LIVRE TRENTE-DEUXIÈME
Sommaire. Pendant que Doss.ilinrs organise !■* gauvrrnnmont indiî^ènc à la Pe* lite-Hivière de 1 Anibonito , lis indépMuians 'du (]uaitier de Léogaoe fout dt« procrièc? — Les comnur.it'pns Adam, Carad(ux , Gf-rmnin Frdrr occupent !<? mornes df la Coupe n de rilôpifal — Cancé arrive duns la plaine de Léogane. — Il se fiit proclamer généra:. — Il devi«i^t le cons^'iller de Lamour Dér^nce — Cangé tente d*^ porter la guerre dans le Sud — ïl est batlu nu J-'ont de Miraoroâne. — Exécution de Bardit. — Noyades dans la rade des Cay- s — Révolte de Josrph Darmagnac , dans le qu«riier de l'iU-t aux Cayes. — Division militaire du départemeni du Sud — f^es indiq^ènf.s d' B"Me Rivjère , dans le Sud , se soulèvent contre les français — Noy.ides dans la rade de St Lçuis. du Sud — Cruautés de Kerpoisson. — Exécution d'Hérard Charhrnagne —Exécution de Ferbosse — Geria S:' rallie aux troupes indigènes de Léveillé. — Dessalines envoie Gefîrard dans le Sud pour soub^ver ce déparlement contre les f»anç»is. — Pétion part avec GefTiard, pour l'accompagner jus(ju'à Léog.ine. — Pétion (nlève le Mirebalais sur J ^ il Troy — Il pénètre dans la plaine du Cul de-Sac— Il est Battu à Pierroux , r l'adjudant commandant Néraud. — Il se rend dans la plaine de Léogane par l ô montagnes — il s'efforce ep vain de gagner Lamour Dérance au parti d(^ Drssalines. — Il attaque Léogane, mais ne peut s'en emparer. — Le Port Républicain envoie une expédition au secours de Léogane — Les français jett» nt d(S rrnfoits dans la place — Gefîrard continue sa roule vers le Sud — Pétion roprrnd le chemin de l'Artibonitr — Il arrive à l'Arcahaie.-rLarosc, qui méconnaît l'autorité de. Dessalines, le contraint à vider le bourg. — Pétion se retire à l'Artiboniie auprès de Dessalines — « elui ci jure de punir Larose. — Pétion travaille i.nx fortifications de Marchand. — Dessalmes se résout à soumettre à son autorité Petit Noël Prièi'e et Sans-Souci. — Il se rend au Portde Paix. — Capoix reconnaît son autorité. — Romain , Yayou , Daut Brave, Petit Noël Prière, Sans-Souci lui-même le reconnaissent général en chef. —^Dessa Unes se rend aux Gonaïves. — Les cultivateurs
SS4 HisïoinE' D^iAiTi.— (!80i).
du. Donlon chts3c-rit Christophe de ce bourg — Dos^alines retourne dans le NotÎ Son lan:Tinro aux populations — Il giîjne rnticrom»nt Sans-Souci à«eon parti. — CHpoix fjji incendier l»â hôpitaux »h' la Tortue. — Le général Claustl prend le l^ortdeî^aix sur Cn,f)oix — Christophe fait assissîner SanS;Sôuci à Grandpré. — Le généni fiarrorx prrnd Laxtbon et On waminihn sur les indif^ènes — Christophe marchr conti»; lui ot est b!es«é— Priit Noël Prière se révolte contre C h listophe et crnirt* Ob^alines. — Mort du géiiéral V.\u\ Louverture — Dessalinrs marclie contre INtil NiiOi Prière; ^l anéantit bon pani — Résultat de la chute du parti des Congos. — Pour coutcnicr les cullivatrurs du. Nord , Uossalines place Cluisiophe aux Gonaïv«s — Dcssalines maîche corïtre Larose. — Il s'empaîe d»' l'Arcahaie — J^arose se retire ftuprès de Lamour Dérance. — Le général Quentin r« foulé dans la place do Sai:it-Marc — Travaux administratifs de Rochanibeau. — Arrêté d'Hector rXîure du 20 Frifriairo. — Inâcmuiié accordée aux v(uv(S d''S erapIo3'és de r:ic!inini>iration niiliiair*- — CliarcrtS dus niunicipalllcs. — Arrêté des consuls du 30' V^nlcisiiiire an X[.— Arrêté d" Rochumbeau du 14 Nivôse an XL. — Compagiii s d'^l.tn — Tnific d'«j?claves entre StDouiinguc tt l'île de Cube, par les bâiiin' us do gaurro ffauijais. — Ludot , grand-juge. — Visites domiciliaires pendant la nuit.
T'ciKÎanl que Dessalincs et Pclîon organisaient , à la Petite Rivière de TAiiibonile/ le gouvernement indigène qui avait pris la dénomînalion do gouvernement des Incas, les indcpendans des cantons de' Lcoganc cl du Porl-Ilrpublicain, faisaient de rapides progrès. SanrIogu , Tîtiauséjour , Plot ro- Louis et Mathieu Fourmi, les chefs des bmdcs do Léogiuic , avaient étal>li leur camp priniîipal à Bugnot. Les nioiiiagnes do la (loupe cl do l'Hôpital , près du Port Hcpublicain, claicnt o'cciipécs par Caradeux , Germain frcûc et Adam, noii^s, qui faisaienl lo!is leurs elïoils pour dolourncr les eaux (jui descendent au Porl-llépuhlicain , eu ol)ylruant les canaux. Adam s'tinpara de la source Turgcot siluéc ù une demi lioue de jla ville, sur une émincncc qui domine considérablement la place. On prélcnd que les iî;(li^cncs en cmpoisoniîèrent qncIqucCois les eaux en y jetant de Douibrouscs brandies de M.uicenillicr. Celle source alimente les fontaines de la vi(lo, et arrose les campagnes du voisinage. La garni* son blanche et la garde nationale firent une sorlia contre les indigènes ei les chassèrent de colle position. Les français y établirent u:i poste cousiJi'Mable. Germain frère et Caradeux avaient dressé un camp sur Ihabilation Trère, dans la plaine du Cul de Sac, au pied (les mornes delà Coupe. Ils y étaient à la tète des débris de la 11* demi brigade» coloniale- Ce camp servait d'asile à tous les cultivateurs du Cul do-Sac qui fuyaient les rigueurs de l'administration de Kochambcau.
C^ fut alors qfie Cangé, cbef d'une bande de culiivaleurs des mornes du Grand-Goâve, se résolut à se transporter dans la plaine de Léogane. C'était un homme de couleur , ancien chef de bataillon dans les troupes de Rigaud , pendant la guerre civile. Il réunissait la cooiiance de tous les cultivateurs de ce quartier. Il était sou^
mis i Taulorité de Lamour Déraace qui avait comrtia lui combattu Toussaint Louverture. 11 vint sur l'habitation Sarrebousse, à la tète d'une centaine de cultivateurs , dans la paroisse de Léogane. Par sa bravoure et set talens militaires, il devint bientôt T&mede toutes les opérations. Les indigènes n'entreprenaient rien sans le consulter. C^élait le seul oflicier qui eut servi dans des troupes régulières. Les insurgés n'avaient jamais eu l'idée de s'organiser en corps disciplinés ; le système africain de Lamonr Dérance régnait parmi eux; ils combattaient sans ordre ; et toutes les fois qu'ils attaquaient Léogane, ils étaient repoussés par lar tactique européenne. Gange réunit surTIiabilation Sarrebousse les chefs de bandes de la plaine, Mathieu Fourmi, Sanglaou , Pierre Louis. Beau-Séjour qui, le premier, avait donné le signal de l'insurrection dans le quartier de Léogane, était absent. Cangé fit dresser, une tente pour les chefs , et leus servit un grand repas où il y avait en abondanee de la viande, des vivres et du taiia. Les cultivateurs 9 de leur côté, étaient réunis, par groupe, sous les arbres , autour d'énormes quartiers de bœuf rôti , de meuton et de porc. Ils dansaient le bamboulas , chantaient , mangeaient, buvaient et s'enivraient. Lorsque toutes les têtes se trouvèrent exaltées par les vapeurs du tafia, Cangé fit sonner du lambic et réunit toutes les bandes auteur de la tente principale. Il monta sur une souche et dit à la foule : mes frères, pour faire avantageusement la guerre aux français, il faut qu'on soit discipliné, qu'on ait de la tactique, quon se forme en demi-brigades et qu'on se donne des officiers et des sous officiers. Les bandes accueillirent «es paroles par de grandes acclamations. « ,Je nomme , continua t il, Sanglaou et Mathieu Fourmi colonels; ils choisiront les capitaines de leurs demi*brigades.> Ces deux nominations furent saluées par des cris d'enthousiasme. Alors il organisa deux corps d'infanterie , et un corps de cavalerie de deux escadrons. Il somma les chefs de bataillon, et proclama Pierre Louis , officier d'une rare intrépidité, chef d'escadron. Les csltivateurs la plupart ivres reprirent leurs chants et leurs danses. Cangé demeurait sans grade ; et les insur* gés qui ne Taxaient pas compris ne faisaient entendre aucun cri en sa faveur. Il fit de nouveau sonner du lambi, obtint un |3eu de sileace, et dit : j'ai nommé les colonels , les commandans , j'ai mis chacun à sa place; que suis je moi même? la multitude s éeria vive le général Cangé! et s écoula en chantant à travers les bois. Par son adresse, Cang^ devint le chef de ces hommes alors simples, mais héroïques, qui svbirent l'influence d'un guerrier brave, audacieux et inlclligont. C'était dans les premiers jours de Décembre. Lamour Dérance sortant des mornes de Jacmel vint à Darbonnc. Il confirma Cangé dans son grade de général quoiqu'il eût vu avec jalousie cette nomination faite en son absence ; néanmoins (-ange ne tarda pas à devenir son favori et son conseiller. Beau -Séjour mécontent de la «induite d^ Caogé qui avait pris un commaûdamcat qui lui rev^-
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Dait, demeura dans les mornes, s'isola et ne prît plus aucune part à la guerre. Lamour Déran ce retourna devant Jacmsl qu'il assiégait^ après avoir ordonné à Cangé d'attaquer Léogane. telui-cî assaillit vi- -goureusemgnl les français, les refoula dans la place, qu'il cerna ctroilement, et s établit à Darapuce à l'entrée de la grande roule du Port- Républicain. En même temps ( iO Décembre) 19 Frimaire, Lamour Dérance donnait assaut à la ville de Jacmel , secondé par les comman- <lans Magloirc Ambroîse , Lacroix et Macaque. Il fallut , pour le repousser, le courage et la fermeté du général Pageot et du colonel Dieudonné Jambon. Ces deux officiers furent énergiquemenl soutenus par les chefs de bataillon Burres et Pascal.
