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Raymond, son collègue, dominé par l'ascendant de son énergie , signait toutes les mesures qu'il prenait, quoiqu'il cherchât une puissance - plus forte que la sienne pour le culbuter. Il s'entendait parfaitement avec Pascal, le secrétaire de la commission, et l’unet ‘l'aure avaient jeté les yeux sur Toussaint Louverture auquel l'avenir paraissait appartenir. Aussi, lui insinuaient-ils que Sonthonax , mu par l'ambiton, voulait proclamer l'indépendance de St. Domingue en irritant la France qui, indignée de l'ingratitudé des nouveaux libres , pourrait les dévorer dans sa fureur, Toussaint fut heureux de trouver dans la commission civile des auxiliaires pour se débarrasser de Sonthonax dont il voulait lui-même réaliser les projets entièrement en harmonie avec la liberté des noirs. Se sentant la capacité et la force de diriger les siens, il attendait une occasion favorable de déporter le commissaire civil dont la présence arrêtait le développement de sa propre ambition. Un seul homme, depuis peu, s'opposait ostensiblement à Sonthonax; c'était le commissaire civil Leblanc, homme de quelque éhergie. Avant . Son arrivée à St.-Domingue il n'avait connu Sonthonax que par les rapports des colons rétugiés aux Etats-Unis, et les premières impressions qu'il en avait reçues ne s'étaient jamais entièrement effacées.
Mais terrifié par les menaces de son collègue, il se retira à bord de la frégate la Sémillante, mouillée dans la rade du Cap. 1! tomba malade quelques jours après, et accusa’ Sonthonax de lavoir fait empoisonner. Celui-ci, indigné, ordonna au commandant du fort Picolet de chasser du port à coups de canon la frégate retenue par les vents con. traires, si à la fin de la journée elle n'avait pas appareïllé. Le capitaine de la Sémillante connaissant la détermination de Sonthonax, fit remorquer son navire par toutes les chaloupes de fa rade, et partit pour France. Leblanc. mourut à bord quelques jours après.
La Commission civile fit célébrer avec pompe au Cap la fête des vietoires nationales (9 Janvier.) Toute l'armée prit les armes, tout le peuple-couvrait la place d'armes, et au milieu des bruits solennels du canon, Sonthonax monté sur Pautel de la patrie, donna à Toussaint en l'embrassant le magnifique sabre d'honneur et la paire de pistolets” que le directoire exécutif lui avait envoyés en récompense de sa bonne conduite dans la journée du 30 Ventôse. Dans la mème solennité les généraux Léveillé et Pierre Michel reçurent aussi chacun un beau sabre.
Pendant cet intervalle, le gouvernement anglais envoyait à St-Domingue, comme gouverneur, le générai John Graves Simcoë. On avait L'espoir que son expéfience el ses talents rétabliraient dans la colonie la domination britannique qui y chancelait; et on s'attendait à voir s 0pérer de grandes choses sous son administration. Il arriva vers le milieu de Mars au Môle St-Nicolas d’où il se rendit au Port-Républieain. Aussitôt il parcourut toutes les positions qu'occupaient les troupes de $, M. B. afin de s’en faire une idée par lui-même. Mais il reconnut qu'il était devenu presque impossible de lutter plus longtemps conire le part
républicain : les “noirs et les hommes de couleur ‘avaient acquis la tac- Éd) européenne, et commençalent à comprendre la science gouver-= | nementale. Aussi la politique anglaise songea-t elle dès lors à ne plus conserver ses possessions de St-Domingue, mais bien à enlever cette colonie à la France en excitant les chefs noirs et de couleur à l'indépendance , leur promettant lappui et la “protection du gouvernement britannique, Les noirs du parti royaliste 2bandonnaient chaque jour les drapeaux anglais, fuyant le fouet de l'impitoyable commandeur. Toussaint dont l'influence était devenue sans borne sur les masses, fut .« nommé par la Commission civile, dans le courant de Mars, général en chef des armées de Si-Domingue. Cette dignité quil désirait ardemment depuis le départ du gouverneur Laveaux, le plaça , dans la liiérarchie militaire , au-dessus de Rigaud et. de Bauvais.
Simcoë rencontra en lui un ennemi infatigable. Pour subvenir aux frais de la guerre, le gouverneur anglais établit, dans l'administration, une sévère économie que ses prédécesseurs avaient un peu négligée.… 1 employa au service public les revenus des biéns séquestrés- appartenant à ceux des Français qui avaient abandonné les lieux occupés par les Anglais. I réduisit à quatorze demi-brigades les troupes coloniales qui en formaient qe deux, et les officiers qui n étaient pas en activité furent mis à la demi solde.
Pendant ce teinps, Dufay, homme de couleur, et député de St-Domingue au conseil des 500, demandait la discussion sur un projet de division territoriale des colonies. Après quelques débats, la commission des colonies fut chargée de présenter un projet sur cet objet, à la lé=” gislature. D après le rapport fait par Eschasseriaux ainé, au nom de la commission des colonies , il fut résolu, pour préparer l'établissement de la Constitution dans les colonies, et pour former les bases de leur. représentation au corps législatif, que lite de St:Domingue serait di-! visée en départemens. Ces départemens furent ceux du Sud , dél'Ouest, du Nord, du Nord Est et du Sud Est. Le département du Sud s'étendait du Cap Tibuion au Lamentin, du Lamentin à la source de la rivière Blanche , de la soûrce’ de la rivière Blanche au chemin du bourg d'Azua et de Sto- Domingo, el suivait le même chemin jusques et y compris la baie de Neybe. Le département du Sud fut divisé en vingt: cinq cantons, ainsi quil suit: Léogane, Grand-Goûve, Petit-Goâve, Fond des Nègres, l'Anse à Veau, File de la Caymite, Petit Trou ; és rémie, Plimouth, cap Dame Marie, Tiburon, les Côteaux, Port-Salut," l'Ile à Vaches, Torbeck, les Cayes du Fond, Cavaillon, St Louis , Ac sie Beynet, Jacmel, Cayes de Jacmel, Sale Trou, Neybe, île de la Béates”
Ces cantons étaient COIN poses ainsi que lous CEUX des colonies françaises occidentales, de la cit CONSCrIpion des anciennes paroisses ou quartiers, et conservaient les mêmes limites.
