‹ Histoire d'HaitiChapitre 2 sur 43 · lUBToiRE d'haito.— (180S · texte numérisé non relu

lUBToiRE d'haito.— (180S

— Bîockaus établis à Drouiilard ft à Sanlo. — Les français attaquent l'Arcahaîe, et sont repoussés par le général Pétion — Toussaint Brave et Romain s'emparent de l'Acul ; ils en sont chassés par Clause!. — Réunion des chefs indigènes du Petit-Goàve et de Léogane à TArcahaie. — But de ente réunion. — Mort héroïque de Importe. — Cangé envahit la plaine du Cul-df» Sac — Combat de Borgella et < de Jumécourt. — Mort de Mimi Lode — LVssalin^'S part de l'Artibonite pour le Cul de-Sa«. — II pr«nd le Mirebalais. — Il envahit la plaino du Culde-Sac. — Il se' réunit à Cangé au Camp Frère. — Première entrevue de Dessalines avec Laroour Dérance. — Les Cultivateurs du CuI-deSac se soulèvent pour Dessalines contre les français. — Dessalines fait incendier la pfaine duCul-deSac. — Seconde entrevue de Dessalines avec Lamour Dérance. — Propagande contre Lamour Dérance dans la plaine de Léogane.— Arrestation et e-xécution de Pierre Louis — D^ssalinea dégrade le colonel Montauban. — Gabart est battu à la savane Oblonde. — Toute la plaine du Cul -de Sac est soulevée contre les français qui n'occupent que le bourg de la Croix-de -Bouquets et quelques bîockaus.

Pendant que l'insurrection i^'organisait de toutes parts, et se con* centrait sous une seule autorité, la domination française s'anéantissait rapidement. Les maladies avaient considérablement affaibli les équipages des bâlimens de guerre; le moral des matelots était abattu , elles marins qu'animaient des sentiments d'honneur étaient indignés d'être devenus geôliers., et d'être sans cesse témoins de seônes de carnage. L'amiral Lalouche Tréville, homme mon et efféminé dans nos climats, commandait les forces naval.es de Si Domingue. Se livrant à toutes sortes de voluptés au Môle St. Nicolas, il ne pouvait même pas se résoudre à donner la chasse aux pirogues indigènes qui, sortant des anses de la cdte, attaquaient hardiment les navires marchands el les capturaient. Cependant il demandait sans cesse des grades pour les enseignes de' vaisseaux et une foule d'aulrés officiers qui ne se livraient qu'à l'assassinat et à lorgie. Le vaisseau amiral était encombré de captifs condamnés à être noyés. La plupart des officiers de marine spéculaient sur la position de ces infortunés auxquels ils prétendaient porter toutes sortes de sollicitudes. Ils invitaient leurs parens à leur envoyer, à bord, de l'argent, pour liur nourriture et leur habillement. Souvent en quelques jours , ils recevaient des sommes considérables dont ils s'appi\)priaienl; car ceux auxquels cet , argent était envoyé, avaient été noyés, le plus souvent, dès le jour i de leur arrivée sur I escadre. Dans sa correspondance aveclemiipîstre de, la marine, Décrès, Lalouche Tréville disait que la flotte rivalisait de zèle el de dévouement avec Tarnife de terre. Cependant il terminait toujours ses lettres en demandant du repos au gouvernement. Décrès lui répondait que le Premier Consul, prenant en considération les services qu'il avait rendus, pensait qu'il serait injuste dé le remplacer pendant que Sl-Domingue était encore en insurrec- , tion. Ces réponses quoique flatteuses ne contentaient pas Lateuche Tréville qui, devenu riehe, craignait qu'un plus long séjour à 8t.- BeBiiD|[ue ae compromit sa fortune» \

n?STOiRK d'iiaiti.— (180S) s

Rochambeau , de son eôté, s'efforçait de relever le courage de« troupes Hc terre. Il publia que le Premier Consiil avait envoyé des féliciinti<»fl8 au général Ci'dusel pour la n^prise du Fort- Liberté, au général Rrunet pour sa conduite au Môle contre les brigands, et au colonel Néi^aiid pour Ténergie qu'il avait déployée dans la plaine du Cul-de Sac. Néraud , devenu adjudant-commandant, fut attaché à l'état -major du c^^piiaint général.