Cangé, ne pouvant se rendre maître de Léogane vigoureusement, défendu par le commandant Laucosle , -laissa autour de cette vilte assez de troupes poar empêcher les français de se répandre dans la plaine, et paitil pour le pont de Miragoâne avec la résolution de pénétrer dans le département du Sud on il devait porter la guerre. <)uand il traversa les mornes du Petit-Goave, il fut attaqué par le chef de bataillon Delpêche qui commandait ce canton pour les français. Il le battit et continua sa marche. Il alla camper sur Ihabiiation Olivier près du pont de Miragoàno. Ce pont sert de communication entre les dépjrlcmens du Sud et de l'Ouest séparés au Nord par un étang. Il était occupé par un détachement de la 90'' de ligne, et par un bataillon de chasseurs créoles , composé de noirs et d hommes de couleur , sous les ordres du commandant IV^rou , noir. II y avait dans ce bataillon un grand nombre de^ soldats de la 4* coloniale, qui s'étaient trouvés à Jérémie lors de l'arrivée de l'expédilion de Leclerc , quand le colonel Dommage fut arrêté. Les chasseurs créoles, dès qu ils apprirent l'arrivée de Cangé, résolurent de lui livrer le poste qu'ils occupaient. L'un d'eux , jeune homme de couleur , so ren:lit sur l'habitation Olivier, et demanda à s'entretenir avee lui. Eu ce moment Cangé était ivre et maltraitait tous ceux qui s'approchaient de lui. Dés qu'il aperçut l'uniforme des chasseurs créoles, il s'écria: arrêtez ce français. Le jeune homme fut sabré sous ses yeux. Ses prjpre^ gens furent in jigués de «et acte ds cru« auté. Dès que les cîiasseurs créoles apprirent l'assassinat de leur envoyé, ils marchèrent avec impétuosité contre les insurgés, les attaquèrent avec fureur, les culbutèrent et les poursuivirent au loin. Cangé ne s'arrêta, dans sa fuite, que dans la plaine de Léogane.
Les indigènes du département du Sud n'étaient pas plus à l'abri des persécutions que ceux des autres départemens depuis que Ro« chambeau avait pris les rênes de' la colonie. Sur le simple soupçon d'une conspiration qui devait éclater au Petit-Trou des Baradères,ie général Laplunie ordonna l'arrestation de Bardet, cet ancien chef de bataillon de la 13* coloniale qui avait livré le fort Bizoton au général .Jtoudst j k l'arrivée <1« l'expéditiga. Gelait un ofliciertout dévoué i
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la France. 11 fiil noyé daos la rade de r\nseîi Veau. Celle ex<^culîon émut profondément le déparlement du Sud. Beaucoup d hommes de c^eur arrôtés comme ses com|»lir.es furent 4>\t'culés. l/un d'eux Gérin ne dut son salut i|u'à la proieclion d'un « flicier indigcije, nommé Segrétier, qui fa>orisa sa fuite. * Segrétier , jouUsail jusqu'alors de toute la confiance du gouvernement.
Les bàtimens de guiire en station dans la lade des Cayesse remplissaient aussi d'indigents dt^slinés à être nojés. Chaque jour les flots apportaient au rivage de nombreux cadavres. Tant d'aro» il*'^s excitèrent à la révolt« une cinquantaine d'indigènes qui mus par la désespoir, ne piirenl aucune mesure pour la réussite de leur entreprise. Après avoir mis à l«ur tète un noir iiommé Joseph \rmagnac , ils s'emf)arérent, à dix heures de la nuit, du quartier de I Ilet à une des extrémités de la ville des Cayes, et s*y retranchèrent. Le colonel Berg«r commandant de la place, réunit aussitôt I:) g.irde nationale et les troupes de ligne, marcha contre eux, les c^rna , les attaqua , et les lit tous prisonniers. Le Dimanche qui suivit cette aifaire, Joseph Armagnac et ses comp:)gnons d'inf(»rtune furent les uns pendus, d autres noyés. Cette révolte hâta la perte de nombreux indigènes qui encombraient les primions. Peu de temps après oq noya dans la rade des Cayes les nommés Moreau , Doudou , Viart, Prosper, Bru(|uiu, hommes de cooleur, et une foule d autres. Braquia était un honune véritablement instruit ; il avait été élevé en Europe. A[\r(tii la njort de Fréron , il avait "clé question de le nommer souspréfet du départentcnt du Sud; mais il avait été écarté de celte dignité par 1 influence du parti colonial.
Le département du >Sud dont toutes les villes et tous les villages étaient encore au pouvoir des français était divisé en trois arrondissemens militaires sous les ordres du général de brigade Laplutne.
L'autorité du général Darbiûs s étendait de TAnse à- Veau à Dame- Marie inclusivement, sur les villes deTAnse-a Veau, du Petit Trou, de Jérémie et du cap Dame-Uarie.
Le chef de brigade Berger commandait depuis Tiburon jusqu'à Cavaillon ; son autorité^ s'étendait sur les villes d^ Tiburon, des Coteaux , de Torbe<k, de Port Salut, des Cayes et de Cavaillon indu* BÎvement. '
Le chef de brigade Nérette commandait depuis Cavaillon jusqu'à l'Anse àVeau. Il avait dans^Télendue de son commandement Saint Louis ,^ A4|uiii, le Pond des Nègres, et tout le coi^don qui «éparo ie département du Sud de celui de l'Ouest.
Peu de jours après la défaite de Cangé au pont de Miragoâne, le général Laplume ordo/ina à un officier de couleur, BeUegarde
* Gérin ne tardera pas à devaiûr UA d*» bérta de la fuerrt de liaflépeadmiee dans ie Btii^
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Baudouin, qui occupait l'habitation Mûrier , dans le Sud, à la télé des 'gardes nationaux de Belierivière , d'aller renforcer la garnisoa eu Pont de Miragoàne que les insurgés de TOuest menaçaient chaque jour de forcer. La milice de Belierivière était composée en grande partie d'hommes de couleur^ la plupart propriétaires. Bellegarde Baudouin et ses compagnons témoins des crimes auxquels se livraient les français rr^so urent tle se soulever. Après avoir fait part de sa détermination à Giles Bcmbara commandant des insurgés des mornes du Petit- Goave, ei au colonel Gilbon , ehef de ceux des mornes de Biynet, B'ilegiirdvî Bau iouin sapptooha de Miragoàne sans difficulté, la garnison européenne de cette ville ne se doutant pas de son projet. Miragoàne était commandé par un of(icier noir Pierre Viallet^ ennemi cruel de ses frères. Baudouin Tenleva sans ceup- férir , s'empara d'une grande quantité de munitions, l'abandonna ensuite, et se retira sur rhahilation Torchon.
Le colonel Nérolte, homme do couleur ^ qui commandait à Aquia pour les français, lui envoya secrètement des présens, lui (it de brillantes promesses, et le porta k abandonner la cause de la liberté. Bellegarde Baudouin partit seul , pendant une nuit , de Thabitatioa Torchon., et se rendit aux blancs.
Nérelte, pour témoigner à Rochambeau tout son dévouement à la métropole, persécutait horriblement ses frères. Il venait de laisser noyer dans la rade de St. Louis vingt deux aaciens oKiciers , noirs •et de couleur. Ces infortun(Vs furent conduits à bord'de la frégate la Clorindey en station dans le port de St-Louis , et commandée par le citoyen Lebozec , officier européen. Parmi eux se trouvait le citoyen Moulin qui avait commandé le bourg éo St Louis. Lebozec les accueillit avec humanité; il prit leur sort en pitio. Peu de jours après, le co- - lonel français Berger commandant de la place des Cayes » que Ion avait surnommé le lonp cervier du département du Sud, à cause de sa férocité, envoya, à Si-Lou^s, Kerpoisson lieutenant du port des Ca^es, avec ordre de noyer dix neuf prisonniersqui devaient être à bord de la Clor%nde\ il ne lui en* avait pas donné les noms. Arrivé dans la rade de St. liouis, Kerpoisson demanda l^s dix neuf prisonniers. J'en ai vingt deux , lui dit L<bozoc; quels sont ceux que vous désirez? Eh bien ! les vingt deux , rt^pliqua 1 assassin , surtout Lefranc. Celuici était un ancien colonel, homme de couleur , qui a>ait aussi ccmi» mandé à St. Louis'. Penstz vous que je sois un bourreau , s'écria Lebozec^ je ne joue pas avec la vie de mes semblables ; quand vous m'apporterez les noms des prisonniers que vous réclamez , je vous les livreraL Kerpoisson retourna aux Cayes , et revint avec les noms des vingt deux infortunés qui lui furent livrée 11 les jeta liés les uns aux autres dans des eanots à soupape, les dépouilla et les noya.
Mérette à Aq«jin se glorifiait des lettres de félicitations qu'il rece* tait de Ruchambeau j et prétendait qu'il serait un jour préseniè k
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Bonapnrle. Il avaîl l'espoir de vivre dans Topulence à Paris. îï fît fusiller sur la place d'A.(|uin un jeune hommn de couleur, Horard Charlemagnc , parce (\ue celui ci avait dit à un blanc gui le mena"-' çait de le Taire flageller qun son règne finirait bientôt.
Par la trahison de Beliegarde Baudouin , les indigènes de Bellerivière se trouvèrent momentanément sans chef. Ils mirent à leur tète un de leurs compagnons d'armes, Lévêillc , officier noir. Nérelle partit d'Aquin, et vint attaquer la position qu'ils occupaient. Il fut complëlemcnt battu. Il accusa Beliegarde Baudouin dètre d'intelligence avec les insurgés el voulut le faire arrêter. Baudouin prit la fuite et vint rejoindre ses anciens compagnons qui lui pardonnèrent fi» trahison et I adtnirent encore dans l<»urs rangs. Léveillé alla cam« per sur l'habitation Olivier ^ près du pont de Miragoâne. Il fit ensuite une excursion dans les hauteurs du Rochelois, et revint. a Olivier à la tête de nombreux cultivateurs qu'il avait recrutés. Il marcha ontre les français et les battit sur l'habitation Ste-Groix, au Rochclois. Mais pendant qu'il retournait à son quartier général, il fut assailli sur l'habitation Lor* cjuette par le commmandant Ferboce, homme de couleur. Un combat opiniâtre s'engagea. Ferboce, vaincu, rentra à A<|uin , grièvement blessé.- Les français l'accusèrent de les avoir trahis. Il fut arraché à son lit de douleur tt jeté dans les flots qui devinrent sa sépulture. Ferboce était un ancien officier de l'armée de Toussaint Louverlure, pendant la guerre civile ; il commandait k Jérémie un bataillon de la 4.e coloniale , lors de Tarrivée de l'expédition française.
Gérin , ancien chef de bataillon dans les troupes ^Ae Rigaud , pendant ha guerre civile , qui venait d'échapper à ta mort , à 1 An* se à* Veau, vint « la tête d'une trou|)e d'indigènes la plupart propriétaires , grossir les bandes de Léveillé. K\)ies la chute de Bigaud^ Dessalines , admirant le courage quil démunirait en marchant au supplice , l'avait sauvé du massacre.
