TOME ïliOISIEME
NatUnalé.
Ubené.
A.V rOHT*AV-«BX2r08L
IMPRIMERIE DE J». «QURTOiS ]84f.
^ A" 3*. I ^ ^, Y' V Harvard OoUege Library
' / May 14, 1914.
Beqneet of Oeorgina Lowell Puteam
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LIVIIE ÎRËNTË-QtJATRlÊME.
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Sommaire. Conduite de ramîral Lafoudie-T^réviUe nu Alôlc St -Nicolas. — Félicitations adressées à l'année de St. Domin^^ue pîir Booapnrle^— Réorganisation d-ef l'armée de St.- Domino^ut;. — Le général €lu<nitin enlève les forts de la JMartellière et de Jacqutzy ^-Expé<iition diric^ée par Rochambeau contre les indépendans de f;i Tortue. — Geliiard pénètre de nouveau dans le Sud.— Il prend Aquirt sur les français — Il se réunit à Férau — Les indépendans du Sud reconnaissent rauiorilé de D«ssalin»^s. — GflVijrd auaque les Oyes , et est repoussé. — Mort de *Kerpoi?son — Expédition du g«'Micral K«-rvrrs^rju au Manifl.— Le général Sarrasin sa nnJ de Tiburon aux Cay^^s ? après plusieurs combats. — RochambeaU transporte son quartier-général nu Porl-Rép»blicuiû. — Bal emblématique.-^ Lamarre chasse les français du l\'tit Uoîïvc. — Cancre dirige une attaque contre L»éogahe. — La garde d'honneur de HochnuvlAau dtbarque au Peiit-Goûve. — Elle" cstÀirtue par Lamarre. — Mort de Néterwood. — Toussaint Brave attaque le Fort- Liberté.— *ll est repoussé par ie général Quentin — Le général Brunet part pour le Sud avec 2,000 hommes — Marche générale des irowpeâ françaises du Sud contre Qefirard — s-Lrs français Sont battus à BéreUe par Gérin ; au Plymouth par Moreau et Thomas Durocher , à Gaiala par Férou. — 'Les indigènes prennent le Corail sur Darbois. — Sarrasin est enveloppé dans ta plaine des Cayes par Gcffiard. Combat du Pont de Truche — Sarrasin est dégagé par Brunet— Les indigènes pren- Beni l'Anse-à- Veau.— ^Départ de Laplume et de Nérette ponr France. — Les anglait vendent des armes et des munitioas aux indépendans. — Eti.t de la plaine du Cul-' de-Sac — Mission du général Pierre Boy»r, en France. — Renforts venus de France.—Pto motions dans l'armée française. — Capoix prend le Port de-Paix ; Vnsuite hk Tortue. — OrdeftBftace dit 18 avril 180^. — Expéditioa de Vitt aux ^KrandB-Boir.
a^BTOIRE d'hAIW.— (1805)
— Blockaus établis à Drouiilard et à Santo. — Les français attaquent TArcahaie, 0t sont repousses par le (générai Pétion — Toussaint Brave et Romain s'emparent de l'Acul ; ils ea soyt chassés par Clause!. — Réunion dts ehefs indigènes du Petit-Goàve et de Léogane à l'Aicahaie. — But de c^ite réunion. — Mort héroïque de Laporte. — Cangé envahit la plaine du Cul-d<* Sac — Combat de Borgella et / de Jumécourt. — Mort de Mimi Bode — Dfssaliu'^s part dft l'Artibonite pour le Cul de-Sa«. — Il pr«nd le Mi rebalais — 11 envahit la pluino du Cul-de-Sac. — Il se' réunit à Cangé au Camp Frère. — Prtmière entrevue de Dessalinea avec Laraour Dérance. — Les Cultivateurs du CuI-deSdc se 8oulèv<'nt pour Dessalines contre les français. — Dessalines /ait incendier la pfaine du Cul-de Sac— Seconde entrevue de Dessalines avec Lamour Dérance — Propagande contre Lamour Dérange dans la plaine de Léogane.— Arrestation et ejcécution de Pierre Louis — Dessalinea dégrade le colonel Montauban. — Gabart est battu à la savane Oblonde. — Toute la plaine du Cul -de Sac est soulevée contre les français qui n'occupent aue le bourg de la Croijc-de -Bouquets et quelques blockaus.
Pendant que l'insurrection {^'organisait de toutes parts, et se con* cenlrait sous une seule autorité, la domination française s'anéantissait rapidement. Les maladies avaient considérablement afTaibli les équipages des bâlimens de guerre; le moral des matelots était abattu , et les marins qu'animaient des sentiments d'honneur étaient indignés d'être devenus geoliera, et d'être sans cesse témoins de seènes de carnage. L'amiral Latouche Tréville, homme mou et eiTéminé dans nos chmats, commandait les forces navales de St Domingue. Se livrant à toutes sortes de voluptés au Môle St. Nicolas, il ne pouvait même pas se résoudre h donner la chasse aux pirogues itidigènes qui, sortant des anses de la côte , attaquaient hardiment les navires marchands et les capturaient. Cependant il demandait sans cesse des grades pour les enseignes de' vaisseaux et une foule d'autres oliiciers qui ne se livraient qu'à l'assassinat et à I orgie. Le vaisseau amiral était encombré de captifs condamnés à être no}'és. La plupart des ofliciers de marine spéculaient sur la position de ces infortunés auxquels ils prétendaient porter toutes sortes de sollicitudes. Us invitaient leurs parens à leur envoyer, à bord, de l'argent, pour leur nourriture et leur habillement. Souvent en quelques jours , ils recevaient des sommes corfsidérables dont ils s'appiV)priaient; car ceux auxquels cet argent était eavo^é, avaient été novés, le plus souvent, dès le jour de leur arrivée sur lescadre. Dans sa correspondance aveclemi^Mstre de la marine, Décrès, Latouche Trêville disait que la flotte rivalisait de zèle et de dévouement avec Tarmfe de terre. Cependant il terminait toujours ses lettres en demandant du repos au gouvernement. Décrès lui répondait que le Premier Consul, prenant en considération les services qu'il avait rendus, pensait qu'il serait injuste dé le remplacer pendant que St-Dominguc était encore en insurrection. Ces réponses quoique flatteuses ne contentaient pas Latouche Trêville qui, devenu riehe, craignait qu'un plus long séjour i 6t.<- Baniogue ae compromit sa fortune»
n'8T0IR£ D*IIAITI.**»(1803) S
Roohambeau , do son eAté , s^efforçaît de relever le courage des troupes de terre. Il publia que le Premier Gonstil ava il envoyé des félicitati<»R8 au général Clausel pour la reprise du Fort Liberté, au général Rrunet pour sa condtiilc au Mùlc contre tes brigands, et au colonel Néra^id pour Ténergie qu'il avait déf)loyéc dans la plaine du GuMe Sac. Nérnud , devenu adjudant-commandant, fut attaché à Tétat major du c^ipilaine gônéral.
