CHAPITRE VII
Opérations militaires en Catalogne. — De la guerre des Guérillas et de ses effets. — État de l'occupation de l’Espagne. Succès de Mina. — Prise de Tarragone par les Français. — Lord Wellington bloque Ciudad-Rodrigo. — Il se retire. — Succès du général Hill en Estramadure. — Défaite de Blacke. — Prise de Murviedro. — Actions en Andalousie. — Blacke est battu de nouveau. — Investissement de Valence. — Affaires des Cortès.
Vers la fin de 1810 et au commencement de 181 x, la Catalogne fut le théâtre des opérations militaires les plus actives. Un convoi de vivres destiné pour l’approvisionnement de Barcelone et de l’armée française ayant été réuni dans la baie, de Palamos, le capitaine anglais Rodgers, commandant du Kent, résolut de le détruire; il fit débarquer un corps de trois cent cinquante matelots et de deux cent cinquante soldats de marine , sous le commandement du capitaine Fane, et le chargea de prendre la ville et les batteries. Celui-ci, après avoir éprouvé une vive résistance, réussit à enclouer les canons, à faire sauter les magasins et à détruire tous les bâtiments. I>es Français s’étant ralliés, poussèrent à la baïonnette le détachement vers le rivage , tuèrent une
grande partie des soldats qui le composaient, et firent le reste prisonnier. Le résultat de cette entreprise fut la destruction complète de ce corps anglais. Le commandant fut au nombre des prisonniers.
La prise de l’importante forteresse de Tortose, préparée par des opérations entreprises vers la fin de 1810, eut lieu le 2 janvier 181 1. Le général Suchet, sentant tout le prix de cette conquête, ne perdit pas de temps pour en faire réparer les fortifications, et il mit également en état de défense les forts à l’embouchure de l’Ebre. Il envoya , le 8 janvier , une division contre le fort Balaguer, situé sur la côte à quelque distance au nord de ce fleuve. Elle arriva au milieu de la nuit, et le lendemain, le gouverneur hésitant de se rendre , le fort fut emporté d’assaut ; une partie de la garnison s’échappa vers Tarragone, et le reste fut fait prisonnier.
La seconde opération méditée par les Français fut le siège de Tarragone; mais avant de l’entreprendre, le maréchal Macdonald jugea convenable d’attaquer le marquis de Campo-Verde. Le i 5 janvier, toute la division italienne de l’armée française s’avança des vallées proche Tarragone, dans le dessein d’attaquer le général espagnol Sarsfield, qui était posté près de Pla. Il s’ensuivit une action très chaude où aucun des partis n’obtint l’avantage, mais cet évènement retarda de quelques mois la prise de Tarragone.
A cette époque, les guérillas continuaient leurs
ai3
courses et leurs brigandages dans toutes les provinces de l’Espagne, avec une activité toujours croissante , et donnaient beaucoup d’occupations aux généraux français qu’ils inquiétaient et harcelaient sans cesse. Cependant les auteurs des divers mémoires publiés sur la campagne de la péninsule ne sont pas d’accord quant à l’influence qu’exercèrent sur l’ensemble des opérations les nombreux engagemens où figuraient ces bandes. Quelques écrivains anglais, dans la vue sans doute d’attribuer entièrement l'honneur de l’issue de la guerre aux combinaisons de lord Wellington, prétendent que toutes ces excursions et ces attaques multipliées où les guérillas obtinrent fréquemment l’avantage et où ils exercèrent tant de cruautés, mais qui furent toujours d’un effet éphémère, ne contribuèrent pas essentiellement aux succès des armées alliées. Les auteurs français, la plupart témoins et acteurs dans ces évènements, sont au contraire d’avis que le système de guerre irrégulière, poursuivie avec tant de persévérance par les guérillas, fut la principale cause des revers éprouvés par les armées françaises. Peut-être , en effet , serait-il vrai de dire que le mérite de lord Wellington fut d’avoir su attendre pour combattre les forces de ses adversaires, qu’elles se trouvassent considérablement diminuées, soit par les obstacles insurmontables que les guérillas mettaient à leur approvisionnement, soit par l’effet des guerres suscitées en Allemagne. Le calcul du Fabius anglais consistait à
saisir avec habileté l’opportunité des circonstances. La répétition des expéditions, des manœuvres, des cruautés des guérillas pendant le cours de la guerre, deviendrait fastidieuse; mais, comme elles donnent une connaissance exacte du caractère espagnol , nous avons cru devoir les rappeler dans les notes suivantes, que nous avons extraites de divers mémoires, et que nous plaçons ainsi pour ne point les mêler au texte de cet abrégé historique.
