Histoire d'Haiti
Joffre au public une histoire d'Haïti à laquelle j'ai travaillé pendant plu sieurs années. Cette histoire est particulièrement celle de la race africaine trapsplantée en Haïti, @t devenue libre par sa propre énergie développée à travers le sang'et äu milieu des secousses révolutionnaires qui ont bouleversé, mais régénéré notre patrie. Pour Pintelligence de cette histoire, il a été nécessaire qu’elle fut précédée d’un exposé rapide des événemens qui ont suivi la découverte de notre île et qi ont amené l'extinction de la race aborigène, Îla transplantation des africains, la colonisation française; d’un
tableaux des tortures de l’esclave et de la tyrannie exercée sur les affranchis noirs et jaunes. Ce récit fera comprendre l’ardeur avec laquelle ces hommes, victimes de to'ites sortes d'atrocités, embrassèrent la cause de là sainte révolution de 1739, dont les principes furent proclamés par l’Assemblée Na: tionale de France pour la régénération de l'humanité.
Les luttes de ces hommes héroïques contre leurs oppresseurs annoncèrent, dès les premières tourmentes de notre révolution, lindénendance de notre race; et les esprits élairvoyans découvrirent même dès lors notre glorieuse natiopalité au milieu des ruines de l'aristocratie coloniale.
Pour bien comprendre l’histoire de notre pays. il ne faut pas négliger d'étudier celle des autres peup'es. En histoire comme dans les sciences tout s’enchaîne. Déjà l’histoire d'Haïti, sous l'influence excercée par les conquêtes successives des européens dans notre île,se rattache à celle des peu- ples les plus civilisés de l'ancien monde Si les espagnols et les français, en possédant la reine des Aatilles, y ont laissé les traces sanglantes de leur domination, 1ls y ont aussi laissé leurs langues, leurs mœurs, leurs coutumes, enfin les germes d'une civilisation nouvelle. La possession européenne enfanta sur notre sol des crimes inouïs, nos représailles firent aussi frémir J'humanité ; cependant constatons le bien que la Providence se plait, tardivement parfois, mais toujours, à faire découier des vlus grands maux : c’est que la civihisation s’est introduite dans le sein d'Haïti malgré les obstacles presque insurmontables qu’elle avait rencontrés dans le sy:tème criminel de la servitude, Notre nationalité est depuis longtemps assise ; tôt ou tard Haïti occupera avec dignité sa place parmi les nations civilisées ; tôt ou tard les noirs et leurs descendans que la servitude a presque partont abrutis ‘dans le nouveau monde, atteindront comme dans l'antiquité, au plus hant degré de civilisation. Mais pour qu'Haïti obtienne ce glorieux résultat, pour qu’elle soit à la tête de la race africaine, il faut qu’elle se hâte de parcourir les annales des nations , et de découvrir que tous les peuples qui ont négligé ou refusé de suivre les progrès de l'esprit humain, ont fini par perdre, la plupart, leur existence mationale , victimes de leur propre résistance au développement des lumières,
Il est impossible de dirige” une société dans les voies du progrès, de Ini faire éviter les écueils contre lesquels beaucoup de jeunes. peuples se sont brisés, si on n'a pas médité sur les événemens passés et dans le monde
INTRODUCTION. - <e
entier et dans le pays que l’on vent régénérer. Aussi l'histoire va‘t-elle été l’objet des études approfondies de ces hommes privilégiés qui par de sages lois et une forte énergie, ont fondé des sociétés durables, ont imprimé à la civilisation un nouvel essor.
Dans l'antiquité, Lycurgue & Solon ont traversé les mers, d'immenses contrées, pour entendre ‘les docteurs que le monde admirait alors. 1ls apportèrent” en Grèc: de précieuses lumières qu'ils avaient tirées des traditions asiatiques et africaines. Alors l'Afrique brillant d'un vif éclat, répandait au loin les rayons bienfaisans de sa civilisation, dont les noirs éthiopiens alimentaient le foyer. ï
Les grees qui, mieux que n'importe quel peuplé, ont compris le vrai pa= triotisme , savaient que la jeunesse ne pouvait aimer lä gloire , se: vouer avec désintéressement à la chose publique, sans connaître les hauts fañs. des héros de la patrie; aussi les philosophes se faisaient-ils un devoir d’enseigner lhisiire aux enfans de la Grèce, dans les écoles. sur les places-publiques ! Les jennes Grecs étaient transportés d’enthousiasne quandtils entendaient les Hérodote, les Xénophon, leur dire comment Multiade avait combattu à Marathon pour le salut et pour lagloire de la Grèce; comment dix mile grecs avaient traversé, surmontant glorieusement tous les obstacles, les innombrables populations de la vaste domination des Perses.
