‹ Histoire D'Espagne (volume 2)Chapitre 19 sur 34 · A. II · texte numérisé non relu

A. II

Elisabeth, cependant , Je reçut avec les plus grandes marques d’estime et même d’affection; et quoique sa prudence lui fit refuser l’union dont le prince s’était flatté, elle lui donna de l’argent et des vaisseaux pour seconder ses entreprises (i). Au commencement de février il revint à Flessingue , et conduisit sa flotte à Anvers. Les bords de l’Escaut, et les avenues qui conduisaient au palais, étaient bordés de plus de vingt-mille citoyens sous les armes. Le duc ayant juré de protéger la constitution, reçut, en , retour, le serment de fidélité, au milieu des acclamations du peuple.

La joie publique fut bientôt remplacée par les plus vives inquiétudes : on tenta d’assassiner le prince d’Orange. Gaspar Anastro , banquier d’Anvers , avait reçu d’Espagne un bon de quatre-vingt mille ducats qui devait lui être payé aussitôt après l’assassinat de ce prince. Anastro confia l’exécution de ce crime à son domestique , Jean Jauregui , jeune Biscayen , dont le caractère enthousiaste et intrépide ne connaissait aucun danger. Jauregui, s’étant ménagé une. entrée dans le château , épia le moment où le prince était seul, et lui tira un coup* de pistolet. La balle entra derrière l’oreille droite, traversa le palais et la mâchoire supérieure , et sortit

(i) Pour les négociations relatives ait mariage de la reine Élisabeth avec le duc d’Anjou , voy. Rapin’s Hist. Kng. vol. 2, book 17.

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d’espaghk. i*> r j

do l’autre côté. Ce funeste événement se répandit aussitôt dans tout Anvers, et fut attribué aux Français. Le peuple se rassembla en tumulte autour du palais du duc d’Anjou : un billet que le prince d’Orange envoya aux notables démontra l’injustice de leurs soupçons. Guillaume, en recevant sa blessure, était tombé sans connaissance ; ses gardes, par un zèle imprudent , tuèrent l’assassin ; mais un papier trouvé dans sa poche découvrit ses complices. Anastro avait fui ; son secrétaire et un prêtre furent arrêtés et condamnés à mort après avoir avoué leur crime. Le prince d'Orange fut, peu de temps après, déclaré hors de danger, et cette nouvelle fit renaître la joie parmi les Flamands.

On reprit les opérations de la guerre : les vieilles troupes espagnoles et italiennes revinrent en Flandre; leur arrivée permit au prince de Parme d’ouvrir la campagne avec l’espoir de réussir. Avant la fin de l’automne il avait réduit Cambrai, Ninove, Gaesbec, et menaçait Bruxelles. Le duc d’Anjou avait obtenu de son frère Henri III un corps de huit mille hommes sous le commandement du maréchal de Biron, et il pouvait, avec ce renfort, arrêter les progrès du prince de Parme.

Mais au lieu de chercher à consolider son trône en observant la constitution des Pays-Bas , le duc d’Anjou, mécontent de ne jouir que d’un pouvoir limité, forma le dessein de s’emparer des plus fortes

msToini:

villes (i). Sa première tentative fut sur Anvers; elle échoua; les Français furent mis en déroute, et un grand nombre d’entre eux fut massacré par les citoyens. Plus de quinze cents périrent victimes de ce projet perfide, et le duc fut obligé de se réfugier sur les frontières de la France. Les Etats se rassemblèrent pour délibérer sur ce qu’il convenait de faire après cette trahison de leur nouveau souverain. Le prince d’Orange leur représenta qu’ils ne pouvaient résister à la puissance formidable de Philippe avec les seules forces des Pays-Bas, et qu’ils n’avaient d’autre espoir de salut que dans le duc d’Anjou* Ces considérations du prince d’Orange firent une profonde impression sur l’esprit des députés ; les progrès rapides du prince de Parme leur donnèrent encore plus de poids. Cet habile général avait su tirer le plus grand parti de ce moment de trouble. Il avait réduit Nieuport , Dixmude et Menin par la force des armes, et s’était emparé de. Zutphen et de Bruges par surprise : à chaque moment les territoires des Flamands se resserraient , et il leur restait moins d’espoir de secouer le joug de Philippe. Forcés par la nécessité, les Etats consentirent à reconnaître encore une fois le duc d’Aujon pour leur souverain. Mais tandis qu’ils attendaient avec

