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432 HISTOIRE p'arri.(1803).
renforts. Ses émissaires lui avaient donné l'assurance qu'ils avaient trouvé le moyen d'entretenir des intelligences dans la ville avec” un
ancien colonel de la garde nationale, Médard, noir, d'une grande
jufluence” sur les siens. * Is prétendaient que Médard se souleverait, au seiu de la place, à la tête des noirs et des hommes de eouleur, à la première attaque qui serait dirigée contre elle; que beaucoup d'indigèues étaient entrés dans la conjuration , entre autres Robillard, jeune oflieier de couleur , ancien aide de camp de Christophe”Il n'y avait au Capaucune eonspiration eu faveur des indépendans quoique les indigènes de cette ville vécussent sous un régime sanglant. Les émissaires de Romain avuent confondu le mécontentement gé-
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,néral avec ur projet de conspiration. Dessalines ordonna aux gé-" néraux Christophe et Clervaux de partir des Gonaïves , et d'aller reñ-" forcer le général Romain, à Limbé. Ils étaient accompagnés du colonel « Maony, à ia tête de la 44° demi-brigade formée des débris des casa-
ques rouges et de l'ancienne garde d'honneur de Toussaint Louverture: Les hauteurs qui avoisinentie Cap étaient hérissées de forteresses
depuis l'habitation Breda jusqu'à la barrière Bouteille, sur une ligne
de près de deux lieues. En partant de Limbé au Sud Ouest, et en suivant la grande route, la première fortification qu’on rencontrait était -le blockaus de Bréda, à gauche du chemin, protégé, du côté Ouest,
dans la montagne, par le poste Jeantot. Sur la même ligne, à gau”
che, l'on reaconirait ensuite ie fort Pierre Michel et labutte Charrier ;
plus loin on traxersait, sur un pelit pont, l'eau rapide de la rai-
ne CGharrier qui setprécipite, à droite du chemin, dans la rivièére"du hout du Ctp, etiôn arrivait au fort Vertières. Continuant-wers/le Nord, lou aticignait, à droite de la grande route, le fort Gbampin; d'où l'on découvruit, à gauche, un peu plus en avant vers Hawiile, les forts de lHôpital et de Bélair, Avant d'atteindre , -àgauche, le fort Bélair , on parvenait à l'eutrée de la place, à "a"bar-
rière Bouicille. Sur le rivage de la mer , entre la Petite"
Anse et le Cap , s'élevait le fori Si Michel; et larivière du haut du Cap, couiant du Sud au Nord et longeant, à l'Est, la granderoute, se jelte dans la mer crtre le fort Si: Michel et la fille. A POuest, le Cap est dominé de mornes où il ÿ avait des postes français sur les habitations Lory, Métayer et Bôusmat. En partant du poste Jdeantôt, on pouvait facilement éviter les forts qui bordant le grand chemin , enlever, à limprouste, le fort Bélair, les pos: ius Lory, Métayer, Bousmat, et assaillir la ville. Au Apres l'arrivée de Christophe et de Ciervaux à Limbé, le général Romain partit de ce bourg à la tète de ses troupes. Quand it arriva sur l'habitation Jeantôt, au häut du Cap, il en enleva le poste, et y laissa les généraux Christophe et Ciervaux , pour protéger sa retraite, S'il était repoussé. Il divisa son armée en quatre colonnes, tourna les forts Bieda, Pierre Michel, Charricr, Vertières, et assails
gustoire p’HaiTi.-—(1805) ; 188
jt les hauteurs qui dominent le Cap, * à 4 heures du matin du 19 Février. L'on dansait alors au palais du gouvernement où il y avait une brillante fête. La première eolonne indigène, dirigée par Romain en personne, enleva à la*baïonnette le poste de l'hôpital des Pères et le fort Bélair, Les troupes européennes furent passées au fil de l'épée. La deuxième colonne donna assaut au fort Bourgeois, dans la ravine de la Providence; mais elle fut vigoureusement repoussée par un bataillon de la 77e. La troisième s'établit sur Île morne de la ville, à la hauteur de l'habitation d'Espagne ; et la quatrième se tint en observation , avec Christophe et Clervaux, devant les lignes du haut du Cap. Maitres de Bélaur, les indigènes s'établirent sur la crête du morne qui sépare ce fort de la rivière du haut du ‘ap. Les communications entre la ville et les avantpostes français qu'ils avaient tournés, étaient interceptées par le chemin de la Fossette. La gauche de l'armée indigène établie au Bélair voyait sa droite s'étendre jusqu'à la barrière Bouteille. Jamais le Cap n'avait été assailli d'aussi près. |
