‹ Histoire d'Espagne, par l'auteur de l'Histoire de RussieChapitre 45 sur 84 · SON FILS DON PÈDBE I, OU PIERRE SANCHE · texte numérisé non relu

SON FILS DON PÈDBE I, OU PIERRE SANCHE

lui succède. Meurt en llOiï.

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ALPHONSE r% DIT LE BATAILLEUR, succède à Pierre I,

son frère.

Pendant les deux années qui suivirent la mort de Ferdinand i, Tascendant de sa pieuse veuve, dona Sancha, parvint à maintenir, non sans peine, la concorde entre ses enfants et leurs cousins de Navarre et d'Aragon. Des trois frères, le plus impatient de ce partage d'autorité, était Talné, Sanche, roi de Gastille. Son inquiète ambition lui fit d'abord attaquer ses cousins de Navarre et d'Aragon; mais cette tentative ne lui réussit pas. Au sortir de cette guerre il tourna ses armes contre son frère Alphonse, roi de Léon. Après trois ans d'une lutte terrible qui désola la Gastille et le royaume de Léon, Alphonse tomba au pouvoir de son frère et perdit ses états et la liberté. Sa sœur Urraque parvint à le faire échapper de sa prison , et Alphonse s'enfuit à Tolède chez son vassal Al-Mamoun, qui lui donna un asile et une généreuse hospitalité (1070).

Garde, roi de Galice et de Portugal, eut encore un destin moins heureux qu'Alphonse. Sanche parvint d'autant plus facilement à le renverser, que celuind s'était rendu odieux à ses propres sujets par sa tyrannie et par l'élévation d'un favori détesté des grands. Quand il se vit attaqué, il n'essaya pas môme de se défendre , et il se réfugia auprès de son vassal, Mohanfmed-ben- Abad, émir de Séville.

Le. roi Sanche se trouva ainsi maître de tous les états de ses frères; il voulut encore y joindre les villes données à ses sœurs. En 1072 il s'empara de Toro, et vint mettre le siège devant Zamora. Cette place, défendue avec courage par le gouverneur Ariaz Gonzalez et par l'intrépide dona Urraque, résista à tous les efforts, de Sanche. Gelui-d s'obstinait à poursuivre ce siège

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avec ardear, lorsqu'il fut assassiné le U octobre (1072) par un nommé Vellido, qui s'était introduit auprès du roi comme transfuge. Ce coup hardi jeta le découragement et Teffroi dans Tarmée assiégeante, qui reprit en toute bâte le chemin de la Gastille.

Urraque se hâta d'envoyer à Tolède , à son frère Alphonse , la nouvelle d'un événement qui lui rendait son trOne et allait lui donner celui de Gastille , car sânche ne laissait point d'enfants. Alphonse fut reçu avec enthousiasme par ses anciens sujets de Léon; mais les Castillans , avant de le reconnaître pour leur roi , exigèrent qu'il fit le serment qu'il n'avait eu aucune part au meurtre de son frère Sanchc. Le fameux Gid fut disgracié , pour s'être mis à la tête des grands qui imposèrent au monarque cette humiliante condition. Alors ce grand capitaine quitta la cour de Gastille et alla, suivi de quelques braves aventuriers, chercher un établissement sur les terres des Maures. Il s'empara en effet, après divers exploits, d'un château dans la province de Terruel , sur les bords du Guadalquivir. Ge château était situé sur une hauteur qui porte encore le nom de Pena dei Cid.

Garcie, profitant comme Alphonse de la mort de Sanche , était venu reprendre son royaume. Alphonse , oubliant tout principe d'équité et de morale, chassa son frère de son trône , se saisit de sa personne et l'enferma dans le château de Lima, où il mourut après dix-huit ans de captivité. Maître par ce crime du Portugal et de la Galice, Alphonse les réunit de nouveau au royaume de Gastille, et se trouva à peu près aussi puissant qae l'avait été iBon père Sanche.