(i) Le président Hénault dit tpie le duc d’Anjou sc porta à cette extrémité contre les remontrances du duc de Monfpensicr et du maréchal Biron. Abr. chron. an. i583»

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anxiété qu’il revînt à la tête d’une armée nombreuse , la mort frappa ce prince que sa trahison et son incapacité avaient rendu un objet de pitié pour ses amis et de dérision pour ses ennemis. Il avait alors trente-un ans.

Malgré ses défauts , le duc d’Anjou , soutenu par son frère, le roi de France, était le plus puissant des princes que l’on pouvait opposer à Philippe : sa mort, dans une circonstance aussi difficile, fut regardée, par les Etats, comme un événement trèsmalheureux. Les embarras que cette mort suscita furent encore agravés par un désastre bien plus important et plus fatal aux Flamands. L’horrible projet qui avait manqué sous la main de Jauregui, fut exécuté par un autre assassin. Ce scélérat, nommé Balthazar Gérard , était natif de la Bourgogne. Son zèle affecté pour la religion protestante. lui avait gagné la confiance du prince d’Orange, qui lui avait accordé plusieurs marques de faveur. Ce scélérat ingrat et avare entreprit de tuer son protecteur, afin de mériter la récompense promise par Philippe. 11 chargea un pistolet avec trois balles et le tira au milieu du corps du prince d’Orange , qui s’écria , « Dieu , ayez pitié de moi et des Flamands » , et expira aussitôt en présence de son épouse inconsolable, Louise , fill'e du célèbre amiral Coligny , et qu’un destin sé" vère avait condamnée à être spectatrice du meurtre de son second mari , après avoir vu la fin tragique

HISTOI n K

de son père et de son premier inari , M. de Téligny, la veille de la Saint-Barthélemy. La justice divine ne permit pas à l’infame Gérard de recueillir le fruit de son crime : il fut arrêté et reçut la punition de son forfait. Ainsi périt le fameux Guillaume de Nassau, prince d’Orange, fondateur de la république des Provinces-Unies , qui fut si riche et si puissante , et devint ensuite , sous une forme monarchique, un apanage de la famille de Bonaparte. Guillaume fut l’un des plus grands hommes de son siècle : son nom a passé avec éclat à la postérité , et l’histoire a conservé avec soin tout ce qui fut particulier <\ ce prince. Son aspect n’avait rien d’imposant : sa stature était au-dessous de la moyenne , sa tête était chauve , son visage maigre et pâle : ses manières étaient simples , et il était pensif et taciturne'. Aucun homme ne montra peut-être jamais plus de prudence , de courage et de persévérance ( i ). Général habile et politique consommé, il déploya de grands talents dans l’art de la guerre et dans celui des négociations ; il se distingua par l’étendue de ses vues et la sagesse de ses conseils , et sut mériter le nom d’ami et de père de son pays.

Le coup fatal qui fit descendre le prince d’Orange dans la tombe, accabla les Etats de Flandre. Son second fils, le prince Maurice, alors âgé de dix-huit

(i) Strada, de Bello Bclgico, lib. i.

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ans, lui succéda (i), mais sa jeunesse et son inexpérience le rendaient incapable d’entrer en lice avec le prince de Parme, qui, étendant toujours ses conquêtes, avait réduit Villevorden et Dendermonde , et obtenu par ses négociations la soumission de Gand et de Bruxelles. En remplissant scrupuleusement les conditions des traités qu’il avait faits avec ces deux dernières villes , il acquit une haute réputation d’intégrité et de modération; et , par des promesses flatteuses, il s’efforça de réconcilier l’esprit des Flamands avec son gouvernement et la souveraineté de Philippe.

