PORTUGAL : EMMANUEL LE FORTUNÉ
Les précautions, consignées formellement dans le testament d'Isabelle, étaient trop sages eitrùp combi-
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nées dans Tintérêc de llStat, pœr plaire a«x grands , qoi n^espéraient ressaisir leur puissance qn*à la lia?eiir des troubles qu'ils pourraient exciter, fls ftrent jouer tous les ressorts possiMes pour semer la mérintelUgenee entre Ferdinand et Tarcbiduc son gendre. Le peu de génie de ce dernier favorisa singulièrement leurs projets; et les dispositions dn testament, quelque précises qu^elles fussent, laissaient encore de larges ressources à la mauf aise foi des commentateurs respectifs, sous prétexte cpie la clause du testament qui lui refusait Tadn^ nistration du royaume de sa femme était honteuse pour lui. Philippe voulut la faire cesser. Après mainte contes» tatioo, Ferdin^od consentît à partager cette administration avec son gendre. Mais quand Philippe arriva en Espagne, et qnll vit accourir à lui foute la noblesse castillane, que Ferdinand avait tenue si longtemps sous une verge de^fer, il se crut en droit d'élever ses prétentions , et ce ne fut plus au partage de TadministratioQ, mais à la couronne même qu'il prétendit. Ferdinand, pour éviter une guerre civile avec ses enfants , renonça à l'administration de la Gastille et se retira en Aragoo. Philippe se fit aussitôt proclamer roi de Gastille. Il commença son règne*par destituer les gouverneurs , les ministres et les magistrats que Ferdinand avait placés ; ces innovations, les profusions du jeune roi, l'espèce de prison dans laquelle il retenait la reine, le privilège ôté aux grands de se couvrir devant lui, parce que la noblesse flamande qui l'avait amené avec lui ne pouvait jouir de cette distincticm, firent bientôt regretter Fe^ dinand, prince sévère à la vérité, mais judicieux, équitable , gouvernant par lui - même et parfaitement instruit du génie, des coutumes et des lois de la nation; déjà quelques grands parlaient de se soulever, lorsque la mort surprit Philippe à Burgos, le 25 septembre 1505, après une maladie de six jours.
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La mort précipitée d'un époux , qa^elle aimait avec uoe tendresse excessive, acheva de troubler la raison de Jeanne* Ce ne fut pas sans peine qu'elle consentit qn'on enfermât le corps de son mari dans un cercueil qui la suivait partout , et qu'elle faisait de temps en temps ouvrir , pour avoir la triste satisfaction de contempler un si cher objet. Eniin , cette reine désolée se retira à Tordesilas avec ce cercueil qu'elle appelait son trésor, passant une vie , qui fut très-longue , à ne se nourrir pour ainsi dire que de sa douleur , ou à se battre avec des chats. Elle avait eu de son mariage six enfants , qui tous portèrent des couronnes ; V* Char? les , roi d'Espagne et empereur d'Allemagne ; 2« Ferdinand , roi de Hongrie et de Bohême , empereur après l'abdication de son frère ; S"" Eléonore , épouse de Jeaau , roi de Portugal et de François i, roi de France ; à"* Isabelle, reine de Danemarck, épouse de Christian n ; 5^ Marie , épouse de Ladislas , roi de Hongrie; &* Catherine, née posthume, rehie de Portugal , épouse de Jean m.
Cependant il fallait pourvoir à l'administration du 4»yaame , que Jeanne était incapable de gouverner , en attendant la majorité de son fils Charles. Ce fut un nouveau sujet d'intrigues et de cabales. Les graads •renouvelèrent leurs brigues , et chaque faction voyait le «alut de l'état dans le succès de ses plans. Les uns croulaient déférer l'administration des affaires à Temperenr Maximilien , d'autres au roi Ferdinand ; plusieurs proposaient le roi de Portugal , d'autres le roi de Navarre. Le cardinal Ximénès , le meilleur citoyen , ooDMne le plus habile homme de l'état , sut faire pencher la balance en faveur de Ferdinand. Mais ce prince était alors à Naples , où l'avait appelé la crainte d'une trahison présumée de Gonsalve de Cordoue; les grands choisirent pour régents , en son absence , Ximénès ,