‹ Histoire D'EspagneChapitre 25 sur 46 · Tome II F, i · texte numérisé non relu

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cette époque la position des forces respectives , nous reprenons le récit de la suite des opérations militaires. La forteresse de Figuières en Catalogne fut surprise par les Espagnols le to avril ; quelques soldats catalans que les Français avaient forcés d’entrer à leur service, donnèrent avis au colonel Roviras, qui était à la tête d’un corps de quinze cents patriotes, que s’il voulait s’approcher de la place à la faveur de la nuit, ils lui ouvriraient une des portes. En conséquence, au moment dont on était convenu, le colonel Roviras fut introduit avec sa troupe dans la citadelle de Figuières , et après avoir tué la seule sentinelle qui le reconnut, il surprit si complètement toute la garnison plongée dans un profond sommeil , qu’elle ne tira pas un seul coup de fusil et n’opposa pas la moindre résistance; toute cette garnison, de mille hommes , fut faite prisonnière de guerre.

On avait fait quelque temps auparavant une tentative hardie pour surprendre le fort de Mont-Jouy qui commande la ville de Barcelonne , mais elle avait échoué, et les Espagnols y éprouvèrent une perte considérable.

Le partisan Espoz-y-Mina obtint, le i5 mai, un grand succès par une attaque qu’il fit dans la province d’Àlava, sur une forte escorte d’infanterie et de dragons français qui conduisait onze cents prisonniers espagnols; les prisonniers furent tous délivrés. La troupe de Mina fit un grand butin, ne perdit que

Digitiz

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peu d’hommes , tandis qu’il ne retourna à Vittoria qu’à peine la moitié de l’escorte française.

. L’évènement le plus important fut le siège et enfin la prise d’assaut de Tarragone, le 28 juin. Le maréchal Suchet s’avança contre cette place vers la fin d’avril , et l’investissement fut complété jusqu’à la mer le 4 mai. Elle pouvait recevoir des secours de toute espèce de la flotte anglaise qui croisait sur la côte ; et par cette raison , à mesure que ' l’attaque fit des progrès , la défense devint plus obstinée. La prise d’un ouvrage avancé , qui eut lieu le 16 juin, facilita les approches de la ville basse. Les assiégeants élevèrent promptement une batterie de brèche, et ils firent le 21 une des plus vigoureuses attaques qui aient jamais été entreprises. Après beaucoup de sang répandu de part et d’autre, la ville basse demeura en leur pouvoir. Quoiqu’il ne restât plus alors presque aucun espoir d’une résistance efficace, la garnison tenait encore dans le corps de la place, où elfè était résolue à attendre un dérnier assaut. Il fut donné dans 1 après-midi du 28. La brèche ayant alors été rendue praticable, lës Français s’y précipitèrent et emportèrent la ville. Le maréchal Suchet , dans une de ses dépêches, avait exprimé la crainte d ! êïre obligé de donner uh terrible exemple, et d’intimider la Catalogue et l’ËSpagne, par la destruetiôh dé tonte la ville. Cette menace ne fut que trdp réalisée " le vainqueur en rendait compte en ces ternies i -A* 'fiqai :

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a La fureur du soldat fut augmentée par la ré- « sistance de la garnison qui s’attendait à tout ins- « tant à être délivrée, et pensait assurer le succès « de cette entreprise par une sortie générale. « Le cinquième assaut livré hier en plein jour sur « les fortifications, assaut plus vigoureux encore « que les précédents , a occasionné un horrible mas- « sacre , mais avec peu de perte du côté des Fran- « çais. Le terrible exemple que je prévoyais avec « regret a eu lieu , et l’on en gardera long-temps le « souvenir en Espagne. Quatre mille hommes ont « été tués dans la ville; de dix à douze mille hom- « mes qui s’efforçaient de s’enfuir par-dessus les « murs dans la campagne, cinq mille ont été sa- « brés ou noyés, et le reste, dont cinq cents offi- « ciers , a été fait prisonnier et part pour la France. « Près de mille blessés sont dans les hôpitaux de la « ville, où leur vie a été respectée au milieu du « carnage. Trois généraux et le gouverneur sont au , « nombre des prisonniers. »

