‹ Histoire d'Haiti (volume 2)Chapitre 9 sur 47 · LIVRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIÈME

Sommaire. Les dispositions de ‘Toussaint contre les blancs transpirent dans le public.—Leur inquiétude—Silencé de Bonaparte à l'égard de Toussaint —Arrivée officielle à Saint-Domingue de la signature des préliminaires du traité d’A. miens —Le général Negent, gouverneur de la Jamaïque, rompt ses négociations avecs Toussaint —Mission de Sasportas à la Jamaïque. — Toussaint part pour Santo-Demineo —I{nstrüctions qu'il laisse à ses généraux = T'arrivée à Pa. ms du colonel Vincent, porteur de la constitution de 1801, achèvé de déter. riner Bonaparte à envoyer une expédition à St-Domingue. — Bonanarte prend

“l'avis du Conseil d'Etat et de son conseil privé sur lexpédition de St. Lomingue. = Vincent, Bernadotte, Dumas, fucien Bonaparte, Foucher, s'efforcent de le détourner de ce projet —[s Conseil d'Etat décide que l’ixpédition sera entrepri- Se Aventure de Lapointe à Paris=-Grand armement dans les ports de France, — Horces de l’expédition—Les fils de Toussaint avant de partir pour St-Bomin. gue vont saluer Bonaparte aux Tuileries— Paroles que leur adresse Ie premier Consui—{e général Leclerc, commandant en chef de lexpédition avec letitre de capitaine-général | s’embarque sur le vaisseau l'Océan. — Départ de la flotte. Officiers généraux de larmee expélditionnaire.—La flotte aborde au cap Samana.—[l'armée est partagée en quatre divisions: celle de Rochambeau se dirige

“sur le Fort-Liberté ; celle de ,Boudet sur le Port-Républicain ; celle de Hardy sur le Cap-Français: celle de Kerverseau sur Sto-Domingo.—Le général. Rochambeau s'empare du Fort-Liberté.—Etat de la ville du Cap — Lettre de Leclerc à Zhristophe.-—Adresse du ler Consul-aux habitans de St-Domingue. —- Incendie du Cap La division Humbert prend possession de eette ville— Leclerc

arrive.—Villate , Rigaud , Pétion , Léveillé, Belley, Dupont , Ludué, Quayer Larivière et d’autres officiers noirs et de couleur , hostiles à Toussaint, débats

128 HISTOIRE D’HATI.—(1801).

quent au Cap.—Pauline Bon: parte, dame MAN LL y débarque aussi. — Tous saut revient de la partie de PE à ses officiers.—Il se rend faux Gonaives.— L’escadre .de Latéuche Prétiite. rt la division Boudet, mouille au LV Sa pape LC de résistance prises par le commandant ‘Lamar- Le fort Bizoton se read aux français sans résistance — Combat du Portail

tinière.

de Léogaur. — Boudet in du Port Républicain —Il apprend l'arrivée de Dessalines dans la plaine du Cul-deS fait occuper la Croix-des-Bouquets

jar 2,000 hommes. — Hôpital du Por Républicain

Les dispositions hostiles de Toussaint à l'égard des blancs avaient franspiré dans le public. Ceux-ci n'avaient plus en l'avenir la mé: me confiance qu'autrefois ; ils craignaient d'être tous massacrés à l'arrivée des français ; ce que Toussaint eût déjà exécuté s’il avait été certain des grands préparatifs de guerre qui se faisaient dans les ports de France contre St Domingue. Le gouverneur s'attendait à reces voir des lettres du 4er Consul en réponse à plusicurs qu'il lui avait adressées. Bonaparte ne lui avaii pas écrit. Ce silence quil prenait pour du mépris lindignait profondément. IL disait qué ses ennemis personnels étaient écOULÉS ; que Îa France oubliait ses services récens qui, rendus à l'Angleterre ou à 1 Espagne, auraient été mieux appréciés. I se sentait humilié d'êlre toujours en relations avec les Ministres seulement qu'il traitait de. valets. .Il ne voulait plus prendre par lui-même connaissance de leurs paquets ; il confinit ce soin à ses secrétaires. Bonaparte, disait-1l souvent, est le premier homme en Europe; moi, je suis le premier homme de l'archipel des Antilles. IE avait adressé une letire au premier consul dont [à suscription intérieure ‘portait : le premier des noirs au premier des blancs. N’en recevant aucune réponse il croyait Sins Bonaparte avait été offensé de ce parallele.

Alors arriva officicilement à St-Domingue la nouvelle de “la signature à Londres des articles préliminaires de la paix européenne, (ler Août 1801) par lord Hawkesbury, et le citoy en Olto, chargé d'affaires de la France; on sut que la ville d'Amiens avait été dés signée pour les négociations d’un traité définitif; que Joseph Bona* parte, conseiller d'Etat, y représenterait la France, ét lord Corn - wallis, l'Angleterre. Toussaint apprit aussi qu'un rapport du con: seiller Thibeaudeau annonçalt le rétablissement de l'esclavage à a Martinique, à Cayenne, et qu'une administration forte soumetirait.

Ja Guadeloupe et St- Domingue à la volonté de la France. Ces nou-

velles agitérent exlraordinairement le gouverneur , qui redoutait la restauration de l'ancien régime. Il s’aperçut que les terreurs des, blanes augmentaient ou jour; et pour les apaiser il publia le 18 Décembre 1801, une proclamation par laquelle il recommandait aux autorités civiles, ét: militaires, ainsi qu'au peuple, « de recevoir « les ordres et les € envoyés de la métropole avec le respect de la

RS

HISTOIRE D’SAITI:—(1801) 129:

x pièlé ftiate.… » Mais les derniers paragraphes he la proctaniation fâisaient une sorte d'appel à l'armée.