■ En s’étendant vers le midi de l’Espagne , les Français s'affaiblirent, parce qu’ils se disséminèrent pour occuper et organiser une grande étendue de pays, et les Espagnols purent se livrer presque par tout le royaume à ce genre, de guerre nationale dont les Français avaient déjà tant souffert dans les Asturies , dans la Galice et au nord du Portugal.
« Amesureque les armées espagnoles avaient été détruites, les juntes provinciales, ne pouvant plus communiquer avec la junte centrale, avaient employé toutes leurs ressources à la défense locale des pays qu’elles administraient. Ceux des habitants qui avaient jusqu’alors souffert avec patience, attendant de jour en jour leur délivrance du succès des batailles rangées, ne cherchèrent plus qu’en eux-mêmes les moyens de secouer le joug qui les opprimait. Chaque bourg, chaque province, chaque individu sentait plus vivement chaque jour la nécessité de repousser l’ennemi commun. La haine nationale qui existait généralement contre les Français avait mis une sorte d’nnité dans les efforts non dirigés des peuples, et l’on vit succéder à la guerre régulière un système
de guerre en détail , une espèce de désordre organisé qui convenait parfaitement au génie indomptable de la nation espagnole et aux circonstances malheureuses dans lesquelles elle se trouvait.
«Les parties de l’Espagne occupées par les Français se couvrirent peu à peu de partisans et de quadrilles coin |>osées de soldats de ligne dispersés, et d'habitants des plaines et des montagnes. Des curés , des laboureurs, des étudiants, de simples pâtres étaient devenus des chefs actifs et entreprenants. Ccschefs sans autorité militaire, sans troupes permanentes, ne furent, pour ainsi dire, que des bannières autour desquelles les habitants des campagnes venaient tour-à-tour se rallier et combattre. Les nouvelles des petits avantages que remportaient ces nombreux partis étaient avidement reçues par le peuple, et racontées avec l’exagération méridionale; elles servaient à relever les esprits que des revers avaient momentanément abattus en d’autres lieux. Cette même mobilité d’imagination et cet esprit outré d’indépendance qui avaient nui aux opérations lentes et incertaines des armées réglées de la jitnte , assuraient alors la durée de la guerre nationale, et l’on pouvatit dire des Espagnols que, s’il avait été d’abord facile de les vaincre, il était presque impossible de les subjuguer.
« Lorsque nous nous transportions d’une province à une autre, les partisans de l’ennemi réorganisaient aussitôt, au nom de Ferdinand VII, les pays que nous venions d'abandonner, comme si nous n’eussions jamais du y revenir, et ils punissaient sévèrement ceux des habitants qui avaient montré du zèle pour les Français. Il arrivait de là que la terreur de nos armes ne nous assurait jamais aucune intluence autour de nous. Les ennemis étant répandus partout , les divers points que les Français occupaient étaient tous pins ou moins
ai6
menacés; leurs troupes victorieuses, dispersées pour conserver leurs conquêtes , se trouvaient depuis Irnn jusqu’à Cadix, dans un état de blocus continuel, et ils n’étaient réellement les maîtres que de la terre même que foulaient leurs pieds.