A la pointe du jour , le général Clausel , qui jusqu'alors s'était tenu sur la défensive, alla examiner la position de l'ennemi et se disposa à le chasser des points qu'il oecupait. Il réunit toute la garnison sur la place d'armes, et donna ses ordres aux offieiers supérieurs en présence de Rochambeau. Son avant garde. composée de la garde nationale, de la gendarmerie maritime et d'un bataillon de la 7.e de ligne, s’ébranla et commença le feu en attaquant vigoureusement la barrière Bouteille, pour s'ouvrir un passage dans le grand chemin. Les indigènes, aux cris de vive la liberté! la ville est à nous ! se jetèrent sur les français avec fureur , les culbutérent et commencèrent à pénétrer dans le Cap. G'eut été le moment fa. vorable, pour les gardes nationaux noirs el jaunes, de se prononcer en faveur des indépendans, s'ils avaient réellement formé le projet de livrer la place au général Romain; ils déployaient au contraire la plus grande intrépidité el souteuaient le moral des européens. Le capitaine français Colzi fut mortellement blessé; le chef de bataillon Desfontaines rallia les fuyards de la 7e. et du bataillon maritime qui revinrent à la chagge , soutenus par les grenadiers de la garde d'honneur et les deux compagnies administratives. Le carnage devint affreux ; l’on se battit corps à corps. Aprés une lutte opiniâtre , les français furent encore culbutés. Les indigènes s'avancérent dans la savane de la Fossetie près de la Loge actuelle des Franes Maçons, les talonnant audacieusemeut au pas de charge.” Mais une batterie
* Les troubles qu’excitèrent les chefs mulâtres, dans le Sud, coïncident avec l'attaque [en pluvièse] du chef nègre Christophe et du traitre mulâtre Clervaux ; contre la ville du Eap où ces révoltés furent défaits et chassés du fort Belair qu'ils avaient.surpris. (Delâtre.)
#* Bulletin de l'armée française, |
formidable, dressée par le général Thouvenot à l'extrémité dé, la Fossette, fut tout à coup démasquée ; elle répandit la mort dans les. rangs des indépendans. Les indigènes se précipitèrent vers les canons; mais l'artillerie française bien servie arrêta leur élan, et les con- ‘traignit à se retirer , sous la mitraille la plus meurtrière. Le chef de brigade Neterwood, à da tête de la eavelerie de ta garde d'honneur, les chargea et Îles ehassa du grand chemin. Par ce suecès, le général Clausel rétablit ses cemmunieations avec les blockaus du haut du Cap et l'Hôpital des Péres. En même temps, le chef de bataillon Thouzard, à la tête d’une division de la garde nationale, marchait sur l'habitation Cliquet , à la rencontre des indépendans qu lil n’atieignit que sur l'habitation Picard. Les indigènes de cette colonne s’etforçaient de se réunir à leurs compagnons établis sur l'habitation d'Espagne , pour former une masse qui devait forcer la Fossette. Thouzard les rejeta sur d Espagne, marcha ensuite sur cetie habitation,
à la baïonnette, et mit en pleine déroute la colonne qui l'occupait. Il réussit à éteindre le feu qui avait été mis dans la grande case de <ette habitation. Les indigènes, chassés de d'Espagne, se retirérent au sommet du morne Lory. Les chefs de batailion Jumel et Léaue mont, à la têle de treize compagnies de chasseurs de ligne et de Russy, les attaquèrent avec vigueur, les dispersérent, et “lis ialonnérent tellement qu ils ne leur donnèrent pas le temps d'ineendier Fhabt:
tation Tiphaine. En même teinps, le commandant Caignet enlevait le poste de l'Hôpital à la baïonnette. Romain tenait eucore au fort Bélair. Le général Touvenot établit conire ceite position une bat terie de huit pièces de eanon et d'un obusier. Lés boulets, les bombes et les obus contraiguirent les indigènes, en moins d'une démi heure,
à abandonner le fort Bélair. Ils rencontrérent derrière le fort une colonne française qui leur eoupa là retraite. Un nouveau combat s'engagéa ; et après une lutte sanglante , le général Romain passa sur le corps de la colonne française.
