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de torches, au-devant du général Rigaud qui fut vainèmens attendu
jusqu'au jour.
Dés le début de cette guerre Rigaud commil une faute militaire déé
plus graves. Il eût dû se précipiter dans FOuest où les populations
n'attendaient que sa présence pour s'insurger en sa faveur; ilwaurait
rencontré d'obstacles peut-être qu'aux Gonaives. : Aulieu de profiter |
de ces avantages, il ne sortit pas des Cayes où il se livrait aux plais sirs, oubliant ses nombreux partisans qui pleins de confiance en son activité , compromettaient pour lui leur existence. |
Il se borna à envoyer l’ordre à l'adjudant { géncral Taureau qui commandait en chef en son absence de s'avancer jusqu'à Tausin prés du Grand Goûve. Les colonels Faubert et Geffrard, à la tête des 2° er 4 régimens , s'emparèrent du Tapion, morne élevé en avant du Petit- Goûve. Taureau fit occuper ensuite. un blokaus qui s'élevait à gauche de l'habitation Tausin entre le Grand Goûve et le Tapion.
Dans tous ces lieux , les troupes du Sud ne firent mourir aucun blanc royaliste, (Cependant les partisans de Toussaint firent répandre le bruit que le colonel. Faubert avait tout incendie, qu il avait abattu une. croix à coups de hâche, que le sang avait jaiili de cette croix , et qu'une, pluie de feu était tombée au Petit-Goàve. Ces bruits répandus au loin
HISTOIRE D’HAITI'—-( 1793 ) | 8er
soulevaient contre Rigaud toute lindignation des âmes supersfiticuses, “Le commissaire Roume, le représentant de la France à St. Domingue, ayant appris l'occupation du Petit-Goûve déclara que Rigaud avait commis un acte de rébellion, et annonça que Toussaint se trouvait dans le parti national | Le général en chcf partit des Gonaïves pour le Port Républicain avec une prodigieuse rapidité, à la tête de plusicurs régimens de l'Artibonite, Jhavait déjà ordonné aux troupes. du Nord de se mettre en marche pour le Sud. Quand la population de couleur vit entrer Toussaint JLouverture au Port Républicain, une stupeur générale se saisit d'elle. La plupart des blancs colons s'empressérent d'accourir auprés du général en chef et de lui annoncer que les mulâtres et le colonel noir Christophe: Mornay avaicnt laissé éclater de grandes sympathies pour le général Rigaud. On parla de nombreuses arreslations qui devaient “avoir lieu. Les homines de couleur, même ceux dévoués à fa cause . de Toussaint, éprouvèrent les plus vives inquiétudes. Quant à Ghristophe Mornay il sera plus tard arrêté, et conduit aux Gonaïves où il sera tué à coups de baionettes. | Le lendemain de son arrivée , Toussaint réunit à l'Eglise toute la population. Le général Bauvais qui se trouvait au Port Républicain sy rendit aussi. Touecsaint plein de fureur, dans une agitation extrême s'élança en chaire et dit à la foule:
« Gens de couleur qui depuis le commencement de la révolution tra-. hissez les noirs, que désirez-vous aujourd'hui? Personne ne l'ignore; sous voulez commander en maires dans la colonie; vous voulez l'extermination des blancs et l'asservissement des noirs !.....,... … Mais y rélléchissez-vous, hommes pervers qui vous êtes à jamais déshonorés par lembarquemént et ensuite l'égorgement des troupes noires connues sous là dénomination de suisses. Avez vous hésité à sacrifier à la haine des petits blancs ces malheureux qui avaient versé leur sang pour votre cause ? Pourquoi les avez-vous sacrifiés? C'est parce qu'ils étaient noirs. Pourquoi le général Rigaud refuse-t.il de m obéir? C'est parce que je suis noirs c'est parcequ il m'a voué, à cause de ma coulenr, une haine implacable. Pourquoi refuserait-il d'obéir à un général français comme lui, qui a contribué plus que n'importe qui à l'expulsion des Anglais. Hotimes de couleur, par votre fol orgueil, par votre perfidie, vous avez déjà perdu la part que vous possédiez dans l'exercice des pouvoirs * politiques. Quant &u général Rigaud, il est perdu; il est sous mes yeux au. fond d'un abyme; rebeile et traître à la patrie, il sera dévoré par les iroupes de la liberté. Mulèives, continua-t-1l, je vois au fond de vos ämes; vous étiez prêts à vous soulever contre mot; Nails bien que toutes les troupes aillent incessamment quitter la partie de l'Ouest , j'y" lisse mon œil et mon bras: mon œil pour vous surveiller, mon bras qui saura vous atteindre. »
. Toussaint descendit de la chaire avec vivacité, traversa la foule
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334 His HISTOIRE D'HAITI.—( 1798 } Ë
| be . Fe < it \ tremblante et menacée de nombreuses baïonettes qui étincelaient fsur fa place. I alla se prosterner au pied du grand autel, pria Dieuvavec ferveur et se releva en se signant. I s’élança sur son cheval etserendit au Palais du gouvernement où Fattendaient un grand nombre de colons blancs et de dames blanches qui le félicitérent de ce qu'il venait de dire.
