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CHAPITRE VIII

Les rois Ferdinand ei Isabelle. — Tribunal de l'inquisition — Guerre contre les Maures. — Prise de Grenade. — Découverte du Nouveau- Monde. — L'infante Jeanne et son époux, Philippe d'Autriche, reconnus héritiers de Castille et d'Aragon. — Succès en 1 talie — Mort d'Isabelle. — Jeanne la Folle et Philippe Ier. — Mort de ce roi. — Régence de Ferdinand, roi d'Aragon. — Mort de ce monarque.

La victoire de Toro opéra la réunion des royaumes de Castille et d'Aragon, qui se confondirent sous le nom de royaume d'Espagne, bien que chaque État gardât ses institutions et ses fue vos distincts et séparés Ferdinand ayant hérité du trône d'Aragon à la mort de son père, arrivée au mois de janvier 1479, et Isabelle étant devenue maîtresse paisible de celui de Castille par le traité conclu avec le Portugal au mois d'octobre de cette même année , ils songèrent tous deux à réaliser les pensées constantes et traditionnelles des rois leurs prédécesseurs. Us résolurent d'expulser complètement les Maures d'Espagne et d'accroître l'autorité royale. Ce fut aussi à cette époque, en

1483, qu'ils établirent régulièrement dans leurs États le tribunal de l'inquisition, afin d'extirper les germes d'erreur et d'hérésie que les Juifs et les Maures avaient semés dans la Péninsule. Cette contagion pouvait nuire à la religion catholique , et entraver le projet héréditaire des rois de Castille, d'expulser les musulmans du sol de l'Espagne. Aussi ne doit-on pas être surpris que Ferdinand et Isabelle aient réclamé du saint-siége l'autorisation de créer dans leurs États des tribunaux propres à maintenir cette unité du culte reconnue, depuis l'antiquité, comme le plus sur gage du repos de toute société. Le refus du tribut par le roi de Grenade suscita le prétexte des hostilités. Muley-Hazen répondit aux envoyés chrétiens : « Que dans les lieux où les Maures frappaient leur monnaie, ils forgeraient aussi des armes. » Ce mauvais vouloir était prévu, et aussitôt le marquis de Cadix prit l'offensive, et entra en vainqueur sur le territoire de Grenade.

Néanmoins les succès des chrétiens étaient contre balancés. Après une trêve de quelque temps , le roi de Castille et d'Aragon, ayant rouvert la campagne par le siège de Loya , sur les bords du Xénil , fut obligé de se retirer en désordre devant

le Maure Ali-Attar. Ferdinand fil aussitôt de nouvelles levées et demanda des subsides, que les cortès lui accordèrent sans difficulté, tant l'esprit national était animé du désir de chasser les infidèles. Les discordes civiles qui déchiraient le sein du royaume de Grenade secondèrent aussi les projets des chrétiens.

Une intrigue de sérail ayant amené la déchéance du vieux monarque Abul-Hascen, on lui donna pour successeur son fils Mahomet- Aboabdeli , dit Xico (le Jeune). Ce prince , au début de son règne, n'essuya que des revers ; il fut défait près de Lucène, en Andalousie, par le comte de Cabra, entre les mains de qui il resta prisonnier. Mais il fit une perte encore plus grande que celle de sa liberté : Ali-Attar, le plus habile de ses généraux , demeura sur le champ de bataille. A la nouvelle de la captivité de son fils, Abul-Hascen, qui s'était réfugié chez son frère, Mahomet-Aboabdeli-Zagal, gouverneur de Malaga , voulut remonter sur son trône. L'adroit Ferdinand , pour attiser le feu de la discorde parmi les Maures, mit fin à la captivité du jeune Aboabdeli ; et après lui avoir fait jurer foi et hommage comme à son vassal , il lui donna de l'argent pour aller disputer le trône à Abul-

Hascen , son père. Comme l'avait prévu le roi de Castille et d'Aragon, la guerre civile se ralluma plus violente que jamais parmi les musulmans ; il en profila pour surprendre Ronda et plusieurs autres places importantes.

