Tome III
avait été jeté dans Olivenza, investit cette place; et le aa, peu après que les batteries eurent commencé de battre en brèche, le gouverneur proposa une capitulation : on lui répondit qu’on ne lui accordait d’autre condition que celle de se rendre à discrétion: il y consentit sans délai : la garnison était forte de quatre millle cinq cents hommes. Dans le même temps, le général Lahôussaye de l’armée du centre, reçut ordre de traverser le Tage et de pousser une division sur la Guadiana , afin de se mettre en communication avec le cinquième corps , chargé de faire le siège de Badajoz.
Cette importante ville frontière fixa durant quelque temps l’attention des généraux des armées opposées. Le a 6 janvier, les Français complétèrent l’investissement de cette place ; le 3 février, il fut interrompu par l’arrivée sur les hauteurs de Saint- Christoval de deux divisions espagnoles détachées de l’armée alliée sous Lisbonne : bientôt après ces troupes parvinrent à entrer dans Badajoz (i). Le 7 , la garnison fit une sortie generale sur la droite du point d’attaque des Français, et réussit à enlever
(1) Ces deux divisions formant environ dix mille hommes furent envoyées an secours de Badajoz, et mises sous les ordres du général Mendigazal par le marquis de la Roinana qui les avait amenées dans les lignes de Torres-Vedras. Le marquis de la Romana était alors atteint de la maladie dont il mourut à Cartaxo, vivement regretté des Espagnols et des Anglais.
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lieux redoutes; mais elles furent bientôt reprises et les Espagnols repoussés avec perte. Une autre sortie eut lieu le 9, dans laquelle les deux divisions espagnoles et la cavalerie, s’établirent sur les hauteurs de Saint-Christoval , pour rétablir la communication entre Elvas et Campo-Major. Comme il était urgent il’écarter cet obstacle aux opérations du siège , aussitôt après que les eaux de la Guadiana et de la Gebora qqi avaient inondé la campagne se furent retirées, les Français attaquèrent , le 19 février, et détruisirent ce corps de troupes espagnoles ; huit cent cinquante hommes furent tués, et cinq mille deux cents faits prisonniers : le siège fut alors vivement pressé; et le
10 mars, la brèche ayant été rendue praticable, le gouverneur signa une capitulation en vertu de laquelle Badajoz fut remise aux armes de S. M. l’empereur des Français ; la garnison , au nombre de plus de sept mille hommes, non compris les malades et les blessés, resta prisonnière de guerre. Lord Wellington, à qui la nécessité dans laquelle se trouvait alors le maréchal Masséna d’opérer sa retraite , semblait donner dp. grandes espérances de. pouvoir secourir Badajoz, fut vivement contrarié. Dans la dépêche par laquelle
11 informait la régence de Portugal de cet évènement, il fit d’amères observations- Il semble que même après l’affaires du 19 février, il avait fait des dispositions pour sauver cette place, ce qu’il eût tenté d’exécuter, si elle avait tenu quelques jours de plus : « il est in- « utile, disait-il, de faire des réflexions sur les faits
« rapportés ci-dessus : la nation Espagnole a perdu, « dans le cours de deux mois, les forteresses de Tor- « tose , Olivenza et Badajoz, sans cause suffisante. a Dans le même temps, le maréchal Soult, avec un « corps de troupes qu’on n’a jamais supposé excéder « deux mille hommes, a, indépendamment de la a prise de ces deux dernières villes, fait prisonniers « vingt-deux mille hommes de troupes espagnoles, m Le maréchal Soult avait le projet, aussitôt après la prise de Badajoz, d’assiéger Elvas; mais à peine futil maître de Badajoz, qu’il apprit que le maréchal Masséna commençait sa retraite. A cette nouvelle, il rentra en Andalousie. Tandis qu’absent de cette province il obtenait ces brillants succès en Estramadure, le gouvernement espagnol , jugeant le moment favorable, avait, vers la fin de février, résolu de faire une attaque combinée sur les derrières de l’armée française qui bloquait Cadix : deux corps composés, l’un de plus de trois mille Anglais aux ordres du lieutenant-général Graham, et l’autre de sept mille Espagnols commandés par le général Lapena, furent embarqués dans la baie de Cadix, a bord des bâtiments de guerre et d’un grand nombre de transports, dans l’intention d’opérer leur débarquement sur quelques points de la côte de l’est, où ils devaient opérer leur jonction avec les troupes espagnoles qui se trouvaient à Saint-Roch. Ils débarquèrent à Algésiras, et s’étant réunis à Tariffa, ils se mirent en mouvement le 28 février. Le général
