‹ Histoire d'Haiti (volume 2)Chapitre 8 sur 47 · AA À A A À À A A A · texte numérisé non relu

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Peuple de St. Domingue,

« La Constitution coloniale pour celte ile importante vient de m'être remise par l'assemblée centrale composée de légisiateurs qui, en vertu de ma proclamation du 16 Pluviôse dernier , se sont réunis pour établir les lois qui doivent nous régir et nous gouverner. Je l'ai lue avec attention, cette lot, et persuadé qu ‘elle doit faire le bonheur de mes concitoyens puisqu "elle est fondée sur les bonnes mœurs , sur les localités, et principalemeat sur la religion, ie l'approuve.

« Mais quand je considère que je suis chargé de faire exécnter ces lois constitutionnelles , je vois que ma tâche est plus pénible que n’a été celle des législateurs. Néanmoins, je l'annonce, quelque vaste que soit cette carrière, je ferai mon possible pour la parcourir. O vous, mes concitoyens, de tout âge, de tout état et de toutes couleurs, vous êtes libres, et la Constitution qui m'est remise aujourd hui doit éterniser votre liberté. Prosternons-nous d'abord devant le {réateur de l'univers pour le remercier d'un bienfait si précieux. Je dois vous parler le langage de la vérité: cette Constitution assure à chaque individu la jouissance de ses droits ; elle exige de chaque citoyen la pratique des vertus, comme eile appelle aussi dans nos climats le règne des bonnes mœurs et de la religion divine de Jésus-Christ. Ainsi done, magistrats, servez d'exemple au peupie dont vous devez toujours être les pères et.les défenseurs. Que la probité comme la droiture dirigent vos actions et dietent vos sentences; vous vous attirer ez l'estime de vos concitoyens ; c'est la plus douce consolation qu'un homme en place puisse désirer. Braves militaires, généraux, officiers, sous- officiers et soldats, observez la discipline et la subordination, stNer la culture ; obéissez à vos chefs, défendez et soutenez la Constitution contre les enremis intérieurs et extérieurs qui chercheraient à l'attaquer. Que votre devise soitsans cesse la bravoure et votre guide l'honneur; vous mériterez bien de la patrie ; cultivateurs, fuyez l'oisiveté; elle est la mère des vices; gardez vous principalement de vous ‘laisser séduire par des hommes aussi malintentionnés que malveillans ; vous trouverez dans tous les temps en moi, comine dans les généraux mes représentans, les répresseurs de l'injustice ct desabus. Habitans industrieux des villes, soyez soumis aux lois; elles ne cesseront d'être votre protection et voire égide.

« Peuple, magistrats et militaires , Je vous expose vos devoirs et les

miens; pour moi je promets, à la face du ciel, de faire ce qui dépen:

dra de moi, si Dieu me le permet, pour conserver l'union, la paix et la tranquillité publique, en conséquence Îe bonheur de : mes | concitoyens. Je promets d'exécuter ce quimest prescrit par la

Constitution coloniale; jurez également devant l'Étre Suprème et

HISTOIRE D'HarTi.—(1801) 103

« entre mes mains que vous vous soumeltez à ces lois qui doi:

vent faire votre bonheur , et consolider votre liberté.

« Je vous préviens: que la: loi est la boussole de tous les citoyens

quelconques : quand elle parle,. ils doivent: tous fléchir devant'elle. Les autorités civiles et militaires doivent être lesépremières à lui: céder:et à donner par là l'exemple au: peuple: suivez de point: en point la Constitution: que l'Assemblée Centrale et {Législative de St: Domingue vient de consacrer, que les principes: qu’elle

proclame restent éternellement gravés dans vos cœurs. | « Dans tous les temps, mes chers concitoyens et amis, mon dé-

& sir, mes vœux et mon ambition consistérent: à trouver et à pré-

» parer lés moyens de vous: rendre libres et heureux. Si je puis atteindre un but si cher à: mon cœur, je ne regrelterai point la. : vie, et j'irai sans: aucun: remords rendre compte de mes actions. au Dieu Tout-Puissant et soiverain auteur de toutes choses.

« Viveni à Jamais. la. République Française et. la. Constitution co- « Joniale. »

Toussaint descendit de: l'autel de la patrie au milieu des cris pro-. férés par les troupes de vive le gouverneur. Les autorités civiles. et miltiaires [ui donnèrent l'accolade fraternelle. Une pièce de 4bra-quée sur fa place d'armes tira cinq coups de canon ;. à ce signalles forts de la ville et les. bâtimens en station dans la rade saluérent la. la Constitution coloniale chacun d'une salve de vingt-trois coups de canon, Le citoyen Fouqueau, président du tribunal civil du département du Nord, prononça un discours dans lequel il déclara que Toussaint avait reeu la récompense due à tous. les grands hommes et qu'il était le sauveur ét le restaurateur de la colonie: Le cortège se rendit ensuite’ à l'église où. une messe fut chantée avec Ia plus. grande solennité.. Après fa. cérémonie le gouverneur et. les autorités se rendirent au- palais national où il y eut un: briflant ban< quet. Le gouverneur porta un toast: à la: prosperité de la colonie, et à toutes les autorités françaises. Pendant toute la nuit qui sui-vit la ville fut magnifiquement illuminée. Le lendemain tous kes pris sonniers, exceplé ceux qui étaient détenus pour. vols .ou.assassinais, furent mis en. liberté. Ur

Toussaint fit publier dans toutes-les villes-de la colonie, avec un. appareil pompeux , au son des fanfares, des tambours et de la musique guerrière, la constitution coloniale qui n'était de:fait qu'un. acte d'indépendance. Il se hâta de la livrer à l'impression et d'en inonder la colonie. Le colonel Vincent qui partait pour France fut. chargé de la présenter à la.sanction dusgouvernement de la métro. pole. Vincent renouvela. au gouverneur ses. apprébensions pour l'avenir. Il l'exhorta surtout à ne pas l'envoyer imprimée, mais en. manuscrit, çachetée et scellée ,. pour que le gouvernement fran:

à 104 | IISTOIRE D'HaAITI—(1801)

çais pût la méditer, la modifier même s’il le fallait. —Je l'ai déjà fait publier dans toute la colonie, répondit Toussaint. — Vous avez été imprudent, répliqua Vincent ; 1l fallait attendre la sanction de la France qui probablement relusera son approbation à votre œuvre; car il n’appartiehl qu à elle seule de donuer des lois et des gouverneurs à St Domingue. — Toussaint avec humeur: si vous ne voulez pas vous en charger, je l’enverrai en France, par les Etats- Ünis, sur un bâtiment neutre. — S’apercevant qu'il avait parlé au gouverneur avec trop de franchise, Vincènt se tut, prit le paquet, le salua respectueusement et se retira. Il se rendit en la demeure du colonel Christophe, lui remit une lettre décachetée pour le gouverneur par laquelle il engageait celui ci à se défier des conseils des Anglais, ainsi que des colons la plupart mauvais français. Ghristophe lui serrant la main avec cordialité Aui dit: « Colonel » vous « êtes le seul français qui aimez les habitans de Si-Domingue ; tous « les autres les trompent et travaillent à leur rume. » Christophe tout en lui témoignant sa vénération, fui exprimait combien il se défiait de la France. Viacent s'embarqua, accompagné de plusieurs officiers européens. H arrivera à Paris le 22 vendémiaitré de Van X (144 octobre 1801) treize jours après a signature des préliminaires du traité d'Amiens. |

Viucent fut peut être le seul français de St Domingue qui ne se montra pas pertide dans ses relations avec Toussaint Louverture: Il savait combien était grande a puissance de sa patrie, que paix allait bientôt s établir en Europe, que la France provoquée anéantirait l'imprudent gouverneur auquefil avait en vain exposé de grandes vérités.

En attendant limpression que devait produire en France sa constitution, Toussaint continua toujours avec la mème ardeur son système administratif. Plus que Jamais il sentait le besoin de faire chérir son gouvernement, et de se faire considérer par les habitans de l’île comme l'homme essentiel à leur bonheur. H leva le séquestre établi sur les biens des colons qui n'étaient pas encore rentrés dans la colonie, les rappela et fit reffeurir leurs habitations. 1 croyait se les attacher par ces grandes faveurs. Des grades civils et militaires leur furent aussi distribués. Quant aux prêtres il leur accorda toutes sortes d'avantages. Aussi dans les Eglises, son nom était-il béni ! les prédicateurs, en chaire, ne l'appelaient que le Papa Toussaint, le bienfaiteur de la colonie: l'influence du clergé se dit partout sentir. A l'exemple du gouverneur, les grands fonctionnais res communiaient chaque semaine, et les meilleurs citoyens étaient les pénitens les plus zélés. ® Chaque dimanche, les troupes, après la revue, entendaient là messe qui était célébrée avec pompe; des cantiques à la louange du gouverneur étaient chantés en chœur, et à l'élévation , les tambours, la musique militaire, le canon re:

Æ Tmisrorre D'ttatri.—(1801? 195

tentissaient autour du temple. Le soir, dans les casernes, les troupes s'agenouillaient , adressaient des prières à l'Eternel.

