‹ Histoire d'Haiti (volume 3)Chapitre 4 sur 57 · VE NI · texte numérisé non relu

VE NI

lages ; mais quoique vifs et agiles , HS avaient une aversion marquée CPE PAR à. 4. re É

Mendoza, chef du conseil de la Reige Isabelle, il vit agréer son projet par le conseil de Ferdinand. @ . Ro. noue

Le 30 Avril 4492, Ferdinanü et Isabelle lui donnèrent un brevet par lequel il fut nommé Amiral et vice-rol des îles et de la Ferre-Ferme qu'il découvrirait, Le 3 Août suivant, il partit de Palos avec 1rois | caravelles, chargées de vivres pour un an, el de 420 hommes. Trois

jours après, il s'arrêta à la grande Canarie, -et y lit quelques épars M

rations à ses navires. Le 6 Septembre, il reprit la mer. |

Après avoir découvert quelques iles ; il aborda, le 6 Décembre, à la pointe occidentale d'une terre que les Insulaires-de Cuba nonnmaient Haïti (terre montagneuse) où Quiesqueia (grande terre). ll mouilla dans une baie à laqueile il donna le nom de Saint-Nicolas ; puis eotoyant le rivage septentrional d'Haïti, il rencontra le 8 Décembre une autre baie que du nom de la fête de ce jour il appela la Gonceplion, cest, aujourd hui, l'Écu. 4 mi

Au moyen d’une femme que ses agens avaient gagnée, 1l parvint à

communiquer avec les habitans. Ensuite il jeta l'ancre dans une anse,

qu'il nomma Valpara;so ( Port-de-Paix. ) L'ile d'Haïti, peuplée, au dire des historiens espagnols, de 2,000,1 000 d’âmes environ, était divisée à cette époque en cinq royaumes: unis par une parfaite amitié : le royaume de Magua ou de la plaine com= prenait la vaste plaine de la Véga Réal qui s étend entre Monte-Chmistwet Samana; le chef de cet Elat se nommait Guarionex; le royaume de Marien s'étendait de Monte-Christ au Cap Saint-Nicolas; son chef nom: mé Guacanagary résidait au lieu appeié aujourd’hui Cap-Haïtien;" le” royaume de Maguana occupait le quartier de Cibao et tout le cours"de V'Artibonite ; le prince qui y commandait, nommé Caonabo , étartun caraïibe des îles du vent; 1l faisait sa résidence à Maguana (Saint Juan) le royaume de Xaragua comprenait la plaine du Culi-deSac et cellede Léogane ; le cacique Béhéchio en était le souverain. Sa sœur Anacoama (fleur d'or) avait épousé Caonabo, A la mort de Béhéchio , "Anaco= ana héritera de son frère, celui-ci n'ayant pas laissé d’enfans deses trente-deux femmes. Le cinquitme royaume était celui d Hyguey; qui sétendait de l'Ozama au Cap Engaïo. Une princesse nommée Ey- 1 guanama y dominait. | | re Les chefs des Etats d'Haïti portaient le nom de caciques et prati: quaient la polygamie, Ils exerçaient sur leurs sujets un grand ascendant. Les Haïtiens étaient entièrement nus et habitués à se peindre” le. corps ; leurs femmes portaient une espèce de’jupe ; mais lés filles”

navalent aucun vêtement. Ils avaient le teint cuivré, les cheveux longs,

lats et noirs. Comme les Espagnois connaissaient depuis deux mois es iles voisines , is purent établir une comparaison entre leurs habitans respectifs: les Haïtiens les surpassaient tous en heauté. Is étaient tréssobres , se nourrissaient de maïs, de racines, de fruits et de coqui

1 i « ‘ = Re LA Ê à: ati se ". " » tn # , :

. : ‘ ” + À ; n, 1 Ni * dl 4 « Ph *

- pour les travaux pénibles. Les Espagnols les eurent bientôt gagnés par des présents. Ils avaient tant de sontance en ces ÉtRnEEs qu be MON» taient sans armes à bord des vaisseaux.

Toute leur Histoire se composait de chnsons et de fables qu ils apprenaient dés l'enfance. On ne sait que fort peu de chose de leur re igion. Ils adoraient des êtrés malfaisans ,des couleuvres , des caïmans. Leurs prêtres étaient des sorciers qui se nommaient Butios et les figures qui représentaient leurs Dieux s’appelatent Zémés.