En 1076, Sanche iv, roi de Navarre, périt misérablement victime d'une conspiration. 11 laissait deux enfants en bas-âge ; mais Sanche-Ramire, roi d'Aragon , s'empara de la Navarre et se fit couronner à Pampelune.

I] acheta le consentement da roi de Gastille à cette usurpation , en lui cédant quelques parties du royaume dont il 8>mparait« Ainsi la branche aînée de la famille des rois de Navarre se trouva exclue du trône , et l'Espagne chrétienne ne compta plus que deux rois.

L'émir de Tolède, Al-Mamoun, qui avait si généreusement accordé lliospitalité à Alphonse , mourut en 1080. Son fils Hiaia lui succéda, mais il s'attira bientôt la haine de ses sujets par sa lâcheté , son orgueil , sa mollesse et ses débauches. Les chrétiens de Tolède appelèrent le roi de Gastille pour les délivrer d'un tel monstre , tandis que de leur côté les musulmans invitaient rémir de Séville à s'emparer du trône de Hiaia. On dit qu'Alphonse hésita quelque temps à faire la guerre au fils de son bienfaiteur ; ce scrupule ne s'accorde guère avec la conduite qu'il avait tenue envers son frère Garcie et les fils du roi de Navarre; quoiqu'il en soit, l'Intérêt l'emporta bientôt sur la reconnaissance. L'occasion de recouvrer Tolède, l'ancienne capitale de la monarchie des Goths , et toute la nouvelle Gastille , était trop belle pour la laisser échapper. Une armée puissante franchit , sous les ordres d'Alphonse, les montagnes qui séparent les deux Gastilles; Olmos, Ganaies, Madrid, Guadalaxara, Uzeda, Maqueda, Talavera, etc., tombent en son pouvoir. L'émir de Séville s'était en même temps emparé de Galatrava, Gonsuegra, Guença et Uclès.

Les conquêtes qu'avait faites Alphonse dans cette première campagne n'étaient que le prélude de celles qu'il méditait. G'était Tolède qui était le but de son ambition; mais il fallait de grands préparatifs pour réduire une ville si forte , si peuplée , et que les Sarrasins défendraient sans doute avec le courage du désespoir. Ne comptant pas pouvoir réunir dans ses états des forces suffisantes pour achever une telle entreprise.

il publia son projet par toute l'Eurq>e, tt iàvita les che?alier8 étrangers à venir partager avec lui llionneur d'une si belle conquête. Bientôt une foule de chevaliers accoururent de toutes les parties de TEurope se ranger sous les étendards d'Alphonse. On comptait parmi eux des Français, des Allemands, des Anglais, des Italiens, des Grecs, des souverains et des princes, comme le roi d'Aragon, le comte de Toulouse, Raymond et Henri de Bourgogne , princes du sang royal de France > , im Paléologue de la maison des empereurs qui régnaient alors à Gonstantinople. Ces trois derniers se fixèrent en Espagne ; Raymond de Bourgogne épousa la fille d'Alphonse , et devint ainsi la tige de tous les rois qui ont régné en Gastille jusqu'à la maison d'Autriche; Henri de Bourgogne, devenu comte de Portugal, a fondé la maison royale de Portugal; les descendants de Paléologue ont pris le nom de Tolède , et devinrent une des plus illustres familles d'Espagne.

Suivi de cette multitude de guerriers ctduGid, qu'il avait rappelé à sa cour , Alphonse investit Tolède. Le siège en fut long et mémorable. Hiaia , près de perdre une couronne dont il ne connaissait le prix que depuisqu'elle chancelait sur sa tète, se défendit en héros et communiqua son courage aux assiégés. Mais tant d'efforts forent inutiles et ne purent sauver Tolède. Après trois mois de siège, il fallut se rendre (1085). Alphonse, se piquant de générosité , laissa Hiaia maître des articles de la capitulation. Quoiqu'elle fût extrêmement avantageuse aux Sarrasins , à qui le vainqueur accordait le libre exercice de leur religion , avec la principale mosquée de Tolède , la conservation de leurs lois , de leurs

t Raymond était fils de Guillaume le Grand , comte de Bourgogne ; Henri était petit-fils , par Henri son père , de Robert i , duc de Bourgogne , fils de Robert , roi des Francs , successeur de Hugues Capet.

