LIVRE DIX-HUlTlÊME
Sàmmaire. — .Toussaint »o dispose à assié^ r Jacmel — La légion de TOuest répand dans les campagnes que Toussaint veut égorger les hommes de couleur et asservir les noirs. — Borno Déléard occupe Marigot. — Description des fortifications de Jacmel. — Enthousiasme de la gainison. — Attitude froide de Bauvais.— - Mesures prises par Bauvais pour soutenir un siège. — Départ clandestin de Bauvais.— Indignation de la garnison. — Adresse de Bauvais aux officiers supérieurs de la garnison de Jacmel. — Causes de la conduite de Bauvais.— Sa mort. — Dessalines passe une revue de son armée dans la savane de Léogane. — Feux météoriqufrS. — Terreur des troupes. — Oessalines fait sommer Jacmel de ce rendre. — La gainison lui répond qu'elle est prête à vaincre ou à mourir. — l>e88al^es investit la place. — Christophe enlève Marigot sur Bornq Déiéard.-— Les troupes de Jacmel évacuent Baynet. — Dioudonné Jambon fajt transporter des canons devant Jacmel. — La place est canonnée.i — Assaut repoussé. — Les colons fournissent des fonds à Toussaint pour renverser Rigaud. — Toussaint fait transporter de la grosse artillerie devant Jacmel. — Il vient dirigt-r lui-même les opérations du siège. — Il donne assaut au fort Pavillon et en est repoussé par Auger. — La &mine se fait sentir à Jacmel. — Assaut donné à la place. — Toussaint fait lancer des bombes sur la place. — La famine devient affreuse. — Birot propos© d'évacuer la place.7— La garnison s'en indigne. — Birot s'enfuit. — Tumulte dans la ville apaisé par Àuger et Gauthier. — ^^Grauthier prend le commmidemcnt de la place. — Rigaud tente de dégager Jacmel; il est baUu à la Porte. — Le port de Jacmel est bloqué. — Rigaud envoie radjudànt-géi>éral Pétion prendre le commandement de Jacmel. — Belle défense de Pétion.— Ia plupart des femmes sont cbas-
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sées de Jacmel. — Cruautés exercérs snr elles par Chriétophr. — Noble crnduîtedô * Dessalines à leur égard — Kracualion do Jacm'^L — Ritaillc panglantedans l<»chf'min du blockaus. — Les débris de la léqion 'de l'Ouest atteignent le Grand-Goâve. — 13 Mars 1800 entrée de Dessalines à .lacinel — 17 iMars* 1800 Toussaint y arrive.— Sa proclamation. — Lapluine prend le poste Cavalier, et coupe les communicalions entre Baynet et le Grand-Goâve qu'occupent les tioupes de Kigaud. —
Nous avons vu dans le livre qui précède que le général Rigaud ne sortant pas des Cayeset négligeant les opérations militaires avait fourni à Toussaint Louverture le temps d'écraser Tinsurreclion du Nord, et de faire descendre de nouveau dans Touest les nombreuses troupes qu'il avait détachées de Tarmée expéditionnaire du Sud. Dessalines renforcé des demi-brigades sous les ordres de-Clervaux avait repris roffensive , avait enlevé Bellovue , refoulé les Rigaudins jusqu'au Grand Goâve , et avait établi une ligne de camps retranchés presque inexpugnables en avant de Léogane , afin que cette place fut à l'abci d'un coup de main de lennemi pendant qu'il marcherait sur Jacmel. Toussaint avait pris la résolution d'enlever cette ville dont il ne respectait plus la neutralité depuis le combat de Tavet. Après avoir confié le commandement de la place de Léogane à Dieudonné Jambon qui se montrant très-dévoué à son autorité exécutait aveuglement ses ordres , il ordonna au général Clervaux d'occuper avec la 6e. et la 9e. les camps établis par Dessalines entre le Grand-Goâve et Léogane. Aussitôt après la chute du Môle, il avait fait partir pour les environs de Jacmel deux demibrigades sous les ordres du Colonel Henri Christophe.