À Rome l'histoire recevait 1in culte; et ce noble sacrifice fait par Régulus, allant se livrer à la fureur des Carthaginois, imprimait dans llâme des jeunes Romains ce patriotisme grave, inébranlable qui ler donna le secptre du monde : dévouement tel que n’en offrent pas les temps modernes si féconds en grands sacrifices. |
L’Homme-Dieu, Jésus Christ, avant de prêcher sa doctrine divine qui régénéra le monde, ne dédaisna pas de visiter les temples, soit égyptiens , seit guifs , pour y entendre les discours des docteurs et des sacerdotes , surles mystères de l'Ethiopie, l’histoire hébraïque , les dogmes de l'Orient , la philosophie” grecque et l’histoire de Rome. Alors les Grecs et les Latins, par leurs conquêtes , avaient déjà so mis lés populations orientales. En se livrant à létude, Jésus voultit montrer aux hommes qui rêvent à la régénération dès peuples, combien 1l est d’une nécessité absolue qu'ils acquièrent une vaste érudition. |
At septième siècle de notre êre, Mahomet, simple marchand , médita et et étudia, dans ses voyages, les traditions juives et chrétiennes. Il précha le Koran: les ismaëlites, ses frères, virent en lui un prophèté de Dieu;il fit des ara es, peuple avant lui piongé dans la barbarie et l’idolatrie , une nation forte et enthousiaste qui devint dans l'Orient comme dans l'Occident ün modèle de civilisation, Deux siècles plus tar:.les fils de l'Hedjaz, et les Berbères noirs leurs auxiliaires, étaient la nation la plus intrépide ,la pluschevaleresque de la terre. Qui pet, sans être transporté d'enthousiasme, se rappeler les exploits et les orands travaux des Maures d'Espagne de . sang arabe et africain ; ces nombre.ses académies oû la jeunesse chrétienne même venait s'instroire dans les sciences , les bélles lettres et les arts; ces joûtes d’une prodivieuse maynificence célébrées à Grenade, où se réunissait Vélite des peuples musulmans et chrétiens |
Charlemagne qui avait été en contact avec les Maures. d'Espagne, quoiqu'il eût l'humeur de ces Francs dévastateurs de la Gaule , que Rémigius ayait adoucis par le baptême, établit des: écoles dans son propre palais. il se plaisait à les visiter lui-même, à faire interroger en sa présence les
INTRODUCTION. x
élèves avec une rare sévérité : il comprenait que son vaste empire ne pouvait": se-maintehir, que par des’lieutenaus éclairés, chargés d'améliorer le sort de ses sujets. Il faisait maltiplier les mannscrits de Gr goire de Tours ; car il comprenait que les, sociétés. sans histoire, c’est-à-dire sans traditions, sans mœurs natinaes, sas vertus publiques, sans les leçons du passé, sans espoir de: progrès et d'avenir, finissent par devenir des peuplades dont l’exis: ? tence est inutile dans l'œuvre de la civiisation. Défenseur et propagatetir du christianisme, il était l’engemi implacable de lignorance; et les chefs’ de son académie, Alcuin le philosophe, Angilbert le poète, étaient ses intimes AMIS: | ï
Les connaissances acquises par les croisés dans les contrées ‘orientales , | alors que l'Europe se ruait sur la Terre Sainte ,.se répandirent dans le mynde chrétien et y-donnèrent une nouvelle impulsion àla civilisation. Dès cette époque. les lettres grecques recueillies par les moines, se prôpagérent rapidement en Italie, en France, dans la Grande-Bretagne. Les croisades: avaient jeté dans l'Inde de pauvres moines qui, la croix à la main, avaient: conduit en Asie d’imme:ses populations que le zèle religieux poussait vers le Saiut-Sépuilcre: Ils y trouvèrent limprimerie qu'ils firent passer en Eu! rope. » Un: habitant de Mayence Ia perfectionna: ? * Pour connaître l'histoire il ne fut plis nécessaire de voyager au Icin afin d'entendre les savans; chacun sans perdre de vue son lieu natal, put aequérir une.vaste instruction. Alors commença véritablement la renaissance des lettres,
. Toutes: les plaies faites à l’Europe par l'invasion des barbares étaient cicatrisées. Les navigateurs musulmans avaient abordé dans la partie méridionale de la Chine ou au pays des Sines; les Arabes avaient reçu des Chinois l& poudre à» canon get les Européens l'avaient reçne dés Arabes. Ces derniers avaient navigué le long des côtes oïtentales de l’Afrique jusqu'à Sofala , et avaient pénétré dans l'intérieur de ce continent jusqu'aux bords du Niger: Lors des beaux jours de Carthage, Hannon avait descendu jusqu’à la latitude de la Sénégambie, et l’on prétend même Jusqu'an fond du golfe de Guinée.