Pendant cet intervalle le général Nugent, gonverneur de la Jamaique, ayant reçu à Kingston la nouvelle. de Îa signature-des prélimi: paires. de paix entre la France et. l'Angleterre, renvoya à St. Domingue les agens que Toussaint: avait auprès. de. lui, et fit savoir: à celui-ci que toutes ses conventions avec le gouvernement britannique dévenaient nulles. Le gouverneur aceusa les anglais. de perfidie, dit quil se vengerait de:leur mauvaise foi, et qu'il saurait: mourir en brave: soldat pour- la liberté. IF envoya aussitôt à la Jamaique, pour soulever lés. ateliers de cette colonie deux émissaires,. Sasportas et Dubuisson.. Peu de jours après “leurs arrivée à Kingston ,. Dubuisson fut: dénoncé à l'autorité par quelques esclaves auxquels 1} avait communiqué son projet, Il fut arrêté et condamné à la. peine capitale. Le gouverneur anglais [ui-pronit sa grâce, à liberté ’et 800 piastres , s il dénonçait ses. complices. IE nomma Sasportas qui fut à son tour arrêté, jugé et condamné: à: être pendu. La. potence fut dressée au centre de la grande: place. ‘Quand Sasportas arriva au lieu de l'exécution, au milieu d’un peuple de toutes les. couleurs, le gouverneur lui dit: Sasportas, condamné, vous voyez la corde qui doit vous ôter la vie ;: faites connaître -vos com- Plices au gouvernement britannique, vous recevrez votre grâce. Me prenez-vous pour un. Dubuisson, s'écria t-il, en anglais, pour un vil dénonciateur ; je meurs. pour Ja liberté ; je vois parmi vous tous. qui mentourez, autorités et peuple, des. complices ;: mais qu'ils. vivent inconnus ;- et.si les idées que je leur ar inspirées germent dans leurs cœurs , ils les feront éclater un jour. Quand il. eut atteint le sommet de l'échelle appuyée contre la potence, 11 se tourna vers là multitude et: dit d'une voix foite: « Nègres et Mulâtres de la «Jamaique ! quand imiierez-vous vos frères de Saint Domingue ? « aSsassinez vos maîtres. et rendez-vous libres. ». Le gouverneur commanda au bourreau de hâter l'exécution, et le cadavre du condamné demeura, suspendu dans l'air aux. acciamations des blancs: Ainsi échoua le projet d’insurrection- tentée par Toussaint contre la. Jämaïque. Dubuisson reçut les 800: piasires promises , et fut em: barqué sur un bâtiment neutre allant à St. Thomas. IF Lui fut défendu de ne jamais remettre le pied sur le territoire anglais mème jeté par la .tempête, sous peine d'être pendu: Toussaint continuait: à appeler. auprès de lui: lés RomatkoS de couleur; peu accouraient à sa voix’, tant. sa dissimulation excitait. leur défiance. I :partit. du. Port Républicain où il laissa Lamartinière, homme de couleur, ecomniandant de la 3e coloniale, avec ordre de surveiller le général Agé, commandant de l’Arrondissement, et le colonel Dalban, commandant de la place, tous les: deux blancs français. Partout où il passa il ordonna à.

ses lieutenans de massacrer les blancs, de brûler les villes, et d'exciter les hommes de couleur à s'armer en sa faveur, si Îles français attaquaient la colonie. Il gagna la partic espagnole, pour y établir un système de résistance, sans fnéanmoins être parfaites ment certain des projets de la France à son égard. | Le colonel Vincent était arrivé à Paris vers le milieu d'Octobre. Il avait remis au premier consul la constitution de Toussaint, Get acte vainquit les irrésolutions de Bonaparte concernant une expédition contre St-Domingue. Le 4er consul n ignorait pas les traités secrets que Toussaint avail faits avec les Anglais ; et la constitution coloniale fut considérée comme un acte d'indépendance. Cependant Bonaparte réunit son conseil privé, le Conseil d'Etat, la plupart de ceux qui l’entouraient, et les consulta sur lexpédition. Le ministre Forfait, Bernadotie, Dumas, Lucien Bonaparte, Fouché, s’appuyant sur l'exposé de l'état de la République, en date du 2 Frimaire an X (23 Novembre 1801), portant qu'à Saint Domingue et à la Guadeloupe il n'existerait plus d’esclavage , que tout y était libre et ÿ resterait hbre, s'eflorccrent de détourner le Dremier Consul de ce projet, Le colonel Vincent lui conseilla de refuser simplement sa sanetion à la consiliution coloniale: — On mettrait, disait-il, Toussaint dans l'alternative ou de céder sa dignité à un nouveau gouverneur envoyé par la France, ou de se placer hors la loi en résistant aux ordres de la métropole ; il ajouta que si on J'attaquait par un coup de surprise, en le forçant à se Se on donnerait à sa cause les apparences du bon droit. : De leur-côté les colons soutenaxient que seize mille howmes suf-: firaient pour exterminer une population ignorante, et à leur avis essentiellement lâche; que l'aspect du fouet seul pourrait la faire | rentrer dans le devoir. Vincent leur répondit en présence du 4% Consul que les noirs et les hommes de couleur de St. Domingue n'étaient pas tels qu'ils les représentaient; que loin d’ètre des hommes lâches, ils étaient au contraire braves, aguerris par onze ans de combats et éclairés par une longue expérience. Il déclara même que les meilleures troupes de France ne pourraient lutter longtemps contre eux, dans les montagnes, sous le soleil meurtrier des tropiques ; que la fièvre jaune finalement les anéantirait. Les colons accu=. sérent Vincent d'être un mauvais français, un négrophike, et d’avoir été gagné par l'or de Toussaint Louverture. Bonaparte partageant leur indignation le menaça de sa disgrâce ; il ne tardera pas à l'envoyer en exil à l’ile d'Elbe avec un faible emploi. L'ex-commissaire eivil Sonthonax avait fait un mémoire dans lequel il combattait le projet d'expédition comme contraire jaux intérêts de la France. Fouché puisant ses argumens dans ce mémoire s’opposa énergiquement aux conseils que donnaient les colons. * Messieurs Fleurieu

