ABDÉRAME I*' A CORDOUE
Froîla, fils d'Alphonse, est élu d'un consentement unanime roi des Asturies. La première année de son règne, il rappela les évéques dispersés par Tinvasion du mahométisme, et, de concert avec eux, il fit des règlements pour rétablir la discipline ecclésiastique , que le malheur des temps avait fort relâchée.
Abdérame, délivré dTousef, établit le siège de son empire à Gordoue , qu'il s'efforça d'embellir en y construisant des palais, des mosquées et des jardins magnifiques. La grande mosquée , qu'il fit commencer , fait encore aujourd'hui l'admiration des voyageurs. On y entrait par vingt-quatre portes de bronze et quatre mille sept cents lampes y brûlaient toutes les nuits. Là partie de l'édifice qui est encore debout a six cents pieds de long sur deux cent cinquante de large , vingt-neuf nefs dans sa longueur, dix-neuf dans sa largeur, enfin plus de trois cents colonnes de marbre, de jaspe, d'albâtre, et ce n'est là, disent les antiquaires, que la moitié du monument. Les arts et les sciences suivaient la rapide progression des richesses; l'agriculture et le commerce étaient protégés; en un mot, la civilisation et toutes ses conséquences avaient suivi en Espagne le premier des souverains ommiades. Le règne d'Abdérame ne fut qu'une longue suite de prospérités, et l'Espagne musulmane fut à jamais détachée du grand empire des Arabes.
64 AURÉUO.
Pendant ce temps-là, la monarchie fondée par Pelage faisait peu de progrès sous les quatre ou cinq rois qui se succédèrent pendant le règne d'Abdérame i. L'histoire de Froïla et de ses successeurs inunédiats est fort objKure , et nous en allons raconter rapidement les faits principaux et qui sont le moins contestés.
Froïla passe pour avoir fondé, non loin de Tancien Lucus asturum , la cité d'Oviédo , il y établit , dit-on , un évêché et une église nouvelle à côté de celle que deux saints personnages, Fromestanus et son neveu Maximus, véritables fondateurs, y avaient élevée au saint martyr Vincent. La délicieuse position d'Oviédo y attira Inentôt des habitants , et c'est ainsi que se peupla peu à peu la future capitale de la royauté des Asturies.
Froïla était d'un caractère farouche et dur ; il remporta plusieurs avantages contre les Arabes; mais ces succès, fort exagérés du reste par quelques historiens, furent souillés par la cruauté du vainqueur. Après avoir dompté les Vascons de la province d'Alava, il épousa une femme de celte nation, nommée Munina, dont il eut un fils du nom d'Alphonse; que nous verrons plus tard monté sur le trône.
Froïla poignarda lui-même dans son palais son frère Vimarano , qu'il soupçonnait de conspirer contre lui ; mais , peu de temps après, il fut assassiné à son tour, victime de la haine que ce crime avait soulevé ( 768 ).
AURÉLIO , ROI D'OVIÉDO. 778-77^.
Le fils de Froïla étant trop jeune pour régner, et le droit de succession par ordre de prlmogéniture n^étant pas encore établi, le trône passa à Aurélio, son cousin germain. Ce roi a laissé peu de traces dans l'histoire; nous savons seulement que pendant son règne , qui dura six ans , il fat constamment en paix avec les Maures. Il mourut en 77/i.
MADRÉGAT. 65
SBLO 9 ROI d'otiédo. 776-783*
Silo, gendre d'Alphonse i, fut élu par les grands du royaume. Son règne qui dura neuf ans n'offre aucun fait remarquable. 11 mourut au commencement de Fan 783*
MAUREGAT *R0I D'OTIÉOO. 783-788.
La reine, veuve de Silo, avait fait proclamer Alphonse n, son neveu; mais cette élection fut contestée par Mauregat, fils naturel d'Alphonse i. Alphonse , qui avait beaucoup de piété, ne voulant pas, pour conserver une couronne , entreprendre une guerre civile qui pouvait amener la destruction de la monarchie chrétienne , céda généreusement le sceptre à son compétiteur. On prétend que Mauregat, pour acheter la paix de TEmiral-Moumenim, Abdérame i, s'engagea à livrer aux Maures un tribut annuel de cent jeunes vierges chrétiennes. Cette accusation , fondée on non, a flétri la mémoire de Mauregat, qui du reste régna paisiblement jusqu'à sa mort arrivée en 788.
