CHAPITRE VI
Situation respective des armées de lord Wellington et du maréchal Masséna en Portugal. — Succès du maréchal Soult en Estramadure. — Prise d’Olivenza et de Badajoz par le corps d’armée aux ordres de ce maréchal. — Mort du marquis de la Romana. — Combat de Barrosa. — Retraite du maréchal Masséna. — Action de Sabugal. — Les Français sont repoussés à Fuentesd’Honor. -7- Ils évacuent Almeida. — Bataille d’Albuera. — Levée du siège et du Blocus de Badajoz.
Au commencement de 1 81 1 , tous , les regards étaient fixés sur Lisbonne , et l’on pouvait prévoir que le sort de cette capitale n’influerait pas moins que celui de Cadix sur l'issue de la guerre. En effet, deux armées d 'égale force ( chacune d’environ 80,000 hommes ) étaient en présence à cette extrémité la plus occidentale du continent ; elles s’observaient avec une égale vigilance : la victoire ou la retraite de l’une ou de l’autre, celle des. Anglais par la mer, et celle des Français par les montagnes, allait décider de la domination de la péninsule, et probablement, comme on l’a vu depuis , des destinées de l’Europe.
Lord Wellington , assuré de ses ressources en tous
genres, restait inébranlable dans sa position entre le Rio-ftlajor et les lignes de Torres-Vedras, prêt à rentrer dans ces lignes inexpugnables , si les Français revenaient l’attaquer avec des forces supérieures. Le maréchal Masséna , après s’être affermi dans sa nouvelle position de Sautarem , derrière le Rio- Major, avait étendu ses cantonnements entre le Zezère et le Tage, jusqu’aux confins du Haut-Beira, dans le triple but de veiller sur la place d’Abrantès, de protéger les détachements de fourrageurs , qu’il envoyait dans l’Estramadure supérieure, et de s’assurer une communication avec l’Espagne, par la route de Thomar. Il avait été joint dans cette position par les corps aux ordres des généraux Drouet et Gardanne, et par divers autres renforts. Le général Claparède avait dégagé ses derrières , en repoussant, jusqu’au-delà du Duero, les milices portugaises commandées par le général Sylveira. Ces milices agissaient dans la Beyra avec beaucoup d’ardeur. Un corps de ces troupes, sous les ordres du colonel Grant , attaqua le I er février un fort détachement qui escortait le général Foy, de Ciudad-Rodrigo au quartier-général de Santarem. Mais pour suivre le plus exactement possible l’ordre des dates, il convient de place? ici le récit de quelques événements qui se passèrent dans les mois de janvier et de février en Estramadure et dans l’Andalousie ; celui des éporations , qui eurent lieu dans le mois de mars en Portugal, viendra naturellement après.
d’espagne. 1^3
Avant que le maréchal Masséna eût renoncé à son expédition contre Lisbonne , et qu’il se fût décidé à évacuer le Portugal ; tandis qu'il était encore dans son camp retranché de Santarem , et qu’il tenait en échec l’armée alliée, anglo-portugaise, le maréchal Soult, dans la vue de seconder ses opérations, ayant réuni, dès les premiers jours de janvier, près de Llérena , la majeure partie du cinquième corps et d'autres troupes, et laissé le maréchal Victor en Andalousie, s’avança en Estramadure vers l’armée espagnole. Le 3 janvier, il atteignit son arrière-garde à Usagre et l’obligea à faire une prompte retraite. Le général Mendizabal se porta sur Mérida ; Ballesteros s’efforça de gagner Calera ; attaqué avec impétuosité , il fut mis en déroute après un combat de deux heures, et poursuivi dans la direction de Frégénal, avec une perte considérable : il descendit ensuite la rive gauche de la Guadiana, dans l’intention d’embarquer à Ayamonte une partie de ses troupes pour Cadix ; il prit à Castilegos une position pour couvrir l'embarquement, y fut attaqué par une division du corps du maréchal Soult, et jeté sur l’autre rive de la Guadiana , avec perte de huit cents hommes. Le maréchal Soult, ayant avec lui le maréchal Mortier, s’avança le n sur Mérida et occupa' cette ville , d’où la cavalerie espagnole avait été chassée le jour précédent. Mendizabal , à la tête de la cavalerie portugaise, rentra dans Badajoz.
Le maréchal , informé qu’un corps considérable