L'administration centrale du département du Sud était placée aux Cayes, et le tribunal civil à Léogane. IL y avait six tribunaux çorrec-"
tionnels dans le dépariement du Sud; ïls étaient établis aux Cayes, au Petit-Goâve, à Jérémie, à Jacmel, à Neybe et à Léogane.
Le tribunal correctionnel des Cayes comprenait les cantons sŒvans: Aquin, Saint-Louis, Cavaillon , Torbeck, l'ile à Vaches, Port-Solut.
Le tribunal du Petit Goâve comprenait, Petit. Trou, l'ile de la Caymite, |l'Anse-à Veau, Fond des Nègres. Letribunal correctionnel de Jérémie comprenait cap Dame-Marie , Pliimonth, Tiburon, les Côteaux. Le tribunal correctionnel de Neybe devait comprendre les cantons de Sale Trou, de la Béate, et les diverses peuplades ou habitations, hattes ou corails de, la partie ei-devant espagnole qui avoisinaient cette «dépendance. Le tribunal correctionnel de Léogane comprenait les cantons de Léogane et du Grand-Goûve.
Le départemeut de l'Ouest s étenqait depuis y compris le Lamentin jusqu à la pointe de Padernale, continuant la côte jusqu’à lembouchure de la rivière de Nisao, remontant ladite rivière jusqu’à sa source, coloyant la montagne déserte laissée à droite, suivant le chemin jusquà la source de la rivière d Yae, continuant le chemin de Sto.-Domingo à Saint Thomé, de là à St. Jean de Goûve, Hinche,
Latalaya , et la baie des Gonaives: Saint Thomé se trouvait compris * dans ce département.
Les cantons du département de l'Ouest étaient au nombre de treize, savoir : le Port Républicain, les Gonaives, St. Marc, Petite-Rivière, Verrettes , Mirebalais, Banica, l'Arcahaie, la Croix-des-Bouquets ,lîle de la Gonave, St. Juan, Saint Thomé , Azua. | |
Le Port Républicain devait être le lieu de l'administration centrale du département de lOuest, et du iribunal evil. Il devait exister trois tribunaux correctionnels dans le département de l'Ouest, repartis au Port Républieain , à St. Marc et Si. Jean.
Le tribunal correctionnel du Port-Républicain devait comprendre dans son ressort les cantons de FArcahaie, de la Groix-des-Bouquets, : l'ile de la Gonave, le Mirebalais, et les diverses peuplailes où habitations, hattes ou coraiis de la partie ei-devant espagnole réunie à la France , qui avoisinaient le Port Républicain. |
Le tribunal de St Juan devait comprendre les cantons de Si. Thomé, de Banica, d'Azua et d'Ocoa. Le tribunal de St. Marc compre- ‘nait les Gonaïves, la Petite-Rivière et les Verrettes.
Le département du Nord comprenait la côte depuis la baie des Gonaïves jusques à fa pointe du Môle; il partait de la pont: du Môle, et s'élendait jusqu à la pointe Isabeliique, en traversant les lerres en ligne droite jusqu à St-Thomé ; il avait pour limites intérieures les limites du département de l'Ouest. Il étail divisé en treute-lrois cantons Savoir :
Montechristo., Laxavon, Ouanamainthe , Fort Liberté ei devant Fort- Dauphin, Terrier Rouge, le Frou, Vailiére, Limonade, Grande-Rivière, Sainte Suzanne, Doudon, Îa Marmelade , Hinche , Saint Raphaël, San Miguel, L'Atalaya , le Quartier Morin, la Peiite-Anse, le
Cap, la Plaine du Nord, l’Acul , le Limbé , le Port-Margot, leBor-… gne, Plaisance, Petit. Saint-Louis, l'ile de la Tortue, le Port-de-Paix, le Grôs-Morne, Jean Rabel, le Môle St. Nicolas , Bombarde, le Portà-Piment.
Le Cap était le chef lieu de l'adinimistration centrale et du DEA civil du dépariement du Nord. Six tribunaux correctionnels étaient distribués au Cap, à Montechristo , à San Miguel, au Môle, au Portde-Paix, au Fort-Liberté.
Le tribunal correctionnel du Cap renfermait dans son ressort les cantons suivans: Limonade, Grande-Rivière, Sainte Suzanne, Dondom,… la Marmelade, le Quartier-Morin , la Petite-Anse, la Plaine du Nord, l'Acul, le Limbé, le Port-Margot, Plaisance.
Le tribunal correctionnel de Montechristo devait comprendre Laxaæ von, les montagnes et les mines de Cibao, les diverses peuplades ou habitations, hattes ou corails qui se trouvaient le long de la côte, de puis la pointe Isabellique, jusqu'à la rivière au Massacre ; il s'étendait dans l'intérieur des terres jusçà St-Thomé.et jusqu aux limites du département de l'Ouest.