Pendant que ces insulaires se reposatent sur l'amitié des Espagnols, ils étaient loin de soupçonner les motifs d Nr qui faisaient agir ces nouveaux hôtes. Ils furent épouvantés par lFappareil terrible de Partillerie des batiments, dont on crut nécessaire de leur faire cons naître les effets. |

Christophe Colomb sentit bientôt la nécessité de faire un établissement dans. cette île, et de partir pour l'Espagne. Un des vaisseaux avait fait naufrage, un autre ne lui avait pas envoyé de nouvelles, et le troisième ne suffisait pas pour contenir tout son monde. Aussi se détermina t-1l à laisser dans l'ile une partie des siens.’ Il fit choix de treuteneuf Espagnols quil confia au commandement de Rodrigo de Cordoue. Les Haïtiens sans défiance travaillérent à la construction dun fort qui devait les placer sous la dépendance espagnole. Cette forufication fut appelée Nativité, parce que les Castillans avaient échappé à un naufrage le jour de Noël.

Christophe Colomb fit le tour de l'ile. I reconnut que c'est une terre de haüles montagnes séparées. par de vastes ‘plaines, de cent soixante lieues de longueur, de la pointe Samana au cap Tiburon , et de soixante lieues dans sa pius grande largeur, du cap Mongon à Ja pointe Isabellique. Elle est située entre le 17° degré 55 minutes ét le 20° degré, de latitude septentrionale ; et entre les 71° et 77° degrés de longitud e occidentale. Le contour de l'ile est de 850 lieues, et la surfice de 5,200 lieues carrées. #

À quelques licues de la côte septentrionale, s'élève File de la Tor tue couverte de verdure, de neuf lieues de longueur sur trois-cents toises de largeur ; et au milleu du golfe du Cul-de-Sac, à l'ouest, s’é-

tend Pile de la Gonave encore inhabitée: Le long de L on méndiés

nale, l'on rencontre, à de grandes distances, les ‘les de la Saône, de Sainte Catherine, de la Béa e, d'Alta Vetaëet l'He à Vaches. Les Caïmiles, au Nord de la presqu ile du Sud, forment un groupe d'îles Pittoresques.

. De vastes plaines qu 'arrosent de LS fleuves s'étendent entre nos montagnes : la vallée de la Vega-Real d'une rare végétation entre les deux chaînes de Monte-Christ et de Cibao, est parcourue par la Yüna, dont les eaux rapides vont se perdre dans là baie de Sarmana ; le grand : Vaque traverse la plaine de Saint: Vague, et se jette dans la baie de

je Christ; l'Arubonite, peuplée degaimans ; arrose la plaine qui em

es

£ Re YISTOIRR D'HAITE

porte le nom, et se précipite dans le golfe de la Gonave; la Neyba et l'Ozama qui coulent du Nord au Sud portent leurs eaux dans la, mer des Caraibes. | | el

Entre Samana et Puerto-Plata, le long de riches montagnes, s'étend

une plage étincelante aux rayons du Soleil, et presque abandonnée.

Nos principales montagnes, le Cibao, le Bahoruco, la Selle et la Holte voient régner à leur sommet une température bienfaisante. Aa cime de la Selle, pendant l'hiver, le thermomètre descend quelquefois jusqu'au sixième degré au-dessus de zéro. 5 |

Dans les plaines, la température est ordinairement douce; mais pen: dant la sécheresse , l'atmosphère est embrasée des feux d'un Soleil meurtrier, et des vents impétueux soulèvent une épaisse poussière. lors l'Européen supporte avec peine les fatigues de la marche. |