# Senthonax temba lui aussi en pleine disgrâce et fut envoyé à Lyon,

HISTOIRE D’MAITI.—(180) | 181

et Malotet , chefs du parti colonial emportèrent la majorité des deux conseils en faveur de l'expédition. I fut décidé qu'après la conquête on maiatiendrait l’esclavace:., conformément aux lois. et réglemens antérieurs à 4789; et que la traite ‘des noirs: et leur importañiôn auraient: lieu: suivant les lois existantes. à: cette époque. * Le commandement de l'expédition fut offert à Bernadotte qui le refusa. Il déclara. qu'il ne consentirait à sa rendre à St. Domingue que comme négociateur sur une frégate; qu'il obtiendrait ainsi des résultats. plus avantageux que s'il sy présentait avec des forces imposantes. Bernadotte se trompait; 1l eut été chassé de l'ile. comme Hédouvitle par laudacieux gouverneur ;. il n'était plus possible dé détourner Toussaint Louverture de- son projet d'indépendance. Alors il fut résolu que le général Leclerc, beaufrère du. 1* Consul, commanderait lex édition.

Cependant il eût été plus convenable de confier cétte grande entréprise au général Lavaux qui avait gouverné St. Domingue avec talents et qui sy était couvert. de gloire. Bonaparte qui abhorrait. son négrophilisme ve voulut pas même lui accorder une audience.

Le cabinet de St. Cloud continua à se livrer avec ardeur aux préparatifs de l'expédition. Bonaparte ayant réuni autour de lui tous les officiers supérieurs qui avaient fait la guerre däns la colonie, écoutait leurs avis , surveillait et dirigeait les opérations. Les cartes dé SL Domingue qu'il avait sous les veux ne lui paraïissaient pas assez détaillées pour dresser. un. plan de campagne. On lui apprit . que Jean. Baptiste Lapointe qui sous les anglais avait commandé à

VArcahaie , était à Londres et avait une carte des plus détaillées de là colonie. Il envoya auprès de lui des agens qui lui proposérent une somme cousidérable s'il voulait: venir en France. Las senter au fer, Consul la carte qu'ii possédait : Lapointe hésita

mais il lui fut promis que sa personne et sa liberté seraient res pectées. Il se rendit à Paris, et remit au ministre dé la Marine de nombreux plans de tous les quartiers de l'île. Après les. avoir consultés , le. ministre lui demanda‘ combien 1l faudrait. de. troupes , à son avis, pour soumettre Saint Domingué, si toute. la ,population se pronongait contre ‘la France. Gent mille hommes , répondit Lapointe, débarqués en même temps, et. le. même. chiffre toujours entretenu pendant plusieurs années. If fut traié dé fou: Peu. de jours après il fut arrêté par la police, sur la dé-. nonciation d'un colon. de l’Arcahaie qui l'aceusa d'avoir livré ceite: commune: aux. Anglais. Il fut traduit pardevant une commission

peu de temps après. Néanmoins le ler; consul admirant les talens qu'il avait démontrés dans ce mémoire accorda à chacun. de ses. beaute les frères Villevaleix , une bourse au eollège de Lamarche.

- . * Mémoires de Fouché. ‘Tous les actes de Leclerc, après l'occupation de l’île, sont en: harmonie avec cette décision,

militaire comme traître à la patrie. Fouché avait été son censeur

Chez les oratoriens dé Nantes. * El lui fit connaître qu'il avait dans ses papiers le procès-verbal par lequel les habitans de lArcahaie

réunis dans l'église de ce bourg l'avaient contraint à se livrer aux Anglais. Lapointe lui-même avait été l'âme de cette trahison; cependant il avait fait rédiger le procès-verbal de telle sorte que sa responsabilité se trouvait à l'abri. On lui permit de donner à ses juges lecture de cette pièce. La commission reconnut avec étonnement la signature du colon son accusateur, parmi les noms de ceux qui avaient signé le procès-verbal. Lapointe fat acquitté; cependant la police lui enjoignit de quitter la France à bref délai. I parut sans avoir reçu la somme qui lui avait été promise. #