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magistrats, de leurs biens, de leurs privilèges , de tous leurs usages, une foule de mabométans sortirent de la place, aimant mieux suivre Hiaia à Valence qui lui restait encore, que d'éprouver . la bonté d'être soumis aux chrétiens. Alphonse eut beau réparer le vide que laissait la retraite de tant de citoyens , en établissant à leur place des colonies chrétiennes; il eut beau y fixer son séjour et en faire la capitale de son royaume, cette ville ne recouvra jamais la splendeur dont elle avait joui sous les Maures, alors qu'elle comptait près de tnAs cent mille habitants.

La conquête de Tolède, qui depuis trois cent soixante et douze ans appartenait aux musulmans , répandit la terreur et la consternation dans toute TEspagne sarrasine; les émirs de Séville et de Badajoz se coalisèrent et appelèrent du fond de l'Afrique des Maures à leur secours. C'était bien tard; ils auraient dû former ce projet pour sauver Tolède. Alphonse, pour prévenir leurs desseins, pénètre dans l'Ëstramadure et prend Goria ; mais, entre Badajoz et Mérida , il perd une grande l)ataille (1086). La meilleure partie de son armée y périt ; luinnême , blessé et poursuivi de près , n'eut que le temps de se sauver à Goria. Aigri par sa défaite et sa blessure, il reprocha vivement aux chevaliers qui Pavaient suivi leur fuite et leur retraite; ceux-H^i indignés retournèrent dans leur pays, et quelques-uns même passèrent au service des infidèles.

Alphonse , de retour à Tolède , convoqua une assemblée pom* l'élection d'un archevêque. Le choix se porta sur Bernard , abbé de Sahagun et français de nation. Le pape Urbain ii, en lui envoyant le pallium, le nomma primat .d^Espagne ; Alphonse lui assigna des revenus considérables, et depuis cette époque l'archevêché de Tolède a été le plus riche bénéfice du monde chrétien.

Animé du désir et de l'espérance de venger sa dé-

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irile, Alphoûse rassemble me pussante amée , et ioTite les Ftançais à ▼enir csoore ime fois |>artager avec lui sa gMre et ses fatigoes. En attendant rarrivée de ces aeooors. Impatient Alphonse, soiTi de Raymond et de Henri de Boorgogne , entre dans TAndalonsie , et met cette belle et riche proThice à fea et à sang. Sa fierté, les ravages de son armée , et encore phis la nonvelle que les Français avalent déjà passé les Pyrénées, inspirent «ne si grande terreor aox émirs de Séville et de Badajoc , qn% font one paix extrêmement honteuse , consentant à rendre hommage à Alphonse et à loi payer fm gros tribot.

Cependant les Français, instruits que la paix rendait leurs secours inutiles , et ne voulant pas rentrer dans leur patrie les mains vides, ravagent les provinces qu^s étaient venus défendre, et s^en retournent chargés d\ui immense butin.

Alphonse employa les loisirs de la paix à réparer et 4 fortifier les villes dont il sYtait emparé ; il chargea de ce soin Raymond de Bourgogne, et bientôt, pour le récompenser de ses services, il lui donna en mariage sa fille Urraque ( 1090) , avec la Galice à titre de comté.

En i09A, Sanche-Ramire , roi d'Aragon et de Navarre, célèbre par sa valeur et ses succès, est tué devant Huesca. Son fils Pierre i lève le siège de cette ville.