Colomb , frappé de la richesse du sol de notre île, la nomma His païñola ou petite Espagne. {l la quitta le 4 Février 1493, et arriva en Espagne le 15 Mars suivant. |

fl se rendit à Barcelone. Il y fit une entrée solennelle. Au milieu d’un peuple immense, 1l se dirigea vers le palais de ses Souverains. Il était précédé de sept Indiens, preuve de la découverte d’un nouveau monde; venaient ensuite, portés en triomphe, des lames d'or, des perroquets sur des roseaux, des caïmans, des lamentins empailiés, des quadrupèdes et des oiseanx inconnus à l’ancien Monde. Colomb fur accueilli par Ferdinand et Isabelle assis sous un dais étincelant. On le fit se placer sur un siège à côté du Trône parmi les grands d'Espagne: et il fit lui-même le récit de son voyage. Quand tout fut terminé, le Roi et la Reine, tous les spectateurs se jelèrent à genoux, et un Te: Deum fut chanté dans Ia Chapelle Royale. | |

Le 28 Mai 1493, Ferdinand et Isabelle délivrèrent à Colomb denouvelles lettres patentes -pär lesquelles il fut nommé « Amiral de l'Océan, « depuis les îles Açores jusqu'à celles du Cap-vert, du septentrion au « midi, viceroi et gouverneur perpétuel de toutes les terres qu'ilavait « découvertes et quil découvrirait. »

Peu de temps après le départ de Colomb de l'ile d'Haïti, les Espagnols laissés dans ie fort Ce la Nativité, avaient méconnu l'autorité de Rodrigo leur chef, et s'étaient livrés à toutes sortes d'excès sur les Haïtiens. Ils avaient pénétré dans le Cibao chez Caonabo, et avaient en: levé tout l'or de ce cacique. Celui-ci indigné les avait attaqués, battus, et poursuivis jusqu à la Nativité. H les avaient ensuite égorgés, aprés avoir détruit leur redoute ; malgré les efforts de Guacanagary qui avait

ren vain tenté de les défendre en combatttant contre le roi de Maguana.

Caonabo reloura à Maguana bien convzincu qu’ilavait à tout jamais délivré son pays de ces hommes à figures blanches et couverts de fer. Après avoir fait baptuser publiquement et en présence de la famille royale, les Indiens qu'il avait ‘amenés ayee lui, C. Colomball joindre à Cadix une flotte de dix-sept bâtimens, Elle était chargée de

LA

> - AISTOIRE D'HAITI.

4,500 volontaires , jeunes nobles des meilleures familles du Royaume, d'outils , de grains, de légumes et d'animaux de toutes espèces de Vancien Monde. Il s’embarqua avec plusieurs Ecclésiastiques sous les ordres d'un Supérieur muni de pouvoirs trés-élendus du pape, pour convertir les Indiens. Îl apparetlta le 28 Septembre 1493. Il mouillg au Port-Réal, prés du lieu où est bâti aujourd'hui le Cap: Haïtien ,

(22 Novembre.) Là il apprit avec douleur tout ce qui s'était passé pendant son I abandouna ce port, et constrüisit, à Lest de

Monte-Christ, à l'embouchure d’une rivière, la première “ville EUrOs

péenne élevée dans le Nouveau-Monde ; il la nomma Isabelle en Fhonneur d'Isabelle de Castilie, sa bienfañrice. IH partit ensuite pour les mines du Cibao; et après avoir surmonté de grands obstacles de ters rain , y arriva le 12 Mars 1494, avec 400 hommes, la plupart de jeunes hidalgos. Cette première route ouverte dars le Nouveau Morde, fut appolée El puerto de los hidalgos (défilé des gentilshommes.) Colomb s'assura qu'il existait des mines d'or dans ce quartier. Hi y bâtit

une forteresse qu'il uomma Saint Thomas, pour D le l’'inerédulité

La ses compagrous qui avaient hésité à le suivre dans l'intérieur dé lie, prétendant quil n'y avait pas de mines.

Mure de Ojéda, jeune Espagnol d’une intrépidité chevaleresque , enleva Caonabo qui "fut embarqué pour l'Espagne. Mais le navires au milieu d’une témpète , disparut sous les flots. 1

Les Castillans se livrérent à d'affreuses cruautés sur les Haïtiens: Ceux-ci exaspérés s'armèrent de massues, de pierres, de flèches, et se réus nirent au nombre de cent mille dans la vaste plaine de la Véga-Réal. Ace coutumés à une vie oisive et nonchälante , ils ne pouvaient supporter les rudes travaux de la servitude. Les Espagnols méprisant cette mule titude sans discipline, sans tactique et presque sans armes, marchés reat au combat au nombre de 200 arquebusiers el de vingt ‘cavaliers,