Reportons nous aux événemens qui suivirent le combat de Tavet dans les l*'* j[ours de Septembre 1799 , alors que Bauvais blâma publiquement Birot d'avoir attaqué le Colonel Nérette , en outrepassant les ordres qu'il avait reçus. Aussitôt après les premières hostilités, les troupes cantonnées près de Jacmel , ainsi que les cultivateurs du voisinage, dont le chitfre s'élevait à 4,000 âmes , étaient rentrées dans cette ville. Les soldats de la légion de l'ouest qui étaient noirs la plupart et très-dévoués au général Bauvais avaient répandu dans les campagnes que Toussaint voulait égorger tous les mulâtres et replonger les nègres dans l'esclavage. •
Bauvais envoya Borno Déléard occuper Marigot, à la tête d'un escadron et d'une compagnie de la légion de l'ouest, avec ordre d'entretenir les communications qui existaient entre Jacmel et les campagnes soumises à Lamour Dérance, et de combattre Mamzelle , chef de bandes qui secondait les vues de Toussaint Louverture. Déjà un nommé Gay, lieutenant de Mamzelle, avait égorgé les habitans de Sale Trou ; et Marigot .avait été saccagé par une autre chef de parti, nommé Jo« seph Aquart.
Lamour Pérance, qui faisait sans cesse des excursions dans la
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^plaine dij Cul-de-Sac avait arraché à !a mort, après un combat livré sur rhabitalîoo Brouillard, plaine du Cul-de-Sac, àla2e. demi-brigadeduCap/ «n grand nomjbre de jeunes gens de couleur que le ColonerH. Christophe avait fait arrêter en traversant la Croîx-des Bouquets* Ces jeunes gens avaient été conduits à Jacmel au travers de la Montagne de la Selle. Borno Déléard se maintint difficilement à Marigot , assailli par Mam^ zelle el par Joseph Aquart. Cependant vigoureusement secondé par «ft^gloire Ambroîse, officier noir, il repoussa leurs aggressions.
Quant aux habitans do Jacmel ils étaient pleins de sécurité. Cette place assez bien fortifiée et renfermant une garnison intrépide pouvait résister à une armée formidubje. Du reste la légion de TOuest ne pensait pas que Toussaint osât môme approcher ses canons de la Place.
La ville de Jacmel s'élève en amphithéâtre du rivage de. la mer au sommet d'un morne qui domine toute la rade ; elle est presque inaccessible du côté des montagnes* Elle s^étend dans sa largeur, du Nord au Sud ; et dans sa longueur, de l'Est à TOuest. A Tépoque du siège que nous allons raconter, des forts détachés qui formaient la ligne de circonvallalion en fermaient l'enceinte.
Le grand fort s'élevait au Sud Est de la ville sur une éminence escarpée dont le pied était baigné par les eaux 'de la mer. Cette fortification entièrement ouverte du côlé de l'intérieur fut désarmée par Je général Bauvais qui avait reconnu qu'elle ne pouvait servir qu'à jdéfendre l'entrée de la rade. Bauvais en fit un poste d'infanterie et y logea 60 hommes.
A cent cinquante toises au-dessous du Grand Fort se trouvait la petite batterie, d'aucune importance pour la défense de la place j ce n'était qu'une demi lune établie pour la sûreté de la rade, sous la protection du fort Béliot ; elle fut désarmée et demeura «sans garnison , car elle était à 60- toises environ 'hors de la ligne de circonvallation. En suivant la ligne de circonvallation , on atteignait le fort Béliot ou l'arsenal dont nous venons de parler, établi sur le revers sud est d'un des quartiers les plus élevés de la ville, appelé le Bélair. Cette fortification é(ait parfaitement armée, ayant para-* pet, fossés et de grai^des difficultés d'approche. * Ceinte de gros murs elle servait de poudrière , et renfermait tout le matériel d'artillerie de la place.
A deuX'Cent-cinquante toises du fort Béliot , en se dirigeant vers le nord est on rencontrait le poste Constant armé à la hâte d'une pièce de 8. Ce fort défendait riotervalle qui existait entre le fort Béliot et le blockaus, et se tenait sous la p^tection des canons de ces deux fortifications. Du Nord au nord^est , à 300 toises de Cens-
♦ Le fort Béliot , le blockaus , les forts de liéofçane et de l'Hôpital furent commencés en 1794, par l'adjadant-gênCral Mombrun et par le lieutenant col«>iiel Tétion.
