PÉRIODE DE DEUX CENT VWGT-SIX ANS, DE 1474 A
FEBDUf AND ET ISABELLE , rois catholiques d'Espagne. NAVARRE : JEAN H, jusqu'en 1/179.
ELÉONOBE, puis FBANÇOIS PHEBUS.
PORTUGAL : ALPHONSE V, jusqu'en iiiSi.
JEAN II, jusqu'en 1/|95. — EMMANUEL LE FORTUNÉ.
Aussitôt que Tarchevôquc de Tolède fut infornaé de la mort du roi Henri iv , ii en fit prévenir Ferdinand qui était en Aragon , en lui donnant dans sa lettre le titre de roi de Gastille et de béon. Isabelle engagea , de son côté , son mari à venir en toute hâte prendre possession de son royaume. Le 13 décembre, Ferdinand et Isabelle furent proclamés à Ségovie, et reconnus par la plupart des seigneurs. Après quelques contesta-
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tkMis sur la forme du gouvernement , on décida que le roi et la reine gouverneraient conjointement ; que Ton mettrait le nom du roi avant celui de la reine « dans les actes publics , mais qu'il ne pourrait rien faire dUmportant sans le consentement de la reine.
Cependant un parti puissant menaçaitja royauté naissante de Ferdinand et d'Isabelle. Tandis qu'ils étaient proclamés à Ségovie, Jeanne, cette fille illégitime de Tépouse de Henri iv, se faisait reconnaître pour reine à Placentia , grâce aux intrigues du marquis de Villena » fils de l'ancien favori du feu roi. Ce seigneur forma bientôt une ligue , dans laquelle entrèrent un grand nom* bre de mécontents , et qui fut appuyée par les armes d'Alpbonse, roi de Portugal, oncle de la princesse Jeanne. Les deux partis en vinrent aux mains aux environs de Toro , et la Providence décida la question en faveur de Ferdinand ; son droit demeura le seul positif , avec d'autant plus de raison qu'il s'était assuré la victoire par des dispositions dignes d'un capitaine expérimenté et habile. (l/i76). Tels furent les commencements de sa fortune de roi ; nous verrons bientôt comment il sut en poursuivre le cours. Jeanne, se voyant abandonnée du plus grand nombre de ses partisans , aima mieux renoncer au monde , et se soumettre aux conditions dures qu'Isabelle lui dicta. Elle prit le voile dans le monastère de Goîmbre , où l'année d'après elle fit profession.
Pour assurer la tranquilité de la Gastille au dehors et au dedans , il restait à conclure la paix avec la France. On y réussit, le 9 novembre 1^78, après une assez longue guerre.
Jean u» roi d'Aragon et de Navarre, étant mort le 19 janvier 1679 , Ferdinand, son fils, lui succéda au royaume d'Aragon, et réunit cette couronne à celle de Gastille. La Navarre fut alors séparée de l'Aragon, et eut pour reine Ëléonore, fille de Jean u et de
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BlÉQcbê , sa première femme, qui était fille ée Gbarlesm, dit le NoUe. Elëonore ne règn que qudqim jours , étant morte le 10 février suivant , afMrès avoir déclaré liéritier du royaume François Pliétms, aon petit-fils»
En 1480, Ferdinand et IsalKlle convoquèrent les eortès de Gastille à Tolède, pour réformer les abus qui s^étaient introduits soos le régne de Henri IV. On aboHt les grâces imprudemment accordées par le fen roi ; on envoya des conmnissaires dans les pFe>vinces poar entendre sur les lieux les plaintes des peuples opprimés par les grands.
Dans toutes les mesures quMl prit , dès le commencement de son règne , Ferdinand était pu-faitenaent secondé par la reine son épouse : et il est juste de reconnaître qu*el]e contribua beaucoup au succès de ses plans , quand ce ne serait que pour avoir introduit dans le conseil son confesseur , le fameux Gisnéros , qui depuis acquit , par tant de preuves d'une haute capa*cité administrative, le droit de dire qu'il menait l*Espagne avec son cordon de Saint-Françds. Gisnéros, plus connu sous le nom de Cardinal Ximénès, eut Tart de calmer Tinquiétude jalouse des grands vassaux. Eb attendant de pouvoir les mettie dans Impuissance de nuire, ii détourna dans les travaux de la guerre étrangère cette fièvre factieuse, mal héréditaire de raristocratie castillane. Nous le verrons bientôt extirper ce germe' de discorde civile.
Assuré de Tobéissance au - dedans et de la considération au-dehors , qu'il s'était ménagée par d'honorables traités , ce ne fut qu'après l'exécution de ces plans préparatoires , que Ferdinand ^treprit d'achever la ruine du mahométisme en Espagne. Le temps s'était écoulé pour ces royaumes musulmans , enfants d'une brillante conquête , avec plus de rapidité que pour ceux
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qui 80Dt roavrage .d'une poUU<iiie lente €t laborieuse : la plupart avalent reçu; Tanarchie décomposait le reste.