L'esprit humain avait pris un développement prodigieux. A l'aide de la . boussole, de hardis uavizateurs pénétrérent dans l'Océan : Barthélemy Diaz partit à la recherche des Indes par une mer qui s'étendait, ainsi qu'on le pen: sait, au midi de l'Afrique: il doubla le cap. des “Tourmentes.
An milieu de ce débordement de lumières qui, depuis la chûte de Constantinople , s’étendaient sur | Europe, un obscur navigateur partait de Gênes, traversait le détroit de Gibraltar et longeait les eôtes -uropéennes. Christophe Colomb mignotait pas les voyages des Scandinaves au Groënland'et à M'erre- Neuve ; mais les Normans considéraient ces terres comme des dépendances de PEurope. Avant, la chûte de PEmoire Romain unir navigateur avait renéontré un immense continent vers l'ouest, en traversant l'Atlantique , et avait rendu compte de son voyage à un préfet des Gaules.
Colomb dont la physionomie sombre &e rméditations annonçait ün puissant génie, fut frappé au milieu des mers d'une de ces inspirations heureuses “que la divinité révèle à de longs intervalles à ses créatures privilégiées. Il se dit que la terre étant ronde, il pourrait en se dirigeant vers l’ouest aborder aux rivages de la Chine , ou découvrir d'autres contrées. Aristote, de géographe. Marin de Tyr,,et d'autres célèbres philosophes avaient avant Juiedmis la rondeur de la terre. Il prit la résolution dé découvrir une n°% velle route de la Chine, où de trouver un nouveau monde,
j7 | CXTRODUCTION. ‘i Grenade la superbe venait de succomber. Colomb se présenta devant fsa- ” belle de Castille , tandis qu'au milieu des solennités de son triomphe elle parcourait cette, cité à da Tour vermeille, aux passions tendres et héroïques: La reine , du haut de sa grande gloire, jeta sur fur un regard de pitié. Elle plaignit ce visionnaire qui cherchait la mort dans les gouffres de l'Océan ; | aussi ne lui confia-t-elle pas, pour son expédition, des hommes chers à la société. Mais Colomb que soutenait l'esprit divin fut encore heufeux de trouver des compagnons. Que d'émotions n’éprouv-at-il pas en pénétrant dans cette mer inconnue où l'imagination ardente des Grecs avaient placé l’Atlantide de Platon et les Îles fortunées Colomb allait devenir la victime de ses compagnons désespérés, quand tout-à coup une voix s’écria sur le tillac: terre ! terre! O -jour heureux par lequel les destinées du monde furent changées ! Colomb immobile, anéantr en présence d'un tel spectacle cessa de croire à son existence : l’idée qu'il avait conçue, qu'il prenait parfois lui-même, dans ses momens de désespoir, pour un rêve insensé, se réalisait devant lui. Mais qnel changement subit! Sa figure brille, elle grandit; elle est sublime: on eût dit Moïse sur le mont Sinaï en présence da "Très-Haunt. Saisis de vénération, ses grossiers com pagnons deviennent humbles , le contemplent avec extase, se jettent, à ses genoux. Ici éclata le triomphe du géuie dont l'influence est subie tôt ou tard par les êtres les plus avilis et ies plus barbares, D &; Quelques semaines après, les Castillans virent s'étendre devant eux une terre majestueuse, riche de végétation et peuplée: c'était Faïti, notre patrie: Cette terre de paix où les Haïtiens vivaient heureux ; devait.-être . couverte de sang. Colomb planta une croix sur la terre "dEfaïti,, car il en prit possession au nom de Jésus-Christ. Ce symbole. n'offrit pas à l'imagination des Haïtiens , l'emblème de la' grandeur et” de la toute-puissance du Créateur; ils passèrent devant lui sans se prosterner. Les: Espagnols les traitant de païens, les livrèrent aux plus rudes travaux “des mines , et comtnencérent leur extermiration. Cette croix, ce signe de "misé: ricorde , devint dans ce nouvel hémisphère, lPétendard qui guida les Castil= lans au milieu des plus affreux carnages , et fut maintes fois plantée sur des monceaux de cadavres. Les Espagnols avaient facilement dompté des hommes qui n'avaient pour armes que des massues et qu’effrayait le son du canon: La servitid:: devint si lourde que les forces humaines