‹ Histoire D'Espagne (volume 2)Chapitre 30 sur 34 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

guerre qui furent pris ou coulés à fond; les Français, maîtres de la Méditerranée, menacèrent Naples et la Sicile.

On se dissimulait à la cour de Madrid la véritable cause de ces désastres ; le royaume était épuisé; ses ressources avaient été prodiguées pour l’ambition des derniers rois et de leurs créatures ; l»s grands d’Espagne attribuaient à Yalenzuela des revers qu’il ne pouvait empêcher. Charles balança long-temps entre les divers partis et devint à la fin jaloux de l’influence de la reine mère. L’esclavage dans lequel cette princesse le tenait lui fut représenté sous le jour le plus odieux par les partisans de don Juan d’Autriche. L’impression qu’il en reçut fut si forte qu’il s’échappa du palais, suivi d’un seul domestique, et se retira à Buen Retira. 11 convoqua une assemblée des principaux notables, et un mandat royal ordonna à la reine de se renfermer dans les limites de l’Escurial. Ses mesures avaient offensé la noblesse et son imprudence lui avait aliéné les affections de la multitude. Dans un moment de colère elle avait dit qu’elle ne serait satisfaite que lorsque le peuple serait réduit à porter des vêtements de jonc. Les Espagnols n’avaient point oublié cette expression, et ils se réjouirent lorsqu’ils virent la fin du pouvoir de la reine.

La retraite de la reine mère fut fatale à son favori. Don Juan d’Autriche prit de l’ascendant à la cour; il haïssait Valenzueia, et voulait le punir.

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Caché dans un monastère, ce ministre éluda pendant quelques jours les recherches de ses ennemis; mais une indisposition rendant la présence des médecins nécessaire, ceux-ci le trahirent. Il fut chargé de chaînes et conduit devant le roi et son conseil. Sa fermeté surprit ses persécuteurs; il ne s’abaissa point jusqu’à les supplier. Après un emprisonnement de quelques semaines il fut condamné à un exil perpétuel dans les îles Philippines : sévère destinée pour un homme dont la magnificence avait excité si long -temps l’envie et l’étonnement de toute la cour.

Délivré de son rival, don Juan d’Autriche prit l’administration des affaires, mais ses succès ne répondirent point à l’attente du public. Semblable aux autres ministres de cette cour corrompue, il s’occupa plus de ses propres intérêts que de ceux du peuple : il ne fit aucune tentative pour faire revivre l’agriculture , les manufactures et le commerce : les mêmes abus continuèrent dans le gouvernement; les revenus furent absorbés par un infâme péculat ; et les Espagnols gémirent sous le poids des taxes et sous l’oppression des percepteurs. Son administration fut aussi peu favorable au dehors qu’elle l’était au dedans : la guerre ne fut plus qu’une suite continuelle de revers : les armées furent défaites en Catalogne et dans la Sicile; en Flandre, les villes de Valenciennes, Cambrai et Saint-Omer furent prises par les Français. Toutes ces pertes ne purent cepen-

tlant déterminer la cour de Madrid à discontinuer la guerre. Les Hollandais, se trouvant dans l’impossibilité de résister à l’orage, conclurent à Nimègue une paix séparée; la défection d’un tel allié obligea la maison d’Autriche à accéder aux conditions imposées par la France. L’empereur céda Fribourg à Louis XIV; et l’Espagne acheta honteusement la paix par la cession des villes de Cambrai, Valenciennes, Bouchain, Condé, Ypres, Aire, Saint- Omer , Bailleul , Maubeuge , et de la Franche-Comté que le monarque français avait deux fois conquise.