Les Ile et 5e d^ftii-brigades. d'infanterie légère, les 7e, 3ie e| 86e d'infanterip de bataille furent réduites à deux balaillons cbai^ eune. Rochambeau avait reçu un Arrêté des Consuls de la République, en date du 27 Frimaire an' il, (18 Décembre 1802), par lequel la formation d'un Iroistèmo bataillon de chacun de ces corps avait été ordonnée on France.

Les trompes europét»nnes avaient été leHcmenl moissonnées par le fer et la peste (pie Rorhamboau se vit contraint de réunir plusienrs demi bri^'ades en. une seule. Sept batailloûs ne purent fournir qu'une •force effective de mille hommes. Les débris des 14e, 19e, l5e^ 3«, 7e, 28e, 30«, 74e, 77e, 83e, 60e, 20e , 23e , 90e, 71e, 79ô , C8e, 2e, f<:renl incorporés dans neuf demi-brigades, les 5e, Ile, 7e, 31e, 85e, 110e, la légion de St,-Domingue , ci-devant expéditionnaire, la légion du Gap ci-devant légion de la Loire, et la il4e. Les drapeaux des corps dont les numéros n'existaient plus furent expédiés au chef do l'état- major général qui les envoya en France au ministre de la guerre.

Les neuf demi brigades qui formaient à présent Tarmée française étaient dispersées sur différents points de I ile. La 5e légère était cantonnée au Porl-Républi^^ain et à la Croix-des- Bouquets. Lecolonet Pesquidou commandait à St. Marc la légion expéditionnaire ; la SS% commandée par Laeroix et la demi-brigade polonaise étaient cantonnée» dans le département du Sud; la lie légère,, sous les ordres de Dubreton, les 7e. et lie de ligne« sous Les ordres du colonel Anhouil fbrmaienl la garnison du Cap dont l'arrondissement était commandé par le général Glausel ; la 31e était cantonnée au Mole, et la légion du Cap fut envoyée à Sto- Domingo Si>us les ordres du général Ker« \erseau.

A mesure qu'un bataillon arrivait de France, il était incorporé dans la demi-brigade la plus faible. Le bataillon helvétique avait été in* corporé dans la 5e légère. La 3e. et la 4e. légion de gendarmerie étaient entrées dans la garde d'honneur du capitaine-généraL.

Comme les campagnes étaient presque de toutes parts en iiisurrcc** lion, les français ne recevaient plus, pour ainsi dire, aucun produit de l'intérieur^ le commerce était presque nul; les habitans des villesne faisaient plus d'échanges de denrées avec la métropole; ils payaient en argent les objets qu'apportaient les navires fratiçais et étrangers » cousommaient ]|gurs épargnes y et se ruinaient ; là famine se Jaisait

IU8T0IRE d'hAIW,— (180S)

— Blockaus établis à Drouiilard et à Snnto. — Les français attaquent l'Arcahaie, et sont repoussés par le g^énéral Pétion — Toussaint Brave et Romain s'emparent de l'Acul ; ils en sont chassés par (?lausel. — Réunion des eliefs indigèm^s du Petit-Goâve et de Léogane à rAvcahaie. — But de crlte réunion. — Mort héroïque de Laporte. — Congé envahit la plaine du Cul-d^Sac — Combat de Borgella et / de Jumécourt. — Mort de Mimi tioJe. — Dessalin^s part d« l'Artiboniie pour le Cul de-Sa«. — Il pr«nd le Mirebalais — 11 envahit la plaino du CuMe-Sac. — Il se' réunit à Cangé au Camp Frère. — Pr< mière entrevue de Dessaiines avec Laroour DérancG. — Les Cultivateurs du C<il-d©Sac se soulèvent pour Des5alines contre les français. — Dessalines /ait incendier la pfaine du Cul-de Sac. — Seconde entrevue de Dessalines avec Lamour Dérance — Propagande contre Lamour Dérance dans la plaine de Léogane.— Arrestation et eoiécution de Pierre Louis — D^s?aline• dégrade le colonel Montauban. — Gabart est battu à la savane Oblonde. — Toute la plaine, du Cul de Sac est soulevée contre les français qui n'occupent que le bourg de la Croix-de -Bouquets et quelques bîockaus.

