‹ Histoire d'Haiti (volume 4)Chapitre 2 sur 14 · BAUVAIS · texte numérisé non relu

BAUVAIS

V. S. — Je vous recommande l'union la plus étroite entre vous tous et l'administration municipale.

Après la lecture de cette pièce les troupes se reîirèrentde la ptece d'armes, témoignant toujours leur indignation contre Bauvais ; il y eut pendant toute la journée une forte agitation que les officiers par* vinrent ji «aimer difficilement. La municip«ilité seule avait reçu en communication , dans -l'après-midi qui précéda le départ de Bauvais la lettre de Tageat Roume dont parle ce général dans soii a* dresse.

En s'embarquant Bauvais ne voulait pas prendre part à une guerre loute d'ambition. Depuis longtemps il était dégoûté des affaires de St Don)ingue; supérieur incontestablement à Rigaud et à Toussaint en éducation ainsi qu'en instruction, sans avoir cependant le génie entreprenant du dernier, il ne pouvait consentir à être dominé ni par l'un ni par l'autre ; la marche de Toussaint ivers l'indépendance de St-Domingue blessait son cœur essentiellement français , et l'am* ^ bition de Rigaud qui ne voulait pas souffrir de supériorité le frois* sait également. Rigaud vainqueur il eut été obligé de le «combattre pour contenir le déboixieinent de ses passions ; Toussaint vainqueur il eut été témoin, d'après ses convictions, de la chute des principes républicains à St.-Domingue , du triomphe du parti colonial et de l'avilissement de sa caste. Du reste il était dégoûté i depuis longtemps, quoique homme de couleur , de la folle présomptien des mulâtres qui ambitieux et indisciplinés se montraient difficiles à contenter. D'une autre part , il s'apitoyait sur l'aveuglement de la plupart des chefs noirs qui subissant l'influence des anciens colons prêtaient leurs efforts sans s'en douter au rétablisse- ' ment de l'ancien régime. Il ne voyait de patrie que dans la France \ républicaine cette grande nation dont les victoires l'avaient si souvent ému, et prévoyant la ruine de la colonie au milieu des guerres de castes qui l'embrasaient , il voulait aller en Europe exposer au Directoire exécutif l'étal réel de St.-Domingue, s' éloignant momen-

laDémeot des passions violentes qui remus^ient de fond en comble la terre qui Tâvatl vu natlre. Il avait découvert une tendance bien prononcée de la part de riiomme de couleur el de la part du noir à s* isoler du blanc; et consultant Tavcnir il demandait souvent à ceux qui formaient son cercle intime: que deviendra notre pays quand il sera livré à la vanité et à l'ignorance. Nourri des idées généreuses proclamées par la Révolution française sur Tégalilé et la liberté , il eut voulu consacrer sa vie entière à l'application de ces grands principes dans la colonie. Lorsqu'en 47912 il donna le bras à Lambert et à Garadeux il rêvait la conciliation , Tunion [intime des français quelle que fût leur couleur. La proclamation de^ la liberté générale par la Convention nationale avait mis le comblé à ses vœux les plus chers et avait donné presque de la certitude aux espérances qu'il avait conçues sur Tavenir. de la colonie. Mais il n'avait puisé ses espérances que dans ses nobles instincts; il avait jugé ses concitoyens d'après les élans de son cœur et avait compté sans l'ambition , sans les passions. Bauvais qui s'était si courageusement dévoué à raflianchissement de sa race , qui s'était montré dans tant de combats à la tête de ses soldats, soit pour attaquer avec vigueur ceux des blancs qui résistaient à Texécution des généreuses résolutions de la Mère Patrie, soit pour chasser l'étranger du sol, devenait sombre et désespéré au seul mot de guerre civile, i la seule pensée de voir les noirs et les hommes de couleur, aulieu de s'unir étroitement s'entr'égorger pour une veine prééminence de la peau« Il ne songeait pas à lindépendance de la colonie parcequ'il avait foi dans les promesses de la Révolution française , parce qu'il* était noble alors à l'homme de quelque couleur qu'il fût de servir la France républicaine qui se montrait si généreuse, si philantropique.

Dévoué avant tout à l'avancenient de sa race , son cœur saigna quand il vit les luttes sanglantes et infructueuses de Rigaud el de Toussaint; il ne croyait pas que le noir et le Jaune pussent se se' parer complètement lun de l'autre sans compromettre à jamais la cause- qui les avait précédemment unis. II essa} a vainement la voie de la conciliation entre Toussaint et Rigaud. Sa neutralité qui était inévitable , sous l'influence de telles idées , devint fatale à la colonie et fut blâmée par les deux adversaires qui se disputaient l'autorité. Dans de telles circonstances la destitution de Bauvais prononcée par l'agent Rouiue fut le dernier coup que put supporter cet homme toujours soumis aux autorités constituées. Il voyait s'anéantir l'œuvre de conciUatioa à laquelle il fut fidèle toute sa vie.

Bauvais était un^ citoyen froid, instruit, d'un esprit supérieur; il s'étudia toujours à contenir $es passions ; se voyant débordé par celles qui éclataient autour de lui, n'ayant pas assez dénergie de

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tfempéraînent pour les dominer en prenant de son propre mouvement le rôle pénible, plein de Iribulalions de général en chef, ne voulant pas devenir I inslrumenl de l'ambition de Rigaud et de Toussaint qu'il estimait peu, il partit pour la France, déterminé à ne tirer désownais son épée que pour la cause sainte de la Patrie.

Plusieurs écrivains ont prétendu que Bauvais s'était montré Idchc et traître en abandotinant Jacmel pendant lé siège. Il aurait élvî vraiment lâche et irnîire si après avoir accepté ce siège il s'était embarqué. Mais il partit le 13 Septembre 1799, et Dossalines n'arriva devant Jacmel que dans les premiers jours de Novembre 1799.

De Jacmel il lit voile pour St-Thomas ; mais capturé par un navire anglais , il fut entièrement dépouillé et conduit à la Jamaïque* Peu de temps après il passa à Curaçao où sa femme et deux de ses enfans ne tardèrent pas à venir le joindre. Après quelques mois de séjour en celte île, il s'embarqua pour France muni d'un passe-port de l'agent lloume. Déjà plusieurs jours de navigation s'étaient écoulés; la mer éiail houleuse et les voiles gonflées promenaient un heureux voyage. Bauvais était plongé dans de profondes ré{le\ions; il songeait au malheureux sort de la, colonie, aux trisles conséquences de la guerre civile; il se disposait à combattre viclorieuscment les accusa^ lions dirigées contre lui, ou è porter sa lôte sur l'échafaud. Toutà coup une voie d'eau se déclare dans le navire; un cri de désespoir retentit de toutes parts ; l'équipage et les passagers se précipitent vers la pompe ; les manœuvres cessent ; Bauvais se dresse soudain au milieu des lamentations qui l'entourent ; sa ligure jusqu'alors si sombre s'anime; son autorité devient absolue, et chacun s'empresse de lui obéir. Mais bientôt le découragement devient général : malgré les efforts de l'équipage le navire s'enfonçait; on abandonne la pompe et Ton met la chaloupe à la mer; mais elle se trouve tellement pleine que leau y pénètre; Je capitaine se saisit de ses armes et. ordonne qu'on lire au sort. Le sort est favorable à Bauvais et contraire à son épouse. Pendant que les passagers se livrent aux frayeurs de la mort , Bauvais couvre ses enfans de baisers, cède sa place à sa femme, l'embrasse avec tendresse, obtient du capitaine que ses deux petites Qlles soient placées sur le sein de leur mère.

Madame Bauvais s'attache à son mari ; elle le supplie avec des accens de désespoir delà laisser mourir avec lui; Bauvais est contraint de la placer lui-même dans la chaloupe. Qui pourrait exprimer ce qui se passait à cette heure suprême , en ce moment d'éternelle séparation, dans cette âme héroïque: sensibilité, courage, lalens, gloire, tout allait s'anéantir. L'embarcation que les flots menaçaient d'engloutir à chaque instant se détacha violemment des flancs du navire. Bauvais demeara sur le pont , immobile , la iigureijalme et peinte d'une résignation surnaturelle. Les*quelques hommes condamnés par lesort et restés avec lui, frappés de son allilude««œl?kût revenir à la vie qui s'é-

HisroiuE d'iuiti. (1790) . 13

teignait en eux, et se sentir atteints de ce courage sublime qtie les grandes fîmes inspirent au vulgaire. Bauvais avait rélernité sous les yeux;-la fdlalité poursuivait cet homme dont la vie avait été parsemée d'affreuses tribulations ; la vertu qu'il avait déployée daus maintes occasions lui faisait supporter avec héroïsme celle dernière infortune. En même temps le navire sombrait rapidement; Teau couvrit les sabords, et le général Bauvais tout en- agitant son mouchoir en signe d'adieux , disparut sous les flots à la vue de sa femme qui s'évanouit dans la chaloupe. *

* Quoique la lettre que nous allons transcrire soit étrangère à l'histoire, nous l'ofifrons cependant au lecteur parcequelle pciut bien le caractère d,e Bauvais. Elle est écrite en entier de sa main.

Curaçao, le 13 Floréal l'im 8.

Bauvais à sa tlière fille Coralie^

Jai reçu aujourd'hui seulement , ma chère fille, votre lettre du 14 Germinal dernier. Rien ne pouvait m'être plus agréable que d'apprcûdre de vos chères nouvelles et de celles de la famille. Je suis vraiment bien sensible à cet empressement de votre part qui me tranquillise beaucoup sur ]es craintes et les inquiétudes qui me tourmentaient depuis que des circonstances malheureuses m'ont éloigné de .vous.

Votre maman et vos sœurs qui^sont arrivées auprès de moi depuis deux mois sont très sensibles à votre souvenir ; elles vous 'embrassent , vous désirent une bonne santé et vous engag^ent de penser toujours à elles ; les voyages qu'elles ont f lits sur mer et le séjour désagréable de St.-Thomas ont cruellement altéré leur sanié. Je me porterai assez bien maintenant après avoir fait deux petites maladies depuis mon séjour ici ; mais j'ai la vue sinofulièrement affectée, suite inévitable des peines et des tracasseries que j'ai eues constamment pendant le *cours de cette éternelle révolution. J'ai obtenu un passeport de Vi^genl Roume pour me rendre en France; mais le défaut d'occasion me retient encore ici. Notre petite fortune a été encore une fois renversée par l'effet de cette désastreuse

Serre civile. Les soins que je me suis donnés et les dépenses que j'ai tes pour relever l'habitation de la Grande Ravine au Grand Fond, dont nous sommes propriétaires d'une partie sont devenus inutiles , ainsi que l'établissement d'une petite tannerie à Jaetnel qui m avait coûté plus de dix-mille francs, et dans laquelle il y avait considérablement de cuirs. J'avais comme vous savez des animaux de toute espèce qui faisaient toute mon espérance ; tout cela est réduit à rien puisque ma femme n'a pas fait après mon départ le quart de la valeur desdit^s animaux, personne n'ayant voulu s'en embarrasser dans les circonstances. Ceux qui nous devaient ont profité du moment de crise pour ne point payer, et pour comble de malheur les anglais ont pris généralement^ tous mes effets , argenteries. D'après ce petit détail vous devez.peRser, ma chère fille, que les nioyeas ^ui me restent sont très-faibles , n'ayant jamais, été intéressent ambitieux, ne m'étant occupé que de bien remplir les devoirs de mon état etn'ayaaC

14 * HISTOIRE d'haiti -^(ITM)

Plus d'un mois après le départ de Bauvafs de Jacmel , Dessalrnes se disposant à marcher sur cette vHIe, passait en revue toutes ses troupes ' dans fa \aste savane qui. s'étendait â l'entrée deLéo<* gane. Le temps était beau ; Tarmée avait une physiononîîe sombre et abattije ; cette nouvelle campagne contre Jacmel, place renommée par ses fortincalions , la réputation d fntrépidHé de la légion de rOuest , les vengeances du ciel dont la menaçaient les femmes du parti de Rigaud , tout la rendait découragée et silencfeuse. Dessalines parcourant les lignes épaisses de troupes qui embrassaient la place iit tous ses efforts pour répandre un peu de gaieté dans les rangs. Chaque soldat reçut dix paquets de cartouches et quel^ ques munitions de bouche. L'armée passa le reste de la journée sous les armes. Quand îes ombres de \a nuit couvrirent h savane il ne lui fut pas permis de rompre ses rangs. Tout àcoup une pluie de feu vint à tomber ; des milliers d'étoiles filèrent à travers le firmament : les soldats effrayés jetèrent leurs armes ; les uns prirent la fuite vers la ville, d'autres s'agenouiltant levèrenl les bras vers le ciel demandant à Dieu pardon du sang qu'ils avaient versé.; les dévotes criaient que le Tout^Puissanl allait: faire expier à Toussaint Louverture tout le sang innocent qu'il avait répandu; le général Dessalines lui-même frappé de ce phénomène demeurait immobile sur la place, au milieu de ce désordre, sans faire entendre sa voix; peu à-peu ces méléorçs se dissipèrent , et les troupes revenues de leur terreur reprirent leurs rangs.

Ce fut sous rinflueace de cette panique que Tarmée s'achemina

* jamais reçu de la République qu'un faible traitement qui , à la connaissance de tout le monde, ne pouvait suffire seulement à mon entretien particulier. Il n'y avait pas à Jacmel un petit marchand de graisserie qui ne fut infiiiiment»p!us heureux que moi à tons égards. Tonte la colonie et la France môme connaissent parfaitement mon désintéressement •ei les peines infatigables que je me suis données dans tons les temps pour Ja resta mal ion de la colonie, et pour le bonheur de ses habitans. C'est une justice qu'on m'a r*»ndue et que les honnêtes gens me rendront toujours, et c'est une sf^isfaction que j'ambitionnais plus que toutes les fortnne9 de Saint-Domingue.

Jespère, ma chère fille, que malgré nos- malheur» et l'incertitude de les voir finir, vous vous comporterez toujours comme vous le devez, en honnête fille, et que vqus vous rappel^rez souvent d^un père qui vous aime et qui n'a jamais eu que la vertu et ses devoirs pour principes.

