‹ Histoire d'Espagne, par l'auteur de l'Histoire de RussieChapitre 2 sur 84 · DESCRIPTION DE L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE L'ESPAGNE

se trouver porté sur le testament de Sertorius comme son principal héritier. Elu pour son successeur , l'armée ne marcha qu'avec horreur sous ses ordres. Il fut fait prisonnier par Pompée et exécuté avec ses complices.

La mort de Seiiorius fut le signal de la soumission de l'Espagne. Osma et Çalagurris (Galahorra) furent les seules villes qui , par leur longue résistance , payèrent un tribut de fidélité à la mémoire de leur général ; l'une et l'autre furent rasées de fond en comble. Jules- César, qui avait obtenu le gouvernement de l'Espagne ultérieure , en acheva la conquête par la soumission des peuplades qui s'étaient maintenues indépendantes dans la Galice et la Lusitanie. La longue et sanglante lutte de Pompée et de César n'appartient pas aux annales de l'Espagne, bien que ce malheureux pays en ait été le principal théâtre. Les derniers efforts des fils de Pompée , pour venger son père et disputer le monde à César, ensanglantèrent la Péninsule; mais, quelque fût le vainqueur, il ne s'agissait plus pour elle que de changer de servitude.

Une fois Octave paisible possesseur de l'empire , l'Espagne suivit le destin du monde. Octave divisa , comme nous l'avons dit, la Péninsule en trois provinces : la Tarragonaise , la Bétique et la Lusitanie , abandonnant au sénat la plus docile de toutes , la Bétique , et se réservant les deux autres comme un aliment et un prétexte pour la guerre. Octave ne dédaigna pas de faire lui-même une expédition en Espagne , pour pousser avec plus de vigueur la guerre cantabre, qui occupait seule toutes les forces des Romains dans la Péninsule. Cette lutte inégale de toutes les forces de Rome avec quelques pauvres peuplades bloquées dans leurs montagnes, entre la Gaule et l'Espagne asservie, dura plusieurs années. Là, comme dans ces terribles sièges, qu'on ne rencontre que dans lliistoire de la Péninsule , la mort

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seule mit un terme à la résistance. Comme à Numance , comme à Sagonte, les femmes égorg^rent leurs enfants, et les vaincus s'enlretuèrent ou cherchèrent dans les rangs des Romains un trépas plus glorieux.

A peine les vainqueurs se furent-ils retirés, que le peu d'indigènes astures et cantabres, qui avaient survécu à la perte de leur liberté , se soulevèrent de nouveau ; Rome les attaqua encore une fois , et les deux partis , également las de la guerre , se résignèrent par une convention tacite, Tun à n'être jamais complètement libre , l'antre à se contenter de quelques marques d'une précaire soumission. Les Cantabres, refoulés dans leurs montagnes, consentirent enfin à laisser en paix la plaine, irrévocablement soumise au joug de Rome, et la Péninsule, devenue la plus paisible, comme elle était la plus riche des provinces de l'empire, jouit enfin d'un bonheur relatif et d'un repos qu'elle avait achetés par assez de misères k

L'Espagne soumise adopta la religion et les mœurs des Romains ; la langue latine envahit rapidement toute la Péninsule, à l'exception du voisinage des Pyrénées, où se conserva et se conserve encore le basque ^ dont on ne saurait révoquer en doute l'antiquité et l'extension primitive, puisque les noms des villes, des fleuves, des montagnes, et des pays connus en Espagne dans les temps ies plus reculés en dérivent presque toujours. Le latin qu'on parlait dans la Péninsule n'avait ni l'harmonie, ni le charme de celui de Rome. Cicéron lui trouvait quelque chose dCi gras et de sauvage dans la prononciation. Il est même très-probable qu'il ne fut jamais assez familier aux indigènes pour leur faire oublier l'ancien idiome; listes mêlaient ensemble, et ce mélange de mots a sans doute donné naissance à ï»

^ Rosseeuw St.-Hilaire, Hist. d'Espagne » 1. 1, p. 122.

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langue espagnole, enrichie plus tard d'un grand nombre de mots arabes.

Il n'entre pas dans notre plan de tracer le tableau de Fadministration intérieure de FEspagne sous les Romains. Ge système d'administration , uniformément despotique , était le même pour toutes les provinces de l'empire ; son étude n'offrirait donc rien de spécial pour la Péninsule.

Sous la domination romaine, l'Espagne s'embellit d'une foule de monuments remarquables. Parmi les constructions gigantesques dues à cette époque, on dislingue le pont d'Âlcantara, sm* le Tage; les aqueducs que Sertorius fit construire pour Evora ; les ruines éa palais d'Auguste ; celles du cirque et de l'amphitfaéstre de Tarragone ; les débris d'un superbe portique à Talavera; l'amphithéâtre qu'on voit à Murviedro (vieux mur, l'ancienne Sagonte) et qui pouvait contenir douze mille spectateurs; enfin divers tombeaux et plusieurs voies romaines. Les maîtres du monde , en introduisant Taffreux spectacle des arènes, accoutumèrent insensiblement la vue à se repaître de sang, et c'est à eux que les Espagnols doivent l'usage de ces combats de taureaux , dont ils se montrent si avides et dont l'idée seule nous révolte.

L'Espagne eut part aux hautes destinées de l'empire. Entre ses enfants qui brillèrent dans la carrière des honneurs, nous trouvons les deux Cornélius Balbus, Tun consul, l'autre triomphateur; et les emper'eurs Trajan, Adrien s Marc-Aurèle, Maxime et Théodose. Parmi les écrivains et les poètes dont la langue romaine lui fut redevable, s'offrent en première ligne les deux Sénèque, Lucain, Martial, Florus, Quintilien, Silius- Italicus, Ck>lumelle et Pomponius Mêla.

> Sous le règne d'Adrien , la Lusitanie fut divisée eu deux provinces, la Galice et la Carthagiuoife.

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Pendant cette longue paix , qui dura plusieurs siècles pour FEspagne, le christianisme pénétra dans la Péninsule comme dans tout le reste de Tempire romain. Une ancienne tradition raconte que Tapôtre saint Jacques vint prêcher Tévangile en Espagne ; telle est l'origine de la vénération que tous les peuples de la Péninsule ont conservé pour ce grand apôtre , qu'ils ont pris pour leur patron et qu'ils honorent d'un culte particulier dans la ville de Compostelle. Mais si réellement saint Jacques a jeté les fondements du christianisme dans ce pays, il parait qu'il n'y fit que peu de disciples, car ceux qui lui en donnent le p^us n'en comptent que neuf. U n'est guère possible de suivre les progrès du christianisme en Espagne, pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne; ce qu'il y a de certain, c'est qu'au temps des persécutions de Maximilien et de Dioclétien , la plus grande partie des Espagnols étaient chrétiens, et que ceux qui souffrirent le martyre pour la foi furent, conome partout ailleurs, la cause de nouvelles conversions.

Constantin ayant transféré le siège de son empire à Bysance, changea la forme du gouvernement, c'est-àdhre l'administration dans tout l'empire romain. L'Occident fut partagé en deux préfectures, dont l'une avait pour son département les Gaules, l'Angleterre, l'Espagne, la Mauritanie tingitane et les lies Baléares. L^pagne fut gouvernée par des légats consulaires et par un vicaire, sous l'autorité du préfet, qui résidait ordinairement dans les Gaules.

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