Précédés de vingt dogues affamés, ils se PRCAIOrEUT sur les Haïtiens,

ävec rage. Les Indiens de ces quarticrs eutendirent pour la première fois le son du canon et les décharges de la mousqueterie. Au bruit de cés terribles détonuaations, 18 se prosternêrent la face contre terre et demandèrent grâce à leurs boreaux , Comme «à des divinités armées Ce la foudre. Quant aux cavaliers, ils les prirent pour des monsires; et leur imagination frappée de terreur croyait que l'homme et le cheval nr formaient qu'un seui être. [is se dispersèrentede toutes parts ; et les Espagnols, qui n'eurent que la peine de les massacrer, ne perdirent pas un seul homme (1495

Après cette victoire , Colomb étendit sur toute Îa partie orientale de

île une servitude que les forces humaines ne pouvaient supporter, Les Haïtiens plongés dans Îles mines profondes qu'ils avaient fouillées, périssaient par miiliers, au milieu d’affreux supplices. Colomb en envoya trois cents eg esclavage en Espagne. Mais Isabelle indignée les ft mettre en liberté, et déclara qu'elle entendait que les Indiens fuse

é di 6 . HISTOIRE D'HAITI. : DEA sent libres, ‘et soumis à la religion par la persuasion, ef noR par. LEE {orce. : : | mem, En Mars 4495 presque toute l'ile était conquise. Maïs les Espagnols gontinuérent à employer contre les Aborigènes toutes sortes de moyens de destruction. 1} les faisaient souvent périr en les livrant à des chiens: affamés. L'appât du gain et le fanatisme de la religion Îles excitatent à commettre ces crimes : ils croyaient se rendre digues des récompen* ses éternelles en exterminant une population d'idolâtres.

I arriva dans lie un commissaire de la cour, Aguado, sentlhoms me de la Chambre, chargé d'informer centre la conduite de Colomb gravement accusé par ses ennemis. Aprés avoir coufié le commande ment de l'ile à son frère don Barthélemy , et avoir nommé grandjusticier, François Roldan , un de ses anciens serviteurs, Colomb partié

our Cadix où il arriva le 14 Juillet 1496.

En 4494, Barthélemy Colomb avait foudé sur la rive gauche de POza: ma , une ville, qui reçut le nom de Nouvelle Isabelle. Pendantle séjour de Christophe Colomb en Europe, ily transpurta le siège du gous vernemént, et la nouvelle ville fut nommé Santo-Domingo en lhonueur de Dominique Colomb , père de Christophe et de Barthélemy.

Barthélemy vainquit les Haïtiens de ces nouveaux quartiers , que les cruautés des Espagnols avaient soulevés. #

Pendant cet intervalle, François Roldan, le grand justicier , pen: sant que Christophe Colomb ne reviendrait plus à Hispañola, pritiles armes contre Barthélemy, pour senparer de l'autorité. Il parcourut la contrée excitant les populations à fa révolte. Barthélemy quirétait à la Véga arriva précipitamment à Sto.-Domingo où il put se mainte= nir. Ayant fait d'inutiles efforts, pour porter à l'insurrection les ha: bitans de Xaragua, Roldan souleva contre Barthélemy Mayobanex, ca= : cique d'un peupie aguerri qui occupait un territoire vers le cap Caz= bron. Guarionex , cacique de Magua, (Véga Réal) fuyant les cruautés des Espagnols, s élait retiré auprès de Mayÿobanex. Il y avait reçu une franche hospitalité.

Barthélemy marcha contre Mayobanex , tomba dans une embuscade | et fut battu. Peu de jours après, il atiaqua de nouveau les Haïtuens, les tailla en pièces, et les refouia dans les montagnes. S’étant rendu au lieu où s était réfugié le cacique, il lui proposa de lui livrer Guarionex. Mayobanex répondit quil préférait la mort à une läche trahison. On en vint'aux mains; les Haïtiens furent complétement batius, et leur cacique fut fait prisonnier avec une de ses filles d’une rare beauté, femime d'un des puissans chefs du pays. (Ce chef: vint se jeter aux pieds de Barthelemy qui lui remit sou épouse sans rançon. Gus rionex fut livré aux Espaguois ; et Mayobanex conduit à Santo-Domingo, ÿ fut exécuté. ( 1498.) PARU Fra … Pendant cel intervalle , Colomb partait de l'Espagne ( 30 Mai 1498 ) .