Le tribunal de San-Miguel devait comprendre Hinche, (San Raphaël,
FAtalhya, et es diverses peuplades ou hattes À habitations et corails qui se trouvaiènt dans l'intérieur jusqu aux limites des départemens cireonvoisins.
Le tribunal du Môle St-Nicolas comprenait les cantons de Jean- Rabel, de Bombarde et du Port-à-Piment.
Le tribunal du Port-de Paix, comprenait les cantons du Petit St. Louis, du Borgne , du Gros-Morne, et l'ile de la Tortue. Le tribunal du Fort- Liberté, Ouanaminthe, Terrier-Rouge le Trou et Valhiére. - |
Le département du Nord-Est devait s étendre de la pointe Isabellique au cap Samana, de la pointe du cap Samana à l'embouchure de la rt vière de Cotuy, prolongeant a rivière Serico jusqu'à sa source, co= toyant les montagnes désertes jusqu au grand chemin de Sto- Domingo à St-Thome. :
Cinq cantons devaient composer la division du département du Nord- Est: San-Yago, la Vega, Porto-Plata, Cotuy et Samana.
L'administration centrale et le tribunal civil devaient être placés à San-Yago.' Le gouvernement devait établir quatre tribunaux correctionnels dans le département du Nord-Est: à Porto-Plata, à San-Yago, à la Vega et à Eotuy. Le tribunal correctionnel de Porto- Plate , comprenait le canton de Porte-Plate et ses dépendances ; le tribunal de
- San-Yago, les cantons de San Yago et ses dépendances ; le tribunal de la. Vega, le canton de la Véga et ses dépendances; le tribunal de GCo= tuy, le canton de Cotuy et ses dépendances.
Le département du Sud-Est partait de l'embouchure de la rivière de Nisao et atteignait au cap ÆEngaüo ; il s'étendait du eap Engatio, en centinuant la côte , jusqu'à l'embouchure de Cotuy. $es limites in:
Lu
férieures étaient celles désignées pour les départemens du Nord-Est et de l'Ouest. |
4 , . PART : FRA Ge département était divisé en dix cantons: Sto. Domingo, Monte-
Plata, Seybo, Higuey, Bayaguaua, Boya, l'île Sainte Catherine , San
Lorenzo, los Lianos, l'ile de la Saône.
Sto. Domingo devait renfermer l'administration centrale et le tribunal civil. Deux tribunaux correctionnels devaient être établis dans ce
département, à Sto. Domingo et à Seybe. Le tribunal dè Sto. Do-
… mingo devait comprendre Sto-Domingo, Los Lianos, San Lorenzo,
Lile de la Saône, l’île Sainte Catherine, el Rosario, et les diverses peuplades ou “habitations, haties ou coraïls de ces dépendances.
Le tribunal de Seybe, devait renfermer Seybe, Monte-Plata, Bayaguana , Boya, Higuey, et les diverses peuplades ou habitations, corails de ces dépendances. |
C'est d'après cetie division territoriale que le général Rigaud, au come. mencement de la lguerre civile, prétendit que son commandement, comme chef du département du Sud, s'étendait jusqu'au Lamentin, près du Port-Républicain. |
Pendant ce temps, la conduite de la commission civile , celle de Sonthonax particulièrement, étaient tellement attaquées en France, par le parti colonial, que le Directoire exécutif se vit obligé de charger la commission des colonies occidentales, composée des représentants Birgoing, Villers , Marec, Garran Coulon, Lecointe, Eschasseriaux aîné et Riou, de faire un rapport sur les événemens de St. Domingue depuis 1794 jusqu'à la fin de 1796. Daus la séance du 1” Mars 4797, Morec donna au Conseil des Cinq Gents, lecture de ce rapport dans lequel la plupart des actes de la commission civile furent justifiés. Marec, au nom de la commission des colonies, condamna
sévérement la conduite de Villate dans la journée du 30 Ventôse, et
celle de Rigaud contre la délégation du Sud.
Ce rapport fut imprimé, et distribué aux membres du corps législatif. Le parti colonial s'en saisit et le combattit tant dans les journaux qu'à la tribune. Viennot Vaublanc, royaliste et colon, député au Conseil des Cinq-Cents, prononça un discours le 10 Prairial an 6 (29 Mai 1797) contre les agens du Directoire à St Domingue. Il représenta Sonthonax et ses collègues, comme des monstres couverts du sang des blancs qu'ils faisaient répañdre à plaisir par Îles noirs; il accusa Laveaux d'avoir agi arbitrairement, et d'avoir inspiré aux nouveaux libres l’esprit d'insubordination et de révolte.
x C’est la seconde fois, s'écriat-il, que Senthonax est envoyé à
« St. Domingue. Qu'a-til fait dans sa première mission? Il a créé
« dans la province du Nord un tribunal de cinq juges, sans jurés,
a et s’est réservé les nominations des juges et le droit de prononcer
« sur les compétences. Par une leltre insérée dans les papiers publics, | +
LyL 2 HISTOIRE D'HAITI.—( 1707 )
a ils'est déclaré revêtu - de la dictature, et n’a pas craint de dire « dans sa défense qu’il avait des pouvoirs illimités.