Pendant cet intervalle, il se faisait de grands préparatifs de guerre dans les ports de Flessingne, du Hâvre, de Brest, de Lorient, de Rochefort, de Cadix et de Toulon. Tous les bâtimens desla marine nationale étaient ravitaillés et armés. Les plus belles troupes de France , les soldats de Jourdan, de Moreau, de Hoche, de Bonaparte, vainqueurs en Allemagne , en Italie, eñ Egypte atteignaient par des marches forcées, les villes maritimes de l'Océan et» dela Méditerranée. La France n'avait jamais vu un plus grand déploiement de forces navales; la Hollande et l'Espagne ses alliées devaient fournir leurs contingents. Dans le port de Brest étaient réunis 48 “vaisseaux, 9 frégates ou corveittes, 3 bâtimens légers ou de transport , sous les ordres de l'amiral Villaret-Joyeuse. (Ces navires por-

taient les 5.°, 11.°, 3.° demi-brigades légères; les 22:°, 312, 79°

demi-brigades de ligne ; le 19.° de chasseurs à cheval et un corps d'artillerie; ces forces fournissaient un effectif de 6,600 hommes. L'escadre de Lorient était composée d’un vaisseau de ligne, d'une

frégate, de deux corvettes. Elle portait la 71.° demi Frigade: de 900

hommes. Six vaisseaux de ligne, six frégates, deux corvettes, deux avisos sous les ordres du contre-amiral Latouche Tréville , formaient lescadre de Rochefort ; ils portaient les 15.°, 56 *, 68.° et 50° de ligne, la légion

de la Loire , le 19.° de dragons et un régiment d'artillerie ; ces corps

qui n'étaient pas au complet, formaient une division de 4,000 hommes. L'escadre de Toulon sons jes ordres de l'amiral Ganthaume était

de quatre vaisseaux de ligne, d'une frégate, d'une corvette et d'une

flûte; elle était chargée des 28.°, 74° et d'un régiment d'artillerie fournissant 4,200 hommes. pétr RS Re Celle de Cadix commandée par l'amiral Linois était composée de

trois vaisseaux de ligne et de trois frégates ; elle portait la 49.°de . ligne, un bataillon allemand et le 10.° de dragons; 2,400 hommes.

à Lapointe né à l’Arcahaie ( St.-Domingue,) avait été élevé au sémi- naire de Nantes. Il ne s'était réellement déterminé à passer d’Angieterre D A La |

en France qu'afin de voir une sœur qu'il avait à Nantes,

HISTOIRE D'mAYTI. (180i) : r 153

À WA j

de ligne de 1,400 hommes. LA La division hollandaise, sous les ordres du contre-amiral Hartzirch était composée de trois vaisseaux de ligne, de trois frégates; elle portait la 7.° de ligne, et une compagnie d'artillerie , 1,500 hommes. Toutes ces troupes donnaient un effectif de 21,000 hommes portant fusils. * ; s … L'armée française était composée en grande partie de vétérans , républicains sincères, la plupart soldats de Moreau dont Bonaparte voulait se défaire, prétendait-on. On disait qu'ils le gênaient pour Paccomplissement de ses projets ultérieurs, qu'il était satisfait de

Dans la rade du Hâvrélouvoyaient quatre frégates portant la 98.*

* Pendant les mois qui suivirent la prèmière expédition, dans le courant de 182 et dans les premiers mois de 1803, il arriva successivement dans la colonie : | RER UE |

Sur le vaisseau le Pélagir la 77e. demi-brigade, légion expéditionnaire de 1,600 hommes, en Prairial an 19.

Sur le Formidable et l’Annibal, la 7e. légère, et des détachemens particuliers, en tout 1,600 hommes, le 13 Thermidor an 10;

Sur lIntrépide , la 83e. de ligne de 1,400 hommes ; lei24 Therm'dor an 10; | LUE. |

Sur le convoi le Ilougre le Vautour, 700 hommes de la 3e. de ligne, te 24 T'hermidor an 10 : La | |

… Sur le convoi le brick le Lodi, la première légion polonaise de 2,000 hommes le 24 Fructidor an 10;

Sur le transport l’Egyrtienne , quatre bataillons gardes côtes , 2,570 -hommes, le ler. Jour co nplémentaire; | RiAE SÈRe |

Sur le Prudent un batailon étranger de 512 hommes, le 8e. Jour com: pléméentaire ; Fa DE Te A

Sur le Jenne Edouard et sur l’Aristide 227 hommes de la 83e. de ligne, le 29 Vendémiuire an 11. | ie h'Artillerie à diverses époques 4,522; infanterie aussi à diverses époques: 6,400 hommes. | re … La France envoya en totalité dans la celonie pendant les ännées 1802 Ù 1803, 42531 soldats blancs qui furent en partie exterminés par le fer & le climat en moins de 18 mois. Îlne faut pas comprendre dans ce chiffre les équipages des bâtimens de guerre qui gardaient le littoral et combat: tient à chaque fois que l’occasion s’en présentait avec la même intrépidité que les troupes de terre. HN ;

Le général Leclerc trouva à St-Domingue 1,200 hommes de troupes européennes les restes de vingt bataillons et de nombreux corps de marine qui V avaient été envoyés pour combattre les Angl:is. Leclerc dans sa Iütte “contre Toussaint Louverture fut aidé par 6,000 hommes de troïpes coloniales noires et jaunes. Après la chûte de Toussaint toute l’armée coloniale de 20,000 hommes environ se rallia aux troupes françaises ; mais quand la tentative du rétablissement de l'esclavage força Capoix , Pétion , Dessalines, -Chuistophe, Férou à s’armer contre la métropole ,les troupes coloniales ‘abandonnèrent successivement l’armée française et passèrent dans les rangs

des montagnards indépendans, |

trouver une oceasion en àpparence Muse pour la France, de

les jeter à l'extermination. L'opinion publique égarée par la mal-

veillance, se prononçàa à Paris assez énergiquement contre cel épou-

vantable maehiavélisme. Fouché, ministre de la police, l’en instruisit aussitôt. Bonaparte lui dit: « Eh bien ! vos jacobins préten-