En favorisant ainsi le clergé, il exploitait à son profit le fanalisme: les prêtres le représentaient au peuple conme un élu de Dieu. Dans toutes les villes de la colonie, des congrégations de femmes de bonré condition, de demoiselles, s'étaient formées; cet leswparoles des ecclésiastiques et des religieuses ne terdaicnt qu'à faire comprendre que Dieu permettait tout au gouverneur. Celui ci quoique vieux avail la prétention de plaire: sa mise était recherchée et coquette. D'une petite taille, fluet, l'œil vif, il avait constafnment la tête enveloppée d'un madras Jaune, el portait un petit chapeau galonné ombragé de plumes noires et blanches. Ses habits étaient couverts d'or. Il avait des prétentions à la science, à la littérature; et il se plaisait à faire äccroire aux vfliciers qui avaient commencé la révolution avee Lui, et qui Faaient connu simple et ignorant , qu'il possédait la lingue latine. Souvent 11 leur adressait ainsi la parole: Dominus tecum: ; salre Domine, Ubi gratias. ‘Îls restaient stupéfaits et ne savaient que répondre.— Vous ne savez pas le latin, leur disait 1 Eh bien! vous ne serez jamais capables de grandes choses. — Quand une voix solheitait une place quil ne voulait pas accorder il fui demaodait : savez vous le latin? L'individu restait muet; eh bien! vade retro. — Par sa puissance, par l'or quil prodiguait à ses courtisanes, il plai: sail à bcacoup de finimes blanches, noires et jaunes, Belles et gracieuses ; de son autorité Il obtenait quelquefois Icurs faveurs ; mais ce procédé ne fui convenait pas : 1 aimait, dans ses momens de loisir, à leur envoyer de tendres petits billets, à en recevoir, à obtenir des gages d'amour. Quand üne dame pénétrant dons son cabinet particulier , 1l portait hardiment la main sur ses charmes, et lui disait d'une voix tendre et nasiilarde: avez vous communié ce matin? Havait pour les femuies blanches dont les phystonomies seules ornaient sesinaguifiques salons toutes sortes d'égards : {1 avait rétabli, dans les réunions du palais national , l'étiquette coloniale. Les officiers noirs qui lentouraient voyaient avec douleur combien 1l se plaçait sous l'influence des colons autrefois ses maitres et secrétement ses plus cruels ennemis. Les généraux Dessalines ct Moyse surtout se plaiguaient de cette tendance vers l'ancien régime, le premier sourdement, le second ouvertement. |

Dans ses voyages, quand il s’arrêtait dans unc xille, il donnait dés bals et des repas somptueux où régnaient Pordre le plus parfait et une politesse exquise. Aucun des officiers civils et militaires qui joutssaient de ses faveurs, ne vivait en concubinage; s'ils ne se maridient pas , sur ses instances, non seulement ils tombaient en disgrâce, mais encore ils pouvaient perdre la vie. Cet homme d'un génie entreprenant n'oubliait pas au milieu de ses bril-

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lans succès le service minutieux de l'administration. Dans ses vas= tes bureaux régnait une activité prodigieuse. Les employés, la plupart blancs, hommes ïinstruits, ne lâissaient jemais se ‘ralentir la marche des affaires publiques. Toussaint lui même ne séjournait jamais long-temps dans un même lieu. [} parcourait l'ile dans toutes les directions , portait de toutes parts se# regards, et rien n'échappait à sa vigilance. Sa voiture qui roulait sans cesse avec la plus grande rapidité était un petit buresu où , -sur les grandes! routes, il se Hivrait aux pius sérieuses occupations. Le code rural, publié par le commissaire civil Polvérel le 28 Février 4794 n était. plus en vigueur; une ordonnance de Toussaint du 3 Août 4798 lux avait été substituée par laquelle le cultivateur avait droit à un quart: du produit des terres qu'il labourait, était dans l'obligation de se marier, de-travaiiler depuis Ja pointe du jour jusqu'à onze heures: et depuis deux heures de relevée jusqu'au commencement de la nuitss Il pouvait coptracter avec le propriétaire de l'habitation. à laquelle: il était attaché, pour un délai d'un à trois ans; s'il violait ses en= gagemens il était condamné à l'amende, à la prison, où aux travaux publics. Tous les trois mois ce code rural était lu en créole par les gérans aux culiivateurs réunis sur les habitations. Le Nord, lArtibonite et 1 Ouest étaient admirable nent cultivés depuis Pévaeuation des anglais. Après la chûte de Rigaud le général de division: Dessalines avait été chargé de. l'inspection des campagnes dans les départemens de Ouest et du Sud. 1H exerçait dans ses tournées des rigueurs inoules. Quand 1! rencontrait une habitation qui avait été négligée e,ilen décimait fatelier, faisait foueiter le” gérant. L'on. remarquait, ce qui consolait le cultivateur qui n ignorait pas sa baine profonde contre les blancs, quil ne ménageait pas les gérans européens, et quil les faisait quelquefois expirer sous Îles coups. Les pianteurs devant lesquels il ne s’inclinait jamais, et qu'il amenait “: ses pieds, portaient Met des plaintes contre Jui; mais: Foussaint qui avall besoin de son grand eourage , de ses lalens mililaires, fermait l'oreille à ces pla Dies , tout en promettant aux blancs son prochain. remplacement. L'alliance que l'intérêt avait établie eatre les colons et Toussaint devait être bientôt rompue: celni-ci se reservait de les exierminer, ,el ceux-là avaient l'espoir de le voir. tomber sous les coups de Bonarpate qui depuis peu! se montrait trèsfavorable à l'ancien système colonial.

Toussaint qui visitait le département du Nord se hâta de revenir au Port- Républicain : appelé par une dénonciation faite contre un de ses parens qu'on accusait de.vol. Un officier de ses gardes nommé Hillarion avait enlevé d'une armoire au palais du Port Républicain, un sac d'argent. L'armoire lui avait été ouverte par une femme de confiance du gouverneur nommé Victoire qui avoua tout à Toussaint. Celui ci fut au désespoir de se trouver dans la nécessité de:

puair un ami, «un parent qu'il chérissait. [l livra Hillarion à une commission militaire et se rendit à VArcahaie. Le tribunal pour

plaire au gouverneur auquel il ne supposait pas l'intention de faire

mourir Hillarion condamna celui-ci à une simple réclusion. Quand Toussaint reçut le jugement, il entra dans une violente colére, le

déchira, et écrivit aux juges qu ils eussent à mieux prononcer. Hil-

larion fut de nouveau jugé et condamné à Rene Le même Jour une foule immense se transporta autour de la place qui s'étend vis-a-vis de l'église, sur la terrasse et dans les Et voisines. À midiles 3° et 13° demi. brigades , la gendarmerie et la garde d’honneur vinrent se ranger sur Îa Dianes Hillarion placé entre deux pélotons lle soldats fuit eonduit au lieu de l'exécution. Le commandant de la place lui fit faire trois De , Suivi de son cercueil, letour du carré que formait a garnison , au son des tambours et de la musique. Le cortège s'arrêta enfin devant fa fontaine qui s'élève près du grand réservoir. Le père Lecun conlessa le condamné qui fut laissé seul, les yeux bandés , au pied de fa fontaine. H far fusillé, à une distance de cinq pas, par dix hommes de la garde d'honneur. La eitoyenne Victoire qui était enceinte fut conduite en prison où elle ne tarda pas à accoucher; quelques semaines aprés. elle fut exécutée. L'on prétendit , à l’époq ie, que Toussaint ne s'était déterminé à faire mourir Hillarion. que pai rcecque celui-ci, en lut'enlevant le sac d'argent, avait pris lecture du traité secret qu ALL fait avec le général M aitland. |

Le ‘gouverneur que la puissance ang’ aise étonnait, el qui ne l'attribuait qu'aux immenses richesses du gouvernement britannique, avait régularisé admirablement bien [a recette ei l'emploi des contributions publiques qui en 4801 entraient dans les attributions de l'admt-

nistration des finances, ainsi que tous les autres revenus consacrés aux dépenses de l'administration générale. Ces dépenses consistaient dans les émolumens des employés de l'Etat, des juges , des commissaires du

gouvernement, de la comptabilité, de la gendarmerie, des troupes

coloniales soldées, de la marine, de la guerre; dans les dépenses de la confection, de l'entretien , et réparations des grandes routes, des quais, des édifices, de la navigation inléreure, des primes et cncouragemens à l'agriculture, au commerce, aux sciences, aux belles-lettres , aux arts, de la dette publique. à

Dans les premicrs temps de la fondation, de la colonie, l'administration tout entière appartenait aux gouverneurs; ceux ci la partagérent ensuite avecles intendans qui firent entrer dans leurs attributions , Vadministration de la marine et de la guerre qui finalement leur fat accordée par le réglement de 1775. Toussaint d'après l’article 37 de sa conslitution, s'arrogea toutes les administrations sans distinction.