« Ila levé des impositions, teuché des sommes immenses, n’a ren
« du aucun compte” Il a mis hors la loi des fonctionnaires pubhes, « des élus du peuple ; il a défendu, sous peine de complicité, de « leur accorder une retraite ; il a armé quatorze communes contre le « Port-au-Prince ; il l'a bombardé , en a chassé les habitans ; * et peu de temps après cette ville privée de ses défenseurs s'est ren due aux anglais.** Il a défendu par une proclamation d'abandonner la colo: nie couverte de sang êt de feu, à peine d'être mis hors la loi, et « de voir ses biens confisqués. I a incendié ie Cap Français; et par
« une proclamation , il a porté la peine de mort contre les ma'heureux
qui viendraient chercher dans les décombres de leurs maisons les objets échappés aux flammes, sous : prétexte que les propriétaires
Jui appartenir, Gignoux, dentiste, et commandant du Cap, était”
chargé de lexécuuon de cette infà me doi... .: 13 00 S0nth0Te
a déclaré criminels de lése-nation les marins qui seralent trouvés « à terre après sepl heures du soir; il a signé l’ordre d'incendier les a vaisseaux de la République. ***
& j « s'étant rendus coupables envers. a République, leurs biens devaient «
« En est-ce assez, représentans? Et remarquez que je ne vous parle
« que d'actes publics, signés, avoués de lui, de lois atroces que ne
« feraient pas’ les tigres de la Lybie, si les tigres avaient le mathenr.
« d'avoir besoin de lois. A-t-il été puni ce personnage audacieux et « sanguinaire? non: l'excès de son audace à fait sa sûreté; on a plongé « ses accusateurs dans les prisons, et on a renvoyé à SL. -Domingue « Sonthonax revêtu de la pourpre dictatoriale. . ©... : .
« Quelle a été dans cette seconde mission la conduite de Sonthônax « et de ses coïflègues Raymond, Leblanc et Giraud, agens particuliers « du directoire, et arrivés à St-Domingue le 22 Floréal de l'an 49 quel « est l'état de: cette colonie ?
« Les letires. particulières, trois officiers du génie que j'ai entendus, « un grand nombre de simples citoyens, le général Rochambeau et
nr. : 4 ‘ s \ ; * 'outes ces ace sations relèvent la gloire de Sonthonax dont nous avons résumé la première mission dans un des chapitres précédens. Il ‘est heureu.
pour la liberté que la France ait envoyé à St.-Domingue un agent d’une tellu énercie révolutionnaire. |
“ Sonthonax “n'a exercé de grandes rigueurs contre de nombreux colon: dé Port-Républieain, que parce qu’il avait découvert qu'ils trahissaient "if République en faveur de l'Angleterre. Pourquoi Vaublanc ne faisait il pas un crime aux proconsuls de ia Convention , d'avoir combattu avec acharneinent les royalistes qui avaient livré Toulon aux anglais. À
“f* Toute la flotte était en révolte, si ce n’est le vaisseau l'América.
& Le
ke -
HISTOIRE D'HAITE—( 1797 ) ; 273 « ses aides-de-camp, l’ordonnateur général Férary, la correspondance « dusgénéral Mirdonday , les lettres de la nouvelle Angleterre, les
« arrêtés, la correspondance des agens eux-mêmes, la correspondance V« de leurs propres délégués, tout s'accorde à peindre la colonie dans
« le plus affreux désordre, et gémissant sous le gouvernement militai- « re. Et quei gouvernement militaire ! à quelles mains est-il confié ? « à deS nègres 1gnorans et grossiers, incapables de distinguer la licence « la plus effrénée de Faustère liberté fléchissant sous les lois. Le général
v« Rochumbeau avait été envoyé à St.-Domingue avec les agens pour
« prendre possession de la partie espagnole de cette ile. Voyons d’abord
« ce qu'il écrit au ministre de la marine: « La parte française, « est la. propriété de quatre corps d'armée de noirs, ou de-quatre « individus. On veut dégouter les officiers blancs venus d'Europe, «ret les renvoyer en France, afin de travailler plus sûrement le pays « en finance, et de n'avoir que les africains pour observateurs. On « spécule beaucoup sur la partie espagnole encore neuve, ajoutait Ro- « chambeau. On y bâtit des projets. de fortune, et on se doute bien « que je ne me prêterai jamais à tant de brigandages.......…. J'ai par- « couru la partie du Nord: les citoyens y gémissent sous le joug des « commandans particuliers des quartiers ,.qui, 'songeant à leurs affaires, « négligent celles de FÉtat, oppriment lés individus , désobéissent vo- « lontiers, ou éludent les ordres supérieurs. |
«Je croyais en arrivant ici, dit le général Rochambeau dans une « autre lettre, que j'allais y trouver les lois de la liberté et de l'é- « galité établies d'une manière positive; mais je me suis cruellement « trempé. Il n'y a de liberté sur ceite terre que pour les comman- « dans des africains et des hommes de couleur, qui disposent du reste « de leurs semblables, eomine de bêtes de somme. Les’ pauvres blancs « sont vexés et. humiliés partout. I sera, je crois, diffieile de réta- « blir l’ordre parmi les dilapidateurs, parceque disposant des africains, « ils les pousseront à la révolte quand on voudra diminuer leur influ- « ence et leur crédit; je ne crains pas mème de vous prédire qu après « avoir donné la liberté aux noirs, après les ayoir armés, on sera « obligé de leur faire la guerre pour les rendre un jour à la culture. »
Le discours de Vaublane quand il parvint à St. Domingue, produi-
sit parmi les noirs un effet entièrememt défavorable aux intérêts mé-
tropolitains. Les nouveaux libres craignirent une réaction en France contre fa liberté générale; la position de Sonthonax devint plus difficile, et les imprudences, les calomnies de Vaubianc le contraigairent à user de rigueurs nouvelles contre les. royalistes afin de prouver aux noirs que la France ne nourrissait pas d’arrière: pensée contre, leur liberté. Un peuple qui avait été pendant plus de deux siècles plon-
m.gé dans la servitude la plus cruelle venait d'acquérir tout à coup sa … hiberté. Pouvait-il ne pas en être étourdi et la confondre avec la licen
ce? La France qui avait vieilli dans la civilisation , ne s’était-elle pas livrée à des excès poussés au moins aussi lein que les nôtres, 1ors=M L que ses fils avaient pris les armes pour revendiquer Îles droits de l'homme.