J'écris par cette même occasion au citoyen Touzon, négociant à Jacmel, que je prie de vous faire compter une somme de quinze portugaises pour vos besoins. Si vous continuez à apprendre à jouer de la Iiarpe , faites le moi savoir , afin que je fasse tout ce qui dépendra de moi pour vous procurer l'argent nécessaire pour payer le maître de musique. • ,....

HiSToinE d'haiti. — (1799^) 15

sur Jacmel y sans confiance en elle-même, et convaincue qu'elle al* lait être baUue. * L'ignorance et les superstitions du peuple avaient fait naître cette panique. Ne comprenant pas ce phénomène les soldats 1 attribuaient à la colère Divine qui se manifestait par des signes efiVayans contre les crimes qui se commettaient journellement.

Toussaint avait' recommandé à Dessalines d'employer les voies de la persuasion avant d'en venir aux mains pour faire rentrer Jacmel dans le devoir. Dessalines se fit en effet précéder d'une proclamation par laquelle amnistie pleine et entière était accordée à ceux qui se soumettraient à I autorité légitime. Le commandant de la place, Fontaine, noir, dès qu'il la reçut, réunit les officiers municipaux et leur en fil donner lecture. Ils jurèrent tous de mourir plutôt que de reconnaître Tautorité de Toussaint Louvertur^. Dessalines fit ensuite sommer la place de se rendre. Le colonel Birot , homme de couleur, devenu le commandant de l'arrondissement depuis le départ de Bauvais, lui fit répondre que la garnison était disposée' à Taccueillir de pied fiTme. ,

Dans les premiers jours de Novembre, Tarmée de Toussaint atteignait à midi Thabilation Pasquet à une lieue de Jacmel. Au soleil couchant une forte division ^'établit à Menuisier. Là Dessalines reçut les instructions de Toussaint en date du il Novembre, relativement à la campagne du Sud. L'article 7 portait que oelui qui livrerait Rigaud, serait-il un des révoltés les plus coupables, aurait sa grâce. Birot ordonna à toute la population, hommes, femmes et enfans de travailler de nouveau aux fortilications de la place; des fossés furent creusés partout où il n'en existait pas , et en 4)eu de jours Jacmel fut parfaitement fermé. Talavigne et le Grand Fort demeurèrent isolés de la ville, au-delà des fossés, car par leur position ils ne pouvaient entrer dans la ligne de circonv^llation.

AvanL d attaquer la place , Dessalines ordonna au général Laplume qui commandait la première division de 1 armée , dite de droite , de s'établir entre la mer et Thabitation Ogé ; et au colonel Henri Christophe qui commandait la srconde division de s'établir entre rhabitation Ogé et St. Cyr, et de s'efforcer d'aUeindre le rivage de la mer. Il y avait déjà plus de 20,000 hommes réunis devant Jacmel qui renfermait 3,000 combatiaus dont 1800 de la légion de rOuest , et 1/200 de gardes nationaux ou de volontaires tant de la ville que de la Gosseline, de la rivière Gauche, de Taco , du Coq qui chante. Les Miliciens de la ville étaient commandés par un nommé Mathieux Douget. Mais il n'y avait dans la place dé pro» Visions que pour quelques semaines. ^ ^ ^ j

* Tous les vieux soldats qui faisaient partie de cette armée m'ont raconté ce phénomène météorique assez fréquent dans beaucoup de contrées, fl$ TelSet malheureux qu'il produisit sur l'année.

18 X HISTOIRE d'haitï.— (1799)

Pendant plusieurs jours les assîcgeans et les assiégés ne firent qu'cscarmouclier. Dessalines comprit vite combien il comprometlait le salut de son armée en ne chassant pas de Marigot Borne Déléard qui entretenait des relations avec Laniour Dérance. D'après ses ordres le colonel Henri Christophe, à la lôte de la 2"** demibrigade, marcha sur Marigot, atteignit ce bourg Hît attaqua Borno Déléard, qui ne commandait qu'à 200 hommes. Les troupes de Jacmel assaillies par 2,000 hommes se défendirent avec une rare intrépidité. Les dragons de la légÎDn d« T Ouest au nombre de 60, montés sur de beaux et forts chevaux , firent des charges furieuses y et obligèrent la 2"' demi-brigade du Nord à se retirer. Christophe revint à son quartier général , et ordonna à Romain, colonel de la 1*^* demi brigade, de marcher sur Marigot. Ce bourg fut de nouveau assailli. Borno Déléard, après une résistance héroïque , ayant perdu les deux tiers de ses soldats , abandonna la place et atteignit Jac* mel combattant jusqu'auv portes de la ville. Christophe avait perdu plus de 400 hommes. Les communications dfi Birot avec Lamour Dérance furent interceptées.

D'un autre côté la garnison de Baynet sous les ordres de GeoiTroi, blanc, assaillie de toutes parts par les insurgés de la vallée , dirigés par Lafortune, Confiant et Giles Bambara, évacua le bourg et rentra aussi à Jacmel. Peu de jours après, Baynet fut réoccupé par quelques compagnies de Tarmée de Kigaud, ^commandées par Borgella, jeune oflicier , homme de couleur.

Toutes les troupes sous les ordres de Birot se trouvèrent réunies a Jacmel, où il y avait 4OOO cultivateurs entassés de tous côtés. La légion de l'Ouest en présence du danger qui la menaçait , sentait grandir son courage ; cependant elle condamnait davantage la conduite de Bauvais dont le départ qu'elle appelait sa fuite, la privait de talens niiliiairçs assez remarquables. Le^ jeune Auger ne cessait dç répéter qi^e son ancien général avait trahi la confiance de ses compagnons d'armes. Nous avons déjà di^ quelle aurait dû êtrs la conduite dit Bauvais au commencement de la guçpre civile.

Le canon des assiégeans fit bientôt oublier cette malheureuse cir^ constance. Les assiégés ne songèrent plus qu'à mourir héroîqus« ment.

Vers le milieu de Novembre, piçudonné Jambon^ commandant de l'arrondissement de Léogahe, fit trs^nsporter à force de bras de Tarlil* ler^e de siège au travers des mornes de Tavet devant Jacmel. Dessali ncs après ^voir étroitement cerné la place fit canonner les forts Béliot , de Léogane et le blockaus. Il conduisit ensuite ses troupes à l'assaut; mais elles furent repoussées avec des pertes considérables. Le lieulen^nt-colonel Auger se transportail avecTélite de la légion de l'Ouest sur tous les points menacés, faisait des prodiges de valeur. Les soldats qui admiraient son courage le diérissaieut.

mSTOIRE D^IIAÎTI. — (1800) 17

Pendant ce temps Toussaint usait de tontes ses ressources pour enlever Jacnnel devenu la clef du dcpdKement du Sud. Les anciens colons qui possédaient encore ^les richesses de St*Domingue malgré les conps violons qu'ils avaient reçus, et dont il faisait refleurir les habitations par le travafl force , mettaient à sa dispo&iimn des fonds considérables. Do b Jamaïque, des Etats-Unis môme ils lui expédiaient de l'argent , avec Tespoir qu'après la chute de Rigaud , Hs reprend ra-ienl une partie do leur ancienne prépondérance. Los fonds qui arrivaient di^ la Jamaïque éi>aienl habilneilenient débarqués à TArcahaie. Higaud était ai; contraire sans ressources ; il avait été déclaré rebelleel traître à la Patrie par Tagout Roupe, le i^eprésentanl.de la Métropole, qui agissait sous 1 infl».ionce de Toussaint; ri ne fX)uvait déjà plus ni nourrir, ni habiller , ni payer ses troupes y^ ceUcs ci n'allaient au fou qu'excitées par la haine implapabte qu elles portaient à Toussaint qui leur était horriblement n^présenlà.

Le général en chef redoublant d'aclivîlé Kl transporter du Port-aw* ' Prinre a» camp de Jacmel, de la. grosse aitillerie,. au travers des mornes; il dirig/eait en personne les travaiflcurs, au milieu de profonds précipices, sui montant avec courage les plus grands obstacleS| partageant les fatigues des soldais, et traînant souvent avec eux les pièces de canoi).

Après avoir livré à Dessalincs une artillerie formidable, il retourna au P* au Prince,et songea à bloquer le port de Jacmel. Il expédia la goélette VActive , commanciée par le cilojen Dussau. Cet oflicier avait reçu des pièces pai lesquelles lé général en chef invitait les croiseurs de toutes les liations à le laisser passer, attendu qu'il ne se dirigeait que contre les rebelles du Sud et de .Jacmel. ftîais les Anglais capturèrent la goélette, et la conduisirent au Port-Roval de la Jamaïque, on elle fut \endue. Malgré leurs sympathies pour Toussaint Louverture, ils ne pou- \aientne pas capturer des navires portant les couleurs de la llépubtique Française j s il sétait rendu indépendant de la Métropole lors de . l'évacuation du Port-au Priiioe et du Mole par le général Maitiand, ib auraient respecté, son p^>iilon ; mais les habitans de S(. Do-, iningue n'étaient que des Français, et le gouvernement britannique agissait contre eux comrne envers ceux de riiuropc.

Toussaint se résolut à aller diriger en personne les opérations du siège. Oi*?Bd il arriva devant Jacmel, il fil élever sur le littoral , du côté ocetipé par le général Laplume, plusieurs redoutes, pour empocher les assiégés de recevoir parwer des munitions de bouche. — Malgré le feu vif et soutenu des grenadiers de la légion de l'Ouest pendant trois jours et trois nuits sur les travailleurs, les sansculottes de la 4°"* demi brigade excités par le colonel Dommage et le lieutenant-colonel Gabart Vaillant achevèrent toutes les fortifica-* lions.

loussaifit se transporta qosuite auprès du colonel Henri Chris*

18 HISTOIRE d'haïti.— (18C0)

lopbe, eoBuniaBclânt de la colonne de gauche, eC lui ordonna de s'emparer du fort Pavillon. Cliristophe, a la lête de la 2* demi-brigade du Cap, emporta d'assaut la redoute, et poursuivit les fuyards jusqu'au bord d'un ravin profond. Aussiiôt iVuger sélançant de la place d'armes, à la tête des six cents hommes de réserve de la légion df r Ouest, aborde Christophe, à la liaïoneite, après une seule décharge» le culbute, le chasse du fort Pavillon, et ie fait poursuivre par set chasseurs jusqu au pied de ses relraïahtniens. Toussaint Louverture ne désespéra pas cependant de s'emparer de cette position. Il (it dresser contre elle pour la foudro}er une forte batterie; et alln de se rendre entièrement maître de l'entrée du p«rt et du mouillage, îl éleva des fortiiications sur plusieurs pointes de terre qui s avançaient dans la mer. Il n'ignorait pas que la fauMne se fit déjà cruellement sentir à Jacmel ; il réunit un con-e»! lie guerre, et il fut résolu que dans la nuit du 5 au U Jan\âtT 1800 , un assaut général serait livré à la place.

Au jour fixé, à minuit , le Grond Fort et Tala\igne situés hors de laligne de circonvaliation furent vigoureusement attaqués et par le colonel Christophe et par le général Laplumc. Us enlevèrent d'assaut ces deux positions. Mais à la pointe du jour Auger se précipita au^ dacieusement sur eux , et les chassa du Grand Fort. Lnhardi par ce premier succès, il divisa, à sept heures du matin, le corps de réserve en deux colonnes. Celle de droite confiée au capitaine Du» croc devait attaquer de front Iç fort Tala vigne, pendant qu'à la tète de celle de gauche, il prendrait l ennemi en flanc. lis marche^ rènt contre Laplume avec la plus grande intrépidité. Enmêmetemg^ Bazelais menacé au fort Léogane lançait quelques boulets sur Des&a-* lines. Ducroc entendant gronder le canon, crut qu'Auger assaillait déjà Talavigne ; îl se hâta de donner assaut à la fortification , et se trouva seul en présence de Laplume qui léunit contre lui toutes ses forces et Técrasa. Aussitôt api es Auger atteignit le pied des remparts et donna à son tour. Son choc fut des plus impétueux ; il gagnait du terrain ;, les troupes de Toussaint chancelaient sur tous les points ; il pénétrait dans les redoutes sous la mitraille la plus meurtrière , lorsque Dessalines lança contre sa colonne les 4e.et i1e«. demi-brigades. Les colonels de ces deux corps. Dommage et Nérette, ûprès d'héroïques efforts , parvinrent à arrêter son élan,« et à déga« ger le général Laplume. Auger enveloppé de toutes parts de tronpes cinq fois supérieures aux siennes , se forma en colonne serrée , perça à la baïonette les masses ennemies, et se retira sous la protection des forts de Léogane et du Gouvernements {I rentra ensuite dans la place , sans avoir été entamé. Pendant qu'il se retirait, Pessalines admirant son courage , et celiii de ses soldons , s'écria : < Que d^ « prodiges ne ferais je pas, si j'avais ces braves dans mes rangs! » Les Jacmeliens cooiptèrent daas cette jourfiéç 4eux-ceDt8 soidais et

rriâTOIRE D^HAITT. — (1800) li

Tingt bra\c«) officiers tué». Le chef de bataillon Kizebts fol grièvomont blessé. Dans r<irmée assif^geante le général Lapluroe et ie (iouteuani-eoionel Lacroix furent allcints de plusieurs balles. Le foit Talavigne fui enlevé aux Jacmeliens qui pendant le resle du siège ne purent plus^ le reprendre. Dcssalines (il' aussitôt tourner les pièces de Talavigne eontie la ville, et. eomfficnça à. la caaoaner wfivement par un ft:*u plongeant.

Toussaint Louvertnre qui av:>it dirigé en personne l'assaiH d&nné* dans la nuit du^ 5^ au 6 Janvier 1800 fil établir à Taia%igae unebatterie de morliers et de canons de gjos calibre. Dès lors des bombes et des obus furent hineés nuit et jour sur la f^iaee. Lo générai en chef par lit pour le Nord, ordonnant à Dessalines depous^ ser les opérations du siège avec la plus grande vigueur. En mècM lemps la moiisquetorie soutenue de la -2e. demi brigade empêchait, qu on ne circulât dans la partie ornentale de la ville.. Déjà la fami* ne y était atrreuse ; la garnison souffrait des plus grandes privations;, les f<^nMnes et les enfans cessèrent de recevoir la ration^^Les habitan» confwirencèrent à manger des chevaux,, des chats, des rats. Les méde* Gtns <(iji tous étaient Wancs ,. oubliant les dfevoirs que leur com* mandait I humanité,, négligeaient depuis quoique temps de fréquenter les hôpitaux , prélextant quils ne pouvaient pas Servir plus longtemps une cause qui n eiail pas la leur. Un seul nommé Dupéroy no cessa de donner toutes sortes de soins aux blessés avec ie plus^ mire dévouement ; il no vil dans ces ijiforlunés cpte des homme» qui souffraient, et qu'<l fallait soulager.