<• Les garnisons qn’ils avaient laissées sur les routes militaires pour contenir le pays, étaient sans cesse attaquées; elles avaient été obligées de bâtir, pour leur sûreté, de petites citadelles , en réparant de vieux châteaux ruinés , placés sur des hauteurs. Quelquefois ces châteaux étaient les restes des forts que les Romains ou les Maures avaient élevés pour le même but bien des siècles auparavant. Dans les plaines, les postes de correspondance fortifiaient une ou deux maisons à l’entrée des villages , afin d'être tranquilles pendant la nuit, ou de s’enfermer lorsqu'ils étaient menacés. Les factionnaires n’osaient pas toujours rester au dehors de l'enceinte fortifiée , dans la crainte d’étre enlevés; ils se plaçaient alors sur quelque tour ou sur des éohafaudages en planches construits sur le toit auprès de la cheminée, pour observer de là ce qui se passait au loin dans la campagne. Les soldats français, enfermés dans leurs petites citadelles , entendaient quelquefois les sons joyeux des guitares de leurs ennemis, qui, toujours fêtés et bien reçus par les habitants, venaient passer les nuits dans les villages voisins.
« Les armées françaises ne pouvaient faire venir leurs vivres et leurs munitions que sous l’escorte de forts détachements qui étaient sans cesse harcelés et souvent enlevés. Ces détachements ne rencontraient que de faibles résistances dans les plaines, mais ils étaient obligés de se frayer un chemin par la force des armes dès qu’ils entraient dans les montagnes; et les pertes journalières que les Français faisaient dans quelques parties de l’Espagne pour se procurer
d’espaghe. 217
des vivres et assurer leurs communications, équivalaient au moins i celles qu’ils auraient éprouvées s’ils avaient eu constamment à lutter avec des ennemis qui eussent su Icuf résister en bataille rangée.
• Les peuples de l’Espagne ne se laissaient point décourager par la durée de la guerre. Dans quelques provinces les paysans étaient toujours armés , les laboureurs tenaient d’une main le manche de la charrue , et de l’autre une anw toujours prête, qu’ils enterraient à l’approche des Français* s’ils ne se croyaient pas assez forts pour se réunir et les combattre. Leur animosité s’accroissait de toutes les vexations que les Français leur faisaient éprouver. Les malheurs auxquels les autres nations sc soumettent en les regardant comme les suites inévitables des maux de la guerre , étaient pour les Espagnols de nouveaux sujets d’irritation et de haine. Ils employaient pour satisfaire leurs ressentiments passionnés, tour-à-tour la plus grande énergie, ou la dissimulation la plus rusée lorsqu’ils se croyaient les plus faibles. Comme des vautours vengeurs attachés à leur proie, ils suivaient de loin les colonnes françaises pour égorger ceux de leurs soldats qui, fatigués ou blessés, restaient en arrière pendant les marches. Quelquefois aussi ils fêtaient les soldats français lors de leur arrivée , et ils tâchaient de les enivrer, alin do les plonger dans une sécurité mille fois plus dangereuse que les hasards du combat. Ils appelaient alors les partisans; et ils leur indiquaient pendant la nuit les maisons où nos soldats s’étaient imprudemment dispersés. Quand d’autres Français allaient ensuite venger la mort de leurs camarades, les habitants s’enfuyaient, et ils ne trouvaient dans ces villages que des maisons désertes sur lesquelles ils ne pouvaient exercer que des vengeances qui leur nuisaient à eux-mêmes; car ils ne pouvaient détruire les
habitations, meme vides, sans anéantir leurs propres ressources pour l’avenir.