« dent méchamment que ce sont les soldats et les amis de Moreau

que j'envoie périr à St. Bomingue; ce sont des fous hargneux !

laissons les jaboter; on ne gouvernerait pas si l’on se laissait en-

traver par les diffamations et les calomnies. » Le fils de Toussaint, Isaac Louverture, était toujours à Paris au

collège de la Marche. Avant les préliminaires de Londres, Placide,

beaufils du gouverneur, avait été retiré de cet établissement, ainsi

qu'on l'a vu. Bona’arte l'avait fait embarquer à Brest, comme

aide-de camp du général Sahuguet, sur le vaisseau de l'amiral Gan-

thaume se rendant en Egypte pour renforcer l'armée. L'embarque-

ment de Placide avait pour but de tromper les anglais qui devaient

penser que l'expéditien se dirigeait sur St. Domingue. Le vaisseau

fut contraint de relâcher à Toulon, et Placide, de retour à Paris

fut appelé aux Tuileries avec son frère... [Ils se rendirent auprès du

4% consul accompagnés du citoyen Coisnon, directeur du collège de la Marche. Le ministre de la marine les présenta à Bonaparte.

Celui-ci leur annonça qu'ils allaient partir avec l'armée pour St Do-

mingue. Îl leur dit: « Quand vous arriverez dans votre pays, vous

ferez savoir à votre père que le gouvernement français lui accorde

protection, gloire et honneurs , el qu'il n'envoie pas dans la co-

lonie une armée pour le combattre, mais bien pour y faire. respec-

ter le nom français contre les ennemis de la patrie. » Le lendemain

le minsire de la marine inyita à un sompiueux repas Monsieur Cois-

non et ses deux élèves. Les principaux convives étaient le général Leclerc, le vice amiral Bougainville, le citoyen Bénézech, conseiller

d'Etat, le gïnéral Davoust, et le colonel Vincent. Le même jourle

gouvernement fit don à chacun des enfans de Toussaint d'un riche. costume militaire et d’une magnilique armure.

Le général Leclerc après avoir reçu ses instructions du 4” consul, se rendit à Brest -et s’embarqua sur le vaisseau amiral l'Océan. Les fils de Toussaint accompagnés de M. Coisnon montérent à bord de la Syrène, et la frégate la Vertu fut chargée d'une foule d'officiers noirs et de couleur de Si. Domingue qui s'étaient réfugiés en France après la guerre civile. Parmi eux l’on remarquait Rigaud, Pétion et Boyer. To

La flotte appareilla dans le mois de Décembre 1801. Elle’ était eommandée par les marins les plus expérimentés et les plus intrépides que la France eut alors : Villaret Joyeuse, Latouche Tréville, Delmothe, Ganthaume, Linois, Magon, le hollandais Hartzine et l'espagnol Gravina ; et la superbe armée qu’elle portait avait à sa tête :

le divisionnaire Leelere, général en chef de l'expédition sous Îetitre de Capitaine-Général, soldat du Rhin, de l’Addige et du Nils Dugua, un des héros de h bataille des Pyramides; Humbert célèbre par son débarquement en Irlande, soüs le Directoire Exécutif; Clausel, Watrin qui s'étaient couverts de lauriers , sous les ordres de Masséna, contre les russes commandés par Souvarov: Boudet qui avait conduit l’artillerie française au travers du Saint Bernard, et s'était acquis une brillante gloire à Marengo:; Rechambeau, officier de réputation , mais perfide et cruel qui s'était distingué à la Mar- . tinique et dans le Tyrol ; Hardy, Débelle, Dévaut, Claparède et une foule d'autres qui tous avaient repoussé l'étranger des frontières de la patrie , au cri de la liberté. Le citoyen Hector Daure qui avait démontré en Egypte des talens administratifs, avait été nomméordonnateur en chef de l'armée. Bénézech qui avait été ministre de Pintérieur en France, fut nommé ministre colonial peur St. Domingue.

Les instructions secrètes qu'avait reçues le capitaine-général Les clerc, en harmonie avec la décision du Conseil d'Etat et du con: sell privé portaient que l'esclavage serait rétabli après la eonquéte , que la plupart de ceux qui avaient joui de la liberté par la révolution seraient exterminés et seraient remplacés par la traite des africains. Isaac et Placide, après trente jours de navigation, reçurent l’ordre de l'amiral Villaret Joyeuse de passer à bord du vaisseau le Jean Jacques ; la -Syrène se dirigea sur la Guadeloupe. ; L'escadre de Rochefort qui portait la division Boudet aborda ls première au cap Samana; les autres ÿ arrivèrent successivement. Celle de Brest sur laquelle se trouvait Leclerc attérit la derniére. Les français virent avec extase se dérouler devant eux les flots de verdure de nos magnifiques savanes. Les rochers, les montagnes, les vallées, les parfums des bois épais d’orangers et d’acacias que la brise de terre leur appertait, tout répandit parmi eux l’enchantement et la joie; îls croyaient aborder aux rivages heureux de l’Andalousie. L'amiral Viilaret Joyeuse envoya le long de la côte un bâtiment léger qui amena à bord de l'Océan quelques pilotes. Geux-ci interrogés par le général Leclerc lui dirent que le gouverneur Toussaint Louveriure. se trouvait à Sto. Domingo. Leclerc réunit en conseil à bord du vaissean amiral tous les généraux de l'armée. Il fut décidé qu’elle serait partagée en quatre divisions. | SR La première sous les ordres du général Rochambeau, de 4,600 kommés, dut attaquer le Fort Liberté ; la deuxième de 6,000 fhommes, commandée par le général Boudet fut destinée à occuper le Port-Républicain ; la treisième de 10,000 hommes sous les ordres du général? Hardy dut prendre ‘possession du (Cap; et la quatriéme de 1,000 hommes sous les ordres du général Kerverseau dut se diriger sur Santo-Domingo. Kerverseau avait déjà servi 4

186 USTOIRE D'HAITI (1802) :

St. Domingue pendant} plusieurs. années , et particulièrement dans la partie de : l'Est.