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Zayas poussa , le I er mars, un corps espagnol au-delà de la rivière de San-Petri près la côte, et fit construire une tête de pont. Dans les nuits des 3 et L | , ce poste fut attaqué par les Français, qui, malgré leur bravoure et la perte qu’ils firent éprouver aux Espagnols , ne purent l’emporter. L’armée alliée quitta son camp le 5 ; et après une marche de six heures, elle arriva sur la chaîne inférieure de Barosa, environ à quatre milles au sud de San-Petri. Une attaque de l’avant-garde espagnole sur les derrières des lignes françaises ayant ouvert la communication avec l’île de Léon, le général anglais Graham reçut ordre du général Lapena de se diriger vers une position à mi-chemin de Barosa à la rivière : comme il était en marche, il fut averti que les Français avaient paru en force dans la plaine, et s’avancaient vers les hauteurs de Barosa. Le général anglais, sentant l’importance de cette position, fit une contre-marche, afin de soutenir les troupes laissées pour la défendre; mais avant qu’il eût pu sortir d’un bois qui se trouvait sur son chemin , il vit les troupes alliées descendre avec précipitation de la montagne de Barosa, tandis que les Français s’y portaient avec impétuosité : le général Graham jugea qu’il n’y avait de salut que dans une prompte attaque; car une retraite dans de telles circonstances» aurait mis en danger toute l'armée alliée : les troupes avec lesquelles il était engagé, étaient les divisions Rufin et Laval, du corps du maréchal Victor.
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La première de ces divisions qui avait déjà gagné le chemin de la montagne, fut attaquée par l’aile droite des Anglais, commandée par le général Dickes, tandis que la seconde se trouvait engagée avec l’aile gauche soutenue par une batterie de dix pièces de canon ; les Français se battirent avec la plus grande bravoure, et firent éprouver une perte considérable aux alliés ; mais l’inégalité des forces les détermina à battre en retraite; ils perdirent deux généraux qui furent tués, trois cents soldats et 6 pièces de canon. L’épuisement des troupes anglaises et la prudence du général ne permirent point la poursuite. Les troupes alliées ne se trouvèrent point à portée de prendre part • à cette action , quoique deux batteries espagnoles qui avaient été attachées à la division du général Graham , et laissées sur la montagne d’où elles avaient reçu ordre de se retirer, se fussent hâtées de retourner sur leurs pas, aussitôt qu’il fut connu que les Anglais étaient engagés. La perte des alliés s’éleva à 1 ,3oo hommes tués ou blessés.
Il avait été convenu que la flotte mouillée dans le port de Cadix, sous les ordres de l’amiral Keats, ferait une diversion en attaquant les ouvrages élevés par les Français sur les bords de la baie ; mais ce ne fht que le 6 que le temps permit un débarquement. Ce jour-là, des détachements de matelots et de canonniers de la marine débarquèrent entre Rota et Sainte-Catherine, ainsi qu’entre ce dernier endroit et Sainte-Marie, tandis que Sainte -Catherine était
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bombardée , et que les chaloupes canonnières dirigeaient leur feu contre les autres batteries. Le résultat fut que deux redoutes furent enlevées d’assaut, et que les canons de toutes les défenses de mer, de Rota à Sainte-Catherine , à l’exception de ceux de ce dernier point, furent encloués et les ouvrages détruits.