Une guerre aussi désastreuse et une paix aussi humiliante exposèrent don Juan d’Autriche à la censure publique; un léger avantage remporté sur les Africains ne put effacer le souvenir des nombreuses défaites que les Espagnols avaient essuyées en Flandre, en Sicile, et dans la Catalogne. L’indigence des états l’obligea de mettre en vente les emplois publics et jusqu’aux plus hautes charges de l’état. L’argent que cet odieux expédient procura ne fut même pas appliqué avec fidélité aux besoins de la nation , et il est évident qu’elle ne gagna rien au bannissement de Valenzuela. Don Juan d’Autriche n’avait pas les talents nécessaires pour rendre à l’Espagne sa prospérité : cet empire avançait à grands pas vers sa ruine, et le crédit du ministre tombait à mesure que l’on s’apercevait combien sa mauvaise administration aggravait encore le mal.

Le dernier acte public de don Juan d’Autriche

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fut la négociation d’un mariage entre son neveu, Charles II , et Louise d’Orléans , nièce de Louis XIV; niais il ne vit pas cette union à laquelle il avait contribué. L’envie qu’il avait excitée fut ensevelie avec lui dans la tombe. Si son habileté ne fut point proportionnée aux désordres auxquels il aurait fallu remédier, on doit convenir aussi que ce ministre était entouré de difficultés presque insurmontables. Toutes les calamités qui peuvent accabler un empire en décadence semblaient être accumulées sur l’Espagne. Outre l’épuisement de ses ressources, la famine et la peste désolaient ses provinces; l’oppression et la rapacité des gouverneurs étaient encore plus funestes aux colonies, que les grands maux auxquels la mère-patrie était en proie. La marine était presque anéantie, l’armée était faible et mal disciplinée, et les soldats désertaient faute de pain. La nomination du duc de Médina-Cœli au ministère ne servit qu’à augmenter la misère publique. Ses mesures furent toutes imprudentes et pernicieuses; en réduisant à sa valeur la monnaie de cuivre qui , depuis le règne de Philippe III, avait été élevée six fois au dessus de sa valeur réelle, il causa la ruine du peu de marchands et de manufacturiers qui restaient dans le royaume. L’arrivée des galions d’Amérique ne remédia point à la pauvreté de la couronne, et ne soulagea point le peuple : les trésors qu’ils rapportaient furent exportés dans les pays étrangers où de riches négociants avaient avancé, à un intérêt

énorme, les sommes nécessaires pour le mariage du roi, qui avait été célébré avec une magnificence plus conforme à l’orgueil espagnol qu’à l’état des finances de ce royaume. Le roi recevait le dixième du produit des mines du Pérou et du Mexique ; ces sommes considérables étaient partagées entre un certain nombre de grands seigneurs , dont les appointements et les pensions absorbaient tous les revenus de la couronne.

Un état misérable au dedans n’inspire que le mépris au dehors. L’Espagne fut insultée par le marquis de Brandebourg, qui, ayant sollicité long-temps un subside pour les troupes qu’il avait fournies pendant les dernières guerres, équipa une petite escadre et s’empara d’un galion, dont la valeur excédait de beaucoup les demandes qu’il avait faites. Le mauvais état des finances contraignit la cour de Madrid non seulement à dévorer cet affront , mais encore à faire des concessions humiliantes au Portugal qui lui avait été soumis; et Louis XIV, malgré le mariage de sa nièce avec Charles II , ordonna que le pavillon français l’emportât sur celui des Espagnols.

Charles II s’aperçut bientôt que ce ne sont pas les concessions qui rendent la paix durable. Louis XIV prétendit que ses ministres avaient oublié de stipuler dans le traité de Nimègue la ville d’Alost et tout son bailliage; sous ce prétexte injuste, il fit bloquer la ville de Luxembourg. Charles, fatigué de ces in-