La foule s écoula dans la consternation. Autant les hommes de-couleur étaient abattus au Port tépublicain, autant ils se montraient fiers; audacieux et intrépides dans le Sud où la présence de Rigaud les transportatt d'enthousiasme.
Le général Bauvais qui avait été présent à l'Eglise pendant que Toussaint Louverture parlait, avait été déconcerté par ‘les flots de {pas roles que celui-ci avait lancés sur la foule, et n'avait rien répondu pour relever l'honneur de sa caste. Mais 1 se rendit au palais natios nal où il répondit avec énergie au général Toussaint. Il lui rappela que l'embarquement des Suisses avait été une malheureuse circonstan: ce politique qui n'avait nul rapport avec les préjugés de eastes, puis: quuu liers environ de ces infortunés était composé honimes de couleur. À ot réponse faite dans un salon en présence d'une foule de blancs
e produisit aucun effet; le grand coup avait été porté à l'Eglise.
jh passions politiques étaient alors si animées. que les noirs et les hommes de couleur, représentés, par Toussaint et Rigaud, s'aceus salent réciproquement des crimes les plus affreux et des projets les plus horribles , en présence des blancs qui jouissatent de leur lutte: déjà engagée. Toussaint Louverture en jetant l'infamie sur les auteurs: de l’affane des Suisses condamnait des hommes qui dans, eette cir= constance furent toujours à nos yeux de bien grands coupables ; mais sil avail été moins dominé par la passion il eût songé que Bauvais pous vait lui reprocher d'avoir servi pendant longtemps avec zèle contre la liberté générale, sous les ordres de Jean Frauçois et de Biassow qui n'ont jamais cessé, pendant la guerre entre la France et l'Espagne, de veñdre comme esclaves leurs prisonniers noirs du part républicain. On peut nous objecter que Toussaint abandonna le parti espagnol à cause de cet affreux tralic; cest un fait vrai; mais Bauvais et Pinchinat n'ont jamais cessé de gémir d'avoir cédé aux instances de Caradeux, de Praloto, de benotihotins. et d'avoir consenti à la déportation de leurs malheureux frères. Nous devons aussi-nous. rappeler que Boisrond le jeune , Daguin , Rigaud, Pétion avaient pro iesté, à l'époque , contre la décision par laquelle les Suisses furent. embarqués; que Lambert qui était le commandaat en second des hom: mes de couleur était noir.- Au commencement de la révolution, alots que les idées de liberté générale étaient peu formulées, les noirs et les hommes de couleur luttant contre les préjugés enracinés des colons blancs, croyaient obtenir beaucoup en n'obtenant que peu à les idées révolutionnaires n'avaient pas encore complètement triomphé. en France; les décrets de la Constituante, pour l'exécution desquels
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; | HISTOIRE D’HAITI.—( 1799 ) "ass les affianchis avaient pris les armes, ne proclamaient pas la liberté générale ; 1ls n'accordaient que quelques avaniages politiques aux anciens hbres noirs et jaunes. Pendant que Bauvais el Lambert sacrifiatent aux exigences des blancs Îles pauvres Suisses, Jean Français et Biassou dont Toussaint était le conseiller, le secrétaire, offraient à l'assemblée coloniale de faire rentrer dans l’esclavage, pour 600 libertés accordées à leurs principaux officiers, les nombreuses bandes qu'ils dominent; et ces deux hommes Jean François et Biassou, même après la proclamation de la liberté générale par la Convention Nationale. de France, continuèrent à faire le commerce d'esclaves. 11 faut être égaré par la passion ou ignorer complètement les fatts pour avancer qu'en 1789, 4790, 1791 el 1792, les idées de liberté générale fussent, parfaitement formulées dans l'esprit, soit des noirs, soit des hommes de couleur. Ce sont les commissaires civils , Polvérel et Sonthonax, qui par l'acte du 29 Août 4793, ont rallié autour de l'arbre
. de la liberté les hommes généreux noirs, jaunes et blancs. Rigaud, Bau-
* ais et Toussaint par leurs luttes héroïques contre le parti colonial soutenu par les anglais et les espagnols, ont ensuite fait triompher la cause sainte de la Liberté, de cette liberté universelle qui à élevé les enfans d'Haïti à la dignité de l'homme. |
Après être sorti du palais national, le général Bauvais partit pour Jacmel, le lieu de son commandement , déterminé à ne prendre aucuhe part à la guerre civile. Quoiqu'il condamnât l'orgueil de Rigaud qui, à son avis, aurait dû se souméltre à l'autorité de Toussaint Louverture général en chef des armées de St. Domingue, en attendant de nouvelles instructions du Directoire exécutif, il lui répugnait \cependant de combattre les guerriers du Sud qui representaient véritablemeut le parti de la France. Bauvais, au lieu de songer à garder = une neutralité qu'il était: impossible d'observer, aurait dà dès lors, se
e prononcer, soit pour Toussaint, soit.pour Rigaud. En se prononcant pour celui-ci il aurait fait tourner la fortune en faveur des hommes de couleur; en se prononçant pour Toussaint, ilaurait empêché la guerre civile d'éclater et nous eût sauvés des plus grandes calamités. Car Rigaud resserré dans &g département du Sud, n aurait pas mème pu franchir le pont de Miragoäne et serait parti pour France, avant d'avoir tenté la lutte, La prépondérance de Bauvais serait devenue immense, et Toussaint forcé par les circonstances, l’eût nommé son lieutenant au gouvernement de St. Domingue. Dans tous les eas cette guerre de castes si sanglante n'aurait pas eu lieu.
