‹ Histoire d'Espagne, par l'auteur de l'Histoire de RussieChapitre 47 sur 84 · S ANCHE VI 9 DIT LE SAGE · texte numérisé non relu

S ANCHE VI 9 DIT LE SAGE

ARAGON : RASDRE H. 113/1-1137.

DONA PETRONILLA ET RAYMOND BER£NGER.

PORTUGAL érigé en royaume en 1139.

ALPHONSE P% DIT HENRIQUEZ, premier roi.

Alphonse Raymond vu« du nom ( on viir si l'on compte Alphonse d'Aragon), fut proclamé roi de Gastiile et de Léon, à Léon même , par les prélats et les seigneurs du royaume, deux jours après la mort de la reine Urraqne sa mère. Ce prince n'avait alors que vingt ans ; malgré sa jeunesse il signala le commencement de son règne par sa fermeté et sa sagesse. Pendant la longue guerre civile qui avait désolé si longtemps ses états, l'esprit de sédition et d'anarchie s'était propagé partout; une foule de petits seigneurs affectaient l'indépendance et prétendaient ne reconnaître aucun souverain. Alphonse <u>mmença par réduire à l'obéissance tous ces seigneurs séditieux, en commençant par ceux de Gastiile , puis en finissant par ceux de Galice , qui étaient les plus turbulents. A la vue de ces succès rapides , quelques villes de Gastiile , encore occupées par des Aragoàiais , en-

Toyèrent lear soumlssioii au roi, qui se trouva bientôt paisible possesseur de tous les états qu'avait possédés son père. Le roi d^Aragon , mécontent de se voir enlever les places qu^il tenait en Gastille, entre dans ce royaume avec des troupes nombreuses. Il trouve bientôt Alphonse à la tête des siennes. On allait en venir aux mains quand les évéques, qui suivaient les deux rois , ménagèrent un accommodement^ entre ces princes. La négociation se termina par un traité avantageux au roi de Gastille , en laveur de qui le roi d^Aragon abandonna quelques places et renonça à tous droits et prétentions sur les états d'Alphonse Raàmond.

Après cette paix, les deux rois, chacun de son côté, continuèrent la guerre contre les musulmans. Après plusieurs succès variés, les Almoràvides vim-ent assiéger Tolède où ils échouèrent , comme ils Tavaient déjà fait plusieurs fois. Alphonse Raymond fit lever le siège , poursuivit les Sarrasins et gagna sur eux une victoire complète. Pendant ce temps-là Alphonse d'Aragon poursuivait le cours de ses succès, prenait Mequinenza et assiégeait Fraga. Mais là devait se terminer par un sanglant revers une carrière si glorieusement parcourue. Le 17 juillet 113/i, il fut attaqué par une nombreuse armée mahométane qui battit complètement les Aragonais. Deux évêques , une infinité de chevaliers français , aragonais , catalans et navarrais , restèrent sur le champ de bataille avec une grande partie de l'armée. Alphonse , sçdvi de dix gardes et blessé , se sauva au monastère de Saint -Jean de la Pena, où quelque temps après il OHNirut de douleur.

La mort de ce prince occasionna une révolution dans TËspagne chrétienne. L'Aragon et la Navarre, réunis depuis près de soixante ans, se séparèrent de nouveau. Garde Ramîrez iv , petit-fils de Ramire , frère de San* che nr, est proclamé roi de Navarre à Pampelune par

les ^ands de la nation. Les Aragonais élurent pour leur souverain Ramire ii, frère de leur dernier roi. Ce Ramire, qui pendant quarante-quatre ans avait été moine, était peu capable de gouverner un royaume. Les mahométans vainqueurs de Fraga ravagent l'Aragon et la Navarre. Les nouveaux rois appellent à leur secours Alphonse de Gastille. Celui - ci marche aussitôt conire Tennemi commun, et par sa valeur repousse les inûdèles de leurs états; mais pour sa récompense il exige de Ramire la ville de Saragosse, et de Garcie llionmiage de la Navarre. Flatté d'avoir des vassaux d'un si haut rang, il assemble Tannée suivante les cortès à Léon, et se fait couronner le jour de la Pentecôte par l'archevêque de Tolède, empereur d'Espagne.

Ramire, qui s'était fait relever de ses vœux, épousa Agnès de Guyenne, sœur de la fameuse Eléonore , reine de France et ensuite d'Angleterre : de ce mariage naquit l'infante Pétronille , qui porta quelques années après la couronne d'Aragon dans la maison de Barcelone. En effet, Ramire, dégoûté du trône et plein de remords d'avoir quitté le cloître, abdiqua sa couronne en faveur de sa fille âgée de deux ans. Les états d'Aragon assemblés consentirent au mariage projeté entre Pétronille et Raymond Bérenger, comte de Barcelone, lui remirent entre les mains le gouvernement jusqu'à la majorité de son épouse, et le déclarèrent héritier du trône dans le cas où l'infante mourrait avant lui , sans laisser d'héritier ( 1137 ). Alphonse de Gastille rend au régent d'Aragon , dont il avait épousé la sœur, Saragosse et toutes les places qu'il avait enlevées au faible Ramire, et n'exige pour cette restitution aucun hommage.

