‹ Histoire d'Haiti (volume 4)Chapitre 13 sur 14 · LIVRE TRENTE-TROISIÊME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-TROISIÊME

Sommaire, "Rochambeau fait dévorer les inclig-êne» pnr 3e8 chiVns -— Cirque cPtr Cap. — Faites — Noyades — L»^8 prisonniers indigènes brûlés vifs — Loi des suspects— Beau triit de Ménnrd , officier de marine.— Trafic d'esclaves ave Porto-Kico €t Cuba. — \oble conduitn du gouverneur de Porto Rico. — Affaire de Labatut. — Spoliations de Rochambeau — Règlent nt du .8 Nivôse. — Marine indigène de l'Ouest — D^encncourt, bargisie intrépide. — Commerce. — Cinq divisions militaires. — Organisation de Tartilterie. — Capoix a son quartier-g^énéral à Laveaux- La pointe. — Combat de Des rou lins. — Capoix enlève toutes les poudres du Petit-Fort d>i Port-de-Paix.—- Geffrard pénètre dans le Sud. — Il prend Miragoâne et l'Anse à- Veau. — Darbois le bat à Laval , et reprend l'Anse à- Veau et Miraj^oâne ^-Vaste conspiration dans le Sud contre les français — Goman , Giles Bénech et Ni olas Régfiier prnn'^nt Tiburon — Lîifredinière et î^afl ur soulèvent Us cultivateurs du Camp-FVirin — Berger va occuper le Camp Perrin — Les gens du l\)rt- Salut se soulèvent. — Férou se déclara ouvertement tontre les fran^is. — Sa conduite envers ses prisonniers — Elie Bourry embrasse la cause des ind pendan.s. — B?rg'.r abandonne le Camp- Perrin at rentre aux Cayes — Vancol va occuper le Camp Perrin. — Bizile et Armand Bérauit soûlèrent la plaint d«s Cayes — Berger sort dt s l^ayes et bat Férou au carrefour Hérault. —Laplume prend le Camp- Perrin. —«Les français sont battus à Marau« d'huc et au viorne Fendu. — Ils rentrent aux Cayts. — Elie Bourry est noyé par les français — Comment se nourri.^sjjit l'armée indigène. — Darbois reprend Tiburon. ' — Bargistes du Sud, Bégan et Aoua. — Attaque de Lamour Délance contre Jacm^l — Origine du drapeau haïtien , bicolore. — Ho* main attaque le ^ ap et est repoussé.- — Combat de Vaudreuil. — Expédition de Rame! contre les insurgés, de la Tortue. — Rouiaia attaque de nouv-au le Cap^ —Il est repoussé par Rochambeau.— Exécution de Médard, — L'arrêté du l.or Consul par lequel Rochambeau est confiruié dans sa dignité de capitainegéné» ral , arrive au Cap, le 24 Février 18,03.— Rochambeau se détermine à traits* porter ton quartier-général au Port-Républkaixi.

Le gcni^ral Bochambeau continuait à se baigner dans le sang des noirs et des hommes de couleur. Compulsant le martyrologe des premiers chrétiens et celui des aborigènes du nouveau monde, il conçut une idée digne d«s époques de la plus aiïreuse barbarie. H se résolut à livrer à la voracité des chiens les indigènes ses prisonniers : supplice horriblç que Thistoire nous met sous les yeux, dans Tantiquité, sous les empereurs romains, et dans les temps modernes, à Tépoque des eonquérans castillans des indes occidentales ^ alors que les Ovando , les Bobaditia exterminaient les populations Kaîtienne's. Le général Noailles, d'une des familles les plus illustres de France, partit du Môle St. Nicolas, se rendit à Cuba où il acheta plusieurs centaines de dogues espagnoh. Il les débarqua au Cap , avec solennité. Ces animaux , qui, par leur taille et leur grosseur, ressemblaient à des loups, étaient couverts de bandelettes de soie; ils avaient la tôte chargée de plumes aux couleurs les plus éclatantes.

Les bourreaux , pour terrifier les indigènes , les promenaient à travers la ville, sur les places publiques , au milieu des acclamations des colons et des courtisanes de Kocliambeau. Le général de brigade Pierre Doyer^, que les Jsoldats français avaient surnommé le entel , et Tadjudant commandant Maillard , * laissaient éclater la joie la plus vive. Roehambeau fit dresser un cirque à l'entrée de Tâucien palais du gouvernement. Un poteau fut élevé au centre de Tarène. La devait être attaché le' patient. À un jour fixé, une foule de dames, de colons, et de nombreux ofBeiers de * l'état -major du capitaine-général vinrent, au milieu des accens d'une musique guerrière, occuper les gradins de l'amphithéâtre. Dane les rangs des spectateurs , l'on ne .découvrait pas les généravx Clausel, Claparède et Thouvenot. Ces hommes doat le cœur était demeuré pur au milieu de cette atmosphère chargée de sang et de corruption , avaient vu débarquer ees dogues avec un frémissement d'horreur. Ils étaient consternés de la joie des colons, et se tenaient renfermés chez eux. Un jeune noir du Gap était lié au po* teau. C'était un domestique de Boyer , serviteur iidèle et irréproehable , que ce général livrait à cet affreux suppRee pour éprouver la voracité des dogues « qui , avec dessein , [étaient affacnés depuis plusieurs jours. Les beurreaux lancent les chiens dans le cirque , aux applaudissemens des spectateurs. Ces animaux Sairent l'infortuné; mais ils reeulent; les bourreaux les excitent en vain. Alors le général Boyer, ^ui était assis près de Rochdmbeau , se précipite dans l'arène, et perce d'un coup de sabre le ventre de l'infortuné. A 11) vue du sang^ qui jaillit, il est saisi d'un délire de férocité,

*" On disait aUrs au Cap que ee Maillard , qui était parisien , avait étd Un des septembriseurs de 1793.

et Iralnc lui môme un des dogues contre la vîclîme. Aussitôt lotist les chiens s'élancent sur le patient dont les* cris déchirants redoublent 1rs applaudîssemens; ils dévorent ses entniiUes , cl n'abandonnent U»nr proie qu'après s'ôlrc assouvis do chair pilpitanto. Il ne resta plus contre le poteau que des ossemens ensanglantés. Quoique Rochambeau et ses satellites fussent joyeux de ce spectacle, la foule s'écoula dans la consterjialion. * Chaque jour, dans Taprèsmidi , de nombreux prisonniers étaient je'tés à ces bêles féroces ; et leurs cris chassaient, pendant ces affreux momens, du quartier du gouvernement , la plupart des blancs européens , les noir^ et les hommes de couleur qui l'habitaient. Beaucoup de citoyens ehangèrent de demeures pour ne plus entendre ces acceiis de la morU Plusieurs des bourreaux devinrent célèbres par leur férocité, ei Tindigène prononça pendant longtemps, avec effroi, le nom de Tombaret. Une vingtaine de ces dogues furent transportés à la Tortue* Le eommand^nt de cette ile fit demander à Rochambeau s'il les nourrirait de viande ou de pain. «Donnez -leur, répondit le capitaine général , de la chair de nègre et de mulâtre; n'en existe l il pa*s à la Tortue? Prenez les premiers venus; vous ne risquez pas de \ous tromper. » Ceux des colons qui eurent assez de discernement ponr prévoir les résultats de tant de crimes, allèrent s'étabhrdans les îles voisines , à Cuba , à Porto Rico. D'autres appréheodanl l'évacualion prochaine des fiançais, transportèrent ceux des esclaves qui leur restaient dans les villes, dans les lies près de la grande terre, à la Tortue, à l'île à Vaches, à la Gohave , pour les avoir 80US la main au moment du départ des iroupes européennes. Ma- • dama Paul !^ou\erture, son fils le colonel Jean Pierre Louverture furent eahnés de nuit de leur demeure, cl noyés dans jla rade du Cap. Seize ofiicicrs de gendarmerie coloniale qui avaient été arcëlés sur de simples soupçons, furent conduits sur un tlot près^ de la Grungc , dans la baie de Monté-Christ. Ils furent, crucifiés à des arhies dû rivnge, où ils expirèrent abandonnés sur celte côte déserte, dévorés pdi- (les insectes. D'autres prisonniers étaient conduits à ci(i(] , six licMjes des rivages, et étaient précipités dans ia mer, après av<iir^ié poignardés. Des dogues, qui nageaient auteur des chaloupes, déchiraient ceux cpn revenaient «^ la surface de Teau. L'on s'étonnerait de la servitude d'une population d'un million d'âmes , pendant près de trois siècles , si l'on ne connaissait la puissance du despotisme aidé des lumières de la civilisation, et

d'une force organisée. Après avoir fait pendant douze ans de sr

* Il ne faut pns confondre ce Boyer avec l'autre Boyé , îidjudant-çénérai ,qni revint en llaïti sous le président Jean-Pierre Boyer. (?'elui qui revint en Haïti était, au contraire, un homme de bien, sensible | qii^ fiocbambèdu tenait presque en disgrâce.

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grands efforts pour s'élever ù la' dignilé de Thommo, les indigènes ponvaienl ils suji>porler de telles alrocilés? Non ! Le n'gne des colons élait parvenu à 5a derniôre période. Il n'était plus en la )>uissance hutjiaîne d'arrêter l'impulsion donnée à la liberté généralu par la Convention nationale de France.

Pendant ces jours de deuil , Rochamboau se livrait à tqulf^s sortes . da v(?>luplés. Cliuque après midi il sortait du palais national , seul » >élu avec eoqnetteiie, une badine à la main, et se rendait chez ses maîtresses, ta plupart de jeunes et belles créoles blanches qu'il comblait de ses faveurs. Animées de la plus violente jalousie coiUre les femuies noires et de couleur qu'en général les européens, recherchaient de préCérence, elles 1 entretenaient dans son système d'extermination et Tincitaient sans cesse à de nouvelles cruautés. La plupart îles femmes .indigènes qui étaient livrées au dernier suppliée étaient sacridées sur leurs instances. On a prétendu, et le colonel Maleufunt l'a avancé. Vinns son escpjisse historique sur Saint- Dv>mingue, que Joséphine Reauharauis, créole de la Martinique, avait ^rtout exeité Bonaparte contre la race africaine qu'elle considérait t^op avilie pour jouir des droits politiques. La lièvre jaune avait considérablement perdu de son intensité; les représentations théàlra- Ici avaient recommeneé ; les bals et les concerts étaient splendides. Souvent pendant ces fêtes qu'animait la présence de Rochambeau les cris des prisonniers que dévoraiont les dogues reienli'^saient dans les appartemens du patnis du gouvernement. Pour la pl(q>;irl "(h s indigènes qui se trouvaient eucore dans les viiies, il n'existait plus ni justice, ni garantie aucune; Tanathcme prononcé contre leur race pesait sur eu:;^. La loi dos suspects était en pleine vigueur : se rendie sur ses propriétés à la campagne, celait pactiser avec les brigands; rester chc^ soi , c'était n fnsftr de les combattre ; se montrer gai , c'était Être satii»faii des caiaunlés publiques; être triste , c'était êlre afiligé des défailes des indigènes ; écrire , c'était correspondre avec lennemi ; ae pas se découvrir devant un blanc, c'était manque!: de respect à son supérieur. Les hoBunes de couleur et les noirs n'étaient pas traités, le plus souvent , autrement que de niétr/ants et de manants. L'indigène audacieux et bravai qui cemballail \).n\i la France élait un individu dangereux ; celui qui faisait des vœux pour le triomphe des armes françaises élait un rusé; le geste, le soupir, le sourire, le silence,' la pansée, tout était interprété et pouvait conduire à ta mort. (Vesl par un tel système que le général Uoehambeau fit perdre a la' Fiance la Reine des Antilles.