= @écourrait la Trinité, apercevait la Terre-Ferme quil prit pour une

HISTOIRE p’HAÏTI. : ; >

rande île, et arrivait à Santo-Domingo. Il y fut reeu avee de grands ‘hongeurs. Las Casas, alors âgé de vingt quatre ans, élait arrivé avec Mui, comme employé dans l'expédition. Colomb s’eflorça d'étouffer la :jévolte de Roldan; mais il fut-obligé de trafter avec lui, et de lui permettre de s'établir dans la plaine de la Véga-Réal, au delà de Saint- Yague, à Bonas. Ce fut alors que commencèrent dans le Nouveau Monde les répartimentos ou concessions , et distributions J'Indienis comme du bétail. D ui nt | | | | Colomb, accusé auprès de la cour d'Espagne de 8e livrer à des

projets ambitieux, fut. rappelé en Europe. (On envoya à Hispaïiola don François Bovadilla, commandeur de l'ordre de Calatrava , comme Inténdant suprême de Justice, Bovadilla se rendit maitre de Santo- Domingo, et s’y fit reconnaître gouverneur général. I fit mettre aux fers Christophe Colomb, et l'embarqua ensuite pour l'Espagne avec Barthélemy et Diégo. Le navire arriva à Cadix le 25 Novembre 1499. Ferdinand et Isabelle, mécontens de [à conduite de. Bovadilla qui avait outrepassé leurs instructions , ordonnèrent qu'ils fusseut mis en liberté. " | sh: té

- Pendant cet intervalle, le nouveau gouverneur faisait exploiter les mines de St.-Christophe avec une avidité étonnante, en exerçant sur les Indiens toutes sortes de cruautés. Une Indienne rencontra un lingot d’or assez large pour recevoir un porc entier qu'on avait fait rôur. I pesait 3600 écus d'or. CC | SL

… Cependant les gémissemens des Aborigènes avaient retenti au-delà de l'Atlantique. Bovadilla fut remplacé par Nicolas Ovando, commandeur de l'ordre d'Alcantara. Isabelle et Ferdinand , pour soulager les Indiens, ordonnèrent au nouveau gouverneur de permettre l'importation à His pañola, des Nègres esclaves nés à Séville, sous la domination chrétienne, voulant empêcher dans le Nonveau Monde, la propagalion de lIsla- - misme par les Africains musulmans. A celle époque il y avait en * Espagne beaucoup de Nègres esclaves que les Arabes y avaient ame- L\ : CRE D EPA TI V ANR | doi as Ovando partit muni de sages instructions, et arriva à Santo-Domingo, Je 45 Avril 4501, avec une fluite de trente-deux vaisseaux, chargée de 2,500 colons. AUS | dl | LAS UE

De son côté, Chzistophe Celomb, toujours infatigable , partait de

l'Espagne le 15 Mai 1502, accompagné de son frère, du pius jeune de ses fils, et de Las Casas, pour entreprendre de nouvelles expéditions. li découvrit le Hunduras, n'aborda pas au Mexique, alla à la Jamaïque, et se présenta devant Santo-Domingo pour échanger un vaisseau. Ovando refusa de le recevoir dans le port, En mème temps unê flotte de 21 navires, chargée de lingots, du fameux grain d'or de 3600 écus, portant Bovadilla, Roldan et leurs complices , allait prendre la haute mer. Colomb, en navigateur habile, annonça que si elle quittait le port elle serait engloutie, Ou ne lécouta pas. Un oura-

8 vor HISTOIRE D'HAITI.

gan affreux éclata, la ville de Santo-Domingo fut renversée, \etsla, flotte disparut sous les’ flots. Ainsi périt Bovadilla dont le nom- rappelle

aujourd'hui les plus horribles cruautés. Deux ans après Ovando re"

bâAtit Santo-Domingo avec magnificence , sur la rive droite de POzamas Colomb se présenta de nouveau devant cette ville, et Ovando se décida à le recevoir. Il partit pour l'Europe où 11 arriva en 1504.