A^a même époque, le quartier du Mirebatats , au milieu de I9 conflagration générale , jouissait d'une parfaite tranquillité. Le «o* lonel Paul Lafrance , noir, officier tout dévoue à la France, y * commandait. Lts habitans de cet arrondissement avaient tellement soufTcrt, sous Tou«isaint Louverture , qu'ils craignaient , en se soulevant , quoique le régime français fût très cruel , de tomber sous une administration encore plus sanglante. Le Mirebalais, position fortifiée par la nature, protégeait la plaine du Culde-Sae contre les agressions des indépendans de TÀrtibonite, et entretenait les communications du Port Républicain avec Tancienne partie espagnole. Le colonel Paul Lufrance avait sous ses ordres un bataillon de troupes polonaises, la garde nati^'oale noire et jaune du canton, ainsi que la gendarmerie que commandait le chef d'escadron David Troy, Tofficier le plus intrépide de la garnison. David Troy, était un n#ir, ancien •fBcier de Rigaud , ennemi acliarhé de Des;)aliQc« et très attache au
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pnriî français. Pauî Lafiance faisait fréquemment des excursions dih.s les <|uarlitTS que possédaieut les indépendans. Accompagné de Diivid Troy , il dirigea une de ses colonnes sur Thabilalioa li;ille:iiel , pour enlever les denrées qui y élaient «mmagasiaces. De's:ilMies avait établi, dans le canton de la Petite Montagne, un camp, sons les ordres de Guilhum»' Fontaine. Celui ci poussa une re(îi»nirnss;mce ju^^qu'à Ballemet , et se relira après avoir fait sur les frai)(;ais une dêch.irge meurtrière de mousquelerie. Paul Laf \nce marrh;) sur la Petite Montagn* , malgré les conseils de David T'oy qui l'exhortait à attendre l'arrivée d« la cavalerie. Il rencont'i las ind*'|M)ndans au Gros Collet, les attaqua et fut complètement b. Uu. Il fut tué dans la déroute par un soldat nommé Maquiacat qui lui trancha la (è(e. Cette tète, mise dans un sac, fut envoyer à D'ssarnus qui él:iit à IXrliboniie.
D.ivid Troy rentra^ au Mirebalais <lont il ptit le commandement.
A la nièuu* époque, poiiilaut (|ue Rofliainbeau déployait tous ses eiïoiLs |ii)ur l'opreudre le^ villes du littoial que LiM'h.rs avait été contraint d 'abandonner , D'^ssalines se résolut à utiliser 1 influence dont joui^vSaient dans le Sud les oriicier» de la 13.0, en portant la gn^Tre rlaus ce lépai lcm»'nt : la 13.0 avait été formée des débiis dr*; troupes de Rigaud , apiès la guerre civile. Le général en «hef fi' ajipelcr !e colonel GeBrard, un des officiers le^ plus brillans de
I ancitune aiinée de Ri^aud , lui confia lecommand^^ment de la 13. e, et lui annonça <|u'il alhiit Teiivoyer dans le Sud. Il lui remit un ))aqut*t avrû«ordre de ne I ouvrir qu après s'être «nqiaré d un des P'iris de mer du départenunl du Sud. H lui donna pour instruc» lions d employer son influence ainsi que celle des officiers de la 13. e, pnticulièrement de Jean Louis François , de Moreau ou Coco llerne , de Pipailler, de Fiancisque, à gagner k la cause de I indépendance les anciens partisans de Rigaud, qui ^ depuis la guerre civile , avaient eu horreur le nom de Dessa^înes.
II ordonna à Pétion d'a^^compagner Gt^ifrard aussi loin qu'il le pourrait , de soulever la plaine du Cul dt^ Sac en la traversant , el d irra^her Caugé au parti de Limour Oér.ince. Pétion partit de It* P.îiiie Rivière avec une division coînpos'N' d un bataillon de la 7.c, comnandé par iMininier, de toute la 10e demibrigade, sous les erdr^s de Jean Philippe Daut , et de la 13.e , vSous les ordres de Geffrard. Ces troupes, fouroissant une force de 3,500 hommes , traversèrent Plassac,- Relbédé , Rodillon tt la Coupe Mardi Gras, , sacheminant sur le Mirebahis ou le bourg Sl-Louis. Elles s arrêté* renl dans la gorge de la Tumbe. Pétion , pour s'ouvrir un passage dans la plaine du Cul de Sac , s« détermina à enlever le Mirebalais.
Il fallait d'abord s'emparer des farts do la Crête et David qui cou- \raieut ce bourg. Il divisa son armée en trois colonnes ; celle die droite j Qou)]>osce de k IS.e^ t^l confiée à Geffrard; eelle die gao>-
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•he, composée de la 10.e, fut confiée à Jean Phîirppe Daut, et celle (la centre , formée d'un bataillon de la 7.e, demeura sousles ordres du général Pétion» Geffrard s*empara sans coup férir du fort David, et Jn. Philippe Daul enlnva le fort de I» Crète ^ après un combat sanglant. Les troupes françaises se replièrent sur le bourg Si Louis que le commandant Ehivid Xroy se disposait k défendre jusqu'à la dernière extrémité. Pétion , maHre des points^ qui dominaient le bourg, résolut, ayant de lui donner assaut, de« tenter, la voie des n»''gocialions. Il envoya en parlementaire auprès de David Troy , Francisque, un des capitaines de la 13e. David Troy réunit les officiers de la garnison , et leur (it connaître que Pétion leur prgposail de se ranger sous le drapeau de l'indépendance. Dadé, homme de cou!<^ur, et Plonzac, blanc, administrateur, repoussèrent avec indignation celte^ proposition.' David Troy^ de son cùlé • déclaïui qu'il ne se soumettrait jamais à Dessalines qui, pendant la guerre du Sud, avait été l'exécuteur des ordres scélérats de Toussaint. Cependant Dossaltnes , éludant sans cesse les ordres de Tb«i8saint , avait sauvé , autant qu'il avait été en' son pouvoir , un grand nombre ,3e noirs et d'honimcs do couleur rigaudms. Lq capitaine Francisque sortit du Mirebalais, retourna au camp desindépeudans , et apporta à Pélion h réponse de David Troy. Celui ci vint s'établir au morne Conil près du fort David. Il divisa ses troupes en trois colonnes; iT conua ceik de droite au capitaine- Bourré, celle de gaucho au 'capitaine Dadé, et prit lui môme le commaniement do la troisième. Il marcha audacieusement contre Pétion à huit heures du malin. Le capitaine B^uré assaillit le fort David, et fut repoussé avec perte; ses solHal» l'emportèrent grièvement blessé ; il avait perJu un ofiicier distingué , Désermine^ homme de couleur. Dadé , qui avait attaqué le fort de la Crète , se retira atteint d'une balle. David Troy fut centraint de battre en retraite et de rentrer au bourg St-Louis. Mais excité par ua homme de couleur, Belair Lamarre qui venait de perdre son frère Désermine, H se résoljit à aitaquer de nouveau le général PétioOv il envoya demander dos renforts h l'adjudant commandant Luthier^ officier européen , ^i s'était rendu de Banica à Lescahobes. Lu< thier s'avança au secours du Mirebalais jusqu'à la .rivière le Fer à^ dieval. Pendant que Pélion envoyait 300 hommes au devant de Luthier,. David Troy sortit de St Louis , et attaqua les indépendans. Il fut en^ core complètement battu , et vit tomber à ses côtés Bélaîr Lamarre. L'adjudant commandant Lulhier^ de son côté^ vigoureusement attaqué par les indigènes fut culbuté et mis en pleine déroute. Il traversa les mornes du Tonnère , ceux de. Lescahobes et ne s'arrêta qu'à Uincbe. Pétion demeura maître du champ de bataille ;. Tennemî. avait compté plus de cent hommes tués. De nombreux paquets de eartouchÊSi. tombèrent au pouyair des indépendans. Les iodigènea
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le plus souvent privés de munitions ne s'en procuraient que lorsqu'ils. en prenaient sur Tennemi. C'était beaucoup quand un de nos soldats avait d;\ns sa giberne ou sa besace trois cartottches. Pétion, quoique vainqueur, avait été frappé île la résistapce opiniâtra de David Troy. Pensant qu'il na pourrait pas forcer le passage, il ordonna la contremarche, et reprit le chemin de la Petite- Rivière de l'Artibonite. H avait déjà traversé l'habitation Dcspinville , quand il aperçut un *nommé Costillo qui s*avançait vers lui, portant un drapeau blanc au bout d'une pique, et k la tète d'un détachement de noirs «t d'hommes de couleur du Mirebalais. Costillt q^ui venait d abandonner les français lui apprit que David Troy avait évacué le Mirebalais sur Lescahobes dans la partie de l'Est. Les indigènes revinrent sur leurs pas, et entrèrent sans coupférir à St Louis. L'église du beurg était rempli de nrmlades et de blessés qui furent dépouillés. PétioQ bivouaqua dans la savane La Roue.
Dans les premiers jours de déceafibre, il s'achemina vers la plaine du Guide-Sac, en passant par le quartier des Gran^s-Uyis. Jean Philippe Diut était à l'avantgarde avac la 40. e, Geiïrard au centra avec la 13. e, et Marinier à l'arrière garde avec là 7.e. Les indigènes bivaquèrent au Trou d Eau sur Thabitalion Gotineau. Pétion atteignit ensuite Thaumazeau, habitation de la haute plaine du CuUde* Sac. Il y avait un poste français que le capitaine Benjamin Noël, noir, de la iO.e , enleva. Les indigènes continuant leur marche à travers la plaine, couverte de biockaus ennemis, parvinrent i Lamardelle où ils firent halte, exerçant la plus grande vigilance, se Toyant entourés de forces imposantes. Un détachement français, sorti de la Croix des- Bouquets, vint faire une reconn)iissance jusqu'à la barrière de I habitation. Pétion se retira à Jonc d*où il envoya le capitaine Benjamin Noël en reconnaissance jusqu'à Duval. Benjamin assailli par la cavalerie de la Croix des Bouquets, commandée par St. James , revint à Jonc dans le plus grand désordre. Le général Pétion se détermina néanmoins à enlever la Croix-des Bou* quets , voyant les cultivateurs du Cul de Sac^ ne pas s'armer pour les français, et se livrer à leurs travaux ordinaires, malgré le tocsin que faisaient sonner les blancs sur toutes les habitations. Il vint s'établir à Pierroux.
La ville du PortRépu\)lieain qui n'est éloignée de la Croixdes- Bouquets que de trois lieues , avait appris la présence des indépendans dans la plaine. Le Gui de-Sac était encore presque en entier seus la domination française. Lamour Dérance n'y avait qu'un seul camp sur l'h.ibitation Frère. Pour n'être pas inquiété par les indigènes de ce camp en lesquels il. n'avait nulle conliance, Pétion envoya auprès d'eux Jean Philippe Daut , à la tète d'un faible déta* chement de la IO.e, avec mission de leur annoncer qu'il se disposait à reconnaître l'autorité de Lamour Dérance : il ne faisait e^tte àé-
HISTOIRE d'uaiti.-^(I892} S^S
laarche que pour iWîter un choc dont les français seuls cussonl profité. Mais il épiait Toceasion d'arrèler ce chef de bandes qui mé* connaissait Taulorité de Dessalines.