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tant se dressait le blockaus sur une petite émincnee, domiuant tout le quartier du Bélair , la grande roule de Jacmel à Marigot , et protégeant cette route ainsi que toutts les avenues de la place. Cette position armée de quatre pièces dont deux de 18 et deux de 24 était entourée d'un fossé de dix pieds de profondeur sur vingt de largeur. Le blofkaus n'était <|u'une • maison de trente pieds carrés dont le rcz-de chaussée était fermé par quatre murs épais, et la par* tie supérieure palissadée de madricrs^dc chône.
A trois cents toises du blockaus vers le Nord on rencontrait le fort Baril, ainsi nommé des barils remplis de terre avec lesquels il avait été construit à la haie. Cette position armée de deux pièces de 8 était très- importante, car elle défendait rentrée de la place entre le blockaus et le fort Léogane desquels elle était éloignée de 280 toises. A cent cinquante toises du fort Ràril Ton rencontrait le portail de Léogane et les avenues du quartier de la Gosseline, On avait dressé a la hauteur de ce portail un retranchement armé d'une pièce de 4 qui défendait la grande rou2e de Jacmel à Léogane. A cent vingt toiScs de ce retranchement se dressait sur une cœinence le fort de Léogane armé do 4 pièces de gros calibre dont deux en barbette, et deux montées sur affûts décote. Cette redoute défendait la partie de la place qui s étendait du Nord au Nord« Ouest, et se tenait sous la piotection du fort du Gouvernement. A 280 toises à l'Ouest du fort de Léog'ane on rencontrait le poste de Talavjgne, éminence do la plus haute importance que le géré al Bauvais avait malheureusement toujours négligée. A 200 toises du fort de Léogane, se trouvait sur la ligne de circonvallalion la barrière de Thomas Thuat, barricadée, tbrlifiée à la hâte, et ayant une pièce du calibre de 4. Celte position défendait le chemin conduisant à la rivière qui baigne la place à l'Ouest. A l'extrémité occidentale de la ville, à 200 toises de la barrière Tlwmas Thuat , on rencontrait le fort de l'IIopilal armé de trois pièces de grosca- , libre montées en barb^Ue et à cylindre, et défendant les avenues de la place depuis Talavigne jusqu'au rivage.
A 200 loises du fort de rilùpital et à 30 toises du rivage , à Textrémité droite de la ville, était un poste militaire défendu par une pièce de 4. Ce poste était nécessaire à la sûreté de la place ^ car les assiégeans proOlant de I obscurité delà nuit , pouvaient, sui^ \ant le rivage, pénétrer dans la ville par cette issue. Aussj ce poste exigeait'il qu'on y déployât la plus grande activité et une rare surveillance.. Il termii^it le demi cercle de la ligne de circonval^ lation à TOuest de la pipce. L'extrémité Est de o^tte ligne qui touchait au rivage, était éloignée de 500 toises de l'autre extrémité qui se terminait aussi au rivage à I Ouest.
Au centre de ce demi cercle de circonvallalion , sur une éminence qui formait la pointe occidentale du quartier du Belair , «se trouvait
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la poste du gouvernemeni. Cette position devait être le point cen* tral de^ toutes les opérations des assiégés; elle était presque inaccessible et armée de quatre pièces de gros calibre; elle dominait et protégeait tous les aftilres forts de la ligne, à l'exception du fort Béliot, du poste Constani et du blockaus qui se trouvaient à TEst €t au Nord-Est de la place.
Il n'était bruit à Jacmel que du siège qu'on devait bientôt supporter. La garnison de cette place composée de soldats braves , intré* pides et éprouvés par mille contbals, laissait éclater le plus grand enthousiasme. La détermination de vaincre ou de mourir était peinte sur les traits de chaque soldat. La haine la plus implacable contre l'autorité de Toussaint Louverture se manifestait dans les rangs ; chacun voyait en lui le protecteur du colon blanc , le bourreau des hommes de couleur, et Tennemi de la liberté des noirs. Les femmes elles mêmes , noires ^t jaunes, étaient pleines de courage, et se montraient déterminées à nartager tous les dangers du soldat.