Abul-Hascen étant mort peu de temps après, trahi par son propre frère Zagal, celui-ci voulut à son tour ravir la couronne à son neveu Aboabdeli. Il commença d'abord par s'en montrer le plus digne, en triomphant des chrétiens, commandés par le comte de Cabra, près de Moclin , puis peu après par le roi Ferdinand. Les pluies de l'automne de i486 mirent fin aux hostilités du monarque chrétien ; mais la discorde ne régnait pas moins dans la capitale du royaume des Maures. Zagal , qui occupait l'Alhambra , finit par provoquer son rival Aboabdeli, renfermé dans le quartier de TAlbaycin. Heureusement pour ce dernier, Ferdinand , ayant repris les armes , força Zagal de quitter Grenade.

Après plusieurs rencontres plus ou moins heureuses avec les chrétiens, celui-ci se rapprocha de sa capitale, dont il trouva les portes fermées. En son absence, le peuple, toujours inconstant, avait replacé sur le trône Aboabdeli. Le cœur plein de

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vengeance, il se retira dans les provinces de Test, qui lai étaient restées fidèles. Là, après plusieurs affaires avec le roi de Castille et d'Aragon, voyant qu'il ne pouvait pas lutter seul contre celui-ci, il résoiut de livrer à ce monarque les places qu'il ne pouvait plus défendre. Vers la fin de 1489 , il traita avec Ferdinand, qui, après l'avoir reçu avec de grands honneurs et lui avoir assuré un revenu considérable, lui permit de se retirer en Afrique.

Grenade, avec un faible territoire, était tout ce qui restait du puissant empire fondé par Abdérame dans la Péninsule. Cette ville, dont l'aspect représente le fruit entr'ouvert qui lui a donné son nom , était située sur deux hautes montagnes , couronnées chacune par deux citadelles, l'Alhambra d'un côté, et l'Albaycin de l'autre. Le Darro la partageait, et une double muraille l'entourait de sa ceinture crénelée et flanquée de tours nombreuses et formidables. Elle comptait plus de trois cent mille habitants lorsque, au mois de mai 1491, les rois Ferdinand et Isabelle , ainsi qu'on les appelait, se présentèrent devant ses remparts. Ils commencèrent un siège en règle ; et comme ils prévoyaient qu'il serait de longue durée, ils firent construire de solides baraques couvertes de tuiles ;

cela donna à leur camp l'apparence d'une ville, qui prit le nom de Santa-Fé.

Ce blocus ne fit qu'augmenter les déchirements intérieurs de la malheureuse cilé, qui chaque jour voyait ses murs s'écrouler sous les feux des assiégeants, habilement commandés par le roi Ferdinand et par Gonzalve de Cordoue, surnommé le grand capitaine. Aussi bientôt Aboabdeli , témoin des ravages que la mort faisait dans les rangs de ses plus vaillantes tribus, des Zégris, des Abencerrages, des Almoradis, et manquant de soldats pour défendre les larges brèches de ses remparts , accepta une capitulation qui ruinait à tout jamais le royaume des Maures en Espagne; et le 2 janvier 1492, après huit mois de siège, Ferdinand et Isabelle plantèrent l'étendard de la croix au haut des tours Vermeilles et du palais de l'Alhambra. Aboabdeli ne put retenir ses larmes en quittant ces beaux lieux pour aller en Afrique, où les vainqueurs lui permettaient de se retirer. « Oui , pleurez , lui dit la sultane Axa , sa mère , au comble de la douleur. Vous avez raison de pleurer comme une femme votre capitale , puisque vous n'avez pas su la défendre comme un homme. »