Il y avait sur Thabitation Bédelte dans la plaine un corps d'ob* s«rvation fort de 200 cavaliers. Un bataillon de la 8G.e europ6«nna de 500 hommes, et un escadron de gendarmes de i60 hommes o«. cupaÎMt le bourg de la Croixdes Bouquets dont le commandemsnt appartenait à Tadjud^nt général Gilbert Néraud. Les troupes françaises de la Croix d€s Bouquets arrivèrent à Pierreux à 8 htures du roatin du 9 Décembre. Gilbert Néraud attaqua, par une vive fusillade, le généraJ Pétion. Las i/âfS^^^ quoique surpris, prirent leur ligne de bataille sous le feu d^*annemi. Geffrard, Mariniar, Jean Louis François soutinrent sur toute la ligne le choa des français; ils les contraignirant même i perdre du terrain. Gilbert Néraud commanda à sa cavalerie de charger ; mais elle ne put rompre la carré qne formèrent las 7.e, lO.a et 13.6 demirbrigades. La 86. e quoiqu'elle eut déployé une brillante valeur battit en retraite, protégée par la cavalerie. Pétion, profitant des avantages de sa victoire, s'élança à la poursuite des français. Ceax ci honteux de leur retraite ftrent volte face et recommencèrent le combat. Jn. Philippe Daut avait reçu l'ordre de Pétion d'abandonner le camp Frère et d'aceourir à Pierreux. Mais il ne s'ébranla pas craignant d'être assailli par derrière par les gens de Lamour Dérance qui manifestaient des dispositions hostiles. En même temps arrivaient aux français des renforts que Néraud avait demandés au général Fressinet qui commandait au Port Républicain. Qaatre vingts dragons, quatre pièces d'artillerie légère et 500 hommes de belles troupes européennes se présentèrent sur le champ de bataille. Lé combat devint plus vif et plus aieurlrier. Néraud se précipita sur les indigènes avee une nouvelle fureur. Les indigènes foudroyés par la mitraille se retranchèrent dans la grande case de Pierroux. Gilbert Néraud fit poiater contre eux les quatre pièces de canon; leurs cartouches étaient épuisées, la mitraille les écrasait; ils furent obligés c^bandonner la grande case. Alors la cavalerie française les chargelr avec impétuosité et les mit en pleine déroute. Ils eussent été sabrés jusqu'au dernier, s'ils ne s'étaient précipités dans de vastes champs de cadasses qui s'étendaient derrière rhabiiation Pierreux. Les européens , ne pouvant pénétrer au-travers de ces épines hautes et dangereuses , cessèrent de les poursuivre. Pétion atteignit l'habitation Jonc où Jean Philippe Daul vint le joindre. Les dragons nationaux noirs et de couleur qui servaient dans les rangs français, rompus aux fatigues du pays, vinrent de nouveau charger les indigènes. Un jeune officier blanc était sur le peint de sabrer* le général Pétion, quand il suspendit ses coups en le reconnaissant: il lui donna le temps de gagner du terrain. Cependant le général indigène eût succombé si le capitaine Benjamin Pioël , entouré d^
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quelques grenadiers de la lO.e et de la 13.e n'avait fait voile fiiceet n'avait arrêté quelques instans les dragons ennemis par plusieurs coups de fusil. Les cavaliers nationaux se précipitèrent avec fureur sur celte poignée de braves , passèrent sur eux , et l'un d'eux , le jeune Hoche Vilbon, homme de couleur, enleva un des drapeau^L de la 13. e.
Pétion no put rallier les fuyards qu'au pied des mornes qui terminent la plaine. Il gravit la montagne qui conduit à la Coupe, position fortifiée par la nature, à deux lieues Est du Port< Républicain. Il y rencontra Gai adeux, noir, et Germain frère chefs de bandes, à la tôle des débris de la IV demi-brignde ; il fral|pnisa avec eux, • Il y vit quelques jours après Lamour Dérance au(|Tiel il proposa une entrevue dans la plaine de Léogane. Gonlinuant sa marche, il aimignil l'habilalion Grenier d'où il pénétra dans les gorges de la jKivière Froide, suivant les sentiers qui débouchent dans la grande route du Port Républicain à Léogane. Beaucoup de soldats indigènes qui avaient perdu leurs fusils à Pierroux étaient armés de piques. C'était au milieu de Décembre.
Par la victoire de Pierroux Tadjudant général Gilbert Neraud sauva momentanément la plaine du Cul de Sac. Le commandant Viet, officier blanc, élail arrivé sur le champ de bataille après le combat. Il alla camper à Bédelte d'où il était sorti, et le bataillon de la 86^ de ligne rentra au bourg. Celle victoire (|ui chassait des environs du Port-Républicain le général Péiion déconcerta une fdule de jeunes gens indigènes qui avaient conçu le projet de se jeter dans le parli des independans. Le général Brunel qui commandait les déparlements de l'Ouest et du Sud, profilant de la terreur (jue ladéfailede Pierroux avait répandue pHrmi les insurgés, se résolut à bîilayer l'ennemi dans la plaine et les mernes qui avoisinent le Por t-Répnblicain. Il ordonna au général Fressinet dé faire une incursion dans les campagnes. Le 25 Frimaire (16 Décembre) une colonne de 1500 hommes d'infanterie sortit (i.u Port Républicain. Après plusieurs combats contre Germain frérc et Caradeux , Fressinet enlew le camp retranché de Frère, ensuite celui de la Coupe. Il s'empara d'un autrecamp établi plus haut à la source dont les eaux arrosent la Coupe, n II occupa cnsuile Marie Bernard. Les insurgés du canjp Bussî commandés par Frontiche et Adam abandonnèrent leur position à son ap* proehe. Après deux jours de marche et de combat, Fressinet rentt a au Port Républicain. L'adjudanl-général Luthier , apprenant la dé^ feile du général Péiion à Pierroux parlit de Hinche avec 200 hommes indigènes-espagnols et marcha sur le Mirebalaisdont il s'empara. David Troy revint de Lescahobes à St. Louis , et réoecupa le caa* ton des Grands-Bois que les français avaient abandonné.
La magnifique plaine du Guide Sac dont les habitations étaient ancer c florissantes , était presque , dans toute sen étendue ^ ao pca-
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"voîr des français. Traversée par les eanx rapMes de la Grande* Rivière qui roulenl de l'est i Tonesl , elle élail occupée par des troupes européennes, janXonnéts au uori cl au sud du fleuve. Leg postes français se prolongeaient vers le nord ju-^qu'au pont de Siberl; et le poste le plu'i importanl, au sudouesl, élail établi sur rhabitation Drouillarl . ^ une lieue du Port Républicain. Au centre de la plaine, à la Croix des Bou(|uetA , bourg alors admirablement fortifié, étaient réunies des forces imposantes.
Lamour Dérance avait laissé P/'lion .s'a< heminant vers Léogane autravcrs des gorges de la Rivière -Froide. Il s'élail iransporlc à Dàv* bonne, où il avait son. quartier général, dans la plaine de Léogane. Le général Cangé, son premier li<*ulenanl , occupait Sarrebousse. Les indigènes avaient de« ^amps retranchés à Cassagne , à Petit et à Dampuce. Le chef de bataill n L^ueoste (|ui cominandait à Léoganê avait établi à Binoau un poste que «omm.mdait le capitaine Barînéleniy , noir: et le fort Croira était sous les ordres du capitaine Bangio, noir, jus((u'alors attaché au parti français. La principale force sur laquelle s appuyait Laucoste élail composée de jeunes gens noirs et de couleur. M us la plupart de ces jeunes gens passèrent, pendant une nuit, dans les rangs des iudépendans. Cangé vit arriver à Sarrebousse les Marion , les Mimi Bode , les Heurtelou, les deux frères Briss^n . hommes tk'' couleur, et Colin, noir. Lamour Dérance nomma aussitô; Mnrion adjudant-général, et Mimi Bode, coloneK II se résolut à atiaipicr Léogane. D;ins la nuit qui suivit, 23 Frimaire (H Décembre), les indigènes enlevèrent le poste Bineau; Mimi Bode prit sans coup fèrir le fort Ça-lra q»ie lui livra le capitaine Bangio. La ville dont les communications furent interceptées avec la mer se trouva **troitement l'ernèe.
En môme temps, le gét»éral Pelion atleig/)aîl Thabilation Bongarci qu'occupait Mélellus. Celui ci , quoiqu'il reconnût Tautonlé de L* mour Dérance, donna passage à Péiion qui descendit au morne à- Baleau,dans le chemin ^jp^Porl Républicain à Léognne. Quand les troupes indigènes arrivèrent dans la ptaioe de Léogane , Péiion se transporta aussitôt à Darbonne auprès de Lamour Dérance. avec lequel il eut uo long entretien. Mais il le quitta siins avoir pu le déterminer à se soumettre à Tautorité de Dessa^iues. Il se rendit ensuite à Sarrebousse auprès du général Cangé , qui racceuillit froi* dément. Néanmoins . Pétion lui iit facilement comprendre combien îl était important que les indigènes fussent étroitement unis et qu'ils fussent soumis à une seule autorité. Cangé qui avait été son com* pagnon d'armas , pendant la guerre civile contre Toussaint , le con-* naissait assez p^ur savoir qu'il n'eût pas embrassé le parti de Des** salifies, s'il n'avait pas été convaincu quil fallait, pour le triomphe des armes indigènes , que celui-ci ciU le eommandsment en chsf. 9a r^fttç ^ DcssalîjQes ^tail IgtUcier-géoéral qui exerçait Is plus é'aor,
$9» i,aa,me de guerre , c'était le pîos
mnr ''* mnases; •* *^' ^.,„^^ /'/■atemisa a^ec Pélion qui le
'"ir-ib/e ''« ""' ^.niuwn 'géoie conciliateur. Dès ce moment^
de Lani^'"* J;^^^^^ ,'^o^ Geffrard , son ancien colonel ^ pendant I» f,/>rîn /PP '^jj^fj dans la plaine de Léogane, laissa Léveillé dans
Ijucrr^j ^-'^^^ 'j^ p^jji GoAve, et vint le joindre, acconopagné d'une ^ hau 0^^ ^.ftoyens du Sud. . La rencontre de ces hdmmes, qui ^^^r^nt P^^'^^^ de vue depuis il -liute de Rigaul , fut pour eux^ ^ ^*^'Î4ritai)Ie fête. Potion fit fortifier le camp Petit, et ordonna ^^Q^ffiurd d'occuper le fort Ça -Ira avec la 43e. Il f avait dans I rsde de Léogane une goélette commandée par un indigène neir^ r aflcni* ^"' tcnoit encore pour les français. Elle jeta' plusieurs boulets dans le fK)rt Ça Ira ; elle s approcha même assez près de la fortification pour tirer à mitraille sur les indigènes qui Toccupaîent. Geffrard eut. le bras fracassé d'un coup de mitraille; il fut aussi-tût transportée Sarrchousse. Gérin qui prit le commandement du fort^ y laissa Sanglaou , et alla s^établir au Grand Bassin entre le eamp^ • petit et le fort Ça Ira , dans l'endroit où les français pouvaient opé-
Têt le pins facilement un débarquement.