Vaublane prétendait que Îles officiers européens n ‘étaient pas employés dans la colonie , et que la figure blanche y était un titre de proscription. Cependant à cette époque, le général de brigade Bédos, blanc," avait un commandement au Port de- Paix; le général de brigade Lesuire, blanc, commandait à la Tortue; le chef de brigade Pellet, blanc , à" Bomboarde; Mongeot, blanc, à St. Louis du Nord; Dalban À blanc, at Fort-Liberté ; Grandet, blanc, à Monte-Christ; Ghorié, bianc, aw Borgne; d Hébécourt , blanc, commandait la place du Cap; Barré,« blanc, commandait à Laxavon ; Desfourneaux , blanc, commandait là division du Nord; le général de brigade Agé, blanc, était le chef de l'état-major de l'armée; l'avancement de ce déreR été avait sollicité | par Toussaint lui-même.
Toussaint Louverture dit dans la réfatation qu'il fit du discours de Vaublanc. « Les places de l'administration, celles des tribunaux , sont « presque toutes occupées par des blancs; les noirs et les hommes + « de couleur se rendent assez de justice et savent quils mont pas « assez de connaissances pour prétendre à de tels emplois; il leur « suffit que, pour preuve de l'existence d'une véritable égalité, on « leur permette de partager avec les blancs les fonctions inilitaires 5 « et ils ne se plaignent pas que les seules places qu'ils occupent soi « ent précisément eelles qui les exposent à tous les dangers. »
Le général Laveaux qui était alors en France réfuta aussi en termes énergiques et menaçans le discours de Vaublauc et fit l'éloge de Tous saint Louverture. Cependant le parti colonial ne se tint pas pour bat=« tu; la conduite de Sonthonax fut de nouveau attaquée au conseil des Cinq Cents, par Bald et Bourdon de l'Oise ; Harty/le défendit et rappela en sa faveur qu'il avait été opposé à Robespierre, et qu'on avait reproché aux 22 girondins qui furent guillotinés leurs liaisons avec lui. Doulcet; Delahaye et Larivière nièrent pour leur part cette dernière assertion. Boisronud le jeune et Laveaux defendirent Sonthonax chaleureusement. Néanmoins le parti colonial proposa, mais envain sn d'annuter la nomination du commissaire civil au conseil des Cinq. Cents par l'assemblée électorale de St. Domingue. De nouvelles attaqués furent dirigées contre lui par Corbin de la Gironde, par Martial Besson qui le représenta comme l'énnemi des honimes de couleur; ses amis” citérent en sa faveur le décret de la Convention Nationale qui annuülait ioute accusation contre lui; mais Doulcet l’attribua à des considéra tions politiques. Vaublanc dont l’acharnement ne s'affaiblissait pas lu imputa l'égarement de ses collègues. En présence d'un tel déborde. ment de passions anti- révolutionnaires: Garran Coulon pe craignit Pas de faire un exposé des opérations de Sonthonax à SL. Dormingue , et”
de rejeter les désastres de la colonie sur les événemens antérieurs à sa seconde mission. Malgré tous les efforts des vrais patriotes, le Directoire cédant au vœu du corps législatif arrèêla qu’il serait rappelé pour rendre compte de sa mission ; et sur la motion de Villaret
Joyeuse , le conseil des Cinq Cents autorisa, le 21 Jain, le Directoire.
exécutif à envoyer de nouveaux agens à St. Domingue. Le 21 Juillet
sur le rapport fait par Barbé Marbois le conseil des Anciens approuva
larésolution du conseil des Gin Cents. Le parti colonial, triomphant, reprocha à Truguet d'avoir conseillé l’envoi.de Sonthonax à St. Domingue.
Pendant ce temps le général Rigaud combattait les Anglais avec la
plus grande opiniâtreté. Li marcha à la tête de deux mille hommes,
environ contre le fort des Irois qu'oecupaient un bataillon de troupes coloniales commandé par le eolonel Degress, une compagnie de troupes européennes du 17e régiment sous les ordres du lieutenant Talboë, et tree artilleurs commandés par de Breuil. Après avoir canonné le fort, le général Rigaud lui donna un vigoureux assaut et fut repoussé. Alors il linvestit de toutes parts, et continua à le canonner. Mais le feu vif et soutenu de la frégate la Magicienne embossée non loin du
rivage , commandée par le capitaine Rickeis , força l'armée républicaine à se retirer. Le colonel Maitland qui était accouru au secours des [rois
avec une force imposante, y arriva après la retraite des républicains. (20 avril.) Les Angiais avaient perdu plus de 100 hommes, et les républicains à peu près autant.
Rigaud ne se découragea pas. Pendant la nuït qui suivit sa retraite, il attaqua de nouveau les rois, et donna sans succès, à Ja fortification, plusieurs assauis. S'apercevant que le colonel Degress, à la tête de 350 hommes des chasseufs noirs du prince Edouard, cherchait à le
. tourner, il rétrograda, et alla s'établir sur une éminence du voisinage.
Le lendemain, les Anglais ayant réuni toutes leurs forces l’assaillirent et le culbutérent. Le 22 Avril un bataillon républicain qui s'était dé-
> taché du gros de l'armée, surprit le bourg de Dame Marie, le livra
aux flammes et se retira. Celte audacieuse diversion vers Jérémie
n'ébranla pas la garnison des Hrois.