Le 10 Janvier, Birot reeonnaissant Ti^n possibilité de se maintenir plus longtemps dans Jacmel, réunit aru Palais Natbnal tous les of* liciers de la 'garnison,, et leur proposa d*évaeuer la place. MsaceuetUirent la plupart son avis. Mais quand *eette résolution Iraospipa dans les rangs des soldats, ils s'en montrèrent indignés, et déelarèrent qu'ils^ aimeraient n>ieux périr) tous sous les ruines de * la i)kice que de Tabandonncr. Il fallut renoncer à ce projet. Mai«i dans la nuit qur suivit,, Bii^ot commandar^t de rarrondissement ^ Foniaitie commandant de la place, Bo^^no Deléard et Dupùche s'em<barquèfent clandestinement sur une goélel te commandée par Lartî* gue, blanc , chef des meuvetnens du port , et partirent pour les Cayes , abamlonnant une garaison intrépide et t^ute dévouée à la cau« se de Rigaud.

N est impossible d'exprimer Tindignat ton des soldais de^ la légion* de rOuest quand ils apprirent oette trahison. Ils ^ociicrèrcnt avec fureur contre^ leurs chefs indistinctement ^ quelques ui» parlèrenl même délivrer la tille à Toussaint Louverture ; toutes les adioinistralions se| trouvèrent dans la plus complète désorganisation; la plâfce était dans une grande agitation ; raniorité de tous k^ officiers était mécoiiaue ; si alors les ossiégeaAS avaient dirigé une til»^-

HISTOIRE p'hAITI.— (1800)

que générale contre la place , ils y eussent pénétré infailliblement. Au n»ilieu de ce tumulte ei des cris menaçansqui éclataient de toutes parts, Aijger et Gauthier se présenlèrcnl audacieusementaux soldats, leur parlèrent avec énergie et courage, leur exposèrent, en parlageâr^t leur indignation, toutes les circonslanccs de la fuite honteu* se des premières autorités. Ils reprirent leur ascendant sur les troupes. Les bravos de la légion nommèrent par acclamations, le lieutenant colonel Gaulhier commandant en chef de Tarrondissement ,^ et Auger commandant en second. Les sorties contre les assiégeans re* commencèrent avec une nouvelle vigueur.

Pendant cet intervalfe le général Rigaud avait appris que la ville de Jacmel était réduite presque à la dernière extréaiiié. Il se ré* solut à voler à son secours. Il partit des Caves avec 500 hommes ;, quand il arriva non loin de Jacmel, il divisa sa petite armée ta trois colonnes; il en lança deux de iOO hommes chacune contre les troupes de Toussaint campées dans les mornes environnants; elles furent battues; lui-même suivant la grande route , à tatôte d^ 800 hommes, atteignit un morne escarpé nommé Laporte situé à ^ ^ rOuest de Jacmel. Il y fut arrêté par Charles Bclair colonel de la 7e. qui lui opposa une vigoureuse résistance. Dessalines entendani la fusillade lança contre lui deux bataillons delà 4o. commandés par j Ferbos. Les soldats des Cayes assaillis par une force numérique dix fors supérieure à la leur , prirent la fuite , malgré lesefforts de leurs chefs pour les retenir sur le champ de bataille. Rigaud qui était à I arrière garde avec la cavalerie accourt pour réta* blir le combat ; mais sa voix n'est pas écoutée , et la déroute continue. Alors le désespoir peint sur la tigure, il descend de cheval , sous le feu de Tenncmi , et dit aux fuyards qui passaient à ses côtés; « Lâches courez donc |Xuisque Thonneur ne peut vous faire affronter la mort. » Cependant la 7e. s'avançriil au pas de charge, la baionëtte en avant ; Rigaud déclarant qu'il voulait mourir refusait de fuir. Deux de ses officiers Ik>rgeila et IVfouliie , voyant qu'il résistait à leurs instances, se saisirent de lui, le placèrent violemment sur son cheval, et le conduisirent à Des noyers où les fuyards s'étaient un peu ralliés. L'armée des Gayes avait perdu une pièce de campagne enlevée par la 4e. Si Rigaud avait gagné la bataille. Dessalines eut levé le siège de Jacmel ; les troupes du Nord qui n'avaient pas donné étaient près de défiler pour Léogane. Depuis cette affaire aucune diversion ne fut plus tentée pour dégager Jacmel. Rigaud retourna aux Cayes, abattu , presque découragé, et iroyanl chaque jour l'abîme se creuser devant lui.

Pendant cet intervalle Toussaint qui était de retour dans le Nord ordonna à Moyse d'armer un bâtiment pour la croisière de Jacmel. Celuî-ci expédia un aviso , le département du Nord^. Ce navire j artivé à Léogane se ^trouva sou^ le commandeaient du <;apitaîoQ ^

HtSrOtÛt D*ÏÏA!Tt. (1800) SI

fioisblan^ qui déjà à la iêtô d'une escadrille ; Vy attendait pour prendre la mer. Boisbianc appareilla aussitôt;, évita les croiseurflT anglais et alla «mouiller xlans la baie de Baguctle près de JacmeU Les communications entre celte ville et le bourg de fiaynet devinreni de plus en plus difliciles.

Gauthier se résolut a faii^ sortir do la \ille un grand nombr» de bouches inutiles, il chargea de femmes et d'enfans une goélette de 4 canons commandée par un nommé Goye. Le capitaine Dessalions s'embarqua sur le même navire avec un détachement de la légion de l'Ouest avec ordre d'accompagner ces malheureux jusqu'à Baynet, et de revenir à Jacmel avec un chargement de vivres. La goélette arriva heureusemt^t à sa destination. Peu de joursuprès Des\'allons partit de na}net avec beaucoup de munitions de bouche; mats il rencontra un brick de guerre antéricain qui le contraignit 4 rentrer dans le port.

Toussaint était revenu devant Jacmel. Comme il entretenait, «insî qu'on Fa vu , des relations de bonne amitié avec le gou* ifernement fédéral des Etats Unis ^ il envoya à bord du général €nen ^ frégate américaine mouillée aux Anses à Pitre, un parlemenlaîre chargé de prier le commandant d'établir sa croisière de- ^ot le port de Jacmel. Peu de jours après, la fiégate, d'après les ordres du Commodore des Etats Unis , interceptait les commuai* cations entre fia} net et la ville asaiégéo.

Depuis le commenconieni du siège, le colonel Faubert qui commanf^lait le cordon de l'armée du Sud établi au Grand-Guâve , et dont Télan était, sans cesse arrêté par le général Clervaux , n'avait pu par une diversion heureuse contraindre Dessaiines à lever le blocus de Jacmel. Les acijudans généraux Toureaux et Pétion , les colonels Renaud Desruisseaux et GeiTrard, ne recevant aucune ins* truction de RigaUd, demeuraient dans linaction tant au Grand* Goâvc qu'au Pelit-Godve.

Cependant lors(|ue le colonel Biix>t et les autres ofliciers gui avaient fui de Jacmel arrivèrent aux Cayes,' Rigaud fut parfaitement instruit de la détresse où se trouvait la légion de l'Ouest. ' Il se détermina a envoyer quelques secours à la ville assiégée ; sur la de mande de l'adjudant général Potion , jl lui ordonna d'aller prendre ' le comnoandement de Jacmel. Pétion partit aussitôt , heuieux d'ôtre envoyé dans une place menacée de tant de dangers , et qu'il connaissait parfaitement pour y ^avoir tenu garnison pendant longtemps. Le jour qui suivit son arrivée à Bavnet, un brick et une (oëlette commandés par le capitaine Rouleau, sortant des Cayes , iiinrent y mouiller. Au grand élonnement de Potion ces navires destinés à aller approvisionnée une ville uiïamée n'éiaient chargés que ^e quelques barils de farine de manioc. Secouts on peut dire dérisoire envoyé à des infortunés qui souffraient des horreurs de la plus

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tiempéraînent pour les dominer en prenant de son propre mouvement le rôle pénible, plein de tribulations de général en chef, ne voulant pas devenir I instrument do l'ambition de Rigaud et de Toussaint qu'il estimait peu, il partit pour la France, détermine à ne tirer désorjîiais son épée que pour la cause sainte de la Patrie.

Plusieurs écrivains ont prétendu que Bauvais s'était montré lâche et traître en abandoiinaht Jacmel pendant lé siège. Il aurait élj vraiment lâche et irnître si après avoir accepté ce siège il s'était embarqué. Dllais il partit le 13 Septembre 1799, et Dessalines n'arriva devant Jacmel que dans les premiers jours de Novembre 1799.

De Jacmel il (ît voile pour Si-Thomas ; mais capturé par un navire anglais, il fut entièrement dépouillé et conduit à la Jamaïque. Peu de temps après il passa à Curjaçao où sa femme et deux de ses enfans imî tardèïxînt pas à venir le joindre. Après quelques mois de séjour en celte île, il s'embarqua pour France muni d'un passe-port de l'agent Roume. Déjà plusieurs jours de navigation s'élaient écoulés; la mer éiait houleuse et les voiles gonflées promenaient un heureux voyage. Bauvais était plongé dans de profondes réflexions; il songeait au malheureux sort de la, colonie, aux tristes conséquences de la guerre civile; il se disposait à combattre victorieusement les accusa-t tiens dirigées contre lui, ou à porter sa tête sur l'échafaud. Toutà coup une \oie d'eau se déclare dans le navire; un cri de désespoir retentit de toutes parts ; l'équipage et les passagers se précipitent vers la pompe ; les manœuvres cessent ; Bauvais se dresse soudain au milieu des lamentations qui l'entourent; sa figure jusqu'alors si sombre s'anime; son autorité devient absolue, et chacun s'empresse de lui obéir. Mais bientôt le découragement devient général : malgré les efforts de l'équipage le navire s'enfonçait; on abandonne la pompe et l'on met la chaloupe à la mer; mais elle se trouve tellement pleine que leau y pénètre;. le capitaine se saisit de ses armes et. ordonne qu'on tire au sort. Le sort est favorable à Bauvais et contraire à son épouse. Pendant que les passagers se livrent aux frayeurs de la mort , Bauvais couvre ses enfans de baisers, cède sa place à sa fem* me , l'embrasse avec tendresse , obtient du capitaine que ses deux petites filles soient placées sur le sein de leur mère.

Madame Bauvais s'attache à son mari ; elle le supplie avec des accens de désespoir de la laisser mourir avec lui; Bauvais est contraint de la placer lui-même dans h chaloupe. Qui pourrait exprimer ce qui se passait à cette heure suprême , en ce moment d'éternelle séparation, dans celte âme héroïque: sensibilité, courage, talens, gloire, tout -allait s'anéantir. L'embarcation que les flots menaçaient d'engloutir à chaque instant se détacha violemment des flancs du navire. Bauvais demeara sur le pont , immobile , la figure i^alme et peinte d'une résignation surnaturelle. Les*quelques hommes condamnés par lesort et restés avec lui, frappés de son dlUtU<leiii^(&l^kot revenir à la vie qui s'é-

teignait en eux, et se sentir atteints de ce courage sublime que les grandes Ames inspirent au vulgaire. Bauvais avait réternité sous les yeux;-la (alalité poursuivait cet homme dont la vie avait été parsemée d'affreuses tribulations ; la vertu qu'il avait déployée dans maintes occasions lui faisait supporter avec héroïsme cctle dernière infortune. En môme temps le navire sombrait rapidement ; Teau couvrit les sabords, et le général Bauvais tout en agitant son mouchoir en signe d'adieux , disparut sous les tlots à la vue de sa femme qui aévanouit dans la chaloupe. * .

* Quoique la lettre que nous allons transcrire soit étrangère à riiistoire, nous l'offrons cependant au lecteur parcequelle pciut bien le caractère (Je Bauvais. Elle est écrite en entier de sa main.

Curaçao, le X3 Floréal Pan 8.

Bauvais à sa tlière fille Coralie,

J'ai rpçu aujourd'hui seulement, ma chère fille, votre lettre du 14 Germinal dernier. Rien ne pouvait m'ètre plus agr<»able que d'apprendre de vos chères nouvelles et de celles de la famille. Je suis vraiment bien sensible à cet empressement de votre part qui me tranquillise beaucoup sur les craintes et les inquiétudes qui me tourmentaient depuis que des circonstances malheureuses mont éloigné de .vouifï.

Votre maman et vos soeurs qui^sont arrivées auprès de moi depuis deux mois sont très sensibles à votre souvenir ; elles vous 'embrassent , vous désirent une bonne santé et vous engagent de penser toujours à elles; les voyages qu'elles ont fiits sur mer et le séjour désagréable de St.-Thomas ont cruellement altéré leur santé. Je me porterai assez biea maintenant après avoir fait deux petites maladies depuis mon séjour ici ; mais j'ai la vue singulièrement affectée, suite inévitable des peines et des tracasseries que jai eues constamment pendant le *cours de cette éternelle révolution. J'ai obtenu un passeport de l'agent Roume pour me rendre en France ; mais le, défaut d'occasion me retient encore ici. Notre petite fortune n été encore une fois renversée par l'effet de cette désastreuse euerre civile. Les soins que je me suis donnés et les dépenses que j'ai faites pour relever l'habitation de la Grande Ravine au Grand Fond , dont nous sommes propriétaires d'une partie sont devenus inutiles , ainsi que l'établissement d'une petite tannerie à Jaemel qui m'avait coûté plus de dix-mille francs, et dans laquelle il y avait considérablement de cuirs. J'avais comme vous savez des animaux de toute espèce qui faisaient toute mon espérance ; tout cela est réduit à rien puisque ma femme n'a pas fait après mon départ le quart de la, valeur desdits animaux, personne n'ayant voulu s'en embarrasser dans les circonstances. Ceux qui nous devaient ont profité du moment de crise pour ne point payer, et pour comble de malheur les anglais ont pris généralement, tous mes effets, argenteries. D'après ce petit détail vous devez.penser, ma chère fille, que les moyens \ux me restent sont très-faibles , n'ayant jamais^ été intéressé ni ambitieux^ ne m'étant occupé que de bien remplir les devoirs de mon état et n'ayant

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tempérament pour les dominer en prenant de son propre mouvement le rôle pénible, plein de tribulations de général en chef, ne voulant pas devenir I inslrumenl de i ambition de Rigaud et de Toussaint qu'il eslimait peu, il partit pour la France, déterminé à ne tirer désorjiiais son épée que pour la cause sainte de la Patrie.