Le gouverneur Toussaint qui parcourait” la partie espagnole, atteignit les “hauteurs de Samana d'où il découvrit la floue dont les nombreux ‘navires couvraient Ja mer. Il demeura saisi d’étonnement et même de ‘crainte à la vue d'un tel déploiement de. forces ; il deseendit rapidement de la montagne en $ s écriant: Ja France entière se précipite sur nous comme un torrent. Sans perdre ua instant ‘il s'achemina sur la partie française inquiet de Ja conduite que tiendraient ses lieutenants privés de sa direction, | Le 10 Pluviôse (30 Janvier) les quatre divisions firent voile pour leurs destinations.

Le général Rochambheau atteignit les rivages de la -baie de Mance-

-nille au fond de laquelle est bâtie la ville du Fort Liberté. Élle était

commandée dans le moment par le chef de bataillon Charles Pierre. H donna assaut à la-re doute de l'anse., l'emporta et passa au fil de Pépée trente soldats qui s’y étaient renfermés. Îl-marcha ensuite contre la

.place.. Un bataillon colonial, sous les ordres du commandant ‘Grand Noël Prieur , en formait la garnison. En même temps le

capitaine de vaisseau Magon lançait toutes les bordées de l’escadre sur le fort Lakouque dont le commandant Barthélemy riposta vigoureusement.. De son:côié Rochambeau pénétrait dans la ville dont les autorités lui avaient-ouvert les portes. Aussitôt après loccupation de la place, le fort Labouque fut cerné de toutes parts; Barihélemy se. voyant menacé d'un assaut général descendit son pavillon. Les français n'en massacrèrent pas moins toute la garnison. Hs pers dirent un grand nombre de soldats et d'officiers. Parmi ces dermers Pon compta un fils du duc de Ghâtre, aide de-camp de Rochambeau.

La plupart de ceux des Ka La di: Toussaint qui n'avaient pas voulu se soumeitre étaient sortis de la ville à l'approche de la division française trainant une foule de blancs qu'ils massacrèrent dans les campagnes. {ls incendièrent toutes les propriétés qu'ils rencontrérentsur leur passage. L insurrection éclata aussitôt dans les quartiers qui s'étendent entre le Fort Liberté et le Cap , et les Ccolois tombéreni de toutes parts sous le poignard de nombreuses bandes qui s'étaient formées.

En Janvier 4802 fa ville du Cap. jouissait d'une grande Ms il n'y existait plus aucun vestige de l'incendie de 1793 éclaté pendant le conibat livré par Galbaud au commissaire Sonthonax. Le cormerce y était florissant, lordre admirable sous l’administration intelligente el sévère du général Christophe. Des richesses immenses y étaient concentrées. Les habitans qui avaient gémi sous le

- despotisme :de Toussaint oubliaient dèjà leurs souffrances au milieu

des. jouissances matérielles que leur procurait un brillant commerce. Ghaque dimanche Christophe donnait au palais national de magnifi-

ques fêles où assistait une jeunesse distinguée. par ses grâces, sa courtoisie et sa beauté. Chaque soir il y avait des représentations ; et le théâtre était rempli de citoyens de toutes les conditions. Cependant leshabitans aspiraient à un système gouvernemental beaucoup plus doux; ils pensaient qu'un gouverneur européen accomplirait leur bonheur. La municipalité était entièrement dévouée à la métropole; et Télémaque, noir, maire de la ville , qui avait siégé à Paris, dans les assemblées législatives, comblé des faveurs de Toussaint , nétalt néanmoins nullement disposé à méconnaitre l'autorité de la métropole en faveur du gouverneur.

. L'escadre portant la division du général Hardy se présenta devant le Cap. Au lieu de pénétrer tout de -suite dans la rade, comme avait fait le général Rochambeau au Fort Liberté, Leclerc perdit un temps précieux en de vaines délibérations avec l'amiral Villaret Joyeuse relativement à la direction des deux corps d'armée sous les ordres des généraux Hardy et Boudet. Il s'agissait desavoir si avant d'atteindre le Port-Républicain Boudet ne débarquerait pas au Cap avecæsa division. Si Leclerc avaitopéré subitement un débarquement, il eut probablement pris possession de la ville sans coup férir; car à lapparition de la flotie Christophe n'avait encore faitaueun préparatif de défense , et les citoyens l'eussent contraint à recevoir le nouveau gouverneur. Quand on décida à bord du vaisseau amiral l'Océan qu Hardy entrerait au Cap, et que Boudet appareïllerait pour le Port Républicain , la mer devint calme et le débarquement se trouva retardé de deux jours.