La conduite du général espagnol Lapena , au combat de Barosa, ne satisfît ni ses compatriotes ni le général anglais : il fut suspendu de son commandement, et sa conduite soumise à une commission militaire. Quoique acquitté «le l’accusatiou de lâcheté , on lui reprocha d’avoir manqué d’habileté et de résolution; les Anglais lui attribuèrent le peu d’avantages qu’ils retirèrent de leurs efforts dans cette circonstance. En effet, les Français maintinrent le blocus, et les troupes alliées rentrèrent dans Cadix ; le bombardement recommença immédiatement ; et l’expédition anglaise qu’on avait regardée comme une utile diversion , ne servit au contraire qu’à augmenter le nombre des assiégeants et à porter le découragement dans l’armée espagnole.
Cependant quelques parties de cette armée eurent de légers succès; le général Ballesteros surprit, le 10 mare, le général français Raymond , à Palma, et lui fit des prisonniers.
Tandis que ces évènements se passaient en Estramadure <*t en Andalousie, le pays occupé de-
puis le mois de novembre par l’armée du maréchal Masséna se trouvant totalement épuisé, la saison ayant rendu dans les derniers mois les secours des convois extrêmement précaires, enfin la cavalerie étant dépourvue de tous moyens de subsistance , le maréchal se détermina à évacuer le Portugal , après une campagne de sept mois, sans avoir eu occasion de livrer une grande bataille décisive. -Dans la nuit du 5 mars, il quitta son camp retranché de Santarein , laissant derrière lui une partie de sa grosse artillerie; d’après ses ordres, les malades, les blessés et les bagages étaient partis la veille. Il remonta d’abord la Zezère , et ses premiers mouvements indiquaient l’intention de réunir ses forces à Thomar. Lord Wellington fit marcher dans cette direction un fort détachement du corps du maréchal Beresford, tandis que lui-même se mit en marche avec le gros de son armée. Le maréchal Masséna s’était porté sur le Mondego, opérant sa retraite en masse, autant que le permettaient les localités et les besoins de ses troupes. Deux divisions aux ordres du maréchal Ncy formaient son arrière-garde; elles occupaient successivement de fortes positions qui avaient été reconnues, et des défilés que le pays montueux et coupé par des torrents offre à chaque pas. Cette forte arrière-garde était soutenue de près par la masse de l’armée. Les alliés la suivirent cherchant à l’arrêter par de légers engagements ; mais le général français manœuvra avec tant de prudence et d’habileté que
sâ marche ne fut point interrompue. Son arrièregarde ne fit aucune perte considérable. Les pays qu’il traversa eurent certainement beaucoup à souffrir à cause de la pénurie des subsistances; les Français exigeaient beaucoup et sans ménagement; mais ces réquisitions, ces pillages, forcés par la nécessité, n’égalèrent pas la rigueur de l’abandon des propriétés et la destruction prescrites par les Anglais lors de leur retraite du Moudego sur Lisbonne, (a)
Le maréchal Masséna , après avoir successivement gagné Pombal le io, prit position sur la Ceira le 1 5 , et abandonnant le 1 7 cette position pour se retirer derrière l’Alva, atteignit ensuite la forte position de Guarda, et s’y maintint jusqu a la fin de
(1) L’habileté des Français , dit un auteur anglais dans l’Annual Register d’Edimbourg, se montrant à tous les instants : ils ne laissaient échapper aucun des avantages qu’offrait le terrain : leurs arrière-gardes n’abandonnaient une position qu’elles venaient de défendre que lorsqu’elles étaient complètement tournées, et c’était pour en prendre une autro et la défendre encore. Les colonnes françaises se relevaient lentement sur un seul point central, dans une position choisie où elles se réunissaient en masse pour se reposer, résister à leurs ennemis , les repousser , et recommencer leur marche. Le maréchal Ncy soutenait la retraite avec des corps d’élite , tandis que le maréchal Masséna dirigeait la marche du gros de l’armée, se tenant toujours prêt à appuyér au besoin l’arrière-garde. Les talents de ce grand capitaine, est-il dit dans la chronique militaire anglaise, n’ont jamais paru si éminents: rien ne peut égaler l’habileté qu’il déployait alors.