En 1095, Alphonse démembra le Portugal de sa couronne, et le donna avec titre de comté à Henri de Bourgogne , qui épousa Thérèse , sa fiUe naturelle. Cet Henri de Bourgogne, grand homme de guerre , fut effacé par son fils, qui augmenta ses états et prit le titre de roi*

La même aimée, Alphonse, veuf déjà de plusieurs femmes, épousa la fille de Mohammed-ben-Abad, émir de Séville. Cette priiicesse, nommée Zaîde , fut baptisée avant la célébration du mariage et reçut le nom de Marie- Isal>elle. La liaison d'Alphonse avec Ben-Abad lui fit faire

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une démarche imprudente et contraire à toutes les règl^ de la politique. L*émir de Séville voulait dompter les gouyemeurs de Grenade , d'Àlméria et de Murcie ; Alphonse , de son côté, hrûlait du désir de subjuguer les Maures de Saragosse et de Dénia. Délibérant ensemble sur leurs desseins, ces deux princes jugèrent que le meilleur moyen de réussir était d'appeler, pour les seconder dans leurs projets, lousef-Aben-Texufin, roi des mahométans almoravides qui occupaient toute la partie occidentale de TAfrique, qui comprenait Fancien royaume de Tlemcen et Tempire actuel de Maroc. Ces Almoravides ou Morabites , mot qui signifie attaché à l'observation de la Un, étaient une secte nouvelle et fanatique qui traitait les autres musulmans de relâchés et d'hérétiques , «t ne leur portaient pas moins de haine qu'aux chrétiens.

lousef saisit avec joie Toccasion d'asservir l'Espagne; il envoie promptement une armée formidable en Andaloasie, avec un ordre secret à son général Abenaxa de commencer son expédition par dépouiller les souverains de Séville et de Gastille. Soit pressentiment, soit repentir, Ben-Abad veut persuader Abenaxa de retourner en Afrique. Abenaxa ne répond à ce conseil qu'en ravageant l'Andalousie et en livrant bataille. L'imprudent Ben-Abad la perd avec la liberté; Séville ouvre ses portes aux Almoravides; le vainqueur, maître de son armée qu'il avait séduite , trahit loosef et se fait proclamer émir de Séville; il rend à ce trône un éclat passager , en domptant les princes de Grenade, d'Almérie, de Miu'cie, en détruisant une armée de Castillans près de la Rueda, et en faisant revivre le titre pompeux d'Emir-al-Mouménim, porté si longtemps par les souverains de Gordoue.

Alphonse perd encore une bataille près de Badajoz. Il est vrai que ce fi\t le terme des prospérités d'Abe-

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naxa; il laissa respirer son ennemi, qui, devenant i son tour supérieur, le poussa vivement et Fassiégea dans Gordoue. L'orage dont lousef Texnfin menaçait Ton et Tautre, les obligea à faire la paix, à condition qu'At>enaxa rendrait hommage de ses conquêtes à Alphonse, et lui payerait tribut.

La position d'Alphonse devenait de plus en plus difficile. Le Cid, de nouveau disgracié, mais toujours fidèle , toujours brave , venait de mourir dans la ville de Valence , quMl avait enlevée aux Maures ( 1099 )• An bruit des exploits des premiers croisés, qui, sous la conduite de Godefroi de Bouillon , venaient de s'emparer de Jérusalem , une foule de chevaliers espagnols , surtout ceux qui s'étaient attachés à la fortune du Cid, s'étaient mis en route pour la terre sainte , qui leur paraissait le seul théâtre où l'on pût acquérir de la gloire^ Ainsi, loin de pouvoir compter, comme autrefois, sur les chevaliers étrangers , le roi de Gastille se voyait même abandonné des siens. Dans cette extrémité , il s'adressa au pape Pascal, qui s'empressa de déclarer que les che* valiers espagnols étaient dispensés de la croisade, quand même ils en aaraient fait le vœu, et il leur ordonna par une bulle de remplir leur vœu en défendant leur patrie contre les infidèles.