Lors de la prise du fort Ça Ira, les français qui avaient échappé'* au massaere s'étaient jetés dans les barges de la rade , s'étaient rendus au Port Républicain et y avaient annoncé l'arrivée de Pétio».* * dans la plaine de Léogane. Le général Brunet ordonna aussitôt
qu'en envo}ât une expédition au secours de Lé«gane. Dans la nuit du 30 Frimaire (21 décembre), la frégate la Franchise^ le brick le lodi , les goélettes le Tricolore et la Nanine , chargés de troupes européennes et de gardes nationaux, partirent du Port Républicain. A la pointe du j«*ur , Tescadre commandée par le capitaine de vais* seau Jurrien, parvenue dans la rade de Léogane, s'émbossa contre le fort Ça Ira. Elle cemmença un feu âjii et régulier, pendant que les troupes françaises débarquaient à TAcui , anse non loin du fort. En même temps la garnison de la ville, sous les ordres de Lau« cost4^ , fit une sortie contre Sanglaou et Gérin , par If chemin qui conduit au rivage de la mer. Il y eut tant d intelligence et de concert dans les manœuvres des troupes françaises , que les indi* gènes, assaillis en tèio et en queue, furent culbutés de toutes * parts. Sanglaou fut chassé du fort Ça Ira , et poursuivi par ua batailloJi de soldats de marine et plufe^ieurs compagnies de la 86e. r Les indigènes talonnés par Tenneroi ne purent s'arrêter au camp
i Petit, quoique Gérin eût déplo}é une brillante valeur pour lès y
rallier. Le général Pétion s'avança alors sur le champ de bataille, à la tète d'un bataillon de gardes nationaux commandés par un oL ficier Aoir , Isidere, rallia les soldats de la 13. e^ et rétablit U^
cotnbat. Enfirgiquement seconde par les chefs de balailloD Jn Louis François «t Moreau , il divisa la colonne française en deux parts : Tune (ut refoulé* dans la plac« ; Tautre, culhuiée dans les marais de rhabitalion Pelil, périt on entier sous la fusillade.
Après cette aflaire , Cangé se relrancbaau camp Petit y etGefPrard partit pour le Sud avec fa 13** qu'il avait recrutéed'un grand nombre île jeunes gens de Lcogane. Il aHait> porter la guerrt dans le sein de ce département ; et il avait pour instructions d*user de toute son influence pour en réunir les kabitans indigènes sous Tautorilé de Dessali ncs.
Pendant le d^'^barqueraent opéré par les français, le 21 Décembre, la plupart des femmes de Léogane avaient fui cette ville, et s'étaient retiréts à Sarrebousse sous la protection de Cangé. Cette habitation, depuis le commencement de Tineurrection , ressemblait à une petite ville. H y avait une chapelle oib une dame nommé Guillaume chantait chaque jour des cantiques , et enseignait aux enfans les préceptes de la religion. Il y avait un marché abondant où se réunissaient les cultivateurs des mornes et de la plaine. On y ex'écutait le di« manche toutes sortes de danses africaines.
Pétion , ayant conduit Gefliard au delà de^ Léogane, avait rempli sa mission. Quoiqu'il n'eût pu porter Lamour Dérancd- à se soumet- ^4re à rauti^iié de Di\ss;)lincft, son contact avec les gens de Léogane avait ébranlé la puissance de leur chof. Il avait secrètement gagne au parti de Dessalines Cangé, Sanglaou , Mimi Bode. Il partit de Sarrebousse pour retourn<T à la Petik) Rivière de rArtibonile. Il traversa les montagnes de Lcogane et arriva à ta Coupe d'où il deseendit dans la plaine du Cul de Sac avec les 7.e et 10. c demi« brigades. il passa prés de Thabitation Drouillard, prit le chcntfin de lArcahaie , et atteignit la Source Puante , position qu'occupait le commandant Louis Lerebours, oflieier de Larose. Pétion fit faire balte à sa colonne. Louis Lerebeurs , avant de lui donner passage , avertit Larose de son arrivée. Celui ci envoya aussitôt au devant de lui un escadron qui l'accompagna jusqu'à I Arcahaie, La 7* et la 40* commandées par Marinier et Jean Philippe Daut , se rangèrent en bataille sur la place d'armes. Alors Pétion annonça a Ln:o e qu'il avait reçu l'ordre de Bessalines d'occuper le bourg. A ces mois, Larose , qui l'avait reçu avec fraternité , se montra vi\emenl indigné. 11 déclara qu'il ne se soumettrait jamais à Dessalines qu'il accusa de s'être baigné dans le sang de ses frères, d'aveir trahi le {ouverntuc Toussaint Lou\erture son bienfaiteur , d avoir fait exécuter Charles «Bélair, pour satisfaire son ambition. Dessalines vous trompe, dit il ' à Pétion. Que d infortunés n a-i^il pas sacriiiés après la chute de Rigaud; si alors vous a\iez été ici, à lArcahaie, vous auriez une idée de sa férocité. — Vous êtes dans Terreur, répondit Pétion ; Deesalines j coume nous tous^ a été égaré par lee blancs j des circoae^.
S98 ' HISTOIRE d'haiti. — (1S02)
• faDCPs malheureuses Tont porté, contre sa volonté, à «xc^r^r les rî* gucurs dont v#u$ vous plaignez ; ces ligueurs n ont pas été rxcrcr'es sur vous, car alors vous serviez sous ses ordres; néanmoins que de partisans dtt Rigaud n'a t-il pas sauvés. — Larose répondît qui! no s\'liil jamais soumis aux français , même après I arrestation de Toussaint; (|u'it avait mieux aimé \i\re dans les bois comme une Lclo fauxe ; qu'il ne voulait pas être commandé par ceux qui avaient combattu diiiis les rangs des blancs. Dès son arrivée à la Source Puanto Pétion avait ('omme4icé à gagner les 6oIdats de Larose en laveur de D«ssalines. Déjà il voyait dans les regarils des gens de TArcahai^ leurs sympathies pour le général en chef. Il dit à Larose que Dessalines n a\ait aucune vengeance à exer'^^r contre lui; (|u il aimait son cou« rago, son patriotisme, qu il savait qu'il avait toujours étcboq républicain, qu'il avait combattu avec a<:harnemeni les français; qu'il ne pouvait lui reprocher que la mort de Lamarliniére, le principal héros delà Crète-à- Piei rot Larose bouillant de rage, lui demanda pourquoi Dessalines ne reprochail-il pas la mort de Lamartiniére à Jean Chartes Courjol qu'il avait cependant favorablement accueilli. Il dcclara à Pétion qu'il I estimait ; mais que s'il ne sortait pas du bourg sur le champ, beaucoup de saii;^ serait versé. Il fit aussitôt baltrte la générale; ses troupes dont le chiffre s'étevait k près de 3000 hommes prirent lesarm<%,et deux piécifs de canon furent braquées contre les 7* et 10°. Marinier et. Jc-an Phih'ppe Daoït dcmandaiti'nt à Pétion à commencer le feu ; mais celui-ci , certain due Larose ne tarderait pas à être abandonné de ses gtiis, évita un consbjt qui eut ai^'ri contre Dessalines des hommes, déjà disposé» en sa fa>eur. Ohlentpt^'ant â la sommation de LaroseJ, il sortit du bourg a\ec ses <|uatre bataillons. Larose le lit suivre par sa cavalerie*, sous les ordres du chef d escadron Baslien , jus(prà la digue des iM ttht^ux. Peiion iiâ s'arrêta qu'à Dubourg, d'où il se
, transporta à lAilibonitc auprès de Dessalines. Il rendit compte au géncial ea chef de son expédition jusqu à Léoj;ane, de sou retour et de la conduite que venait de tenir J^aj^ose. Dessalines jura de punir Larose d'une manière éelatante aussitôt qu*il eût établi un peu d'ordre dans le ^ord où Sans-Sou<:i et Petit Noël Piière continuaient à méconnaître son autorité. Voulant faire delà plaine* de I Artiboniie son dernier retranchement contre le français, si tinalement le sort des aimes lui était contrait e, il ordonna à Pction , olncier d'artillerie et du géuie , de faire travailler aux fortifications de Marchand , habitation prés du fliuve lArtibunite qu'il voulait, dès cette époque , transformer en une ville. Il donna lui même le plan îles fortiiications qui aujourd'hui attestent son génie guerrier. Là s'élèvent' le fort Innocent qui porte le nom d'un deseslil^, le fort de la Source^ le fort Culbutez , le fort de la Fin du Monde.
Voulant détruire le parti de Sans Souci, avant de rien entreprendre,
dans 1 Ouest « coolre Larose et Lamour Deraucei D(i«salia$s partif
iiisTomE D*nAîTi.— (1803.) 399
^e la Potîte Tîî^îère de rArlibonîte pour le Nord , au commencement de Janvier 1803, avec une com.pagnÎQ de dragons. Il se rendît d'abord au l'on de Paix qu'occupait Capoix. Il y houva la 9.e qui avait élé réorganisées parfailomenl disciplinée. Il réëWit en ville les cultivateurs du quartier, et nomma Capoix, ancien chef dVscadron de l'êlat major de Leclcrc, général de brigade, commandant de la ligne qui s'étend de St. Louis du Nord au M(Vle Si. Nieulas. La 9o était de trois bataillons .de 1000 hommes chacun, commandés par Jacques Louis, Nicolas Louis et Bauvoir, tous les trois noirs; Pourcely , honnne de couleur, en était le colonel. Capoix faisait alors forlifiei* la \iile ; en môme temps il contraignait au travail des cliamps toutes les cultivatrices et une partie de ses troupes. 11 venait de donner à la 9.e un quatrième bataillon composé des jeunes gens du Horgne. Cette demi brigade se trouva forte de 4000 hommes dis- €ipliaés et bien équipés. Les indigènes, en s'emparanl de la ville, en avaient trouvé les arsenaux remplis d^armcs, de munitions et d'imbillemens de troupes. Dessalines partit du Port de Paix et parr courut divers quartiers du Nord. Ses émissaires avaient liui par gagner à son parti la majorité de la population de ce département; et Petit NuoI Prière et Sans Souci s'étaient vus contraints de céder au torrent en feignant de se soumettre à son autorité. Il confia au général Uoniain le poste du Carrefour Machoquet, au général Ya} ou, le commandement Je la Grande-Uivière, à Christophe celui du Doildon , à Clervaux celui de la Marmelade. Il pouvait compter sur "Yayou et Romain, quoiqu'ils fussent des anciens licutenans de Sans- Souci. Après avoir ordonné à Christophe de s'clforcer de faire disparaître c% dernier, il se rendit aux Gonaïvés.