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mars. Lord Wellington s’approchant alors avec le principal corps de l’armée alliée, le maréchal se retira par SabugaJ, et prit position sur la rive droite de la Coa ; il y fut attaqué le 3 avril par plusieurs divisions de l’armée alliée. Après cette action qui fut très-vive et dans laquelle les Français eurent cinq cents hommes hors de combat ou faits prisonniers, le maréchal passa la frontière, et continua sa retraite en traversant l’Agueda et laissant une faible garnison dans Almcïda.
Tel fut le résultat de l’invasion du Portugal témérairement résolue par Napoléon, exécutée avec vigueur et persévérance, mais dont le but ne pouvait être atteint. Ce fut un grand revers pour les armes françaises , et la réputation du général anglais en fut justement rehaussée : c’était en effet une heureuse fortune de guerre que d’avoir fait échouer l’intrépidité française, et les talents du vainqueur de Zurich, devant une position inexpugnable.
Lord Wellington fit alors bloquer Ahneïda, et les opérations actives ayant été pour un temps suspendues de ce côté, il se rendit près du corps d’armée aux ordres du maréchal Beresford, dans l’Estramadure espagnole. Ce général , après la prise de Badajoz et de Cainpo-Major, s’était avancé contre les Français, à la tête de quelques troupes anglaises et portugaises réunies. Le 26 mars, il avait repris Campo- Major; il avait ensuite jeté des ponts sur la Guadiana, et poussé ses postes avancés
dans le voisinage d’Olivenza , où les Français l’attaquèrent sans succès le 7 avril. Il prit ensuite une position d’où il pouvait observer et même investir à la fois Olivenza et Badajoz, places dans lesquelles les Français avaient laissé de faibles garnisons au moment de leur retraite de cette province. Olivenza se rendit à discrétion le 1 5 , et le maréchal Beresford rencontra le a 1 lord Wellington , à Elvas : le jour suivant ils firent ensemble la reconnaissance de Badajoz dont le blocus fut formé, et lord Wellington retourna à son armée.
Les Français avaient fait pendant son absence deux attaques infructueuses contre les postes anglais sur l’Azava; ils avaient réuni de grandes forces à Ciudad- Rodrigp, où était le quartier-général du maréchal Masséna. Le 2 mai, toute l’armée française composée des 2 e , 6 e , et 8 e corps , avec toute la cavalerie qu’on put tirer des provinces de Castille et de Léon, repassa i’Agueda à Ciudad-Rodrigo, et s’avança vers l’armée alliée , postée- entre la Coa et l’Agueda, pour resserrer le blocus d’Almeïda. L’infériorité de l’armée anglaise en cavalerie ne permit pas à lord Wellington de s’opposer à la marche des Français; ils la continuèrent le jour suivant vers la rivière de Duas-Casas, le long de laquelle , et près des sources de l’Azava , l’armée alliée était campée, ayant sa division légère à Gallegos et à Espeja. A mesure que les Français avançaient, cette division et la cavalerie anglaise se retirèrent sur Fuentes-d’Honor, où trois divisions
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étaient postées, tandis que les autres gardaient les passages de la rivière de Duas-Casas. Une division avait été laissée devant Almeïda. Dans l’après-midi du 3 mai, les Français attaquèrent le village de Fuentesd’Honor, qui fut défendu par le colonel anglais Williams, à la tête de quelques régiments d’infanterie légère. Les Français s’emparèrent d’abord d’une partie du village; ils en furent ensuite repoussés et chargés par la cavalerie anglaise; ils y rentrèrent. Lord Wellington fit alors avancer ses réserves; et à la fin du combat qui dura jusqu’à la nuit, les alliés restèrent maîtres du village.