Les premiers ordres de Fétat riralisèrent de zèle et firent à Tenvi des sacrifices pour assurer le succès de cette grande entreprise. Le clergé surtout y contribua de ses richesses , car la sainte cause de la religion était particulièrement intéressée dans cette croisade , d^aillewrs si nationale.
L^ llaures ne possédaient plus que le royaume de Grenade ; mais ce royaume était formé des plus riches et des plus riantes contrées de la Péninsule. L'industrie mauresque en retirait encore d'immenses revenus. D'ailleurs , le voisinage de TAfrique servait d'appui à ces héritiers des anciens vainqueurs, et les Maures expulsés les favorisaient comme les dépositaires des espérances et des moyens d'un retour à la conquête. Le triiHit auquel les souverains de Grenade s'étaient soumis depuis Alphonse x, était refusé toutes les fois qu'ils comptaient sur l'impunité. Durant les guerres civiles des règnes précédents , lorsque les rois de Gas- Hlle avaient rédamé les bénéfices de leur suzeraineté , les Musulmans ne craignirent pas de répondre : « Nous avons du fer et non de l'or pour les chrétiens; dans tous les lieux où l'on battait monnaie pour payer le tribut, on fabrique maintenant des armes pour s'en affiranchir* » Les embarras du moment firent ajourner la réplique que méritait cette audacieuse réponse. Cependant les Maures n'avaient plus assez de force pour tant de fierté ; ils étaient arrivés à l'heure de leur ruine » rendue de plus en plus imminente par ces insensées divisions , sans lesquelles on eût dit qu'ils ne pouvaient exister , non plus que sans tournois , sans romans et sans fêtes.
Depuis le refus du tribut, une sorte de trêve avait été consentie entre les Chrétiens et les Maures ; ce qui
SM mONHAlID ET «AWIlJt,
ii*emp6chait pas de temps eo temps des cscannouches sur les frontières « et qoel^pies courtes expéditiOBs « qiii semblaient n*avdr pour bat que de se tenir en luleine. C'est ainsi qa>n 1481 les Maures s^étaient emparés de Zahara par on hearenx coup de main.
L'année suivante, soit émulation, soit ressentiment, le marquis de Cadix et Di^e de Merlo, goovememr de Séville , voulurent en représailles enlcTor la Jolie ville d'Albama , place forte , mais alors dépoorvoe de garnison , et qui n'était qu'à sept lieues de Grenade. Trois audacieux soldats, ayant planté des échelles contre les murs, égorgèrent les sentinelles et Talcade, pnis ouvrirent les portes aux troupes qui s*étaient , à la. faveur des ténèbres , avancées sous les remparts. Albohassem , roi de Grenade , tenta jusqu'à trois fois , majs sans succès , de recouvrer cette place. Ce prince avait depuis longtemps excité le mécontentement national, en répudiant Aixa , son épouse, pour s*onir à Zoraîde , chrétienne . qui avait abjuré la foi de ses pères , et en faisant périr les enfants qu'il avait eus de la première , pour ouvrir le chemin du trône à ceux de Zoraîde. Un seul des fils d'Aixa , Boabdil , avait échappé à sa cruauté. Tandis que son père était occupé au siège d'Alhama , Boabdil se mit à la tête des Abencerrages , tribu qui lui était dévouée , marcha sur Grenade , et se fit proclamer roi. Albohassem prit la fuite et se réfugia à Malaga , auprès d'Ahdullah-Zagal , son
frère. Alors commença entre le père et le fils une guerre qui entraîna la mine des Maures. Boabdil voulant faire face aux Chrétiens , en même temps qu'à son père , vint mettre le siège devant Lucéna , mais le comte Cabra , son frère Gonzalve de Gordoue , depuis si fameux par ses victoires, qui lui valurent le surnom de grand Capitaine, et Alphonse d'Aguilar le forcèrent de lever le siège et lui livrèrent une bataille dans
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laqaelle les Maures, perdirent la moitié de leur armée , Tétendard royal, et lear jeune roi qui fut fait prisonnier. (20AYrill/i8d).
La captivité de Boabdil ramena son père sur le trône ; mais Ferdinand , dans la vue d^entretenir la division parmi ses ennemis, rendit la liberté au jeune roi, après avair conclu avec lui un traité qui le mettait tout entier dans sa dépendance. En effet, bientôt cette guerre atroce entre le père et le fils recommença avec plus d'acharnement. Albohassem mourut au milieu de ces agitations. Son frère Zagal parvint à se former un parti contre Boabdil , son neveu ; mais vaincu , écrasé dans plusieurs rencontres par les forces de son adversaire , que soutenaient les armes de Ferdinand , il vint se rendre au roi de Gastille et obtint la permission de passer en Afrique. .