Pendant que Tinsurrection s'organisait de toutes parts, et se cor* cenlrait sous une seule autorité, la domination française s'anéantissait rapidement. Les maladies avaient considérablement afTaibli les équipages des bâlimens do guerre; le moral des matelots était abattu , et les marins qu'animaient des sentiments d'honneur étaient indignés d'être devenus geôliers., et d'être sans cesse témoins de seônes de carnage. L'amiral Latouche Tréville, homme mou et efleminé dans nos climats, commandait les forces naval.es de Si Domingue. S« livrant à toutes sortes de voluptés au Môle St. Nicolas, il fie pouvait même pas se résoudre à donner la chasse aux pirogues indigènes qui, sortant des anses de la cdte , attaquaient hardiment les navires marchands et les capturaient. Cependant il demandait sans cesse des grades pour les enseignes de' vaissseaux et une foule d'autres oKiciers qui ne se livraient qu'à l'assassinat et à I orgie. Le vaisseau amiral était encombré de e«niptifs condamnés à être no}'és. I^a plupart des ofticiers de marine spéculaient sur la position de ces infortlHiés auxquels ils prétendaient porter toutes sortes de sollicitudes. Ils invitaient leurs parens à leur envoyer, à bord, de l'argent, pour Uur nourriture et leur habillement. Souvent en quelques join*s , ils recevaient des sommes considérables dont ils s'appi^opriaient; car ceux auxquels cet , argent était envoyé, avaient été novés, le plus souvent, dès le jour de leur arrivée sur lescadre. Dans sa correspondance aveclemjipîstre de, la marine, Décrès, Latouche Tréville disait que la flotte rivalisait de zèle et de dévouement avec l'armée de terre. Cependant il terminait toujours ses lettres en demandant du repos au gouvernement. Décrès lui répondait que le Premier Consul, prenant en considération les services qu'il avait rendus, pensait qu'il serait injuste dé le remplacer pendant que St-Doniinguc était encore en insurreo- , tion. Ces réponses quoique flatteuses ne contentaient pas Latouche Tréville qui, devenu riehe, craignait qu'un plus long séjour à St.- Bamio|[ue ae compromit sa fortune» \

n?8ToiRs d'iiaiti.— (1803) S

Rorhambeau , de son edté, s'efforçait de relever le courage des troupes de terre. Il publia que le Premier Consul avait envoyé des féliciralioRS au général Clausel pour la ri^prise du Fort Liberté, au général Rrunel pour sa oondiiitc au Malc contre les brigands, et au colonel Néra«d pour Ténergie qu'il avait déployée dans la plaine du Cul-de Sac. Néraud , devenu adjudant-commandant, fut attaché à l'étal major du ci^pilaine général.

Les lie et 5e d«ftii-brigad«s d'infanterie légère, Fes 7e, 3ie e| 86e d'infanterie de bataille furent réduites à deux bataillons chai< cune. Rochambeau avait reçu un Arrêté des Consuls de la République, en date du 27 Frimaire an* H, (48 Décembre 1802), par lequel la formation d'un troisième bataillon de chacun de ces corps avait été ordonnée en France.

Les lro\jpes europét^nnes avaient éié tellement moissonnées par le fer et la peste (jne Rochambeau se vit conlraint de réunir plusienrs demi brigades en. une seule. Sept balaillofts ne purent fournir qu'une •force effective de mille hommes. Le» débris des 14e, 49e, l5e^ 3«, 7e, 28e, 30e, 74e, 77e, 83e, 60e, 20e , 23e , 90e, 71e, 79e , 68e, 2e, furent incorporés dans neuf demi-brigades, les 5e, lie, 7e, 31o, 85e,' HOe , la légion de St.-Domingue , ci-devant expéditionnaire, la légion du Cap ci-devant légion de la Loire, et la il4e. Les drapeaux des corps dont les numéros n'existaient plus furent expédiés au chef de l'état- major général qui les envoya ea France au ministre de la guerre.

Les neuf demi brigades qui formaient à présent Tarmée française étaient dispersées sur dilïérenls points de 1 île. La 5e légère était cantonnée au Port-Républicain et à la Croix-des-Rouquets. Le colonel Pesquidou commandait à S^t. Marc la légion expéditionnaire ; la 86e commandée par Laeroix et la demi-brigade polonaise étaient cantonnées dans le département du Sud; la lie légère,, sous les ordres de Dubreton, les 7e. et lie de lign^s^ sous Les ordres du colonel Anhouil formaient la garnison du Cap dont Tarrondissemeat était commandé par le général Clausel ; la 31e était cantonnée au Mule, et la légion du Gap fut envoyée à Sto- Domingo sous les ordres du général Ker* Verseau.