Toûssaint Louverture ordonna à Dessalines de réunir la garde nat1omale du Port-Républicain sur la place d'armes. Elie élait en grande partie composée d hommes de couleur. Eile se laissa désarmer sans opposer aucune résistance. Un seul #ulatre se montra homme , le jeune Moreau : il aima mieux brisergon épee ques de la rendre. Des-
salines qui admira toujours le courage le prit sous sa protection. Il dit
à la mère de Moreau que Dieu avait béni. ses entrailles, puisqu ‘elle avait donné le jour à un garçon d'une si grande- détermination.
Toussaint lança ensuite contre Rigaud une preclamation foudroyante dans se le il parla du général Bauvais avec respect, le déclarant incapable de se liguer avec le traître cet le rebeile du Sud, -etwpromit de lui livrer les rênes du gouverñement colonial après la guerre.
IH n'y avait aucune sincérité dans ces parol es de Toussaint ; il voulait par des louanges et d’adroites caresses éloigner Bauvais de Rigaud, : pour ne pas être obligé de combattre: à la fois deux Républicains dont les sentimens batriotiques étalent connus, et pour n 'être pas inquiété
par Ja garnison de Jacmel pendant qu £ marcheraït sur ile Pepe
ve’ Il paralysera en effet les résolutions de Bauvais.
Rigaud, de son côté, publia un re dans lequel ïl reprocha à Toussaint d'avoir fait un traité segret avec le général anglais Maïtland, et l'averiit que tous les vrais français ne cesseraient de le combattre.
« Toussaint ne sait-1l donc pas, ditil, que quand même la mort « trancherait le fil de mes jours, il est plusieurs de mes frères dont ” « Îles talens équivalent le peu que j'ai reçu de la nature, ainsisque « ceux que jai acquis par l'éducation et l'expérience ; tous ont 16.4
même zèle pour la République, tous sont disposés à verser leur sang
pour sa défense; nous marcherons ensemble , animés par les grands « exemples que nous ont donnés Îles héros de la France: qui ont com- « battu qui ont varncu toute l'Europe conjurée ; nous combattrons « AUSSI fous ceux qui attaqueront le département du Sud; nous-serons « invincibles; le génie de la liberté me l'inspire;. mais sile succés « trahissall nos espérances, les ennemis n'y pénétreront qu'en mar-
chant sur nos corps, après nous avoir {ous pe et combien
nous en entraîinerons dans notre. chûles 2. 44 NEO ‘ @ Toussaint, croit-il, en prenant aujourd'hui un masque trompeur, ; « croilil, dis- je, effacer du souvenir des honimes de couleur les vexa- « tions qu'il leur a fait éprouver ? Croit-1l détourner leur attention
« des maux qu'il, leur prépare? Non!'non! ils savent qual leur
« Jorge des fers et un joug mile fus plus pesant et plus eruelique
« CEIUE qu ils portaient sous les anciens despotes. Barbare altéré de
« sang, 1 porte à l'excès le désir d'une vengeance éclairée ; leur ané- # antissement même serait un spectacle trop “doux à ses yeux ; il veut « qu'ils meurent tous les instans dé leur vie, il veut chaque jour repai- « ire ses regards avides de ce spectacle douloureux ; mais qu il nesy
. animés par le désespoir dans lequelul les aura plongés, s'ils e peuvent vaincre les lyrans, ils s'euseveliront sous les ruines de la patrie et ils emporteroni avec eux dans le tombeau la gloire d'avoir versé tout leur sang@et rendu leur dernier soupir sous les drapeaux de la République. æ Dans les deux camps floitait Île drapeau tricolore, et dans les deux camps l'on criait vive Ja France.