Les femmes afiieaines qui pratiquaient le fétichisme dans les campagnes étaient jetées vivantes dans les flammes. Le général' Clausel, saisi de pitié a la vue d'une de ces malheureuses qui marchait à la mort Jit des instances auprès de Rochambeau pour obtenir sa grâce.

Le général eu chef , monirai^t deui petites idoles qu'on avait troa«

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vées gur elle 'répondu : voyez! pûisj« pardonner à cette brigande? La pauvre femmt conduite hors dt la ville fut brûlée vive.^ Les prisonniers qu'on envoyait à bord dss bâtim«M de guerre, étaient le plus souvent pendus aux vergues; leurs cadavres étaient ensuite jetis h la mer. L'un d'eux, nommé Chevalier, eonduit sur le pont du vaisseau le. Dusquisne fut ébranlé à la vue de la mort. Sa femme qui était à ses cdtés lui demanda s'il n'clait pas glorieux de mourir pour la Liberté ? Pour relever son moral , elle se passa elle-même la eqrde au cou , et se livra la première au bourreau. Une mère fut ensuite amenée sur le pont avec ses deux filles d'une rare b^uté. C'était une femme noire d'une quarantaine d'années. Elle dit à ses •nfans qui chancelaient : Soyez heureuses de la mort ; vos flancs ne porteront pas d'esclaves.

Tant d'héroïsme déconcertait les blancs qui refusaient d'accorder il la puissance de la liberté ce mépris de la mort. Ils prétendaient avec eflVonteric que les indigènes ayant la peau excessivement dure, étaient moins sensibles h la douleur que le» autres hommes. Quelque* fois les pusonniers étaient renfermés dans des sacs de toile qu'oA cousait , et étaient ainsi précipités dans les flots. Les lames et les Cé^urans ramenaient de nombreux cadavres sur les rivages de la Petite Anse et du Carénage près du Cap. Ces corps tombant en putréfaction inicctaient Tair. Rochumbeau était contraint d'envoyer le long de la plage des forçais qui enterraient les cadavres dans le sable. Lesbabilans des villes ne mangeaient plus de la chair de poisson. Oa vit néanmoins des capitaines de navires, au lieu de noyer leurs prisonniers, les nouriir è leurs frais et aller les débarquer sur les plages désertes de la partie espagnole. Un offu^ier de marine nommé Ménard en sauva ainsi une grande quantité. D'autres ofriciers, mus par un sordide intérêt , sfi rendaient à Porto-Rico, a Culia,cC y vendaient leurs prisonniers au lieu de les noyer. Le gouverneur de Porto Rico mit fin à ce IraHc honteux par une ordonnance. Il fil celle noble réponse à un capitaine de frégate qui s'était présenté sur les côtes de son Ile pour vendre des indigènes de Si Deniinguc : s'ils sont esclaves je n'en veux pas acheter; s'ils sont jdes hommes libres, vous n'avez pas le droit de les vendre. Quand les troupes européennes sortaient des villes contre les iudépendans, elles étaient précédées de dogues qui découvraient au fond des ravins les retraites les plus secrètes des femmes et desenfans indigènes. Ceux de ces œaU heureux qui étaient pris étaient livrés ji cesanimaux qui les dévoraient.

L'on vil alors entrer au C»p trois hommes Aoirs , fortemc&t gar«

* Clause! , Theuvenot et Claparèdc , indignés de tant d'horreurs ne tarderont pas à .censpirer eontre Kochambcau. Ils tenteront de Tarrêter pour le renroyer en France , et se saisir de l'autorité. Mais Rochambmu découvrira leur projet y et les fera déporteXf

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roUi^s, que le colonei Labinaig, officier noir, comman^lant de 'la Pelitc^Ànse , avait fait arrêter. Ils élaient a^xiisés d'avoir ineendié plusieurs babiiatîons. fioeliamheau Gt aussitôt dresser trois p#ieaux tu pied de la footaint de la place républicaine ou la Fossette, auxquels on lia les trois prisonniers. Il les fit entourer de bois rési* oeux auxquels les bourreaux mirent le feu. Dès que la flamme s éleva daas l'air , les victimes disparurent aux yeux de la foule. On n'entendit que des hurlemens affreux qui s'éteignirent bientûl* Quand les flammes cessèrent de tourbillonner, les trois corps avaient clé réduits en cendres.

Quant if Bochamhtau , il envoyait à Porto Rico toutes les ricliessec qu'il amassait par l'assassinat et le pillage. Pour augmenier ses trésors, il n'épargnait pas les blancs eux-mêmes. Il savait que Lafaatut , vieillard aeptuagéuaire , plein' de vertus, ancien commaadaDt de la Tortue , était puissammeot riche en propriétés. Il le manda au Cap, Taccusa d'ô^re en intelligence avec les brigaads^ le fit arrêter et emprisonner. Peu de jours après , il lui , proposa de le mettre en liberté, s'il vouluit lui faire don, sous .forme de vente, de 200 carreaux de terre Le vieillard n'bôsiia pa», pour sauver sa tôte , à faire le sacrifice d'une part de sa fortune. IJa acte de vente de 200 carreaux fut passé en faveur de Donatien Koch.rrnbeau, par devant les notaires du Gap , Cormànd et Nore»u. J<ab!riut après l'avoir s^igué se crut hors de tout danger. Mais peu de jours après, le ciio}en Sabrely Fonlalue, secrétaire particulier du capitaine-général , le vit secrèleuicnt et lui dit que pour cent autres carreaux de terre , il serait certain de neplusjiimais être an clé. Labatut vit clairement qu'#n voulait le dépouiller. II passa aussitôt une nouvelle vente en faveur de Bochambeau; mais craiguant que le capitaine général nt iinil |>ar lui prendre la vie, il se détei^mina à s'embarquer clandestirK^nent. Ce qu'il ne tardera pas à fiiire. ^A. la même épeque Rochambeau faisait arrêter et no}er daiiS la rade du Cap l'abbé de le Haye , blanc européen, ancien curé du Dondon, qui, en 4792 et 1793, avait été le confesseur de Je.an Frauçi>iset de Iliassou. En 1795, après le traité de Bàle , de la Ha>o était rentré au Cap, sous le gouverneur Laveaux. Quoiqu'on 1 eu! alors aecusé d'avoir exhorté , au tribunal de la pénitence, de nombreuses femmes blanohes i se livrer à Jean François, cepc^ndant l'autorité n'avait dirigé contre lui aucune paursuite. Mais RocliMfibeau qui voulait le dépouiller, se rap4>ela sa conduite padsée, le repré^ senta aujiL européens comme un infâme corrupteur, et le lit livrer au dernier supplice. Le cadavre de l'abbé de U Haye, ramené à terre par les lames, demeura plus dune journée ifcxposé sur la plage du Picolet.

Le préfet colonial , Hector Daure , avait publié le 10 Janvier un réf le? «leak sur l$» douane»- relativemcùl à la percd^piiat des i^mU « »«

cabolagc, à J'împortalion et à l'exportation des marchandises p.ar le «ommerce français et par le coramcrce étranger. Il fut défeucln, sous peine de dtsliluliou, à tous les emploj^és de ladministralion de recevoir, à n'importe quel titre, quel que fut leur grade, aucun cadeau ou rélribulions- autres que celles déterminées par les règlemejDs , des capitaines, négocians , et aulres personnes iniércssées directement ou indirectement aux chargemens do domces et mar-» chandises. Malgré cette ordontianec , les dilapidations continuérejit d'une manière elfrayante dans toutes les administrations. La pUi^ part des employés européens s'efforçaient de ftiire de rapides fortunes pour s'éloigner ensuite d'un pnjs Tin ré à iant d horreurs. * Le cilojen Lenoir, nommé inspecteur général des douanes et des do* niaines, fut chargé do patixjurir la colonie pour réorganiser les douanes, cociformément aux arrêtés de Piochambfau. Le commerce avail perdu toule sa splendeur; linierieur de l'ilc était en insurrection ; les cafes cl autres denrées ne pouvaient plus entrer dans* les \illes qu'oceupaient les français.

Les indépendans commençaient à commercer entre eux et avec l'étranger. * Dessalines aux Gonaïves , Pétion a TArcahaic, armaient d^s barges pontées , portant chacune une trentaine d hommes , et marchant à rames oii à voiles. Déjà nos marins se faisaient remarquer par une rare intrépidité. Ils rninnietit le comnierce français sur notte littoral, et enlevaient quelquefois de gros navires Tiiarchands arm<}s en guerre. I on distinguait parnû eux les Bégon , homme de couleur, les Aoua, noir , les Boisbianc , les'Massdn, l«s Derenoncourt*, hommes de couleur. Derenoneourt , sortant de rArcaliai<i , attaqua , dans les eaux de la Polile liiviè»*e de Léogane, im navire de Bordeaux. Sa barge était montée de cpiarante cinq hommes , presque nus, armés de fusils, de sabres, de poignards et de haches, il prit le bâtiment à Tabordage , après un vil"* combat, eu égorgea léquipagft, en pilla la cargaison, et le coula à fond. Quand les batimens de guerre de la station du Port Uépubliciun , attirés par le bruit du canon, arrivèrent vers la Petite Hivière, les indigènes avaient déjà presque eu le temps . d atteindre PArcahaie avec leur butin..

