‹ Histoire D'Espagne (volume 2)Chapitre 20 sur 34 · I70 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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fut exposée à échouer sur les sables , et reçut le feu continuel des Anglais. Plusieurs vaisseaux espagnols furent démâtés, et deux galères furent prises par les Zéeiandais.Unvent nord-ouest chassant les Espagnols sur la côte deZéelande, les mit en danger de faire naufrage ; les Anglais abandonnèrent leur poursuite. Un vent de sud-ouest délivra les Espagnols. Le duc de Médina-Céli , convaincu qu’il 11e pouvait exécuter les instructions qu’il avait reçues , se détermina à diriger sa route vers le nord , pour tourner autour des îles britanniques, et revenir ensuite en Espagne : une partie de sa flotte avait déjà pris cette direction. Les Espagnols , dans cette navigation longue et pénible, coururent de grands dangers et firent des pertes considérables. L’amiral anglais les suivit jusqu’à la hauteur d’Edimbourg, et les laissa poursuivre leur course. Près des Orcades, une tempête les dispersa et submergea plusieurs de leurs vaisseaux. Dix-sept bâtiments échouèrent dans les sables sur la côte d’Irlande. Enfin, après avoir perdu la moitié de ses vaisseaux et plus d’un tiers de son équipage , le duc de Médina-Céli arriva en Espagne vers la fin de septembre , ne ramenant avec lui que soixante vaisseaux , seuls débris de l’invincible Armada. Philippe cacha son dépit sous l’apparence d'une pieuse résignation, et remercia Dieu que le mal n’eût pas été plus grand (1).

( 1 ) Pour les détails de cette expédition, voyez Strypc’s Ann. vol. 3; Cambden, p. 543 -549-

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Telle fut l’issue de l’une des plus célèbres expéditions dont l’histoire fasse mention. Ce revers porta un coup mortel à la puissance maritime de l’Espagne. Les Anglais prouvèrent bientôt qu’ils savaient aussi bien attaquer que se défendre. Ils croisèrent sur les côtes de la Galice et du Portugal , insultèrent Lisbonne, brûlèrent Vigo, et interceptèrent souvent les galbons qui revenaient chargés des trésors du . Mexique et du Pérou. Depuis cette époque, l’Espagne perdit cette supériorité qui lui avait donné l’empire de l’Océan , et l’avait rendue la terreur de l’Europe.

Le prince de Parme éprouva bientôt les effets de cette entreprise désastreuse dans laquelle Philippe s’était engagé contre son avis et malgré ses remontrances. Le manque d’argent paralysa ses opérations. La trahison de la garnison de Gertrudenberg le mit en possession de cette ville; ses tentatives sur Bergop-Zoom échouèrent, et il fut repoussé des murs de Romersval et de Ileusden. Le mauvais état de sa santé l’obligea d’aller prendre les eaux de Spa : à son retour, l’armée, qu’il avait confiée aux soins du comte de Mansveldt, s’était révoltée. Les soldats demandaient avec des cris menaçants qu’on leur payât leur solde : le prince chercha à les calmer en leur faisant distribuer le peu d’argent qu’il avait , et leur promettant, à l’avenir, plus de régularité dans leur paiement. Ce ne fut pas la seule contrariété que Je prince eut à éprouver. Breda, l’une des plus fortes villes du Brabant, fut surprise par quelques soldats

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qui j s’étant cachés dans un bateau en apparence chargé de tourbe , s’introduisirent dans la place au milieu de la nuit, pendant que la garnison était enivrée et endormie.

Le roi d’Espagne , bien qu’il ne pût réduire ses sujets révoltés, ni protéger ses côtes et ses nombreuses colonies contre les attaques des Anglais , méditait cependant de nouvelles conquêtes, et ses désirs ambitieux aspiraient à la couronne de France. Henri III venait de tomber sous la main d’un assassin ; les catholiques refusaient de reconnaître pour souverain le roi de Navarre , héritier présomptif, mais prince protestant. Le vieux cardinal de Bourbon fut proclamé roi dans Paris par le duc de Mayenne qui avait succédé au duc de Guise comme chef de la ligue ; les membres les plus violents de cette confédération ne s’étaient prêtés qu’à regret à cette nomination, et ils encourageaient en secret le roi d’Espagne à prétendre à la couronne.