Après ces succès, le prince d’Orange résolut de faire le siège d’Anvers, entreprise difficile à cause de la position avantageuse de cette ville, de la force de ses fortifications , du nombre et de la bravoure de ses habitants. Les travaux de ce siège montrent l’habileté du général , et lui ont acquis une célébrité durable. Au lieu de diriger ses efforts sur les remparts et les bastions, il fit occuper toutes les avenues qui conduisaient à la ville ; et attendit les effets lents, mais certains , de la famine. Six mois suffirent pour construire un pont sur l'Escaut, au-dessous de la ville , afin d’empêcher l’entrée des convois par la rivière. La vigilance du prince de Parme s’étendit à tout, et sa prévoyance ne laissa aucune chance

(f) Scn fils atné, le comte Guillaume, était toujours retenu prisonnier en Espagne.

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contre lui. Les sorties des assiégés furent repoussées; des précautions et des travaux convenables firent manquer l’effet des mines et des machines de Giambelli, célèbre ingénieur italien. Les confédérés s’avancèrent au moyen de leur flotte pour détruire le pont; après un combat sanglant, ils furent obligés d’abandonner l’entreprise et de laisser Anvers à son sort. Les provisions étant épuisées, et tout espoir de secours étant ravi , la ville se rendit par capitulation ; elle fut préservée du pillage en payant une contribution de quatre cent mille florins, pour satisfaire aux besoins des troupes victorieuses. Le prince de Parme trouva dans le port d’Anvers une flotte considérable ; cette flotte fut pour lui d’une trèsgrande importance, puisqu’elle lui donnait les moyens rie combattre les escadres des provinces maritimes qui, depuis si long-temps, insultaient, le pavillon espagnol. ,

La marche rapide du prince de Parme donnait aux Etats les plus vives alarmes; ils sentirent de plus en plus qu’il leur était impossible de se défendre contre l’Espagne sans le secours d’un prince étranger. Dans cette extrémité, entourés de difficultés et de dangers, ils offrirent la souveraineté de leur pays «à Henri III. A cette époque, la fameuse ligue des catholiques, dont le duc de Guise était le chef, avait conclu avec Philippe U un traité d’alliance offensive et défensive qui menaçait le trône de Henri. En acceptant la souveraineté des Pays-Bas, ce prince

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aurait occupé tout à la fois ses sujets turbulents et les forces du roi d’Espagne. Trop faible pour hasarder une mesure aussi décisive, il refusa, contre l’avis de François de Noailles, cette proposition avantageuse (i). Les Etats entamèrent de nouvelles négociations avec la cour de Londres , et la souveraineté des Pays-Bas fut offerte à Elisabeth. De grands débats s’élevèrent à ce sujet dans les conseils de la reine. Les opinions de ses ministres étaient partagées; la politique adroite d’Elisabeth lui fit adopter un parti mixte qui empêchait les Flamands de retomber au pouvoir de Philippe, et ne l’obligeait point à accepter une souveraineté qui eût excité la jalousie de ses voisins. Elle convint de fournir aux États une armée de cinq mille hommes d’infanterie et de mille cavaliers (2), sous la conduite du comte Leicester, dont les talents et les grâces personnelles lui avaient mérité les faveurs de sa souveraine , mais qui ne possédait aucune des qualités nécessaires pour commander une armée.

Leicester fut reçu dans les Pays-Bas avec les plus grandes démonstrations de joie, et comme si le peuple eût pensé que sa présence était le gage cer-

(1) Le président Hénault condamne la faiblesse de Henri, qui lui fit refuser la souveraineté des Pays-Bas. Hén. Abr. chron. an. i584.

(s) Rymer’s Ewd. , tome i5 , p. 801 .

tain de la délivrance des provinces (1). Les Flamands ne tardèrent pas à s’apercevoir combien ils s’étaient trompés. Le prince de Parme prit Venlo et Nuys , et investit Rhimberg. Une action entre l’avant-garde des Espagnols et les Anglais, fut rendue célèbre par la mort de sir Philip Sidney : les confédérés réclamèrent l’honneur de la victoire, mais ils furent bientôt contraints à fuir devant le prince de Parme.