Des américains et des anglais sortant de Cbarleston et de la Jamaïque , venaient louvoyer dans le gollé de la Gonave. Les barges indigènes les abordaient de nuit, chargées de café, de coton, dé cacao, et échangeaient ces denrées ('ontre des armes et des munitions. Du 14 au 24 Janvier , 91 bâtiment , dont

45 européens seulement , étaient entrés dans le port du Cap ,

* Malenfant, colonel français, dit qu« Rochambeau a commis d«s crimes SI effrayans , à St Domingue , que les Carrier, les Lebon , etc ^^seraient «A vénération ai.près de lui.

rtistoîRfc d'haiti.— (taoii) 41t

IîbS àtilriDS sorlaîent^ des rades de la colonie , ou de Poclb-Ricô ^ de la Jamaïque et de Philadelphie. On voit combien» le commercé s'était aiïaibli; et les articles qui formaient le chargement de ccs^ navires ne consistaient qu'en biscuits, farine , riz , maïs et petit salé; Le drap ^ la toile , les marchandises sèches , en général , manquaient presque sur toutes les placés de la colonie. Les navires européens ng trouvant pas de cbargemenl n'abordaient plus aux côtes de St Dominguei

Des renforts arrivaient à Tarméo à de longs intervalles. Le citoyen But^gevin débarqua au Gap avec un dépôt de divers régimens^ la 28" légère fut réorganisée avec ces nouvelles troupes. Le tapi-» taine général donnait toujours de grands soins au servioe des hôpf^ taux. Il ordonna au citoyen B*»uvieç , pharmacien en chef de Tar-^ mce^ de parcourir la colonie, pour inspecter les hôpitaux et examiner les ofticiers de santé qui y étaient employés*

H partagea la colooie en einq divisions militaires^ Les divisions du Sud, et de TArtiboniteou delOuest étaient commandées par l& général de division Brunet qui avait sous ses ordres , pour TArti^ bonite ou 1 Ouest, les généraux de brigade Fressinet ^ Pageol e( Lavalette; pour le Sud ^ les généraux de brigade Laplumeet Uarboisa La dÏNision de droite du Nord était commandée par le général dô division Glausel qui avait sous ses ordres les généraux -de brigade Barquier, Gbparcde et d'IIenin ; celte di\ision s'étendait du Fort Liberté au Mole St. Nicolas. La division de gauche du Nord,s'é- ;lendant du Fort Liberté à St. Yagu9, était commandée par le général de brigade Quentin qui avait sous ses ordres les généraux de brigade Ferrand et Lacroix. La division de l'Est comprenant toute la côle Est et Sud jusqu'à Ne^be était commandée par le général de brigade Kerverseau , dont le quartier général était à Sto. Domingo.

Le général Thouvenot fut nommé commandant deTarlillerie de Tartnco. Son autorité sV'tendit , sous le rapport de Tariillerie^ sur les divisions du Gap|, du Port Hépublicain et de Sto. Domingo. La division du Gap comprit le département du Nord, les vallées deCoâve et de Banica , le canton de Laxavon et celui de St. Yaguc^ et eut pour limites sur la côle , la rivière de Macoris d'une part , et la pointe de Mangles, près du Port à. Piment , d'autre part. Gelle du Port- Piépublicain s*étendit du Pprt Républicain inclus jusqu'au cap de la Béate, en comprenant les départemens de l'Artibonite ou Ouest et du Sud. Gelle de Sto. Domingo^ se terminant par le 'cap de la Béate, au sud, et par la rivière de Macoris au Mord, comprit Tétang salé, la vallée de St. Jean, celle de la Véga-Réal, le Gibao , la presqu'île de Samana et l'Ile de la Saônc^

Rochambeau réorganisa avec soin le corps d'artillerie , car il avait remarqué que c'était par le canon qu'il obtenait le plus souvent ses succès sur les indépendans. Il garnit de nombreuses pièces d'ariil« Urie les points €[u*il occupait* h^ garde Odûoaale du Cap fut aussi

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réorgaDÎsée. L'adjudant-général Pascal qui commandait la vtHe , ordofina à tom les citoyens d*er.lper dans ce corps* dont le service étarC devenu des plus aclifs. Les employés des bureaux de FadmiDistra* tion formèrent des compagnies dites admimsiratives j les étrangers que des spéculations retenaient dans la colonie, et les marins employés dans la ville formèrent des compagnies dites de marine. Oa n'exempta du service actif que les autorités civiles et les infirmes..

"Nous avons vu que Capoix« après avoir été chassé du Port de Paix, «'était établi sur l'habitation Laveaux^Lapointe , à deux lieues de cette ville. Ses avant-postes, sous les ordres du colonel Pourcfely, homme de couleur, se prolongeaient jusqu'à un milledu PortdePiix, sur rhabilalion Desroulins. Le commandant Oaulion fit \\ne vigoureuse sortie pour chasser les indigènes de cette position ; il fut battu et refoulé dans la place. Presque chaque jour il venait ^taquer Pourcely; mais le l.er bataillon de la 9.e, de mille homjnes^ qui rivalisait de valeur et de tactique avec les meilleures troupes européennes, demeurait inébranlablû dans sa f)osrdon. Daulion , malgré les éèhecs qu'il éprouvait , ne se décourageait pas. Il sortit de la place à la tête de 700 hommes de la garnison, et marcha sur rhabitalion Desroulins , par la grande route. Aucun obstacle ne g<^nait les manœuvres des français ^pii s'avancèrent en rase campagne, au pas de charge, et à la baïonnette. Poutccly sortit de ses relrancfhemens, et s'élança au devant de Tennemi , à la tète du bataillon de la 9.e. Après plusictus dg^hargcs, les indigènes abordèrent les français à la baïonnette. Le chor fut terrible; la fureur était égale de part el d autre; Ton se battit corps à corps. Toula coup, un bataillon européen apparut dcirière les haies qui bordaient le grand chemin avec deux pièces de quatre. La mitraille exerça ses ravages dans le flanc des in<ligènes. Ouxci, surpris el tombant de toutes parts, prirent la fuite, malgré les prières el les menaces de Pourcely qui ne put les maintenir sur le champ de bataille. Le colonel indigène se saisit du drapeau et leur dit d'aller annoncer au général: Capoix qu'ils l'avaient abandonné. En même temps, il se précipitait Seul au devant de la mort. Les grenadiers de la 9 .c, honteux de leur fuite, et raniméi par ses paroles, reprennent leurs rangs, et retournent au combat avec une nouvelle fureur, sons la mitraille de Tennemi. Après uhe lutte sanglaute, les deux pièces de quatre tombèrent au pouvoir dt^s indigènes, et Daulion rentra au Port de^ Paix, croyant que Capoix s'avançait en personne sur Desrouhns avec le gros de son armée. Pourcely demeura maître de sa position. S ii était retourne, en fuite, au quartier général de Lavcaux-Lapointe ^ Capoix lui aurait fait trancher la tôte.

Le générât Capoix faisait sans cesse manœuvrer ses troupes; une disciplina sévère était établie parmi elles; ses soldats, quoique la ^u^ah im i^wru^ y st Xoxinaieftt oa ^solonoes ^errées^ et $q dé^

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ployaient admirablement dans la plaine par toutes sortes d^évolutions» Lres travaux agricoles n'étaient point interrompus; la* justice était rendue par Capoix lui même, et un ordre parfait régnait, dans Tétendue de son commandement. Les femmes et les enfans travaillaient aux champs, coupaient les cannes, les apportaient au moulin de l'ha'» bitalion Laveaux-Lapointe dont les tourbillons de fumée attiraient souvent les navires de guerre qui canonnaicnt en vain le rivage/ Capoix avait fait conslruire un fort flanqué de terre qui protégeait le moulin , et répondait par des boulets rouges au feu des bâtimeng de guerre. Les guerriers du Porl-de Paix avaient en abondance des TÎvres, du sirop, du tafia.

Pendant ce temps , un vieux soldat français que la faim avait fait sortir du Port de Paix, pour cueilNr des fruits, fut arrdté le long du grandi chemin , par le colonel Pour«ely. Celui-ci Tenvoya au quarlier^rgénéral de Lnvcaux-Lopoiute. Capoix l'accueillit bien, le traita avec humanité et lui demanda , après lui avoir fait donner à manger, quelle étail la force eifeclive de la garnison de la place. Le soldat répondit qu'il y avait mille hommes environ. Répondant toujours aux ques^ lions qui lui étaient faites, il fil savoir à Capoix qu'il y avait beaucoup de munitions dans le Petit Fort. Capoix se résolut i s'emparer du Petit Fort par un coup de main , et à en enlever toutes les pou* dres. Il ordonna à Jean Louis Grand-Maison, inspecteur de culture, de faire construire pour chaque bataillon de la 9^ deux échelles de 30 pieds de long sur 4 de large, et un grand nombre de gabions. Dans une joiîrnée tous les préparatifs furent commencés et achevés. Capoix envoya Jacques l^ouis s'établir non loin des portes de la ville avec le y' bataillon de la 9\ Il lui ordonna de donner assaut au fort Pageot des qu il enienilrait le feu du Petit Fort. C'était au milieu de la nuit; le ciel était étincelant d'étoiles. Jean Baptiste Calaboix aUa s'établir près du fort Lavaux , avec le 4* baiaillon de la 9", avec ordre dq Tassaillir , de son côté , dès que commencerait l'attaque du Petit Fort. Le commandant Bauvoir partit de La^aux-Lapointe, avec le 3" bataiilon de la 9\ s'arrêta dans le chemin de St. Louis, àcent« pas du morne-aux-Pères. Il devait lui même attaquer le Petit Fort. Il laissa devant le morne-aux-Pères quarante grenadiers et deux sa* peurs , et leur ordonna' d'attaquer ce posle dès qu'ils entendraient le feu des français. 11 était deux heures du matin. Bauvoir, à la tête de son bataillon, se glissa à travers les buissons, dans le plus pro« fond silence; quand il atteignit le rivage, il entra dans la mer jusqu'à la ceinture suivi de ses soldats portant leurs munitions sur la tète, et parvint au pied du Petit Fort que baignaient les flots.' La ville du Port- de Paix forme, sur le rivage de la mer, un demicer« oie aux extréroilés duquel s'élèvent le Grand Fort au Nord-Ouest , et le Petit Fort au Nord Est. Les indigènes ^appliquèrent aussitôt ûoe échelle contrôles murailles, et montèrent sans êlr^ Jii "^v^^ V

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entendus. Led français qui ne les croyaient pas capables ^c TaM d'audace étaient plongés dans le plus profond sommeil; leurs senti* nelles dornnaient sur Us rennparts. l^es indigènes après avoir atteint le sommet du fort, se rangèrent autour du mat du pavillon. Ils découvrirent, sous leurs pieds, les soldats de la garnison endormis dans rinltîrieur de la fortification. Ils commencèrent sur eux une vive fusillade. Les français , réveillés par le bruit de la mousqueterie , se précipitèrent en désordre dans les cases du fort. Ils commencèrent un ^^nstant après h réjiondre au feu de Tennemi. En même temps les quarante grenadiers , qui avaient clé laissés devant te po^te morneaux-Prères , enfonçaient la porte du l^elil Fort. Les français de } iuiérieur de la f<»riilicalion , succombant de toutes parts, sous la fusillade, se précipiièrenivers la porte pour se répandre dans la ville^ mais ils furent airélés et massacrés. Un jeune soldat seul, se jetant dans la mer , atteignit le Grand Fort à la nage. On s'était battu plus d'une demi-heure.