Une lettre du capitaine de vaisseau Codrington à sir Cotton , donne d’autres détails sur ce jour d’horreur. Il dépeint en ces termes la terreur qui régna iau moment de l’entrée des Français : « Ceux qui se « trouvaient déjà hors des murs, jetaient leurs vête tements et s’efforçaient de gagner les vaisseaux «à « la nage, tandis qu’on voyait ceux qui se trouvaient « encore dans la ville, se laisser glisser du haut en « bas des remparts , exposant ainsi leur vie à de plus

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« grands dangers qu’ils n’eussent fait en opposant « une courageuse résistance à l’ennemi. Une masse « considérable de peuple , les uns avec des fusils et <r les autres sans armes , se précipita alors sur la « grande route, souffrant qu’une vingtaine de Fran- « çais qui continuèrent à courir après elle, la cri- « blât de balles à quelques toises de distance seule- « meut. Enfin elle fut entièrement arrêtée par une « volée de coups de fusil venant d’un parti de l’en- « nemi qui s’était retranché dans un endroit où la « route formait un coude , et était soutenu par un « second parti posté un peu plus haut , qui décou- « vrit une batterie masquée , composée de quelques « pièces de campagne. Il s’ensuivit une horrible bou- « cherie , et bientôt après , le reste de ces malheu- « reux, montant à plus de trois mille, se soumirent « paisiblement à être emmenés prisonniers par moins « de trois cents Français. Les chaloupes et les canon- « nières furent envoyées des vaisseaux vers la côte dès « l’instant où l’on s’aperçut que l’ennemi se réunis- « sait dans ses tranchées; et cependant son succès fut « si rapide que tout était fini avant que nous pus- « sions commencer notre feu. Toutes les chaloupes « de l’escadre et des transports furent envoyées au « secours de ceux qui s’étaient jetés à la nage, ou « s’étaient pachés sous les rochers ; et malgré un feu «très -vif de mousqueterie et d’artillerie, auquel « nous ripostâmes avec vigueur, cinq à six cents de

« ces individus, dont la plupart grièvement blessés, « furent transportés sur les vaisseaux. »

Le capitaine Codrington fait en outre mention que le gouverneur Gonzales , à la tête d’une poignée d’hommes, se défendit jusqu’à la dernière extrémité, et fut tué à coup de baïonnette, sur la place , près de sa maison ; qu’au premier instant de l’entrée des Français , tout fut passé au fil de lepée, et ensuite tous ceux qu’on trouva en uniformes , avec des armes dans leurs maisons. Mille hommes furent employés à détruire les fortifications , et toute la ville fut réduite en cendres ; ainsi tomba Tarragone. Ce triomphe des armes françaises fut une ample compensation des revers essuyés sur d’autres points. Toute la côte de la Catalogne étant au pouvoir des Français , ils n’eurent plus à craindre que leurs opérations dans le midi fussent retardées par une formidable diversion dans le nord.

Après la prise de Tarragone , le maréchal Sucliet s’avança dans l’intérieur de la Catalogne, afin de disperser les partis que le marquis de Campo-Verde avait organisés. La forteresse de Figuières dont, comme on l’a dit, les Espagnols s’étaient emparés par surprise , fut bientôt après bloquée par les Français, et si complètement resserrée qu’il ne put plus y entrer de secours d’aucune espèce. Enfin, après un siège de quatre mois, durant lesquels la

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garnison , animée par l’exemple de son commandant don Juan Martinez , avait résisté à tous les efforts des Français, pressée par la famine, elle lit une sortie à la pointe de la baïonnette : mais elle fut repoussée avec beaucoup de perte, et le 19 août elle se rendit à discrétion , au nombre de trois mille cinq cents hommes.