La colonne indigène qui était demeurée en observation au hout du Cap, sous les ordrés de Christophe et de Clervaux, ‘fut attaquée à son tour par la cavalerie de la garde d honneur commaridée par Neterwood , et par les dragons du Cap, sousfiles ordres de Claparède. Christophe el Clervaux se formérent en bataillons carrés, et répoussèrent, pendant trois heures , les charges les plus bmliantes de la cavalerie française. Clausel pour déterminer la victoireen sa faveur, envoya à Claparède deux compagmes d'artillerie iégère avec deux de pièces de 4. Les boulets firent bientôt des brêches dans les carrés qui furent rompus par les dragons. Les indigènes sabrés et dispersés, ne se ralliérent qu'au Moine Rouge. Les français remportèrent une victoire complète, et erendirent leurs avant-postes au loin dans les campagnes. Les indigènes perdrrent dans celte journée plus de 109 hommes, et les français donnérent la sépulture à plus de
HISTOIRE D'HatTI.—(1808) 435 500 des leurs. Romain alla camper de nouveau au Limbé; Chris-
tophe et Clervaux se retirèrent aux Gonaives. ‘ Le capitaine-général complimenta les gardes nationaux noirs et jaunes sur l'intrépidité
“qu ils avaient déployée dans l’action, et leur promit perfidement que le -
gouvernement leur porterait toujours toute sa sollicitude.
Les français avaient fait une centaine de prisonniers. L'un d'eux, hôommé Monfort, officier, noir, des grenadicrs du 1°” régiment indigène, dénonça le colonel Médard, noir, ancien chef de la garde nationale du Cap , d'avoir été d'intelligence avec Romain, pour lui livrer la ville. Rochambeau fit aussitôt arrêter Médard et plusieurs autres officiers , noirs et de couleur, qui avaient été aussi dénoncés. Méa dard fat pendu , sur le marché Cluny, en présence de l’armée. Un jeune homme de couleur, Robiliard , et un grand nombre d’autres indigènes furent arrêtés , embarqués et noyés sur la simple dénonciation de Monfort qui, voulant obtenir sa liberté, dévoilait de prétendus
complots. Le fils du colonel Médard, jeune homme noir, nommé
Pounoute , fut arrêté et eondamné aux travaux forcés. Le général :
Claparède avait le commandement de la ligne des forts du haut du Cap. Il faisait travailler les forçats à l’entretien des jardins de l'habitation Verdières. Peu de jours après l'attaque de Romain contre le Cap, voyant le Jeune Pounoute Médard travailler sous le bâton, à Verdières, ille prit en pitié. 11 le fit appeler avec plusieurs de ses compagnens, fit ôter à ces infortunés les chaînes qui les l'aient les uns aux autres , et favorisa leur évasion en leur disant qu il les arrachait à une extermiaation certaine. Monfort, aprés avoir envoyé à l'échafaud une cinquantaine de noirs et d'hommes de couleur, fut, à son tour , livré aù dernier suppliee. Presque tous ceux quil avait dénencés étaient des jeunes gens qui jusqu'alors avaient défendu vaillamment la cause française. a E |
Ce fut alors, 24 Février 1803, qu'arriva officiellement à St.- Domingue l'arrêté du Premier Consul,en date du 13 Nivôsean11, par lequel le général Rochambeau était confirmé dans son grade dé Capitaine Général. (Cette nomination définitive fit là joie des partisans de l’ancien régime-et le désespoir des français vraiment républicains. Rochambeau avait appris la tentative faite par Pétion d'insurger la plaine du Cul-de-Sac, la défaite, à l’Anse à-Veau, de Geffrard qui s’efforçait de pénétrer de nouveau dans le Sud, l'insurrection de Férou. Il crut que sa présence dans l'Ouest pourrait relever le moral des trou pes et arrêter les progrès des indépendans. Il fit publier , par son chef d'état major , que biensôt il transporterait son quartier-général au Port Répubiicain. Cette nouvelle épouvanta les Citoyens honnêtes de cette ville; ear depuis son départ pour le Cap, à la mort de Leclerc, le système des proscriptions s était exercé avec moins de rigueur dans le département de l'Ouest.