Capoix apiirenanl par. un exprès le succès de Beauvoir, p.ntit de Laveaux'LapoiiUe, et vint au Petit Fort avec une multitude de fenit»es ei d enfans (|ui enlevèreul en un clin d'œil trente milliers de poudre , maigre le fen vif dune corvette française, en station dans 4a rade Après avoir fait mettre le fou aux cases de rinlérieur du fort, Capoix lit enlever ses blessés parmi lesquels on remarquait deux capitaines de la 9"^ Alain et Michaud. Il reprit le chemin de Laveaux Laptjinle, sans èlre inquiété. Pendant le massacre du i^etit Fort, les français assaillis dans les autres fortifications, n'avaient pu voler au secours le leurs frères d armes. Au jour, le chef de bataillon Uiperl, commandant du Port de Paix , repoussa Jean Louis et Cataboix çjut s'efforçaient d'ealever les forts Pageot et X.a veaux. *

Peu de jours apràs, le général Cupoix vit arriver à son <|uartier général de Lavaux^Lapoinie, Je «olonel Jason commandant du premier régiment du Nord 11 venait chercher quelques milliers de poudre de la part dy général Romain qui occupait le Limbe. Capoix •envoya avec générosité à ses frères d'armes une part de ses munitions.

Nous avons laissé le colonel Gelfrard partant de Léogane , après s'être séparé de Pétion , et s'acheminant sur le déps^rtemcnt du Sud, à la téle de ià'iSe, pour soiilevcr contre *les français la masse des indigènes de cette province. Il laissa, à sa droite , le Petit Goâve , en passant par les mornes de cette ville, et arriva sur

* Ce fftit d'armes presque incroywWe est rapporté dans les btilletins français. Ou y dit que les brigands au moyen de longues échelles, e&Galodèrent, pendant une ijuit , le Petit Fort du Port-de-Paix , &. en enlevèrent uue grande quantité de poudre.

Cette circonstance amena une ordonnance par laquelle les munitions furent transportées à boid des bâtimens de gfuerre en station dans les ports 4» ia coloiùe.

mSTOIRB 1>^HAITI. (180^ 42t:

FKabîlalîon Cuporîer , près du pont de Miragoâne. 11 y rencontrsb les troupes indépendanles sou^ tes ordres de Léveillé , noir, les* rénnîl, et proclama h leur tète , Dessalines général en chef de Tarméc des Incas. Les gens du Sud accueillirent sans enlhousiasme rantorité de Dessalines doni le nom n'étail pas en vénération dans leur -pays, depuis la guerre civile entre 'Eoussaint et Rigaud. Cefen-dont ils pensèrent que le parti du. général en chef était le meilleur^ puisque Gciïrnrd, en lequel ils avaient pleine oonftance , Tavait embrassé. GelTrard réorganisa la 13. e en adjoignant aux compagnies d'élite de ce corps assez de recrues pour en former les trois bataillons. Les com'pagnies du centre des trcHS bataillons du même corps formèrent avec les troupes de Belle- Rivière deuv nouvelles demi-brigades^ qui deviendront les 15.e et IGe.. Grifrard conlia le commandement dûla> 13. e à Moreau Cocolietne, celui du second eorps à Jn-Louis Pran-> çiHS, et celui du 3c eorps à Gérin. Sans artillerie, presque sans» munitions, la plupart d# ses soldats armés de piq^ies^ U pénétra, ensuite dans le département du Sud et attaqua le bourg de Uira» gpàne dont il s empara», 11 marcha aussitôt suri Anse à-Veau ,. oit commandait l'adjudant général Bernard, officier blanc. Quand il. parvint aux^ Rochelois, il rencontra sur Ibabilalion Périnier uq. bataillon français, sous les ordres du commandant Bérotte. Il Tatla» qua et. le dispersa. Berotte demeura sur le champ de bataille. Les indépendans c>ontinuant leur nia rche, culbutèrent l'adjudant général Bernard^ui s'était avancé contre eux. Il était midi quand ils^ découvrirent rAnse-à-Veau. C'était le 10 Janvier. La chaleur étaifc^ bi (liante. GelTrard marcha contre la place, sur trois colonnes: cella de droite étaiL commandée par Moreau , celle de gauche par Géria. et celle du centre , on s« trouvait GelTrard, était commandée par. Jean Louis François. Au premier rang^ des grenadiers de la 13.e^ Moreau donna assaut à la ville, et y pénétra, par la gjandVue.. Après trois heures d'un combat meurtrier ,. les indigènes se rendisrent maîtres de tous les points de la place. La garnison française^ fut passée au (il do Tépée presque en entier Bernard se. sauva à Jérémie dans un petit bâtiment. Ce fut alors que GelTrard décaelieta le pa(]uet. que lui avait donné DessaJini's à la IVtite-Kivièrc de lArtibonite, et qu'il lui avait ordonné d'ouvrir aussitdl ^u il eût pris un<^ ville importante du Sud sur le rivage de la mer. U y^ trouva ua brevet par. lequel il était nommé général de brigade et commandant en chef du. département. llu Sud. Celait à lui à déplover assez, dadresse,, d*.* talens et d'audace pour faire reconnalire son. autorité des indépendans de ce département.

Dès que l'autorité européenne du Sud, qui se tenait auK Cayes,, apprit la prise de T Anse à Veau , elle envoya l'ordre au général Darbois qui commandait à Jérémie d| marcher contre les indigènes, j^arbois partit de Jérémie^ et arriva au Petit-Trou» à la t4te d'uuû

492 fiiSTûiRfi d'haiti.— -(1803)

forte colonne de troupes. Il y attendit Tarrivée du général Laplume qui , de son côté , était parti des Gayes , marchant sur l'Anse-à-Veau. .Laplume parvint au Petit Trou, le lendemain. Dès que le général Geitrard apprit que les français se disposaient à venir 1 assaillir , il détacha de son armée une division de ses meilleures troupes, sous les ordres du chef de bataillon Francisque, et l'envoya contre Tennemi Darbois sortit du Petit Trou, se précipita sur les indigènes avec impétuosité, les .culbuta, et les poursuivit au loin* Geiïrard, apprenant la défaite de Francisque, sortit de TAnse-à Veau, et rallia les fuyards sur Thabitation Laval. Le dimanche qui suivit, les français s*ébranlèrent dans la (matinée , et marchèrent contre les indigènes. Darbois et Sarcleu s'avançaient de front , à la tête d'une colonne européenne, Nérette"", à la tète des chasseurs des Cayes, de St. Louis et d'Aquin, s'efforçait de tourner Tennemi pour l'attaquer par derrière , et le général Laplume, à la tête du corps de réserve commandait Tarrière garde. Vers les onze heures , les indépendants furent surpris par une vive fusillade. Néanmoins le général Geffrard prit sa ligne de bataille , et supporta le ch*c de

I ennemi avec la plus grande intrépidité. Mais la cavalerie de la garde nationale de Jérémie iit une charge des plus brillantes ; elle rompit les rangs de l'infanterie indigène qui fut mise en pleine déroule. La oavalerie de Geifrard , commandée par le capitaine Léger, s'élança contre les dragons de Jérémie ppur protéger la fuite de Tinfanterie, Xes cavaliers ennemis armés de sabres longs , forts et tranchants , passèrent sur le corps des jeunes dragons indigènes armés de sabres faits de cercles de barrique. Geffrard , poursuivi jusque dans les marais de l'Anse à Veau, faillit d'être pris par plusieurs cavaliers qu'il abattit à coup de pistolet. Il n'atteignit la rivière de l'Anse-è-Veau qu'à travers les bois. Là se faisait un affreux carnage de ses soldats.

II se précipita dans ta rivière ; son cheval fut tué sous lui ; il gagna à la nage la rive opposée. Ses troupes continuant à fuir ne purent être rsiliées qu'au delà de Gupérier, dans les hauteurs du Petit Goàve , à douze lieues du champ de bataille. Darbois entra aussitôt à l'Anse-à-Veau. Il envoya ensuite une garnison à Miragoâne. Peu de jours après, les vaisseaux V Indtympiid^le et le Mont Blanc vinrent nîouiller dans k rade de ce bourg. Deux bataillons européens, l'un de ta 20* et Tau* tre de la 23* y débarquèrent ; ils allèrent ensuite occuper le pont de Mira* goâne. Darbois retourna à Jérémie, et Laplume, après avoir atteint le pont de Miragoâne, prit la roule des Cayes. Quand ce dernier arriva à Aquin, il apprit qu'une formidable insurrection avait éclaté dansJes campagnes qui s'étendent entre les ^ Cayes et Tiburon. Les colons disaient que le commandant Pérou, quoiqu'il ne se ftlkt pas encore prononcé contre les français, était l'âme de cette insurrection. Cependant les autorités croyaient cpcore à sa fidélité. Ferou, homme m eoutottrj ceoMBtwdaii pour Ih fran^j le bourg des ^^leaux^

HISTOIRE D^HAlTf.-«(186S) ifS%

à^xt% t'drrondîssement des Cây^s. C'était; ftous Itlgaa^, xxn ofïï^îer^ fntrépitle et d'une grande influence sur lès cultivateurs de son quar-* tièr. Itfaigre, d'une petite taille, il était d*un caractère allier ^ opiniâtre. Sans instruction, son éducation était celle d*un soktat* Avant la révolution de 1789 il n'avait été qu'un infatigable chasseur de cochons-marrons ou- sanglier» des AnHilcs. En Jlinvier i803,.îk y avait aux Cayes un homme de- couleur, nommé Déjoie, qui, par la blanclieur de sa^ peau et ses cheveux longs et plats, passait pour^ Blanc. C'était un intime ami du colonel Berger. Celui ci d'une fé^ rocilé inouie lui apprit que le capitaine-généraU Rochambeau avait envoyé l'ordre, dans le Sud, d'arrêter et dé faire disparatère la pfiipari dés^ officiers noirs et de couleur de quelque influence. Déjoie quf entretenait des relations d'amilié avec le commandant Férou lui (il. savoir, par une femme noire de l'habitation Petite place Esmairgart; qu'if l'attendrait sur l'habitation Bagatelle, pour lut^eom^muniquer un avis du plus haut intérêt. A^ jour fixé, Férou se rendit au lieu dlej'entrev«ie. U y rencontra Déjoie qui rèxhorta a se tenir en gard^ contre les pièges des autorités françaises. Férou retourna:^ a4ix Coteaux, résolu à secouer le joug de la métropole à la piemière occasion favorable. Ses émissaires se répandirent aussitôt de toutes^ parts^ excitant les populations à la révolte, en leur annonçant que leur extermination a'vait été résolue. En une semaine une vaste conspiration s'étendit sur toutes les cafipagnes du département du.Sudl Férou qui incitait à l'insurreclion devait se prononcer contre iesk' français, après qu'elle eût éclaté sur différens points. Alors il devait en prendre le commandement et lui donner une direction énergique. C'était l'homme qtii, dans le moment, exerçait le plus d'influence^ sur les indigènes du Sud. Giles Benech, Nicolas Régnier et Gbman, noirs, anciens oflBciers sous Rigaua, ^e déterminèreni à donner le signal de la prise d'armes en attaquant Tiburon. Us réunirent une^ bandé de plus «te deux mille cultivateurs, et marchèrent contre cette ifille dont ils s'emparèrent. Le chef d'escadron Desravines, hommes de couleer, qui cemmandait cette place, s'enfuit et se séfugia aui Irois où les français avaient un camp. Il fut exécuté comme complice des insurgés. En même temps un officier blanc, nommé Lafrédi- Bière, commandant de la garde nationale du camp Perrin, dans l'arrondissement des Cayes, et un noir intrépide, Guillaume Lafleur^ soulevaient les cultivateurs de leur quartier, en leur déclarant qu oa Youlait les remettre en servitude. Ce LalVédinière vivait fraternelle* fnentr depuis plusiei^s années, avec le&^ noirs et les hommes dé cou* leur. Guillaume Lafleur, qui n'ignorait pas ses senliinens pliilantropiques , n'avait pas liesilé à lui comnMiniquei^ sa résolution^ de prendre les armes.