Par l’article 57 de la constitution de 1801, les finances de la colonie se composaient : des droits d'importation et d' exporlation ,

és

de pesage, de jaugeage; des droits sur la valeur locative dés maisons des villes et bourgs; de ceux sur les produits des manufactures, autres. que éélles' dé culture, et sur celui des salines ; du: revenu des bacs et postes; des amendes; confiscations et épaves; du droit de sauvetage sur les bâtimens naufragés ; du revenu des: ons coloniaux.

D'après Particle 58, le produit des fermages des biens séquestrés sur Jes propriétaires absens et non représentés , : faisait fprovisoirement partie du revenu public de St Domingue , et était appliqué aux dépenses de l'administration. ,

La population de Pile qui avant 14789 montait à 037,308 âmes .s était sous Toussaint Louverture de 709,000 âmes. ECPAE

En 1801 Îles produits de Ia colonie offraient ane valeur assez importante par Îles soins que le gouverneur donnait à l’agriculture. Le chiffre auquel ils ont atteint étonne, quand on songe aux guetres continuelles qui ont ravagé St- Domingue de 1790 a 1800.

Tableau FT produits de 1801.

Sucre terré | 46,540 Liv. p.' . Sucre brut 18,518,572 — Café | 43,290. 270 — Coton 2,480,340 — Cacao "648,5 518 — ; Campêche | 6,768, G34 — Sirop 99,419 — Gomme de Gayac ad 15,519 — Iudigo SO4 — Bois d'acajou a us

11,829, 893 Acalou à planches, Acoma, Amandier, Bambou, Chêne des Antilles, bois de cochon, ou Sucrier des montagnes, bois de fer, Figuicrs audits, bois immortel, bois marbrs, bois de pelmiste, bois de ramier bois sifileux, bois travernou.

Ces objets donnaient en li-

vres tournois une somme de: 6,773,951 Cuirs -tannés, livres tournois : Eat 610 Cuirs en poil 259,306 Pour la ferme des boucheries Fe 600

… cs ms ie nt me

7,389,861 Le.

1 existait dans toute l'ile, de Samarna à Tiburôn, 31,182 che.

vaux, 48,825 mulets, 247 “ét bêtes à cornes et porcs.

Le gouverneur trouvait le moyen de porter les dépenses bien audelà des recettes, quoique celles ci fussent du double des dépenses; il faisait entrer dans ses caisses particulières la moitié du produit des revenus, se plaignait cependant des dépenses qu'il était obligé de faire, et de l'état de la colonie privée d'une caisse d'amortissement. Il voulait établir un impôt supplémentaire de quinze millions en imposilions somptuaires et foncières pour égaliser, disaitäl, la recette à la dépense.

En l'an 9 (4801 ) l'Etat des dépenses présenté à l'assemblée centrale par l'administrateur général des finances, le citoyen Vollée,

s'élevait à 34,942,408 francs. Ce buget était extraordinairement |

chargé : : y était porté quinze demi-brigades quand le nombre réel nen était que de treize. Depuis la chute de Rigaud les demi-brigades de 2,000 hommes chacune avaient été réduites à 1,209 ; ce- » pendant on avait porté la force effective de chacune à 4,500 hommes. L'armée en réalité, depuisgla fin de la guerre civile, n'etait que de 18,183 hommes; elle était portée à 22,500.

Qu'on ne pense pas qu'il fut loisible aux employés civils et milt: taires de dilapider. Le gouverneur seul jouissait des dilapidations des finances de l'Etat ; et ceux qui parvenaient à de grandes fortunes, A étaient riches que par ses HU les produits de leurs terres alors en valeur.

D'après l'état des dépenses l'armée était largement payée ; ce ‘qui était faux. Le soldat en garnison dans les villes, quoiqu'il füt .caserné avait la faculté d'exercer son industrie; il ne recevait du gouverneur que douze sous par jour pour sa nourriture. L'offi. cier jusqu'au grade de capitainc inclusivement ne recevait qu un franc Par jour. L'armée ne touchait réellement chaque année que 4,542, ‘600 francs ; cependant 1l était porté au budget de 1801 16,540,226 francs. Ce qui fournissait à Toussaint un bénétice de 41,997,626 ‘francs, sur un seul article de dépense. Il réunissait ces fonds afin quil put mieux soutenir contre la France celte Constitution qui le rendait presque indépendant.

Tous ses généraux occupaient d'immenses habitations. Dessalines, pour son comple, administrail une trentaine de sucreries; elles lui produisaient au moins, chacune, un revenu annuel de 100,009 francs. Toussaint avait le siège de son gouvernement tantôt au Cap, tantôt au Port Républicain. Dans ces deux villes , les paltis nationaux étaient richement ornés et occupés par sa garde d honneur.

‘L'armée coloniale bien armée et parfaitement disciplinée formaut

trois divisions, depuis la chûte de Rigaud. Elle exécutait les évolutions les plus savantes, et pouvait rivaliser avec les troupes euro-

péennes ; elle était aguerrie par onze années de guerres. En 1791

£] ee 110 HISTOIRE D'HAÏTI. (1801)

lorsqu'elle ne formait hoé des bandes elle avait combattu avec avan

tage contre les planteurs et les petits blancs; plus tard elle avait.

vaincu de belles et braves troupes anglaises ; enfin la dernière guerre, celle contre Rigaud, guerre de frères contre frères, la plus terrible, la plus sanglante, avait achevé de la rendre formidable. Mais

les troupes du Sud composées des citoyens de ce département nour=

rissaient contre Île gouverneur une haine implacable qui éclatera avec fureur, aussitôt après l'arrivée à St. Domingue de Lex PÉTER de Leclerc.

Le général Moyse, inspecteur général de culture dans le Nord, neveu de Toussaint, commandait la première division da Nord.

. La division de l'Ouest et celle du Sud étaient sous les ordres de

Dessalines. La division de lEst ou de la partie espagnole était commandée par le général Clervaux qui se tenait à Si-Yague. Dessalines était le seul divisionnaire qu’il y ent dans l’armée. Il se

tenait à St-Marc; et sous ses ordres, dans le Sud, Laplume eom-

mandait aux Cayes, Nérette à à St Louis , Mamzelle à l'Anse-à-Veau, Desravines à Tiburon, Dommage@ä Jérémie; dans l'Ouest, Charles Bélair commandait à lArcahaie, Dieudonné Jambon à Jacmel, Gabart à St Marc. Tous ces ofliciers tirés des troupes de Toussaint avaient été placés dans ces différens commandemens après la chûte de Rigaud.

Le “général Moyse avait sous ordres dans le Nord, le colonel Christophe ,; commandant du (Cap Français, auquel était adjoint Eamothe Aïgron; Maurepas, devenu général de brigade, commandant du Po’t-de-Paix. Moyse avait sous sa surveillance le département de Samana, quoiqu'il füt compris dans l’étendue du commandement du général Clervaux, homme de couleur, dont le gouver-

neur se défait malgré les preuves de dévouement qu'il lui avait

donnés.

Le général Paul Louverture, frère de Toussaint, commandait à Sto-Domingo.

Les troupes étaient cantonnées ainsi qu'il suit: la 2e. demi-bri-,

gade au Cap-et au Limbé, la 5e. au Fort-Liberté ; la 9e. au Portde - -Païx 5” les 3e. et. 486. au Port. Républicain; la 4e. à St-Marcet

à Jérémie ; la Te. à l'Arcahaie ; la 8e. à Léogane; les Ale. et

42e. aux Éayas: la Aôre à Samana : la Ge à St-Yague ; là 10e. à Sto-Domiugo. La garde d'honneur, forte de 1,609 hommes d’infanterie et dé 400 chevaux, tenait garnison tantôt au Cap, tantôt au Pôrt-Républicain. Gent hommes de cavalerie aécompagnaient toujours le gouverneur quand il faisait ses tournées. L'état-major général de l'Ouest était sous les ordres du général de brigade Agé;

celui du Nord, sous les ordres du général d’'Hébécourt. Idlinger directeur des domaines, au grade d'adjudant-général, résidait au. Port-Républicain , ainsi que Pascal, secrétaire-général. Aller, se

HISTOIRE D’HAÎTr.—(1801.) 114

crétaire près du gouverneur, et Vollée, administrateur général des finances, se tenaient au Cap.