La Reine isabelle était morte. Ferdinand qui lui était devenu hostile, lui Ôta sa charge de Vice-Rot. il mourut de chagrin, dans la misère, à Valladolid, le 20 Mai 1506, à l'âge de sorxante dixsans: 11 fut enterré dans l'Eglise des Chartreux de Séville, et son cadavre fut ensuite envoyé à Santo-Domingo , comme 1l l'avait demandé dans son testament. Mais en 1776, ses restes furent transportés à 1a”Ha: vane où ils sont encore. |

Ovando ne soulagea pas beaucoup les Indiens dans les travaux des mines, quoiqu'il eût reçu de sages instructions à leur égard. A ne fut un peu juste qu'envers les Européens. 1l encouragea la plantation de la Canne à sucre transportée à Hispatiola des îles Canaries par Pierre Alença. Gonzalez de Velosa construisit le premier moulin"à sucre que lon vit en Haïti. En 1533, la fabrication du sucre aura pris un développement si important, qu'à la fin du 16"”siècle, on en éxporiera 887 caisses , de 200 livres chacune. me |

Ovando faisait expiloitér les mines d'or avec une rare activité. Da colonie fournissait à l'Espagne 2,400,000 livres tournois. Ferdivand élait satisfait d'un gouverneur qui lui faisait parvenir chaque année de

quoi fabriquer 500,000 éeus d'or. Souteau par le rot, Ovando ne

mit plus de bornes à sa cupidité.

Une insurrection. avait éclaté dans la province d'Hyguey. Les Espa:

gnols , au nombre de 400, avaient marché contre les Indiens quiles

avaient battus d'abord. Mais Esquibel les vainquit à son tour, et ex

termina la plus grande partie de la population de ce quartier: Ilcons”

truisit un fort dans le bourg d Hyguey. | Les anciens partisans de Roldan , retirés dans la province de Xaragua,* avaient excilé, par les excès auxquels ils se livraient , la haine d'Ana-

coana. Pour se venger de cette cacique, ils écrivirent à Ovande.

qu'elle conspirait contre le Roi d'Espagne.

Cette princesse avait succédé à Béhéchio, son frère , mort sons postérité. Ovando qui ne cherchait que l’occasion de dépouiller les caciques , accueillit avec empréssement cette dénonciation : pour mieux cas cher ses projets hostiles , il envoya des députés dans le Xaragua. Anacoana, jeune, belle, adorée de ses sujets, faisait sa résidence à laguapa. Pleine d'imagination , elle composait les poésies que chantaientrles Haïtiens dans leurs fêtes religieuses. Elle se montrait tout-à-fait favorable aux figures blanches qui avaient pénétré dans son île. La dépus {ation qu Ovando lui avait envoyée, lui offril avec une fierté respee”

tueuse l'amitié du Roi d'Espagne. Séduite par l'éclat et la pompe dent

PINS CP TN Ve}

s'entouralent les nfayadie et curieuse de connaître fe usages el les mœurs de ces étrangers, elle fit un traité d'älliance avec eux.

Alors Ovando partit de Sto.-Domingo, avec trois-cents arquebusiers et deux-cents cavaliérs. Il traversa Haïti en triomphateur, et vint camper dans la plaine de Yaguana (Leogane). Anacoana Paccucillit sans défiance, fit célébrer en présence de son armée des jeux indiens et Mioutes sortes de fêtes: c'était le témoignage qu'elle lui donnait de la sincérité de son dévouement au Roi d'Espagne. Ovando, de son coté, fit annoncer une fête européenne au son de la trompette et d'une mu- Sique guerrière qui charma les Haïtiens. Par une fraîche matinée toute la population du Xaragua, attirée par la curiosité, se réunit sans armes, dans la plaine pour assister à un spectacle qui lui paraissait devoir être s1 beau. A un signal convenu, les Espagnols fondirent sur Îles -Haïtiens et les magsacrèrént. Le carnage dura plusieurs heures. On vit des cavaliers castilians, de jeunes Hidalg gos, mus par la pilié, placer devant eux sur leurs selies, des enfans , pour les arracher à la mort; mais leurs féroces compagnons , passant à leur côté , leur reprochaient leur sensibilité , et perçaient à coups de lances ces petits infortunés.