Dés qu'on apprit aux Cayes Ta révolte de Lafredinière', Te colonel' Berger sortit de cette ville ,. à le tdle de Z0% baumes de la garde naliooalt de

414 HTtToi&c d'iiaiti.-»-(1803)

Torbeclc , cottimaniîés par tin officier de couleur, Elîe Boorry, inarcha contre le camp Perrin qu'il trouva abandonné. LafréiiinK et Cluiilaume L^fleur, n*ayanl pas assez de forces pour lui résisu s'étaient retirés dans les bois, à son approche. L'insurrection qi les émissaires de Pérou avaient préparée de toutes parts dans Sud, éclatait successivement dans chaque quartier^ Une circonst: ee imprévue buta la prise d'armes des indigènes du Port-Salut doi Tesprit était travaillé depuis longtemps par trois ofBciers de ceU commune, Trichet et Vancol, hommes de couleur, et Wagnac, noii Ces trois hommes étaient en relations actives avec Pérou qui exerçai 9ur eux une grande influence. Le commandant du port des Caj< Kcrpoisson, faisait noyer au delà de la pointe de Lahicou , entre I( Caycs et le Port Salut , lous les infortunés que lui livrait Berger. Un noir, nommé Jacquet Girauil, qui avait été embarqué pour èiu noyé, fut pn^ipilé dans la mer après avoir été lié et percé de plusleurgl coups de poignard. D^ns la même journée les lames et le couranti ramenèrent sur la plage. Les cultivateurs de Labacou rcncx>nlrèrenta dans Taprès midi, au bord de l'anse, un corps qiû respirait encore, inais presque imperceptiblement. Ils le transportèrent dans une case^ et le rappelèrent entièrement à la vie. L'infortuné raconta comment H avait été arrêté, embarqué, poignardé et précipité dans l«8 flots. Le colonel Ilampla^a , colon blanc, qui commandait au Port Salut, voulut le faire arrêter de nouveau, et conduire aux Cayes où il eut été infaiU liblement fusillé. Mais un jeune liomme de couleur souleva l'atelier de 1 habitation où avait été transporté Jaccpiet Giraud et s'opposa à l'arrestation de cet infortuné qui venait d'échapper à la mort d'une manière si miraculeuse. Dans la même soirée la révolte se propagea dans toute la paroisse du Port-Salut. Vancol, Trichet, Wagnac se mirent à la tête des insurgés, arrêtèrent Hampinya et eurent la générosité de le laisser partir sain et sauf pour les Cayes. Ils envoyèrent aussitôt une députation auprès de Pérou pour lui faire connaître leur prise d'armes, ^t l'exhorter à se hâter de venir se mettre a lear tôle (31 Janvier 1803.)

Le général Daibois, commandant de Tarrondissement de la Grand'- An5;e, <]ui venait d'apprendre la pris^ de Tiburon par les insurgés, ea Ovis:i les autorités desCayes. Celles-ci qui jusqu'alors ne «royaientpaa que Pérou (ut l'Ame de rinsurrection , envoyèrent l'ordre au colonel Berger de se réunir ^ la garde nationale des Coteaux pour marcher contre Tiburon pendant qup les troupes de Jérémie assailliraient cette place par le chemin des trois. Pendant cet intervalle Pérou recevait,|d'un côté, la députation des insurgés du Port-Salut, et de l'autre, une lettre de Darbois par laquelle ce général l'exhortait â faire une levée en masse des cultivateurs des Coteaux et à nrarcher contre Tiburon, pfin que Tinsurrection fût étouiféd d'un seul coup. Pérou répondit i r^Rvo^é de Parjiois : c Nous sommes prêts à combattre^ ra^i^

msToiRE d'haiti. — (1803) 425

€*esl "contre les françriis. » Au lieu de Inarcîicr sur Tibiiron , il . se prononça ouvertement contre la métropole, et se disposa à s'acheminer vers la plaine des Cay es. pour la souUvor. pu camp Per^in à Tiburon la presqu'île du Sud était en insurrection. Les indigènes avaient arrêté aux Coteaux plusieurs blancs qu'ils voulaient immoler. Férou contint leur ^fureur en leur exposant^ qi'ils commettraient un crime inutile. Il dit aux prisonniers qu'ils trouveraient en lui un ennemi, mais non un bourreau, quoiqu'ils eussent sacrifié à leur haine implacable un grand nombre de ceux qui avaient été leurs soutiens etr leurs défenseurs, quoiqu ils eussent précipité di^ns la me^* de nom* breux indigènes dont les restes étaient amenés chaque jour, sur le ri- -vage , par les courans et les lames II ajouta qu'il leur permettait de se retirer pu 5on leur semblerait. I^s prisonniers s'embarquèrent dans une chaloupe et se rendirent aux Cayes. ^

Pendant cet intervalle, le colonel Berger campé à Perrin , trou* irant qu'il y avait dans les rangs de ses troupes beaucoup trop d'in* digénes , commanda à Elie Bourry dont il se défiait de descendre au carrefour Ducis «avec le bataillon de Torbeck composé de noirs et d'hommes de eoulcur. Le lendemain il lui envoya lerdre de se rendre au vieux bourg ée Torbeck sur rhahilation Bourry. Elie Bourry marchant so«s les ordres du colonel Dumira , blanc , rencontra sur 1 habitation Bérault le commandant Férou qui, parti des Coteau;^, s'efforçait d'atteindre la plaine des Cayes pour la soulever. Férou était à la tête de 1500 hommes. Il désarma Dumira, les quelques soldats blancs qui faisaient partie de la garde nationale de Torbeck et les renvoya sains et saufs. Il les fit -accompagner par cinq cents hommes jusqu'aux avant postes français. Quant .à Elie Bourry , il le fit entrer dans ses rangs avee tous les noirs et les hemmesde cou* leur qui étaient sous ses ordres. Le colonel Berger, apprenant la prise d'armes de Férou , craignit d'être enveloppé dans la montagne par les insurgés. Il abandonna le camp Perrin , rentra précipitamment aux Cayes. Aussitôt après' son départ de Perrin, Férou y envoya Yancol auquel vinrent se rallier Lafrédinière^ et Guillaume Lafleur. En même temps Içs commandans Bazile et Armand Berrault soulevaient ks cultivafeurs de la plaine des Cayes et recon* naissaient l'autorité de Férou. Celui-ci fut proclamé chef supérieur des insurgés. Il ne reconnaissait ni l'autorité de Dessalines ni cellede Lameur Dérance. Cette formidable insurrection , en dégarnissant de troupes européennes les limites du département vers le pont de Mi« rogoâne favorisera la rentrée du général Geflrard dans le Sud. Ce ne sera qu'après la jonction ^e Geflrard avec Férou , sur i'habitatioa jSbarpentier , que ce derqier reconnalra l'autorité de Dessalines.

* Traditions haïtiennes.-^Laujon , blanc français, qui était à cette épe^ aue ^ St.-Pojoaingu^ ^ rapporte ce trait de géùérosité de Férou.

426 HISTOIRE d'haiti.~(18î>2)

, Le colonel Berger, aussitôt après sa rentrée aux Cîayes , en sartft à la tète d'un bataillon européen et de la ^arde nationale. Il ailtt oamper sur l'habitation Berrault-grande place. Les indigènes, ayant à leur tète le commandant Férou , l'assailUrcnl avec fureur. Comme ils n'étaient armés, la plupart, que do piques, .de hacher et de massues , ils ne purent vaincre la tactique européenne. Nt^nmois la victoire fut longtemps disputée au carrefour Berrault. Mais l«e feux Mik et meurtriers des pelotons français culbutèrent'Ies indépendans qui abandonnèrent le dmmp de bataille , et se retirèrent sur l'habitation Taverne. Craignant d'y être surpris par l'ennemi , ils se divisèrent en deux parts ; Tune atteignit la position de Maraudbuc^ l'autre gagna le morne Fendu sur rhabitation Mallet , dans les hauteurs du ebemin des Coteaux. Férou confia le eommandemènt de cetter dernière position à Elie Bourry.

Le général Laplume , de son côté, était revenu aux Cayes , après^ avoir battu Geffrard à Laval , près du Petit Trou, et l'avoir chassé du département du Sud. Il en sortit contre les insurgés avec une colonne de 500 hommes que commandait le eolonel Mérette , et s'achemina sur 4e eamp Perrin. Il enleva celte position sans coup férir sur \^ bande de Lafrédinière! Il se rendit ensuite sur l'habitation Welclie grande place, à l'Âcul , dans la plaine de Torbock , et se r(*sohit à attaquer Tennemi. Cependant le colonel Berger lui conseilla de s'efforcer den venir à un arrangement au lieu de combattre. Of^ envoya auprès des insurgés retranchés à Maïaudluic . dans la paroisse du Port-Salut, au pied des mornes, une députation composée de Jean-Jacques Sully, homme de couleur, d'Hamplaja et <ie Paye, blancs»^ Les députés atteignirent Maraudhuc , entamèrent avee les indi^pendans;^ une négociation qni demeura infructueuse et revinrent a >V«lche grande place. En même tenps le commandant EVw Bourry trahissait les indigènes. Il abandonna le morne Fendu , passa dans lés rangs français et annonça à Berger qu'il serait fôciie de battre Férou qui était privé de munitions. Lnpiume divisa aussitôt son armée en deux colonnes, l'une eonfiéu au colonel Nérelte fut ianeée centre le morne Fendu , l'autre , confiée à Berger , contre le camp de Maraudhuc Les indigènes retranchés à Maraudhuc j soûs les ordres de Vancol^ battirent complètement les français. En même temps la colonne que' commandait Nérette assaillait le morni Fendu.* Les indigènes vigou«ressèment attaqués se défendirent vaillamment. Leurs femmes même se jetèrent dans la mêlée, armées de pierres elde lances. Lesbianca furent de nouveau complètement défaits; Hamplaya fut fait prisonnier. Par ces deux échecs simultanés, le général Laplume perdit tousles^ avantages qu'il avait obtenus. Les français , après s'être ralliés , traversèrent le carrefour Govin , et se retranchèrent sur l'habitation W-elche grande place. Mais les indépendans maitres de la campagne , brûlant e( saccageant tout autour d'eux ; les iar«èreai 4 rentrer att$

HISTOrRE D*HAITI.— (180S) 427

Gayes. La plame se souleva alors totalement. Les indépendans y établirent des postes de toutes parts. Ccpen^lant ils ne purent con* traindre les Français à abandonner le camp Bourdel qui était établi à une lieue des Gayes. Aussitôt après sa rentrée aux Cayes , leco-*. lonel Berger eroyant qu'Elie Bourry l'avait trahi au morne Fendu,, le tit arrêter et noyer.

