‹ Histoire d'Espagne, par l'auteur de l'Histoire de RussieChapitre 46 sur 84 · DIT LE BATAILLEUR · texte numérisé non relu

DIT LE BATAILLEUR

Depuis Rodrigue , le dernier roi goth , aucim monarque chrétien n'avait régné dans la Péninsure sur une aussi vaste étendue d'états, qu^Alphonse d'Aragon, après son mariage avec la fille du roi de Gastille : possédant de son chef l'Aragon et la Navarre ; du chef de sa femme Urraque, Léon, les Asturies et la Gastille; suzerain au même titre de la Galice et du Portugal et

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du comté de Barcelone, Alphonse i, d'Aragon >, se trouvait de fait, sinon de droit, à la tête de l'Espagne chrétienne, qu'il pouvait réunir tout entière contre ses étemels ennemis. Monté en 1105 sur le trône d'Aragon, il y avait succédé à son frère Pierre i, batailleur, comme lui et comme toute cette belliqueuse famille. La dernière pensée d'Alphonse vi , celle de réunir dans une seule main tous les sceptres de l'Espagne chrétienne, semblait donc réalisée, grâce au mariage de l'héritière de Gastille avec le roi d'Aragon; mais l'union de ces deux couronnes, qui, soos Isabelle et Ferdinand, les rois catholiques^ devait trois siècles plus tard fonder l'unité et la grandeur de l'Espagne, n'était pas mûre encore ; et , comme si la fortuue eût pris à tâche de déjouer tous les calculs de la prudence humaine, ce mariage même , dont Alplionse vi avait attendu le salut de l'Espagne chrétienne, faillit la conduire à sa perte, et retarda peut-être son avenir de quelques siècles. La barrière de jalousie et de haine qui séparait les deux peuples, bien loin de s'abaisser, se dressa plus haute que jamais, et les forces de l'Espagne, au lieu de s'unir contre l'ennemi commun , s'usèrent dans de misérables discordes , où le sang chrétien coulait des deux côtés.

Dona Urraque, l'épouse d'Alphonse, était d'un caractère hardi, fier et avide de domination; gâtée par la docilité de son premier mari , le comte Raymond de Bourgogne, elle réclama, comme lai appartenant, le gouvernement de Gastille et des pays qui en dépendaient, prétentions que son mari ne voulut pas admettre. De là toutes leurs querelles et toutes leurs guerres.

Dès qu'une fois la mésintelligence eut éclaté entre les

1 Quelques historiens le nomment Alphonse vu pour la Castille ; mais comme il n*étàit pas de droit roi de Castille , nous avons adopté Tordre suivi parle plus grand nombre, qui ne It comptent pas au rang des rob de ce royaume.

deux époux, il ne fat point facile d'opérer une réconciliation sérieuse, parce que leur ressentiment était profond, et que la politique seule et non une mutnelle affection les avait unis. La reine offensée parla de rompre son mariage, contracté, disait -elle, à un degré de parenté prohibé par les lois canoniques. Le roi d'Aragon, qui aurait perdu par le divorce le droit de régner en Gastille, ne voulut point en entendre parler, et il fit tous ses efforts pour déjouer les intrigues de la reine, qui cherchait à soulever les Castillans. Enfin Alphonse, poussé à bout, fit arrêter Urraque et la fit conduire sous bonne garde au château de Gastellar. Mais elle parvint bientôt à s'échapper, par le secours des seigneurs galiciens et castillans de son parti. Cette circonstance jeta Alphonse dans de grands embarras, parce que, vivement attaqué en ce moment par les Sarrasins en Gastille, et non moins menacé en Aragon , il avait le plus grand besoin des seigneurs castillans. Ceux-ci , par leur Intervention , et dans la vue d'éloigner le danger du côxé des musulmans , opérèrent une sorte de réconciliation entre Alphonse et (Jrraque. Mais cette concorde apparente ne dura pas longtemps. L'orgueilleuse reine , par ses prétentions et par la légèreté de sa conduite , porta bientôt le roi à de nouvelles violences; sans plus s'inquiéter des droits de la reine , il prit en main le gouvernement ie toute la Castille, et à l'exemple d'Alphonse yi il s'arrogea le titre pompeux d'empereur de CEspagne chrétienne.

Après un an de querelles, on en vint à une guerre ouverte. Les comtes et chevaliers de Gastille, de Léon et des Asturies, détestaient la domination des Aragonais ; pour s'en délivrer , ils se déclarèrent champions des droits de leur reine, et attaquèrent les châteaux et les forteresses de Gastille, qu'Alphonse avait fait occuper par des troupes aragonalses. Le roi d'Aragon accourut

poar les délivrer. Une sanglante bataille fut livrée le 26 octobre 1110 dans le voisinage de Sépulveda, sur une plaine appelée Gampo de Spina. Les Castillans furent vaincus, et Alphonse , poursuivant ses avantages, s^empara de Burgos, et de presque toutes les villes de la vieille Gastille et de Léon. Urraque se retira en Galice, où pour se donner un nouvel appui elle iit couronner roi son fils Alphonse, Raymond, à peine âgé de six ans. Une armée galicienne, conduite par Tévêque Diego Gelmirez, se dirigea vers Astorga avec Tenfant roi, pour relever le courage des habitants du royaume de Léon, et les réunir autour de leur futur souverain. Alphonse n'eut pas plus tôt été informé de ce mouvement qu'il se mit en marche avec une partie de ses troupes pour aller au-devant des Galiciens, et enlever le jeune roi. Il y eut une rencontre sanglante près de Villa Danôs , non loin de Léon (llii). L'avantage resta encore au roi d'Aragon; mais de nouvelles troupes arrivées de Galice, et des guérillas qui se formaient dans les montagnes de là Gastille le forcèrent d'abandonner le siège d'Astorga , qui l'occupait depuis quelque temps , et de battre en retraite sur l'Ebre , où d'ailleurs il était rappelé par les invasions des musulmans ( 1112 ).