A mesure qu'un bataillon arrivait de France, il était incorporé dang la demi-brigade la plus faible. Le bataillon helvétique avait été incorporé dans la 5e légère. La 3e. et la 4e. légion de gendarmerie étaient entrées dans la garde d'honneur du capitaine- général..

Comme les campagnes étaient presque de tout(^s parts en ijisurrcclion, les français ne recevaient plus, pour ainsi dire, aucun produit de rinlérieur^ le commerce était presque nul; Ws habitans des villea^ ne faisaient plus d'échanges de denrées avec la métropole; ils payaient en argent les objets qu'apportaient les navires français et étrangers » eoasommaienl |ieurs épargnes , et se ruinaient ; Ja famine se laisaift

5f HISTOIRE d'iïaiti. — (180S)

Le chef d'escddron Boigella qui commandait Tavant garde de h é\* \ision française reconnut que les indttpendans pourraient èlro avantageusement attaqués eu flanc. Il conseilla h CercUy de faire occuper par un bataillon une ravine qui s'ouvrait derrière I«s retranchemens, (|u« le colonel Fcrou nVvail pas fait garder. Cercley, ofTi* cier plein de fougue, lui demanda s'il avait peur. Rorgella, indigné, ordonna aussitôt aux' grenadiers de Tavanl-garda de commencer lo feu. Les français ittaquôrent les retrancherriens à la baïonnette ; mais ils rencontréieni une résistance s.i opiniâtre qu'ils furent contraints de battrt en reliaite , laissant le champ de bataille couvert de leurs morts. Férou se tenait debout sur les rem|»arts, soutenant le courage de ses soldats. Les français revinrent à la charge evec fureur; mais leur rage excita celU des indépendans; après une demîbeure ilc combat, ils furent de nouveau repoussés avec perte. I^o général Gercley se souvint alors de Tavis que lui tveit donné Borgelln avant l'action. Il ordonna à 1 adjudant général Bernard «l*allcr occuper ]a ravine qui longeait les retranchemens. Mais on lui annonça qne les indépendans venaient de s'y établir. Attaque;^ néanmoins, dit il à Bernard. Celui ci pénétra dans le ravin , et en même temps Cerclcy assaillait le retranchement. Bernard fut accueilli par le feu le plus vif. Les polonais qui étaient sous ses ordres , accablés par le soleil des tropiques, jetèrent leurs armes et prirent la fuite. Gercley, de son côté, fit eu vain des prodiges de valeur. La déroule devint complète,

L'adjudaiit-général Bernard avait été renversé dans la ravine , atteint d une balle. I es français ne s'anèlèrent qu aux Coteaux où ils s'embarquèrent pour les Cayes. Cerc^y mourut de maladie peu de jours après sa défaite. La victoire de Qarata eut de grands résultats ; elle lit tombor Tiburon au pouvoir des indépendans, et sauva le département du Sud. Si Cerdey avait atteint les Cayes avec sa division , la garnison de cette viile renforcée de 1500 horn* mes eût fait contre Geiîrard une vigoureuse sortie dans la plaine, et eût peul-êlre complètement dispersé I armée indigène. ' Le généi'jl Gefî» ard , apprenant que le bourg de Corail était toujours occupé par Darbojs , T)artit du camp Gérard et marcha contre Tennemi. Dès que Darbois sut qu'il sapprocîhait avec des forces supérieures , il abandonna ses troupes au militi^u de la nuit, et se rendit à Jérérpie dans un canot de pécheur. Les français cernés de toutes parts mirent bas les armes. Pendant cet intervalle les troupes sous les ordres de FérQU s'eiTorçaient de cerner I habitation Welche grande place qu'occupait avec 600- hommes lé général Sarrasin. Celui-ci était sorti des Cayes pou<* aller au devant de la colonne de Gercley dont nous avons rapporté la défaite. Le général Brunet commandant du département du Sud fit une sortie et dégagea les troiipes françaises. Getfrard/ revenu "du Corail | s'état^Ut au poB(

HISTOIP.E d'haiti.— (1803) ïj

©alruche. Le général Bninct toulant le chasser de sa posîtîon confia une division au général Sarrasin, et lui ordonna de faire contre lui une sortie. Les (VançAts atteignirent les indépendans et leur livrèrent une bataille rangée.