Les lie et 5e d^fhi-brigades. d^infonterie légère, tes 7e, 31e et 86e d'infanterie de bataille furent réduites à deux bataillons chai« cune. Rochambeau avait reçu un Arrêté des Consuls de la République, en date du 27 Frimaire an' 11, (18 Décembre 1802), par lei|uel la formation d'un troisième bataillon de cliacun de ces corps avait été ordonnée on France.
Les tro^jpes européiMines avaient élé tellement moissonnées par Fc fer et la peste ({ne Rorbambeau se vit contraint de réunir plusieurs demi bri^'ades ea une seule. Sept balaillofts ne purent fournir qu'une •force effeoiive de mille hommes. Les débris des 14e, 19e, I5e^ 3«, 7e, 28e, Sfk, 74e, 77e, 83e, ÔOe , 20e, 23e, 90e, 71e, 79e, 68e, 2e, ftîrenl incorporés dans neuf demi-brigades, les 5e, ile, 7e, 31e, 85e, 110e, la légion de St.-Domingue , ci-devani expédiiîounaire, la légion du Cap ci-devant légion de la Loire, et la i 14e. Les drapeaux des corps <iont les numéros n'existaient plus furent expédiés au chef de Tétat-inajor général qui les envoya en France au ministre de la guerre.
Les neuf demi brigades qui formaient à présent Tarmée française étaient dispersées sur ditlcrenls points de I ile. La 5e légère était cantonnée au Porl*Répubii<*ain et à la Croix-des-Rouquets. Le colonel Pesquidou commandait à St Marc la légion expéditionnaire ; la 86e commandée par Laeroix et la demi-brigade polonaise étaient cantonnées dans le département du Sud; la Ile légère,, sous les ordres de Dubreton, les 7e. et Ile de ligne« sous les ordres du colonel Anhouil formaient la garnison du Cap dont Tarroiulissement était commandé par le général Clausel ; la 31e était cantonnée au Mole, et la légion du Cap fut envoyée à Sto- Domingo sous les ordres du général Ker* \erseau.
A mesure qu'un bataillon arrivait de France, il était incorporé dans la demi-brigade la plus faible. Le bataillon helvétique avait été incorporé dans la 5e légère. La 3e. et la 4e. légion de gendarmerie étaient eittrées dans la garde d'honneur du capilaiue-généraL
Comme les canvpagnes étaient presque de toutes paris en insurrection, les français ne recevaient plus, pour ainsi dire, aucun produit de l'intérieur^ le commerce était presc^ue nul; les habilans des villes ne faisaient plus d'échanges de denrées avec la métropole; ils payaient ea argent les objets qu'apportaient les navires français et étrangers » cousommaleat ||&ur$ épargnes ,, et se ruinaient ; Ja famine se laisaiA
6 fiisToiRE d'iiaiti. — (ISÛS)
déjà cruellement scnlir dnns les villes. Toutes les dépenses faites pour l'entretien de Tarmoe et de I ailminisirnlion élaietU soldées par le gouvernement de la métropole pour lequel St. Domingue était un€ lourde charge. Quand lo§ oomraunicaiious entre la France et la colonie deviendront plus dirGciles, Fiochambeau aura recours aux cout IrilHitiuns forcées , et sévira rigoureusement, contre les négociant blancs qu'il traitera alors d*anglo man.
Le capitaine général faisait publier comme de* grandes victoires de Cibles avanlages qu'obtenaient les français dans le Nord.
Le général Quentin qui commandait. la division gnurhe du Nord sortit du Fort Liberté, en mars, h la Iclc de deux bataillons européens, et alla alUufuer le fort de la Malellière et le bourg de Jacquezy qu'occupaient les indigènes, sous les ordres de Toussaint Brave. Le fort de la iMartellière fut enlevé d'assaut, et soixante hommes qni y étaient enfermés furent passés au (il de l'épée. En mùme temps, Lecourte, adjudant attaché à la place du Fort-Liberté, trouvait une vive résistance à Jac(|uezy. Après deux heures de combat les indi« gènes lui cédèrent le terrain, et se' retirèrent à Caracolle, abandonnant iine pièce de 8 au pouvoir des français.
Depuis la descente de Jacques Louis à la Tortue, les indigènes de pette tie entretenaient de cominueiles relations avec Gapoix. Ils repavaient des munitions par des embarcations qu'ils cachaient dans les bois du littoral pour les dérober à la vigilance des chaloupes canonnières qui visitaient fréquemment les anses de la petite ilo. Dans les premiers iours de mars, ils se soulrvèrenl de nouveau, égorgèrent les malades des hôpitaux, et rcfoulèieal les français dans les forts du rivage. 11^ livrèrent aux llainmes la plupart des habitations. Dès que ïlochambeau reçut la nouvelle de celle révolte, il envoya à la Toriue, sur pne frégate, le chof d escailron Lallemaud, à la lèle de 200 chaspeurs de la i le légère. L'expéililion débartjua a la Basse Terre, Lallemand divîsi sa troupe en deux colonnes; il en confia une au capitaine Baury qui marcha contre le Coquillage ; lui môme, à l,*^ têle de l'aulre, pénétra dans le centre de l'tle. 11 tua aux mdigènés, en deux rencontres, cinquante hommes, leur enleva vingtcinq fusils et deux (andiours. De son oùlé , le çapilaine Baury les chassa du Coquillage, cl livra aux flaniincs leurs barges qui étaient cachées dans les bois. La tranquillilé fut rétablie, et les français çonservèfent encore (e seul asile qui restât à hors malades.