Il était temps que ces guerriers revinssent au secours de l'Espagne ; le roi de Maroc, débarqué avec deux cent mille hommes en Andalousie , après avoir taillé en pièces les troupes d'Abenaxa, pris leur chef, à qui il fit couper la tête, venait de vaincre Henri de Bourgogne, et de faire assiéger Valence (1100). Ghimène, cette célèbre épouse du Gid, animée de la même audace que son époux, défendit si bien la ville que les Maures levèrent le siège. Mais Valence était trop éloignée pour pouvoir être secourue , et lorsqu'elle fut de nouveau menacée par les Almoravides, il fallut l'abandonner, et l'un-

mortelle Ghimène ne Tévacua qu'en frémissant ( 1101 ). Le roi de Maroc, qui a?alt aussi pris le titre d^miral-Mooménlm, repasse en Afrique pour en amener de BoayeUes troupes en Espagne, laissant à son fils Alilooeefy Tice-roi de TAndalousie, le soin de continuer la guerre contre les rois chrétiens. Il la fit avec avantage, et pendant que son père levait une nouvelle armée , il affermit et étendit la puissance des Almoravides.

loosef-Aben-Texufin , déjà avancé en âge , voulut visiter encore ime fois TEspagne pour y tout régler avant sa mort (1103). Après avoir parcouru toutes les parties de sa domination dans la Péninsule , il convoqua à Cordoue tous les principaux scbeiks et waiis d'Afrique et d^Andalousie , et leur fit prêter serment d'obéissance à son fils Ali , comme à son futur successeur. Il retourna ensuite à Maroc , où il mourut trois ans après dans la centième année de son âge, après avoir, dans un règne de quarante-quatre ans, relevé l'empire de l'islamisme d^tfUant en Espagne, et donné aux Almoravides une p^sance égale à celle des Ommiades.

Immédiatement après la mort de son père, Ali-benlousef fut proclamé £mir-al-Moumenim à Maroc et dans toute l'Afrique. Dès Tannée suivante ( 1107 ou au commencement de 1108 } , il visita de nouveau la Péninsule pour préparer une attaque générale contre les chrétiens. Il confia les fonctions de généralissime à son frère Abou- Tahir-Temin , qu'il avait nommé wali de Valence ; celuici, à la tête d'ime immense armée, se dirigea de Grenade vers les frontières chrétiennes.

Au bruit de son approche, la Gastille consternée fait les derniers efforts pour sa liberté. La situation de ce royaume était déplorable. Alphonse , vieux et cassé de fatigues, ne pouvait plus combattre ; son gendre, Raymond de Bourgogne , venait de mourir ; pour comble de bialheurs , les comtes de Gastille déclarèrent qu'ils ne pouvaieiit

être commandés que par le roi ou par Tinfant. Ce dernier était le seul enfant mâle qui restait au roi; 11 était fils de sa dernière épouse , la sarrasine Zaîde, et n^était âgé que de dix ans. Quelque cher qu'il fût au ni et à la Gastille , il fallut Texposer aux dangers imminents de cette guerre, et renvoyer à Tannée en qualité de général, sous la conduite du comte de Cabra, son gouverneur, qui commandait en effet. Abou-Tahir qui s'avançait vers Tolède rencontra Tarmée de l'infant à Uclès ; on en vint aux mains avec acharnement de part et d'autre; mais IMssàe fut fatale aux Castillans. Leur jeune infant , digne d'un meilleur sort, fut tué ; son gouverneur et six autres comtes eurent le même sort, ce qui a fait appeler cette bataille la journée des sept comtes. Dès que la mort du jeune pHnce fut connue de l'armée chrétienne, tous les soldats prirent la fuite en désordre. Les vainqueurs en firent un grand carnage, et profitèrent du premier moment de terreur pour prendre Uclès d'assaut. Plus de vingt mille chrétiois restèrent sur la place ; les Sarrasins avaient euxmêmes payé la victoire fort cher. Cela explique pourquoi ils ne poursuivirent pas leurs avantages et ne s'avancèrent pas plus loin dans la province de Tolède. Il n'y eut que les villes voisines dlJclès, Cuença, Amastrigo, Huesta, Aurélia, Ocania et Consuegra, qui tombèrent en leur pouvoir.