Par une confiance trop prématurée, les Etats avaient conféré au comte de Leicester la dignité de gouverneur-général; la manière dont il remplit les fonctions civiles et militaires dont il était chargé, ne répondit pas à l’attente publique. La joie que son arrivée avait excitée fit place aux murmures, et le comte , fatigué de ces clameurs , s’embarqua pour l’Angleterre (a). Les Flamands , persuadés que leurs dernières espérances reposaient sur Elisabeth, consentirent de nouveau à recevoir son favori. Leicester revint avec de nombreux renforts et suivi d’une cour brillante. La détresse de SI uys, assiégée par le prince de Parme, appela l’attention du général anglais. Leicester , à la tête d’une armée au moins égale en nombre à celle des assiégeants , s’avança vers Sluys : lorsqu’il vit Farnèse marcher à sa rencontre pour

(i) Cambden, p. Su.

(a) La dignité de gouverneur et de lieuteuant-général fut conférée au comte de Leicester contre les intentions d’Élisabeth. Stow, p. 71a. • ‘

lui livrer bataille , il rétrograda et abandonna Sluys. Les habitants obtinrent de la générosité du priuce de Parme une capitulation plus favorable qu’ils ne pouvaient l’espérer. Décquragés par le mauvais succès des armes de Leieester, les Etats eurent à redouter ses artifices : la jalousie du prince Maurice excita peut-être les soupçons qu’ils formèrent sur la conduite du comte. Il fut accusé d’avoir travaillé sourdement à supprimer le conseil des États, afin d’augmenter son autorité. On découvrit un complot qui devait le mettre en possession de la ville de Leyden : les conspirateurs furent condamnés et exécutés ; ce projet criminel détacha entièrement les États du parti de Leieester. Il résigna son titre de gouverneur, et fut rappelé par Élisabeth, qui fit choix du lord Willoughby pour commander les troupes auxiliaires anglaises dans les Pays-Bas (i). La dignité de gouverneur et de lieutenant-général fut conférée au prince Maurice.

Ce n’était pas en Flandre seulement que la reine d’Angleferre attaquait le pouvoir de Philippe : elle avait porté la guerre dans les parties les plus éloignées et les moins défendues de ses domaines. Le célèbre sir Francis Drake et le général Carlisle, avec une flotte de vingt-deux vaisseaux , surprirent les établissements espagnols dans les Indes Occiden-

(») Rapin, vol. a, book 17, p. 1 34 et i35.

li ISTOIRF.

taies (i). Drake pilla St-Yago, St-Domingue, Carthagène, et détruisit les villes de St- Anthony et de Ste-Hélène, sur la côte de Floride. Les richesses qu’il rapporta de cette expédition excitèrent parmi ses compatriotes le goût des courses de mer.

L’ambition de Philippe avait été satisfaite par la conquête du Portugal, et il ne doutait point qu’il ne vînt à bout de réduire les Pays-Bas. Les mesures d’Elisabeth excitèrent son ressentiment , et il résolut d’accomplir ses vastes projets par l’invasion et même, s’il était possible , par la soumission de l’Angleterre. Pendant trois années consécutives ses domaines retentirent du bruit de ses apprêts immenses. On construisit dans les ports de l’Espagne, du Portugal , de Naples et de la Sicile , une flotte qui , par la grandeur des vaisseaux , fut la plus formidable qui eût jamais paru sur l’Océan. Elle consistait en cent trente vaisseaux de guerre , ayant à bord 19,295 soldats, 8,4 5 o matelots, 2,088 galériens, et portant 2,(J3o pièces de canon (2). Le marquis de Santa -Crux fut nommé grand -amiral de cette flotte qu’on appela l’invincible Armada, nom qui exprimait, les brillantes espérances de Philippe. Ce prince se flattait que la conquête de l’Angleterrre serait le prix de ses efforts. Mais pendant que la flotte se préparait à mettre à

(1) Cambdcn, p. 509. Hallingsh. p, 1401.

(a) Stripe’s Ann. vol. 3 , p. 5 19.

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la mer, Elisabeth, instruite de sa destination, envoya sir Francis Drake avec line escadre sur les côtes d’Espagne. L’amiral anglais se dirigea sur Cadix et brûla dans ce port plus de cent vaisseaux chargés de vivres et de munitions de guerre , et deux galions qui rapportaient des marchandises précieuses. Il détruisit ensuite plusieurs vaisseaux espagnols à l’embouchure du Tage ; et se portant à toutes voiles sur les Açores, il captura une riche caraque qui -revenait des Indes Orientales (1). Ces pertes obligèrent Philippe à différer jusqu’à l’année suivante son expédition contre l’Angleterre.