Dans le même temps , au nord de l’Espagne , les guérillas croissaient en nombre , en activité et en audace. Le général Bonnet dut évacuer les Asturies; une partie de ses troupes se retira à Léon. Le 19 juin , les Français quittèrent Astorga , et le maréchal Bessières s’avança de V alladolid avec toute les forces qu’il put réunir , et dirigea sa marche vers Bénévent. Cependant une alarme donnée à Valladolid , l’obligea de revenir sur cette ville. Un détail de toutes les actions qui eurent lieu de ces côtés , actions dont les circonstances et les résultats sont représentés sous les couleurs les plus opposées, ne ferait qu’embarrasser le lecteur sans lui donner une idée claire de l’état général des affaires : nous nous bornerons donc à dire que l’occupation des principales villes et des districts de cette partie de l’Espagne , resta à peu près sur le même pied qu’au commencement de cette campagne. L’armée espagnole de Galice, qui s’était avancée jusqu’à Astorga, fut en définitive forcée de se retirer dans le fond de cette province , et mise hors d’état de reprendre l’offensive.

Le commandant espagnol Porlier, après une marche rapide, surprit, le i 4 août, la garnison française de Saint-Ander, entra dans la place, détruisit les propriétés publiques, et démolit les forts élevés pour commander le pays environnant. Cependant il n’osa pas conserver la possession de cette ville; après ces dévastations , il reprit sa première position.

Le général Blake, qui, après s’être séparé de l’armée de lord Wellington, avait fait, le 3o juin, une tentative infructueuse pour s’emparer de Niébla, embarqua ses troupes pour Cadix , où il ne fut pas plus tôt arrivé qu’il mit de nouveau à la voile pour aller rejoindre à Grenade l’armée espagnole sous les ordres du général Freyre. Ces forces réunies qui, au commencement d’août, avaient pris une position près de Buza, furent attaquées par différentes divisions de l’armée française aux ordres du maréchal Soult, et dans une suite d’actions qui eurent lieu les 9 et io, elles furent entièrement défaites et obligées de retourner à Murcie.

Pour suivre, sinon le fil des évènements, trop souvent interrompu à cause du peu de rapports entre les scènes diverses sur ce vaste théâtre , du moins leur ordre chronologique, il faut revenir à lord Wellington qui, de ses cantonnements dans le Beira, s’était avancé sur la frontière d’Epagne, entre la Coa et l’Âgueda , et avait menacé Ciudad-Rodrigo. Ce mouvement produisit l’effet d’opérer la réunion des troupes de l’armée française du nord, qui avait com-

mencé d’agir contre les Espagnols en Galice ( ainsi que de celles qui , sur les frontières de la Navarre , avaient été employées pour combattre Mina ), avec une grande partie de l’armée toujours appelée armée de Portugal. Environ soixante mille français parurent, le a3 septembre, dans la plaine près de Ciudad-Rodrigo, et le a 5 , ils firent une attaque générale contre les postes de l’armée alliée sur les hauteurs d’El Bodon. Les alliés se retirèrent; une autre action moins grave aut lieu, le 27 , à Aldea de Ponte. Le résultat de cès deux affaires fut que lord Wellington jugea nécessaire d’abandonner le siège de Ciudad-Rodrigo; cette place fut ravitaillée. Les Français ayant atteint leur but , se retirèrent aussi , et chaque armée reprit ses premières positions. Il arriva , le 1 5 octobre , un accident singulier au général Regnaud, gouverneur de Ciudad-Rodrigo.

Une embuscade ayant été dressée près de la ville, à l’effet d’enlever le bétail de la garnison, le gouverneur, qui avait traversé l’Agueda avec quelques officiers d’état -major et une escorte, fut entouré par la cavalerie espagnole, et fait prisonnier.