Ce triomphe obtenu sur les Maures avait exalté

le zèle religieux de Ferdinand et d' Isabelle et celui de leurs peuples. Aussi ne doit-on pas imputer à ces deux rois seuls Tédit rendu, cette même an née, contre les juifs, lequel enjoignait à ceux de cette religion qui ne se convertiraient pas au christianisme de quilter l'Espagne. Dix mille environ préférèrent l'exil. Pour bien juger celte mesure , taxée depuis d'impolilique, il faut se reporter à une époque où la foi religieuse était militante, et où les chrétiens de la Péninsule pensaient avec quelque raison que l'unité de leur domination, depuis les Pyrénées jusqu'à la mer d'Afrique, dépendait de l'unité des croyances et des sympathies dans toute rétendue de ce territoire. La conquête de Grenade, qui réalisait le vœu constant des souverains de Castille et d'Aragon , acheva de mériter à Ferdinand et à Isabelle le titre de rois catholiques, que le pape Alexandre VI, en 1496 , leur conféra pour eux et pour leurs successeurs. La prise de Grenade ne devait pas seule contribuer à fortifier la puissance de la couronne. Bientôt l'Océan, au lieu de limiter l'empire espagnol, ne devait plus que le traverser, grâce au génie de Christophe Colomb. Ce Génois, marin déjà renommé, n'avait point été compris de son pays

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natal, ni du Portugal, ni de l'Angleterre, où l'on avait traité de chimères et de folies ses gigantesques conceptions. S' étant présenté un jour, pendant le blocus de Grenade, à Santa-Fé, devant Ferdinand et Isabelle, il n'en reçut d'abord qu'un froid accueil. Ces rois, dont les ressources étaient en partie épuisées par les frais et par la longueur de la guerre contre les Maures, refusèrent à Colomb la faible somme et le matériel que celui-ci réclamait pour son expédition à travers les mers de l'Ouest.

Déjà l'habile navigateur, le désespoir dans lame, s'éloignait du camp de Sanla-Fé, quand soudain un messager le rappelle au nom de la reine Isabelle. Jean Pérez, gardien du monastère de Rabida, avait saisi la pensée de l'homme de génie; se faisant appuyer de don Alonzo de Quintanilla , contrôleur des finances de la Castille , et de don Luis de Santangel, receveur des revenus ecclésiastiques de l'Aragon, il exalta devant Isabelle les probabilités des conjectures de Colomb, et les avantages qu'offrirait la découverte de contrées nouvelles pour la propagation de la religion chrétienne et pour la gloire et la prospérité du royaume d'Espagne. Cette princesse, naturelle-

ment accessible à toutes les grandes conceptions , accueillit cette idée avec tant d'enthousiasme, que, pour subvenir aux dépenses de l'expédition , sans attendre que l'état des finances tut allégé des charges de la guerre, elle voulut engager ses bijoux pour trouver des ressources suffisantes. Don Luis de Santangel l'empêcha de recourir à cette extrémité, en lui prêtant la somme nécessaire, qui s'élevait à quatre mille doublons d'or, environ quatre- vingt mille francs de notre monnaie.

Colomb, en possession de cette somme, équipa une flottille de trois vaisseaux ; et, le 3 août 1492 , après avoir reçu la communion au monastère de Kabida, il partit, avec quatre-vingts hommes d'équipage, du port de Palos, en Andalousie, à la recherche de ce nouveau monde qui allait devenir, pour le vieux continent de l'Europe, une source de richesses et de découvertes scientifiques plus féconde qu'on n'avait pu le prévoir.

Tout, au dedans comme au dehors, semblait réussir au gré des vœux et de l'ambition de Ferdinand et d'Isabelle, quand une perte cruelle vint remplir de deuil leur cour si brillante , et les frapper dans leurs plus chères espérances. Le prince des Asturies, l'infant don Juan, leur fut

enlevé à l'âge de dix-neuf ans. Quelques mois après, en 1497 , sa sœur Isabelle, reine de Portugal, mourut en donnant naissance à un enfant, qui, en 1500, suivit sa mère au tombeau. L'infante Jeanne, mariée depuis deux ans à l'archiduc Philippe d'Autriche, fils de Maximilien, empereur d'Allemagne, devint alors l'objet unique de la tendresse et des pensées d'avenir de Ferdinand et d'Isabelle.

Les rois catholiques pressèrent vivement l'archiduchesse leur fille de quitter les Pays-Bas, et de revenir en Espagne avec son époux. Jeanne et Philippe, s'étanl rendus à leurs instances, furent reconnus, en 1502, eux et leurs descendants, héritiers de Ferdinand et d'Isabelle par les cortès de Castille, assemblées, le 22 mai, à Tolède; puis parcelles d'Aragon, qui s'ouvrirent, le 28 septembre, à Saragosse.