L'année suivante la guerre civile continua avec fureur, fréquemment interrompue par les incursions des Sarrjasins. L'Espagne chrétienne était divisée en trois partis ; le plus puissant était celui qui avait à sa tête le roi d'Aragon; le second parti, celui de Gastille, avait pour chef la reine Urraque ; un troisième parti , principalement composé de la haute noblesse , ne voulait pas plus se soumettre au gouvernement ie cette femme, qu'à la domination aragonaise; il portait ses espérances sur le jeune roi de Galice, Alphonse Raymond, et il avait pour lui non-seulement la chevalerie de ce pays , mais encore celle des Asturies et en partie celle de la Gastille. Pen-

fdant ces troubles, les Almoravides ne cessèrent leurs incursions , et vinrent même porter le ravage Jusqu^aux environs de Tolède, dont ils ne purent toutefois s'emparer.

En 1113, dans un concile tenu à Palencia, le légat du pape prononça la nullité du mariage d'Alphonse d'Aragon et dUrraque. Alphonse, malgré cette décision, n'était nullement disposé à abandonner ses prétentions sur les états appartenant à sa femme ; mais la conquête de Saragosse et de quelques autres places voisines l'occupa pendant plusieurs années, et il laissa tranquille la Gastille et Léon. La situation de ces royaumes était alors si critique, qu'on doit s'étonner que les Sarrasins, en attaquant ces pays à la fois par terre et par mer , n'aient pas fait de conquêtes plus importantes.

La décision du concile de Palencia et l'éloignement du roi d'Aragon ne ramenèrent point la paix en Gastille. Le parti du jeune roi devint plus puissant ; il assiégea la reine à Soberoso et la força de condescendre à ses vorax. On convoqua une assemblée des Gortès à Sahagun , et là il fut décidé que la *mère et le fils gouverneraient en commun la Galice, Léon etles Asturies; mais on assura au fils , conformément au testament d'Alphonse vi, la succession du royaume de Gastille, qu'Urraque se réserva de gouverner seule jusqu'à sa mort. Get arrangement ne procura pas encore la tranquillité. Urraque ne vécut pas mieux avec son fils qu'avec son époux; et la guerre civile continua à déchirer leurs états, jusqu'à la mort de la reine, arrivée an mois de mars 1126.

Alphonse le Batailleur, en cessant de porter ses armes en Gastille, n'était pas pour cela resté en repos. Voyant la répugnance des Gastillans pour sa domination, et sentant la difficulté de conserver ce pays, surtout après l'annulation de son mariage, il tourna tous ses efforts

contre les Sarrasins de TEbre , guerre qu'il croyait plus utile et ph» glorieuse pour TAragon. En eflct, par les conquêtes qu'il fit alors sur les musulmans, il rendit de plus grands services à son pays et acquit une plus brillante renommée que sMl avait gagné cent batailles contre les Castillans. Tl battit plusieurs fois les Almoravides et entre autres le vaillant Tencim, le vainqueur d'Uclès , qu'il défit complètement dans les environs de Valence. Enfin U couronna ses succès par le prise de Saragosse , où il entra par capitulation, le 18 décembre 1118. Quoiqu'il eût garanti aux habitants la sûreté de la vie et des biens, la liberté de leur culte et la conservation de leurs magistrats et de leurs lois , le plus grand nombre émigrèrent à Murcie et à Valence, préférant un sol étranger au sol natal , où chaque jour la puissance de la croix resserrait de plus en plus les défenseurs du croissant.

Avec Saragosse tomba le second boulevard des Sarrasins; ils l'avaient possédé quatre siècles. Le roi d'Aragon éleva cette importante ville au rang de sa capitale ; la grande mosquée devint l'église de San-Salvador et Ton y f<Hida un évêché ; les droits et les privilèges de la petite noblesse furent accordés aux habitants. Les seigneurs français qui étaient restés dans l'armée jusqu'à la prise de la ville furent aussi récompensés , surtout le vicomte Gaston de Béarn, qui reçut en fief un quartier de Saragosse , et prit à cette occasion le titre de seigneur de Saragosse.

Alphonse profita de la terreur que la prise de la* capitale avait excitée , pour se rendre maître des principales villes environnantes. En nurins de trois ans TaragODe, Galatayud, Daroca et plusieurs forteresses des environs tombèrent en son pouvoir, et il se rendit maître de toutes les montagnes qui séparent la Castille de TAragon.

ROTAIME DE GASTILLB. ALPHONSE-E^TMOIID VII.

ROYAUME DE NAVARRE ET D'ARAGON. ALPHONSE I , DIT LE BATAILLEUR, mort CD 113Û.

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