Rigaud qu'aucun échec ne décourageait se disposa à faire régulièrement le siège des Irois. Les Anglais n’ignoraient pas qu'il se proposait d'aller attaquer Jérémie. Aussi le brigadier Churchill fit-il tous ses efforts pour contrarier son plan., Rigaud avait réuni,. dans fa baie des Carcasses, une flotille chargée de munitions de guerre et de bouche, qui devait suivre l'armée en cotoyant le rivage. Mais au moment qu'il allait se mettre en marche, les frégates la Magicienne, le Régulus et la
» Fortune commandées par le capitaine Rickets , attaquérent les barges » républicaines et les anéantirent après un combat qui dura plus d'une
heure (24 Avril). Rigaud ayant perdu toutes ses munitions de guerre et de bouche se vit contraint de retourner à Tiburon,
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Les habitans de Jérémie, heureux d’avoir été délivrés des inquiété | des d’une invasion républicaine, envoyérent une adresse de félicitations et de remercimens à l'honorable George William Henri Rickets.
Sonthonax , de son côté, pressail la guerre contre lé Anglais ave | une rare activité, Il ordonna à Toussaint Louverture de semparer du, Mirebalais par n'importe quel sacrifice, et de pénétrer dans la plaine, du Cul- de-Sac. Ce général partit des Gonaives, remonta l’Artibonite jusqu'aux environs du Mirebalais qu'il menaça. Les Anglais altachalentn une haute importance à l'occupation de ce bourg; car c'était par cette position qu'ils entretenaient des relations de commerce avec la partie,
-espagnole, quoiqu'elle eût été eédée à la France par le traité de BHem
Mais les espagnols qui haissaient le système républicain, aidaïent se crèlement au triomphe des armes anglaises. Quoique le Mirebalaisfütm admirablement forulié, le vicomte de Bruge lévacua avant l'arrivée de Toussaint, ct ouvrit aux républicains l'entrée de la riche plaine dus Cul-de-Sac. Les Communications entre Banica , St. Jean, Forian Lam matle et la Croix-des-Bouqueis furent interceptées. C'était cn Avril. Toussaint, après avoir pris DIPEon du Mirebalais , envahit le quar= tier des Grands-Bois.
En même temps, pour favoriser l'entrée de Toussaint dans la plai- |
ne du Gul-de-Sac, et pour diviser les forces anglaises, les générauxk
Bauvais et Laplume firent partir de Léogane plusieurs colonnes de la légion de l'Ouest , chargées de s emparer des positions qu'occupaient les anglais. dans les montagnes qui avoisinent le Port Républicain. Le colonel Pétion fit trainer des canons à bras d'hommes à travers les montagnes et les torrents de la rivière Froïde. Il fit élever une batterie contre le camp Gre-« nier qu'oceupaient les Anglais, el menaça le poste Fourmi établi dans lès. mornes de l'Hôpital. Le "général Simcoë attachait une haute importance, à ces positions qui couvraient le Port-Républicain du côté du sud Le projet de Pétion était de s'approcher assez de celte place * pour la
canonner, après avoir enlevé tous les camps de la montagne qui la pro=
iégeaient. Aussi les anglais se montraient:ils disposés à ‘disputer le terrain pied-à-pied. k
Toussaint, maître des Grands-Bois, hésita à traverser la plaine au Cul-de-Sac pour opérer sa jonction avec la colonne de Pétion. Le é-. néral Simcoë en profita pour faire rentrer au Port Républicain le a ron de Montalembert qui occupait le camp de Thaumazeau au pie des mornes des Grands-Bois, afin de renforcer la division destinée chasser les républicains des mornes de l'Hôpital, de la Coupe, et dégager le camp Grenier déjà étroitement cerné. Le colonel Dessour ces reçut l’ordre de se rendre de St. Marc àu Port-Républieain ave 2.000 hommes. L'attaque générale fut fixée au 15 Axril. Maïs Dessour ces, ayant été contrarié par la brise d'Est , ne put arriver au Port Républicain que le 26 Avril. % Simcoë, ayant appris, contre son attente, que Toussaint avait pénés
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Misrorrg D'Haiti.—( 179% ) gy7
Aré dans la. plaine du Cul-de Sac, en confia le commandement au ba:
ron de Montalembert. E€ colonel Dessources , le jour de son arrivée pénétra dans la montagne de l'Hôpital, du côté de Fourmi , et ren- Contra piusieurs embuscades qu'il énléva. La division anglaise parvint à Fourmi*, sans avoir éprouvé de grandes pertes. Les républicains OCcupaient deux camps établis sur lé sommet de la montagne de l’'Hôpital, lun à Boutillier, l'autre à St. Laurent, à droite et à gauche de Fourmi, et à une licue des deux côtés. Dessource résolut de s'emparer de ces deux positions. Il fit marcher contre Boutiilier le colonel Peysier qui en Chassa l'ennemi; mais le-camp Saint Laurent fut plus rigoureusement défendu; les anglais y perdirent le major Ponchet qui Îut Lué en chargeant à la tête des troupes venues de Jérémie. Le camp, ne fut enlevé qu'avec de lartillerie, Comme l'attaque de St. Laurent avait été longue et opiniâtre, Dessources remit à ün autre jour
attaque de la batterie républicaine dressée contre le fort Grenier.