Plusieurs écrivains ont prétendu que Bauvais s'était montré lâche et traître en abandotuiant Jacmel pendant lé siège. Il aurait étvî vraiment lâche et triîlre si après avoir accepté ce siège il s'était embarqué. Mais il partit le 13 Septembre 1799, et Dossalines n'arriva devant Jacmel que dans les premiers jours de Novembre 1799.

De Jacmel il lit voile pour St-Thomas ; mais capturé par un navire anglais , il fut entièrement dépouillé et conduit à la Jamaïque. Peu de temps après il passa à Curiiçao où sa femme et deux de ses enfans ne lardèi^nl pas à venir le joindre. Après quelques mois do séjour en cette île, il s'embarqua pour France muni d'un passe-port de Tagenl Roume. Déjà plusieurs jours de navigation s'étaient écoulés; la mer éiail houleuse et les voiles gonflées promenaient un heureux voyage. Bauvais était plongé dans de profondes rôflexions; il songeait au malheureux sort de la, colonie, aux tristes conséquences de la guerre civile; il se disposait à combattre viclorieusemeiit les accusa-r lions dirigées contre lui, ou à porter sa tête sur l'échafaud. Toutà coup une voie d'eau se déclare dans le navire; un cri de désespoir retentit de toutes parts ; l'équipage et les passagers se pïécipirent vers la pompe ; les manœuvres cessent ; Bauvais se dresse soudain au milieu des lamentations qui l'entourent ; sa figure jusqu'alers si sombre s'anime; son autorité devient absolue, et chacun s'empresse de lui obéir. Mais bientôt le découragement devient général : malgré leselforts de l'équipage le navire s'enfonçait; on abandonne la pompe et l'on met la chaloupe à la mer; mais elle se trouve tellement pleine que leau y pénètre;. le capitaine se saisit de ses armes et. ordonne qu'on tire au sort. Le sort est favorable à Bauvais et contraire à son épouse. Pendant que les passagers se livrent aux frayeurs de la mort , Bauvais couvre ses enfans de baisers, cède sa place à sa femme, l'embrasse avec tendresse, obtient du capitaine que ses deux petites filles soient placées sur le sein de leur mère.

Madame Bauvais s'attache à son mari ; elle le supplie avec des accens de désespoir de la laisser mourir avec lui ; Bauvais est contraint de la placer lui-même dans la chaloupe. Qui pourrait exprimer ce qui se passait à cette heure suprême , en ce moment d'éternelle séparation, dans cette âme héroïque: sensibilité, courage, talens, gloire, tout allait s'anéantir. L'embarcation que les flots menaçaient d'engloutir à chaque instant se détacha violemment des flancs du navire. Bauvais demeara sur le pont , immobile , la iigurei;alme et peinte d'une résignation surnaturelle. Les*quelques hommes condamnés par lesort et restés avec lui, frappés de son dlliluile^ffii^kot revenir à la vie qui s'é*

tcîgnait en eux, et se sentir atteints de ce courage sublime que les grandes amos inspirent au vulgaire. Bauvais avait réternité sous les yeux;-la fatalité poursuivait cet homme dont la vie avait élc parsemée d'atfreuses tribulations ; la \ertu qu'il avait déployée dans maintes occasions lui faisait supporter avec héroïsme celle dernière infortune. En même temps le navire sombrait rapidement ; Teau couvrit les sabords, et le général Bauvais tout en- agitant son mouchoir en signe d'adieux , disparut sous les Ilots à la vue de sa femme qui sévanouit dans la chaloupe. *

* Quoique la lettre que nous alUna transcrire soit étrangère à l'histoire, nous l'offrons cependant au lecteur parcequ'elle pciut bien le canielèr* d^e Bauvais. Elle est écrite en entier de sa mnin.

Curaçao, le 13 Floréal Pan 8.

Bauvais à sa thère fille Coralie.

J'ai roçu aujourd'hui seulement, ma chère fille, votre lettre du li Germinal dernier. Rien ne pouvait m'ètre plus agr<*able que d'appre»dre de Tos chères nouvelles et de celles de la famille. Je suis vraiment bien sensible à cet empressement de votre part qui me tranquillise beaucoup sur les craintes et les inquiétudes qui me tourmentaient depuis que des circonstances malheureuses m'ont éloigné de .vous.

Votre maman et vos sœurs qui ^ sont arrivées auprès de moi depuis deux mois sont très-sensibles à votre souvenir ; elles vous 'embrassent , vous désirent une bonne santé et vous eugag^ent de penser toujours k elles ; les voyages qu'elles ont fiits sur mer et le séjour désagréable de St.-Thomas otit cruellement altéré leur santé. Je me porterai assez biea maintenant après avoir fait deux petites maladies depuis mon séjour ici ; mais j'ai la vue sinsfiilièrement affectée, suite inévitable des peines et des tracasseries que jai eues constamment pendant le *cours de cette éternelle révolution. J'ai obtenu un passeport de l'agent Roume pour me rendre en France; mais le défaut d'occasion me retient encore ici. Notre petite fortune n été encore une fois renversée par l'effet de cette désastreuse Çuerre civile. Les soins que je me suis donnés et les dépenses que j'ai laites pour relever l'habitation de la Grande Ravine au Grand Fond , dont nous sommes propriétaires d'une partie sont devenus inutiles , ainsi que l'établissement d'une petite tannerie à Jaemel qui m'avait coûté plus de dix-mille francs, et dans laquelle il y avait considérablement de cuirs. J'avais comme vous savez des animaux de toute espèce qui faisaient toute mon espérance ; tout cela est réduit à rien puisque ma femme n'a pas fait après mon départ le quart de la valeur desdits animaux, personne n'ayant voulu s'en embarrasser dans les circonstances. Ceux qui nous devaient ont profité du moment de crise pour ne point payer, et pour comble de malheur les anglais ont pris généralement^ tous mes effets , argenteries. D'après ce petit détail vous devez.peaser, ma chère fille, que les moyens qui me restent «ont très-faibles , n'ayant jamais, été intéressé ni ambitieux, ne m'étant occupé que de bien remplir les deroirs de mon éitat et n'ayant

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tempéraînent pour les dominer en prenant de son propre mouvement le rôle pénible, plein de tribulations de général en chef, ne voulant pas devenir 1 instrument de lambîtion de Rigaud cl de Toussaint qu'il estimait peu, il partit pour la France, délermîné à ne tirer désorjDaîs son épée que pour la cause sainte de la Pairie.

Plusieurs écrivains ont prétendu que Bauvais s'était montré lâche et traître en abandonnant Jacmel pendant lé siège. Il aurait éti vraiment lâche et inilre si après avoir accepté ce siège il s'était embarqué. Mais il partit le 13 Septembre 4799, et Dossalines n'arriva devant Jacmel que dans les premiers jours de Novembre 4799.

De Jacmel il (it voile pour St-Thomas ; mais capturé par un navire anglais , il fut entièrement dépouillé et conduit à la Jamaïque. Peu de temps après il passa à Curjaçao où sa femme et deux de ses enfans ne lardèrent pas à venir le joindre. Après quelques mois de séjour en cette île, il s'embarqua pour France muni d'un passe-port de l'agent Roume. Déjà plusieurs jours de navigation s'étaienl écoulés; ia mer éiciil houleuse et les voiles gonflées promenaient un heureux voyage. Bauvais était plongé dans de profondes réflexions; il songeait au malheureux sort de la. colonie, aux tristes conséquences de la guerre civile; il se disposait à combattre victorieusement les accusa-t lions dirigées contre lui, ou à porter sa lete sur l'échafiuîd. Toutà coup une voie d'eau se déclare dans le navire; un cri de désespoir retentit de toutes parts ; l'équipage et les passagers se précipitent vers la pompe ; les manœuvres cessent ; Bauvais se dresse soudain au milieu des lamentations qui l'entourent ; sa figure jusqu'alors si sombre s'anime; son autorité devient absolue, et chacun s'empresse de lui obéir. Mais bientôt le découragement devient général : malgré les efforts de l'équipage le navire s'enfonçait; on abandonne la pompe et l'on met la chaloupe à la mer; mais elle se trouve tellement pleine que leau y pénètre;. le capitaine se saisit de ses armes et. ordonne qu'on lire au sort. Le sort est favorable à Bauvais et contraire à son épouse. Pendant que les passagers se livrent aux frayeurs de la mort , Bauvais cou\re ses enfans de baisers, cède sa place à sa fem* me, l'embrasse avec tendresse, obtient du capitaine que ses deux petites filles soient placées sur le sein de leur mère.

Madame Bauvais s'attache à son mari ; elle le supplie avec des accens de désespoir de la laisser mourir avec lui; Bauvais est contraint de la placer lui-même dans la chaloupe. Qui pourrait exprimer ce qui se passait à celle heure suprême , en ce moment d'éternelle séparation, dans celle âme héroïque: sensibilité, courage, lalens, gloire, tout allait s'anéantir. L'embarcation que les flots menaçaient d'engloutir à chaque instant se détacha violemment des flancs du naviro. Bauvais demeura sur le pont , immobile , la iigurei;alme et peinte d'une résignation surnaturelle. Les^quelques hommes condamnés par lesort et restés avec lui, frappés de son GilUlu<le^ffl];^kot revenir à la vie qui s'é-

HisrolUE d'haiti. (1790) . 13

teignait en eux, et se sentir atteints de ce courage sublime que les grandes Ames inspirent au vulgaire. Bauvais avait réternité sous les yeux;Ha fatalité poursuivait cet homme dont la vie avait clé parsemée d'affreuses tribulations ; la iertu qu'il avait déployée dans maintes occasions lui faisait supporter avec héroïsme celle dernière infortune. En môme temps le navire sombrait rapidement; leau couvrit les sabords, et le général Bauvais tout en- agitant son mouchoir en signe d'adieux , disparut sous les Ilots à la vue de sa femme qui sévanouit dans la chaloupe. *

* Q,!ioi(]ue la lettre que nous allons transcrire soit étrangère à l'histoire, nous l'offrons cependant au lecteur pcarcequ'elle pciut bien le caraelèrt dje Bauvais. Elle est écrite en entier de sa mnin.

Curaçao, le 13 Floréal l'an 8.

Bauvais à sa tlière fille Coralie,

Jai roçu aujourd'hui seulement , ma chère fille, votre lettre du 14 Germinal dernier. Rien ne pouvait m'ètre plus agr(*able que d'apprendre de vos chères nouvelles et de celles de la famille. Je suis vraiment bien sensible à cet empressement de votre part qui me tranquillise beaucoup sur les craintes et les inquiétudes qui me tourmentaient depuis que des circonstances malheureuses m'ont éloigné de .vous.

Votre maman et vos sœurs qui ^ sont arrivées auprès de moi depuis deux mois sont très sensibles à votre souvenir ; elles vous 'embrassent , vous désirent une bonne santé et vous eugag^ent de penser toujours à elles ; les voyagres qu'elles ont f lits sur mer et le séjour désagréable de St.-Thomas ont cruellement altéré leur santé. Je me porterai assez bita maintenant après avoir fait deux petites maladies depuis mon séjour ici ; mais j'ai la vue sinornlièrement affectée, suite inévitable des peines et des tracasseries que jai eues constamment pendant le *cours de cette éternelle révolution. J'ai obtenu un passeport de l'agent Roume pour me rendre en France ; mais le défaut d'occasion me retient encore ici. Notre petite fortune n été encore une fois renversée par Teffet de cette désastreuse Çuerre civile. Les soins que je me suis donnés et les dépenses que j'ai Siites pour relever l'habitation de la Grande Ravine au Grand Fond , dont nous sommes propriétaires d'une partie sont devenus inutiles , ainsi que l'établissement d'une petite tannerie à Jaemel qui m'avait coûté plus de dix-mille francs, et dans laquelle il y avait considérablement de cuirs. J'avais comme vous savez des animaux de toute espèce qui faisaient toute mon espérance ; tout cela est réduit à rien puisque ma femme n'a pas fait après mon départ le quart de la valeur desdits animaux, personne n'ayant voulu s'en embarrasser dans les circonstances. Ceux qui nous devaient ont profité du moment de crise pour ne point payer, et pour comble de malheur les anglais ont pris généralement, tous mes effets , argenteries. D'après ce petit détail vous de vez. penser , ma chère fille, que les moyens qui me restent sont très-faibles , n'ayant jamais. été intéressé ni ambitieux, ne m'étaat occupé que de bien remplir les devoirs de 'mon état et n'ayant

iS YltsroiRE D'il AITI.— (1800)

Il revient ^ Aquio. — Il s'arrête devant St.-Loui?. — Négociations entre Toussaint <'t Kigiud — Ites débrj.^ de la iégio i de TOuest se soumettent à Toussaint — 0»lai-ci envoie mix Ciyes le colonel Vincerif. — Rigaud ne peut s'entendre avec Toîssainl — ►Il veut rnvaîn faire une !evée fn masse. — Dessalines marche sur St -Louis. — Rigaud abandonne les Caycs. — Il part pour l'étranger. — Entrée de Toussaint aux Cayes —Proclamation du ë Août )800. — Dessalmes se tend à .lérôinie. — Massacre d'hommes de couleur et de noirs rigaudins en cette ville. — Massacres au Corail, au JVtit-Trou , à l'Ans^-à Veau, à Mirago^ne — Lr-e di^mi brigadi'S du Nord, d*» l'Artibonite et de l'Ouest partent pour leurs cantonnements.— L'armée de Toussaint se réunit à Léogane. — Dessalines nommé . général de division. — Ctorvaùx récompensé. — Massacres des rigaudins prisonniers à S^aint-Marc et aux Gonalves. — Affaiicd'Hambourge Marlot. — Son exécution. — Nombreuses arrestations aux IJayes — Nouvelles exécutions de Toussaint. — Chiffre des partisans de Rigaud immolés pendant et après la guerre civile.