La guerre civile venait de nouveau d'éclater chez les Maures. Une nouvelle secte de fanatiques , nommés les Almohades, disputaient l'empire d'Afrique aux Almora vides. Ceux-ci, forcés de retirer une partie de leurs

ALPHOHSE I. 123

tnmpes d'Espagne pour défendre leurs possessions africaines, laissaient leurs états de 4a Péninsule & la merd des chrétiens, s'ils eussent été assez puissants, on pfaitdt assez unis pour profiter d'une si belle occasion. La prise de la forteresse d'Oreja fut le seul avantage qn*en tirèrent les Castillans. Le comte de Portugal fut plus heureux ; il gagna sur les Maures une grande victoire dans les plaines d'Ourique (25 juillet 1189) , et fut proclamé roi par ses soldats sur le champ de bataille. Telle fut Torigine de la monarchie portugaise, la seule . des petites souverainetés de la Péninsule qui subsiste encore.

Cependant les Almoravides, vaincus en Afrique par les Almohacf^s , étaient chassés d'Espagne par les anciens musulmans , que ces nouveaux venus avaient dépouillés. Alphonse profita de ces dissensions pour ravager TAndalousie et assiéger Cordoue, dont il ne put s'emparer; mais il prit Calatrava, Almérie, et beaucoup d'autres villes. On ne sait où se seraient arrêtées ces conquêtes , si les Almohades, qui avaient complètement remplacé en Afrique les Almoravides, n'étaient tout-à-coup venus envahir l'Espagne avec une armée formidable. L'Andalousie entière est rapidement subjuguée ; tous les chrétiois sont massacrés ( car la secte des Almohades avait pour principe d'exterminer tous les idolâtres, et les chrétiens à ses yeux étaient adorateurs des idoles ).

Les progrès des Almohades jetèrent l'inquiétude dans la Castille. Alphonse, suivi du roi de Navarre, s'avance jusqu'auprès de Cordoue ; sous les murs de cette ville il remporte une victoire complète sur les Almohades ; cependant il ne peut prendre Cordoue , et tout le fruit qu'il tire de sa victoire est que les vaincus le laissent en paix. L'émir de Valence se fait un appui contre les Almohades, en rendant hommage aux rois de Castille et d*Aragon.

iSà ALPBOHSB I.

En il5û, Alptionse yn donna sa fille Constance en mariage au roi de France Lovis tu, qui venait de répudier Eléonore de Guyenne. Cette alliance prooTe eomUen sous ce règne glorieux l'Espagne commençait à se mêler au mouvement de l'Europe.

Alphonse , sentant approcher la fin de sa longue et glorieuse carrière, voulut consacrer à la cause de son Dieu les derniers restes d'une vie usée tout entière à son service; quoique malade, il entreprit d'aller délivrer Âlmérie, assiégée par les Almohades; mais n'ayant pu empêcher la prise de cette ville , il se remit en marche, attristé par cet échec qui succédait à tant de victoires, et mourut en atteignant la frontière, au Puerto Muradal^ sous un chêne, au bord du chemin, le 21 août 1157. Il n'était âgé que de cinquante -neuf ans, et en avait régné quarante-sept sur la Galice, quarante sur Léon et la Castille, et vingt-deux comme empereur sur toute l'Espagne chrétienne et une partie de l'E^agne musulmane.

Le règne d'Alphonse vu est un des plus glorieux de l'histoire d'Espagne. Peu de rois en Gastille se sont montrés plus dignes du trône, que nul n'occupa plus longtemps. Zélé défenseur de la foi, il combla le clergé de ses dons et de ses égards. Enfin, s'il n'affranchit pas l'Espagne du joug des musulmans, c'est qu'au lieu de lutter contre un pouvoir usé, comme les Almoravides, il eut à faire face à une foi, à une royauté jeune comme celle des Almohades. Suzerain d'une partie de l'Espagne musulmane , il fraya du moins le chemin de Séville et de Cordoue aux armées castillanes, et prépara les durables conquêtes du règne de Ferdinand m.

Dès l'année 1152, Alphonse vi( avait partagé ses états entre ses deux fils qu'il associa à son gouvernement L'aîné, Sanche m, eut le royaume de Gastille avec la Biscaye, et Ferdmand, le cadet, celui de Léon avec la

gouveraement de la Galice, des Astnries, de TEstramadure, et le droit, devenu alors purement nominal, de suzeraineté sur le Portugal. Ainsi , après chaque règne glorieux qui avait semblé tendre à Tunion de la monarchie espagnole, elle se démembrait de nouveau» malgré Texpérience funeste du passé et les maux sans nombre qui en étaient résultés.

Sons le règne d^Alphonse , commença , Tan 1156 , Tordre militaire d^Alcantara , nommé d^abord de Saint-Julien , qu^l combla de ses bienfaits et qui rendit d^importants services à TEspagne.

' ROYAUME DE CASTILLE , SANCHE Hl. 1157-1158.

Page 1