Pendant cet intervalle, l'Assemblée centrale contiuuait activement ses travaux législalifs, et sefforçait d’asscoir la colonie sur des bases solides, par une organisation puissante. Le 24 Messidor (13 Juillet 1801), sous la présidence du citoyen Borgella, elle rendit une loi sur la division du territoire en départemens* arrondissemens et paroisses. Lile entière fut divisée en six départemens : du Sud, de l'Ouest, de Louverture, du Nord, de Cibao ou de Samana, de l'Ozama ou de l'Ingano. Le département du Sud, chef-lieu les Cayes, renferma quatorze paroisses ; celui de l'Ouest, chef lieu Port-Républicain, quatorze paroisses; celui de Louverture, chef-lieu les Gonaïves, quinze paroisses; celui du Nord, cheflieu Je” Cap-Français , vingt-quatre paroisses; celui de Cibao, chef lieu St Yague, einq paroisses; celui de l'Ozama, chef-lieu Sto- Domingo, treize paroisses. Le département du Sud renfermait cinq arrondissements militaires; celui de Ouest, six; celui de Louverture, quatre; celui du Nord, six; , celui de Cibao, quatre; celui de l’'Ozama, trois. |

Dans sa séance du 26 Messidor an 9 1801 (15 Juillet } l’assemblée rendit une loi concernant la -religion {catholique apostolique et romaine portant qu aucun ordre, décret ecclésiastique , quotqu en

matière purement spirituelle ne pourrait être exXÉCULÉ , dans la co- Jonie, sans le consentement du gouverneur ; que les miaistres du culte sur Ha présentation du préfet apostolique seraient nommés par le gouverneur qui leur assignerait Fétendue de leur administration spirituelle; qu'il y aurait un préfet apostolique dans la colonie , qui se tiendrait au lieu de la résidence ordinaire du gouverneur; que les

ministres du culte seraient salariés et logés par les administrations municipales des paroisses qu'ils desserviratent. Le 29 Messtdor (18 Juiliet 1081) une loi fut rendue sur les enfans ns hors mariage par laquelle la loi n'admettait pas la vérification de la paternité non avouée devant l'officier public. La même loi portait que l'enfant d'une femme non mariée avait pour père celui qui le reconnaitrait dans les formes. prescrites ; que nul enfant né hors mariage ne pourrait. être reconnu par un pére engagé dans les liens du mariage, que celui qui ne connaîtrait pas ses ‘parens serait appelé orphelin, comme celui qui les avait perdus; que les entans nés hors mariage d'un père qui décéderait sans avoir élé marié, ou veuf sans laisser d'enfant ou descendant légitime, auraient la moitié des biens de la succession dans laquelle moitié seraient compris les avantages qu'ils auraient pu recevoir de leur père de son vivant, autres que leur nourriture , entretien et éducation. = e* L'assemblée rendit le 4 Thermidor an .9 ( 23 Juillet. 1801 ) une

112 Histoire D'HaArTi.—(1801).

loi sur l'organisation des tribunaux dont les principaux articles étaient les sutvans :

Article 7. Il sera établi des tribunaux de première instance dans! les villes ciaprès savoir: Au Cap, au Fort Liberté , au Port:de* Paix , aux Gonaives, à Hinche, au Port Répui blicain, à Léogane , à Jacmel , aux Cayes, à Aquin, à Jérémie, à Sto. Domingo , à Seybo, à Azua, à SÛ. Yague, à Samana. |

krticie 44. Les tribunaux de première instance connaîtront de toutes les matières civiles, criminelles, maritimes, commerciales, conformément aux ordonnances Y relatives. É à

- Article. 48. El sera établi deux tribunaux d'appel ; l'un sera placé à St. Marc, et comprendra dans son ressort les départemens du Nord, de Louverture, de l'Ouest, et du Sud; l'autre sera placé à Santo. Domingo , et comprendra dans son ressort les départemens de Gibao et de. Ozama. | |

Artiche 32. Il sera établi un tribunal de eassation pour la colonie.

Article 33. Ce tribunal siégera dans la ville où résidera ordinairement legouverneur.

Art. 34. Il sera composé d’un président , de huit juges, d’un commissaire du gouvernement et d'un greffier.

Art. 50. Il sera établi près du tribunal de première instance séant au Cap, six défenseurs publics; cinq au Port Républicain ; quatre aux Gonaives; quatre à Slo Domingo ; quatre à St Yague ; quatre prés des autres tribunaux, et six près du tribunal d'appel séant à Si-Marc. ; |

Art. 61. L'instruction des procès au civil, se fera suivant l’ordonpance de 1667, tant dans Îles tribunaux de première instance que dans cs tribunaux d'appel.

Art. 64. La procédufe criminelle sera instruite, suivant l'or: dongance de 41679, sauf quelques modifications. FORGE

Art. 83. Les tribuaaux se eonformeront, lant en matière civile, criminelle, commerciale , que maritime, aux ordonnances de 4667 , 1670, 1673 et 1681; pour les donations. à l'ordonnance du mois de Février 1731; et pour les testamens à celle du mois d'Août 1735, en tout ce qui nest pes contraire à la Constitution de St Domingue.

Art. 84. Les successions directes et collatérales, et celles défé- rées aux ascendans, seront réglées par fa coutume de Paris sous la. réserve des droits des enfans nés hors mariage, lesquels ont été fixés par la loi du 29 Messidor an 9 (18 Juillet 1801 ). |

Au surplus les dispositions dela coutume de Paris seront, à l'avenir, exécutées à l'exception de: celles concernant le retrait lignager qui demeure aboli , et l’âge de majorité qui demeure fixé à vingt el un an accomplis, tant pour les hommes que pour les femmes.

Art. 85.. Les successions vacantes seront gérées conformément à

HISTOIRE D’uaiTI.—(1801) 113

‘édit de 1781, par lés curâteurs qui résideront près de chaque tribunal de première instance, et qui fourniront cautions solvables pour raison de leur caisse devant le juge et le commissaire du gouvernement près de chaque tribunal, ÿ

Art. 98. Les substitutions sont abolies; toutes instances y relalives, actuellement pendantes , sont et demeurent éteintes, conformément à la loi Ëdu 25 Octobre 1792.

Art. 99. Les exhérédations par testamens des pères et mères sont .prohibées. |

L'assemblée rendit une loi sur les notaires, arpenteurs, officiers de santé, pharmaciens , vendeurs publics, sur les prisons, maisons de détention, les concierges et les gardiens (25 Juillet 1801) 6 Thermidor an 9, par laquelle il y eut six notaires au Cap; quatre au Port-Républicain, et dans chacune des autres paroisses. [y eut un arpenteur à résidence dans chaque paroisse; dans chaque département, on établit un conseil de santé, chargé d'examiner les candidats qui voulaient exercer la profession de médecin , de chirurgien ou de pharmacien.

Le.9 Thermidor (28 juillet 4801 } une loi sur les administrations municipales fut rendue. Il y eut une administration municipale par paroisse. Dans Îes paroisses où siégeaient les tribunaux de première instance ou d'appel, les administrations municipales furent compoposées d’un maire et de quatre administrateurs. Dans les autres paroisses elles n'étaient composées que d'un maire et de deux administrateurs. Les maires avaient exclusivement la police des lieux publies, des spectacles, des bals , maisons de jeu, hôtels garnis , au- berges et cabarets. Ils recevaient un traitement proportionné aux moyens de la paroisse. Ils étaient des espèces de juges de paix qui prononçaient lamende sur la peine de détention, et la détention sans l'amende. Il y eut aussi des commissaires de police ; et les officiers | de l'état civil faisaient les mariages, recevaient les déclarations de naissance et de décès, conformément à la loi du 20 Septembre 1792.

Le 44 Messidor (30 Juillet 4801) loi sur la garde nationale non soldée par laquelle, d'après l'article 2 l’äge requis pour y entrer fut fixé à quatorze ans, et pour en sortir à cinquante cinq ans révolus.

Le 13 thermidor an S (4* Août 4801) loi sur les dettes particulières, sur ies baux à ferme etles dettes en provenant, el sur les delies provenant d’acquisitions d'immeubles. ed

Le 45 Thermidor (3 Aoùt 1801) l'assemblée rendit sur l'administration des finances une loi dont les principaux articles étaient les suivants :

Aït. 1 Il y a dans la colonie un adininistrateur général des finances et un trésorier particulier. |

Art 5. Les receveurs près des" douanes perçoivent les droits suIvants : Ceux d'importation, d'exportation, de pesage, de jaugeage,

de sauvetage des bätimens naufragés, ét toutes Îles corifiscations prononcées en faveur des douanes. Les receveurs et les trésoriers perçoivent les droits mis sur les loyers des maisons, manufactures d'industrie et salines. Tous les ans il sera dressé ‘un état général et fixe des dépenses de la colonie. |

Le gouverneur de la colonie détermine le nombre de troupes né cessaires à la sûreté intérieure -et extérieure.

Art. 27. Tous les dix jours le conseil d'administration “des dilférents corps de l'armée recevra des trésoriers ou receveurs le montant de la paie des hommes effectifs, portés sur les états des revues passées par les commissaires des guerres.

Art. 39. Au gpuxerneus seul appartient l'administration des arse: naux.

Le 18 Thermidor an 9 (6 Août 1081) fut rendue la loi sur les émigrés et leurs biens situés à St. Domingue. Par cétte loi les émigrés sous aucun prétexte et dans aucun cas n'étaient admis*à renirer dans la colonie. Toussaint n'avait proposé cette loi quepour favoriser ceux des siens qui jouissaient de ces biens, car 11 lux arrivait souvent d'exhorter certains. colons réfugiés àjl étranger, à les venir s'établir à St. Domingue.

Le 19 Thermidor an 9 (7 Aoùt 4801) loi qui supprime Îles greffes de l'ancien conseil supérieur du Portau Prince , de la séné:. chaussée de St. Marc, et des anciens tribunaux de commerce.

Le même jour, loi qui prescrit que le département de Louverture sera représenté à l'Assemblée centrale.