Quelques Indiens se répit à la Gonave en se Jetant dans des iols ; d'autres gagnérent les hauteurs et se relirèrent dans les montagnes au Bahoruco , ayaat à leur tête Guarocuya, un des parens d’ Anacoana, qe fat pris plus tard et exécuté par les: Castillans.

Ovando fit mettre à la torture trois-cents chefs haïtiens, vassaux de ‘Ja Reime. Is déclarèrent au milieu des supplices qu'elle avait conspiré. Ils furent ensuite fbrülés-vifs. :

Après Pextermination de la plus grande partie de la population du Xaragua , Ovando bâtit une ville qu'il nomma Sainte Marie de la vraie paix, près du lieu où est aujourd hui Léogane. Ii retouraa en triomphe à Santo Domingo, lraiaant Anacoana “enchainée et livrée à toutes sortes d’outrages. La sœur du cacique Béhéchis, la veuve de Caonabo, fut jugée, condamnée et pendue dans la Capitale de la Colonie.

À cette époque, les Espagnols occupaient une vingtaine de bourgs. Peur puissance paraissait parfaitement établie, quand Île quartier d'Hyguey se souleva de nouveau. Le même Esquibel le ravagea de fond en eomble, fit prisonnier le cacique, Cotubanama , et l'envoya à Santo-Domingo où 1} fut exécuté. Avec lui finirent les chefs haïtiens de race royale.

On ne peut se rendre compte de l'extérmination rapide d'une population si nombreuse, dans un pays montagneux , rempli d'accidents de terrain, de défilés, et de retranchemens naturels.

Tout porte à croire que ‘les écrivains Espagnols ont considérable: ment grossi le nombre des habiians de l'ile. ll paraitrait que les montagnes n étaient presque pas occupées, et que les Aborigènes se tenaient de préférence sur le Littoral: Les historiens de cette époque

vous apprennent qu’ils se livraient à la pêche, et que leur principale cu nourriture était le poisson: RU LE st En’1507, la population d'Haïti se trouvait réduite à 60,000, âmes” Si la population de l'ile était de plus d'un million au moment de la découverte, lors même que chaque Espagnol eût été employé unique= ment à égorger nuit et jour , on n'en eut pas vu, au bout de seize. ans, cette effrayante diminution, Je ne VEUX pas excuser des crimes constatés par tous les écrits de ce tems : qu'ils aient été commis sur un grand ou sur un petit nombre d'individus, üis n en font pas moins horreuf à l'humanité. Mais je crois que le chiffre de la population Aborigène a été considérablement exagéré, | Les atrocités des Castillans étaient d'autant plus coupables, qu'elles s’exerçaient au nom du Christ miséricordieux. c On songea sérieusement à repeupler le pays, soit par les Indiens des! îles voisines , soit par des Africains. Les Espagnols firent une descente à la Guadeloupe; mais ils furent repoussés avec perte par les Caraïbes. Ils trouvèrent cependant le moyen de faire passer en Haïti 40,000 4nsulaires des Lucayes, en employant toutes sortes de ruses: Mais ces infortunés périrent la plupart misérablement. Jamais en aucun pays, en ne vit des massacres plus multipliés ni plus affreux qu'en Haïti. Diego Colomb obtint en 1508 le gouvernement d Hispatiola; et Ovan: do sembarqua pour l'Espagne. Alors s'étabit à Santo-Domingo MAu-" dience royale, ainsi que la Chaïcellerie, dont le président étaitren même temps Gouverneur et Capitaine Général. Cette Audience rendait la justice au nom du Roi. Ce fut sous Diego en 1510, que «Bar: 4 thélemy de Las Casas reçut l'Ordre de la prêtrise, du premier Eyé-. « que de l'ile espagnole, et chanta la première Grand Messe qu'oneut « entendue d'un prêtre ordonné dans le Nouveau-Monde. » | La même année des religieux de l'ordre de Saint-Dominique vinrent à Hispatiola, ayant pour prienr Pedro de Cordoue. Ils préchèrent avee indépendance contre fes horreurs dont les .colons rendaient victimes les pauvres Indiens. Las Casas se joignit à eux pour dénoncer à la Cour. de Madrid les injustices et les cruautés des Gouverneurs espagnols. Mal-gré les efforts et les prédications des prètres duminicains , l'état des! Aborioènes demeurait Loujours affreux. ls envoyèrent en Espagne un. des leurs, le père Garcia Loaisa , qui obtiut de Ferdinand plusieurs cédules en faveur des Indiens; et pour améliorer Je sort de ces derniers , 1] fut décidé qu'on trouverait le moyen de faire passer dans les Nouveau-Monde un grand nombre de Nègres de la côte de Guinée. Ferdinand, pour son compte, en fit partir cinquante , pour travailler aux mines royales. | Pendant ce temps, Diégo de Velasquez soumettait l'île de Cuba. - “Diégo Colomb, aÿant voulu y établir une pécherie de perles y avait envoyé Velasquez avec quatre vaisseaux. La partie orientale de cette Île était sous les erdres d'un chef Haïtien nommé Hatuey. Ce caci-