Ce fut cette même année que Gharlemagne , à la sollicitation des scheiks ou gouverneurs des provinces musulmanes situées entre l'Ebre et les Pyrénées , s'avança en Espagne à la tête d'une puissante armée , qui soumit tout le pays jusqu'à l'Ebre. Au retour de cette expédition, l'arrière-garde du roi Franc, fut attaquée et défaite dans la vallée de Roncevaux ; l'élite des paladins de Gharlemagne et Roland son neveu restèrent sur le champ de bsrtaille. Après la retraite des Francs, Abdérame lit rentrer ce même pays sous ses lois. Abdérame mourut cette même année à Mérida, en octobre 788, après avoir fait reconnaître pour son successeur, son fils aîné Haschem i ou Hakkhank De tous les souverains du
66 BERMUDE L HASCHEM L
tempe d^Abdérame , Charlemagne seul Feffaça par la gloire des armes; mais il ne pat loi disputer celle d^afolr élé le plus magnifiqae, le plus juste, le plus modéré et le plus généreux roi de son temps. U instruisit, enrichit et embellit l'Espagne ; Cordooe lui dot son éclat, ses palais et ses mosquées. Fugitif, proscrit, sans argent, sans amis , sans ressources , il osa être roi et il le foL- Le courage, llndustrie, la prAdence, Factivité et la douceur formaient son caractère; c'est enfin le plus grand prince qu'ait eu l'Espagne sarrasine. U faut observer que sous son règne l'Espagne se remplit de monuments magnifiques, de villes bien bâties et très-peiq>lées, de gens savants, ^'artistes laborieux et éclairés.
SEUnJDE V ou VÉRéHOini, ROI D^OVIÉDO. 788-791.
HASCHEM I** A CORDOUE.
Bermude i, frère d'Âurélio , fut élu roi après la mort de Mauregat, au préjudice d'Alphonse. U semble que les grands redoutaient de donner la couronne au fils du cruel Froîla, dans la crainte qu'il ne ressemblât à son père ou plutôt qu'il ne voulût venger sa mort Bermude était diacre, et il paraît n'avoir accepté la couronne qu'à regret et pour la remettre à lliéritier légitime. En effet, après avoir régné trois ans, il déclara quil voulait rentrer dans l'état ecclésiastique, qu'il n'avait quitté que malgré lui, et il abdiqua en faveur de son cousin Alphonse. Bermude , avant d'être engagé dans les ordres sacrés, avait été marié et avait eu deux fils, Ranùre et Garcie.
ALPHONSE n, DIT LE CHASTE ET LE VIGTOBIBUX.
Alphonse u, fils de FroUa i, fat proclamé roi* le iZi septembre 791. Pendant ce long et glorieux règne, le trône des souverains de Cordoue fut occupé successivement par Haschem , mort en 796 ; par Abdulassi-el- Hakkan, son fils, mort en 892 et par Abdérame ii, fils de ce dernier. Ces descendants d' Abdérame i continuèrent glorieusement Tœuvre commencée par le fondateur de la monarchie de Cordoue ; mais des guerres civiles continuelles arrêtèrent souvent leurs efforts et ne leur permirent pas d'étendre les frontières de l'empire musulman.
Les chrétiens surent profiter de ces divisions ; Alphonse le chaste s'affranchit du tribut honteux , auquel ses prédécesseurs s'étaient soumis, et il battit une armée arabe, commandée par Mogaith, qui avait tenté d'envahir la Galice et les Asturies.
Nous n'entrerons pas dans le détail des gueires plus ou moins heureuses qu'Alphonse eut à soutenir contre les descendants d'Abdérame. Les chroniques espagnoles et arabes offrent trop de contradictioi» pour que l'on puisse reconnaître la vérité , au milieu de leurs récits dénués de toutes preuves et souvent de toute vraisemblance. Ce qu'on peut regarder comme certahi, c'est qa'jQ remporta sur les Maures des avantages réels , qui justifient son surnom de victorieux et que sous s<m règne , de plus d'un demi-siècle , la monarchie chrétienne des Asturies s'établit définitivement dans la Galice, jusqu'au Minho; les algarades (c'était le nom donné aux incursions passagères des chrétiens sur le^ terres musulmanes ) , se changèrent de ce côté en occupation per-
68 RABORE I. ÂBDÉRAMS IL
manente, et tout le pays adjacent fut laissé en proie aux incursions alternatives des Arabes et des chrétiens.
On place , sous le règne d'Alphonse ii ( en 808 selon les uns, en 816 selon les autres) , la découverte, à Gompostelle, des reliques de Tapôtre saint Jacques le majeur. Alphonse fit construire, en Thonneur de ce saint, une église où le corps fut déposé, et au retour de chaque campagne, il renrichissait du butin qu'il avait fait suies Arabes.
Sur la fin *de 8/i2 , Alphonse n mourut dans un âge très-avancé , sans laisser de postérité.
RAMIBE P' ROI d'OVIÉDO. 8^850.