Dans -la même séance l'Assemblée vota une loi indiquant le mode de constater les décès survenus par des causes violentes aux époques malheureuses de la révolution, et de suppléer aux titres de propriété qui avaient été perdus ou incendiés, par des actes de notoriété.

Le 21 Thermidor an 9 (10 Août 1801), elle mit, par une doi, les tribunaux en aclivité; et le jour suivant elle rendit une loi sur les délits et les peines de la compétence des tribunaux spéciaux, banicie2 2 était ainsi CONÇU :

« Toute personne convaincue d'avoir volé sur les habitations où Len nd chemins, soit chevaux , soit malets , soit bourriques, soit bêtes à cornes, sera condamnée à la peine de mort. »

Le 23 Thermidor an 9 (11 Août 1801) fut rendue la loi qui réglait la manière de procéder aux jugemens des délits de la compétence des tribunaux spéciaux.

Le lendemain 12 Août, l’Assemblée centrale rendit sa dernière loi par laquelle elle détermina le costume de ses membres. Ceux-. ci devaient porter dans les cérémonies publiques habit de soie bleu foncé doublé de taffetas blanc, avec bouton d'un seul côté, de la même -étoffe que Lhabit, une médaille en or décorée de l'effigie de la

HISTOIRE D’HAITI.—(1801) HEA 115

Liberté, avec ces mois: Membre de l’Assemblée Centrale de Sainta Domingue ; laquelle devait être placée du côté gauche, veste et culotte de soie blanche, et bas de soie blancs, ceinture tricolore, de soie, avec franges bleucs , Chapeau noir uni et à cornes. Ayant ierrminé sa première session qui fut aussi la dernière , l'assemblée expédia au gouverneur toutes les lois qu'elle avait rendues. Aussitôt après la lecture du paquet, Toussaint écrivit à l'assemblée la lettre suivante en date 40 Fructidor an 9 (28 Août 1801.) |

Toussaint LOU VERTURE , Gouverneur de Saint-Domingue, Aux membres de l’Assemblée Centrale de St. Domingue. Citoyens Législateurs,

"Je me Suis empressé de lire attentivement les lois organiques que Vous m avez remises. En annonçant à vos concitoyens qu ellesseraient le développement de la Constitution que vous leur avez donnée, Vous n'ayez point trompé leur espoir. On ne peut rien voir de plus concis ni de plus clair; ils trouveront dans ee recueil de lois, écri- tes en lettres Reliciblés , leurs devoirs, leur bonheur, la prospérité de leur pays; il sera le régulateur du fonctionnairé publie et du particulier , l'appui du faible contre les entreprises du plus fort, le refuge de l'innocence et le vengeur du crime. Pénétré d'admiration pour ce monument immortel de voire attachement à votre pays, je ne saurais trop {ôt vous témoigner toute la satisfaction que sa lecdure ma causée et vous assurer de la part du peuple de St. Domingue , les sentimens dé respect et de reconnaissance qu'il vous: conservera pour ce bienfait qu'il vient de recevoir de vous , lequel va le convaincre quil ne s'est pas trompé dans le choix qu'il a fait de Ses législateurs. Vous avez rempli l'espoir de la colonie entiére, et comme en étant le chef, je vous déclare que vous avez bien imé- “rité d'elle; et si auprès de ce lémoignage authentique de la reconnais- ‘sance publique , Mes sentimens particuliers peuvent êtré de quelque prix, agréez ceux de mon estime el de ma considération.

PO oalut et” LOODCGL, À \ TOUSSAINT LOUVER URE.

L'Assemblée centrale lui répondit :

Gitoyen Gouverneur,

Votre lettre du dix de ce mois contient les expressions Îles plus flatteuses pour nous. Dans ce témoignage de votre satisfaction, nous strouvons. Ja récompense de nos (ravaux , A le présipe que vous

116 WisToire p'Harri.— (1801)

nous annoncez de la prospérité de celte colonie. Nous men doutons pas , citoyen Gouverneur , un avenir heureux sourit encore à SL. Domingue. Sous vos auspices le cultivateur reprendra avec gaité ses instrumens aratoires, parcequ'il sera assuré qu'en vain il narrosera pas la terre de ses sueurs Le militaire plein de ses devoirs se bornera à défendre le poste d'honneur qui lui sera confié; la subordination, l’aménité et le courage seront les vertus qui le distinguerout. La justice reparaîtra dans tout son éclat: Une administration simple et uniforme rétablira le crédit et la confiance. Dans le cœur de chaque fonctionnaire une noble émulation excitera et entreliendra les plus précieux sentimens ; tous, à l'envie, Ss’empresseront de suivre les traces de celui qui a su mettre un terme à nos malheurs. Votre nom ne cessera d'être cher au peuple deSt.- Dormingue; il suffira de le proférer , pour indiquer à chacun la route qu'il doit “tenir. La Constitution et les lois vous imposent une grande tâche, mais elle n'est pas au-dessus de vos forces physiques ‘et morales. *Nous pouvous dire avec assurance qu'elle est digne de vous , et que vous la remplirez entièrement , parce que nous coRnaissons vos rares vertus. Le gouvernement de la métropole ajoutera à la récompense qui vous a été décernée: il se rappellera qu'il vous doit Ja conservation et le rétablissement d'une colonie abandonnée , livrée aux ennemis, €t déchirée par une infinité de factions; il apposera le sceau de la Lors à la Constitution que la colonie s'est donnée ss. 3; 1 y applaudira: ,.,....,1lapprouvera, parce qu'ilver=" ra dans cet acte le premier pas au retour de lordre social; 11 Pappiouvera parce quil sait que la prospérité de cette ile tournera à l'ayantage de fa métropole, et qu'une colohie doit être agricole ct paisible, | à

Pour nous, mandataires du peuple dont vous êtes l'espoir et la consolation, nous ne terminerons point Celle session , Sans VOUS assurer | citoye en gouverneur , que dans tous les temps, vous nous trouverez "disposés à seconder vos vues bienfaisantes ; l'attachement que nous vous portions, et qui est fondé sur la reconnaissance publique, « el que vous ont mériié \os belles actions, vous en est un sûr gàrant. Agréez, nous vous en prions, celte expression de nos cœurs, de même que le sentiment de notre respect.

Signé, BorGeLLA, Président, Raïmonn, CoLLer, Gasron, No- GERÉE , Lacour , Roxas, Mucxoz , MamceBo , E. VrarT, Secrétaire.

Quelques jours après les députés se retirèrent dans leurs départes mens respectifs.

Depuis la prise de possession de Ja partie de l'Est, la colonie marchait de prospérité en prospérité; l'agriculture, l'industrie florisfaient; celte Lerreur qui régnait partout s'était évanouie; il n‘y avait

ds HISTOIRE D'HAITI. (1801) . 117 plus d’ Hecinsns pour. cause politique; les hommes de couleur qui n'avalent pas été sacrifiés cireulaient partout sans crainte ; on avait pour eux les mêmes égards que pour les noirs et les blancs : ils n'avaient’ plus besoin d'être cautionnés prur être respectés ; on n’entendait plus ni dans les ‘villes nt dans ee campagnes aucun propos de castes; le vagabondage était réprimé ; les enfans qui-appartenaient aux familles indigentes. “étaient: élovés par l'autorité qui leur faisait apprendre des. métiers; on leur enseignait-en outre à lire: et à écrire ainsi que les principes de la religion ; mais le- pouvoir le plus absolu se faisait partout sentir ; le cultivs eur était -assujett à un travail forcé, et le blanc soutenu de la forte autorité du gouvergeur occupait toujours le premier rang de la: société colaniale. En même temps: Toussaint faisait partout” exécuter. les lois de. L'assemblée centrales et se montrait réellément- aux-yeux du mont de Le régénéraleur : de St Domiugue: Il instalfa au Cap-le tribunal d'appel. Il-se rendit. “ensuite au Port Républicain où -il installa le tribunal de cassation.

Un homme de cœur, mais d'intelligence sans: culture ,. va bientôt rompre { harmonie qui existait déjà emtre-toutes les classes dela société. Alors aucune insurrection n'eut pu-résister à la puissance du: gou- - verneur.. Dans le départeme at-du Nord ; l'agriculture “re la direc- Won: du général Moyse n était pas aussi florissante que dans l'Ouest et: dans le Sud, sous la direction de Dessalines.Moyse se refusait à employer les moyens: violens pour contraindre les cultivateurs au travail Il disait qu'il n'etait pas le bourreau des:siens, que les noirs ñn avaiegt -pas ‘conquis-leur Hberté pour exploiter encore sous: la ver: ge et le bâton les propriétés des blanes. Il demandait que le gouverneur son oncle vendit les terres de:} Etat aux officiers subalternes et même aux soldats. Toussaint. au coutraire ne voulait pas du morcellement des terres et continuait. le système des grandes habitations. [Il avait, prétendait-on, le projet de se fake proclamer roi. dé St. Domingue,.et les trésors: qu'il amassait devaient être employés à l'exécution -de-son plan. Déjà on Fentendait se vanter de son grand père Gaou Guinou qui-avait été en Afrique un des rois guerriers des Arradas. Moyse protégeait les culiivaieurs ‘contre les wexations des blanes , et faisait distribuer rigourcusement aux premiers le quart qui leur revenait: dans les produits. |

"Aussi était-il l'objet de toutes sortes de plaintes : on l'accusait de négliger ses devoirs et de souffrir que le désordre régnàt dans les eampaägnes. Quand il recevait-des reproches du gouverneur, H disait: jeo ne maltraiterai jamais les, miens; le. gouverneur me parle toujours des intérèts de la: France ;. mais ces intérêts sont ceux des colons blancs. IL ne sympathisait pas. avec le système en Vigueur qui éloignait. des fonctions : publiques les. hommes de couleur éclairés. Il avait cru découvrir que le but de son oncle était de rétablir l'esclavage dans les çampagnes, et. de créer une.