HISTOIRE D'HAITI. | RAS M 2 ve, fuyant a tyrannie des Espagnols, était venu, des environs du Môle, chercher un asyle dans l'île de Cuba. dut il vit s'approcher de ses côtes les vaisseaux européens , il réunit les plus braves de ses sujets, et les-exhorta à se défendre jusquà la dernière extrémité. Pour se rendre favorable le Dieu des Blanes lui-même, il lui fit le sacrifice d'un vase d'or qu'il jeta dans la mer. Il fit disparaître, de la même manière, toutes les richesses de ses sujets, afin d'en priver los

Espagnols. Ceux-ci débarquérent, attaquèrent les Indiens, les battirent, et firent Hatuey- prisonnier. Ils le condammèérent à être brûlé vif. Velasquez le fit lier à un poteau dressé au-dessus d'un bûcher. Un moine franciscain {ui promit les jouissances du Paradis, s’il voulait se laisser baptiser. « Est-ce qu'il y a des Lu dans ce Paradis dont « tx me parles, lui demanda Hatuey ?— Out, répoudit le moine ; mais « à ny en a que de bons.— Le- meilleur ne vaut rien, repliqua Hatuey: a je ne veux point aller où je pourrais en rencontrer un seul. » Il refusa de recevoir le bapième, et rendit le dernier soupir au milieu des flammes.

Diégo Colomb eût pu réellement adoucir le sort des Indiens, s'il n'avait été contrarié par de puissans ennemis qu'il avait à la cour d Espaigne. #

On envoya à Hisparola Éodrieo Albuquerque avec ordre de déterminer les limites de tous les distr icts de file. 11 se trouva aussitôt en opposition avec Biego Colomb. Celui-ci perdant l'espoir , en demeu- rant dans le Nouveau-Monde, de repousser les attaques de ses enne- IIS , passa en Espagne où il ne fut point écoulé.

. Albuquerque fit un nouveau dénombrement des Haïtiens qui restaient, et les vendit par lots comme du bétail. (Ces malheureux furent livrés à de nouvelles cruautés. | , Ecoutons Las Casas : PRO RNATES

« Lorsque les Espagnols entraient dans les villages, ils immolaient à leur rage, les vieillards, les enfans et les femmes n'épargnant pas même celles qui étaient enceintes où qui venaient d’accoucher : ils leur ouvraient le ventre à coups de lances où d’épées. Ils égorgealent le peuple comme un troupeau de moutons dans un pare, et pariaient à qui couperait le mieux un homme en deux d'un coup de taille, ou à qui enléverait le plis adroitement ses entrailles. Ils arrachaient les eufans du sein de leurs mères, ét les predant par

une jambe, 1ls leur écrasaient la tête sur la pierre ou les plongeaient dans le ruisseau le plus voisin pour les noyer, en {eur disant : cest pour vous rafraichir. »

L Evèque de Chiapa rapporte qu’on étendait souvent sur de largos grilles ces infortunés , afin de firolonger leur supplice. « j'ai vu, dit- « il, brüler sur plusieurs de ces instrumens cinq caciques de villa. a ges et d’autres Indiens; le capitaine Espagnol, indigné de ce que ç leurs cris troublaient son sommeil, ordonna qu iis fussent étranglés

Page 1