Pendant cet intervalle, Cangé apprit que GellVard , retiré dans Jes montaigncis du Petit-Goâve, depuis la défjile qu'il avait essuyée a l'Anse-àVeau , était dans v\n état extrême de détresse, sans munitio-ns, abandonné d'un grand nombre de ses gens, et dans l'im* puissance de reprendre Toflensive, s'il ne recevait pas des renforts. Il Yola à son secours avec un escadron et un bataillon. Aussitôt après Varrivéç de pes renfQrts, Ibeffrard pénétra de noiiveau d^s le Sud, aprè^
BISTOIBE D*HAITI.-^(1893) 9^
atoir faycé le cordion de Miragoâneque comœnndail le colonel Hurfo, «C marcha sur Aquin. Presque toutes les troupes françaises étaient con« centrées au\ Ga^es et à Jéréroie. Quand il parvint près d'AffuiQ , il divisa son araiée en trots colonnes. 4 noidi , pendant que les français se livraient au repos, Jean Louis François, à la tête de la première colonne, attaqua un poste avancé qui couvrait la ville, et i'enlova. L'ennemi sortit d'Aquin, et mnrcba A la rencontre des in^ digènes. Assaillis avec vigueur, les français furent rompus et pour-* suivis jusqu à l'entrée de la place. En m^me temps le colonel Nérettû qui sortait des Gayes entrait en ville. Il lit une vigoureuse sortie contre les dragons indigènes, et les repoussa ap^ès leur avoir enlevé un drapeau. Mais dès qu'il ap* rçut Jean Louis François qui s'avançait, au pas décharge, à la tôle de linfuiterie, il abandonna lechampi de bataille, et se retira sur le rivage de la mer où il se retrancha. Gefîrard négligeant d'assaillir sa position qui ét:nt formidable se résolut à opérer sa jonction avec Férou. Il so proposait ensuite d'aller assif'ger les Gayes dont la chute devait entraîner celle des autres villes du Sud. Il se dirigea vers le quartier du Gitronnier où il j avait une forte garnison française. Le terrain lui fut disputé pied a pied , et il n'y arriva qu'après avoir traversé pendant une Journée plusieurs embuscades. Les français étonnés de I audace de sa marche abandonnèrent leur position et rentrèrent aux Cayes. Gef* frard campa au Gitronnier, et lit aussitôt anuoncer à Férou son arrivée. En moins de quarante huit Iv^ures, il vit s<' présen'er df vaut lui plusieurs envpyés' de Férou et de \ancol, les deux principaux chefs des indcpendans du Sud. Ils lui annoni-ètent (|u ils étaient cliHrgés de lui offrir le commandement en chef de l'insurrection. Geiïrard* leur répondit: allez dir^ au commandant Férou que j obfis aux ordres de Dessaiincs, et que je déploierai toute mon énergie pour faire respecter son autorité dans ce di'parlement. J'accepte son offre, s'il consent à reconnaître Dessalines général en chef <les armées indigè* nés. — Votre parti est celui du comn^andant Férou, répliquèrent lea députes; vous avez é>é, sous le g^néial Rigaud« notre compagnoa d'armes, et nous savons que vous ne pofirriez servir une mauvaise cause. » Les députés se retirèrent au milieu des a pplau lisse mens de toute l'armée, et apportèrent à Férou des dé|>èches par lesquelles Geffrard l'engageait à venir se joindre à lui au Ouaire*Ghomins, à l'entrée des Gayes. Gelfracd continua sa marche, et atteignit lavant* garde de Férou sur Ihahitation Be>geaiid près de la rivière de rUet« Les deux armées indépendantes se confondirent sur l'habilatio» Charpentier, eu poussant avec ivresse des cris d enthousiasme. Tous ces guerriers étaient de vieux compagnons qui avaient combattu ensemble 80US Rigaud; ils aviMcnt été dispersés après le triomphe de Toussaint Louverture ; c'était la premièie fois qit'ils se revo} aient depuis h cbutede Rigaud. Ils versèreiu d'ai^oodauiea Urme&t et s'eaibra^ï^èreot
• HiiToiRE d'haïti — t(1803)
avec eflusion. Férou reconnut solennellement Tautorité de Dessalfnés dont le nom cependant était en exécration dans le Sud. En (Eîette circonststnce, il sacrifia ses sentimens personnels à la cause de la liberté ; car en demeurant divisés les indigènes n'auraient pu triompher de Tennemi Commun. Le général GefFrard avait obtenu le but auquel voulait parvenir Dessalines en l'envoyant dans le Sud, En représentant le général en cher à ses concitoyens sous des couleur^ favorables, il calma les grandes animosités qui existaient contre lui, Pétion, de son côté, se soumettant à la prépondérance de Dessalines, avait dissipé les défiances de la population de TOuest. Tant jtst puissante sur les masses Tinfluence des noms. Ainsi les départemens du Sud, de lArtibonitc, du Nord, qt une partie de l'Ouest , (itaient soumis à Dessaline»; et les plaines du Cul de-rSac «t de Léogane , quoique en apparence sous le commandement de Lamour Dérance, obéissaient à ses ordres. Les mornes de Jacmeletdu Petit-* Goâva seuls étaient en réalité encore soumis à Lamour Dérance, Geifrard campa dans la plaine des Cayes, et poussa ses avant- postes presque jusqu'aux portes de cette ville. La 86e de ligne, de 600 nommes, dans laquelle on avait fait entrer les débris^de la 20e, une compagnie da 120 polonais, les gardes nationales d'Aquin, de St Louis, de Cavaillon, celle de la ville menacée, composaient la garnison des Cayes. Ces troupes fournissaient une force de 3000 hommes environ. L'inquiétude des français était grande. Depuis que Geiïrard ^vait pénétré dans le Sud, beaucoup d indigènes s'étaient enfuis de }a ville. Des murmures môme se faisaient entendre contre les au* torités. Le général Lnplume excité par la municipalité composéede colons se résolut à ch^isser les indigènes de U plaine. Le 6 Mars, dans la matinée, il commanda à la compagni/s polonaise de faire une sortie. Les polonais atteignirent Tennemi à la barrière de Charpentier. Férou qui y commandait fu> culbuté. Geffrard qui occupait Bergeaud lui envoya un renfort de 200 hommes sous les ordres do Mortau oq Gocoherne. Les européens assaillis vigoureusement furent refoulés dans la place, chargés par la cavalerie indigène. Dans cette $kction les indépendans perdirent un officier de couleur, Raymond Benne, qui reçut la mort à la tête de la cavalerie.