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suites réitérées , déclara la guerre à la France. Pour se procurer les fonds qui lui étaient nécessaires, le duc de Médina -Cœli réduisit à moitié toutes les pensions accordées sous le règne précédent. Le roi de France se saisit de Courtrai et de Dixmude : un corps d’armée ravagea les frontières de l’Espagne, et menaça Fontarabie : Luxembourg, réduit à toute extrémité , fut forcé de se rendre. L’Espagne , humiliée, consentit à solliciter la paix. Louis rendit Dixmude et Courtrai , garda l’importante forteresse de Luxembourg, et exigea de Charles deux cent mille louis. Une trêve fut signée entre les cours de Versailles et de Madrid. Le duc de Médina-Cœli ne conserva de l’influence que jusqu’à ce traité : les courtisans étaient furieux de la réduction de leurs pensions , et le peuple était rebuté par les évènements d’une guerre malheureuse. Mais, parmi cette cour corrompue, un nouveau choix était toujours préjudiciable à la nation. Le comte d’Oropesa fut placé à la tête du ministère et adopta sans plus de succès les plans de réforme de son prédécesseur. L’Espagne, faible et dans un état d’apathie, était impunément insultée par les puissances étrangères. Sous le prétexte de demander satisfaction de la mauvaise conduite des gouverneurs espagnols dans l’Amérique méridionale, une flotte française parut devant Cadix, et Charles fut obligé d’acheter un accommodement au prix de cinq cent mille écus.

L’extrême faiblesse de l’Espagne et la force tou-

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jours croissante de la France commencèrent a fixer l’attention des puissances de l’Europe. Une alliance défensive fut conclue à Augsbourg entre les cabinets de Madrid , de Vienne, de Turin et de la Haye, lorsque la révolution d’Angleterre, qui ôta la couronne au roi Jacques II pour la transférer à Guillaume III , donna un nouvel aliment au feu de la guerre.

Louis ayant embrassé la cause du monarque détrôné, toutes les forces d’Angleterre furent dirigées contre la France ; ce changement contribua à relever la fortune de la maison d’Autriche. L’Espagne prit une part active dans cette guerre ; toutefois son peu de moyens ne lui permit pas d’en retirer un grand avantage. Dans les plaines de Flandre, ses soldats soutinrent leur ancienne réputation , mais les confédérés furent défaits à la bataille de Fleuras et ils y perdirent six mille hommes tués et huit mille prisonniers; leur vainqueur, le maréchal de Luxembourg, avoua que dans ce combat sanglant l’infanterie espagnole avait montré la même valeur qu’à Rocroi. Cent mille Français investirent Mons ; Louis XIV fut présent à ce siège et entra dans la ville après seize jours de tranchée ouverte.

Des commotions intestines vinrent ajouter aux malheurs de la guerre. Les Catalans levèrent encore une fois l’étendard de la révolte : le duc de Villahermosa, après avoir surpris les insurgés et les avoir défaits, mit heureusement fin à l’insurrection et à la

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consternation dans laquelle la cour de Madrid était plongée. A peine cette révolte était - elle etouffee que Mexico se souleva. Le peuple était dans 1 usage de célébrer tous les ans une fête dans laquelle il se livrait à des désordres scandaleux; le vice-roi crut devoir l’interdire; la multitude fqrieuse essaya de mettre le feu au palais et les flammes consumèrent une grande partie de la ville. On ne parvint à appaiser le peuple et à le faire rentrer dans l’obéissance qu’en rétablissant cette orgie annuelle.

L’Angleterre reprit sur mer sa supériorité accoutumée, et le duc de Savoie fit une incursion dans le Dauphiné ; toutefois l’Espagne était très-embarrassée, car les alliés étaient exposés à des revers continuels. Elle augmenta les forces qu’elle avait dans les Pays-Bas, et le roi d’Angleterre prit le commandement de l’armée confédérée. Sa présence n’empêcha point la prise de Namur. Cette place importante , dont la citadelle bâtie sur des rochers semblait inexpugnable et renfermait dix mille hommes de garnison, fut prise par le maréchal de Luxembourg : les fortifications de cette ville avaient coûté près d’un million sterling à l’Espagne. La prise de Namur fut suivie de la bataille de Steinkerque dans laquelle les Français firent des prodiges de valeur et contraignirent les Anglais à se retirer.