Le lendemain l\ mai , le maréchal Masséna reconnut la position des alliés sur la Duas-Casas, et durant la nuit suivante, le corps du général Junot se mit en mouvement d’Almeïda pour se porter à la gauche de la position, vis-à-vis Fuentes-d’Honor. Dans la matinée du 6 , les différents corps de l’armée française firent simultanément une vigoureuse tentative pour traverser la rivière et s’emparer de Fuentes-d’Honor. Après divers engagements qui, sur différents points, durèrent jusqu’à la nuit, les assaillants furent repoussés. Dans le cours de la nuit suivante, ils commencèrent à se retirer des rives de la Duas- Casas, et le 8, toute l’armée française était réunie dans les bois entre Espeja, Gallegos et Fuentes-d’Honor; couverte par la cavalerie, elle se mit en marche et repassa l’Agueda ; le maréchal Masséna ayant renoncé à débloquer Almeïda. La perte des alliés et
relie des Français, dans ces deux journées , fut à peu près égale, et s’éleva, dans chacune des deux années, à mille sept cents hommes tués ou blessés. On se battit avec acharnement dans le village deFuentes-d’Honor.
La garnison d’Almeïda évacua cette place avec beaucoup d’audace et d’habileté, dans la nuit du 10 mai, après avoir fait sauter une partie des fortifications. Elle s’avança dans le plus grand silence, et traversa la ligne des troupes du blocus sans avoir été aperçue. L’alarme ne fut donnée que lorsque cette garnison avait presque atteint le pont de l’Agueda : elle fut poursuivie; mais une division française qui n’avait pas encore quitté les rives de l’Agueda, 1 » protégea efficacement. L’armée française acheva alors sa retraite et prit position sur la Tortnès.
Dans le même temps ( mai 1811 ), le corps de l’armée alliée aux ordres du maréchal Beresford formait l’investissement de Badajoz, opération qui fut un moment- interrompue par une inondation subite de la Guadiana. Aussitôt que le pont qui avait été emporté fut réparé , que les apprêts pour le siège furent achevés, les alliés firent les premières approches; elles donnèrent lieu à deux sorties du fort Saint-Christophe, dans lesquelles les assiégeants éprouvèrent une perte considérable. Le i a mai, informé que le maréelial Soult avait quitté Séville pour opérer sa jonction avec le général Latour-Maubourg, et qu’il s’avançait dans l’intention d’attaquer l’armée alliée et de faire lever le siège, le maréchal Beresford suspendit ses
opérations contre cette place; il envoya sa grosse artillerie et une partie de ses munitions à Elvas; il concentra ses troupes et marcha à la rencontre des Français. Il prit position près du village d’Albuera; et dans la matinée du 16, ayant été joint par les corps espagnols de Castanos, de Ballesteros et de Biake, récemment arrivés de Cadix. , il forma ses troupes sur deux lignes parallèles au cours de l’Albuera, sur un terrain qui s’élevait par degrés à partir de cette rivière, et couvrait les routes de Badajoz et de Valverde. Les Français ne différèrent pas leur attaque. Le dessein du maréchal Soult était de pousser, en traversant la rivière, au-delà de la droite des alliés, et de tourner leur flanc, tandis qu’uue autre attaque était dirigée vers le pont. Les troupes espagnoles qui étaient postées sur les hauteurs, à la droite de la ligne, après avoir opposé une vigoureuse résistance, furent chargées et chassées du terrain qu’elles occupaient. Leur déroute donna au maréchal Soult l’avantage de foudroyer, en la prolongeant, toute la position des alliés. Comme il leur importait de reprendre celle qu’avaient perdue les Espagnols, le général anglais Stuart s’y porta avec toute sa division. Sa brigade de droite, commandée par le colonel Colbourn , chargeait à la baïonnette, lorsqu’un corps de lanciers polonais tourna son flanc et la chargea en queue. Le carnage fut affreux; quelques régiments furent anéantis; un seul conserva son terrain jusqu’à l’arrivée de la 3 ° brigade anglaise aux ordres
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du général-major Honghton , qui tomba criblé de blessures au moment où il encourageait ses soldats à avancer. Les Français, après avoir battu complètement ces deux brigades, se retirèrent en-deçà de l’Agueda, parce que, malgré ce succès, la principale attaque n’ayant pas réussi, l’objet de l’opération ne pouvait être rempli. La bataille avait duré depuis neuf heures du matin jusqu’à deux heures; le reste du jour se passa en canonnades et escarmouches. Les deux armées reprirent, le soir, les positions qu’elles occupaient la veille; elles y restèrent la journée du 17 . La nuit suivante le maréchal Soult commença sa retraite vers Séville, laissant Badajoz à sa propre défense. Il est incontestable que les Français furent victorieux à Al* huera ; mais le succès ne leur fut d’aucun avantage, puisque leur but ne fut pas atteint. Cependant la perte que les alliés éprouvèrent semble avoir influé sur les opérations subséquentes; ils eurent près de cinq mille hommes hors de combat, sans comprendre dans ce nombre mille sept cents Portugais et Espagnols. La perte des Français s’élevait à près de /|OQO hommes tués ou blessés.