IL faut eependant reconnaître que depuis quelque temps, beau-
430 "+ HISTOIRE D'HAITI. an
eoup de soldats français voyaient avec un profond sentiment d'horreur les atrocités auxquelles se livraient les généraux Rochambeau, Pierre Boyer et Brunet. Le général Desbureaux, commandant du département du Sud, avait sollicité et obtenu la permission de re-. tourner en France, ne voulant plus être l'instrument des fureurs« du capitaine général. Il était parti avant la prerhière entrée de“ Geffrard dans le Sud.
Dans les livres qui formeront Île troisième volume, nous raconterons les exploits de Lamarre au Petit Goâve, l'invasion du département de lOuest par Dessalines, l'arrestation de Lamour Dérance et! l’anéantissement de son parti, lunion des populations indigènes du Nord, de l'Artibonite, de l'Ouest et du Sud, sous l'autorité du géné" ral en chef, l'entrée ‘des armées indépendantes à Jérémie, à Jacmel, | à St.Marec, aux Cayes , au Port Républicain, au Cap, au Môle St. Nicolas, | la proclamation de l'Indépendance d'Haïti (1 Janvier 1804). Nous raconterons le règne de Dessalines , le principal héros de notre guerre nationale, Île conquérant de notre Indépendance, et sa fin tragique; la division du pays en deux états : la République d'Haïti, d'une part, et l'Etat d'Haïti qui se transforma en royaume, d'autre part; les les luttes de Christophe et de Pétion , celui là personnifiant le prin-" cipe aristocratique, celui-ci le principe démocratique; les luttes des haïtions de race espagnole contre les français, l'évacuation du terri: toire de i Est par éeëes derniers ; l’ordre introduit dans le chaos des finances de la République, par le général Bonnet ; l'administration de Christophe, énergique, cruelle, oppressive, ct celle de Pétion, toléransa te, à dessein opposée à celie du Nord pour la détruire; la mort de Pétion; « la chute violente de Christophe, génie puissant qui serail devenu le Pier=\
re le Grand d'Haïti, s’il n'avait fait naître dans le sein de son peuple en se laissant trop dominer par d'aveugles fureurs, la terrible réac.. tion qui détruisit son œuvre grandiôse , mais tachée de sang ; la réu-# nion des départemens du Nord et de l'Artibonite à la République, . celle de la partie de VEst à lunité nationale, l'administration de“ Boyer sur toute l'étendue de l'île, de Samana à Tiburon , et {la re-« connaissance de l'Indépendance d’ Haiti par le. gouvernement français, ‘ sous Charles X. Alors eommence à’s’éleindre la race vigoureuse de* nos géants révolutionnaires, de ces hommes de fer, à fortes convie tions, qui ont fait de grandes choses parce qu'ils étaient mûs par de: + grandes et nobles idées.
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