Quoique préoccupé des soins de h guerre , Toussaint n'avait pad nôgligo les diirérorites branches de radminislralion. Dans les cam> pagnes du Nord et de TOuest les cultivateurs étaient contraints au travail;^ le fctichisnie et les autres superstitions africaines ciaient proscrits, et les principes du christianisme étaient répandus par des prê- Iros pleins de zcle. H punissait de mort les voleurs, les impies même. Kc pouvant \aincrc lui môme ses mauvaises passions, il s'efforçait de dompter celles du peuple. Tout en priant Dteu au pied des autels il ordonnait dts massacres; tout en prêchant la vertu il contraignait des femmes honnêtes à se prostituer.

Il avait par un arrêté du A Janvier 1800 ( 14* Nivôse an 8) proscrit les danses de vaudoux, les assemblées nocturnes dans les villes, les bourgs cl sur les habitations. Il avait déclaré que ceux qui enfreindraient son arrêté recevraient des punitions corporelles , et seraient ensuite incîircérés Ces punitions corporelles consistaient à faire courir le condamné cnlre deux haies de soldats armés de verges jusqu'à ce qu il succombât sotis les coup».

Les municipalités axaient arrêté le 28 Janvier 1800 (8 Pluviôse an 8 ) que les citojens et les citoyennes qui avaient à leur service des individus à gages, soit par mois, soit par décades ou par jour ^ seraient tcjîus de les en aviser et de leur envoyer les noms , âges et profesbions de ces individus, le montant de leurs salaires. Celui qui quittait une maison était obligé d'y laisser sa carte domiciliaire et d en prendre une nous^lle. Tous ceux qui n'étaient pas munis d'une carte d(*miciliaire étaient considérés comme \agabonds et conduits devant les commandans de place qui les envoyaient sur leurs habi- , talions ou en leurs demeures à des eniplois utiles â la République. Ces enq)!ois consistaiciil en des corvées sur les grands chemins ou dans les fortilications. '

Pendant le siège de Jacmel le commerce du Cap avait éprouvé de graves inquiétudes relativement à la suspension des paîemensque li^iat avait à lui faire. ToussaÎQt dissipa ces inquiétudes eu piom^i-

lant par un arrêté que tout ce' q»iî serait légîlîmenncnt dû au commerce lui serait paj'c au fur et à mesure que la trésorerie-gcnéraie recevrait des fonds.

D'après ses ordres, Tagent Roume qu'iK tonaîl sous son influence avait invité le 30 Février (H Ventôse an 8) los ciloycns do la colonie à se réunir en assemblées primaires le 22 Mars (4" Germinal) à relfet ^de nommer des électeurs qui le 20 Germinal (10 Avril) se réuniraient pour nomnver îles députés de St. Domingue au corps législatif. Il avait déclaré vu la révolte du département du Sud que les départements du Nord et de TOuesl seuls enverraient chacun deux députés, l'un au Conseil des Cinq Cents, l'aulre h celui des Anciens.

Toussaint porta toute son attention sur le quartier de Jacmel qui avait tant souiîert pendant le siège. Il y lit respecier les propriétés, et n'apporta aucune modification au règlement do cuUaro lait par Bauvais le 14 Nivôse an G et mis en prati<]ue dans toute rétendue de son commandement. Les principales dispositions de ce règlement portaient que les conducteurs veilleraient soigneusement ù ce que les travaux sous prétexte de maladie feinte ne fussent pas abandonnés par les cultivateurs ; que les malades seraient traités aux frais de la communauté et ne parlicipcraienl point jaux rêve-* nus pendant tout le temps qu'ils n'iraient point aux travaux ; que les danses de toute-s espèces soit de jour soit de nuit seraient sévèrement défendues les jours autres que le nonTdi et le décadi, et même alors qu'elles ne pourraient être prolongées au-delà de dix heures du soir; que la danse de vaudoux était absolument interdite; que les cultivateurs attachés aux hubilatjons distantes d'une lieue au plus des villes et bourgs ne pourraient entrer dans lesdiles villes qu'aux heures de repos des ateliers ; que la journée de travail commencerait au lever du soleil et Onirait au coucher du soleil ; qu'il y aurait deux intervalles de repos, le premier de 9 heures du matin à lOftheures; le second de midi à 2 heures; que les cultivateurs qui ne se sounicttraient pas au règlement seraient envoyés aux travaux publics. Ce règlement était iniiniment plus doux quo celui de Toussaint mis en pratique dans les départements du Nord Qi de TArtibonite.

Depuis la prise de Jacmel , les louanges les plus exagérées étaient adressées de toutes parts à Toussaint Louverture. Comme le suc* oès définitif du général en chef n'était plus douteux chacun se h«^tait de le couvrir de lauriers. Les feuilles du Nord et de lOuest commencèrent à se remplir des plus basses adulations. D.ins de nombVeuses pièces de vers on le comparait à Hercule et aux autres clemt-dîeu?: de la Fable. Il ne se laissa pas éblouir par ces (laiteries, comprit que la guerre était loin d'être terminée, et continua actiyem.ent ses opérations tant militaires qu'administratives. Après avoir feodu aux babiiaos de la cojoni^ un compte peu fidèle d& la pris«

80 ^ III&TOIRE D^IIAITir^ClSO©)

(le JaemQl, il dcolarà qne le iraMre Rigaud fixait éodait une grande partie des hommes ^e couleur et de nombreux cultivateurs , quLÎI avait refuse de s'entendre avec lui pour lebonhour.de St. Domingue. Il y eut des. fûtes somptueuses dans TOuesl cl dans le Nord où le parti de Rigaud se h cuvait' enûèrement abattu. Toussaint laissant ceux qui rentouraienl se livrer à la joie , jeta un coup-d'œil sur la, partie espagnole tout en ordonnant à Dessalines de poursuivre ses succès <îonlre les troupes du Sud qui ne pouvaient résister longtemps encore a tant de masses réunies.

La colonie espagnole, comme on Ta vu, avaîlété cédée à la France par le traité de Râle. Mais le gouvernement français préoccupé des ailaires etiropéennes avait négligé, depuis cinq ans, d'en prendrepossession. D'une autre part les troubles qui n a vaienl cessé d'agiter St.Doimngue , de 1795 à 1800, n'avaient pas permis aux administrateurs de la colonie française d'envoyer des troupes à Sto. Domingo. Le draf>e;iu de Sa Majesté Catholiqtie flottait sor tous les points de là paitie espagnole. La France n'avait qu'un agent à Sto Domingo, c'était le général de brigade -Antoine Chanlaile', liomme de couleur, celui qui avait joué un si grand rôle lors des premiers c<)ncordats 'des aili anchis avec les blancs , et ensuite sous les cornniissaires civils l^olvérel et Sonlhonax.

On se rappelle qu'après rembarquement d'Hédouville Toussaint avait tait venir au Gap Tagent Roume qui était investi de tous les pouvoirs nationaux. Ce dernier avait délégué pour le remplacer à Sto. Domingo le général Chanlulle. Eu s'emparant de la partie de l'Est Toussaint Louvcrture voulait augmenter ses forces et ses ressources que la guerre civile avait considérablement aifaiblies, et prévenir le général Rigaud qui aurait pu y envoyer des députés .dans le but d'ea prendre lui môme possession.

D un autre côté en y faisant rec^nnailre son autorité il enlevatt ki\i jjénéral de couleur la faculté do s'y réfugier s il était obligé d'àiiandonner les Cayes, et d'y organiser un nouveau parti au centre de lilc. Sa perspicacité lui faisait prévoir ce à quoi. Rigaud n'avait jamais songé. Cependant Aritoine Cbanblto était un ami politique de Rigaud, son ancien compagnon d armes, ci partageait toute sa haine contre Toussaint Louvcrture.

. Avant Toussaint Louvcrture , les commîssairescivils Polvércl et Sonlbo* nax , en 1793 , avaient compris la nécessité de la conquête de la j>nrlie espagnole ; car la liberté des nuirs proclamée parla France dans la |>artie occidentale de lile pouvait succotriber sous les cou|>s de pu issans voisins dont tous les eiforts tendaient au rétablissement de l'esclavage. Nous avonsdéjà vu qiieJean Françoiset Kiassou, ù bsoldede S. M. C, n'avaient cessé de faire le trafic d'esclaves pondant la g icrrc entre la France el l'Es^pagne. « Si l'on cède, aux espagnols , aux brigands , avait dit Safi^ « ttèooax^ ou si Ton mollit devant eu|: , dirons mkux si nou^â

HISTOIRE d'uaîtl — (ISOOw) ^ 81

c né faisoM pad la coïiquète de la partie espagnole, les espagnols € et les brigands en^hisserU, brûlent, pillent, et dé\astent tout. »

Sous Louis XIV , en 1698 , Fa France songeant à placer toute l'île sous sa domination avait offert au gouvernement espiignol un" éc|uivalent à sa possession de St.-Domingue. En KMO Tiie de Corse avait été proposée an cabinet de Madrid, et en 1783 laGuaileloupe.

ËnKu ce fui sous linfluence de tels précédons que le Directoire exécutif proposa à l'Espagne l'abandon de sa colonie de St. Uoniingue, et obtint d'elle par le traité de liàle (22 Juillet 1795) la pur* iie de TEst, en lui restituant les places prises par la France.

Ne voulant agir en apparence qucd*après Les instructions du Directoire exécutif, le général en chef demanda à Tageni Roume qui s'était toujours soumis à son autorité, un arrêté par lequel il lui autorisé à prendre possession de la partie de TEst. Uoume |X)ur la première fois lui résista très-énergiquement. Eifiayo d^ la puissance de Toussaint Louverture, il voulait entièrement isoler la colonie espagnole de son autorité, el la livrer un jour intacte aux agens dé la Métropole. Voici comment s'exprime le général Clianlatte relativement aux dispositions de Roume: « Lorsque je fus envoyé pour occuper- « ici (à SantoDomingo ) la place que j'occupe, le citoyen Roume « de qui je reçus mes pouvoirs me parla beaucoup de celle partie « espagnole et me fit tellement connaître le désir qu il avait de conser- « ver cette possession à la France , qu'il me dit que malgré les « instances du général Toussaint il ne se déciderait jamais à en

« demander la prise de|)0ssessipn Il ajouta même que forcé

« souvent di) prendre des délermifialions contre son catur, on le « couperait plulùi en lambeaux^ qu'on ne lui ferait rendre lantilé « pour la demande de la prise d<» possession. »

Toussaint ne trouvant vaincre Tobstinaiiou de l'agent, se résolut à employer un moyen qui le contraindrait a accéder à sa demande. Il se rendit aux Gonatves d'où il organisa un mouvement insurrectionnel dans les environs du Cap.

Peu de jours après une révolte formidable écl-ite au haut du Cap; les insurgés dans leur fureur menacent d'exterariner les blancs; ils disent que leur liberté va leur être ravie, qu'on les trahit, quiis oe soni pas plus libres que dans Tancieii régime puisqu'ils ne jouis* sent que faiblement du fruit de leurs travaux. Roume effrayé des suites d'un tel mouvement se rend au milieu d'eux et s'eflorce de les caloier. Ils lui demandent en toute propriété la moitié de chacune des grandes habitations , et déclarent qu ils ne veulent plus travailler comme des mercenaires. Roume leur dit que leur demande excède ses pouvoirs ; ils lèvent le sabre sur sa tête ; * il prend la détermination de muurîr et refuse de ligner l'acte qu'on lui pré« sente. Alors on Tarrète et on l'enferme ckns un poulailler. Dix

* Toussaint avdtt ordonné k M^yee de ne lui faire aucun mal.

S2 • iiHToiRE d'haiti. — (1800).

jours cnTÎroo après cet événement Toussaint arriva nux enviroDAL du Gap et fil meUrc l'agent cii liberté , se présentant devant lui éomme son iiijérateur. Mais tirant profit de cette circonstance qu'il avait fait naître il dit à Roume : « Il faut calmer ce peuple en fù^ « reur; ce qui h soulève, c'est moins Tambilion d« la propriété qué^ < la juste indignation que lui cause un aiïreux trafie dont la pro« c vince espagnole esl le ihéâtre : li^s nouveaux citoyens de TOucst « sont enlevés et vendus aux propriétaires d'esclaves de l'Est. Il faut « n^ellr^ fin 'à cet odieux abus , et pour y arriver prendre possession « de l'Audience.» Roume refusa encore de consentira la prise de poi* session de TEst. Alors Toussaint lui dit: « je puijs rc|K>ndre de € de votre vie; mais je n'ai pas assez de pouvoir pour empêcher 9 ce peuple de se porter sur la partie espagnole , et de sacriiicr c à sa vengeance toute la |)opulation de race européenne. »

Alors Roume se détermina quelques jours après à rendre l'arrêté suivant (27 Avril 1800, 17 Floréal an 8,)

L'Agence du gouvernement national français à St-Domingue, considérant que l'abus qui s'est introduit en transportant des cultivateurs et autres citoyeps de l'ancienne partie française à la nouvelle de St- Domingne a justement excité Tindignation de toute la portion du peu|>le fi ançais résidant dans cette colonie ; que le peuple Ta requis par i organe de Tadministiation municipale du Cap de prendre de concert avec le cito}en général en cbef en vertu du traité de Bâle et des instructions du gou\ernement national les mesures les plus convenables pour prendre immédiatement possession de la partie cidevant espagnole.

Considérant que le moyen esl réellement le seul qui puisse en>pêcher la continuation' de ces abus, ai cote :

Art. ^^ Le général en chef de Taimée de St Domingueest requis de donner onlre au générai de brigade Agé , chef de l.état- major grnéral de St Domingue dont le patriotisme et la sagesse sont connu% de se transporter à la partie ci devant espagnole, pour en prendre possession au nom du peuple français avec tel nombre de troupes blanches que le général en chef croirait nécessaires.