Le maréchal de Luxembourg avec les troupes qui avaient vaincu à Steinkerque alla surprendre, la

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campagne suivante , le roi Guillaume à Nerwinde ; le roi d’Angleterre retranché dans une forte position desirait une attaque plutôt qu’il ne la craignait; cependant le génie et les talents militaires du maréchal de Luxembourg triomphèrent de tous les obstacles. Une partie de l’aile gauche des confédérés fut culbutée dans la Gette , un grand nombre d’entre eu x périt dans cette rivière; douze mille hommes furent laissés sur le champ de bataille, et deux mille furent faits prisonniers. Leduc de Luxembourg perdit huit mille hommes; mais la prise de Charleroi fut le résultat immédiat de sa victoire. Les Français remportèrent également des succès dans la Catalogne. Gironne se rendit à leurs armes, et les Espagnols furent battus dans plusieurs engagements. La mort du maréchal de Luxembourg , sous qui les soldats se croyaient invincibles, ranima le courage des alliés; ils reprirent Huy et Dixmude; ce premier succès fut le prélude d’un autre bien plus important, la reprise de Nainur.

La joie que cet événement inespéré excita dans Madrid ne fut que passagère; les Français désolèrent le commerce et les colonies espagnoles. Pointis , chef d’escadre, à la tête de plusieurs vaisseaux du roi, alla surprendre la ville de Carthagène , entrepôt des trésors que l’Espagne tirait du Mexique. Le dégât et le butin qu’il y fit furent évalués à une somme de trente millions de nos livres. Les armées françaises avaient été jusqu’alors victorieuses, mais les finances

de ce royaume étaient épuisées; quatre cent mille hommes constamment occupés à combattre avaient dévoré la subsistance de l’artisan paisible et industrieux. Au premier aspect la France pouvait paraître un objet d’envie , cependant ses calamités marchaient de pair avec sa gloire. Ses provinces étaient dépeuplées pour recruter ses flottes et ses armées; la famine avait augmenté les maux de la guerre, et au milieu de ses victoires et de ses conquêtes Louis XIY fut convaincu que la paix seule pouvait adoucir la misère de son peuple. La cour de Madrid rejeta obstinément de premières ouvertures; le duc de Savoie, gagné par la France, se retira de la coalition , et sa défection ôta à la maison d’Autriche les moyens de continuer la guerre en Italie.

Charles II et ses ministres, par leur inflexibilité, attirèrent de nouveaux malheurs sur l’Espagne. Le duc de Vendôme commandait en Catalogne; il y défit les Espagnols dans plusieurs combats, prit Barcelone et se rendit maître d’une grande partie de cette province. Cette perte, celles d’Ath, de Carthagène saccagée par les flibustiers, rien ne pouvait abaisser l’orgueil de la maison d’Autriche, et on n’entendait à Madrid et à Vienne que des menaces de guerre et de vengeance. Les Hollandais se détachèrent aussi de la ligue ; ils ne pouvaient persister dans un système aussi défavorable pour leur commerce; ils écoutèrent les propositions du roi de France , et le château de Ryswick , près de

La Haye, fut fixé pour les conférences de la paix.

A la fin, Charles II et l’empereur se déterminèrent à y envoyer leurs ambassadeurs, convaincus qu’ils ne pourraient soutenir seuls une guerre que, de concert avec la Hollande et l’Angleterre , ils n’avaient pas été en état de conduire avec succès. La paix se fit à des conditions telles que la cour de Madrid eut lieu d’en être étonnée après les événements de la guerre. Louis XIV consentit à évacuer la Catalogne, et rendit à l’Espagne Courtrai, Ath, Mons et Luxembourg ; les concessions qu’il fit aux autres puissances furent presque aussi considérables.