118 HISTOIRE p’rarTi.(1801)

aristocratie noire et blanche.. Cette disposition de la Constitution par laquelle des africains pouvaient être transportés à St. Domingue comme cultivateurs, le contirmait dans cette opinion; c'était une masse nouvelle qui n'ayant pas connu la Hberté l'aurait éteinte. Le système de Moyse par lequel les grandes habitations devaient être morceilées inquiétait d'autant plus Toussaint, qu’il pouvait renverser

le sien en séduisant Îles masses. Ce système alers nouveau qui dé=

truisait radicalement le régime colonial était à cette époque considéré comme désorganisateur et contraire à toute prospérité agricole. * Fous:

saint voulais devenir indépendant par l'union du noir avec Jecolon | blanc, tandis que Moyse s’eflorçait de le devenir par l'union du.

noir avec le jaune. En 1803 Dessalines ne délivrera le pays du joug de l'étranger qu'en réunissant contre les français le nègre et le mulâtre:

Néanmoins le général Moyse se trompait sur les véritables intentions de Toussaint Louverture qui ne rêva jamais au rétablissement de J'esclavage, et qui s'inquiétait sans cesse du sort des siens après sa mort. Nous avons déjà exposé les causes de son système de eulture : amasser des richesses pour se réndre fort et indépendant. Les plaintes contre Moyse se renouvelatent sans cesse. En même temps le gouverneur apprit avec indignation qu'il avait demandé vingt-mille . plasires par an à une compagnie de négocians qui lui avaient offert d'exploiter ses terres dans le Nord. Ceite circonstance acheva d'irs riter Toussaint qui le menaça de sa disgrâce s il laissait à d’autres

qu'à lui le soin de gérer les propriétés quil possédait à titre de …

fermier. Le gouverneur regardait comme d'un mauvais exemple qu'un inspecteur de culture ne se livrât pas lui-même à l'exploitation de ses biens. Moyse obsédé de menaces , contrarié dans toutes ses idées et ses entreprises, résolut de sarmer contre le gouverneur . dont le système ,. à son avis, faisait le malheur de St. Domingue. 11 se tenait au Cap, chef-lieu de son commandement ; il était toujours en luite avec les blanes qui fiers de la protection du colonel Christophe, n'avaient pas pour lui les égards qu'ils lui devaient.

Dans le courant de Vendémiaire an 140 (Octobre 1801 } il setrama au Cap une conspiration dont les rayons se prolongeaient au Port-Margot, à la Marmelade, au Dondon, enfin dans toute la pro= vince du Nord. Par une matinée du 25 Vendémiaire (47 Octobre }

Je général Moyse sortit du Cap , réunit plusieurs centaines de ca*

valiers et parcourut la plaine du Nord organisant l'insurrection qui devait éclater le 29 Vendémiaire. En effet dans la nuit du 29 au 30 du même mois (du 21 au 22 Octobre) des mouvemens insurrections

. *'Toussaint Louverture se hâta d'autant plus d’étouffer la révolte dé Moyse, que le système de celui-ci fiattant les intérêts des cultivateurs. pouvait facilement porter les masses à une insurrection générale. C'est ce même systéme qui, mis en pratique en 1812 par le Président Pétion, fit tomber Christophe dont la puissance paraissait inébranlable. pe

La

ñels se manifestérent dans .presque tout le département du Nord. Déux-cent cinquante blancs furent massacrés tant dans les plaines que: dans les mornes. Le signal de la révolte était donné dans un moment où [a tranquillité établie par. là terreur: régnait: de toutes parts. Moyse entreprenait une guerre dont le but était Pextermination des blancs ,. l’union des noirs et des jaunes et l'indépendance de son pays. L'on: disait dans les: campagnes du Nord que Dessalines et Christophe avaient consenti au projet du. rétablissement de lesclavage par Île gouverneur.

Toussaint se trouvait aux Verrettes se disposant à se rendre dun. là partie de L'Est pour y organiser kes trihunaux: d'après sa Constitution , quand le général Dessalines qui l’accompagnait reçut uneletire” des Gonaives par laquelle on fui annonçait que la plus-grande. parue du Nord.s'était soulevée: Le gouverneur n'avait pas les moin: dres indices de cetie conspiration. Après avoir envoyé l'ordre à la e. demi brigade, en garnison .à St. Mare, de partir pour les Gonaives, 11 se transporla avec sa rapidité ordinaire à la Petite Rivière de: PArubonite: Il se détermina à étouffer tout de Suite par les plus. grands sacrifices une insurrection dont Îles principes ne pouvaient: être à son avis que subyersifs de toule sociclé. Le 2 Brumaire il: atteignit les Gonaives. Déja le colonel Vernet en détail sorti à la. (le d'un bataillon de la Te. et d’un détachement du bataillon dés. Gonaïves, marchant sur le bourg de Plaisance qu'occupaient les. insurgés. A son approche les révoltés abandonnèrent le bourg après. Sy étre livrés à de grands exeës. is annoncèrent en se retirant: que bientôt le général Moyse viendrait se mettre à leur-tête. Toussdint qui était sorti des Gonaives pour établir son quartier-général: à Cocherel, y rentra aussitôt qu il eut appris l'importance de l'in-. Surrection. Il ordonna à Dessalines d'ailer chasser les insurgés des: . auteurs de Plaisance , et se résolut à combattre en personne le général Moyse. Ii se rendit aussiiôl avec deux compagnies de sa. garde à chévalau bourg de Louverture ( Ennery ); l'ordre y: régnait. par l'énergie du commandant Claude Martin. Hi apprit que les iüsurges sétaient emparés de fa Marmelade; le” Be «maire 1k marcha. contre eux précédé d'un éscadron de sa garde, el suivi:dé deux compagnies du bataillon des Gonaïves, comniantées par:les citoyens Jean Charles et Coco. Des.quil découvrit les insurgés. il les fit attâquer à la baïonnette ; ils abandonnèrent la Märmeélade fuyant dans. lé plus grand désordre , chargés par les dragons. ls se: réfugiérent. vérs là Souflrière, promettant. de- revenir bientôt avec le, général Moyse. Toussaint s'élança contre eux , les culbuta à. là Souffrière, à la Ravine Dorée, au Fond Bleu, à la Grande Riviére , au quartier de Perigourdin , à la Rivière. Borée, et les dispersa totalement dans les” bois.

Pendant cet intervalle le général Péssalines , à Ja tête du premier

bataillon de la 4e. commandé par Gabart , pénétrait dans le Nord se faisant suivre de toutes les gardes nationales qu’ikrencontrait sur som passage. En quelques jours les quartiers insurgés furent inondés des bataillons formés des citoyens de Vallière, de St. Raphaël, et du Gros-Morne. Quand il arriva à Plaisance il lerrilia les cultivateurs qui furenten grand nombre massacrés; on n'entendit pas une seule décharge de mousqueterie ; ces malheureux furent tués à coups de sabre et debaïonnette. Les soldats de la 4e. passèrent au fil de l'épée un quart de la population ; on poignarda tous les prisonniers qui furent amenés devant Dessalines. Aprés avoir rétabli l'ordre dans la commune: de Plaisance , par une affreuse extermination , le général Dessälines se lança à la poursuite de Moyse qui parcourait les campagnes, exeitant toujours les cullivateurs à la révolie. Déjà Moyse avait été abandonné d'un grand nombre de ses partisans découragés. Il ne pouvait lutter contre l'activité de Toussaint et l'audace de Dessalines:

En même temps le colonel Henri Christophe commandant dej Parrondissement du Cap avait par son activité et son énérgie rétabh l'ordre dans les quartiers soumis à son autorité. Le Cap était le foyer de la révolte. Elle y avait ausst éclaté dans Ja nuit du 29 au 30 Vendémiaire. Christophe apprenant par une lettre du commandant de la place que la ville devait être livrée au pillage, se rendit au Carénage et y rencontra de nombreux rassemblemens qu'il dispersa. Mais un des agitateurs , nommé Troisballes , voulut parlementer avec lui; il fut arrêté, conduit à F'arsenal du Cap où il fut emprisonné sous la garde du commandant Aurange. Dans son interrogatoire qui eut lieu pendant la nuit il dénonça un grand nombre de ses complices, entre autres les nommés Saintonge , chef des mou- vemeus du port, Jean-Baptiste Lebon et Bonhomme de l'habitation Bailly. Christophe se rendit chez ceux qui avaient été dénoncés et les arrêta lui-même. Dans la même nuit trente individus farent conduits en prison. Christophe et le commandant de la place Barada, officier blanc, parcoururent ensuite la ville éntière, dispersérent plusieurs attroupemens et arrêtérent quelques ciioyens. Ils cntendirent tout-à coup une décharge de mousqueterie ; 1ls se transportèrent aussitôt dans le quartier d'où la détonnation était sortie; ils essuyérent un feu assez vif, et Christophe eut un homme tué à ses côtés, Les révoltés allaqués avec vigueur furent débusqués; ils sortirent du Cap, etse retirèrent dans les mornes, après avoir abandonné leurs morts et leurs blessés. Christophe avait pris de telles mesures que le lendemain 30 Vendémiaire l'ordre régnait au Cap et dans les environs. Peu de jours après des insurrections éclatèrent à l'Acul, au Limbé, au Port Margot. On nentendit partout que le cri de mort aux blancs. Christophe sortit du Cap avee un bataillon de la 4° demi brigade, un bataillon de la 5° commandés par les chefs de bataillon Rouanez et l’Africain, les dragons de la garde nationale, et marcha sur

RE Î HISTOIRE D'HA1Ti—(1801? 121

PAcul. Quand il atteignit l'habitation Vaudreuil il rencontra lavant garde des révoltés se dirigeant sur le Cap; il laltaqua et la culbuta. Au Morne-Rouge, 1l eut à s'opposer à la marche de deux colonnes : une s'avançait par le chemin de la plaine du Nord, Pauire par le chemin de l’Aceul ; elles devaient se réunir pour assailhr le Cap; il les attaqua avec impétuosité et les dispersa dans les bois. Quand il arriva au Limbé il trouva toutle quartier en insurrection. M Joseph Flaville qui y commandait n'avait rien fait pour contrarier le mouvement; il l'avait au contraire secrètement excité. Christophe laccabla de freproches ; il lui répondit que le peupie était libre de faire ce qu'il voulait, que du reste ïl n'avait pu s'opposer à la révolte. Christophe ne se sentant pas assez fort pour le lire arrêter, partit pour le Fort Margot. Il déployÿya dans ce bourg une rare énergie, y rétablit l'ordre, et remit au commandant Joti-. cœur l'autorité qne les insurgés lui avaient enlevée. Ii se häta de retourner au Limbé où d’autres troubles avaient éclaté pendant son absence, Le commandant Flaville, qui s'était enfin prononcé pour la révolte fut arrèlé, envoyé à l'Acul d'où il fut conduit par mer auvCap. IL fut emprisonné dans la maison d'arrêt. En mème temps Pordre était maiatenu au Cap par l'attitude ferme du commandant demta place, de la gardé nationale, et de la deuxième. demi-brigade commandée par le colonel Jasmin. Christophe établit son quaruer général sur l'habitation Fage. Le général Moyse açant vu échouer tous ses projets tenta de soulever le Cap ; il eut l'audace d'y pénéfrors Anais il fut accueilli avec] tant d indifférence par les habitans, quul en sortit deux :héuics après dans la crainte d'être arrêté. I atteignit le Dondon. d'où ïl annonça au commandant de la Marmelaide Christophe Sylli, son‘partisan, qu'il allait se rendre au Boispin. JL y vint en effet avec une centaine de cavaliers. Dès que Tous” Sat qui était à la Marmelade apprit qu'il ne se trouvait qu'à une démi-lieue de son quartier générai, il fui écrivit de se rendre auprès de lui; d'aprés le texte de la lettre il ne paraissait pas voir en fut un chef de révoltés, mais bien le commandant de la province du Nord. Moyse qui avait conduit la révolte sans énergie ct sans taiens, voyant

“sa cause entièrement perdue, se rendit à la Marmelade auprès du

gouverneur. Comme il n'avait pas combattu en personne les forces dirigées contre lui il avait l'espoir d'obtenir son pardon. Toussaint laccucillit avec affabilité, lui dit que les insurgés mettaient son nom en avant et le compromettaient, quil l'exhortait à se tenir sw ses gardes, à se racheter par une conduite énergique; que ses démarches ne démentaient pas ce que l'on disait de lui; qu'il pourrait être pumi plus que personne, car la révolte n'avait pris de Fextension que-pàr sa faiblesse. Il lui reprocha suriout de n'avoir pas sévi au Dondon contre les insurgés. Le gouverneur le voyant perdu, çar 11 avait pris les armes non seulement contre Iui, mais contre

122 HISTOIRE D'HATE — (Bu)

les blancs qui avaient élé sacrifiés en gränd nombre, voulait lus offrir l'occasion de prendre la fuite et de chercher uné retraite dans les montagnes: Il lui ordonna de sé mettre en campagne contre les révoltés et de lui envoyer tous lés prisonniers qu'il ferait. Moyse, sans perspicacité, ne comprit pas le gouverneur ; il se mit de nouveau à parcourir les campagnes, à la tête de cinquante hommes, cherchant à faire des prisonniers. . à

Dessalines ayant appris que l’ordre régnait au Cap par F énergié de Christophe, s'abstint de descendre au Limbé et se rendit à I& Marmelade auprès du gouverneur. Celui ei se transporta sur Pha= bitation d'Héricourt où Christophe viat lui rendre compte de ses. opérations. Le général Moyse comptant toujours sur la générosité de son oncle , se présenta aussi à d Héricourt. Le gouvérneurf qui croyait quil s'était déjà retiré au loin dans Îles montagnes, ne put s'empêcher d'exprimer combien il déplorait cette avéuglé confiance qui devait le perdre. Cependant 1} le traita encore avé douceur et lui dit : vous avez pris fée armes parce que vous croyiez que les blancs retevenaient nos maires; vous avez été plus qu'im: «prudent; puisque vous ne savez pas vous conduire, vous auriez dû avoir confiance en ma politique; puis je, moi ci-devant esclave, iravailler au rétablissement de la servitude? naije pas tous mes intérêts dans le triomphe absolu de mes anciens compagnons d'infortune ? nous sommes libres ; le moment de nous détacher entière: ment de ia France n'est pas encore arrivé; vous avez nui à mes projets ; vous mobligerez peut être à un sacrifice qui féra saigher mon cœur, mais que cominandera Flintérèt de tous. Foussaint lui ordonna de garder les arrêts sur cette habitation. I fit ensuite consulter l'opinion dés colons blancs. Ceux-ci lui conseillèrent de sacrifier Moyse à la France : ce serait donner à Ponaparte une haute idée de son attachement à Ja mère-patrie , S'il p hiôsitait pas à faire perir un général influent, son néveu, qui avait pris les armes contre la métropôle. Il pensa lui même qué ce sacrifice détournerait de sa tête la colère du 4” Consul que sa. Constitution devait infailliblement excitér. Il n’hésitä plus # accuser hautement le général Moyse d'avoir été lé chef de l'insursoction. L'adjudant général Idlinger qu'il avait auprés de lui donua lcciure au prisonnier des chefs d'accusation établis contre lui d'après Jes interrogatoires et les dénonciations des capüifs. Le G Brumaire. Moyse fut traité en prisopuier d'état. Le dix du mêtie mois le général Clerveaux le conduisit au Port-de- Paix ; il fu jeté au cächot dans lé grand fort de eelte ville.

ni 4 ni À celle époque si féconde én affreuses cruautés, alors querien ne soulevait plus lindignation publique, cette campagne de Dessalines contre les insurgés fit cependant horreur à JA “colonie ; le

- HISTOIRE p'uatrr.— (1801) OS 7

. peuple des campagnes Fappela la guerre-couteaux : on s’y était beaucoup plus servi du poignard que du fusil.