Pendant cet intervalle le baron de Montalembert. qui commandait
. dans la plaine du Cul de-Sac, fit occuper par un détachement, sous - les ordres du major OGorman, le passage qui conduit de cette
plaine à Léogane, à travers les montagnes, afin, en empéchant Toussaint dé communiquer avec Bauvais, de contrarier leurs opérations contre le. Port-Républicain. | Toussaint voulant enlever la Groix-des-Bouquets fit attaquer sans
succès les avant-postes du bourg. Le lendemain il marcha en per-
sonne contre les anglais; sa cavalerie rencontra qualre escadrons de hussards commandés par le comte Manoux. Les anglais, apaès plusieurs charges brillantes, culbutèrent les républicains et les refoulèrent jusquaux Grands Bois. |
En même temps, pour empêcher [a garnison de Léogane de marcher contre le Port-Républicain, le-capitaine Conchet commandant le vaisseau PAbergavenny et plusieurs bricks vint louvoyer: vis-à-vis du fort ÇCa-lra faisant des démonstrations de débarquement.
Le colonel Dessources, de son côté, marcha sur deux colonnes contre la batterie républicaine dressée vis.à-vis du camp Grenier; celle de gauche
commandée par le colonel Peyster et composée de troupes européennes
sobs les ordres du major Ciay, partit de Grenier ; celle de droite cominandée par le colonel vicomte d'Alzune partit de St-Laurent. Quand là division de gauche arriva dans le ravin qui séparait le camp Grenier Ge la batterie républicaine, elle joignit, en se dirigeant vers la droite, la colonne sortie de St Laurent. Comme le brouillard était très-épais dans le ravin , es républicains ne découvrirent pas ce mouvement. Du réste leur attention était portée du côté de Fourmi d’où leur afrivaiént des bombes et des boulets que leur lançait le capitaine Spencer du corps royai d'artillerie. Toutes les embuscades dressées autour de leur camp retranché furent levées par cette canonnade.
Après la jonction de ses deux divisions, le colonel Dessourees pénétra
dans une gorge presque impralicable pour tourner la baticrie républi: caine et les fortifications qui la protégeaient. El avait laissé à St-Laurent un bataillon qui devait protéger sa retraite au cas qu'il éprouvât un écheë, et le major Clay occupait la route de Léogane afin de contenir les ren: forts qui pouvaient arriver de cette ville aux républicains. Dessources , en s’approchant du flanc de la batterie ennemme, lança contre elle, ses tirailleurs , sous les ordres des capitaines Rodanes , Conc-
peut
grat et Mouchet, pendant que son frère le lieutenant-colonel Dessources
s'emparait d'une hauteur qui la dominait. Après une vigoureuse ré-
sistancé, les républicains enclouërent leurs canons, et abandonneregt
leur redoute. Cet échec leur enleva l'espoir de pouvoir communiquer
avec Toussaint Louverture qui occupait le quartier des Grands Bois
Les Anglais demeurèrert maîtres de la chaîne des mornes de l'Hôpital
et de la Coupe, et mirent le Port-Républicain à l'abri. d'un siège ré"
guler.
Pendant cet intervalle les républicains attaquajent St-Marc et en étaient repoussés avec perte. Les Anglais renforcèrent la garnison de cette villen menacte d'une forte armée que Toussaint Louverture faisait réunir aux
Gonaïves. En même temps le colonel de Rouvrai marcha à la tête de
300 hommes contre un camp retranché occupé par les républicains près.
de Léogane. Il le surprit, s’en empara, le livra aux flammes et revint au quarter-général de Grenier après avoir perdu quelques soldats. Le général Simcoë n'ayant plus aucune inquiétude du côté de Eco”
gane et de {a Coupe, résolut de se rendre, maître du Mirebalais. “Een
brigadier général Churchill fut chargé de cette conquête. Le 30 Mai il partit du Port Républicain ; et après deux jours de marche, il atter
gait le poste Michel qu'occupaient cinquante républicains qui se ré
tirèrent à l'approche des anglais, et ailèrent s'emparer plus lcind'une
position avantageuse. Le colonel Dessources qui commandait une
des divisions de l'armée, ne pouvant se rendre maitre de cette posis
tion , se replia sur le général Churchill , et l'aida à en déloger l'ennemi Les anglais perdirent une vingtaine d'hommes, et prirent deux pièces
de canon. Après ce petit avantage, ils entrèrent sans coup férir au au Mirebalais qu'its trouvèrent abandonné.
L'armée anglaise occupa toute la ligne qui s’étendait du Mirebalais
vers St. Marc longeant le fleuve de lArtibonite. Le colonel Dessources
se rendit à St. Marc d'où il alla occuper les Verrettes, avec toutes légion , artillerie, infanterie et cavalerie. Il avait sous ses ordes 2,000“
hommes de bonnes troupes coloniales , magnifiquement équipées.