La présence de Christophe au Dondon excita le mécontentement de toute la population de ce quartier. Les montagnards ne voulaient pas ôlre commandés par un homme qui, sous les ordres des français, les avait aflr«usemenl traqués. Ils se soulevèrent contre lui el-Tobligèrent à se replier sur la Marmelade auprès de Clervaux. Celuici l'aida à reprendre sa position. Peu de jours après il fut de nouveau chassé du Dondon. Dessalines, aussitôt qu'il apprit ces cvènemens, partit des Gonaïvés et se transporta au Dondon, suivi seulement do quelques compagnies de dragons. li en réunit tous les habilans, ^t leur dit que s'ils voulaient toujours faire revivre leurs anciennes querelles, il faudrait renoncera la détermination qu'ils^ avaient prise de se rendre indépendans; que l'union seule pouvait leur donner la puissance de chasser les français, que les blancs, en les armant les uns contre les autres, les avaient rendus les instrumens àe leurs vengeances ; qu'il n'était pas un d'entre eux qui n'eût à s« reprocher quelque toit envers ses frères; ^ue Tordre était du reste rétabli parmi eux ; i|u'il était général en chef^^ qu'on lui «levait obéissance^ ^u'il sivait investi Christophe de $a ceàlianee, et qu'il n'appartenait
iW RisToiRB d'iiaiti. — (1803).
pas aux infiiriours de juger leurs supérieurs, qu'il fallait oublier \m passé, el diriger conlro les blancs toulô leur énergie. Dessalines , connaissant Tesprit organisateur de ChrislophCy voulait à tout prix , le maintenir ^dahs le commandement d'une partie du Nord. U fit ceptadanl une concession, aux Iiabilans du Dondon en envoyant Christophe ù Milot avec le commandement d'un eordon qui s'étendait des limites de la cosimune de la Marmelade à colles du quartier du Fort Liberté. Il visita Toussaint Brave dans la plaine du Fort Li* beité, el le maintint dans son commandement qui s'étendait jusqu'au delà de Laxavon. Il nomma ensuite Petit Neël Prière colonel , «t lui confia le commandement de la place du Dondon , sous les ordres du général Paul Louverlire qui en commaidait l'arrondissenvent. Avant de retourner i la Petite Rivière de l'Arlibonite, il alla visiter les retraites de Sans-Souci .dans les montagnes de la Grande Rivière. 11 le vit, le caressa, et le félicita de son dévouement i la liberté. Sans*Soûci dompté par Tasceiidant de Dessalines reconnut alors sincèrement une autorité à laquelle il ne s'était d'abord souinis que eontraint par les circonstances.
Aussitôt après le départ de Dessalines du Port de-Paix, le général Gapoix conçut le hardi projet d'incendier les établissements de la Tortue , après avoir traversé le canal qui sépare cette ile de la grande terre.
La Tortue , florissante sous Leclerc , était devenue d*une prospérité prodigieuse sous Rochambeau.
Vis-à vis de la côte septentrionale d'Haïti , s'élèvent au sein d'une mer légèrement agitée par le souflle des vents alises, les mornes verdoyants de file de la Tortue. Il est rare, dans ces parages, (|ue les flots soulevés se brisent centre les rochers escarpés qui bordent l'Ile , en faisant rejaillir leur écume pétillante. La surface de Tonde se gonfle péniblement sous les eiforts de la brise , et de peijtes vagues viennent expirer sur la plage. Là , les rayons ardens du soleil , qui énervent le navigateur, sembleut communiquer à la mer cette nonchalance lascive qui règne dans toutes les régions des tropiques. C'est sur ces bords que Pauline Bonaparte s'était livrée à toutes sortes de voluptés. Des hauteurs du Port de- Paix, quand le soleil a atteint le nailieu de son cours, l'observateur voit s'étendre' devant lui, par un ciel pur, l'Océan Atlantique tel qu'un désert sans bornes , au sein duquel s'élève la Tortue, comme une oasis.
Sous Leclerc et sous Rochambeau , cette lie liabitée aujourd'hui par quelques misérables pécheurs , présentait au voyageur un coupd'œil pittoresque. Des orangers, entrelaçant leurs branches chargées de fruits au dessus des sentiers qui traversaient Tlle dans tou* tes les directions, donnaient à Teuropéenun ombrage odoriférant qui le protégeait contre les ardeurs d'un soleil meurtrier. L'air sain de la Tortue, l'atmosphère de Tile toujours rea^uvelôe par h bri$<^
HISTOIRE d'iiaiti. — (1803) 40l
rarmicir^santc de la mer, tout avait fait choisît ce lîea par îe gou* \ernemenl pour y établir un vasle hûpilal. Les (lançais y avaient construit de inagnifitiiies bâliinons; el autour de ces bâdinens, ils avaient élevé plusieurs milliers de cases, en enfonçant dans la terre des troncs d'arbres entrelaces de lianes forleménl serrces et enduites déterre grasse. Les larges feuilles du bananier, Técorce dessécliée du palmier, les hautes tiges des roseaux du rivage, abritaient en forme de toit l'enceinte des cabanes. On y avait iransporlé^ comme nous l'avons vu^ du Gap, du l*orl de Paix, du Mùlo , du Tori Liberté, la plupart des blessés cl des malades. Dos prêtres célébraient Toftiee- divin dans une cbapelle construite, à giands frais, avec des briques et des planches d'acajoa. Le gouvernement avait dépensé des sonunes considérables pour toutes ces conslriiciions. Des casernes logeaient une demi-brigade de soldats d'élite tant pour la police de la petite ile^ que pour la ds^fendre contre les anglais , en cas d'agression. Les troupes de la garnison étaient souvent renouvelées: Rochambeau y en-» voyait, alternalivement , les soldats respirer un air plus sain que celui de^ villes.
Capoi,x, déterminé a incendier l'hôpital de la Tortue, ordonna ad commandant Vincent Louis de se préparer a y opérer unedescentCi La ruine de cet établissement devait enlever aux français d'immenses ressources. Vincent Louis fit construire des radeaux avec des planches liéi'S par de fortes lianes, cl s'cmbarijua accompagné do 150 hommes d'é litede la Oe, sous les ordi es du capitaine Gurdel. Il partit du Garrerougà de St. Louis du Nord, au commencement d une nuil'obscure, du 6 au 7 Jan\ier 1803.* Deux bateaux charyi-is de rameurs remorquaient les radeaux. Les indiqéîK's , après axoir é\ité le Longre le Vautour ^ sol^s les ordies du rapilaine Tcy, qui croisait entre le Porl de Paix el SL Louis, aborilérenl a I ile tic la Tortue, à la liasse terre et à la pointe Palmiste. Vincent Lotiis se dirigea tout de suite .sur Thabitation l^abatut dont il s'iMupara sans cou]i-f<;rir. Il délivra une foule d'in^ digénes qui y étaient enchaînés, eutre autres , sa mère, son iils, et Placide Li^brun. AussitiH il renvoya drux des radeaux au Gar« r«rougs de Si. Louis du Nord où débarquèrent les prisonniers indigènes qui avaient- été déljvréSy ainsi qn« l'épouse du colonel Labatut, vieille femme blanche qui avait t^té surprise dans la grando casij de son habilalion. Gapoix la traita avec humanité. Mais des scélérats la poignardèrent peu de temps après pour lui enlever ses bijoux. Vincent Louis souleva plusieurs ateliers, parcourut quelques l^ibi^ talions, incendiant et sacitageanl tout, et refoula la garnison française dans le fort de rUùpilai. Getie fQitificalion fut ensuite altarpiée enlevée et livrée aux flammes. La plupart des malades et des habitans n'é«
* La gazette oQieielle de St.-Doming^ue publiée nu Gap sons ^oebam* beau parle de eeite expédition.
40a HISTOIRE d'haiti.— (1805)
échappèrent à la morl qu'e'n se cachant dans les ravins, au Food des bois. A la pointe du jour, Tadjudant général Boscus qui com* mandait la garnison parvint à rallier les débris des troupes Françaises sur rhabitati^n l^oubaire. Il arrêta tes progrès* des insurgés. Vincent Louis alla se retrancher dans TiiUérieur deTile, s efforçant d'organiser rinsurrection, et alleiidant le retour des radeaux pour envoyer à Gapoix un riehe bulin. Mais dès qu'on apprendra au Cap Tincen* die des établissemcnls de la Tortue , des forces supérieures seront dirigées contre lui. Il sera chassé de la petite tie, et il n'aitein'Jra la grande terre qu'au travers des plus grands dangers.
Presque on môme temps , Rochambcau faisaii enlever le Port de^ Paix sur Gapoix. Le 18 Nivôse an 11, (8 Janvier) le vaisseau le Duquesne j commandé par Quérangal , la frégate la Syhille^ comman« dée par Magendie, la corvette le Sandwich^ le brick l Aiguille^ la goëtettc la Sophie^ se présentèrent devant le Portée Paix. L'escadre que Quérangal commandait en chof était chargée de la 31' deunbrigade, d'un bataillon franc de 1 Ouest et de trois compagnies d'artillerie, sous les ordres du général Glausel. Les troupes, protégées par le feu des bâtimens, débarquèrent à l'Est du Petit Fort au milieu des balles que les indigènes faisaient pleuvoir sur les (4)aloupes qui abordaient le rivage. Les grenadiers de la 31° et du bataillon franc donnèrent assaut au Peltt Fort qu'occupait Gapoix en personne ; ils furent repoussés. Ralliés par I adjudant général Ramul, ils marchoi^ent sous le fonde rennemi contre le fort Laveuuv , qu'ils enlevèrent k la baïonnette. En même temps lôs marins de la flotte qui avaient été organisés en bataillons s*emparai#nt du Grand Fort. Le fort Pageot et le Petit Fort étaient encore au pouvoir des indigènes. L'adjudant-général Kamel s'él.ança de Laveaux contre Pageot, sous le feu le plus vif du Pdtit Fort. Il eut un bras fracassé d'one balle et fut repoussé. Glausel ramena la 31* à l'assaut; il entra sans coup férir dans la fortiiication que les indigènes avaient abandonnée pendant qu'il ralliait les fuyards. Alors la division navale dirigea tous ses coups contrôle Petit Fort que les indépendants occupaientencore. Ca|>oix paraissait devoir être anéanti sous les boulets tt la mitraille; ses canons étaient démoulés, et le. iprt ne ripostait* plus. Le chef de bataillon \ubry commandant deTartillerie avait, deson cù(é, dressé, au «entre de la ville, une batterie qui foudroyait les indigènes. Le chef de bataillon Daulion crut pouvoir enlever d'assaut la foryfication ; il marcha contre elle ; mais ses grenadiers furent éera* ses au pied des remparts. La nuit vint à se faire , et le feu «essa. Alors Gapoix sortit du Petit Fort sans tirer un seul coup 4e fusil , perça , à la baïonnette , la ligne ennemie , et atteignit la campagne, sans être inquiété. Les français demeurés maîtres de la ville , embarquèreni aussitôt pour la Tortue leurs blessés , parmi lesquels il y avait deux ofiQeiers suj^érieurs Raoael et Dalivart. Clausel avait éprMt*
HISTOIRE D^UAITI. — (1,803) iM
yé des partes Qonsid<^raibIes ; b plupart des soldais d* élite de la 31^ avaient succombée II nomnia celonel , le chef d'escadron Âubry , et 'décerna des fusils d'honneur à plusieurs sous ofUiciers de la 3i'. La capitaine de vaisseau Quérangal reçut des félicitations de Rochambeau^ Clause! retourna au Cap , après avoir laissé le commandement du Port-dePaix au chef d'escadron Daulion.