Férou commandait l'aile droite des indigènes, Gérin Taile gauche, et GeftVard le centre. Après' deux heures d*un «ombat opiniâtre les français abandonnèrent en bon ordre le champ de bataille. Ils ne purent néanmoins te maintenir dans la plaine. ils ren^ trérent aux lay^s. Ce fut leur dernier effort. Les indépen* dans demeurèrent finalement' paisibles possesseurs de f||a magnifique plaine de Jacob de 20 lieues carrées. Loin de Tincendier GefTrard ordonna à line partie de ses soldats de se livrer aux travaux agricoles. Cérin partit avec 1000 hommes pour aller faire le siège de l'Anseà V^eau. Il traversa Aquiu, d'où il se rendit au Petit Trou que les français avaient abandonné. Il marcha sur TAnse à \eau qu'occupait un bataillon européen. Le général Sarrasin était venu par mer au secours de cette place. Il était parti des Ca}es aussitAt après la bataille de Dutrnche. Après avoir suppoAé un siège de 'moins de quinze jours, il lit une honorable capitulation et transporta à Jerémie toute la garnison blanche. Gérin prit possession de la place; il y trouva des munitions de tous genres. Les français ne possédaient plus dans le Sud que les Gayes, Jérémée et Pestel.

Le général GeiTrard déployait une prodigieuse intrépidiité et de rares talens militaires. Le plan de campagne du général Brunet avait été combiné de manière k écraser l'insurreolion d'un seul coup. Les indigènes devaient être enveloppés de toutes parts pur quatre colonnes. Geffrard au lieu d'attendre Tennemi dans la plaine des Gayes où les français 1 eussent anéanti par lours forces réunies, lança au devant de K'urs corps d'arméee qui s'avançaient par des routes différentes , les Gérin , les Moreau ^ les Férou , les Jean Louis François, les Bazile, et les battit successivement. Par ses manœuvres habiles, il sauva la cause indépendante dans ie-départemeut du Sud.

Ces échecs qu'essuyaient les français rendirent le général Rocharabeau plus sombre, plus soupçonneux. Sa défiance se porta ssr les ofticiers noirs et de couleur qui jusqu à présent donnaient lesr plus grandes preuves de déveuement à la métropole. Il envoya l'ordre au général Brunet d'embarquer pour France Laplume, tout en l'entourant de considération. Depuis quelque temps Laplume témoignait le désir d'aller en France pensant que sa présence était deygenue inutile dans la colonie. « La couleur de Laplume, comme € nègre, dit *Laujon , jetait la plus grande timidité sur toutes ses € actions et faisait céder l'autorité dont il était nevêtu aux égards « qu'il avait pour les officiers de notre armée , quoique placés ^ous « soa oommandement. Cette pernicieuse considération nous iit per-

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tt , inanpràciab'^ ^"Lni où elles doivent l'être. »

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dani n^^'^^r^nZ à la même éporjiie. Il se rondil à Bordeaux où

parti l^^'l l'Las même visiter un gr^'nd nombre de ses compatrio-

Il no ^^^ l^^ere avait fait déporter. Il se rendit à Paris pour sa-

^^^ ' '^''apa/tcj niais celui-ci ne daigna pas lui accorder nme audience.

jaer ?^"^Jj appelé provisoirement au commandement de rarrondis-

parfois ^^^ Cayes; il fut remplacé, à la Grand'Anse, par Monfalcon*

^^"^îHf* rpcui Tordre d'aller prendre provisoirement le commandement neri?cr i^\** • .'' » •

de la P'^^^*^ ^® Jeremie,

; Quoique la guerre ne fût pas encore déclarée entre la France et l'Angleterre • les bâlimAis de S. M. B. fréquentaient les ports qu occupaient les indépendans et leur donnaient, pour du café, des ar-» mes et des munitions. Un aide de camp de Rochambeau , le colo-» l)el Rosse, qui avait été envojé en mission à la Côte Ferme sur ua navire américain, rencontra à la hauteur de Tiburon, en Avril, la corvette anglaise la Surinam qui pénétra dans le port de cette vHIe^ L'amiral Latouchc Tréville qui se livrait aux plaisirs ,. au Mole St. Nicolas, ne faisait aucun elVort j^our contrarier les communications qui s'établissaient entre, les anglais et les indépendans.