Berger avait reniarqué que les gardes nationaux indigènes donnaient mollement depuis quelque temps. Il sentit qu il ne pou* irait plus guère compter sur la milice qui n applaudissait plus aux rigueurs du gouvernement. Cependant le nom de Dessalines était j9n horreur parnii les citoyens , et ils ne faisaient des vœux pour le triomphe des armes indigènes que parce qu'ils croyaient que Geflrard était indépendant de son autorité. Us n'avaient aucun renseignement sur ce qui s était passé à Charpentier. Ils convinrent #n grand nombre de passer à Pennemi à la première attaque que ({iriserait le général Geflrard eoptrç la |>lace.
HISTOIRE D^HIÏTÏ— (1803) 9
Le« indépendans enbnrdis pnr lé succès qu'ils avaient obtenu Id 6, ignorant les dispositions des citoyens en leur faveur, ne comptant que sur leur propre valeur, s'approchèrept de la ville dans la nuit du 8 mars , et l'attaquèrent sur tous les points , à cinq heures du matin. Le g(^néral GefTrard avait formé quatre colonnes de son armée. Cangé et Morcau, à la tète de la Ice, s'elTorçaient d'enlever le portail du grand chemin; Gérin ei Jean-Louis François, ^i la tète de la deuxième , attaquaient les fossés du côté du fort rilet; Vancol , à la tête de la troisième, tentait de traverser la rj* ïière Renaud; et Férou donnait .assaut vers le poste Troussc-Côfe. Berger et Laplume , excitant l'ardeur de la 86e et des polonais , faisaient de toutes parts face à renneroi. Une partie de la garde nationale dem?)ndait, à grands cris, à faire une sortie par le grand chemin de la plaine ; beaucoup de citoyens devaient se rendre à Tennemi. Tout à-coup l'on entendit s'élever des rangs des indigènes les cris mille fois r^^pétés de vive Dessalines ! Les sympathie^ qu'on éprouvait pour les indépendans se changèrent en fureur. On crut que Dessalines en parsonne dirigeait l'attaque. En môme temps la colonne que commanilaient Cangé et Moreau culbuta les polonais qui gardaient le pont , pénétra dans la ville , et se mit aussitôt à piller la première boutique qu'elle rencontra. Mais assaillie tout-à< coup, elle ne put résister au choc impétueux de la cavalerie, et fui rejetée au-delà du pont. Gérin , de son côté , faisait depro* digienx elTerts pour franchir les fossés qui couvraient le poste Tllet; mais de ^ives décharges de mousqneterie et d'ariilleria le contrai* guîrent à abandonner le terrain, il rallia les indigènes qui revinrent au combat avec tant daud.ice que rien ne put arrêter leur élan ; et le chef de bataillon Francisque planta un drapeau sur les remparts près du palais du gouvernement. Mais une batterie de six pièces de canon, tout-à coup démasquée, vomit un feu si meurtrier sur les gren^^diers indépendans , qu'ils furent obligés d'abandonner le poste dont ils s'étaient empiirés. Francisque fut emporté par ses soldats, atteint d'un coup de mitraille à la (uiisse. L'on se battait avee acharnement depuis cinq heures du matin; l's indigènes n'avaient pas d artillerie, et de toutes parts les boiletslenr enlevaient des lignes entières. Vancol fut repoussé, après avoir tenté, plusieurs fois, de traverser la rivière Renaud. GefTrard voyant tomber ses meilleurs soldats commanda la retraite à 7 heuers du matin. Il se retira en bon ordre au oamp Gérard , et se disposa à cerner la ville. Férou reçut lordrs d'aller s'établir aux Coteaux pour intercepter les communicaliens par terre que pourrait entretenir la garnison dos Cayes avec celle de Tiburon.
Comme les munitions de guerre commençaient à manquer aux Cayes, le colenel Berger en envoya chercher à «Jérémie par une l^oélette que montait le commandant Kerpois(oo« Celui ci parvenu
à Jércmie ohargoa de poudre le navire et appareilla pcuir Tes Ca;;e^. Apres qu'il eut doublé le cap Tiburon , il vil la mer devenir caloi^if et la goélette demeurer immobile. Bôgon , homme de couleur, 6| Âoua , noir, chefs des bargos indigènes du Sud, se tenaient cachés dans les anses de la baie des Anglais. . es qu'ils aperçureat le bâtiment français , ils sortirent de la baie , à force de rames , avec quatre barges montées chacune de trente hommes. Mdgré le feix . des canons de la goélette , les indigènes rabt>r«lèrent à la fusillade.. • Ik3gon et \oua , armés chacun d'une hache, s'élancèrent dans le navire suivis de leurs matelols. L'on se ballil con>s à corps sur Id p^nt. Les français furent la plupart éfjorgés , ei Korpoisson fut fail prisonnier. Bégon I envoya à Armand Bcrrault, commandant du poste, établi aux Anglais. En voyant arriver, fortement garrotté, le blanc le plus cruel de la province, les indigènes laisvsèrctit éclater une vive joie. Kerpoisson, depuis longtemps, ne se livrait qu'au ' pillage el à Tassas^^inat. Il noyait impitoyablement les prisonniers indigènes qui étaient à bord des bAlimens de guerre en station dans le Sud, ou les vendait à des espagnols qui les conduisaient comme esclaves à Cuba, à Porto Rico , ou à la Côle-Fernîe. Armand Bcrrault lui dit qu'il supporterait toutes les tortures qu'il avait fait ei>« durer i^ ceu.x des indigènes qui étaient tombés en son pouvoir Avant de lui ôlor la vie, les indépendans le plongèrent dans la mer, le fouettèrent, le percèrent de coups 'de baïonnettes, et lui brisèrent tous les membres à coups de fusil. Ils Ietran*^portèrent, pendant qu'il lui lestait un souffle d'existence, aux Quatre-Chcmitt-, à Ten* Irée des Cayes , et le pendirent , au milieu de la nuit , avec cet ècriteau sur le dos : « le crime ne reste jamais impuui. > La prise de sa goélette procura aux indépendans des munitions en abon* dance.