Toussaint Louverture, aussitôt quil apprit la prise du Mirebalais, partit des Gonaïves avec dix mille hommes, atteignit le bourg de [a Petite-Rivië re, remon{a l’Artibonite et se présenta devant les Verrettes dont il résolut de s'emparer pour aller ensuite faire régulièrement le siègo de St. Mare
Dessources ne reconnut pas la possibilité de pouvoir lutter contre des
forces si supérieures. Il prit la détermination d’évacaer les Verrettesl
Sur St. Mare, d'après l’avis d’un conseil de guerre qu’il avait réuni. Maisil avait deux routes à prendre, celle par les hauteurs de St. Mare, et le grand chemin de cette :ville. La route par les montagnes était étroite, boisée , plus courte, et en la suivant on n'avait pas à craindre une atiaque sérieuse de l'ennemi. Le grand chemin était spacieux,
découvert, et permettait aux troupes républicaines d'envelopper faci- . lement les royalistes. Le’colonel Dessources, homme d'un courage à
toute épreuve, mais plein de fougue, dédaigna la route par les monlagnes, contre l'avis du lieutenant-colonel d'artillerie Madiou qui lui avait fait observer qu'en s’exposait à être anéanti par les forces considérables de Toussaint, en suivant le grand chemin. Dès que les troupes royalistes s'ébranlèrent üne pluie abondante tomba avec violence et mit les fusils de la légion Dessources hors d'état de partir. Comme il arrive souvent dans nos climats, l'armée républicaine qui
» n était sous les armes qu’à deux milles des royalistes ne fut pas atteinte par
la pluie. Aussitôt que Dessources eut pénétré dans la grande route il lui assailii par Toussaint Louverture. Le combat fut long, acharné et sanglant ; les royalistes résistèrent énergiquement par la baïonnette; mais quoique leur artillerie commandée par le lieutenant-colonel Madiou eût fait de grands ravages dans les rangs des républicains, la
légion Dessources fut culbuiée et mise en pleine déroute. Madiou se
voyant sur le point d'être fait prisonnier, aima mieux se brüler la cervelle que de tomber au pouvoir de Toussaint Loverture. Les dragons répubücains taillèrent en pièces les troupes anglaises, ct Dessources ne dut son salut qu à la générosité du commandant de la 8°, Pierre-Louis Diane , qui, après l'avoir fait prisonnier, le relacba et le fit accompagner à travers les bois jusqu'aux portes de St. Marc, par dix sol dats. Il rentra dans cette ville presque nu, couvert de boue. Sa belle légion fut en partie exterminée; mais elle fui aussitôt réorganisée. * Par cet échec, les anglais perdirent la ligne de lArtibonite et furent étroitément resserrés dans St. Marc.
Toussaint Louverture marcha sur le Mirchalais dont il s’empara de nouveau, |
Pendant cet intervalle Vincent, colonel du génie, homme de talents, connaissant parfaitement St. Domingue et particulièrement les quartiers de la : Grande- Rivière , avait dressé un plan d'expédition contre Vallière , qu'oceupaient toujours les restes des nombreux africains de Jean François révoltés contre la République, que les anglais appelaient les Vendéens de St. Pomingue et auxquels ils fournissaient des munitions de guerre et de argent. La commission civile adoptant le plan de campagne du colonel Vincent, confia un corps d'armée au générai Desfourneaux qui pénétra dans
À ls
* La légion Dessources était composée de créoles qui avaient pris parti avec les Anglais contre la République.
le né de la Grande- Riviahss Les républicains, marchant sur quatre colonnes , refoulérent les révoltés, aprés plusieurs combats, danse bourg de Vailière, et les forcérent à mettre bas les armes. Cette insurrection qui avait inquiété le Nord pendant presque une année, rendit alors le dernier soupir. Le colonei Henri Christophe se lit remarquer | dans cette circonstance par une conduite énergique et inteiligente.
Après celte expédition la culture commença à reprendre de la vie | gueur par un systême admirable de fermage établi par le colonel Win: ss et les chefs noirs se pénétfant de ces paroles de Sonthonax,
« la liberté des noirs ne peut se consolider que par la prospérité de « l'agriculture, » excitérent prodigieusement Les cultivateurs au travail: Les grandes habitations, les plus belles , furent affermées à vil prix aux chefs de couleur et Noirs ; aux ofliciers européens et aux emplo-.
yés civils qui partageaient Îles bonnes grâces de Sonthonax et de "Tous"
saint ouverture. Quoique les cultivateurs ne fussent pas battus, car
Sonthonax avait énergiquement défendu d'employ er la verge ét Je bâ-
ion dans les aieliers, * les produits des habitations devinrent impor-
tans; en peu de temps de grandes fortunes s’élevèérent; cependant la.
caisse. PORAAUE ne se remplissait pas. Julien Raymond qui vivait en mésinteligence avec Sonthonax ne manqua pas de lui faire un crime d'avoir afftrmé à ses créatures les grandes b habitations pour des sommes . trop modiques. Il paraissait ne pas comprendre que Sonthonax ne pouvait relever les habitations qu’en intéressant prodigicusement à leur prospérité les chefs noirs et de couleur Ste seuls exerçaient une influe ence réelle sur les masses.
Les Anglais an que léciat de leurs armes s’affaiblissait sur tous
les points de la colonie, eurent, recours aux moyens” de séduetions qu'ils avaient déjà assez avantage eusement employés en 1793 et en 1794" quoiqu ils eussent échoué auprès de Rigaud et de Bauvais. Lapointe, major-général à |'Arc abaie, homme de couleur, fut chargé d'écrire au général Rigaud, et de lui faire oftrir 20 ,009, 000 de francs , pour qu'il embrassai la cause de S. M. B. Le major Ango , porteur de la leitre. de Lapointe , se rendit au Petit Goàve sur une corvette parlementaire, commandée par de Pet it Thouars, français du parti royaliste. Les dé:
pêches furent remises à Renaud Desruisseaux qui les fi parvenir aux Cayes.
Late élait ainsi conçue :
*.Ce ne fut que sous T'aussaint Louverture devent gouverneur, Cent il se laissa dominer par les colons, qu’on employa le bâton sur les habitations, mais non pas un bâton tricolorecommeta dit Mr de Las Cases, à la CÉatubré des Députés de France. [es colons eussent voulu qi'on eût fait usage du bâton tricolore sur les habitations , afin de porter les cultivateurs à haïr les couleurs sous lesquelles la liberté générale avait été proclamée,