Le général Bauvais seul se montrait froid, préoccupé; il n'était pas ému des élans d'enthousiasme qui renlplissaient la ville; les cris de liberté, *dô vaincre ou de mourir ne réjouissaient pas son front soucieux; il paraissait nourrir en son esprit un projet que combattait son cœuj\ A Taspect sombre de sa physionomie , les braves soldats de la légion de TOuest se demandaient ce qu'avait leur général dont l'attitude paraissait condamner leurs bonnes dispositions; ils l'auraient taxé de lâcheté si lui môme ne leur avait appris mille fois à braver la mort sur les champs de bataille.
Cependant entraîné par Télan général il donnait des ordres, et prenait des mesures pour soutenir un siège régulier. Il y avait dans la place une foulé de jeunes ofiiciers d'un rare courage. Il confia le commandement du blockaus au chef de bataillon Brunache, homme de couleur; celui du fort Léogane au lieutenant colonel Bazelais , homme de couleur; celui du fort Béliot au chef de bataillon Dupuche, homme de couleur. Comme le Grand-Fort et le morne Talavigne étaient protégés par les forts Béliot et de THôpital, il y plaça peu de troupes. Il ordonna que tous les forts et postes correspondissent nuit et jour avec le bureau de la place au moyen de signauj^. Sur la place d'armes contigùe au fort du Gouvernement devenu le quartier-général étaient rangés en bataille 600 hommes d'élite commandés par le jeune Benjamin Auger, homme de couleur. Ce corps devait se tenir toujours prêt, au premier ordre de Pierre Fontaine , commandant de la place, à se porter sur n'importe quel point attaqué ou menacé. Pierre Fontaine était un officier noir d'une rare intelligence, jouissant de toute la confiance du général Bauvais et de la garnison.
Cependant la population prévoyait une horrible famine ; c'était sa seule crainte. La garnison ne s*en montrait pas moins toujours gaie et enthousiaste. Les soldatis promettaient i leur général de
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s^ ensevelir avec lui sous les ruines de la place. Mais Bauvais était sous le poids d4ine lettre que lui avait adressée l'agent Roume et dont la ville entière ignorait rexistence. Toussaint avait arraché cette lettre à Tagent du directoire.
Quel fut rétonnement de tous ces braves quand tout-à-conp dans une matinée de Septembre 4799 le bruit circula que le général Bauvais s'était embarqué pour St Thomas, abandonnant ses filles en bas âge et son épouse. Bientôt rétonnement fit placo à Tindignation ; les soldats dans leur fureur qualifièrent leur ancien général de traître ; quelques-uns cependant versèrent des larmes, et comprirent son dégoût des affaires publiques; mais tous se montrèrent toujours disposés à périr jusqu'au dernier plutôt que de se soumettre à Toussaint, Ils continuèrent à entourer de soins et de considérations la famille de Bauvais. Celui-ci en s'embarquant au milieu d'une nuit obscure avait envoyé au colonel Birot, une adresse aux officiers dé Jacmel. Birot réunit sur la place d'armes les gardes nationaux et la légion de rOuest et leur donna lecture de cette pièce.
Jacmel , 13 Septembre 1799.
Louis- Jacques BAUVAIS, aux Officiers supérieurs de la garnison deJacmeL
Mej chers Camarades,
« Destitué et déclaré en état de révolte par une lettre de l'agent du Directoire exécutif en celte colonie datée du Cap le 22 Thermidor dernier, que je viens de recevoir, je ne puis ni ne dois continuer à vous commander ainsi que cet arrondissement , sans me rendre plus coupable et encourir de nouvelles disgrâces.