ne purent la supporter. Les Haïtiens périrent par milliers. Beaucoup d'Espagnols en immolaient douze chaque jour à la gloire des douze apôtres. Bientôt la race‘des Aborigènes d'Haïti fut presque éteinte; l'exploitation des mines d’or cessa; on sonzea à repeupler le pays par la transplantation d’une antre race: Cette race, sortant de l'Afrique, plus vigoureuse que celle des Indiens, soumise aussi à l'esclavage, brisera ses chaînes et formera une nation nouvelle: Elle reprendra le nom des Aborigènes; et, tout en fondant une patrie libre pour la Race Africaine, elle fera expier aux peuples de PEurope, et sa servitude , et la destruction des Indiens, Elle sera une nouvelle preuve que certaines parties de Ja terre ne sont pas plus que d'autres le domaine de qnelques espèces de la rare huinaine. À la race hnmaine appartient le globe entier : un peuple succède à un peuple, une race à une race. Les hommes forment des courants qui se croisent dans toutes les directions. Dans les contrées qu'occupent les nations d'aujourd'hui, on rencontre peu de populations qui soient aborigènes; car en remontant dans l’histoire, nous ne Yoyons qwémigrations et transplantations. L'esprit humain ne progresse que par ce fret: tement , cette fusion des races, {
INTROLUCTION, j QAR à
Au commencement du 16.e*siècle, le roi Ferdinand envoya à Hispañola cinquante esclaves africains forts et robustes , pour exp'aiter les mines roÿales. Mais sous ie règne de Chaïles-Quint, le trafic des nojrs de la côte d'Afrique prit un grand développement, sur la demande de Las Casas qui voulait soulager les Indiens faibles et délicats. Le ministère espagnol l’antorisa à en transporter , à Hispañola , quatre mille qui coûtèrent 25,000 ducais. Ainsi ce fut Las Casas, l'illustre défenseur des Indiens, qui organisa la servitude des Africains dans le nonveau monde. Il affaiblit sa gioire en oubliant que tous les hommes ont les mêmes droits à la liberté. Par la conduite de cet apôtre de la liberté, d’ailleurs si bon, si tendre, on peut juger de Pétroi- tesse de l'esprit humain : personne n'ighore que Las Casas a consacré sn vie avec héroïsme à soulager des populations livrées à toutes sortes a tortures,
Pendant deux-cent soixante-douze ans l’esc! avage régna en Haïti ie be de souffrances et de gémissermens. La race africaine eût peut être Succomi comme celle des Aborigènes, si l'êre de 89 ne s’était ouverte. Le génie de la liberté plana sur le monde , et tons les petrples furent émus ; .la Bastille s’écroula, et le bruit de sa chûte retentit au-de!à de l'Atlantique. Les Brissot, ‘les Grégoire, les Condorcet, les Pétion, les Gensonné, les Vergnianid firent entendre leur voix éloquente en faveur des Africains, comme Pas Casas avait fait entendre la sienne pour les Tndiens. Ferrand de Baudières, Labadie, Ogé. et Chavannes périrent. victimes de leurs réclamations en faveur des affranchis: la liberté commença ses luttes sanglantes contre l’affreux systéme golontal. | |
Au milieu des bouleversemens de la colonie française, dans lesquels s'engloutissait chaque jour la race blanche divisée en deux camps, l’ancien affran-
"= chi seniit naître en son cœur la dignité de l’homme. Ce sentiment avait
été détruit par la condition de protégé qu'il avait acceptée du planteur. Après une lutte héroïque il releva sa couleur avilie en aidant l’esclave, dans de nombreux quartièrs, à recouvrer sa liberté.
De son côté l’Afriçcain quoique esclave, cessa-til entièrement d'être libre ? «4e force matérielle le courbait assurément contre la terre; il souffrait; mais son âme indépendante attendait le moment favorable de : renverser la puissan, ce qui Le dominait. Il ne transigea jamais sur Sa lhiberté. Le jour qu'il sortit de ses liens, il se présenta devant son maître ne el il ne devait rien, avec la force morale d'un être envers lequel on a été injuste et qui reprend des droits qu'il n'avait jamais consenti à aliéner. C’est le martyr des premiers. siècles du christianisme Lun après avoir été torturé, mutilé, est demeuré . homme.