Ce fut à cotte époque, que les français pénétrèrent, pour la première fois, an sommet des hautes montagnes du Mariîel. Le général Ker* \erseau , commandant de rancicnvic colonie espagnole , apprenant que dos indépendans qui reconnaissaient, assurait on, lautoritéde de Lamour Dèrance , avaient dans les mornes de Maniel un dépôt considérable de vivres, résolut de leur enlever ce point important, M divisa ses troupes dont le chiffre montait à 2000 hommes en irois colonnes* Celle du cenirf fut confiée au chef do bataillon Camberlin, eelle de droite à Mirdonday , el celle de gauche à Wives, Pour atteindre le sommet de ce<5 mornes presque^ inaccessibles, il employa huit jo4]r9. An milieu des plus grandes diniculiés, l'armée traversa de profondes ravinés, gravit des rochers qui pendaient audessus de sombres abymes. Si les français avaient été attaqués dan^ leur marche, ils eussent tous péri, écrasés sous dénormes masses de pierres. Le f5 Mars, Ker\ersea<] parvint au camp du Maniel; il y jreûQuntra uoe beUa fitopulatioa «uUivaat d immenses fhamps 4^
1; bananiers, d*ignarMS et de patates. A la première décharge que firent les français, les indépendants prirent la fuite et disparu* reol dans les forêts. Kervcrseau trouva dans une des cases du plateau 600 livres de poudro, 20(^ fusils et quelquos pistolets. Peu de jours après ^ il descendit de la montagne, après en avoir ravagé toutes les plantations. Celle course du génénd Kerverscau demeura iafruclueuse. Les indépendans du Maniai avaient des camps en cent ; lieux divers.
I Rochambeau qui avait appris les progrès de rinsurreclion du Sud, i se détermina à envoyer des renforts au\ C^yes. Il ordonna au gé- I néral Sarrasin qui venait d'arriver au (^ap avec <juoI(|u<îs forces, de partir pour le Sud, à la tôle de la \Ae légère. Sanasin s'omlnuqna sur k5 vaisseau ÏAlalanU^ et lit voile pour les (ayos. C'était im pICcier général de répulalion. Sous le Directoire L]\écutif, il avait •pu le commandement d'une division de 0000 hommes de larmée ex* pédîtionnairc d'Irlande. Le 9 mars, il se trouva en vue de Tibnron. Quoiqu'il eût reçu l'ordre, pour épargner aux troupes de rudes fatigues, d'atteindre les Cayes, direclemenl, par mer, il entra dans lo port de Tiburon et so résolut à se remlrc à sa desiinalion, par terre. Les ollicîers indigènes encore (ideles aux français lui (irenl en vain observer que les chennns étaient presque impraticables à cause des pluies et du débordement des rivières. Plein de confiance en la valeur de ses troupes, il ferma l'oreille à tous les sages avis qu'on* loi donna, qI se détermina à traverser un es|)ac€ de 24 lietes, couvert d'embuscades , de Tiburon aux Cayes. Après avoir écrit au général Laplume de s'avancer à sa rencontre avec une partie do la garnison des Cayes ,^ jl conlia le commandenient de son avant garde au chef de bataillon Lcspos, celui de son arrière-garde au capitaine Vcrimc, et sortit de Tihuron , précédé de guides indigènes. iO Mars. La Hc suivit la route qui longe le rivage de la mer. Quand elle arriva à la Çohanne, elle rencontra un poste indigène qu'occupaient quelques iroupes sous les ordres de Fcrou. Le combat s'engagea ; il fut opiniâtre et meurtrier. Le chef de bataillon Lespos enleva la position à la baïonnelte. Les indigènes, sèche tonnant en tirailleurs d^s deux coiés du chemin, commencèici.t sur les français une fusillade qui peu soutenue n'arrêta pas Uuv marche. Néanmoins la colonne européenne fut obligée d'abandonner sc$ blessés qui lurent égorgés. Le 11 Mars, Sarrasin aperçut lo village des Anglais, situé à cinq lieues de Tiburon. Il avait déji pei^du 50 hommes. Il y avait au pied d'ujî morne que traverse le grand chemin trois mille cuhivateurs armés la plupart de bâtons et de pierres. Il n'y avait pas cent fusiliers parmi 'eux. Us étaient retranchés derrière de grai^ds arbres renversés ; ils n'avaient pas une seule pièce de canon. Le général Sarrasin , en les découvrant, so t»i|pna yers ses greiMidiers çt leur 4Û '• « Ces lurigands j)ejirraîcut*
t2 HISTOIRE d'haiti.— fl803,
ils vous arrêter? En avnnl ! » La charge se fit entend» e, et fa He s'avança audacieiisemeni contre le retranchement exécutant Hes feux de pelolonf». Les indî};ènes firent pleuvoir une grêle de pierres sur les blancs q'ii les abordèrent à la baïonnette. Le capitai* ne Monvoisin , à la^ tête des grenadiers , s'empara des relranchemens. Les indigènes prirent la fuite, et allèrent attendre Tenneini un peu plus loin. A sept heures du malin , Sarrasin était mnU ive des Anglais. Il s'y reposa le reste de la journée. Ses troupes étaient harassées de fatigues; elles, avaient traversé plusieurs torrens, marchant tantôt dans des chemins boueux, taniôt dans des sentiers rocailleux, la nuit la pluie sur le dos, et dans la journée brûlés par les ardeurs du soleil. Ell«s reprirent leur marche dans la \^^\l du 12. Avant le lever du soleil , elles tombèrent dans une
^embuscade qu'elles levèrent après avoir perdu une vingtaine d hoûimes. IVndant cet intervalle, le général Laplume sortait des Cayes/ et marchait à la rencontre de Sarrasin av#c 800 hommes de troupes et deux pièces de campagne. Il arriva à Welche Taverny , et ^ y attendit inulilement pendant 24 heures le général Sarrasin. Crai«» gnant d'être enveloppé par les insurgés, il rentra aux Cayes.