A cetto époque , dans les départemens du Nord , de rArtibonite, à% rOiiest et deSud , te guerrier indigène, quoiqu*on l'appelât soldat, D# recevait aucune paie ; il s'armait et se nourrissait lui même. Il portait pour habillement une lourde étoile de coton qu'il tissait lui* môme le pitrs souvent ; quelquefois il était presque nu. Sa coiiïure consistait en un chapeau fait de paille ou de feuilles vertes. Dans les quartiers qu occupaient les indépendans on continuait à exploiter les terres; on plantait beaucoup d ignames, de patates, de bananiers, de malangas; on récoltait le café et on le vendait aux anglais et aux américains pour de la poudre et des armes.- On faisait du sirop et du talia sur les habitations dont les usines n'avaient pas été tncen« dices. Ces produits , vivres et liqueurs , étaient trans|[K)rtés au quartier-général du chef qui commandait le canton qu on occupai!», et il en faisait la répartition aux officiera et aux soldats qui n'avaient rien apporté de la maraude. Les armes et la poudre qu'an prenait sur l'ennemi étaient aussi réparties entre les soldats par i'au« lorité supérieure.

• Nous avons vu que l'insurrection généraledù Sud avait commencé par la prise de Tiburon sur tes français. 'Cette position importante mettait les indigènes en relation avec le commerce anglais de la Jamaî* que, quoique la guerre ne fût pas encore déclarée entre le gouver* nement britannique et la France.

Goman et Giles Benech y commandaient. Le général Darbois, quoique tout ie quartier fut en insurrection, résolut de les en chasser. Les français avaient aux Irois, à quatre lieues de Tiburon, un caisp qu'occupaient iin bataillon polonais, les grenadiers de la 20. e euro- |>éenne, sous les ordres du commandant Mordenet , les dragons du Cap Dame-Marie , sous les ordres des chefs d'escadron Borgella et FouiUole, et un bataillon de gardes nationaux. Ce camp avait été établi pour arrêter les progrés des indigènes vers Jérémie. Les insurgés apprenant qa'on se dispesait à les attaquer, prévinrent l'ennemi, et se mirent en marche^pour enlever le camp des Irois. Ils assaillirent les français , à midi , le 44 Février. Ceux-ci quoique surpris se défendirent vaillamment , et les mirent en déroute , après une heure de combat. Les indépendans se répandirent dans la campagne et se replièrent ensuite sur Tiburon. Le général Darbois qtii était à Dame-Marie, vint aux Irois, avec sa rapidité ordinaire, aussitôt après cette agression. Dans la nuit même de son arrivée, du i& au i6 Févfier^i il se mit à la tèle de toutes les troupes du camp,

428 msToiRE D^HArTi.— (I80.T)

et marcha sur Tir}nron. Le chef d'escndron Borgella , qui ëraTt S- . ravanl-garJo, dispersa les iiidépcrKlans fju'il rencontra dans le granci chemin, ol après avoir enlevé la redoute qui protégeait Tihuron , il entra audacieusement dans la ville avec les fuyards. Le capitaine des^ é'^laireurs français, Laloulle^ fit un horrible carnage «les prisonniers. Ceux des insurgés qui échappèrent à la mort, se rendirent au tra vers^ de profonds revins auprès dtî Férou campé aux Anglais. Darbqisse hâta de retourner à Jérémie qui avait été insulté par Tennemi pcnilantr. son absence. Le cabotage- entre les Cayes et jérémie était devenu, très difficile. Bogon , commandant supérieur des barges indigènes^ * énergiquement secondé par Aoua , son lieutenant , capturait presquetous les petits bAtimens français qui longeaient la cAte. Kerpoissoii lui même n'osait l'allaquer. Dans TOuest , les indépendans continuaient leurs eflbrts pour chasser les français dos villes> du littorale Lamour Dérance , qui se tenait dans les mornes dé la Selle^ envoya Tordre au commandant- Magloire Ambroise d'attaquer Jacmel. Cetteville était cernée par plusieurs miUiers de cultivateurs, divisés ea trois corps, commandés par les nommés Jérémie, Macaque et LacroiXk Ces trois olTioiers sous les ordres de Magfoire Ambroise, sup-^ portaient avec impatience son autorité; Ils contrariaient autant qu'îls^ le pouvaient toutes ses opérations. Dans la nuit du 15 Février, Magloire Ambroise divisa son armée en cinq colonnes , et assaillit Ja place. Les commandans Jérémie, Macaque et Lacroix devaient tous, les trois, chacun à la tôte d'une colonne, attaquer ensemble te bloc» kaus , principal fort do la ville. Dès que le f^^u commença , le général Pageot, le colonel Dieudonné Jambon, le commandant Burres» se transportèrent avec ardeur dans les redoutes de la place, et corn* battirent les assaillans, à la tête de la légion. du Cap, et delà garde nationale. Le poste Constant, commandé par le citoyen Lafond fut faiblement attaqué. Les plus grands efforts des indigènes se porté* rent sur le blockaus que défendaient les soldats do la légion du Cap,^ sous les ordres du capitaine Mansui. I^e fort eût été enlevé si les^ commandans Jéréntic (t Macaque, envieux du chef de bataillon Lacroix, ne Tavaienl laissé s'épuiser en vain, autour de la fortification^ au lieu de Je seconder. Magloire Ambroise fut obligé de battre eri^ retraite, laissant un grand hombre de ses gens dans les fossés du» blockaus. Convaincu qu'il ne devait son échec qu'à la mésintelligence qui existait entre ses lieutenant, il fit écrire à Lamour Dérancer que s'il voulait qu'il prit Jacmel , il fallait qu'il lui envoyât des munitions et du tafia, et qu'il lui donnât carte blanche ;jfin qu il put trancher la tète à tous les ambiliout de sa troupe. Il continua néanmoins à cerner étroitement la ville. Pageot prétendit qu'il entretenait dos intelli* gJE^nces avec un grand nombre de citoyens noirs et de couleur de Jacmel qui devaient se soulever, au milieu de la place, pendant qu'il TattaqueraU do n^^uveau. Beaucoup de jeunes^ ge.n^ , il %^i vrai ^

HISTOIRE D^IJAITI.— (18G5) 429

^îissaîonl dans les rangs des indépendans. Le" général Pageol iîl aiTôlor vingt citoyens nolableâ, noirs et jaunes, entre auUes les nomnoés Michel, Ikiyard, Jean François cl Moreaii. Ce dernier, peudanl qu'on le conduisait eu prison, piil la fuiic , Iravorsa h ville, et eut le bonheur d'atteindre la campagne au mili^iu du sifflement des ball«s des carabiniers français. 11. joignit rnrmcc assiégeante.

 la môme époque, le général de division Potion , qui avait son quarlier général à l'Arcahaie, reçut par un des émissaires qu'il envoyait régulièrement au Porl Républicain, une publicalion imprimée en celte ville. Les français y rapporlaient la défaite qu'il avait essuyée à Pierroux, en Décembre 1802. En parjant du drapeau que la 13. e avait perdu dans ce combat, ils faisaient observer qu'il était tricolore; ce qui démonlraii, disaienl-ils, que les insurgés se baltaicnl non pas pour Tindépcndance de Sl-Domingue, mais bien pour reconquérir une liberté qu'ils croyaient avoir perdue. Dessalinos et Pétion n'avaient conservé le drapeau tricolore que parce (|u'il était à leurs yeux, celui de la liberté. D'un autre côté, comme ils avaient pris la détermination de ne plus jaufais servir sous les bannières de la métropole, ils en avaient olé les armes françaises.. Pétion envoya cette publicalion, à la PetiteHivière de l'Arli^onite , au général en chef. Dessalines arracha au drapeau tricolore la couleur blanche, pour enlever aux français l'espoir qu'ils conservaient encore de traiter avec les indigènes , en leur faisant, de nouveau, la |)ronïcsso Irompeuse de la liberté. Le <lrapeau tticolore qui réunissait les couleurs rouge et bleue de la ville de Paris, et la couleur blanche de la roj aille, avait toujours été considéré \)iàv les masses de St. Domingue comme le symbole de l'union du noir, du blanc et de l'homme de couleur. L'harmonie qui aurait dû' exister entre le bkmc d'une part\ le noir et l'homme de couleur, d'autre part , n'ayant pu se réaliser, à cause de iH>rgueil colonial , la détermination d'extirper la race blanche que représentait le blanc du drapeau, fut donc prise à St. Domingue, par les insurgés indépendans.

Dessalines envoya l'ordre aux généraux Capoix, Toussaint Brave, Christophe, Vcrnel, Clervaux, Romain, Pétion, Geffrard, de rondrc les drapeaux bicolores bleu et rouge. Ces deux couleurs (pii représentaient l'union ^u noir et du mulâtre, furent placées verticalement, le bleu fixé à la lance, et le rouge Oottant à 1 extrémité.

Vers le mois de Septembre 4803, le commodore anglais, Loring, \înt croiser entre leCapet le Porl-dePaix. Voulant user de courtoisie envers le général Capoix, il lui fit don d'un brillant drapeau bicolore. Cette ^circonstance, considérée isolément, a iait croire, à l'étranger, que nous devions aux anglais l'idée de notre drapeau bicolore. Personne n'igoore, en Haïti, qu'en Mai 1803, quand Dessalines pénétra dans la plaine du Ciil-de-Sac , les troupes indigènes^ portaient le l^rapeau bicolore qui dè$ Février avait ilé adopte.

436 histoire' Vhaiti.— (1804)

Revenons aux cvôneracns qui se passaient dans le Nord dt ri!o pendant que Fcrou insurgeait tout le département du Sud. Dans laparlicde l'Est les fiançais cxcrçaientsur les indigènes-espagnols noirs cl jouncs , soupçonnes de complicité avec les indépfndans, les mêmes rigueurs que dans la partie française. Beaucoup d'individus furent arrêtés à Si. Yague, et conduits à Porto Plala où ils furent emprisonnés dans une voûle souterraine de la forteresse. On les y laissa mourir de fain^.