L’invincible Armada mit enfin en mer : la mort jtjgÿ du marquis de Santa-Crux avait fait donner le commandement au duc de Médina-Céli. Les instructions que l’amiral avait reçues lui enjoignaient de faire voile vers la côte des Pays-Bas où le duc de Parme devait s'embarquer avec trente mille hommes (a), et prendre le commandement de l’armée. Ils devaient ensuite gagner l’Angleterre et faire stationner la Hotte à l’embouchure de la Tamise , afin quelle pût seconder les opérations de l’armée qui devait marcher directement sur Londres.

( 1 J Cavcndish, un autre commandant anglais , ravageait, à cette même époque, les côtes du Chili et du Pérou. Ra pii'’s Hist. of England, vol. 2, book 1 7 , p. 1 34.

(2) Cambden porte 1 armée de Panne à cent trois compagnies d’infanterie et à quatre mille chevaux. Cambden , p. 543.

Tel était le plau de cette importante expédition. Elisabeth et ses ministres, voyant l’étendue du péril qui menaçait l’Angleterre , avaient préparé , avec la plus grande diligence , tous les moyens de défense. La flotte anglaise , inférieure par le nombre et par la force des vaisseaux à celle des Espagnols, fut commandée par lord Howard d’Effingham , grandamiral d’Angleterre , qui eut pour vice-amiraux Drake, Hawkins et Forbisber , tous hommes de mer d’un talent éprouvé. Lord Henri Seymour, officier distingué, croisa près des côtes de Flandre avec quarante voiles anglaises et Flamandes, pour empêcher l’embarcation du prince de Parme. On rassembla la milice des comtés ; les forces régulières , qui montaient à peine à quatre-vingt mille hommes , furent réparties sur les points qui parurent le plus menacés. Le conseil des ministres, craignant qu’il ne fût impossible d’empêcher le débarquement d’une armée composée des meilleures troupes et commandée par le plus habile général de l’Europe , résolut de dévaster le pays à mesure que les Espagnols avanceraient, afin qu’ils ne pussent trouver d’autres provisions que celles de leur flotte.

Pendant que le cabinet de Londres concertait ses moyens de défense , l’Armada sortit du Tage le 29 mai 1 588. Une violente tempête la dispersa quelques jours après. Les vaisseaux se réunirent dans le port de la Corogne; on répara leurs mâtures, et le duc de Médina -Céli remit en mer le

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1 2 juillet.. 11 lit voile vers la Manche , y entra le 16, dépassa le io la flotte anglaise qui le suivit et lui enleva quelques vaisseaux. Le a 3 , le vent ayant tourné au nord, l'Armada porta surla flotte anglaise, et il y eut un engagement très-vif. Les Espagnols, malgré la supériorité du nombre de leurs vaisseaux, ne remportèrent aucun avantage. L’amiral espagnol pressait le prince de Parme de faire embarquer ses troupes et de venir prendre le commandement ; mais cette mesure était impossible : la flotte était mal pourvue de vivres; plusieurs matelots avaient déserté, et les escadres anglaises et hollandaises étaient placées avantageusement pour empêcher le prince de Parme de rejoindre l’Armada. L’amiral espagnol fit approcher sa flotte des cotes de Flandre afin de protéger l’embarcation du prince et de son armée à Dunkerque et à Nieuport. Le 27 , i’Arinada jeta l’ancre près de Calais : les Anglais suivirent à portée de canon ; ils furent rejoints par un grand nombre de vaisseaux que des particuliers avaient armés , et leur flotte fut portée à cent quarante voiles. Ils lancèrent , pendant la nuit , huit brûlots au milieu de l’escadre espagnole qui coupa aussitôt ses câbles, et gagna le large pour éviter le danger. Le duc de Mé-. dina-Céli avait donné l’ordre que chacun de ses vaisseaux revînt prendre sa position dès que les brûlots seraient éteints ; ses signaux furent mal compris , et la flotte resta dispersée. Une partie gouverna au nord; l’autre, repoussée sur les côtes rie Flandre,

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