Le 13 Mars, le général Sarrasin atteignit la Grande Crête du Port- Salut dont le sommet était occupé par un millier d'indépemlans sous les ordres de Razile. Les indigènes étaient dans une position for-
'midable. Le général Sarrasin, voulant traverser ce morne avant la nuit les attaqua avec vigueur. Le combat dura trois heures. Lea français après une perte de 200 hommes s'emparèrent de la position. Sarrasin s'était ballu comme le plus inlrcpide de ses grenadiers. Il était parti de Tiburon à la têle de 1200 hômofcs, et la 14c était réduite à 909 hommes. Il ne donna cependant pas à ses troupes le temps de reprendre haleine. Le même jour, i\ continua sa marche s'ouxrrnt passage à la baïonnette au travers des embuscades qu'il renconiiait de distance en distance. Il arriva à Welche Taverny, lion loin de Torbeck. Il vil les troupes indigènes encore rangées en bataille devant lui. Il leur envoyai un parlementaire qui leur demanda à s'entretenir avec leur chef. Bazile se présenta avec Jean Jacques Sully , son secrétaire. Getui-ct avait abandonné ja cause française après les combats du Morne Fendu et de Maraudhuc. Le parlementaire, s'adressant à Jean Jacques Sully , proposa aux indigènes, une trêve de quatre heures pendant laquelle on donnerait des soins j aux blessés de part et d autre. Bazile Taccepta. Sarrasin réunit les ' cabrouets de rhabilution Welche Taverny , auxquels il attela des chevaux, y plaça ses blessés, et laissa ses troupes se reposer. Après leur repas les français reprirent leurs armes , et se mirent en ba* taille. Leur général fit annoncer à Basile qu'il eut à se préparer à recevoir son feu. Les indigènes se saisirent de leurs armes , et les français s'ébranlèrent. La 14'' fut harcelée avee acharnemeat
HISTOIRE D'HAITI.--(ldOS) 18
jusqu'à Houe, en 1e combat fut des plus sanglans. Sarrasin se pré* seola à son arrière -garde, et fit signe aux indigènes d« suspendre le feu. Bazile (it cesser la mousqueterie , et s'avança jusqu'à lui. L€ général français lui demanda, avec instances, de prendre soin de ses blessés s'il était batlu, et lui promit de son côté de donner toutes sortes de secours aux indigènes , s'il était vainqueur. Biizile lui accorda sa demande, et le combat recommença. Les ind(^pendaos laUnnérent les français jusqu'à Torbeck. Pendant cet intervalle le général Geiïrard avait appris , par un envoyé de Férou , la marche d« Sarrasin. Il était sorti du camp Gérard a%ec son armée se dirigeant sur Torbeck où il devait attendre Tennemi. Il s'établit au carrefour de Toibeek et dans les environs. A la pointe du jour, Sarrasin voyant de fortes colonnes se déployer pour Tenvelopper pénétra aussitôt dans 1 église du bourg et s'y barricada. Si Geiïrard, ^cherchant lennemi , avait passé par Tlubitation Bagatelle, il eut joÎDi les français avant leur arrivée à Torbeck et les eut exlermi*» nés. Sarrasin manquant de munitions envoya, au rivage de la raer^ la nuit qui suivit, cent chasseurs qui réunirent des bois secs, firent trois énormes bûchers auxquels ils mirent le feu successivement. Deux frégates qui étaient mouillées dans la rade des C^yes aperçurent ces feux. Laplurae et Berger pensant qu'ils ne pouvaient être qu'uni signe de la détresse de Sarrasin, envoyèrent aussitôt , le long des rivages de Torbeck , plusieurs, chaloupes chtirgées d'armes et de mu- nitions. Les matelots débarquèrent les munitions qui furent distribuées à la 14*. Dans la même nuit le général Laplume envoya des Cayes à la rencontre de Sarrasin une division de 700 hommes et 2 pièces de eampagne. Au jour les troupes de Geflrard commencèrent à échanger des coups de fubils avec les français qui occupaient l'église de Torbeck. En même temps les troupes des Gayes parvenaient sur rhabitalion Dérodiore que traverse la rivière de Terbeck. E!lûs y rencontrèrent ui%. rempart dans le grand chemin qu'oecupaient les indépendants. Ceux-ci craignant d être placés entre deux feux , l'abandonnèrent après avoir essuyé deux coups de canon. La co-* tonne sortie des Cayes continua sa marche. Elle rencontra le géné^ rai Sarrasin qui avsàit abandonné l'église du bourg, et' tournait lo carrefour de Torbeck. Elle ouvrit ses rangs , laissa passer la 14% qui prit la droite. Elle mâme forma larrière garde, jusqu'aux Quatre-Chemins^ à Tentrée des Cayes, les français ne firent qu'échanger des coups de fusils avec les indépendans. Sarrasin entra aux Cayes avec 700 hommes de la 14** sans avoir perdu un ,seul drapeau. Les «troupes françaises s'étaient battues avec un rare courage.. Doit-on s'étonner des prodiges qu'elles on faits en Europe, courant de victoire en victoire, chantant des hymnes de liberté, quand on les a vues, combattant pour Tesclavage, au-delà de l'Atlantique, 4i^ployer taot d'intrépidité ? gloire et honneur i nos pères qui pae
14 tiïSTdiRE d'iiaiti.— (1893)
leur couraf^e, leur héroïque persévérance ont diassé du sol iTWaïtf ces intrépides guerriers» qiri avaient déjà dompté une partiv ! de l'Enrope. Gcfïrard fil recueillir, sur le champ de bataille , lou^ los bles<iés (rni»çî)is ; ils furent transportés à une ambulance où dM femmes indigènes leur prod {{lièrent toutes sortes desoins. Le lie Vfteîiont (colonel de la iie légore , demeuré grièvement blessé à Welche Taverny , fut ému des allefttions qu'on lui portait. Il s^éc^ia^ Je ne vois autour de moi que des âmes compatissantes! Oii soDt ces cîînnibales que nous devions rencontrer en celte île? Combien n'avons nous pas été trompés par les calons? — Apres Tenlrée do Sarrasin aux Cayes , le général Cangé paf'til pour la plaine de Léogane , résolu à enlever cette ville. Sarrasin admirant le coufagef ' des iuflépendans ^l la loyauté avec laquelle ils avaient tenu à leurs engagemens à l'égard des blessés français, défendit de les appeler brigands. i
