‹ Histoire d'Haiti (volume 3)Chapitre 43 sur 57 · TS ENT · texte numérisé non relu

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SEE 2 0 HISTOIRE D’Haitie—( 1797 ) 381 « Arcahaie le 12 Juillet 1797.

à Au général Rigaud , commandant de la province du Sud.

« La guerre que le commissaire Sonthonax allume-contre vous, doit “ « vous convaincre de la perversité de ses projets et de sa constante résolution de faire de St. Domingue le sépulcre de tout ce qui fut, avant la révolution, libre et propriétaire. Cet homme aliéré de sang, âprès avoir anéanli, ou pour mieux dire réduit à un tel point de nullité les blancs, qu'il n’a plus rien -à craindre d'eux, appelle la vengeance des nègres contre les‘hommes de couleur. Les malheureux blancs qui se trouvent dans son parti, pour les y amener, il a dépeint à leurs yeux les hommes de couleur comme les -destrueteurs de Si-Domingue : le perfide sait bien le contraire ; mais pour justifier ses atroces complots, H le répête sans cesse. Le gouvernement français feint de le croire ou le croit récllement. Il vous a mis hors la loi; et Sonthonax, avide de tout ce qui peut contribuer à faire couler un sang qui n’eut d'autre tort que celuide l'avoir écouté, a déjà sonné le tocsin de la mort sur la tète de ceux qu'il appelle aujourd'hui les mulâtres. :

« De grands préparatifs sont faits contre veus : le nègre Toussaint aidé des blancs qui ont.eu la lâcheté de se ranger sous sa banni- « ère, emploie la vigilance la plus active pour s'ouvrir une communi- « cation dans le Sud. (Nous le gênons à la vérité; il faudrait pour « cela nous forcer, et la chose n’est pas aisée.) Je ne crois pas « quoiqu'en aient dit quelques-uns de ses partisans que j'ai été à mème de voir ces jours derniers, que son projet soit de vous attaquer à forcée ouverte. Get esclave est trop lâche pour Fentreprendre, mais je suppose qu'il compte sur l'influence que lui donne sa couleur et le rôle qu'on lui fait jouer, sur les noirs, pour cape ter ceux de votre province. Alors vous vous verriez réduità périr « de la main de ses satellites, devenus plus féroces à linstigation des « bourreaux qui arment leurs bras contre vous.

« Vous connaissez sans doute la proclamation de Sonthonax par rapport à vous ; vous aurez sans doule remarqué avec queile barbar

adresse il rappelle l'affaire des nègres de la Groix-des-Bouquets connus sous là dénomination de suisses embarqués par Caradeux pour la baie des’ Moustiques. |

2 « Attendez-vous à ce que ce monstre consomme ses forfaits ! Atten- « dez-vous à ce quil porte les derniers coups à la pouplation libre ; « et que par son. machiavélisme il soit parvenu à faire de cette île « superbe une nouvelle Guinée : la faction dont il est l'agent n'eût « jamais d'autre but; et quoique ce terrible système soit changé en .« France, le cruel n’a pas renoncé à ses projets. Ouvrez, je vous « en conjure, les yeux, promenez vos regards dans l'avenir, etre-

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à LA A LS 282 | HISTOIRE D'HAÏTI—( O7 )

« courez à cetie énergie qui Sauva vous et ceux que la fortune le à

« votre sort, du massacre el d'une proscription semblable à’ celle qu'iFexer-

« Ga contre “les blancs’; lors de son premier voyage dans cette cotonie.*

« Nous touchons peut-être au moment où une paix générale rendue « à l'Europe, réglera’les destinées de St. Domingue. Ne serait-il pas & fflatteur pour vous d'avoir préservé les restes Infortunés des hommes « et des propriétés des lieux où vous commandez de la fureur dévas: « tatrice des brigands qui ne connaissent que l'anarchie ? Groyez que « quelle que soit la Dussanee destinée à posséder St. Domiôgue, elle « s’estimera heureuse *& y trouver un noyau d'une colonie contre las « quelle tant de coups ont élé dirigés: ‘et les conservateurs auront « seuls raison. |

« N'attendez pas que là guerre s'allume dans les lieux cù vous

« commandez ; vous en connaissez les ravages ; ils entr aineraient infail-

« liblement la destruction de ce que vous avez conservé, et le hi: « deux en retomberait sur vous.