Lord Wellington qui setait rendu à Elvas, aussitôt après la retraite des Français des environs d’Almeïda, mais qui n’avait pu arriver à temps pour la bataille, ordonna, 1e 5 mai, que -Badajoz fût étroitement investi sur la rive droite de la Guadiana , et fît reprendre les opérations du siège. Les Français avaient retiré leur principal corps sur Llcrena, et avaient leurs
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postes avancés de cavalerie à Usagre. Il y eut le a 5 , près de ce lieu , une affaire de cavalerie à l’avantage des Français.
Le général Philippon , qui commandait dans Badajoz, avait profité du moment où les troupes qui en formaient le sic*ge s’étaient portées le i 4 sur l’Albuera, pour détruire tous les ouvrages qu’elles avaient élevés; voyant bientôt après ses espérances de secours frustrées par la retraite du maréchal Soult, il n’en soutint pas avec moins de persévérance les efforts des assiégeants, qui rouvrirent la tranchée le 3 i mai. Le siège fut poussé avec vigueur, mais le commandant de cette place déploya durant son cours le même courage et la même activité. Une brèche ayant été ouverte au fort Saint-Christophe, les Anglais tentèrent , dans la nuit du 6 juin, de l’enlever d’assaut. Cependant l’escarpe avait été si bien nettoyée par les assiégés, qu’il était impossible d’y monter, et les Anglais furent obligés de se retirer avec perte. Le feu des batteries ayant , dans les trois jours suivants, rendu la brèche praticable, une seconde tentative fut faite dans la nuit du 9; mais la valeur et l’activité des Français rendirent de nouveau inutiles tous les efforts des assiégeants, qui souffrirent considérablement avant de recevoir l’ordre de se retirer. Dans ces deux attaques ils perdirent environ 600 hommes tués ou blessés, et parmi eux,. un grand nombre d’officiers.
Lord Wellington avait espéré que la réduction de
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Batlajoz pourrait être effectuée avant la seconde semaine de juin, époque où il supposait que les renforts détachés de la Castille pour l’armée française du midi viendraient joindre le 1 maréchal SoulL Le xo, il reçut une lettre interceptée de ce maréchal au général Marmont, où l’on annonçait l’intention de réunir toutes les forces françaises en Estramadure, et il avait sujet de croire que le corps du général Drouet, viendrait de Tolède se joindre à l’armée du midi, vers le 1 o. Il reçut aussi des rapports qui ne lui laissèrent aucun doute que l’armée française de Portugal n’eût la même destination. Dans de telles circonstances, le siège de Badajoz ne pouvait être continué sans imprudence. Lord Wellington le convertit en blocus; mais l’approche de forces supérieures le détermina enfin à retirer les troupes alliées de l’autre côté de la Guadiana, ce qu’il effectua le 1 7. Le 20 , les Français commencèrent à paraître aux environs de Badafoz, avec une armée nombreuse composée de toutes les troupes qu’ils avaient pu réunir, en maintenant le blocus de Cadix , les garnisons nécessaires dans la Castille, l’Andalousie, ainsi que l’occupation des provinces de l’est.
Ces forces occupèrent les deux rives de la Guadiana de Badajoz à Mérida, et firent différents mouvements vers les frontières de Portugal , dans l’intention de couper les détachements des alliés, mais avec peu de succès. Le i 4 juillet, l’armée française, dite armée de Portugal , quitta ses positions sur la