Au mois d’octobre, l’armée française de Portugal fut cantonnée au -delà de Placentia, dans la partie septentrionale de l’Estramadure , ayant une division dans cette ville , et ses avant-postes sur l’Alagon. Une division du 5 e corps, avec un corps de cavalerie sous les ordres du général Girard , traversa la Guadiana à Ménda , et s’étant avancée sur Cacerès , lord Wel-

lington donna ordre au général Hill d’entrer en £stramadure. Ce général se mit en mouvement de l’ortalègre, le a 3 octobre, se porta sur Albuquerque, d’où il se dirigea, le 26, sur Malpartida. A son approche, le général Girard retourna sur ses pas, et il opérait sa retraite sur Mérida, lorsque le général Hill , ayant fait une marche forcée , l’atteignit , le 28, à Arrogo del Molina. La marche des Anglais ne fut aperçue par les Français qu’au moment où, sortant de la ville , ils prenaient la route de Mérida. Surpris , attaqués avec impétuosité , ils se battirent avec la plus grande bravoure , et malgré la vigueur de leur résistance , ils durent céder au nombre ; ils perdirent près de huit cents hommes et une partie de leur artillerie.

Ce fut du côté de Valence que se passèrent , en automne , les évènements les plus importants de la campagne. Le maréchal Suchet entra dans cette province vers le milieu de septembre: le 27 il prit possession de Murviedro, et deux jours après il ouvrit la tranchée devant la citadelle de cette ville; trois tentatives qu’il fit pour l’emporter par escalade furent repoussées. Dans le même temps , le général Blake s’étant jeté dans Valence , toutes les places fortes de la province se trouvaient occupées par les Espagnols; ils redoublèrent d’efforts pour interrompre les communications des Français. Le siège de la citadelle de Murviedro ( l’ancienne Sagonte ), fut une tâche difïile à cause de la nature du terrain et

de la vigueur de la défense. La brèche fut ouverte le 18 octobre; dès qu’elle parut praticable le général en chef fit livrer l’assaut. Quelques-uns des braves qui marchaient en tête de la colonne , s’élancèrent jusqu’au haut de la brèche; mais ils furent bientôt repoussés et précipités. Cependant la place ne pouvait plus tenir long -temps si elle n’était secourue; le général Blake ayant été joint par le général Mahi , commandant en Murcie , et par toutes les autres forces disponibles de ces côtés , s’avança , le a 4 , sur les hauteurs de Puch, d’où il observait l’armée assiégeante. Le maréchal Suchet marcha à sa rencontre, l’attaqua et le défit entièrement après un combat opiniâtre ; six mille cinq cents Espagnols furent tués, blessés ou faits prisonniers. Le 26, la citadelle deMurviedro capitula, et sa garnison, forte de deux mille sept cents hommes , demeura prisonnière de guerre.

Tandis que les Français obtenaient ces avantages dans l’est de l’Espagne , les patriotes profitaient sur d’autres points de la diversion opérée par la résistance des places fortes. L’entreprenant et infatigable Mina, qui avait passé l’été dans les vicissitudes de la bonne et de la mauvaise fortune, ayant reçu l’avis que les généraux Duran et l’Empccinado s’avançaient de la Castille sur Calatayud en Arragon , se détermina à agir de concert avec eux ; il entra dans la Navarre, et marcha sur Ayerve, petite plâce occupée par les Français. On envoya de Sarra-

HISTOIRK

gosse onze cents hommes d’infanterie et soixante chevaux à son secoui-s ; cette troupe eut un engagement avec Mina, et quoiqu’elle se défendît avec beaucoup de résolution , elle fut forcée à la retraite et poursuivie par les partisans qui firent six cents prisonniers. Si l’on en croit la relation de Mina, trois hommes seulement réussirent à s’échapper et rentrèrent dans Sarragosse. L’Empecinado et Duran réussirent aussi, le 4 octobre, à s’emparer de Calatayud, et firent la garnison française prisonnière de guerre; mais le défaut de concert entre ces chefs empêcha que leur invasion en Arragon eût aucun autre résultat important.

II se manifesta alors parmi les habitants de la Catalogne une grande exaltation ; de toutes parts on courait aux armes. Le général Lascy surprit, le i\ octobre, la ville d’Igualada, et força la garnison française , après une perte considérable , à chercher un refuge dans un couvent fortifié qui fut ensuite évacué.