La victoire d'Oclès, qui fut gagnée le 29 mai 1108, forme l'apogée de la puissance almoravide en Espagne. Depuis ce temps elle tomba d'année en année; l'esprit de révolte la mina en Afrique, comme en Andalousie, et l'on put dès-lors prévoir sa ruine prochaine.

D'un autre côté, cette bataille, et sm*tout la mort du jeune infant, portèrent, à la puissance comme au coeur d'Alphonse vi , un coup dont il ne devait pas se relever. Ce prince, après tant de gloire et de revers, courbé

8008 le chagrin plas qoe sous les années, sentait la mort approcher. Pendant dix-hait mois encore après la bataille d*Uclè9, il traîna cette vie qnf lai était à charge, luttant jusqu'au dernier moment avec une vigueur plus quliumaine contre le mal qui le rongeait. Avant de mourir il 'S'occupa, avec la fermeté d'un chrétien et d'un roi, de régler Tordre de sa succession, qu'aucun fils, hélas! ne devait plus recueillir.

Des six épouscH qu'il avait eues , aucune ne lui avait donné d'héritier mâle que Zaîde , et cet enfant si cher et si longtemps désiré venait de mourir. La succession d'Alphonse revenait donc de droit au fils unique de l'in-* faute Urraque, l'ainée des filKes du roi, veuve de Raymond de Bourgogne, comte de Galice, mort en 1106. Mais le fils dlJrraque, Alphonse Raymond, à peine âgé de trois ans , ne pouvait de longtemps encore se charger de ce lourd fardeau. D'un autre côté, Urraque jeune encore aurait-elle la force de le supporter. Alphonse pensa que le moment était venu de réunir dans une seule main tous les états de l'Espagne chrétienne, et cette pensée seule atteste la supériorité de ses vues sur celle des rois ses contemporains. Pour cela il n'y avait qu'un moyen, c'était d'unir sa fille Urraque avec Alphonse I , dit le Batailleur y souverain d'Aragon et de Navarre, roi-chevalier que ses vertus rendaient digne de cette haute fortune. Le roi proposa cette union à ses cortès assemblées dans la cité de Léon; elle fut approuvée avec enthousiasme comme un gage d'unité et de repos pour l'Espagne et pour la chrétienté. On décida que le jeune Alphonse Raymond , héritier éventuel de la couronne de Gastille et de Léon, dans le cas où les nouveaux époux n'auraient pas d'enfants de leur nnion, aurai^tpour apanage la Galice, comme un fief relevant de la Gastille, au même titre que le Portugal soos le comte Henri. Peu de temps après ces dispositions.

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par lesquelles Alphonse croyait avoir assuré le repos de TEspagne chrétienne, il s'éteignit doucement le 30 juin 1109, après un règne de quarante-quatre ans, interrompu par un an d'exil. Malgré les deux défaites de Zalaca et dUclès , c'est de ce règne que date réellement la grandeur de la Gastille, qui monta dès-lors, pour n'en plus descendre, au premier rang des états chrétiens de la Péninsule. La conquête de Tolède, la cité la plus centrale et la vraie capitale de l'Espagne , porta à la puissance musulmane un coup dont elle ne devait pas se relever. Peut-être même , si la conquête ahnoravide ne fût venue apporter à l'islam dans la Péninsule de nouvelles forces et un nouvel élan, la gloire de délivrer l'Espagne du joug musulman était-elle réservée à Alphonse. Deux fois vaincu, mais vainqueur en revanche dans trente-neuf batailles,. il obtint le surnom glorieux de lumière et bouclier de la foi, et prit dans les dernières années de sa vie le titre d'empereur,pour lutter d'égal à égal contre les prétentions de Tempire d'Allemagne , qui voulait que toutes les couronnes d'Occident relevassent de lui à titre temporel, conune à titre spirituel elles relevaient du saint siège.

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