« Les Français ne pouvaient se maintenir en Espagne que par la terreur; ils étaient sans cesse dans la nécessité de punir l’innocent avec le coupable; de se venger du puissant sur le faible. Le pillage leur était devenu indispensable pour exister : ces brigandages, suites de Pinimitié des peuples, et de l’injustice de la cause pour laquelle les Français se battaient, portaient atteinte au moral de leur armée, et sapaient jusque dans ses fondements les plus intimes la discipline militaire, sans laquelle les troupes réglées n’ont ni force ni puissance. »
( Mémoires sur la guerre des Français en Espagne, par M. Rocca, pag. i38 et suiv.J
• Déjà des partis nombreux, connus sous le nom de guérillas, ayant à leur tête des chefs braves et audacieux, interceptaient nos courriers, s’emparaient de nos convois, enlevaient les garnisons, et massacraient sans pitié les malades ou les soldats isolés qui restaient en arrière. Ils nous faisaient de cette manière autant de mai qu’nn ennemi formidable dans une bataille rangée. Pour envoyer des ordres et communiquer d’une place à une autre, il fallait employer des bataillons entiers. Il était presque impossible d’atteindre ces guérillas, parce qu’ils étaient servis par les habitants, et qu’ils avaient une connaissance exacte des lieux. Us savaient toujours d’avance que, s’ils étaient attaqués et dispersés, ils se rallieraient sur tel point pour tomber dons un endroit où on ne les attendrait pas. Ils n’attaquaient jamais qu’avec la certitude d’un avantage : leurs succès, exagérés par la haine nationale et l’uppàt du brigandage , moi-
D ESPAGNK.
tipliant ccs bandes dans tonte l’Espagne, elles se partagèrent le royaume, et chacnne, dans la province qui lui était assignée, faisait aux Français tout le mal imaginable. Elles rendaient compte de leurs opérations à la junte suprême, qui récompensait par des honneurs et des dignités ceux qui s’illustraient par des actions d’éclat. La plupart des chefs , sortis des derniers rangs de la société , furent désignés par la 'profession qu’ils y exerçaient , tels que el Cosinero , le cuisinier ; el Medico, le médecin; el Capuciho, le capucin; el Pastor, le pasteur; ou par quelque trait caractéristique, comme el Empecinado , l’implacable, surnom de Juan Martin; el abuelo , le grand-père ; el marquesito , le marquis (de Porlier). Les deux plus fameux chefs, ceux qui nous ont fait le plus de mal, et qui ont réuni jttsqu’à vingt mille hommes, sont l’Empecinado et Mina : le premier faisait trembler les deux Castilles ; l’autre régnait dans la Navarre avec l’autorité d’un souverain.
« Une bande de guérillas commandée par un nommé Camille s’augmentait tous les jours et nous faisait le plus grand mal : le pays entre Talavevra et Madrid" était le théâtre de ses opérations. Ce Camille était un laboureur très-riche des environs de Talavevra, qui avait vu deux fois avec désignation piller sa maison et tous ses bestiaux ; mais sa femme et scs deux filles ayant été violées par nos soldats, il voua une haine éternelle aux Français , et jura de ne leur faire aucun quartier; aussi tout ce qui tombait entre ses mains était immolé sans pitié.
■ On avait établi à des distances de cinq à six Henes, sur la route de Madrid h Talaveyra, des postes chargés de la communication. Les convois ou les officiers porteurs de dépêches y prenaient un certain nombre d’hommes pour les escorter.
IJISTOIHK
La nuit convenait mieux que le jour à cette correspondance dans un pays si plat, où l’on était aisément aperçu à trois ou quatre lieues, et où il était difficile d’échapper à un ennemi toujours plus fort que les faibles détachements qu’on y employait. Pour communiquer sûrement sur cette route, il aurait fallu au moins cent chevaux. Chaque poste était retranché à l’extrémité du village dans une maison crénelée , autour de laquelle régnait un fossé hérissé de palissades; souvent des guérillas vêtus comme le reste des paysans, après avoir déposé leurs armes , venaient rôder autour de l’enceinte, et reconnaître la position ; une sentinelle placée sur le toit avertissait de l’approche de l’ennemi, et alors on se défeudait dans cette petite forteresse. Nos troupes n’avaient de communication avec les habitants des villages que lorsqu’il fallait en exiger des vivres.