Capoii s'était retiré sur l'habitation Lavaux Lapointe , située sur le rivage de la mer, à deux lieues du Port-de-Paix. Il y éta* blit son quartier fénéral. Le lendemain 40 Nivôse (9 Janvier ) plusieurs bâti mens vinrent le canonner. Il fit dresser une batterie sur le rivage et répondit au feu de Tennemi par des boulets rouges. Led bâtimens se retirèrent en gagnant le eanal de la Tortue.
Pendant «|ue Dessalines retournait à Ja Petite Rivière de rA.rtibo-* nite, après sa tourncc dans le Nord, Christophe proposa à Sans-Souci une entrevue sur Thabitation Crandpré, peur s'aider de ses lunaîères, prétextait-il , relativement à une organisation militaire des bandes du Nord. Sans Souci , sans défianee , se rendit à Grandpré , suivi seulement de ses principaux lieutenans. Après qu'il eut pénétré, avec les siens , dans la maison principale de l'habitation, il fut cerné par les soldats de Christophe qui I art ètèrent et le tuèrent à coups de baïonnette. Le colonel Jasmin et les autres officiers qui accompagnaient Sans-* Souci furent aussi exécutés. Le coMmandant Charles Pierie seul treuva {^âce devant Christophe (|ui l'envoya, sous les ordres de Tous- Saint Brave, dans les camps indigènes prés du Fort- Liberté.
Pendant cet intervalle, les français obtenaient des succès àLaxavon» è Ouanaminlhe , et refoulaient les indépendans au loin dans Tintérieur. Dans la nuit du 14 au 15 Janvier, le général (!e brigade Lacroix, à la tète d'un bataillon de la 77*, commandé par Froment, de 400 hommes d'infanterie indigène-espagnole, commandés par Tabarrés, d'un escadron , sous les erdrt^s de Polanca, attaqua Laxavon qu'occupait Toussaint Brave avec 150 hommes. Les indigènes ne purent résister à de telles ferces ; Laxavon fut enlevé à la baïonnette, et Toussaint Brave perdib 40 hommes tués. Le lendemain i6 Janvier, le général Lacroix escalada le fort de Ouanaminthe -après avoir culbuté et dispersé les iedépendans. Il rentra au Fort Liberté laissant le batailloe de la 77* à Laxavon , et le commandant \aussier à Ouanaminthe. — Le général Christophe apprenant que ces deux bourgs étaient au pouvoir des français , marcha contre eux à la tète de 2000 hommes , et s avança jusque sous les remparts de Laxavon* Le ehef de bataillon Froment , i la tète de 600 hommes de la 77° et d'une nombreuse cavalerie, fit contre lui une vigoureuse sortie et le mit en pleine déroute. Christophe qei avait été blessé^ à ta tête , pendant le combat , laissa trois cents hommes sur le champ de bataille dont dix officiers, entre autres un colonel nommé Lafleur. Le Z^ batftiiiaa de la 5* indigène perdit son drapeau, Gepteinquame
quelques grenadiers de la lO.e et de la 13. e n'avait fait voile fece et n'avait arrêté quelques instans les dragons ennemis par plusieurs coups de fusil. Les cavaliers nationaux se précipiteront avec fureur sur celte poignée de braves , passèrent sur eux , et l'un d'eux , le jeune Hoche Vilbon, homme de couleur,, enleva un des drapeaux de la 13, e.
Pétion ne put rallier les fuyards qu'au pied des mornes qui terminent la plaine. Il gravit la montagne qui conduit à la Coupe, position fortifiée par la nature, a deux lieues Est du Port- Républicain. Il y rencontra Gai adeux, noir, et Germain frère chefs de bandes, à la tête des débris do la IT demi-brigade; il fraffnisa avec eux. . Il y vit quel(|ues jours après Lamour Dérance au(|nel il proposa une entrevue dans la plaine de Lcogane. Continuant sa marche, il atteignît l'habitation Grenier d'où il pénétra dans les gorges de la jRiviùre Froide , suivant les sentiers qui débouchent dans la grande roule du Port Républicain à Lcogane^ Beaucoup de soldats indigènes qui avaient perdu leurs fusils à Pierreux étaient armés de piques. C'était au milieu de Décembre.
Par la victoire de Pierreux l'adjudant général Gilbert Neraud sauva momentanément la plaine du Cul de Sac. Le c>ommandant Vict, officier blanc , était arrivé sur le champ de bataille après le combat. Il alla camper à Bédelte d'où il était sorti, et le bataillon de la 86' de ligne rentra au bourg. Cette victoire (|ui chassait des environs du Port-Républicain le général Péiion déconcerta une foule de jeunes gens indigènes qui avaient conçu le projet de se jeter dans le parti des independans. Le général Brunet qui commandait les déparlements de 1 Ouest et du Sud , profilant de la terreur (|ue la défaite de Pierreux avait répandue p^^rmi les insurgés, se résolut à balayer l'ennemi dans la plaine et les mernes qui avoisinent le Poi t-Républicain. Il ordonna au général Fressinet dé faire une incursion dans les campagnes. Le 25 Frimaire (16 Décembre) une colonne de 1500 hommes d'infaRterie sortit (!.u Port Républicain. Âpres plusieurs combats contre Germain frère ot Caradeux , Fressinet enleMA le camp retranché de Frère, ensuite celui de la Coupe. Il s'empara d un autre camp établi plus haut à la source dont les eaux arrosent la Coupe, n II occupa ensuite Marie Bernard. Les insurgés du camp Bussi comman* dés par Frontiche et Adam abandonnèrent leur position à son approehe. Après deux jours de marche et de combat, Fressinet renti a au Port Républicain. L'adjudant-général Luthier , apprenant la débite du général Pétion à Pierreux partit de Hinche avec 200 hommes indigènes-espagnols etmareha sur le Mirebalaisdont il s'empara. David Trey revint de Lescahobes à St. Louis , et réeecupa le caa* ton des Grands- Bois que les français avaient abandonné.
La magnifique plaine du Cul-de Sac dent les habitations étateni encer c fiorissantes , était presque , dans toute sen étendue , au poa-
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\oîr des français. Traversée par les eaux rapî^lea de la Grande* Rivière qui roulent de l'est à ronest , elle était occupée par des troupes européennes, :îanJ(uinéts au norl cl au sud du fleuve. Les poftes français se prolongeaient vers le nord jusqu'au pont de Sibert; et le poste la plun important, au su,doucsl, était établi sur rhabitation Brouillard . h une lieue du Port Républicain. Au centre de la plaine, à la. Croix des Bou(|uet» , bourg alors admîrabienaent fortifié, étaient réunies dos forces imposantes.
Lamour Dérance avait laissé P^Uiou s'a* heminant vers Léoganeautravcrs des gorges de la Rivière -Froide. Il s'était transporte à Darbonne, où il avait son, quartier général, dans la plaine de Léoganc. Le général Cangé, son premier lieutenant , occujiail Sarrebousse. Les indigènes avaient <le^ camps retranchés à Cassngne , à Petit, et à Dampuce. Le chef de bataill n L^tieoste qui comuiandait à Léogana avait établi à Bineau un poste que «ouimandait le capitaine Bariliélemy , noir; et le fort Ç^^-ira était sous les ordres du capitaine Bangio, noir, jusqu'alors attaché au parti français. La [irincipale force sur laquelle s'appuyait Laucoste était composée de jeunes gens noirs et de couleur. Mais la plupart de ces jeunes gens passèrent, pendant une nuit, dans les rangs des iudépeudans. Gange vit arri* ver à Sarrebousse les Marion , les Mimi Bo<le , les Heurlelou, les deux frères Brisson . hommes de couleur, et Colin, noir. Lamour Dérance nomma aussitôi Marion adjudant-général, et Mimi Bode, colonel* Il se résolut à atia<|ucr Léogane. D;ins la nuit qui suivit, 23 Frimaire (14 Décembre), les indigènes enlevèrent le poste Bineau; Mimi Bode prit sans coup férir le fort Ça-lra que lui livra le capî* taine Banglo. La ville dont les communications furent interceptées avec la mer se trouva *^troilement cernée.
En môme temps, le général Petion atteignait l'habitation Bongardt qu'occupait Métellus. Celui ci , quoiqu'il reconnût l'autorité de L* nïour Dérance, donna passage à Péliou qui descendit au morne à- Bateau,dans le chemin iH^Port Républicain à Léogane. Quand les troupes indigènes arrivèrent dans la plaine de Léogane , Péiion se transporta aussitôt a Darboniie auprès de Lamour Dérance. avec lequel il eut un long entretien. Hais il le quitta sans svoir pu le déterminer à se soumettre à lautorité de Dessa^ines. Il se rendit ensuite à Sarrebousse auprès du général Cangé , qui racceuillit froi* dément. Néanmoins. Pétion lui fit facilement comprendre combien îl était important que les inditfènes fussent étroitement unis et qu*its fussent soumis à une seule autorité. Cangé qui avait été son com^ pagnon d'armns , pendant la guerre civile contre Toussaint , le con^ naissait assez peur savoir qu'il n'eût pas embrassé le parti de Des-* salines, s'il n'avait pas été convaincu qu'il fallait, pour le triomphe des armes indigènes , qiid celui-ci eut le eommandsment en ch«f, j9o rwtç ^ DessalîjQes 4tait rgOUcier-général qui exei cuit le pl^s A'ae*
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quelques grenadiers de la lO.e et de la 13. e n'avait fait voile (ace et n'avait arrêté quelques instans les dragons ennemis par plusioura ooups de fusil. Les cavaliers nationaux se pi'éci pileront avec fureur sur celte poignée de brav.^s , passèrent sur eux, et l'un d'eux, le jeune Hoche Vilbon, homme de couleur,, enleva un des drapeaux de la 13.6.
Pétion ne put rallier les fuyards qu'au pied des mornes qui terminent la plaine. Il gravit la montagne qui eonduit à la Coupe, position fortifiée par la nature, à deux lieues Est du Port- Républicain. 11 y rencontra Gaïadeux, noir, et Germain frère chefs de bandes, à la tête des débris do la IT demi-brigada ; il fraffnisa avec eux. . Il y vit quelques jours après Lamour Dérance auquel il proposa une enlrevue dans la plaine de Léogane. Gonlinuant sa marche, il attoignit l'habitation Grenier d'où il pénétra dans les gorges de la jRivière Froide , suivant les sentiers qui débouchent dans la grande route du Port Républicain k Léogane^ Beaucoup de soldats indigènes qui avaient perdu leurs fusils à Pierreux étaient armés de piques. Gelait au milieu de Décembre.