Art. 2. L'Agence prendra de concert a\ec le citoyen général en chef les mesures convenables pour instruire le gouvernement et le capitaine général de la partie e.«^pagnole de cette prise de possession et mettre sous sa responsabilité les ordres qu'il devra donner pour Ih bonne réception du général Agé et de sa troupe partout où ils se tratis« porteront.

Art. 3. Le général de bYigade Chanlatte actuellement employé comme commissaire du gouvernement à la partie ci -devant espagnole exercera provisoirement, Mes la prise de possession de la ville de Sto- Domingo, les fonctions de délégué de l'Agence dans ladite partie.

Art. A. 11 se concertera avec le gouvernement et le capitaine {^4^

n^ral , ainsi qu'avec le général Agé , pour que ce glorieux évènemeal s'opère à la satislaction de tous les anciens et nouveaux français.

• Art. 5. Il maintiendra d^accnrd avec le général Agé Texercicedu culte tel qu'il subsiste actuellement et invitera les curés et autres ecclésiastiques k concourir de tous leurs moyens au bonheur public»

Art. 0. L«i délégué Chanlatte et le général Agé sont expressément chargés d'avoir pour le gouverneur et le capitaine général, et les autres officiers et fonctionnaires publics espagnols tous les égards dus à leur mérite personnel et à leurs grades respectifs, jusqu'à ce qu'ils sortent de la colonie.

Cet arrêté fut immédiatement inséré au bulletin ofïiciet de Saint- Domingue.

Kous voyons ^ue les considéra ns n'étaient nullement en harmonie avec les causes qui portaient Toussaint à vouloir occuper la partie de l'Est. Le général en chef cachait sous les ap arences des intérêts publics ceux de sa profonde politique. Daprès le texte de l'arrêté il pa*^ raîssait céder au vœu du peuple de l'ancienne partie française.

Agé partit du Cap pour Sanlo-Domingo avec ses guides et quelques ofliciers. Dès qu il y arriva , rol9jet de sa mission fut connu. Le peuple laissa éclater la plus violente fureur. On n'entendit de toutes parts que des vociférations contre Toussaint Lou- 'Yerture qui voulait, disait on , se baigner dans le sang espagnol. La foule se rua conire la demeure du général Agé, et (it entendre des cris de mort, tout en déclarant énergiquement qu'elle voulait demeurer espagnole. Les autorités aulieu de s'etforcer de calmer cette effervescence l'excitaient secrètement. Le gouverneur Don Joachin Garcia accueillit le général Agé avec froideur, et lui fit savoir qu'il ne pourrait, avant d'avoir consulté le gouvernement de Madrid, lui livrer la «olonie espagnole.

Sur ces entn>faites le cabilde de S'^'-Domingo vint annoncer au gouverneur qu'il ne répondait pas de la vie du général Agé sur ' lequel le peuple lançait toutes sortes d'imprécations. Agé avait été en effet déjà insulté dans les rues ; il avait failli même d être lapidé. H fut obligé de partir sur les instances du gouverneur ; et des dragons espagnols l'accompagnèrent jusqu'aux limites de la partie française. Sa mission n'eut d'autre résultat que défaire éclater les dispositions hostiles du peuple de S^"" Domingo. Son retour subit , le récit qu'il fit de l'accueil qu'il avait reçu , plongèrent l'Agent Roume dans les ' plus graves inquiétudes. Il fut effrayé d'avoir autorisé le général en chef à prendie possession de la partie espagnole sans avoir consulté le directoire exécutif. 11 craignit que son arrêté n'excitât les espagnols à marcher contre la partie Française, ce qui eât mis le comble aux malheurs de la colonie, la. moitié de l'Ouest étant déjà ravagée par la guerre civile. Il se bâta de rapporter son arrêté par

BlSTOfRS J>*HAITI.— (1800)

un autre acte en date du 27 Prairial an 8 (tOjuin 1S00), et écrivît au {général Chanlatte d en aviser le peuple et les autorités de la partie de l'Est. H serait dilUciie de peindre la fureur- de Toussaint Louverture quand il apprît la conduito qu'avait lenue l'Agent Roun^e. Il le qualifia de lâche, de traitre, d'intrigant vendu aux ennemis de la France. Cependant il se g irda bien de publier son mécontentement, car Rigaud eut pu en profiter, quoiqu il eut déjà laissé lui échapper maintes occasions d'abattre bon rival. Toussaint ne tardera pas à exercer ses vengeances sur l'Agent Roume qui avait osé faire acte d autorité sans le consulter, et se montrer un moment un véritable agent de la Métropole* Dès lors une niésintelligenct «ecrèle s établit entre eux. Plus tard le gouvernement d« Bonaparte se déterminera à faire occuper la partie de l'Est par un générai Français a\ec des troupes Espagnoles ; m^is alors il sera trop tard^ car Toussaint aura en le temps d en prendre possession.

Celui-ci trouvant une résistance opiniâtre dans l'Agent Roume remît cette conquête à une autr« époque, il consentit même en apparence à renvoi , en France , d un Agent chargé de demander Taulorisation de la pris« de possession de TEst. En même temps le général Chanlatte envoya en Europe l'adjudant général Boyé avec mission d'e\lK)rter le gouvernement Français à ne pas consentir à la prise de possession «

Toussaint ne songea qu'à continuer activement la guerre contre le général Rigaud. Dès le mois d'Avril il avait déploré , par une proclama* tion , Taveuglement des citoyens du Sud qui persistaient à soutenir le traître Rigaud ; il leur avait déclaré qu'il ne nourrissait contre eux aucun esprit de vengeance et qu'il n*en voulait qu'à Rigaud seul, militaire orgueilleux qui allait attirer sur eux toutes sortes dé malheurs. Il les exhorta à se soumHtre sans plus tarder à l'autorité légitime s'ils voulaient éviter 1 anéantissement de leups familles et de leurs biens; il leur dit que si Rigaud lui-même auteur de tant de maux «e présentait de bonne foi devant lui il le recevrait fraternellement»

11 est vrai que la guerre civile ne continuait encore que par l'orgueil de Rigaud ; car' depuis la chute de Jacmel il était évident pour tous les esprits clairvoyans qu'ih devait infaliibjemenl tomber. Le département du JSud qui n'avait pas encore été envahi eût été sauvé de bien grandes calamités s'il avait alors reconnu l'autorité de Toussaint ou s'était embarqué pour France.

Mais le général de couleur attendait avec impatience le retour à S' Domingue du Colonel Vincent qui devait, croyait-il , lui apporter l'approbatjon de sa conlluite par le Directore Exécutif. Se déterminant à continuer la guerre avec une nouvelle fureur il lit fornier avec les gardes nationaux du Petit-Goàve un cinquième régiment dont le commandement fut conlié au colonel Renaud Destuisseaux.

niSToiRJs d'uaiti. — (1800)

Il renforça ainsi Varmée du Sud qui avait déjà perdu plus du liera de ses braves soldats. Des ordres^ furent donnés à tous les corn* niandans de brûler les villes et les bourgs (|u'ils seraient contraints d'abandonner, d'anéanlir les munitions débouche sur leur passage, de déraciner noème les arbres de manière qu'ils eussent leurs racineê m haut 9 et de n'olfrir aux yeux de 1 ennemi que l'image de la mort.

Tou'isaint , de son cùlé , pendant que le général Agé se disposait à se rendre à S^^-Douiingo, avait ordonné à Dessalines de continuer la campagne, de pénétrer d^ as le département du Sid. Le 22 Avril 1800, les troupes de Desfe.alines ^'ébranlèrent. Le gtjiiéral nuir s'enfonça dans les gorges desmonlîtgne.^, gui<lé par le connuond;»»)! C.o'ilî-nl, résolu avant d atteindre le Sud à s\ njpiirtr de Biynet, du Grand Gt)î\\e , et du PleitGoàve, les trois dernitn's points encore au pouvoir do Rigaud dans rOuest. A la lête d'une nomhieuse armée il écrasera succrssivement la pelite armée du Sud disi>efsce sur une grande étcntiue de pays. Il traversa la Grande Coiiine et laissa à sa gauche le po!»te Larivoire qu'occupait l'ennemi. Après avoii- atteint le pied de la montagne du Grand Goàve, i! gravit de nouveau la Grande Colline, tourna Lari\oire et campa dans le grand chemin de fiay<« net. Au soleil couchant, les soldats de la 4^ demi brigade découvrirent sur le sommet d'un morne non loin de la grande x^oute une fortilication inachevée. Ils demandèrent eux-mêmes à aller Tattaquer. Dessalines profitant de leur ardeur les lança sur le poste et les suivit avec la 10* demi -brigade. Avant qu'ils eussent atteint le poste ils tombèrent dans une embuscade qu'ils enlevèrent sans brûler une amorce, quoique le fort eut lancé sur eux deux boulets. Quand ils parvinrent à la fortilication ils - furent ac« cueillis par de vives décharges de mousqueterie et d'artillerie. Le colonel 'Dommage à la tèle du 1*' bataillon de la 4* s'élança à l'assaut •; ses grenadiers le suivirent , pénétrèrent dans la redoute par une embrasure où était montée une pièce de 2 , et s en emparèrent. Les fuyards furent poursuivis au loin et beau* coup de munitions tombèrent au p^>uvoir de Dessalines.

Dans la nuit du 22 au 23 Avril , les Rigaudins évacuèrent le camp Larivoire. Ne pouvant se diriger sur Baynet dont les environs étaient inondés des masses de De^salines , ils se replièrent sur le Grand-Goâve par la Grande Colline.

Pendant cet intervalle le général Laphime enlevait près du Grand- Goâve la position qu'occupait le colonel Faubert ; et Nérette à la tête des 8"* et 11^ demibiigades prenait d'assaut une fortificatioD que défendaient quelques soldats dé l'armée du Sud.

Toutes les redoutes qui couvraient le bourg de Baynet ayant été enlevées. Dessalines marcha sur celle place le 24 Avril. (4 floréal). Il était à la tèle de 12,000 hommes de la grande armée de Tous-

B18T0IRE ©'lIAITI.— (1800)

saint, formant une division composée des r*, 2% 4*, 7*, 8*, 40* et il* demi brigades. La ICT était à J'avuit garde. Il n'y avait à Baynet que 150 hommes du 3*. régiment du Sud. Cette garnison trop faible pour soutenir un siège , évacua le bourg après ravoir brûlé. Elle eulbuta la 40' do 2,000 hommes qui avait tenté de lui couper la retraite. Lt) lendemain au point du jour celte demi brigade prit possession de la place qui n'était qu'un monceau de ruines. Une heure après les généraux Dessalines et Laplume y arrivèrent av^c un escadron. Ils apprirent que les Rigaudins avaient pris la roule des Cdlcs de fer avec une pièce de 2 en fonte. Ils s'élancèrent à leur poursuite avec les 10* et 11* fournissant 4,000 hommes. Ils rencontrèrent à une lieue de Bayiiei te bataillon du 3* régiment du Sud rétranché dans te grand chemin. Los Rigaudins chargèrent à la baïonetle la 10* demi-brigade , la renversèrciiht ^ et la virent prendre la fuite laissant 200 hommes sur le cham^ii de bataille. La iO* avait surtout été maitraitée par les chasseurs de Raynet , jeunes gens adroits tireurs dont presque tous tes coups |)ortaient. Dessalines lança la il'' qui fut à son tour complètement battue.- ,Les Rigaudins reprirent po« sition dans leur retranchement. Dessalines ne se décourageant pas , certain d'écraser finalement avec ses grandes masses cette poignée d'hommes, fit avancer les 4' et 7' demi brigades, et marcha de- nouveau sur deux colonnes à la tôte de 8,000 hommes contre des troupes déjà épuisées par le premier succès qu'elles avaient obtenu. La 4* s'élança sur la pièce do 2 et rciileva après avoir perdu un cc^it de ses grenadiers ; les autres corps entrèrent en même temps dans la re toute et se livrèrent tout de suite au pillage; quoi(|ue la cavalerie eut vigoureusement chargé les fuyards elle ne put les empêcher de se rallier à une lieue du champ de bataille. Dossalines suspendit sa marche, et rentra à Baynet pour laisser ses trou))es se refaire un peu. Du 22 au 24 Avril, ii était tomb> en «on pouvoir 2 pièces de 2 en fonte; 32 obus de six pouces; 3 pièces de 8; une pièce de 6 sans tourillon ; 3 pièces de 4 en fer; 3 caronadcs de 32 pouces en fer ; 12 pierricrs ; 105 boui-ets de 8 ; 50 saes à miiitiille dt 2 ; 13 boulets de € ; 40 boulets rames de 6 ; 24 boulets do 4 ; 400 fusils.

Dessalines, maître de toute la côte méridionale du département de rOuest, se détermina à remonler vers la côte Nord pour forcer le cordon du Grand-Goâve que commandait Faubert, et pénétrer ensuite dans le département du Sud par le pont de Miiiigoàne. Le 28 Avril (8 floréal) il purtit de Baynet , marchant sur deux colonnes et se dirigeant vers la montagne du Grand-Goàve où étaient établis les postes avancés des Rigaudins.

En m^me temps le général ClervauK qui était demeuré campé ^

msToiRE d'itaiti. (1800) gt

Belle vnc , près de Léogane , pendant loui le siège de Jacmeî , 8«mît en marche sur le GranTl-Goûve , avec les (T et 9* demi brigades% Les troupes du Suit devaient être assaillies en même tempspar Eaute l'armée de Toussaint. Les chefs des bandes de la montagne de Jacmel , Lafbriune et Ginil , après avoir traversé le quartier de la Vallée, rharchèrent aussi sur le Grand Goâve ;. plusieurs bàtimens de guerre appareilièix^nt de Léogane pour aller bloquer le port du Petit Goàve. Si bessalines avait osé placer une division en* tre cette dernière ville et le pont de Miragoâne, l'armée du Sud aurait été anéantie en eniier. Il élait impossible que mille ou douze ecnts hommes qui sentaient que la fortune s<» tournait contre eux ^ pussent résistqr^ n'importe leur héroïsme,, à ua tel dé|^loiement d^ forces.