« Vous connaissez , mes amis , mon attachement à mes devoirs et . mon respect pour les autoritées constituées. Plus d'une fois depuis les troubles actuels je vous ai dit ma façon de penser , et quoique je visse d'une manière à n'en plus douter l'horrible complot de détruire les hommes de couleur, la présence de l'agent du Directoire m'en imposait au point que je ne pouvais me permettre aucune position hostile. Le Sale-Trou venait d'être enlevé par Mamzelle ; le cruel Gay en avait assassiné les habitans ; la place de Marigot venait d'être surprise par Joseph Aquart ({ui de concert avec Mamzelle insurgeait tout et se proposait de venir cerner Jacmel. Certain que tout cela se faisait par les ordres du général en chef et voyant que je ne lui avais donné aucun sujet , je lui écrivis pour me plaindre de cette étrange conduite dans un temps où je correspondais journellement de la meilleure foi possible avec lui: cW donc à cette époque, après vos pressantes sollicitations et la nécessité de préserver les jours de nois concitoyens et les nôtres quo jd fus contraint par les circonstance
de me mellrc sur la défensive. Je m'empressai d'instruire de ces faits extraordinaires le citoyen agent Roume dans. le ferme espoir qu'il rendrait justice à ma conduite et bl&merait celle du général Toussaint qui faisait enlever particilement par des hommes sans mœurs les. différents quartiers de Tarrondissemcnt confié a mes soins. Comme je n'avais aucun tort je m'atlendais à recevoir une réponse satisfaisante de Tagent ; mais quelle a été ma surprise et mon étonnement lorsque je me suis vu qualifié de ci-devant général de brigade au service de la République, actuellement chef de révoltés. Un coup de foudre n'eut pas été pour moi plus terrible ; j'eus besoin de toute ma raison pour ne pas me porter au dernier désespoir. Le contenu de la lettre est si plein d'anyertume et de choses désa* gréables que je ne puis ni n'ai le temps de vous en donner copie.
« Ma première idée était de vous assembler tous, de vous en donner lecture et de vous faire sentir la nécessité d'aller, présenter au Directoire ma justiltcation, ou de lui porter ma tète, s'il est possible que je me sois rendu coupable. Mais réfléchissant que votre désespoir pouvait égaler. le mien et vous porter à contrarier mes vues en me contraignant de continuer un commandement qui ne m'appartient plus, j ai pris la terrible et nécessaire résolution de partir sans vous rien dire. Vous, mes amis, qui connaissez ma sensibilité et mon attachement pour vous et pour tous me^ concitoyens de cette arrondissement , mettez vous un moment à ma malheureuse place ; concevez quel chagrin me poignarde d'ôlre obligé dem'éloîgner de vous d'une manière si étrange. Mais telle est la force de la raison et l'empire du devoir qu'un homme de bien doit préférer l'honneur à tout ce qu'il a de plus cher, au monde. Connaissant votre at« lâchement et votre amitié pour moi, je me flatte, mes amis, que vous serez utiles à ma femme et à mes enfants, que je vous recommande comme devant être un jour toute ma consolation. Si ma femme désirait aller à S'" Domingo auprès du général Kervcrseaa mon ami , ou partout ailleurs , soyez lui favorable je vous pri<\
« Quant à moi je vais me rendre à S' Thomas , et ferai ensorle de proflter du premier bâtiment qui fera voile pour Hambourg afin de me rendre en Europe et passer ensuite en France où je ne négligerai rien pour éclairer le Directoire sur tout ce qui se passe dans cette colonie.
c Comme il est possible que mon départ précipité occasionne quelque effervescence dans les troupes et des inquiétudes alarmantes aux citoyens de la ville et des- campagnes, je vous recommande particulièrement de mettre en usage tout ce gue votre prudence et votre sagesse] vous suggéreront pour éviter le plus pelit malheur, car je mourrai de chagrin si jamais il me parvenait qu'il soit arrivé quelque chose de désagréable à un individu quelconque. Assurez de moa attachement à tous les ofticiers et soldats de l'armée. Ne
m'oubliez pgs auprès de tous les braves capîlaînes des volontaires àt la ville et des mornes. Je canaple beaucoup sur leur iidêlilé à la République Française, au maintien de Tordre et à la sûreté des personnes et des propriétés. C'est le moment de vous. signaler tous.
« Je vous invite à vous rappeler que la commune de Jacmel a envoyé une députalion auprès de l'agent Roumc et que j'ai envoyé aussi iin officier porteur de mes dépêches; i)eut être seront-ils assez heu- . «•eux de faire revenir le citoyen Agent d'une erreur qui m'est' eo particulier si funeste.. . ,
« Adieu mes amis , je vous embrasse de tout mon cœur. Vive la République Française, la liberté et Tégalité!