Philippe ne sut pas résister à l’espoir flatteur de monter sur le trône de France , ou du moins d’y placer sa fille aînée Isabelle. Trop prudent pour avouer ses desseins , il se borna à prendre pour le ^ moment le titre de protecteur de la ligue. Le roi de j5g 0 . Navarre ayant défait à Ivry le duc de Mayenne, avait investi Paris. La mort du cardinal de Bourbon arrivant dans ce moment critique , Philippe envoya l’ordre au prince de Parme de conduire , en toute hâte, son armée en France , et de faire les efforts les plus

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vigoureux pour délivrer la capitale. Le prince chercha à le dissuader de ce dessein en lui représentant les dangereuses conséquences qui pourraient résulter de l’absence de ses troupes dans les Pays-Bas , et l’incertitude des avantages qu’il espérait retirer de la ligue. Ses remontrances furent inutiles : Philippe ne changea rien aux ordres qu’il avait donnés; le duc de Parme quitta Bruxelles à la tête de dix-sept mille hommes de vieilles troupes, et s’avança sur Meaux près Paris. Par ses habiles manœuvres, il sut échapper à la vigilance de Henri : il fit sauter presque à sa vue les murs de Lagny, prit St-Maur et Charenton , et vint au secours de la capitale.

Après ces succès , le prince de Parme emporta Corbeil d’assaut : voyant que le duc de Mayenne et les autres chefs de la ligue avaient conçu des soupçons sur les projets de Philippe, il se détermina à retourner en Flandre. Toutefois voulant empêcher que les catholiques ne fussent accablés , il laissa six mille hommes pour soutenir la ligue, et se mit en marche avec le reste de son armée. La saison avancée, le mauvais état des routes, et la poursuite de l’ennemi, rendirent la retraite extrêmement difficile. La supériorité de Son génie surmonta tous les obstacles : son arrière-garde fut constamment harcelée par Henri de Navarre; mais le pays fut reconnu avec soin par sa cavalerie légère, et, chaque nuit, son camp fut assuré par des retranchements.

Le prince de Parme effectua habilement et près-

que sans perte, sa retraite jusques en Flandre. A son arrivée, il trouva que son absence avait produit tous les maux qu’il avait prévus. Les troupes s’étaient mutinées pour avoir leur paie; les villes importantes de Zutphen, Deventre, Hulst , Nimeguen , avaient été surprises par le prince Maurice. Avant que Farnèse eût pu arrêter les progrès de l’ennemi , la détresse de la ligue et les ordres positifs de Philippe le forcèrent de revenir en France.

a. d. A son arrivée dans ce royaume, vers la fin de ïQgi. décembre, il fut rejoint par le duc de Mayenne : le premier objet des armées combinées fut la délivrance de Rouen, alors assiégé par le roi de Navarre. Henri, impatient de se rendre maître de cette ville , attaqua l’avant-garde des Espagnols. Dans ce combat, qui eut lieu près d’Aumale, Henri fut défait : la plupart de ses troupes furent tuées; lui-même fut blessé et ne s’échappa que difficilement. Le prince de Parme , par ses manœuvres, obligea deux fois Henri de lever le siège de Rouen , et se rendit ensuite maître de Caudebec, situé au confluent delà rivière d’Eu avec la Seine. En faisant le siège de cette place, le prince de Parme fut blessé au bras d’un coup de mousquet; il était à peine rétabli , lorsque Henri s’avança à la tête de toutes ses forces , pour attaquer sa position. Farnèse ne vit d’autre moyen de l’éviter que de passer de l’autre côté de la Seine. L’entreprise parut impossible au duc de Mayenne et aux officiers les plus expérimentés; l’esprit audacieux et inventif du prince