Les Rigaudins étaient au cordon du Grand Geâve sous les oVdreà des Péiion, des Faubcrt, des Geiïrard , des Renaud Desruisseaux €l des Delvd. Le 28 Avril au soir Tarmée de Dessalines s arrêta à GlavH. La première colonne sous les ordres de Nérette était tom* bée drrns une embuscade oii elle avait perdu beaucoup de; monde ;. la seconde que commandait Lnpiume n avait rencontré aucune 'résistance. Dessalines passa à CÎuvil la journée du 20. Le 30, malgré d'abondantes pluies, et au travers de chemins presque imprajicables, il atteignit I habîtalionChéridan. Le lerMai, 11 floréal, îl contrnna sa marche ; quand il arriva près du Grand -Goàve it passa sous le ieu d'une embuscade, et son avant-garde' fut très mal* traitée. Get échec ne I anèla pas et il parvint sur le sommet d'un morne d'où il découvrit, dans la' plaine,, le bourg du Grand Goàve bâti près du rivage de la mer. .

Son avant-garde composée de la Ire demi brigade sous les ordres de Cbristoplie,. fut de nouveau attaquée par Figaro, à la tête d un cent de cultivateurs qui furent repousses avec perte. Mais le colonel Renaud Desruisseaux qui s'avançait à ta tète d'un bataillon du 5* régi* ment du Sud , nouvellement formé, rallia les fuprds et se présenta sur le diamp de bataille. Il atUiqua avec in>pétuosité lavant-garde de Dessalines, Tenfonça et la mît en pleine déroute. Chii<sto{)iie perdit plus de 200 hommes. Dossalines réunissant -toutes ses trou{)es, et donnant la droite à la 2e de ni brigade, h*s poussa contre les Rigaadins. Renaud Desruisseaux , assailli de toutes parts, soutint avec courage le choc de ces masses innombrables pendant plus d'une beure. Mais il toviba atteint d une balle à la tète. Dessalines ne put cependant rompre ce bataillon du X" régiment qui fit une liaiiorable retraite emportant son chef qui ne cessait îia donner des ordres. Le 5e se retira au Grand-Goàve f il avait perdu la plupart ite ses ofliciers. Les Rigaudins resserrés de tous côtés détruisirent toutes les fortifications do bourg , le livrèrent aux flammes et Taban* éoaoérent. Si^r leur passa|[e iU incendièrent plusieurs^ propriétés}

SS HISTOIRE d'haiti.(j800)

quant à celles du Tapîon ils les livrèrent toutes aux flnraiTîes. Ils s'arrôlérent an Petit Goave. Là mourut le brave Renaud Desruisseaux fies suiles de s.i blessme. Il iiit enterré avec pompe au contre de la placé d'armes , au pied de l'arbre do la libt>rté. Il fut \iclime de son dévouement à la pi^rsoi»ne du général Uigaud ; car maintes fois il avait dit que cotte guerre civile avait son origine dans le patrioli «ne ayeuGjU- d<* son général qui n'aurait dû s'armer contre Toussaint L\>uveiture quo d'après des instructions piécises du Directoire e\<'cutif.

R'giud cpii se trouvait au Petit Gi^Anc, lui donna quelques larmes et coiiiia au colonel l)el>a le 5e ré^iin«»ra. Il «lonrta à Petion le comrn'fsi 'ofiu'nl de I arni e el partit pour b-s Cayes.

I)«s:^.iîines a^ajt .î'.bct* ri» 'Moment s^ vitioiro; il avait compté 600 homme> luos ot |'\;s io 4U0 blessés, h entra au Grand-Goâve qui n'éiail u\\\\ <|i u:i lîMias do (tendres. Il et) parût le lenJomain /2 Mai, \'l i^Miil, »i itTÎva sur I liabitalion Value où rennemi avait pasôé la nuii pr- »'î<.:)to. Q^'^'^d il reprit sa marche, son avantgard , C'^Miip^jsée ffo i.{Mu\ balaillcms de la 4e, lut assaillie par le feu d un eump avS^^is sur le «sommet d'un morne qui dominait le grand chemin. Le colon*! Dommage s'élança contre l'ennemi et le di§|>ersa dansjes bois. Dans la même journée Dossalines atteignil rhabilation Dantis fMlé d'où il découvrit le Petit Goàve. Un nombreux corps decavj'erie formait son arrière garde; les succès qu il obtenait depuis la pri^e de Ja<!rnet avaient fait naître dans son armée liD véritable enthousiasme ; chaeUii avait haie do voir se terminer une guerre 4»i sanglanie.

Dans la soirée du * 2 Mai Pétion ayant reconnu Timpossibilité de se maintenir au Pelu Goà^e fit commencer à 8 heures du soir un feu soutenu de mousqueterie qui força Dessalines à se tenir sur la dei'oosive. A. di\ heui'es fl évacua la ville en y laissant le colouoi Faidierl avec 200 hoîumes. Celui ci lit mettre le feu 4 plusieurs maisons particulières, à l administration , qui furent consumées avec toutes les denrées qui s'y trouvaient.

•Après avoir traversé des précipices et des chemins affreux , Pessalines arriva le i \\\\ {V^ ll);é.d) avec toute son année sur le morne qui domine lu i^etit Xioave. Pour empocher Tennemi de se replier sur le depirtement du Sud il se disposait à établir des embuscades entre lAcul du Petit Goâve et le pont de Miragoâne. Mais le co'onel Faubert prévint ses intentions en ordonnant à 100 hommes daller occi:per I Acul En même temps le général Cler- \aux , ayant traverse le morne Tapion , donnait une fausse attaque à la ville pour annoncer a Dessalines sou arrivée ; et le même jour le pori du Petit Goàve était bloqué par un brick et deux goélettes. L armée de Dessalines couronnait tous les morues qui domiaent i'Aeul ei le fi>rt Résolu j die s!atleadait i uû« afii

HISTOIRE D^UAITI. — (1800.) SÊt

taire générale croyantMa \iUe encore occupée par Tarmée du Sud : deux soldats s'élaicnl présentés aux avant-posles du colonel Jasmin de l'armée de Toussaint, et avaient dit à haute voix : — « le générât € Rigaud vous fût dire de ne pas .encore allacfuer Tennemi ; il va: « réunir d'autres troupes et vous les envoyer.» A. la faveur de l'hésitation de Dessalinos ,. Fauhert sortit de la plaee et* s- efforça de joindre Pélion au pont de«Miragoâne.

Dessaliiies^ entra au Pelit-Goâve Te 3 Wai dans la journée Sans perdre un instant il forma trois colonnes de son armée ; celle de gauche était composée des 7e et 8e demi brigades; celle du centrede la 4e et celle de cFroîte de la ile. M s'élança à la tête de 8,000 hommes à Ia**poursaite des Rîgaudins. Il les atteignit audelà dd TAcuK Les troupes du Sud étaient rangées en bataiHeaU" tour des établissemens d'une habitation air nombre de 200 hommes dont 30 cavaliers. Ces brades ne craignirent pas d'attendre de pied ferme Dessalines qui les attarpia avee vigueur à 2 lieures de l'aprésHDidt. [Is résistèrent à plusieurs clu>cs impétueux. La iv. qui s etança contre eux à la baïonette fut arrêtée ; la 8e qui se présenta rom[>it leurs rangs et les mit en déroule. Tous ceux des officiers de l'armée de Toussaint qui étale iit montés formèrent ua escadron , chargèrent les fuyanîs » et les poursuivirent presque jusqu'au pont de Miragoàiie, liuMle des départemens du Sud et de l'Ouest. Dessalinos rentra au Petit Goâve. H était, tombé en son pouvoir trois navires AméiMcains chargés de marchandises que des corsaires du Sud avaient capturés ; une pièce du 30 ; i4 piècesd# 24, une de 18, 11 de 4 , et toutes sortes d^uslensîies.

Le 'général en chef, dès qu il apprit ces succès, en (olicîla Dessalines auquel il ordonna d'envahir le dépariefnent du Sud sans retard. Il l'autorisa à faire des levées en masse pour remettre chaque demi-brigade au graml complet. La culture en souffrira, lui écrivait il, c^est la faute du traître Rigaud. Il lui recommanda de faire la guerre, à ce dernier avec autant d'acharnement qu'il ea avait déployé autrefois contre les Anglais.

Pendant cet intervalle , le gén<*.ral Rigaud , pour continuer la guerre , et sauver le déparlement du Sud de 1 envahissement, ac* câblait dim|>6ts les capitalistes, et tolérait iou^ les excès auxquels se livraient les cultivateurs et le bas peuple des villes. C'est cette politique désorganisa tri ce adoptée depuis le commencement de la guerre civile qui attacha jpendant si longtemps le peuple du département du Sud à la cause de Rigaud. « .On prêchait en public c aux cultivateurs le bon^ordre et la modération ^ et Ton envoyait € secrètement des émissaires pour les pervertir j on exaltait les f charmes de la liberté , et l'on ne négligeait aucun moyen d'en € paralyser l'exercice. Les circonstances exigeaient quelquefois qu oq « parlât d obéissance aux chefs ; mais ou donnait toujours T^xeoi*

c pie de rinsùbordination ; I*on commandait le travail , et Ton per* « mettait que les cultivateurs se iivmssent împuuément à roisiveté, « et à toutes sortes d indécences et d'exc:ès envers les propriétaires; € on protestait de son respect pour les lois , et on les méprisait « toutes pour ne reconnaître que sa volonté ; on voulait avoir une < armée , et Ton tolérait l'indiscipline des soldats ; on favorisait ou- « vertement les dilapidations qui mettaient hors d'état de les payer ; a on repoussait avec mépris les conseils de la sagesse et de la pré- « voyance pour adapter avec ardeur les mesures violentes que pro- « posaient la bassesse et la cupidité des sang sues publiques. »

Rigaud ne recula plus devant aucun moyeiL pour exciter contre Toussaint Louverture la masse du peuple qui commençrtit à se lasser de cette guerre. On répandit avec une nouvelle fureur dans le département du Sud que le général en chef voulait égorger toute la race de couleur et remettre les noirs dans lesclavage. Il fui ordonné de capturer les navires Américains parce que le gouvernement fédéral des Etats Ui\is témoignait des sympathies à Toussaint qui favorisait son commerce à St.-Doniingue ; des impositions forcées furent établies sur 1 industrie et le commerce ; les vivres et les bestiaux des habitations furent livrés à la voracité du soldat , et l'acte d'amnistie de Toussaint fut dérobé à la connaissance des liabitans des villes et des campagnes. Ces excès avaient jeté le dé* couragement parmi les bourgeois et les habitans cultivateurs , noirs, jaunes et blancs, qui découvraient que cette guerre était devenue toute d'amour propre ; quant aux Américains ils ne s'étaient prononcés contre Rigaud que parceqHe, méprisant leur neutralité, il avait ordonné, dos le début de la guerre , de capturer leurs navires marchands. Cette conduite légitimait les épithètes de pirate et de rebelle à la République que lui avait données Toussaint Louverture. Celui-ci plein de perspicacité dirigeait celte guerre en capitaine habile et en profond politiqae. Entouré d'hommes éclairés qu'il comblait de richesses et d honneurs et qu'il écoutait , il ne prenait que des mesures empreintes de la plus grande adresse. Il prêcha sans cesse, pour mieux tromper ses ennemis et parvenir à ses Ans, la modération et l'humanité ; il lit partout respecter les propriétés, mênie datis les pays conquis. Mais après la chute de Rigaud quand il n'aura plus aucun ménag^ment à observer , il livrera son nom à l'exécration de toute la population du Sud et de rOuést , en ordonnant de massacrer des masses d'innocents , dans le seiil but d'affaiblir la caste de couleur. Il eût été si grand , si noble, s'il avait respecté l'amnistie qu^il avait publiée. Ces hor« ribles exécutions , inutiles , car le parti de Rigaud était complètement terrassé , feront horreur même à ses partisans ; elles lui aliéneront la plupart des cœurs , et il ne commandera plus que par la terreur.

BisToiBC d'haiti.— (1800) 41

t^endant cet intervalle Dcssalines était parti du Pctit-GoAve , et' avait atteint le pont de Miragoâne qu*occupaient les débris de la légion de rOuestsous les ordres de Pélion. Ce pont construit dans l'etndroit où Tétang de Miragoâne se resserre le pins vers; la mer, sert de communication entre les départemens de TOuest et du Sud sur la côte Nord de la presqu'île. Pétion i*avait fait couper et s était retranché avec 2 pièces de canon vis-à vis du grand chemin du Petit Goàve. Les. restes de l'armée du Sud étaient établis à Dufour , hcibitation située derri(>re le pont , et des camps retranchés se dressaient de loin en loin aur les bords de Télang. Il rf^gnait à Dufour parmi les colonels une mésintelh'gence complète que la présence de Rigand , revenu des Cay es, ne pouvait faire cesser. Ce général présentait moins de 1,000 hommes aux masses que Dessalinés allait lancer contre lui.

L'armée de Toussaint Louverture attaqua le pont , et fut pendant plusieurs jours repoussée avec des pertes considérables , mitraillée presque à bout portant par l'adjudant général Pélion. Dessalines qui combattait Rigaud à coups d'hommes et dont les pertes serépa*^ raient sans cesse par des renforis , revint à la charge , et recom- * mença un (eu d'artillerie et de mousqueterie épouvantable. Mais les héros de la légion de TOuest lui résistèrent énergiquemenl, Gauthier à leur tète., faisant des prodiges de valeur , se battant avec fureur pendant six heures sans perdre un pouce de terrain. Les gro^ba^ taillons ennemis culbutés abandonnèi^ent le champ de bataille Couvert de plus de mille corps expirés.