Le général Romain , campé au Limbe, avait reçu de Capoîx, comme nouslavons \u, plusieurs milliers de poudre. H avait sous ses ordres la prenriére demi brigade / et 1000 cultivateurs organisés. Il conçut l'audacieux projet d'enlever la ville du Cap sur Rocbambeau. Dans la nuit du 4 au 5 Février, il passa entre le pori Français et I9 poste Pruuel, et attaqua les postes Métayer et Bousmat dont il $e rendit iniiiirc. Il assaillit ensuite les postes Grelot et Bourgeois; mais il fut repoussé. Le chef de bataillon Bertrand qui commandait au poste Bourgeois fut grièvement blessé. Les troupes, cantonnées dan« l'encointG du Cap, ne s'ébranlèrent* qu*à la pointe du jour. Alors le chef de bataillon Rapalel lança deux colonnes contre les postes Hé* ta} or et Bousmat. Lçs indigènes furent chassés des positions dont ils s'étaient emparés pendant la nuit. Rapatel ne put néanmoins les empêcher , pendant qu'ils se retiraient, d'incendier la plupart des ha* biiaiions du voisinage.

Rorpain se retira à \audreuil où il se retrancha pendant la nuit, après avoir rallié toutes sos troupes. Cet échec ne l'avait pas décou* ragé. Il se disposa à s'ôlanicer do nouveau sur le Gap. Le général CIausoI, instruit de son projet, résolut de disperser ses troupes. Le lendemain, 6 Févricc, ie général ClaparèJe reçut Tordre de prendre le commandement de Tarmée. Il sortit du Cap, à la tête des 7.e, 20. e, et 83. e de ligne, donnant une force de 2500 hommes ; à la lôle de 600 gardes' nationaux extérieurs , et de 200 cavaliers de la garde d'honneur, sou^ les ordres du colonel Nelerwood. ll'attaqua les indigènes dans leurs retranchemens de VaudreuiL Romain soutint le choc des frai>çais quoiqu'ils lui fussent supérieurs en nombre.* Assailli de tous côtés, il présenta partout un front formidable. €la« parède, après de vains efforts pour enlever le camp retranché, feignit de battre en retraite, afin d'attirer les indigènes, en rase campagne^ hors de leurs lignes. Romain croyant qjiie les français étaient sur lé point de prendre la fuite, s'élança pardessus son retranchement^, pour les rompre. Claparède fit aussitôt voUe face, ouvrit ses rangs, et l'artillerie légère vomit la mitraille dans les bataillons indigènes. Le chef de brigade Neterwood chargea aussitôt à la tête de la cavi^krie de la garde d'honneur.

Romain , sans, être rompu, rentra éaat sa positiMi. MeterwoM»

m^TOiRE d'haIt!.— (I8Q3.) 431

f «nporlé par sa foogue ordinaire, ne s'arrêla qu'au pîed des relran- \

•cheniens où il fut accueilli par une Vii^e fusillade. Il vit tomber, à

ses côtés, U capitaine Laforge de la garde du capitaine général. Les

deux armées demeurèrent en présence. Les indigènes perdirent 200

liommes, et les français à peu près un nombre égal. Danstia nuit

qui suivit, le général Romain se retira à son quarlier-géneral de

Limbe.

Les indigènes de U division Capoix, qui avaient traversé le canal de la Tortue sur des radeaux, occupaient toujours l'intérieur de celle * petite Ile. Nous avons vu qu'ils en avaient incendié Tliôpitol établi sur rijubilalion Labalut. Rochambcau , ayant repoussé la dernière attaque de Romain, crut pouvoir dégarnir de quelques troupes la ville du.Cap^; il se résolut à envoyer une expédition à la Tortue. Le 17 Février, l'adjudant commandant Ramel partit sur le vaisseau le Dtêquesm avec cinq bc'ilimens légers. La force effective de celte expédition était de 400 hommes dinflinteric, d'un dctacUement do 150 <hasseurs de la garde du capitaine-général, sous les ordres du chef de bataillon 'Booze, et de GO dragons. Ramel, aussitôt qu'il eut opéré son débarquement à la Torluc, se rendit sur rtiabitaiion Doubaire. 11 réunit ses troupes à celles. do l'adjudant- commandant Boscus, et marcha contre les indigènes de Tinlérieur qu'il culbuta et tailla en pièces, après un combat acharné. Il perdit un intrépide officier , HerumJ)erger, capitaine des chasseurs, du la garde. Le citoyen Fey, commandant du lougrc le VaiUoui\ recevait dans ses chaloiqics, pendant le combat , utie foule de blancs pro(*riélaires qui fi.'vaiciil le cliamp de balaille, le long du rivage. Les matelots du Vautour écia' sèrcht à coups d'aviron ceux des indigènes qui, cramponnés à des planuhes, nageaient dans le canal pour atteindra Laveaux-Lapointe , ou St. Louis du Nord. Le chef de bataillon Vincent Louis et le capitaine Gardel, suivis de quelques grenadiers de la O.ese retranchèrent dans les rochers escarpés et les bois qui avoisinent le mouillage du coquillage. Us s'y maintinrent jusqu'au commencement de la nuit. Ils avaient perdu la plupart de leurs compagnons. Ils fii^ent trois signaux pai trois grands feux successifs. Gapoix découvrant ces feux , de La veaux Lapointe , reconnut le si^no de détresse dont il était convenu avec Vincent Louis. Des chalou* pes indigènes partirent aussitôt du Carrerouge de St. Louis, et atteignirent le coquillage de la Tortue. Vincent Louis et Gardel s'ein^ barquèrent avec qttelques hommes, et revinrent au Carrerouge d'où Ils s^ reudirenl au quartier-général de Laveaux<Lapoiutc auprès de Caipoix.

Le géaérsd eo chef Dessalines avait appris ^ aux Gonaïves , Tatta*- <|'ae infructueuse dririgée par Romain contre le Cap , daiis ia «uii du 4 au 5 février. Romain lui écrivit , peu de jours après, qu'il avait reeouau la ^ossibîliibé •dente ver le Gap ^ û «a lui envoyait lUft

432 UMTOiaE D*1IAITI. — (1803).

renfoils. Ses émissaires lui avaient donné Tassuriànce qu'ils avalent trouvé le movou d'entrelonir des inleliigences dans la ville avec un iuicicu colonel de la garde nalionale , Médard , noir, d'une grande ^ itifluence sur les siens. Ils prétendaient qut Médard se soulèverait, au sein do la place , à la tôle des noirs cl des hommes de couleur, à la première allaque qui serait dirigée contre elU; qu« beaucoup d'indigènes étaient entrés dans la conjuration » entre autres Robillard, jeune offieier ds couleur , ancien aide de camp de Christophe. U n'y avait au Capaucune conspiration ea faveur des indépendans quoique los$ indigènes de cette ville vécussent sous un régime sanglant. Les émissaires de Romain avaient confondu le mécontentement gé^ néral avec un projet de conspiratiun. Dessalines ordonna aux gé^ néraux Clnislophe et Ckrvaux de partir des Gonaïves , et d'aller renforcer le général Komain , à Limbe, ils étaient accompagnés du colonel Mvigny , à la t^ie de la 14® denii-brigade formée des débris des casaques louges etdii l'ancienne garde dhooneur de Toussaint Louverture*

Les hauteurs qui avoisiuentle Cap étaient hérissées de forteresses depuis I habitation Bréda jusqu'à la barrière Bouteille, sur une ligue de près de deux lieues. Eu parlant de Limbe au Sud Ouest, et en suivant la graude route, la première fortiiication qu'on rencontrait était 1% Muckaus de Bréda , à gauche du chemin, protégé, du coté Ouest, dans la montagne , par le poste Jeantot. Sur la même ligne , à gau* che, Ton renconiraii eiisuiîe le fo l Pieiie Michel et labulle Cluirrier j plus loin ou traversait, sur un petit pont, leau rapide de la ravine Charrier qui se [)récipile, à droite du chemin, dans la rivière du haut du Cap, et Ton arrisail au fort Verlières. Continuant vers le Nord, Ton allcignait , à droite de là grande route , le fort Cliampin, d où l'on décou\rait, à gauche , un peu plus en avant vers la ville, les forts de Tilopital cl de Bélair. Avant d'atteindre , à gauclie, le fort Bélair , on parvenait à l'entrée de la place, à la Barrière Bouteille. Sur le rivage \ de la mer , entre- la Petite- Anse et le Cap , s'élevait le fort St. Michel; et la rivière du haut du Cap, coulant du Sud au Nord et longeant, à l'Est, la grande route, se jette dans la n)er entre le fort St. Michel et la ville. A fOuesUi le Cap est dominé de mornes où il y avait des postes français sur les habitations Lory , Métayer et Bousmat. En partant du poste Jeantôl , on pouvait facilement éviter les forts qui bordaient le grand chemin , eiilever, à Timproviste, le fort Bélair, les pos* tes Lory, IV^élaycr, Bousmat, et assaillir la \ille.

Après l'arrivée de Christophe et de Clervaux à Limbe, le géné« rai Bomain partit de ce bourg à la tète de ses troupes. Quand il arriva sur Ihabitation Jeantôt, au haut du Cap , il en enleva le poste, 6i y laissa les généraux Christophe et Clervaux , pour protéger sa re* traite, s'il était repoussé. Il divisa son armée en quatre colonnes, touract les forts Biédai pierre Michel , Charrier , Yerlîères,et assail*

tttsroiRts D^HAtTi.*^(18ûâ) 43à

lit )e$ hauteurs qui dominent le Cap > ^ à 4 heures du matin du i9 Février. L'on dansait alors au palais du gouvernement où il y avait une brillante fête. La première colonne indigène» dirigée par Ro'-. main en pi^rsonne, ^enfeva à la baïonnette le poste de l'hôpital des Pérès et le fort Bélair. Les troupes européennes furent passées au fil de Tépée. La deuxième colonne donna assaut au fort Bourgeois^ dans la ravine de la Pro^dence; mais elle fut vigoureusement repoussée par un bataillon de la 77e. La troisième s'établit sur le morne do la ville ^ h la hauteur de l'habitation d'Espagne; et la quatrième se tinr en observation , avec Christophe et Glervaux , devant les lignes du haut du Cap. Maîtres de Bélair, les indigènes s'établirent sur la crête du morne qui sépare^ ce fort de la rivière du haut du ^ap. Les communications entre la ville et les avantpostes français qu'ils avaient tournés , étaient interceptées par le chemin de la Fossette. La gauche de l'armée indigène établie au Bélair voyait sa droite s'étendre jusqu'à la barrière Bouteille. Ja-» mais le Cap n'avait été assailli d'aussi près.