Lælutte devint une guerre d’extermination; l'humanité ent heaueonp à en gear; la liberté elle-même eut. souvent horreur de soi œuvre. Plusieurs
#partacus parcoururent Haïti tels que des anges exterminateurs, vengeant leur race de près de trois siècles de persécutions. Enfin Dessaiiues , Pétion, Clervaux, Capoix, Geffrard, Christophe, conquirent notre indésendance , et consommèrent l'œuvre commencée par Toussaint Louverture. [, histoire de cette lutte est à la lonarge du génie africain, de ce géuie chaleureux, entraînant, qui, dans l'antiquité , domina la terre: de ce génie qui anima les Augustin, les Cyprien, pères de l'Eglise, dont la voix éloquente fut si prépondérante dans le triomyhe du Christianisme. Les qualités de cœur des Africains se manifestèrent au milieu de ces grandes catastrophes. Que de sensibilité * native ! Que d'éclatantes vertus !
Aussi notre histoire si féconde nous fournit-elle des pazes où le cœur hu-
vi INTRODUCTION.
main se déploie dans sa forme primitive. Elle offre aussi de nobles traits d'héroïsme. 'Funtôt la femme indigène, sous le feu de nos ennemis, par court des champs de .carnage, fermant les blessures de ses frères ; tantôt, pieuse et empressée, elle affronte la mort dans des hôpitaux infects auprès" du blanc expirant, et arrache des félicitations officielles au capitaitie géréralm Leclerc. Qui n'est prfondémeut ému en se rappelant ces paroles d’une fem" me indigène à ses filles jeunes et belles que le général Rochambeau faisait” conduire à la mort: “ Courage, mes enfans, leur disait-ellke, vos flancs ne” “porteront pas d'esclaves. ? ad ses Les temps modernes ne nous offrent pas une mort plus glorieuse que celle deMaurépas , martyr de la liberté, sous le gouvernement de Leclerc: ilfut” crucifié , et pas uue plainte ne sortit de s& bouche. Nous ne trorivons past dans l'hstoire étrancère une mort plus héroïque que celle de Coutilren Cou tard qui fit le sacrifice de sa vie pour sauver celle de Pétion. | Sur un petit théâtre, loin des regards de l’Europe alors ensanglantée , lese. acteurs de noire drame révolutionnaire, par leur dévouement à la cause dela” liberté, par les sacrifices de sang qu'ils ort faits pour fonder notre Patrie,’ ont attemt à la hauteur des hommes les plus célèbres. [ls ont jeté dans le. Nouveau Monde autant d'éclat qu'en ont rénandu dans les contrées de” lEtrope les honimes extraordinaires de la révolution française. Je dis les! - homnies extraordinaires de la révo'ution française, car il n’est pas de specta* cie plus. grundiôse que celui des figures de Mirabeau, de Vergmiaud, de Dan ton, de Robespierre, de Carnot, de Hoche, de K'éber, de Desaix, de Bo= naparte. Si les annales de tous ls peuples ne constataient solennellement Père, française, la postérité ne pourrait-elle pas douter de l’existéncé deces: géants ? | Malgré nos nobles efforts pour parvenir à la liberté et à l’indépendance, Ja race africaine est toujours livrée aux attaques des possesseurs d'esclaves, dont l'inflience est encore immense dans de no:ñbreuses contrées. "Un his= torien ‘célèbre a avancé que notre avenir est inconnu. D'autres écrivains n'accordent que peu de durée à notre existence politique. LT Il n'est qu'un moyen dempécher ces prophéties de s’accomplir: c'est de nous pénétrer prefondément qu'une nation a toujaurs prospéré tant que par son système elle n’a pas véeu isolée des progrès des arts, des"sciens ces et de l’industrie. | "Haïti est une des îles les plus belles du monde, l’une des plus naturelle? meut riches. Ce n'est pas saus extase qu'on aborde nos vastes plages” cou ronnées de magnifiques montagnes, d'une rare végétation et d'une verdure. éclatante. | otre île entre les deux Amériques, à proximité de listhme de Pahamaæ qui, par les prodiges de la civilisation, unira un jour l'Océan Atlantique à la Mer Pacifique, attire les regards de l’Europe, dont l’organisation puissante Slinpose aux peuples arriérés par le fer, par le feu, par des boulets por: tant avec la mort des idées régénératrices. [une autre part, l'Américain. qui refuse à notre race les avantages de la civilisation, se croit intéressé à. nous voir tomber dans la dégradation. La civilisation grandit autour de nous, | et nous écrasera de tout son poids, si par une organisation vigoureuse que: produit le travail intelligent et frmanent, nous ne grandissons aussi , et n'établissons l’équilibre entre nous et les états prépondérans. Ne perdons pas de vüe que ia fusion des races, des classes, s'opère partout; que cette fusion seule enfante les prodiges de la civilisation, et que sans elle, il n’est guère