La gloire des armes consola Ferdinand de ses chagrins domestiques. Hugues de Cardogne et Antoine de Lève , en allant renforcer le corps d'opération de Gonzalve de Cordoue, gagnèrent, le vendredi 21 avril 1503, la bataille de Séminare sur Stuart d'Aubigny, qui commandait les Français; et le 28 du môme mois, le grand capitaine

remporta la victoire de Cérignoles sur le duc de Nemours, qui fut tué au commencement de l'action. (En lui finit la branche d'Armagnac, descendant de Caribert, fils de Clotaire II.) Cette bataille assura au roi d'Espagne la possession des États napolitains. « On dit, ajoute le président Hénault, que ces deux journées sont l'époque de la superstition qui a fait regarder comme malheureux le vendredi , jour de la mort de notre Seigneur. »

Mais de nouveaux malheurs domestiques vinrent troubler la joie que ressentait Ferdinand V du cours glorieux de ses armes. La reine Tsabelle n'avait pas, comme son époux, trouvé une salutaire diversion à ses peines de cœur dans le succès de ses entreprises. La mort de ses deux enfants l'avait jetée dans un état de langueur qui alla toujours croissant , depuis le jour surtout où elle demeura convaincue que l'affaiblissement de l'esprit de Jeanne, son héritière, serait irrémédiable. Ses soucis attaquèrent sa santé, déjà ébranlée par une maladie organique que l'exercice trop fréquent du cheval lui avait occasionnée. Elle succomba à Medina-del-Campo, le 26 novembre 1504 , à l'âge de cinquante -quatre ans, justement regrettée de

tous ses sujets pour ses talents , ses vertus el ses brillantes qualités.

Celte princesse, cruellement préoccupée de l'état mental de sa fille, et fort indisposée contre son gendre, dont elle appréhendait la légèreté pour l'infortunée Jeanne et pour les Castillans euxmêmes, crut pouvoir user des droits mentionnés dans la loi des Siete partidas. Par testament elle désigna Ferdinand d'Aragon, son époux, comme tuteur de leur fille, regardée comme incapable de gouverner la Castille, et l'établit administrateur de ce royaume jusqu'à ce que don Carlos , leur petit-fils, eut atteint l'âge de vingt ans. Elle jugea nécessaire de donner en mourant de nouvelles preuves de tendresse à son époux , pour l'encourager à remplir dignement ses devoirs en souvenir d'elle ; elle lui assura la moitié des revenus des Indes et la totalité de ceux des trois ordres militaires, dont les grandes maîtrises avaient été depuis peu réunies à la couronne.

A peine la reine Isabelle eut-elle fermé les yeux, que Ferdinand profila de l'absence de Jeanne et de Philippe, alors à Bruxelles, et s'empressa de réunir les corlès de Castille à Toro, au commencement de l'année 1505, pour faire légaliser les

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droits que lui attribuait le testament , et à force de ruse et de dextcrité il fut reconnu régent. Mais les cortès de Castille, redoutant les vues ambitieuses du vieux monarque aragonais, plus encore que la faiblesse d'esprit de leur nouvelle reine et que le caractère léger du prince son époux , rappelèrent de Flandre Jeanne et Philippe , à qui ils donnèrent le titre et l'autorité de roi. Philippe Ier, le nouveau roi, se laissa gouverner par les Flamands et les Allemands, ses compatriotes, qui l'avaient suivi en Espagne. Il leur distribua les emplois, au préjudice des Castillans, qui bientôt s'offensèrent de ces préférences. Cette juste indignation aurait sans doute donné lieu à un éclat fatal, si le Ciel n'eût délivré le royaume d'un prince si peu fait pour le gouverner. Philippe, retiré à Burgos, où il s'abandonnait à toutes les séductions de sa cour, trouva la mort au sein d'une nuit de plaisir, le 25 septembre 1506. Il n'était âgé que de vingthuit ans A peine avait -il fermé les yeux, que don Juan Manuel, son favori, appréhendant la colère méritée des Castillans, partit mystérieusement pour la Flandre.