A la pointe .du jour , le général Clausel « qui jusqu'alors s'était itn\Jt sur la défensive, alla examiner la pesition de I ennemi et se •disposa à le chasser des points qu'il occupait. Il réunit toute la garnison sur la place d'armes, et donna ses ordres aux oTiiciers supé-» rieurs en présence de Rochambeau. Son avant garde composée de la' garde nationale, de la gendarmerie maritime et d'un bataillon de la 7.e de ligne, s'ébranla et commença le feu en attaquant vigou-* reusement la barrière' Bouteille , pour s'ouvrir un passage dans le grand chemin. Les indigènes, aux cris de vive la liberté! la ville est à nous I se jetèrent sur les français avec fureur, les culbutèrent et commencèrent à pénétrer dans le Cap. C'eut été le moment fa* vorable , pour les gardes nationaux noirs et jaunes , de se prononcer en faveur des indépendans, s'ils avaient réellement formé le projet de livrer la place au général Romain ; ils déployaient au contraire la plus gramle intrépidité et soutenaient le moral des européens. Le capitaine français Colzi fut mertellement blessé ; le chef de bataillon I^esfontaines rallia les fuyards de la 7e. et du bataillon maritime qui .revinrent à la charge , soutenus par les grenadiers de la garde d'honneur et les deux compagni^^s administratives. Le carnage devint affreux; l'on se battit c<)rps à corps. Après une lutte opiniâtre, les français furent encore culbutés. Les indigènes s'avancèrent dans la savane de la Fossette près de la Loge actuelle des Francs- Maçons, les talonnant audacieusemeut au pas de charge.^^ Mais une batterie

* Les troubles qu'excitèrent les chels. mulâtres, dans le Sud, coïncident avec l'attaque [sn pluviôse] du chef nègre Christophe et du traitrc mulâtre Glervaux , contre la ville du Cap où cas révoltés furent défaits et chasses in fort Belair qu'ils avaient surpris. (Delàire.)

^* Bulletia de Tarmée française.

434 HTBTOIRE I>*HAITI.~(1SdS)

IbrmidaMe, dressée par la général Thouvenot à rextrémilé de Fossdtte, fut tout à coup démasquée; elle répnadit la mort daiis les 4*aDgs des indépendans. Les indigènes se précipitèrent vers les^canons; mais l'artillerie française l)ien servie arrêta leur élan , et les coq* traignit à se retirer , sous la mitraille la plus meurtrière. Le chef d€ ))rigade Neterwood, à la tète de la eavelerie delà garde d'honneur, les chargea et les ehassa du grand chemin*. Par ce succès, le général Clausel rélablit ses e^mmunioations avec les blockaus du liaut au Cap et THôpital des Pères En même temps , le chef de bataiitoQ Thouzard, à la tèle d'une division de la garde nationale, marcliail sur Thabitalion Cliquet, à la rencontre des indépendans qu'il n'atteignit que sur rhabilalion Picard. Les indigènes de celle colonne s'efforçaient de se réunir à leurs compagnons établis sur riiabitatioit d'Espagne , pour former une masse cfui devait forcer la Fossette. Thouzard les rejeta sur d Espagne , marcha ensuite sur celle habitation, à la baïonnette, et mil en 4)lcine déroule la eolonnequi I occupait. Jl réussit à éteindre le feu qui avait été mis dans la grande case de cette habitation. Les indigènes, chassés de d Espagne, se relirèrenl au sommet du morne Lory. Les chefs de bataillon Jumel et Léau« mont, à la tèle de treize compagnies de chasseurs de ligne et de Russy, les attaquèrent avec vigueur , les dispersèrent , et les talonnèrent tellement qu ils ne leur donnèrent pas le lGm|>s d'ineeudier Thabî tation Tipbaine. £n môme temps, le commandant Caignet enlevait le poste de THôpilal à la baionnelle. Romain tenait encore au fort Bélair. Le général Touvenot établit contre celle position une bat* lerie de huit pièces de canon et d'un obusier. Les boulets, les bombes et les obus contraignirent les indigènes, en moins d une demi heure, à abandonner le fort Bélair. Ils rencontrèrent derrière le fort une colonne française qui leur coupa la retraite.. Un nouveau combat s'engagea ; el après une lulle sanglante , le général Romain passa sur le eorps de la colonne française.

La colonne indigène qui était demeurée en observation au haut du Cap, sous les ordres de Christophe el de Clervaux, fut attaquée à son tour par la cavalerie de la garde d honneur commandée par Neterwood, et par les dragons du Cap, sous les ordres de Ciaparède. Christophe et Clervaux se formèrent en bataillons carrés , el repoussèrent^, pendant trois heures , les charges les plus brillantes «le k cavalerie française. Clausel pour déterminer la violoiieen sa faxeur, envoya à Ciaparède deux compagnies d'artillerie légère avec deux de pièces de 4. Les boulets liront bieuuH des brèches dans les carrés qui furent rompus par les dragons. Les indigènes sabrés et diaf^ersés , ne se rallièrent qu'au Morne Rouge. Les français remportèrent une victoire complète , et étendirent leurs avant postes au loia dans les campagnes. Les indigènes perdîreat dans cette journée plui 4» 709 hommes j et les français donnèrent la sépulture à plus de

RUTOIRB d'hAITI. — (180S) HB

500 des leurs. Romain alla camper de DOuVeau au Lîmbé ; Christophe et Ciervaux se retirèrent aux GonaÏYes. Le capitaiBe-générat complimenta les gardes nationaux noirs et jaunes sur Tintrépidité qu'ils avaient déployée dans Taction, et leur promit perfidement que le gouvernement leur porterait toujours tonte sa sollicitude.

Les français avaient fait une centaine de prisonniers. L'un d'eux^ nommé Monfort, officier, noir, des grenadiers du i**' régiment indigène^ dénonça le colonel Médard, noir, ancien chef de la garde nationale du Cap , d'avoir' été d'intelligence avec Romain , pour lui livrer ta ville. Rochambeau fit aussitôt arrêter Médard et plusieurs autr.ed officiers , noirs et de couleur, qui avaient été aussi dénoncés. Mé« dard fut pendu , sur le marché Cluny , en présence de l'armée. Un jeune homme de couleur, Robiilard , et un grand nombre d'autred indigènes furent arrêtés , embarqués et noyés sur la simple dénoncia* tion de Monfort qui , voulant obtenir sa liberté , dévoilait de prétendue complots. Le fils du colonel Médard, jeune homme noir, nommé Pôunoute , fut arrêté et condamné aux travaux forcés. Le général Glaparéde avait le commandement de la ligne des forts du haut du Cap. Il faisait travailler les forçats à Tcntretien des jardins de Tha^ bilaiion Verdiércs. Peu de jours après l'attaque de Romain contre le Cap, voyant le jeune Pôunoute Médard travailler sous le bàton,^ à Verdières, il le prit en pitié. Il le fit appeler avec plusieurs de ses compagnens, fil ôter à ces infortunés les chuines qui les l'aient les uns aux autres, et favorisa leur évasion en leur disant qu'il les arrachait à une extermination certaine. Monfort, après avoir envoyé à l'èctiafaud une cin(|uantaine de noirs et d'hommes de couleur, fut , à son tour , livré au dernier supplice. Presque tous ceux qu'il avait dénoncés étaient dos jeunes gens qui JQsqu*ators avaient défendu vaillamment la cause française.

Ce fut alors, 24 Février 1803, qu'arriva officiellement à St.- Domingue l'arrêté du Premier Consul, en date du 13 Nivôse an 11 , par lequel le général Rochambeau était confirmé dans son grade de Capitaine Général. Cette nomination définitive lit la joie des parti* sans de Tancien régime et le désespoir des français vraiment républicains. Rochambeau avait appris la tentative fiiiie par Pétion d'insurger la plaine du Gulrde Sac, la défaite, i l'Anse à-Veau, de GefTrard qui s'eflbrçait de pénétrer de nouveau dans le Sud, l'insurreciion de Pérou. Il crut que sa présence dans TOuest pourrait relever le moral des trou* pes et arrêter- les progrès des indépendans. Il fit publier , par son chef d'état major , que bientôt il transporterait sou quartier-général au Port Républicain. Cette nouvelle épouvanta les citoyens bonne* tes de cette ville; car depuis son départ pour le Cap, à la mort de Leelerc , le système des proscriptions s'était exercé avéb moins de rigueur dans le département de T Ouest.

11 faut cependant reconnaître que depuis quelque temps , beau«

4M msTOiRG d'haiti.— (180S)

*Mup de soldats français voyaient avec un profond sentiment d'hor«reur les atrocités auxquelles se livraient les généraux Rochambeau. Pierre Boyer et Brunet. Le général Desbureaux , commandant du département du Sud, avait sollicité et obtenu la permission de retourner ea France , ne voulant plus être Tinstrument des fureurs du capitaine générai. Il était parti avant Ja première entrée de Geiïrard dans le Sud. '

Dans les livres qui formeront le troisième- volume, nous raconte* rons les exploits de l^marre au Petit Goâve , Tinvasion du département de rOueit par Dessalines, Tarrestalion de Lamour Dérance et ranéantissement de son parti , l'union des populations indigènes du ^ord, de TArtibonite, de T Ouest et du Sud, sous ravloriié dugéné^ ^^al en chef, l'entrée des armées indépendantes à Jérémie, à Jacrael, à St. Mare, aux Cayes , au Port Républicain, au Cap, au Môle St. Nicolas, la proclamation de Tlndépendance d Haïti {V^ Janvier i804). Nous raconterons le régne de Dessaiines, le principan^éros de notre guerre nationale ^ le conquérant de netre Indépendance, et sa iin tragique; la division du pays en deux états : la République d Haïti, d'une part, et TEtat d'Haïti qui se transforma en royaume, d autre part; le» les luttes de Christophe et d^ Pélion , celui là peri^on ni fiant le principe aristocratique, celui-ci le principe démocratique; les luttes des battions de race espagnole contre les français, l'évacuation du territoire de l'Est par ces derniers ; Tordre introduit dans le chaos des finances de la République, par le général Bonnet ; 1 administralioii de Christophe, énergique, cruelle, oppressive, et celle de Pétion, tolérante, à dessein opposée à celle du Nord pour la détruire; la mort de Pétion; la chute violente de Christophe, génie puissant qui serait devenu le Pierre le Grand d'Haïti , s'il n'avait fait naître dans le sein de son peuple, en se laissant trop dominer par d'aveugles fureurs, la terrible réaction qui détruisit son œuvre grandiose , mais tachée de sang; la réunion des départemens du Nord et de TArtibonite à la République, €e1le de la partie de l'Est à l'unité nationale, l'administration de Boyer sur toute l'étendue de Ttle, de Samana à Tiburon , et la reconnaissance de I Indépendance d'Haïti par le gouvernement français, sous Charles X. Alors eommenee à s'éteindre ta race vigoureuse de nos géants révolutionnaires, de ces hommes de fer, à fortes convictions, qui ont fait de grandes choses parce qu'ils étaient mus par de jrjsindes et nobles idées.

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