Dessalines, désespérant de forcer le passage, résolut 'de le tourner par des* chemins réputés impraticables, et daller l'attaquer par derrière j>endant que Clervaux Tassaillirait de front, il ordonna à jBaudin, homme de couleur, colonel de la 9e demi brigade, d'aller occuper une habitation à cinq lieues du pont de Miragoâne, dans les montagnes , et de s'y maintenir par n'importe quel sacrifice. Bau« din partit, surmonta tous les obstacles que présentait le chemin, atteignit la position et s'y retrancha. Rigaud fut surpris de la hardiesse de l'ennemi ; il n'avait jamais songé à fortifier ce point , no croyant pas qu'on y pût parvenir. Trois cents liommes qu'il détacha aussitôt de son armée , marchèrent contre la 9e pour la débusquer. Mais tous leurs efforts furent inutiles ; ils rentrèrent au quartier* général après avoir éprouvé quelqties pertes. Rigaud commit une , faute grave en ne faisant pas fortiûer les points militaires isolés au milieu des marécages qui avoisinent l'étang; car il combattait un ennemi qui exécutait tout ce qu'il pétait humainement possible d'entreprendre.

Peu de jours après , Dessaline^ profitant d'une nuit obscure laissa devant le pont deux demi-brigades , dont tous les feux furent alluniM pour tromper l'ennemi , et pénétra avec tiiut le reste 4e wm

4!ê HISTOIRS D*HAJTI. — (1800)

* armée dans le département da Sud, en -passant par la pesitîon qu'occupait la 9e.

Ail point du jour du 17 Mai 1800, Potion s'aperçut qu'il a?ait été tourné , et qu'il pourrait être assailli par derrière par toiile l'armée ennemie. Après avoir encloué ses canons il abandonna le pont dont s'empara Clervau\ aussitôt après son départ. Rigaud ^ de son cùlé, pour n'être pas enveloppé de toutes parts par les fortes colonnes qui se déployaient autour de lui, leva son quartier-géné* rai, et se fit jour au travers de Tennemi pour atteindre la petite savanne de Miiagoâne. Il se résolut à y attendre Tennemi., Dessalines fit avancer contre lui toutes ses masses qui rencontrèrent une forte résistance pendant cinq heures. Vers la fin de la journée, succombant sous la grande supériorité iiufnéric|ue; Rigaud fut contraint de battre en retraite, et d entrer à Miragoâne (|u'il abandonna le même jour. Le colonel Faubert qui occupait cette ville , en encloua toutes les pièces d'artillerie, et la livra aux flammes en se retirant. La plupart des cultivateurs de ce quartier , fatigués de cette guerre dévastatrice , ne suivirent pas Tarniée du Sud.

Le 17 Mai, Dessalines en^ra à Miiagoâne pendant que ses chasséurs donnaient l^larme jusqu'à St Michel. Il rencontra dans une des maisons qui n'avaient pas été brûlées une jeune fille de couleur exposée sur un lit de mort. Elle avait été abandonnée par sa famille au moment que l'armée pénétrait dans la ville. Il s'arrêta dans la maison avec un certain recueillement , s indigna contre la mère de cette jeune personne qui n'avait pas osé braver la mort pour donner la sépulture à sa QUe. Il fit enterrer le corps avec pompe.

Le 18, il marcha contre St^Michel qu'il n*enleva qu'après quinze jours de siège. Les débris de Tarmée du Sud se retirèrent au Fond des Nègres. Toussaint crut que Rigaud sans cesse culbuté songerait à lui demander la paix. Il envoya Tordre à Dessalines de suspen> dre sa marche triomphante. En efftit depuis la prise de Jacmet ^ Dessalines couvert de velour cramoisi , d or et de pierreries , la têie chargée d'un brillant panache, monté sur un coursier superbe^ vo}ait les Rigaudins lui abandonner toujours le terrain. Cependant les forces du général en chef commençaient à s'épuiser; il renforçait difficilement ses troupes depuis plusieurs semaines. Son arm^e dont le chiiîre s'était élevé à près de 30,000 hommes avant le siè-

8e de Jacmel, se trouvait réduite, dans son canlortnement de St» lichel, tant par le fer que par les maladies, à 14,000 hommes environ.

Il avait déclaré en état de blocus, par un arrêté du 8 Mai 1800^ tous les ports du déparlement du Sud , de Miragoâne et d'Aquin jusques et y compris les ports de Tiburou et de Jérémie, et avait invité tous lea bâtimcA» fran^is, américains ^ espagnols «t autres k

HISTOIRE d'haïtt. — fI800) 45

capturer les navires qui entreraient dans ces ports ou en sortiraient n'importe. de quelle nation; il avait pro^nis aux corsaires le montant jde leurs prises, après jugemens préalables, et avait ordonné d*^ ne pas inquiéter les navires qui, fuyant la révolte, abandonnaient les ports occupés par les rebelles.

Le général en chef, indijjné de l'opiniâtreté avec laquelle les ha« bilans du déparlement du Sud soutenaient Rigaud, prenait à leur égard les mesures les plus rigoureuses. |En même temps il savait se défaire sur les autres points de lar colonie, non seulement de ceux de» hommes de couleur qui liri étaient hostiles, mais encore d'un grand nombre de ceux qui servaient aveuglémeut ses inlerêts, mais dont il commençait h ne plus avoir besoin. Cesl ainsi (fu'il tenta de faire périr Lara(|ue qui s'était baigné, à TÂrcahaie, dans le sang de ses frères. Il porta les nommés Destrade et Jacques Douze à soulever Ta* tt^lier de l'habitation Malary, Sucrerie dans la plaine des Vases, afin d'y attirer Laraque. Celui-ci s'y rendit en effet.; mais assailli par des cultivateurs armés de couteaux et de bâtons, il n'eut que k temps de prendre la fuite et d'éviter la mort par la course rapide de son cheval. Quand il fut de retour au bourg de TArcahaie, il avisa Tous* saint de la tentative d'assassinat entreprise contre sa personne. Celuici larut en être indigné, lit arrêter Jacques Douze et Destrade, et les envoya à l'armée expéditionnaire du Sud pour les punir de n'avoir pa^ mieux exécuté ses ordres. Beaucoup d'hommes de couleur qui, pour donner au général en chef des preu\es de leur dévouement, égorgeaient sans pitié leurs semblables, furent alors moins heureux que Laraque et périrent assassinés. L'homme de bien, Thomme même sensible voyait, avec indifférence, être atlciats par le'poiguard dû tels scélérats devant iesrjuels Ion tremblait et Ion n osait ouvrir la bouche. En 1802 Laraijue n échappera pas à la vengeance de Toussaint; il sera égorgé au milieu de toutes sortes de tortures dans les bois de cam- 0èche de rhabitation Dégand, aux Matheux, par le général Chs. Bélair^

Le général en chef au sein de ses succès faisait autant d'efforts pour continuer la guerre- que si la fortune lui avait été contraire. 11 retirait des départemens de T Ouest et du Nord toutes sortes de res* sources par une administration vigoureuse et despotique. Afin que les autorités militaires et civiles pussent 4tre payées, pour que la colonie se libérât en \ers ses créanciers, pour arrêter les dilapidations des fondés de pouvoir des propriétaires absens , il avait déclaré par un arrêté du 14 Mai 1800, que tous les revenus des habitations et des maisons urbaines seraient versés dans les magasins et caisses de la République, déduction faite préalablement de la part des cultivaleurs et des frais de faisance- valoir, que tous les fondés de pouvoir recevraient cinq pour cent du revenu brut des habitations, et que le quart de subvention perçu sur le revenu brut de chaque proprié-

lakt ot^tmuerait d'avoir lieu. Pour subvenir «us besoins mîlitiîrii

44 HiSTeiRE d'haiti.— (1800)

qui augmentaient chaque jour, il établit le 15 Mai 1800 (25 floréal) des bureaux de postes dans chaque commune, et le montant defe passe-ports délivrés fut versé dans le trésor public, à la diligence des. généraux commandant les arrondissemens. Il se réserva à lui seut le droit de délivrer des passe ports pour l'étranger.

Dans les campagnes où n'existait pas la révolte régnait un ordre admirable, mais qui rappelait un peu l'ancien régime. Le cultivateur ne pouvait s'absenter de son habitation pour aller dans la ville la plus prochaine sans être muni d'un permis délivré' grntis^ par son gérant, son propriétaire ou fenoier ; le permis était sujet au visa du commandant militaire de la ville d où il sortait pour retourner sur son habitation. Tous les trimestres le quart prélevé sur le reveuu brut en faveur des cultivateurs de chaque habitalioa était reparti en présence du Juge de Paix , et du commandaol militaire de chaque commune qui dressaient un procès -ver bai; ils y stipulaient en quelle denrée aonsisiait.ee quart, ce qui en aurait été vendu , et le chiffre de la somme repartie. Ils dressaient copie de ce procès-verbal et l'envoyaient au chef de Tadministration de la commune ; celui-ci la fa*sait parvenir à l'ordonnateur du département. Il devait èlre prouvé par cède pièce que le revenu entier de chaque habitation avait fourni quatre fois la valeur de* ce Tfuart.

Le citoyen Idlinger , blanc Européen , homme dun vrai talent ^ adjudant général de Tarmée de St.-Domingue, avait la haute c[irectioa de cette administration quoique ordonnateur seulement de la ma* rine et des guerres du département du Nord.

Cependant Toussaint dont les vues eml)rassaient tout éprouvail de graves inquiétudes ; il lui semblait que la guerre civil'e dut durer longtemps encore ; son armée arrêtée à chacpie pas par une résistance opiniâtre n'avait obtenu que dos sncccs fort lents. Rigaud pouvait se maintenir aux Cayes aussi longtemps que la légioa de ! Ouest avait tenu à Jacmel. De nouvelles insurrections pouvaient éclater dans le Nord et faire naître une diversion dont cette fois Rigaud eût peut-être profité. Il était très préoccupé de Tac* cueil qui serait fait au Colonel Vincent par le Directoire exécutif; car jusqu'alors on ignorait à St.-Domingue. la révolution du 18 brumaire. Le commandement en chef de l'armée pouvait lui être enlevé pour être confié à Rigaud. Alors la guerre eût pris un autre caractère ; il eût perdu son influence morale , le prestige de l'autorité de la Métropole, et en refusant de se soumellre à Rigaud il eût été â son tour considéré comme rebelle. Son rival encore puissant eût pu l'écraser par une forte réaction.

Ce fut dans ces entrefaites que le colonel Vincent débarqua & S^.-Domingo, dans les premiers jonrs de Juin 1800. Il était à la tête d'une députation composée du divisionnaire Michel et du Com« juissaire Raymond. Dés que Toussaint apprit leur arrivée il «xpé***

«sToiRs d'haiti.--(I800) të

dia au devant d^euX dos agens secrets chargés de surveiller leur conduite et de se saisir de leurs ' papiers dans les grands chemins. Il était déterminé à les rembarquer aussitôt après leur arrivée au Cîîp , si les dé|^>èches. n'éiuient pas favoiables à ses intérêts. Le Colonel Vincent n'était débarqué à Sto. Domingo que pour s assurer de l'étal de la colonie Française avant d'y pénétrer. Cette conduite qui dénotait une grande défiance avait blessé les susceptibilités de Toussaint et avait accru ses soupçons Cependant les trois membres de la dépuUition avaient déjà servi sa cause avec chaleur dans la colonie. Deux officiers blancs furent arrêtés sur la grande route de Sto. -Domingo ; les dépêches dont ils étaient porteurs furent envo* ^ées à Toussaint qui après les avoir lues s'assura que la députatioQ n'avait point d'arrière-mission. Le général Miehel qui était venu dans la colonie lors de la dernière mission de Sonthonax , qui s'était fuit estimer des homnjes de toutesles couletirs, fut aussi arrêté sur la grande route du Cap; quant au colonel Vincent, onsesaisitde sa personne sur la routedu Port Républicain. Après avoir acquis la certi-. tude que leurs instructions ne lui étaient pas hostiles , Toussaint ordonna de les laisser pénétrer dans la partie Française. Il n'ajoutait pas foi à la bienveillance de la France à son égard depuis qu il avait cru qu'une expédition était partie pour St.Domingue: ces deux (ils, Isaac et Placide, avaient été embarqués' avec le généraf Sahuguet sur une escadre commandée par l'amiral Ganthaume, destinée à apporter des renforts à l'armée d'Egypte. Majs le gouvernement Français avait fait répandre le bruit que l'escadre se rendait à Sl.-Domingue , aiin d'attirer ratlention des Anglais hors de la Méditerranée; et rembarquement des iils de Toussaint donnait du crédit à ce bruit. Toussiimt s'attendait donc à chaque instant i l'arrivée d'une force européenne qui eût pu être emplo}ée au rétablissement, d'une manière absolue, de 1 autorité mélropolitaine. Il se transporta au Cap où il reçut la députalion. Vincent lui annonça ^fliciellement la révolution, du 18 brumaire, rctaulissement du gouvernement consulaire , son maintien duns le grade de général en chef des armées de St Domingue. Les deux principales pièces apportées par le colonel Vincent étaient les suivantes:*

Liberté , Égalité^

Paris le 4 Nivôse (25 Décembre 1799), l'an 8* de 1^ République, une*et indivisible.

Les Consuls de la République arrêtent ce qui suit : Art. 1er. Les citoyens Vincent ingénieur, Raimond, homme de 'couleur, ex -agent , et le général Michel pai liront sans délai,, tt se tendront à Si Domingue*^

4§ " BiSTOiRfi d'hâiti. — (1800)

Art. 2. Ils seront porteurs de la proclamation ci -jointe.

Art. 3. Le citoyen Michel sera mis à la disposition de l'Agent du gouvernement , Koume, pour être employé dans son grade, dans les troupes de St Domingue, sous les ordres du général Toussaint Louverture.

Art. 4. Le citoyen Raimond sera employé pour le rétablissement de Id culture, sous les ordres de l'Agent du gouvernement Roume.

Art. 5. Les Agens partiront de Paris au plus tard le 5 Messidor, et de Brest douze heures après le.ur arrivée dans cette. ville.

Art. 0. Les mois suivants : Bravej Noirs , souvemz vous que le peuple Français seul reconnaît votre liberté et Végalilé de vos droits^ seront écriis en lettres d or srr tous les dra|>eaui des bataillons, de* la garde nationale de la colonie de St Domingue.

Le Ministre de la Marine et des Colonies est chargé de rexécu« lioo du prosent ailélé.

Le premier Consul, (Signé) BONAPARTE.

Par le premier Consul ,

Le Secrétaire d'Etal , (Signé) Hugues Maret.

^ur copie conforme : Le Ministre de la Marine et des Colonies y

(Signé) Forfait.

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