette ville. Leurs maisons étaient meublées avec luxe, et des marchandises et des denrées d’un grand prix remplissaient leurs magasins. Cette accumulation de richesse fut la proie des Espagnols, et pendant trois jours la ville fut livrée au pillage. On n’a jamais pu évaluer la quantité d’or, d’argent, de marchandises précieuses, qui fut prise ou détruite; mais lu somme de huit millions de florins, que l’oû extorqua aux habitants, est une preuve de la prodigieuse richesse de cette ville commerçante.
La garnison de Gand montra la même rapacité.
Elle fit une sortie contre les habitants et fut repoussée; les États voyant l’inégalité d’un tel combat et appréhendant qu’il n’eût des suites funestes, implo-
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rèrent l’assistance du prince d’Orange. Guillaume accourut à leur défense avec un corps de troupes choisies , et força les Espagnols à évacuer la citadelle.
Ce service important* joint aux circonstances qui lui avaient donné lieu, favorisa les vues de Guillaume pour la réunion de toutes les provinces. Opprimés par la violence militaire, et reconnaissants du soin que ce prince prenait de les défendre, les Etats adoptèrent son plan. On tint un congrès à Gand : toutes les provinces , à l’exception de celle de Luxembourg , entrèrent dans la confédération.
Par ce traité, si connu sous le nom de pacification de Gand , il fut convenu que les provinces réuniraient leurs forces, afin d’expulser les troupes espagnoles; qu’aussitôt que la tranquillité serait rétablie les états-généraux s’assembleraient pour réformer les abus et rendre à la constitution sa pureté primitive; que le prince d’Orange serait confirmé dans sa charge de grand-amiral et de gouverneur des provinces maritimes; que tous les exilés seraient réinstallés dans leurs possessions et dans leurs dignités; que dans les provinces catholiques l’ancien culte serait seul exercé; mais qu’en Hollande, et en Zeelande les affaires civiles et religieuses resteraient comme elles étaient alors, jusqu’à ce qu’elles eussent été définitivement réglées dans une assemblée générale des Etats.
La résistance continuelle des Flamands , et les nombreux désordres qui agitaient ces provinces,
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déterminèrent Philippe à confier les rênes du gouvernement à la main vigoureuse de don Juan d’Autriche. Ce prince , dès son arrivée à Luxembourg , ratifia la pacification de Gand ; il s’engagea à faire partir toutes les troupes étrangères , et à ne les faire revenir sur le territoire flamand que d’après le consentement des Etats. Par suite de ces concessions, don Juan fut reçu comme lieutenant-général et gouverneur : pendant quelque temps l’aspect des affaires sembla promettre le retour de la tranquillité. On accorda pour le paiement des troupes espagnoles et italiennes une somme de six cent mille florins. Cet argent leur fut aussitôt distribué ; et ces cohortes , braves , mais féroces , se mirent en marche pour sortir des Pays-Bas. Ce n’était pas sans regret que don Juan avait suivi les ordres positifs de la cour de Madrid. La victoire de Lépante avait excité son ambition , et redoublé son ardeur pour les entreprises militaires; il vit avec peine le départ de ces vieilles troupes, qui auraient pu l’aider à augmenter sa gloire. Les Allemands n’avaient pas encore évacué les Pays - Bas ; et pendant qu’il affectait de presser leur départ , il exhortait en secret les chefs à conserver leurs postes. Sous le prétexte de faire venir de l’argent de l’Espagne, afin de solder plus promptement les troupes, il envoya son secrétaire Escovedo solliciter le retour des Espagnols et des Italiens. Pour mieux assurer l’exécution du plan qu’il avait conçu , il s’empara par surprise de la citadelle de
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Namur, alléguant que cette mesure était nécessaire pour le garantir d’une conspiration qui menaçait sa vie. Les États , désirant prévenir les malheurs de la guerre , envoyèrent une députation à don Juan pour le prier de nommer les coupables, afin qu’ils fussent punis suivant la rigueur des lois. Une poursuite légale n’eût servi qu’à démontrer la fausseté de sa conduite , puisque les seules preuves qu’il pouvait donner de cette prétendue conspiration consistaient en quelques lettres anonymes ; aussi refusa-t-il que l’on fit aucune enquête. Il déclara seulement qu’il ne retournerait à Bruxelles que dans le cas où les États lui donneraient le commandement absolu de toutes leurs forces , et rompraient avec le prince d’Orange.