«Pendant cinq mois que notre brigade resta à Tolède, elle fut constamment occupée à poursuivre les bandes du Medico, de Camille et de Francisquettc. Nous leur livrâmes plusieurs combats dans lesquels les Espagnols furent battus toutes les fois qu’ils nous attendirent en rase campagne. Comme leur but n’était pas de combattre, mais de tomber sur de faibles détachements, ils nous évitaient dès qu’ils nous savaient en nombre. 11 est peu d’horreurs dont les deux partis ne se soient souillés, les uns par une haine implacable , et les autres par représailles : les guérillas l’emportaient sur nous par leur cruauté; dans le principe ils ne faisaient aucun quartier ; mais ensuite ils cédaient les prisonniers aux Anglais pour des- armes et des munitions. J’ai vu des convois entiers massacrés, des vivandières égorgées à côté de leurs maris, et des chirurgiens pendus à des arbres, après avoir été épargnés pour panser les blessés ; aussi tout
d’espagne.
Espagnol pris par nous les armes à la main était fusillé s’il n’avait pas d’uniforme.»
( Mémoires sur la guerre et Espagne , par M. de Nayües, pag. 19a et suiv.)
« Entre les traits caractéristiques qui marquèrent la carrière de don Juan Martin, surnommé à juste titre el Empecinado , l’implacable, on cite les suivants :
« Ayant appris que huit hommes de sa bande avaient été pris par les Français et pendus à des arbres, l’Empecinado fit pendre quelque temps après, en représailles, un nombre égal de Français à la même place et aux mêmes arbres.
Un Espagnol nommé Rigo, qui avait d’abord affecté beaucoup de zèle pour la cause que défendaient les guérillas, s’étant sauvé à Madrid, obtint un emploi considérable auprès du roi Joseph, et persécuta violemment tous les habitants de la capitale qui avaient des correspondances avec eux. L’Empecinado jeta sur lui un regard de vengeance, et reçut bientôt après l’avis que Rigo allait se marier , et qu’il allait célébrer ses noces dans une maison de campagne située près de la capitale. Le festin des noces était commencé lorsque l’Empecinado arrive à la porte de la maison à la tête de sa bande de guérillas, frappe et demande qu’on lui livre sur-le-champ Rigo , disant qu’il ne fera aucun mal au reste des convives. Rigo fut livré, enlevé et envoyé, sous l’escorte de quelques hommes , à Cadix , pour y être décapité sur la grande place.
"Le nom de Mina, chef aussi entreprenant que l’Empecinado], a été successivement rendu célèbre par deux partisans espagnols. Le premier des Mina était un etudiant de la Navarre, h peine âgé de vingt ans; il fut blessé cl fait prison-
HISTOI RK
nier par les Français. L’oncle de celui-ci, don Francisco Espoz y Mina , profita de la popularité que son neveu avait acquise; il rallia les bandes espagnoles éparses, et conquit, malgré les Français, le commandement de la province de Navarre. L’autorité qu’il s’était acquise ainsi futjconfirmée par un décret de la junte. Les Français le surnommèrent le roi de la Navarre, parce qu’il y régnait en efTet malgré leur présence, et quoiqu’ils en occupassent toutes les forteresses.
«LesFrançais tentèrent souvent de s’emparer par surprise de la personne de Mina; mais leurs tentatives furent toujours vaines, parce que tous les habitants de la Navarre lui étaient dévoués. Il faisait fabriquer sa poudre dans nne caverne des hautes montagnes. Son hôpital militaire était aussi dans un village retiré, et chaque fois que les Français arrivaient, les paysans s’empressaient de transporter les malades et les blessés dans les escarpements de ta montagne, où ils venaient ensuite les reprendre, quand les Français étaient partis.