« Je ne vous propose aucun parti :. vous êtes grand, sage. Je vous

« envoie un ouvrage imprimé vers la fin de l'année dernière , Sous les « veux du Directoire français. ** Lisez-le avec attention; cette lecture

« fixera votre opinion sur tout ce qui a trait à la colonie : je désire

« que vos réflexions se rencontrent avec les miennes. « Si vous êtes jaloux de répondre à mon ouverture, j en serai en:

« chanté. Ccla pourrait vous mener , sans compromettre votre hon=* « neur, à quelque chose d'ulile à a colonie. Je suis autorisé à cette

« démarche par mes chefs qui me Font fait entreprendre par 1e mo

« yen de mes bâlimens armés. Vous pourrez correspondre avec roi

« par ies barges de Léogane. Je ne vous indiquerai aucun moyen:

« d'exécution. Peut être ne les auriez vous pas; mais ces bâtimens « me les donnent. Celui qui protège le parlementaire chargé de Ja

« présente reparaitra cinq jours après son arrivée; vous pourrez le

« renvoyer; votre loyauté m'est gaürante de sa sûreté. « Faites tout pour la perfection de votre ouvrage , sa conservation ; « ne souffrez pas quon Île souille. Jene puis m ‘étendre davantage :

« il me suffit d'avoir commencé ; continuez, el si vous le désirez,

« nous nous expliquerons autrement.

« Signé, J. B. LAPOINTE.

* Lapointe paraissait ne plus se rappeler que jusqu’à la proclamation de la liberté générale il n'avait cessé de soutenir avec fureur Sonthonax et Polvére! dans leurs luttes contre les grands planteurs et les petits blancs et qu il avait organisé lui-même l’égorgement des blancs de l’Arcahaie. Tant qu'il n'avait pas été question de lui enlever ses esclaves , il avait trouvé la conduite des commissaires civils très méritoire.

* Une brochure d’un colon contre ‘la liberté. générale

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HISTOIRE p’Harri—( 1797 }) 283 | Cette lettre fait connaître la haine que les anglais inspiraient aux hommes de couleur qui avaient embrassé, leur parti, contre les » noirs et contre la République Française, dont le triomphe ne devait quamener , prétendaient ts, la destruction complète des anciens libres - de St. Domingue.

Cette lettre que le général Rigaud répandit dans la ville des Cayes y fit naîtfe la plus violente indignation contre les anglais et les royalistes. La population jura de mourir pour la République Française. |

Rigaud répondit à Lapointe :

« Aux Cayes, le 29 Messidor an 5 de la République Française « une et indivisibie. (417 Juillet 1797.) |

« Le Général Rigaud à J. B. Lapointe, aux Arcahayes.

« J'ai reçu avec autant de surprise que vous méritez de mépris, la lettre que vous m'avez écrite ; et mon étonnement s'est accru à chacune des lignes que Jen ai lues.

« D'abord J'ai cru que ce pouvait être l'aveu des crimes que vous avez commis envers votre patrie et vos frères ; je m imaginais que reconnaissant enfin la profondeur de l'abime où vous vous êtes pré. cipité , vous vouliez, avant de subir le sort qui vous attend, transmettre à la postérité, par mon entremise, le tableau des plates que vous avez fuites à l'humanité: mon cœur s'ouvrait à la joie en vous croyant encore susceptible de remords. .... .. mais non! vous persévérez dans le vice; et vous osez proposer à un républicain intègre de vous imiter! de sacrifier ainsi la gloire de vous avoir combatiu, vous et vos maîtres, d'avoir constamment résisté à vos cfforts réunis à vos promesses et à vos menaces ! et dans quel temps, grand Dieu ! oSez-vous tenir ce laugage! au moment même où la paix rendue à l'Europe, dites-vous , réglera les destinées do St. Domingue. Ges destinées peuvent-elles être incertaines ? el, Lapointe peut-il se flatter d’en goûter le fruit? la colonie de St. Domingue peut-elle appartenir à une autre puissance qu'à la République Française ? et pouvez-vous espérer d'y finir paisiblement vos jours, après avoir abreuvé celte terre de tant de sang innocent ? est-ce vous qui prenez tant d'intérèt à mes camarades et à moi, vous qui avez fait égorger 1mpitoyablement ceux qu'il était en votre pouvoir de sauver ? vous qui auriez. consommé, si vous Paviez pu, la destruction de tous les « hommes de couleur ,.attachésà leur patrie, avez-vous l'audace de vous « montrer sensible aux malheurs dont vous les croyez menacés ?

« Si nous avons quelques différends avec les agens que le gouverne- « ment français à envoyés dans la colonie, c'est à ce gouvernement

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