• Le capitaine général Rochamheau qui, dès le mois de février, avait annoncé son départ potr le déparlement de l'Ouest, s'embarqua au milieu de mars pour le Port Républicain. Il était plein de fureur contre los hommes de couleur qu'il accusait d'être les auteurs de la révolte du département du Sud. Le 19 Mars, dans la soirée, il se tpouva en vue du Porl Républicain. Les principaux fonctionnaires qui Facrompagnaient étaient à bord des vaisseaux le Duquéne et le Duguay Trouin. Il débarqua en ville le lendemain, au lever du soleil. Son arri\ée répandit une profonde terreur dans la population noire et de couleur. Mais, dans la soirée, la joie des colons se manifesta par des ilbiuiinatious et de magnifiques fêtes. Peu de jours aprè& le capitaine. général donna, au palais naliunal, un magnifique bal auquel furent invitées la pju|)art des dames noires et de couleur. Les salles étaient spleudidemenl décorées ; la musique de la garde d'honneur était harmonieuse, el la soirée Irèsanimée. Rochambeau se montrait d'une politesse ex(|uise. A ininuil , il pria h^s dafies noires et de couleur de traverser dans une des salles où elles devaient trouver d autres plaisirs* Elles furent tout-à-coup saisies d'effroi et d'horreur, | en entrant dans^'un appartement tendu de noir, éclairée de la lueur i ' sombre d'une lampe, et dont les angles étaient occupés par de long» cercueils couverts de lêles de nior ts. La terreur de ces infortunées l redoubla quand subiloment le chant des morts sortit de ces cercueils. Beaucoup s'évanouirent. Rochan^beau dit à celles qui prenaient la I fuite : « Vous av. z assisté aux funérailles de vos é|)4)ux el de vos ffères. » Le leudemiin commencèrent île nombreuses •xéeution§ d'hommes noirs et de couleur. Rochambeau oi donna aux onieier» de la police du Port Républicain , parmi lesquels 1 ou remarquait quelques indigènes noirs et de couk'Ur très acharnés contre leura^ frères , de faire dévorer par des dogues dans la cour do la prison^ t^m les capii£s indépendans. Mais on^ ne put parvenir à i^neff ef»
histoihe D'flAÎti — (1803) 15
animaux sur tes infortunés. Les officiers de police allaient de nuit frapper à la porie des indigènes dont ils suspectaient le dévouement à la France, les arrachaient de leurs demeures « les conduisaient dans la raiie où ils étaient noyés. Roeliambeau élail sous l'influence du délire de la cruauté. Il n'a pas existé un barbare qui Tait surpassé , en férocité. Aucune éBUgue de Ihistoire ne fournit un tel ttonstre. Ses crimes ont été plus horribles que ceux de Biidus Dracula , prince chrétien , Hespodar de Valachie et de Moldavie que Mahomet II vainquit €n 1462 : Dracula avait faîK empaler, dans la plaine de Praylab , vingt mille personnes , des enfans à la mamelle; des femmes, des vieillards, des jeunes gens.
A cette époque les insurgés des mornes du Petit Goâve , sous les ordres de Giles Bambara, faisaient peu de progrès. Ils étaient poursuivis lavec acharnement par les volontaires nationaux noirs et jaunes deeette ville , ayant à leur tête /le capitaine Lamarre , jeune officier de couleur du plus grand courage. Mais les cruautés que commandait Rockambeau ébranlèrent la fidélité de cette jeunesse jusqu'alors si dévouée à la France. Une potence avait été dressée sur la place d*armes près de rafi)re de la Liberté. Un noir nommé Brital Cavanach que Deipêche, commandant de la place, soupçonnait d'être en relations avec les insurgés, fut condamné à être pendu. Quand il arriva au Heu du supjjlice , il prit la fuite, et atteignit la campagne au milieu d'une gi-èle de l^altes, tavorist' par la foule qui, loin de l'arrêter, lui donna passage Le lendemain , à la lèto d'une bande de cultiva^ teurs, il s approcha delà \ille, et inqenilia quelques cases du voisinage. Il alla tiisuite camper au Fond^Arraby. Les français avaient formé au Petit-Roâve quatre compagnies de troupes coloniales eom« posées des indigènes les plus dévoués à leur cause. Le plus intrépide des otriciers de ces troupes était Lamarre. Pendant cet intervalle, un' bateau sortant de Jerémie enlta dans le port iu Petit Goâve et annonça la pendaison d un jeune indigène, aide de camp du général Daibois. Cetofnrier était tami intime de Lamarre. Celui ci M rendit sur la place d armes , et déversa , au milieu de la foule ^ {des plaintes an>éres contre le gouvernement (|ui ne récompensait ses ««rviteurs que par Tassashinut. Pourquoi celle potence s écria t il? ne devrait elle pas être abattue? Le maire de la ville , entendant ces paroles, s'approcna de lui , couvert de ses décorations tricolores, €t sefliuça en \ain de le calmer. La foule s'écoula en murmurant. Delpèche n'ona (aire arrêter Lamarre qui exerçait sur la jeunesse un« puissante influence.
La nuit qui suivit, la potence fut abattue et jetée à la mer. Cette circonstance avait lieu quelques jours après la délai té de Geffrard à TAnse-à Veau, lors de sa première entrée dans le Sud. Le général Darbois qui se trouvait alors à Miragoâne, en avait été aussitôt avisé. B était \mtSL au Petil-Goâvei à la télé deSOO hommes. Mais lelea-
IU8T0IRE d'hAITM.— (180S)
— Blockaus établis à Drouiilard et à Snnto. — Les français attaquent l'Arcahaie, et sont repoussés par le g-énéral Pétion — Toussaint Brave et Romain s'emparent de l'Acul ; ils en sont chassés par Clausel. — Réunion des chefs indigènes du Petit-Goâve et de Léogane à l'Arcahaie. — I3nt de et ite réunion. — Mort héroïque de Laporte. — Cangé envahit la plaine du Culd«» Sac — Combat de Borgella et *' de Jumécourt. — Alort de Mimi fciode — Df'Ssalin^'S part de l'Artibonite pour le Cul de-Sac. — Il prend le Mirebalais. — 11 envahit ia plaino du Cul-de-Sac. — Il se' réunit à Cangé au Camp Frère. — Première entrevue de Dessalines avec Laroour Dérance. — Les Cultivateurs du C'il-deSac se 8oulèv<nt pour Dessalines contre les français. — Dessalines fait incendier la pfaine duCuldeSac. — Seconde entrevue de Dessalines avec Lamour Dérance. — Propagande contre Lamour Déran/ce dans la plaiue de I>og[ane. — Arrestation et ejcécution de Pierre Louis — D*ssalinei dégrade le colonel Montauban. — Gabart est battu à la savane Oblonde. — Toute la plaine du Cul -de Sac est soulevée contre les français qui n'occupent que le bourg de la Croix-de -Bouquets et quelques blockaus.