Le baron d’Eroles, officier très-actif, qui servait sous Lascy, se rendit maître du college de Cervera défendu par une garnison de trois cent cinquante hommes, et qui renfermait un magasin considérable. Il s’avança immédiatement sur Puicerda, près la frontière de France, livra deux combats , et poussa ses partis jusque sur le territoire français pour y lever des contributions.

Dans la partie méridionale de l’Andalousie, le

général Godinot , pour s’opposer au général Ballesteros qui était à la tête de quelques troupes dans le voisinage de Saint-Roch, réunit une force de dix millé hommes, et obligea le général espagnol à la retraite. Le général-major Cooke fit soutenir Ballesteros par un détachement de troupes anglaises, à peu près mille hommes d’infanterie, qui, sous les ordres du colonel Skerret, débarquèrent et s’avancèrent sur Tariffa. Les habitants de Saint-Roch vinrent se mettre sous la protection du canon de Gibraltar , et ceux d’Algéziras se retirèrent partie dans l'ile voisine, partie sur les vaisseaux. Les Français ne pouvant s’emparer de Tariffa , retournèrent sur leurs pas; ils furent suivis par Ballesteros, qui remporta, le 22 , un avantage assez considérable sur leur arrière-garde; il surprit aussi, le 5 novembre, un petit corps français , s’empara de ses bagages et fit quelques prisonniers. Les Français ayant ensuite reçu un renfort de Grenade, Ballesteros fut de nouveau forcé à se retirer , et vers la fin de novembre, il s’embarqua à Gibraltar, avec cinq mille hommes , pour une expédition secrète. Les Français reprirent alors leur projet contre Tariffa ; et vers le ao décembre, cette place fut complètement investie ; mais les détails de la défense et de la prise de cette ville appartenant aux évènements de l’année suivante, nous devons les comprendre dans un autre chapitre.

Après la défaite de Blake et la prise de Murviedro,

le maréchal Suchct s’avança avec le centre de son corps d’armée jusqu’aux faubourgs de Valence , et laissa ensuite s’écouler près d’un mois pour attendre l’arrivée des renforts et de l’artillerie, ainsi que la réunion de tous les objets nécessaires pour le siège. Le 26 novembre, l’armée de Blake fut attaquée, et sa cavalerie ayant été mise en déroute, l’infanterie se réfugia dans le camp retranché : elle y fut forcée ; l’artillerie et les bagages furent pris ; et les fuyards s’étant trouvés coupés de la route de Murcie , furent contraints de se jeter dans la ville de Valence. Les Français attaquèrent et enlevèrent plusieurs postes fortifiés ; le iS décembre , Valence fut complètement investie.

La province des Asturies était à cette époque évacuée par les Français, probablement en raison de la difficulté d’y faire subsister les troupes.

Lord Wellington , qui était sur la frontière de Portugal, se retira à la fin de l’automne derrière l’Agueda , et fit prendre à ses troupes , qui souffraient beaucoup par les maladies, des cantorjiements dans les parties les plus salubres du pays.

Ainsi se termina la campagne de 1 8 1 1 , dans la péninsule. Le Portugal fut à la vérité complètement délivré de l’invasion française; mais les armes de l’empereur Napoléon furent presque partout victorieuses en Espagne : toutefois ces revers n’abattirent pas le courage des patriotes.

Les travaux des Cortès n’offrent qu’un intérêt se-

d’eSP A.GJS E. a3g

condaire; les débats et les résolutions de cette assemblée servaient plutôt à occuper le peuple de •Cadix qu’à influer sur la conduite et sur l’issue de la guerre. Cependant quelques-uns de ses actes sont dignes d’attention, en ce qu’ils montrent les sentiments et les vœux d’une partie des membres les plus éclairés , et qu’ils peuvent aussi fournir un exemple de la difficulté d’extirper dans leur racine les préjugés d’un pays si long-temps plongé dans l’ignorance , l’esclavage et la superstition.