Deson côté, Christophe, profitant des lenteurs des français, fit transporter au fort Picolet qui défend l'entrée de. la rade, des grilles et tous les autres insitrumens nécessaires au service d'une batterie à boulets rouges. Il fit distribuer des torches aux soldats de 1 garnison afin qne la ville fut livrée aux flammes. ;

Le général Leclerc apprit des matelots d'un canot qui s'était approché de l'escadre que Christophe était au fort Picolet. Aussitôt laide de-camp de l'amiral Villaret Joyeuse, le citoyen Lebrun descendit dans le canot et se rendit au Picoiet où il trouva Christophe qui l'accueillit affectueusement et le pria de lui remettre les papiers dont il était porteur. « Ils sont adressés au général Toussaint Louverture, Je ne puis vous les confier, répondit Lebrun. Je suis venu, au nom de la France, votre patrie, conlinua-t-il, vous commander de préparer la ville à recevoir vos frères d'armes. » Sans lui répondre Christophe Flinvita à monter à cheval et à se rendre au Cap. Quand Lebrun y entra il fut frappé de la physionomie toute européenne de la ville ; mais ii remarqua que l'inquiétude et la tristesse étaient peintes sur tous les visages. Il arriva au palais colonial eù 1l trouva une garde nombreuse et des. ofliciers. noirs et de couleur plongés dans un morne silence. La circonstance était délicate: entre la France et Tous-

138 HISTOIRE D'HALTI.— (1802)

saint ils étaient irrésolus. Déjà les paquets de proclamations que Lebrun avait laissé à dessein tomber en chemin, étaient ouverts par les citoyens qui en prenaient connaissance; et les militaires

subissant l'influence de la ville ne démontraient pas un vif attaches

ment au gouverneur. Christophe menaça Lebrun de le renvoyer sans

l'entendre s'il ne lui remettait pas les paquets adressés à Toussaint

Louverture. Le parlementaire les lui fprésenta; il en prit lecture: Le gouverneur est à Sto. Domingo, dit-il, sans ses ordres je ne Jivrerai pas la’ ville. Lebrun s'approchant de lui et à vo'x basse si vous recevez les troupes avant l'arrivée de Toussaint, le capitaine général Leclerc vous comblera d'honneurs et de faveurs. Me croyézvous capable de trahir mes devoirs? Lâche est celui qui propose lignominie. Je suis soldat; le gouverneur Toussaint est mon chef; je ne reconnaitrai une autre autorité que lorsqu'il m’aura déclaré que la France l’a légitimement remplacé. Quant à vous citoyen, vous passerez Îa nuit parmi nous, et demain vous retournerez auprès de votre général.

À minuit le maire Télémaque , accompagné de la municipalitéet des citoyens les plus influens, se présenta au palais du gouvernement et supplia Christophe, au nom de l'humanité et de sa propre gloire, de recevoir les troupes françaises qui ne pouvaient arriver comme ennemies püisquelies venaient dans -un pays français ; il lui dit que Ja Constitution de Toussaint même reconnaissait à la France des droits incontestables sur St. Domingue; il lui rappela son dévouement à la métropole dans l'affaire de Moyse.! Christophe fut insensible à toutes ses prières: Je ne crois pas, dit-il, que ce général Leclerc soit un envoyé dè la Métropole ; d'ailleurs sur ces bâtimens flottent des pavillons étrangers; si le gouvernement français avait envosé une epédition à St. Domingue, nous en eussions été avertis préalablement. Il ajouta avec calme : la terre brûlera si l’escadre persiste à vouloir entrer dans la rade. » Les pavillons étrangers dont il par- Jait étaient les couleurs des espagnols et des hollandais, les alliés de la France.

Voulant gagner du temps pour continuer ses préparatifs de résistance il envoya en députation auprès de Leclere, Télémaque, deux notables, le curé, le consul des Etats-Unis Tobias Lear pour lui demander une suspension d'armes de 48 heures. Il voulait, préten: daitil, avoir le temps de consulter Toussaint Louverture. Après avoir dil aux envoyés combien était grande la sollicitude de la métropole envers Toussaint et le général Christophe, Leclerc leur ex-

posa qu'il craignait par la conduite de ce dernier qui n'annonçait

rien de bienveillant envers la France, que les 48 heures deman-

dées ne fussent employées à mettre la ville en état de défense. 1

leur annonça qu'une demi-heure après leur retour au Cap le débar- CRRER sopérerait. Le général Leclerc laissait s'écouler encore un

RISTOIRE D'HAÏTI.—( 1802) 139

temps précieux en pourparlers inutiles. Aussitôt après le retour de Télémaque au palais national Christophe renvoya le citoyen Lebrun. Celui-ci annonça à l’armée les préparatifs de défense qui se faisaient au Cap. Il dit au capitaine général Leclerc que Christophe Favait -splendidement reçu au palais colonial. 11 s'était assis à une table couverte de plats d'or et d'argent ; :l avait été servi par des valets richement vêtus. La salle où il s'était reposé était tendue de dra-

eries de soie dorée. ds

- Un des aides de camp de Leclerc qui était descendu en villeavee Télémaque remit à Christophe la lettre suivante que lui avait adressée le capitaine général : |

À bord de l'Océan, le 13 Pluviose an 10.

Japprends avec indignation, citoyen général, que vous refusez de recevoir l’escadre et l'armée française que je commande, sous le prétexte que vous n'avez pas d'ordre du général Toussaint. La France a fait la paix avec l'Angleterre, et le gouvernement envoie à St. Domingue des forces capables de soumettre les rebelles, si toutefois on devait en trouver à St. Domingue. Quant à vous, citoyen général, je vous avoue qu'il men couterait de vous co “pter parmi les rebelles. Je vous préviens que si aujourd'hui vous ne m'avez pas fait remettre les forts Picolet et Bélair, toutes les autres batteries de la côte, demain à la pointe jdu jour, quinze mille hommes seront … débarqués. * Quatre mille débarquent en ce moment au Fort Liberté ; huit-mille au Port-Républicain ; ** vous trouverez ci-jointe ma proclamation ; elle exprime lesintentions du gouvernement français ; mais rappelez vous que quelque estimé particulière que votre con- … duite dans la colonie m'ait inspirée je vous rends responsable de de tout ce qui arrivera.