La fin inattendue du beau Philippe acheva de troubler dans l'infortunée Jeanne une raison que

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des motifs de jalousie trop bien fondés avaient commencé à altérer. Don Carlos (Charles), prince des Asturies, n'avait alors que six ans. Aussi les cortès se virent-elles contraintes de conférer la régence 5 son grand -père Ferdinand d'Aragon, comme au plus digne.

Pendant ce temps, Ferdinand poursuivait ses succès en Italie ; mais dès qu'il eut obtenu la restitution des places de la Pouille, il a\isa au moyen de se retirer de la ligue de Cambrai, et même de nuire secrètement aux Français, ses alliés, dont il voyait avec déplaisir le séjour se prolonger en Italie; tant il est vrai de dire, à l'occasion de ces imposantes coalitions, que les grandes puissances s'affaiblissent en s'unissant. Les Vénitiens, à force d'adresse, parvinreut non- seulement à dissoudre la ligue, mais encore à armer les uns contre les autres les gouvernements qui la composaient. Ferdinand , devenu l'ennemi du roi de France , ordonna à don Pedro Navarro de ne pas remettre Tépée dans le fourreau qu'il n'eût expulsé les Français de l'Italie.

L'exécution n'était pas facile : les Français avaient pour chef un jeune héros qui semblait appelé à faire briller d'un vif éclat les destinées de

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son pays. C elait Gaston de Foix , duc de Nemours, neveu de Louis XII par sa mère Marie , sœur du roi de France, et frère de Germaine de Foix, nouvelle épouse de Ferdinand d'Aragon. Le jeune duc, secondé du maréchal de ïrivulce et du chevalier Bayard, fait lever le siège de Bologne aux Espagnols, puis vole au secours de Brescia, qu'il reprend aux Vénitiens; et poursuivant ses triomphes avec la furia francese, comme on disait alors, il investit soudain la ville de Ravenne. L'armée vénitienne-espagnole , sous les ordres de don Raymond de Cardoan , vice-roi de Naples , et de don Pedro Navarro, vint offrir la bataille aux Français le 11 avril 1512; elle fut taillée en pièces, mais cette victoire coûta plus cher aux vainqueurs qu'une défaite complète. Sur la fin de la journée, le duc de Nemours, emporté par son ardeur, voit un gros d'Espagnols qui se retirait en bon ordre. Il fond sur eux, et tombe blessé mortellement, à l'âge de vingt-trois ans.

Cette perte et la défection de Maximilien d'Autriche, qui la suivit, portèrent le découragement dans l'armée française , et releva, au contraire, les espérances des confédérés, qui, avec l'aide des Suisses, contraignirent le maréchal de la Palisse

et Louis de la Trémoille d'évacuer le Milanais. L'ambition de Ferdinand paraissait s'augmenter avec son heureuse fortune, Depuis longtemps ii convoitait le royaume de Navarre. L'occasion lui parut favorable pour étendre son autorité depuis les Pyrénées jusqu'à la mer Africaine, anciennes limites de la monarchie gothique, que le royaume d'Espagne a toujours conservées depuis.

Il saisit pour prétexte les liaisons avec le monarque français de Jean d'Albret , devenu roi de Navarre par son mariage avec Catherine, dernière héritière de Gaston de Foix , comte d'Évreux , souverain de ce royaume. Il ordonna au duc de Nagera d'envahir la haute Navarre à la 'tête d'une armée aguerrie. Ce fgénéral alla bloquer Pampelune; cette capitale était presque inexpugnable de sa nature ; mais la famine triompha de la courageuse fermeté des habitants. Jean d'Albret , obligé de se retirer de l'autre côté des Pyrénées, implora le secours de la France. Cette puissance résistait alors à bien des ennemis; elle ne put lui fournir qu'un faible secours. Le maréchal de la Palisse appuya le mouvement du roi de Navarre sur la ville de Pampelune. Cette entreprise échoua contre l'habileté du duc d'Albe, qui contraignit Jean

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