‹ Histoire d'Espagne, par l'auteur de l'Histoire de RussieChapitre 70 sur 84 · FERDINAND ET ISABELLE · texte numérisé non relu

FERDINAND ET ISABELLE

trente mille familles, qui emportèrent des richesses immenses de la Péninsale ; car les Juifs s'étaient saisis de tontes les branches du commerce , que Tindolence des Espagnols leur abandonnait.

Toute TEurope, etTItalie surtout, célébra avec transport Texpulsion des Maures et le triomphe de la religion chrétienne. En Occident, c'était une sorte de compensation des pertes que les chrétiens avaient faites dans ce siècle en Orient ; le koran triomphait en Asie, en Afrique, en Grèce et menaçait Tltalie. Cette dernière contrée était alors le théâtre des guerres les plus cruelles , des intrigues et des factions; les papes et les empereurs d'Allemagne s'en disputaient la conquête; le roi deNaples, le doc de Milan, les républiques de Venise , de Florence et de Gênes , ainsi que d'autres petits souverains , se soutenaient en s^appuyant tantôt de l'autorité des papes , tantôt de celle des empereurs; malgré les malheurs publics et les guerres, le commerce, les arts , les lettres et les sciences jetaient un brillant éclat sur l'Italie , qui la première avait reçu ces trésors précieux, échappés des ruines de Gonstantinople et de la Grèce , et commençait à les répandre dans toutes les parties de l'Europe.

La France , gonvernée par Charles vm , et réunie tout entière sous son empire , était plus puissante que jamais; débarrassée des Anglais et des grands fiefs qui tinrent si longtemps ses forces divisées ; devenue forte et tranquille au-Hiedans, elle jetait les yeux sur l'Italie, et se préparait à l'envahir.

L'empire d'Allemagne toujours divisé, toujours occupé de guerres intestines, voyait s-'élever la puissance de la maison d'Autriche, qui depuis qu'Albert avait mis la couronne impériale dans cette maison , ne cessait de s'agrandir, non par des conquêtes , mais par d'heureuses alliances. En ce moment, Maximilien , roi des Romains Tenait de se marier avec l'héritière de Bourgogne , et

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L\% a g l c t c irc , so» le poovoir d>H nri sige et bmh déré(Hcari m;, respirait cofa après les Holcatcsse- ONBKS qu raraifnt Aranlfe pcniast les lo^acs et laBglamet di r bi oo i des mahoos dTerk et de Laiicaslre. La Uosgrie et la Pologne dêfcDdaicBt à peine lenrlibertécoDtre la pabsaiice formidable dcsTtecs.

Les antres états dn iioid de l*Earope B^qipartisBitoit encore qve sor m plan très-recalé, et ib ne sont anîTés qœ plos tard sur le théâtre des contestations pditiqaes, dont le foyer était alors dans le nddL

Tdétaitréutderenropeà Fépoqoe de la prise de Grenade. Aocnn prince ne paraissait craindre la puissance de rSspagne, et cependant elle aHait devenir te plos formidable qn^ y eât alors dans le monde chrétien.

Tandis que Ferdinand et Isabelle onissaient lenrs efforts pour achever d'effacer do sol de la Péidnsnle les traces de la domination mnsnlmane , d*aatres génies oonconraient avec enx à Tenfantement de cette vaste monarchie qni, sons le sceptre de C3iarles-Qaint , devait hientôt s^avancer dominatrice orgneilleose et da vieox empire d'Occident, et d'un monde noovean. Christo{die 0>lomb décooTrait TAmérique.

On sait que ce grand homme , promené, de refos es refus, repoussé de la cour de Madrid comme de cdie de Portugal, comme du conseil des marchands de Gènes , sa patrie , tournait enfin ses pas du côté de TAngleterre , lorsque Isabelle le fit rappeler. Ce fot dans la ▼ille nouvelle qu'elle venait de bâtir, à Santa-Fé, qu'elle signa avec Colomb lin traité pour la découverte d'an nouveau monde (17 avril 1/|92 }. Quelques mois après (3 août), ce hardi navigateur partit avec trois petits iiff rires appelés caravelles, du petit port de Palos, en

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Andalousie, poor cette menreilleiise conquête dites et de continents, dont jusque-là personne nVait même soupçonné Texistence, si l'on excepte le génie de Platon qui, deux mille ans auparavant, avait imaginé l^Atlantide. La constance, les travaux, les malheurs de Oiristophe Colomb ont placé ce nom aussi haut qii*ii soitdonmié à l'homme d'atteindre. Je disses malheurs, car il n'a pas même manqué à sa gloire d'être payé par l'orgueil des eoars de la plus affreuse ingratitude, c'est* à^dire plongé dans les cachots, chargé de fers , en son héroïque vieillesse.