Parla vicloire de Pierreux l'adjudant général Gilbert Neraud sauva momentanément la plaine du Cul de Sac. Le commandant Viet, officier blanc , était arrivé sur le champ de bataille après le com* bat. Il alla camper à Bédelle d'où il était sorti, et le bataillon de la 86** de ligne rentra au bourg. Cette victoire (|ui chassait des environs du Port-Républicain le général Pétion déconcerta une ftiule de jeunes gens indigènes qui avaient conçu le projet de se jeter dans le parli des independans. Le général Brunel qui commandait les départements de TOuest et du Sud , profilant de la terreur (jue la défaite de Pierroux avait répandue pî^rmi les insurgés, se résolut à balayer rennemi dans la plaine et les mernes qui avoisinent le Port-Républicain. Il ordonna au général Fressinel de faire une incursion dans les campagnes. Le 25 Frimaire (16 Décembre) une colonne de 1500 hommes d'infanterie sorlit du Port Républicain. Après plusieurs combats contre Germain frère ot Caradcux , Fressinet enlcM le camp retranché de Frère, ensuite celui de la Coupe. Il s'empara d'un autre camp établi plus haut à la source dont les eaux arrosent la Coupe, n II occupa ensuite Marie Bernard. Les insurgés du camp Bussicomman-^ dés par Frontiche et Adam abandonnèreut leur position à son ap* proehe. Après deux jours de marche et de combat, Fressinet rentia au Port Républicain. L'adjudant-général Luthier , apprenant la débite du général Pétion à Pierroux partit de Hinche avec 200 hommes indigènes«espagnols etmareha sur le Mirebalaisdont il s'empara. David Troy revint de Lescahobes à St. Louis , et réoecupa le caa* ton des Grands- Bois que les français avaient abandonné.
La magrnTique plaine du Guide Sac dont les habitations étaient encer c florissantes , était presque , dans taule saft étendue , au poa-
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"voîr des français. Traversée par les eanx rapî^les àe la Grande' Rivière qui roulent de l'est i Toiiesl , elle élail occupée par des troupes européennes, :îaiU(»nné«s au uor I cl au sud du fleuve. Los postes français se prolongeaient vers le nord jusqfi'au pont de Sibert; et le poste la plu?* important, au sudouosl, était établi sur rhabitalion Brouillard , ;\ une lieue du Port Répiiblicain. Au centre de la plaine , à la. Croix des Bou(|uets , bourg alors admirablement fortiHé , étaient réunies dt»s forces imposantes.
Lamour Dérance avait laissé P<»liou .$*a(heminant vers Léoganeautravcrs des gorges de la Rivière -Froide. Il s'était irausporlé à Darbonne, où il avait son, quartier général, dans la plaine de Léogane. Le général Cangé, son premier lieutenant , occupait Sarrebousse. Les indigènes avaient dt»^ r^amps retranchés à Cassngne , à Petit et à Dampuce. Le chef de bataill n Liueoste (|ui rom*nandait à Léogant avait établi à Bineau un poste que tommandait le capitaine Bartnélemy , noir; et le fort Ç^ïlra étail sous les ordres du capitaine Bangio f noir , jus<(u'alors attaché au parti français. La principale force sur laquelle sappuyait Laucoste étail composée de jeunes gens noirs et de couleur. Ûiis la plupart de ces ji*unes gens passèrent, pendant une nuit, dans les rangs des iudépendans. CaRgé vit arri* ver à Sarrebousse les Marion , les Mimi Bot le , les Ileurtelou, les deux frères Brisson , Immmes ^Ic couleur, et Colin, noir. Lamour Dérance nomma aussitô: Mnrion adjudant-général, et <VIimi Bode, co« lonel. Il se résolu! à aliaipicr Léogane. D:ins la nuit qui suivit , 23 Frimaire (H Décembre), les indigènes enlevèrent le poste Bineau; Mimi Bode prit sans coup férir le fort Ça-lra que lui livra le capitaine Banglo. La ville dont les C4>mmuuicalions furent interceptées avec la mer se trouva *^troitement rerni*e.
En môme temps, le général Petion atteigitait l'habitation Bongard qu'occupait Métellus. Celui ci , quoiqu'il reconnût raulorilé de L* niour Dérance, donna passage h Péiion qui descendit au morne à- Bateau,dans le chemin i^H^Port Répiblicain à Léogane. Quand les troupes indigènes arrivèrent dans la ptaioe de Léogane , Péiion se transporta aussitôt à Darbonne auprès de Lamour Dérance. avec lequel il eut un long entretien. Mais il le quiiia sans avoir pu le déterminer à se soumettre à Tautorité de Dessa^iues. Il se rendic ensuite à Sarrebousse auprès du général Cangé , qui Tacceuillit froi* dément. Néanmoins. Pétion lui iit facilement comprendre combien îl était important que les indic^ènes fussent étroitement unis et qu'ils fussent soumis à une seule autorité. Cangé qui avait été son com« pagnon d'armes , pendant la guerre civile contre Toussaint , le cou-» naissait assez peur savoir qu'il n'eût pas eu)brassé le parti de Des^* salines, s'il n'avait pas été convaincu quil fallait, pour le triomphe des armes indigènes , que celui-ci eiït le eommandement en chef. iSo restç ^ DessalijQes (^tait IgÛicier-gcaéral qui exerçait le pltxs Cao*
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quelques grenadiers de la 10,e et de la 13. e n'avait fait voile ftcaet n'avait arrêté quelques instans les dragons ennemis par plusieurs coups de fusil. Les cavaliers nationaux se précipitèrent avec fureur sur celte poignée de brav.^s , passèrent sur eux , et l'un d'eux , le jeune Hoche Vilbon, homme de couleur,, enleva un des drapeaux, de la 13. e.
Pétion ne put rallier les fuyards qu'au pied des mornes qui terminent la plaine. Il gravit la montagne qui conduit à la Coupe, position forlifiée par la nature , à deux lieues Est du Port- Républicain. Il y rencontra Gai adeux, noir, et Germain frère chefs de bandes, à la tôle des débris do la W demi-brigade; il frall^nisa avec eux. . Il y vit quelques jours après Lamour Dérance au(|nel il proposa une enlrevue dans la plaine de Léogane. Gonlinûant sa ntarchc, il atteignit l'habitation Grenier d'où il pénétra dans les gorges de la jlliviùre Froide , suivant les sentiers qui débouchent dans la grande route du Port Républicain à Léogane^ Beaucoup de soldats indigènes qui avaient perdu leurs fusils à Pierroux élaient armés de piques. C'était au milieu de Décembre.
Par la victoire de Pierroux l'adjudant général Gilbert Neraud sauva momentanément la plaine du Cul de Sac. Le commandant Vict, officier blanc , était arrivé sur le champ de bataille après le combat. Il alla camper à Bédetle d'où il était sorti, et le bataillon de la 86^ de ligne rentra au bourg. Cette victoire (|ui chassait des environs du Port-Républicain le général Pétion déconcerta une feiule de jeunes gens indigènes qui avaient conçu le projet de sejelar dans le parti des independans. Le général Brunet qui commandait les départements del Ouest et du Sud , profilant de la terreur (|ue la défaite de Pierroux avait répandue parmi les insurgés, se résolut à balayer l'ennemi dans la plaine et les mernes qui avoisinent le Port-Républicain. Il ordonna au général Fressinet dé faire une incursion dans les campagnes. Le 25 Frimaire (16 Décembre) une colonne de 1500 hommes d'infaRlerie sorlit th\ Port Républicain. Après plusieurs cond)at8 contre Germain frère ot Caradcux , Fressinet eniew le camp retranché de Frère, ensuite celui de la Coupe. Il s'empara d un autre camp établi plus haut à la source dont les eaux arrosent la Coupe. > Il occupa ensuite Marie Bernard. Les insurgés du camp Bussî comman-^ dés |>ar Frontiche et Adam abandonnèrent leur position à son ap* proehe. Après deux jours de marche et de combat, Fressinet renti a au Port Républicoin. L'adjudant-général Luthier , apprenant la débite du général Pétion à Pierroux partit de Hinche avec 200 hommes indigènes-espagnols et marcha sur le Mirebalaisdont il s'empara. David Troy revint de Lescahobes à St. Louis , et réoecupa le caa* ton des Grands- Bois que les français avaient abandonné.
La magnifique plaine du Cul-de Sac dont les habitations étaient encer e fiorissaotes , était presque , dans toute seD étendue , au poa-
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\oîr des Prançaîs. Traversée par les eanx rapî<les de la Grande- Rivière qui roulent de l'est à Touesl , elle était occnpée par des troupes européennes, 3ani()nné«s au nor 1 cl au sud du fleuve. Lcg postes français se prolongeaient vers le nord jusqu'au pont de Sibert; et le poste le plus important, au sudoucsl, était établi sur rhabitalion Brouillard . i\ une hVue du Port Républicain. /Vu centre de la plaine, à la Croix «^les Bou(|uetA , bourg alors admlrablenaenC fortifié, étaient réunies ilos forces imposantes.
Lamour Dérance avait laissé Pétion s'ac heminant vers Léoganeautravcrs des gorçres de la Rivière -Froide. Il s'était iransporlé à Durbonne, où il avait son, quartier général, dans la plaine de Léogane. Le général Cangé, son premier lieutenant, occupait Sarrebousse. Les indigènes avaient den r^amps retran(;hés à Cassngne, à Petit et à Dampuce. Le chef de bataill n L^ueoste qui «^omuiandait à Léogant avait établi à Bineau un poste que «ouimandait le capitaine Bartnélemy , noir; et le fort Ç^-Ira était sous les ordres du capitaine Banglo, noir, jus(|u*alors attaché au parti français. La principale force sur la/|ue!le s appuyait Laucoste était composée de jeunes gens noirs et de couleur. M.)is la plupart de ces jeunes gens passèrent, pendant une nuit, dans les rangs des iudépendans. Cangé vit arri« ver à Sarrebousso les Marion , les Mimi Bode , les lleurtelou, les deux frères Brissnn . hommes de couleur, et Colin, noir. Lamour Dérance nomma aussitô: Mnrion adjudant-général, et Mimi Bode, colonel. Il se résolut à atirupur Léogane. Duns la nuit qui suivit , 23 Frimaire (14 Décembre), les indigènes enlevèrent le poste Bineau; Mimi Bode prit sans coup férir le fort Ça-lra que lui livra le capitaine Banglo. La ville dont les communications furent interceptées avec la mer se trouva *^troitement rernée.
En même temps, le général Petion atteigiiait Thabitation Bongard qu'occupait Métellus. Celui ci , quoiqu'il reconnût Taulorilé de L.# mour Dérance, donna passage h Potion qni descendu au morne à- Bateau,dans le chemin l||[^Port Républicain à Léogane. Quand les troupes indigènes arrivèrent dans la plaine de Léogane, Péiion se transporta aussitôt à Darbionne auprès de Lamour Dérance. avec lequel il eut un long entretien. Mais il le quitta sans avoir pu le déterminer à se soumettre à l'autorité d(* Dessa^iues. Il se rendit ensuite à Sarrebousse auprès du général Cangé , qui faeceuillit froi* dément. Néanmoins . Pétion lui fit facilement comprendre combien il était important que les indi(?ènes fussent étroitement unis et qu*ils fussent soumis à une seule autorité. Cangé qui avait été son com« pagnon d'arm«s , pendant la gueire civile contre Toussaint , le connaissait assez peur savoir qu'il n'eût pas embrassé le parti de Des* salines, s'il n'avait pas été convaincu qu'il fallait, pour le triomphe des armes indigènes , qiiô celui ci eut le eommandsment en chsf. j9o rwtç I DessalîjQes <^iait 1 gfijicier-géuéral qui exerçait le plus é'a«*