Les Chrétiens n'en poursuivirent pas moins leurs succès. Toutes les villes du royaume de Grenade, successivement assiégées , tombèrent au pouvoir de Ferdinand et d'Isabelle.
Quand le royaume de Grenade fut réduit à un rayon de quelques lieues autour de la capitale, le siège de cette ville fut résolu. Ferdinand s'avança contre Grenade avec quarante mille fantassins et dix mille hommes de cavalerie, presque tous chevaliers. Cette armée , après avoir ravagé la plaine de Grenade , vint camper à deux lieues de cette ville , le 5 avril iù91. Ferdinand ne songea pas à enlever de vive force une place défendue par plus de trente mille hommes, et par une population immense qui s'était encore accrue de tout le «rflux de la population des villes et d^ campagnes environnantes ; c'eût été exposer le succès de son entreprise aux chances de combats meurtriers, et faire dans tous les cas répandre inutilement du sang. Il se contenta d'investir avec Mûn la ville et d^tr
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tendre, dans un camp retranché, que la famine loi livrât one proie qui ne poorait plus lui échapper.
Boabdil et les Maures , qui s'étaient attendus à fttre attaqués avec Timpétuosité ordinaire aux Castillans, perdirent courage , en voyant ce flegme politique de leur ennemi , qui comptait pour rien la longueur du temps , les travaux et les dépenses , pour arriver à tes fins. Ils tâchèrent en vain d'attirer les assiégeants à une bataille décisive , comme leur dernière ressource ; ils avaient â faire au prince le plus sage de son temps , qui n'était pas dliumeur à risquer en un seul jour le fruit de dix ans de succès.
La reine Isabelle était venue dans le camp avec ses enfants. Une nuit, le feu prit à sa tente , et se communiqua si rapidement aux tentes voisines , qu'ai un instant le camp parut entièrement embrasé. Tandis qu'on s'occupait d'arrêter les progrès de l'incendie , le roi rangea une partie des troupes en bataille, pour tenir en respect les Maures qui auraient pu profiter de cet accident. 1^ cet événement donna quelques espérances aux assiégés, elle fut de courte durée. En effet, pour prévenir le retour de pareils accidents, et pour faire enten4re en même temps aux Maures que rien n'était capable de rebuter les Castillans, la reine forma un projet des plus extraordinaires. A la place du camp qui venait d'être brQlé, elle fit construire une ville en pierres. Cet ouvrage immense fut commencé et achevé en moins de soixante jours, tant on y travailla avec ardeur. On voulait donner à la nouvelle ville le nom d'Isabelle ; la reine s'y opposa, en disant que cette guerre étant entreprise pour le triomphe de notre sainte Foi, c'était là leseu^nom qui convint à une ville bâtie pour assurer ce triomphe. Elle reçut donc le nom de Santa-Fè qu'elle porte encore aujourd'hui; monument immortel de la constance, delà rehgion et de l'héroïsme de cette princesse.
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La ooDstmction de Santa-Fè enleva aux Maures tout espoir. Une sorte de frénésie s'empara d'eux ; ils faisaient de sanglantes sorties, et repoossés aussitôt dans leurs mvrs, comme des lions dans leurs antres, ils tombaient daas une sorte d'accablement stupide. En revenaiit à eux-mêmes, ils versaient des pleurs et s'abandonnaient à tous«les effets de la douleur et du désespoir ; ils tendaient leurs mains tremblantes vers le palais de leur prince, conmie s'il eût pu les défendre , et l'accablaient d'injures, comme s'il eût été la cause unique de le«r maUieur. Us entraient dans les mosquées, couraient aux tombeaux de leurs ancêtres , embrassaient les colonnes , et revenaient à travers les flammes , allumées par euxmêmes, pour toucher une dernière fois ces marbres , témoins splendides de la gloire et de la puissance des temps qui n'étaient plus.
La capitulation fut signée le 25 novembre. On convint que Grenade ouvrirait ses portes le 6 janvier , fête de l'Epiphanie, et qu'en 'attendant on livrerait aux Castillans quati*e cents otages des principales familles* Boabdil, d'après ce traité, devait recevoir un apanage de cinquante mille ducats de rentes , et aurait la permission de passer en Afrique ou de rester en Espagne avec ses biens et sa famille ; on laissait à tous les habitants de. Grenade, Maures ou Juifs, le libre exercice de leur Felig^on^ la possession de leurs biens, leurs lois, leurs magistrats , leurs coutumes , etc. Malgré les avantages promis par cette capitulation , quelques faquirs fanatiques soulevèrent le peuple, et Boabdil craignit un instant pour sa vie. Il parvint , à force de prières et de larnses, à calmer l'effervescence de la multitude, et pour prévenir le retour de pareils désordres , il s'empressa de li« vrer tous les forts aux vainqueurs, et passa dans leur camp.
Les rois catholiques irent leur entrée solenMtte à