A peu près en même temps, Bernard Diaz , et après lui Vasco de 6ama, découvraient aussi en quelque sorte les Indes orientales , en frayant au commerce le passage, jusque-«là inconnu , du cap de Bonne-Espérance ; et, après eux le grand Albuqnerque fondait un empire an Portugal.

Les succès de Christophe Colomb, dans ses voyages^ excitèrent l'émulation d'Améric Yespuce, gentilhomme Florentin établi en Espagne. Etant parti de Cadix, en iiii97, avec quatre vaisseaux que le roi Ferdinand lui foaniit, il se mit à courir les mers sur les traces de Colomb, aborda dans le continent du Nouveau-Monde, et par les progrès qu'il y fit, dans le cours de dix-huit ans^ acquit l'honneur que Colomb néanmoins méritait mieux que lui, de donner son nom à tout un hémisphère.

Ferdinand et Isabelle ne négligeaient rien pour affermir l^utorité monarchique et pour défendre ses privilèges contre l'aristocratie espagnole. A la mort des grands maîtres de Saint- Jacques, d'Alcantara et de Galatrava, les rois ne pourvurent point à leur renq>lacement, et déclarèrent qu'à l'avenir le roi seul aurait la grande maîtrise de ces ordres. Une bulle des souverains pontifes sanctionna cette décision , et la rendit perpétuelle et irrévocable. Pour comprendre toute la portée de

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cette mesure , il faut se rappeler ^pie ces tn^ ordres possédaient dlmmeiises richesses , et étaient composés des plos nobles et des plus vaillants chevaliers , qid tons Joraient obéissance et fidélité absolue à leur grandmaître. Gelui-d jouissait donc sur les membres de son ordre d*one autorité plos grande que celle du souverain, et souvent, dans les règnes précédents, on avait vu les grands-mattres tourner cette autorité contre le monarque lui-même. La perte de ces grandes maîtrises fut donc aussi funeste à la noblesse que Tacquisition en fut utile à la royauté.

Se voyant désormais bien affermis dans leurs états , les rois catholiques devinrent attentifs aux grands événements de TEurope, et songèrent à étendre au dehors leur domination. Par un traité conclu avec Charles vm, Ferdinand obtint la restitution du Roussilkm et de la Gerdagne , acquise autrefois par Louis xi , à condition que le roi catholique ne s'opposerait pas à Texpédltion projetée par le monarque français contre le royaume de Naples. L^xpédition eut lieu. Charles vm traversa ritaUe au pas de course , et entra dans tapies en vainqueur ; mais bientôt il fut obligé de repasser les Alpes , après s^être sauvé , lui et sa chevalerie , à force de valeur, à la bataille de Fomoue. Son successeur, Louis xn, renouvela ses prétentions sur Tltalie, et alors intervint un traité entre le roi de France et Ferdinand, traité par lequel les deux monarques s'engageaient à conquérir ensemble le royaume de Naples et à le partager ensuite. La première partie de cette convention fut seule exécutée ; mais quand il s'agit du partage , Ferdinand ne voulut plus en entendre parler ; et il parvint par force et plus souvent encore par ruse et par perfidie, à chasser les Français de ce royaume* Le 1^ Janvier 1504 , le royaume de Naples passa en entier sous la domination de Ferdinand.

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Le 26 novembre delà même amiée, la reine babelle mourat d'hydropisie à Tâge de M ans. De trois enfanu qu'elle avait eus , il ne lui restait que Jeanne, mariée en iiSi90 à Philippe, archiduc d'aulriche, fils de Tempereur Maximilien et de Marie de Bourgogne ; de ce mariage était né un fils, nommé Charles, qui reçut à sa naissance le titre de duc de Luxembourg. Isabelle, par son testament, laissait la couronne de Gasiille à Tinfante Jeanne , et à Charles , son petit-fils ; mais attendu le dérangement d'esprit de Jeanne , le roi Ferdinand était institué régent et administrateur de la monarchie , jusqu'à ce que le duc de Luxembourg eût atteint sa vingtième année. Elle laissait au roi les' grandes maîtrises des ordres militaires, la moitié du produit des mines de l'Amérique , et une pension d'un million d'écus sur les revenus de la couronne. Les exécuteurs testamentahres étaient Ferdinand , le cardinal Ximénès , archevêque de Tolède, l'évêque de Palentia, etc.

Ce que nous avons dit de cette princesse, dans ce court résumé d'un règne si glorieux , nous dispense de rien ajouter à son éloge.

FERDINAND, rol d'Aragou et adminisu-ateur de la

Gastille. 150/ii-1516.

JEANNE LA FOIXE ET PHILIPPE I<% SDRNOiniÉ LE BEAU.

rois de Castille.

GATHEKINE ET JEAN D'ALBRBT , rois de Navarre; réunion de la Navarre espagnole à TAragon.

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