Cette déclaration fut le signal d’une rupture entre le régent et les États de Flandre. Les jalousies qui existaient entre les catholiques et les protestants gênaient les délibérations des conseils. Les premiers, menés par le duc d’Ârescat , invitèrent l’archiduc Mathias , frère de l’empereur , à prendre le gouvernement des Pays-Bas , afin de renverser le pouvoir du prince d’Orange. Guillaume surprit également les deux partis, en donnant son assentiment à ce choix : il prévoyait les grands avantages qui résulteraient de cette alliance , et son avis fil recevoir l’archiduc pour régent des Pays-Bas. L’élévation de Mathias ne changea rien cependant aux résolutions de l’empereur, qui persista à garder la neutralité
H1STOIR E
De toutes les puissances de l’Europe , l’Angleterre seule embrassa la cause des Etats. Convaincue de la haine secrète que Philippe avait pour elle, Elisabeth fournit aux sujets de ce monarque de l’argent et des troupes : il est vrai quelle l’assurait en même temps que son unique dessein était d’empêcher les provinces de se donner à aucun souverain. Le roi d’Espagne, n’étant pas encore préparé pour une rupture, parut se contenter de cette faible excuse (i).
Philippe , cependant , était résolu d’agir avec vigueur. Il ordonna que les troupes espagnoles et italiennes retournassent dans les Pays-Bas, sous la conduite d’Alexandre Farnèse , prince de Parme. Après la jonction de ces forces avec les Allemands, don Juan attaqua l’armée des Etats à Gembloux. Cette bataille , qui ne coûta que deux cents hommes aux Espagnols , fit périr plus de trois mille Flamands. Don Juan réduisit avec la même facilité Louvain, Sicliem et Nivelles. La fortune lui fut moins favorable sur les bords du Diemar. Contre l’avis du duc de Parme , il attaqua le comte de Bossut dans ses retranchements , fut repoussé , et perdit un nombre considérable de ses meilleurs soldats. Ne se trouvant plus en état de soutenir le choc des troupes qui étaient prêtes à foudre sur lui , il se retira à Namur jusqu’à l’arrivée des renforts qu’il attendait d’Espagne et d’Italie. Philippe , devenant de jour en jour plus
Diqife
< Gocwle
t^i) Candide», p. 46(i.
jaloux de l’ambition de don Juan , commençait à craindre qu’il n’aspirât à la souveraineté des Pays- Bas. Il fit suspendre la inarche des troupes qu’il envoyait en Flandre : don Juan apprit en même temps que son secrétaire intime , Escovedo , avait été assassiné à Madrid. Il ne lui fut pas difficile de A D deviner quel était l’auteur de ce crime. La mort de 1578. don Juan d’Autriche, qui arriva peu après, a été attribuée au poison par quelques historiens; cepen* dant cette supposition ne repose que sur des bruits sourds qu’aucune preuve ne confirma : ce prince était alors dans sa trente - deuxième année. Il est certain qu’une fièvre termina sa carrière, et il est probable que sa maladie fut causée par l’extrême agitation d’esprit qu’il éprouva en voyant toutes ses espérances renversées ( 1 ).
Sa mort fit confier la régence des Pays - Bas au prince de Parme, Alexandre Farnèse. A cette époque, l’état effrayant des affaires de ces provinces exigeait tout le courage et tous les talents d’un tel gouverneur. Charles IX, roi de France, avait encouragé son frère , le duc d’Anjou , à tenter de se faire reconnaître roi des Pays-Bas , espérant par là se débarrasser des esprits turbuleuts et inquiets qui menaçaient constamment de troubler le repos de son
(1) Strada attr ibue la jalousie de Philippe aux artifices du prince d’Orange. Voyez le détail de la mort de Don Joan, dans Faut. Strad.de Bell. Bel", ist.