Pendant que Tinsurrection {^'organisait de toutes parts, et se coucentrait sous une seule autorité, la domination française s'anéantis* sait rapidement. Les maladies avaient considérablement affaibli les équipages des bâlimens da guerre; le moral des matoiots était abattu , et les marins qu'animaient des sentiments d'honneur étaient indignés d'être devenus geôliers., et d'être sans cesse témoins de seènes de carnage. L'amiral Latouche Tréville, homme mou et eileminé dans nos climats, commandait les forces naval<?8 de St Dumingue. S« livrant à toutes sortes de voluptés au Môle St. Nicolas, il ne pouvait même pas se résoudre à donner ia chasse aux pirogues indigènes qui, sortant des anses de la cdte , attaquaient hariliment les navires marchands et les capturaient. Cependant il demandait sans cesse des grades pour les enseignes de' vai:$seaux et une foule d'autres officiers qui ne se livraient qu'à l'assassinat et à lorgie. Le vaisseau amiral était encombre de captifs condamnés à être noyés. La plupart des officiers de marine spéculaient sur la position de ces infortunés auxquels ils prétendaient porter toutes sortes de sollicitudes. Ils invitaient leurs parens à leur envoyer, à bord, de l'argent, pour kur nourriture et leur habillement. Souvent en quelques jours , ils recevaient des sommes conliidérables dont ils s'appi^opriaient; car ceux auxquels cet , argent était envoyé, avaient été uovés, le plus souvent, dès le jour de leur arrivée sur lescadre. Dans sa correspondance aveclem^iiîstre de, la marine. Décidés, Latouche Tréville disait que la flotte rivalisait de zèle et de dévouement avec l'armée de terre. Cependant il terminait toujours ses lettres en demandant du repos au gouvernement. Décrès lui répondait que le Premier Consul, prenant en considération les services qu'il avait rendus, pensait qu'il serait injuste dé le remplacer pendant que St-Domingue était encore en insurreo* , tion. Ces réponses quoique flatteuses ne contentaient pas Latouche Tréville qui, devenu riehe, craignait qu'un plus long séjour à St.- Beniogue ae compromit sa fortune» \
n?gTO]RB d'iiaiti.— (1803) 5
Roohambeau , de son eôié ^ s'efforçait de relever le courage des troupes de terre. !l publia que le Premier Consul avait envoyé des félicirati^^Rs au général Clausel pour ta reprise du Fort Liberté, au générai Rrunet pour sa conduite au M(>lc contre les brigands, et au colonel Néraod pour Ténergie qu'il avait déployée dans la plaine du Gui-de Sac. Néraud , devenu adjudant-commandant, fut attaché à rétat major du capitaine général.
Les lie et 5e d^Aii-brigades. d'infanterie légère, les 7e, 3ie e| 86e d'infanterie de bataille furent réduites à deux bataillons cbai* cune. Rochambeau avait reçu un Arrêté des Consuls de la République, en date du 27 Frimaire auMl, (48 Décembre 1802), par lei|uel la formation d'un troisième bataillon de chacun de ces corps avait été ordonnée en France.
Les trompes europé^^nnes avaient élé tetlemont moissonnées par le fer et la peste (|iie Rochambeau se vit contraint de réunir plusîenrs demi brigades en. une seule. Sept bataillons ne purent fournir qu'une •force effective de mille hommes. Les débris des 14e, 19e, l5e^ 3«, 7e, 28e, 30«, 74e, 77e, 83e, 60e, 20e, 23e, 90e, 71e, 79© , G8e, 2e, furent incorporés dans neuf demi*brigades , les 5e, lie, 7e, 31e, 85e,' HOe , la légion de St.-Domingue , ci-devani expéditionnaire, la légion du Cap ci-devant légion de la Loire, et la li4e. Les drapeaux des corps dont les numéros n'existaient plus furent expédiés au chef de l'état- major général qui les envoya en France au ministre de la guerre.
Les neuf demi brigades qui formaient à présent Tarmée française étaient dispersées sur différents points de 1 ile. La 5e légère était cantonnée au Port-R(''publi^ain cl à la Croix - des- Rouquets. Lecolonet Pesquidou commandHil à St. Marc la légion expéditionnarre ; la 86s commandée par Laeroix et la demi-brigade polonaise étaient cantonnées dans le dôparlement du Sud; la lie légère,, sous les ordres de Dubreton, les 7e. et lie de iigne« sous Les ordres du colonel Anhouil formaient la garnison du Cap dont l'arromlissement était commandé par le général Clausel ; la 31e était cantonnée au Mole, et la légioQ du Cap fut envoyée à SloDomingo sous les ordres du général Ker* Verseau.
A mesure qu'un bataillon arrivait de France, il était incorporé dans la demi-brigade la plus faible. Le bataillon helvétiqiie avait été incorporé dans la 5e légère. La 3e. et la 4e. légion de gendarmeris étaient entrées dans la garde d'honneur du capitaine-général..
Comme les campagnes étaient presque de toutes parts en insurrection, tes français ne recevaient plus, pour ainsi dire, aucun produit de l'intérieur^ le commerce était presque nul; les habitaus des villesne faisaient plus d'échanges de denrées avec lu métropole; ils payaient en argent les objets qu apportaient les navires français et étrangers » coasommaient ]/eurs épargnes ^ et ss ruinaient ; .la famine se iaisaiâ