Les Cortès publièrent, dans l’année 1811, une proclamation par laquelle ils déclarèrent que conformément à leur décret du il\ décembre qui annulait les renonciations faites à Bayonne par le roi Ferdinand VII, elles ne reconnaîtraient aucun acte, traité ou transaction signés par lui , tant qu’il resterait privé de sa liberté , soit qu’il fût en pays ennemi ou en Espagne. Elles déclarèrent en outre que l’héroïque nation qu’il représentaient ne poserait jamais les armes , et n’écouterait aucune proposition d’accommodement, tant que les Français n’auraient pas évacué le pays.

On publia en même temps un autre décret , par lequel on annonçait que les Cortès ayant pris en considération les abus scandaleux, et les actes d’oppression exercés envers les indigènes primitifs de l’Asie et de 1 Amérique, ordonnaient à tous les vice- rois, gouverneurs, présidents et autres magistrats de ces contrées, de reprimer sévèrement tous excès sembla-

blés dans leurs juridictions. Cet acte qui avait pour objet d’attacher les Espagnols américains à la mère patrie, fut suivi d’un autre qui abolissant le monopole du vif-argent, était destiné à manifester l’attention que les Cortès portaient aux intérêts des propriétaires des mines d’Amérique. On accordait aux particuliers pleine liberté d’exploiter les mines de ce métal , et le commerce en était libre , à la condition seulement que les expéditions devraient se faire sur des bâtiments espagnols.

Dans la séance du 2 avril , M. Arguelles , membre distingué par ses efforts en faveur de la liberté de la presse, fit les trois propositions suivantes : i° que la torture fût abolie; 2 0 que la traite des noirs le fût également; 3 ° que le décret portant adoption de cette dernière proposition , fût communiqué au gouvernement anglais. «On proposa par amendement à la première motion , d’ajouter : et tous autres moyens d' oppression illégaux et barbares , tels que menottes, chaînes, etc. » La motion ainsi amendée fut adoptée à l’unanimité. D’après quelques objections relatives à l’accueil qu’un décret portant abolition de la traite pourrait trouver dans l’île de Cuba , les deux propositions furent renvoyées à un comité.

A l’occasion d’une pétition de divers habitants de San-Carlos, qui se plaignaient d’être arbitrairement détenus depuis quatre mois, l’on discuta, dans les séances des 18 et 1 g avril , un projet de loi contenant diverses dispositions relatives à l’emprisonne-

d’espagne. " a4i’

ment des citoyens. Ce projet dont la teneur principale était extrêmement favorable à la liberté personnelle, ressemblait beaucoup à l’habeas corpus de l’Angleterre. Les .Cortès en ordonnèrent l’impression. Dans une autre discussion , un membre émit l’avis que, même en supposant que les Cortès possédassent l’autorité royale, elles ne pouvaient faire d’innovations aux lois existantes, ni en publier d’autres sans le consentement du conseil de Castille , et proposa en conséquence de suspendre la discussion , jusqu’à ce que le conseil eût été consulté sur ce sujet. Cette doctrine fut vivement combattue par M. Arguelles qui soutint l’autorité exclusive de la représentation nationale. Cette discussion dura plusieurs jours , mais ne fut suivie d’aucune résolution ; dans le même temps, le comité de justice présenta la loi pour l’abolition de la torture, et après une longue discussion et divers amendements , cette loi importante fut enfin adoptée. ; - ;

Dans la séance du a août, un membre, après avoir présenté quelques observations sur la nécessité d’admettre indistinctement les nobles et les plébéiens dans les écoles militaires, donna lecture d’un rapport du comité de la guerre sur ce sujet. Ce rapport était fondé sur le principe, que dans l’ordre de la nature tous les hommes sont égaux , et que celui-là est le plus digne de l’estime de la société , qui lui est le plus utile par ses talents et ses vertus. On proposait aux Cortès de décréter qu’à l’avenir tout individu

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