Le traité de Ryswick étonna toute l’Europe. La France , après une guerre sanglante , mais dont chaque campagne avait été illustrée par des victoires, souscrivit à des conditions telles qu’on aurait pu à peine les exiger si cette puissance avait été vaincue. L’événement qui se préparait à Madrid semble toutefois avoir été le motif secret de cette paix qui étonna tous les politiques. Bien que le roi d’Espagne eût à peine achevé sa trente-sixième année, une complication de maladies annonçait sa fin prochaine ; et comme ce monarque n’avait pas d’enfants, la succession de son trône était l’objet des intrigues de Louis XIV et de l’empereur Léopold. Ces princes étaient au même degré : tous deux descendaient de Philippe III par les femmes; mais Ixmis XIV était fils de l’aînée. Le dauphin avait un

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plus grand avantage sur les enfants de l’empereur, c’est qu’il était petit-fils de Philippe IV, et que les enfants de Léopold n’en descendaient pas. Les renonciations authentiques de Louis XIII et de Louis XIV furent rendues milles : l’expérience de tous les temps démontre suffisamment que la conscience des hommes d’état sait trouver des prétextes pour l’infraction des traités, lorsque ces traités ne sont plus d’accord avec leurs intérêts. Ce fut dans l’espoir d’unir la vaste monarchie d’Espagne à celle de France, que Louis XIV se détermina à signer la paix de Ryswick, et à s’exposer ainsi aux censures de ses sujets, qui, ignorant ses vues, condamnaient sa politique.

Aussitôt que la paix fut conclue, le marquis d’Harcourt, ambassadeur de France, fut envoyé à la cour de Madrid. La profusion de sa magnificence, sa dextérité, et surtout l’art de plaire qu’il possédait si bien, lui captivèrent tous les cœurs et furent favorables aux vues de son souverain. Le marquis ayant découvert que Charles avait conservé le plus tendre souvenir de sa première épouse Louise d’Orléans, attirait adroitement son attention sur les portraits du dauphin et de ses trois fils, les ducs de Bourgogne, d’Anjou, et de Berry, et lui faisait remarquer la conformité de leurs traits avec ceux de Louise.

Marie -Anne de Bavière-Neubourg , femme de Charles II, voulait faire monter l’archiduc Charles

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sur le trône ; mais le marquis d’Harcourt fut heureusement secondé par le cardinal Portocarrero , archevêque de Tolède, le marquis de Monterey et d’autres grands d’Espagne qui voulurent prévenir le démembrement de la monarchie.

La réunion des domaines espagnols à ceux de la maison de Bourbon ou de la maison d’Autriche aurait détruit l'équilibre entre les puissances européennes. Le roi d’Angleterre était celui qui redoutait le plus le prodigieux accroissement de pouvoir que la France recevrait de la succession espagnole si elle lui était dévolue; ce fut pour en prévenir les effets qu’il fit proposer aux cours de Versailles et de Vienne le fameux traité de partage qui donnait, à la mort de Charles II, l’Espagne et ses possessions en Flandre, au prince électoral de Bavière, petit-fils de Philippe IV; Naples et la Sicile au dauphin; et le duché de Milan à l’archiduc Charles. Louis, prévoyant que l’Espagne ne consentirait pas à être démembrée , signa ce traité; l’empereur Léopold refusa d’accepter une aussi petite portion d’un empire qu’il croyait devoir revenir en entier à sa famille.

Le roi fut indigné dès qu’il apprit que l’on déchirait sa monarchie de son vivant. La nation, qui n’appréhendait rien tant que detre divisée et de passer sous plusieurs maîtres, applaudit au testament qui conservait réunis tous les vastes états de la monarchie espagnole. On s’attendait que l’amitié ou le soin de l’agrandissement de la maison d’Autriche

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détermineraient Charles à nommer pour son successeur l’empereur ou son fils aîné, l’archiduc Joseph, et qu’il lui donnerait cette récompense de n’avoir point accédé au traité de partage. Mais Louis et Léopold furent également trompés dans leur attente par le testament de Charles , qui nommait , pour la seconde fois , le prince de Bavière unique héritier de ses états.