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de Panne lui suggéra les moyens de surmonter les obstacles qui s’opposaient à son passage. Il fit venir de Rouen un grand nombre de bateaux et de radeaux: les inégalités du terrain dérobèrent ses mouvements à l’armée de Henri. Profitant d’un brouillard épais, il fit défiler son infanterie, l’artillerie et les bagages, sur le pont de bateaux établi sur la rivière de Seine , pendant que sa cavalerie menaçait les retranchements de l’ennemi : aussitôt que l’armée fut arrivée sur l’autre rive , la cavalerie passa le pont au grand galop ; deux batteries protégèrent son arrièregarde (1). Henri se vit enlever ainsi la victoire dont il s’était flatté. Le prince de Parme continua sa retraite et retourna dans les Pays-Bas; mais là, l’aspect des affaires était sombre et menaçant. Ses finances étaient épuisées; l’esprit de révolte gagnait de jour en jour dans l’armée ; et ses ennemis agissaient de concert et avec vigueur. La maladie et le chagrin achevèrent d’épuiser le peu de forces qui lui restaient : les fatigues de quatorze campagnes successives avaient ruiné sa santé, et sa mort priva le roi d’Espagne d’un général dont les talents et la valeur avaient rendu à la couronne une grande partie des Pays-Bas. L’histoire impartiale reconnaît Alexandre Farnèse, prince de Parme, pour le plus grand

( 1 ) Suivant quelques écrivains, cette retraite fut favorisée par le maréchal de Biron, Héuault, Abr. Chron. an. i5ga.

général de son siècle : sa mort porta un coup fatal aux projets ambitieux que Philippe avait formés.

L’Espagne souffrait autant que les Pays-Bas de la tyrannie de ce monarque. Don Antonio Perez, qui avait été l’instrument dont Philippe s’était servi pour assassiner Escovedo , devint le rival de son souverain dans une intrigue amoureuse avec Anne de Mendoza, princesse d’Eboli. Philippe, par des menées secrètes, fit intenter un procès à Perez par la veuve et les enfants d’Escovedo. Perez trouva le moyen de s’évader de sa prison, et se réfugia en Aragon, son pays natal, espérant profiter des privilèges particuliers de cette province : il en appela au justizia et fut assuré d’un jugement impartial devant le tribunal de ce magistrat suprême. Philippe méprisa cette autorité : on força la prison du justizia, à Saragosse, et don Perez fut enlevé par le marquis d’Almenar. Cette violation de leurs privilèges excita une insurrection générale parmi les habitants de Saragosse : don Perez fut arraché des mains des inquisiteurs et remis dans la prison du justizia : le marquis d’Almenar fut blessé mortellement dans le tumulte.

Les hommes de loi de Saragosse reçurent l’ordre d’examiner cette affaire : soit qu’ils eussent été corrompus ou intimidés par Philippe, ils déclarèrent que, puisque le prisonnier était accusé d’avoir une correspondance avec les hérétiques de France , l’inquisition seule avait le droit d’en prendre connaissance. Méprisant leur décision, le justizia persistait

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à garder son prisonnier. Le vice-roi rassembla les officiers de l’inquisition , entra de force dans la prison d’état, et saisit don Perez dans le dessein de l’eminener à Madrid. Le peuple se souleva une seconde fois et délivra Per.ez, qui, profitant d’un moment favorable, passa en France.

Pour punir cette désobéissance, Philippe ordonna à Alphonse Vargas de marcher contre Saragosse. Les Aragonais, encouragés par les exhortations du Juslizia , se préparèrent à se défendre. Ils n’avaient pas de chef; la rapidité de la marche de Vargas ne leur permit pas de faire de grands préparatifs, et ce général ne rencontra presque pas d’opposition. Il entra dans Saragosse et saisit le duc de Villa Hermosa , le comte d’Aranda et le Justizia. Les deux premiers furent envoyés prisonniers à Madrid : le Justizia fut mis à mort sans aucun jugement. Ses biens furent confisqués ; ses maisons furent rasées ; et on fit une proclamation qui menaçait d’une même punition tous ceux qui oseraient s’opposer à la volonté du souverain. Les formes constitutionnelles étaient encore souffertes, mais le pouvoir absolu de la couronne était seul fermement établi. Le palais de l’inquisition , à Saragosse, fut fortifié, afin de tenir lieu de citadelle, et on mit une forte garnison dans cette ville, pour effrayer et contenir les habitants.

Tandis que Philippe méprisait aussi ouvertement les droits de ses sujets, il prodiguait leur sang et leurs richesses dans de vains efforts pour réduire les

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