- Le gouverneur partit d'Héricourt pour se rendre au Cap. Quand il parvint sur les hauteurs de cette ville, il fit exterminer une centaine de cultivateurs qui avaient pris part à la révolte. Le 13 Brumaire (4 Novembre 1801) il entra au Cap avec 49 prisonniers de distinction, et réunit sur la place d'armes: la population entière. Les A%° et 2° demi-brigades formaient un bataillon carré derrière lequel était rangé nn escadron de sa garde d'honneur. Tout-à-coup trois pièées de canon, mêches allumées, débouchérent sur 14 place, ct pépétrérent dans Île carré; la multitude et les troupes eiles-rmêmes furent saisies de terreur; lon vit vaciiler les baïonnettes des soldats tremblans. Toussaint laissant loin derriére lui son état-major parut seul au milieu de la foule. Ilse fit un profond silence. Voici, dit-il, l'homme que le général Moyse a représenté comme traître à la patrie! voici l'homme assassin de ses frères! voici Fhomme qui à tenté le rétablissement de l'esclavage, qui a trahi fa République, et qui a voulu se faire proclamer roi sur des milliers de cadavres | Mit le tour de la place, à cheval, toujours seul, plein de fureur, lançant sur la foule des regards menaçans. Aujourd'hui, continuatil, des coupables recevront leur châtiment; 1ls ent troublé l’ordre public. Quant au général Moyse, mon neveu, il subira sous peu de jours la peine que mérite sa prise d'armes; il a conspiré contre là France sa patrie, et quiconque s'armera contre elle , serait-ce mon propre fils, périra du supplics des traîtres. Il ordonna à plusieurs officiers suspects de sortir des rangs , et de se brüler eux mêmes la cervelle ; .ce qu'ils firent sans murmurer. Alors une foule d'hommes hésvles uns aux autres parurent sur la piace. Parmi eux l'on remarquait le colonel de la 5% demi brigade Joseph Flaville, les citoyens Lroisbailes , Banhomme, Jean-Baptiste Lebon. Le carré s'ouvrit , les trois pièces de canon furent braquées sur eux; uu instant aprèsils avaietit disparu écharpés par la mitraille. La foule saisie d'horreur prit la fuite et se dispersa de toutes parts. Toussaint se rendit au palais national où il fut défendu de péuétrer même aux premières autorités civiles et militaires; les officiers de sa garde seuls lentouraient. Le lendemain il partit pour le Fort Liberté où la même scène se renouvela. Là fut baïonnetié le capitaine Hillarion , le frère de celui qui avait été fusillé au Port Républicani, pour vol domestique. Du Fort Liberté il se rendit au ‘Trou où il fit impmoler un millier de cultivateurs de la plaine du Nord qui y avaient été conduits. Dans ce bourg le massacre fut plus affreux que partout ailleurs. Il eut lieu autour d'un cayemite que les habitans de ce canton montrèrent avec effroi pendant longtemps aux voyageurs. Le gouver-. neur retourna au Cap pour s'occuper de la condamnation du général” Moyse. Après avoir nommé Christophe général-de brigade, il or-

donna à Dessalines de parcourir toute la province afin que Îa tran: quillité y fut définitivement rétablie. Dessalines fit rentrer, à coups de fusil, sur leurs habitations respectives , tous les cultivateurs qu'il rencontra. Quand 1larriva au Limbé on atnena devant lui un homme de couleur. A la vue du mulètre, ils’écria : Je ne veux plus-faire périr ceux de cêtte couleur, J'en ai fait le serment; cest en assez! Trop longtemps nous avons été égarés ! donnes la liberté à ce frère:

Pendaut cet intervalie une commission militaire avait été formée au Cap, sous [a présidence du général Pageot, pour juger Île général Moyse. Celui ci ne. fat pas amené devant ses juges ; 1} demeura au Port de-Paix. Le conseil militaire n'ayant pas entendu la défense de l'accusé et ne pouvant juger que sur ‘le rapport fait par Toussaint Louxerture, déclara que le genéral Moyse était coupable draprès [es pièces remises contre fui au. tribunal militaire par le commandant de la place Barada. Toussaint Louverture mécontent de ce jugement qui faisait peser sur lui toute la responsabilité de la mort de son neveu, le cassa, et forma au Port de Paix une nouvelle commission qui condamna Moyse à la peine capitale comme coupable dus crime de rébellion. Le condamné fut fusillétle. 29 Novembre 1801 dans le grand fort du Port-de-Paix sous les yeux du général Clervaux. +

Aussitôt qu'il eut appris l'exécution de Moyse lc gouverneur abandonna le Nord, traversa rapidement les villeset bourgs sans s'arrêter, dans un abaticment profond , se sentant seul en présence des blancs, ayant excilé l'indignation de la population noire , par la mort de son neveu quil avait ordonnée, et ne se croyant pas le droit de compter sur les hommes de couleur.

Le lendemain de son arrivée à St. Marc, il était d'une humeur furieuse ; ses favoris les plus intimes n'osaient l'aborder. fl. venait d'apprendre qu'un prochain traité de paix devait être conclu crire la France et l'Angleterre; il avait remarqué que les colons quil avait comblés de bienfaits se montratent joyeux de la Hberté des mers que le gouvernement britannique allait bientôt accorder. à Ja République. L'on parlait hautement d'une expédition qui devait être dirigée sur St. Domingue. D'une autre part,1l paraissait bourrelé au remords et de chagrin. Jamais on ne l'avait vu dans un tel état d'inquiétude et d'agitation, lui qui dissimulait si bien ses sentimens et Ses émotions. Il éiait étonné lui-même des immolations quil venait de faire, d'avoir sacrifié Moyse à la France, d'avoir exterminé tant de noirs qui n'avaient pris les armes conire lui que parce qu'ils l'avait cru aveuglement dévoué aux intérêts des blancs. Il sentit quil avait poussé beaucoup trop loin son système , que la prisé d'armes de Moyse était un avertissement que lui avait donné le peuple. Tout lui annonçait que quelles que ses condescendances envers la France, il ne jouirait plus de la confiance

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du gouvernement métropolitain. Il éloigna dès lors les blancs de son intimité, et songeu à faire oublier aux hommes de couleur les vengeances cruelles et inutiles qu'il avait exercées sur eux après la chûte de Rigaud.

Il se disposait à partie de St-Marc pour le Port- Républicain, quand un blanc sapprocha de lui et se plaignit de ce qu'un de ses guides Pavait frappé. Il lui répondit sévérement : la justice vous écoutera et vous fera droit si la raison est de votre côté. Il rentra au palais national tout ému se plaça au centre des officiers de son état-major et dit: Avant la révolution javais un maitre que j'aimais; 11 m'avait fait apprendre à lire et à éerire; chaque dimanche 11 me laissait aller au Cap entendre la messe; je portais toujours un livre de prières. Un jour je fis là rencontre d'un blane qui me fendit la tête d'un coup de bâton, en me disant : Ne sais-tu ps qu'un - nègre ne doit pas apprendre à lire? Je lui demandai pardon humblement, et j'avouai que j'étais coupable de savoir lire

La voix de Toussaint s'altéra a; des larmes remplirent ses venx. — Mon gilet fut couvert de sang, continua-t-1l. De retour chez mon maître, Je ne cessai de porter ce gilet qui me rappelait que javais un jour, à me venger de cet affront. Quand la révolution éclata , le hasard me fit rencontrer ce blanc; c’élait au haut du Cap. Je l'abordai et lui dis, lui montrant mon gilet : reconnais-tu ce sang ?.. Il pâlit, chancela et me demanda grâce … Je lur ouvris le ventre avec mon poignard. Mes amis, l’homme ne doit jamais oublier les humiliations qu'il a reçues. Il sortit de la salle, plein de fureur, s’élança sur- son cheval et partit pour le Port-Républicain, Aussitôt après son arrivée en cette ville, il reçut des dépèches du colonel Vincent, par la voie de Jacmel; elles lui annonçaient qu'une expédition formidable se préparait en France contre St-Domingue. Il réunit au palais du gouvernement les hommes de couleur les plus marquants , se plaça au milieu d'eux et leur dit : Je sais que j'ai été, après la chûte de Rigaud, injuste envers les hommes de couleur en violant l’amnistie du 4er Messidor ; mais des blancs suélérats m'avaient conseillé d'agir ainsi envers eux; je suis revehu de mes erreurs ; je vous jure dé vous accorder toute ma confiance ; Je ne verrai désormais dans les blancs que des monstres. Réunissez-vous à moi afin que Je les détruise ; failes savoir à vos frères ce que je vous dis; exhortez-les à ne pas m'abandonner. Les hommes de couleur étaient silencieux et étonnéss; 1l ne les quitta pour rentrer dans ses appartemens, que lorsqu'ils lui dirent qu'ils avaient oublié le passé. Ii -adoptait le système de Moyse dont il ‘avait ordonné La mort; dans le sang de son neveu il avait découvert combien était fausse la voie qu il avait suivie.

Quand les hommes de couleur se furent retirés il appela dans son cabi

net particulier la plupart des officiers supérieurs noïts qui se trouvaient au P'-Républicain, et leur dit que le moment d’exterminer les blancs était arrivé, qu'ils étaient parvenus à la dernière période de la révolution, et qu'ils ne seraient vraiment libres et heureux, qu'après ce massacre général. Je veux, s'écria-t-il, que sous peu, l'on ne puisse pas trouver, à St-Domingue, même une parcelle de la chair de l’homme blanc , du français surtout, pour s’en servir comme remède, si c'était prescrit dans la maladie la plus grave. Il leur recommanda d’user de dissimulation envers les européens, et de se montrer à leur égard, comme par le passé, en attendant ses instructions. | d

IL fit aussitôt partir des émissaires pour Îa Jamaïque , avec mission d'entrer En négociations avec le général Nugert, gouverneur de ceite île, relativement à des avantages commerciaux considérables qui pourraient être accordés au gouvernement britannique, en com: pensation des secours qu’il lui fournirait contre la France. Il s'était” déterminé ‘à hâter l'exécution “de son projet d'indépendance. A une autre époque, alors qu'il ne croyait pas sérieusement à une expédition française, 11 ne vouloit traiter avec les Anglais qu'à des con: ditions très-favorables à ses intérêts; mais maintenant, se trouvant en présence d'un danger éminent, il se montrait ‘disposé à faire les plus grands sacrilices en faveur de l'Angleterre. |

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