Ce jeune prince mourut presque aussitôt qu’il eut été choisi pour succéder à Charles. A sa mort les intrigues recommencèrent à la cour de Madrid , à Vienne, à Londres, à La Haye et à Rome. Louis XIV et le roi Guillaume disposèrent encore une fois en idée de la monarchie espagnole. Ils assignaient à l'archiduc Charles l’Espagne et les possessions américaines; le Milanez au duc de Lorraine; et la lorraine , si souvent envahie par la France , devait y être annexée pour jamais. Les autres possessions espagnoles devaient être le partage du dauphin. Ce traité, quoique très-avantageux pour la maison d’Autriche, fut refusé par l’empereur. Ou dit que Charles voulut un moment donner tous ses états au jeune archiduc, et qu il demanda à Léopold d’envoyer ce prince à Madrid avec un corps de dix mille hommes. Si cette proposition, dont les meilleurs écrivains font mention, fut réellement faite à l’empereur, le refus de ce prince est un de ces mystères politiques que l’histoire 11e peut dévoiler.

Tandis que la maison d’Autriche négligeait ainsi

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ses intérêts , trompée peut-être par une fausse sécurité, le parti français prenait de l’ascendant à Madrid. L’archiduc, qui fut depuis l’empereur Charles VI, s’était moqué des Espagnols et de l’étiquette de leur cour, et cette imprudence avait été imitée par ses favoris. L’évêque de Lerida, ambassadeur de Madrid à Vienne , releva ces discours , les envenima et écrivit des choses encore plus injurieuses pour le conseil d’Autriche que l’archiduc n’en avait prononcé contre les Espagnols. « Les ministres de Léopold, écrivait -il, ont l’esprit fait comme les cornes des chèvres de mon pays, petit, dur et tortu. » Cette lettre devint publique et fut généralement applaudie; elle ne fit qu’accroître encore l’aversion des Espagnols pour les Allemands. Le cardinal Portocarrero soutenait habilement les intérêts de la maison de Bourbon. Ce prélat représentait continuellement à son souverain qu’en adoptant un des jeunes fils de France, il prévenait le démembrement de son royaume sans violer l’esprit des renonciations faites par la mère et l’épouse de Louis t ces renonciations n’ayant eu pour but que de prévenir l’union des deux couronnes de France et d’Espagne. Il observait à Charles qu’en nommant le duc d’Anjou pour son successeur au lieu du dauphin, l’objet qu’on s’était proposé serait exactement rempli.

Voltaire , dans son histoire du siècle de Louis XIV, compare la position de Charles à celle d’un vieillard

sans enfants, dont le lit de mort est entouré de parents et de serviteurs, tous empressés d’en arracher quelque don considérable. On -a toujours supposé que ce monarque avait une prédilection marquée pour la branche allemande de sa famille; mais il était constamment entouré des partisans de la maison de Bourbon : le cardinal de Portocarrero, afin de fixer son irrésolution , le pressa de consulter le souverain pontife, père commun des deux compétiteurs, et dont la décision devait être respectée comme celle de Dieu même. Ce qui était seulement une affaire de conscience* pour Charles II fut traité avec raison par le pape comme une grande affaire d’état , et ü la décida en faveur de la maison de Bourbon. Charles signa, à son lit de mort, le testament qui léguait la couronne d’Espagne au duc d’Anjou , et nommait le cardinal de Pprtocarrero régent. Ce prince expira peu après ; il était âgé de trente-huit ans et régnait depuis trente-cinq ans. Faible d’esprit aussi bien que de corps il avait été le jouet des factions qui divisaient sa cour. Son nom ne paraît dans les annales de ce règue que lorsqu’il fut employé pour proclamer les décrets de ses ministres. Les calamités publiques qui affligèrent l’Espagne pendant cette période 11e peuvent toutefois être attribuées à son administration ; long-temps avant son avènement le mal était si profondément enraciné qu’il aurait fallu pour l’extirper une prudence et une vigueur telles

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