…. Le général en chef de l’armée de St. Domingue , et capitaine gé-

néral de la celonie, : Signé, LECLERC.

Après avoir lu cette lettre, Christophe entra dans une violente fureur et dit au citoyen Gardre, commissaire prés de la municipalité : vous me fatiguez, vous ne m'inspirez aucune confianee; ves paroles sont celles d’un colon intéressé à notre anéantissement. 1} chassa aussitôt de sa présence le maire Télémaque , et répondit à Leclerc par la lettre suivante :

* La division Hardy qui devait débarquer au Cap n'était que de 10,000 hommes. - ** La division qui devait débarquer au Pert-Républicain n'était que de 6,000 hommes. stat FE , pu |

140 HISTOIRE D'HAITI.— (1802) Au quarther-général du Cap, le 13 Pluviose an 40.

exrt CHRISTOPHE, général de brigade commandant l'arrondissement du Cap, au général en chef LECLERU.

Votre aide-de-camp, As m'a remis votre lettre de ce jour. J'ai eu l'honneur de vous faire savoir que je ne pouvais vous livrer les forts et la place confiés à mon commandement qu'au préalable j'aie recu les ordres du gouverneur Toussaint Lonverture, mon chef nnmédiat, de qui je tiens les pouvoirs dont je suis revêtu. Je veux bien: croire que J'ai affaire à des français, et que vous êtes le chef de l’armée appelée expéditionnaire, mais j'altends les ordres du gouverneur , à qui jai dépêché un de mes aïdes-de camp, pour lui annoncer votre arrivée et celle de l'armée française ; et jusqu'à ce que sa réponse me soit parvenue, Je ne puis vous permeitre de débarquer. Si vous avez la force dont vous me menacez , je vous prêterai toute la résistance qui caractérise un général; et si le sort des armes vous est favorable, vous n'entrerez dans la ville du Cap que lorsqu'elle sera réduite en cendres, et même dans cet endroit, je vous combattrai encore. EN DT

Vous dites que le gouvernement français a envoyé à St#Domingue des forces capables de soumetire des rebelles, si lon devait y en trouver: c'est vous qui venez pour en créer parmi un peuple paisible et soumis à la France, d'après les intentions hostiles que vous manifestez, et c'est nous fournir des BA de pour vous combattre , que de nous PAGE de rébellion. |

Quant aux troupes qui, tes vous, débarquent en ee moment, je ne les considère que comme. des châteaux de cartes que le vent doit renverser.

Comment pouvez vous me rendre responsablé des événemens ? Vous ‘n'êtes point mon chef, Je ue vous connais point, et par conséquent, je n'ai aucun compte à vous fendre Jusqu'à ce que le gouverneur Toussaint vous ait reconnu.

Pour la perte de voire estime, Général, je vous assure que je ne désire pas la mériter au prix que vous y attachez, puisqu'il faudrait agir contre mon devoir pour l'obtenir.

J'ai l'honneur de vous saluer, Signé, H. CHRISTOPHE.

js Christophe RUE que les 15,000 hommes dont on le menaçait ne descendaient pas, considéra la lettre de Leclerc comme une vai-

ne menace et se fortilia dans son projets de résistance. La 2e demi-brigade reçut l'ordre de prendre sa ligne de bataille sur la place

HISTOIRE D’HAITI.—(16802) "1 14t

d'armes ; Christophe la passa en revue et lui fit jurer de vaincre ou de mourir. La fidélité des soldats à Toussaint Louverture , d’abord ébranlée par les ceitovens, se raffermit. Les vents de terre venaient de contraindre l'escadre à regagner le large. Christophe annonça aux habitans que st Îes Français tentaient d'opérer le débarquement la ville serait aussitôt livrée aux flammes. Les gémissemens des femmes, les prières des vieillards, rien ne put ébranlier sa détermination.

De son côté Télémaque Hood dans toute la ville les procla- “mations que lui avait données le général Leclerc, et exhortait hardiment les citoyens à se rendre au-devant des français. | Le premier consul dagssa proclamation disait aux habitans deSt. Domingue : *

« Quelles que soient votre origine et votre couleur , vous êtes « Lous français, vous êtes tous libres et égaux devant Dieu et devant “ les hommes. La France a été comme S"Domingue, en proie aux « factions et déchirée par la guerre civile et par la guerre étran- « gère, mais tout a changé: lous les peuples ent embrasse les fran- « Çais, et leur ont juré La paix et Pamitié ; tous Îes français « se sont embrassés aussi, et ont juré d'être tous des amis ei des « frères; venez aussi embrasser les français et vous réjouir de recevoir vos amis et vos frères d Europe.

« Le gouvernement vous envoie le capitaine général Le clerc ; il amène avec lui de grandes forces pour vous protéger contre vos ennemis et contre Tes enneïnis de la République. Si l'on vous dit: ces forces sont destinées à vous ravir la liberté, répondez : La République ne souffrira pas qu'elle nous soit enlevée. * Ralliezvous autour du capilaine- général : il vous apporte l'abondance el la paix; ralliez-vous auiour de lui. Qui osera se séparer du capitaine général sera traitre à la patrie, et la colère de la Répuonque le dévorera comme le feu devore vos cannes desséchées.

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