«Les alcades de tous les villages devaient avertirMina dès que les Français leur ordonnaient de préparer des vivres. S’ils y manquaient, il les faisait .aussitôt enlever et fusiller. Mina encourageait les habitants de la Navarre à commercer avec les Français, afin d’en obtenir des informations et de se procurer, parleur moyen, des effets d’habillement et d’armement. Il donnait des passe-ports aux riches commerçants, et il levait sur eux un impôt avec lequel il payait libéralement ses soldats et ses espions. Lorsqu’il découvrait qu’un Espagnol servait d'espion aux Français, il lui faisait aussitôt couper l’oreille droite v et on lui imprimait sur le front: Vive Mina ! '
« Mina faisait observer la plus parfaite discipline et la plus
grande austérité de mœurs dans sa bande ; et il en donnait lui-même l’exemple. Il pouvait facilement réunir douze mille hommes sous son commandement; mais il n’en mettait ordinairement que quatre à cinq mille sous les armes , nombre qu’il trouvait suffisant et plus facile à conduire dans, des expéditions rapides, »
( Notes des Mémoires sur la guerre des Français en Espagne r par M. Rocca , d’après XAnnual Register d’Edimbourg. Page 374 et suiv. des Mémoires.)
Au commencement d’avril 1 81 r, les places fortes de la frontière du côté de la France étaient presque toutes au pouvoir des Français. En Catalogne, Barcelone, capitale de la province, et les villes de Figuières , Lérida , Gironne et Tortose étaient occupées par eux. Tarragone et toute la partie montagneuse de la province étaient encore au pouvoir des Espagnols , qui y avaient une force de quatorze mille hommes de troupes régulières sous le commandement du marquis de Campo-Verde. Le général en chef des Français était le maréchal Macdonald.
Les provinces de Navarre, de Biscaye et des Asturies, étaient aussi occupées par les Français; les patriotes avaient seulement quelques forces dans les montagnes des Asturies, sous le commandement du
aa4
général Porlier. Dans la Navarre, les guérillas, sous les ordres d’Espoz-y-Mina, interceptaient fréquemment les communications. Les vallées de Roncal et de Ronôevaux étaient restées au pouvoir des indigènes.
Les Espagnols étaient encore maîtres du royaume de Galice, où ils avaient une armée de près de vingt mille hommes de troupes régulières , indépendamment d’un grand nombre de paysans armés.
En Arragon, Sarragosse avait toujours été occupée par les Français, depuis son mémorable siège. Mais de nombreuses guérillas déployaient dans la campagne leur activité accoutumée; elles étaient soutenues par un petit corps de quatre mille hommes de troupes régulières, sous le commandement du marquis de Villa-Campo.
Dans les deux Castilles et le royaume de Léon , les principales villes étaient sous la domination des Français. Le maréchal Bessières commandait dans la Vieille-Castille, et lé général Belliard était gouverneur de Madrid. De nombreux partis de guérillas parcouraient la Castille ; le plus marquant était celui commandé par Juan Martin , surnommé l’Empecinado; il parcourait la Manche et la province de Salamanque.
Dans le riche royaume de Valence , les Français n’occupaient qu’un petit district sur les confins de la Catalogne; les villes fermées avaient des garnisons de troupes espagnoles. Le capitaine général Bes-
d’éspagne. aa5
secourt se tenait à Valence avec douze mille hommes de troupes régulières; son quartier-général était à Murviedro. Il y avait à Alicante, où commandait le général Iriarte, sept mille hommes de troupes régulières. On évaluait la milice de ce royaume à trente mille hommes.
Le royaume de Murcie était entièrement au pouvoir des Espagnols qui y avaient une armée d’environ vingt mille hommes , sous le commandement du général O’Donnel; son quartier - général , était à Lorca.
La province de Grenade était occupée par les Français sous le commandement du général Sébastiani ; ils avaient des garnisons dans les ports d’Al méira, Malaga et Marbella.
Dans l’Andalousie, toutes les villes principales étaient occupées par les Français, à l’exception de Cadix, Ayamonte et Algéziras. L’armée qui bloquait Cadix , était sous les ordres du maréchal Victor. Les guérillas étaient nombreuses dans les montagnes de Honda, et un corps de quatre mille-hommes, sous les ordres du général Ballesteros, était posté près d’Ayamonte.
L’Estramadure, depuis la prise de Badajoz, était aussi presque entièrement entre les mains des Français, quoiqu’il y existât quelques partis de guérillas , et que les restes de l’armée du feu marquis de la Romana se trouvassent près d’Albuquerque.
Après avoir sommairement indiqué quelle était à