Jusqu'alors, comme nous Tavons vu, les indépendans des environs du Port Républicain, ne possédaient, dans la plaine du Culde Sac, que le camp Frère. Les cultivateurs de celle plaine ^usaient avec le Port-Républicain un commerce assez imporiant de vivres, de volailles, dô fruits, de légumes. Chaque dinianclie, il y avait i la Groix-^des Bouquets , ainsi qu'au Port- Républicain , un marché où se réunissaient plus de quatre mille cultivateurs et cu(livatrices, aveo la permission des géraus ou propriétaires. Les vivres, les légumes et les fruits que cultivaient Us laboureurs dans leurs momens de loisir, car ils étaient maintenus en servitude, étaient payés pap les blancs bien an dessous de leur v»ileur. Cependant le çomniercQ de détail se soutenait un peu , par les acquisitions que les gens de la campagne .faisaient en ville avec Targont qu'ils retiraient de }a vente de leurs vivres , de leurs légumes ^et de leurs volailles.

Ceux des français qui abhorraient le système colonial attribuaient «vec raison tous les désastres de St Domingue au capitaine-général, dent les cruautés avaient excité la population du Sud contre la métropole. Le Premier Consul avait reçu de St. Domingue dés mémoi« m WU\r% TddgiiQi^traUoa de Roebambeau dout le remplteement

HISTOIRE d'iiaiti. — (Î803) 23

était demandé av^e instances. Mais Bonaparte considérait ces mémoires comme enfantés par les rêves de ceux qu'il appelait utopistes ou républicains, car il était salisFa^de Rocnambeau qui exécutait sévèrement les instructions qu'il lui envoyait à Tégard des noirs et des hommes de couleur. Cependant les calamités qui frappaient les français étaient si grandes que Rochambeau se détermina à envoyer en France un des officiers de son état major chargé de faire nu I'^ Consul un tableau exact de la colonie dépourvue entièrement de ressources. Il jeta les yeux sur le général de brigade Pierre Boyer chef de l'état majorj général de Tarmée. Boyer, comme nous Tavons vu, s était identifié à son syslèmo d'extermination. C'était peut être le seul officier qui pût représenter au Consul, sous un aspect favorable, le gouvernement de llochambeau. Le iO Avril, il fut ordonné au préfet colonial, au commissaire ordonnateur en chef, au payeur-général , aux commandans du génie et de Tartillerie , d'adresser au général Boyer toutes les demandes qu'ils auraient à faire au gouvernement du la métropole. Le but de cette mission était de faire connaître su Consul que l'insurrection était devenue générale, qu'elle avait été suscitée par le^ mulâtres^ que l'armée désirant ardemment conserver à la Francs la plus belle de ses colonies , demandait de nouveaux renforts. Le général Boyer partit pour France accompagné du commissaire ordonnateur Dmtrans et de plusieurs officiers supérieurs d'artillerie ,. du génie et de marine. Il fut remplacé par le général Thouvenot dans les fonctions de chef d'élat major. La guerre qui ne tarda pas à éclater entre la France et l'Angleterre , ne permit pas à Bonaparte d'envoyer à St. Domingue autant de troupes qu'il l'eût voulu, et cette mission ne produisit aucun tésultat avantageux à 1a colonie. Rochambeau en profita seul, car Bonaparte dem<nira convaincu qu'il était le seul ofBcier général capable de sauver St. Domingue qu il perdait cependant. La France eut-elle envoyé, à cette époque, une nouvelle ar* mes de 40,000 hommes , i St. Domingue , quelle n'en eut pas fait la conquête. Cette armée eût été tôt ou tard écrasée sous le poids des masses en insurrection. Le gouvernement eût il alors proclamé Toubli du passé, la fiberté de tous, qu'il n'eût pas réussi. Les indigènes déjà n'ajoutaient plus foi aux paroles des français, et leur défiance était devenue invincible. Les français n'auraient pu redevenir les paisibles possesseurs de Saint Domingus, dès Avril 4803, que par Textermination des noirs et des jaunes ; mais alors l'insurruction devenue générale avait obtenu tant de succès » que probablement une nouvelle armée française eût été dévorée plus vite que la première. Après son avènement au commandement en chef de la colonie, Rochambeau avait demandé au Premier Consul une armée de 25,000 hommes. Bonaparte avait annoncé à la France les malheurs de St. Oo^tingue,* tout en représentant sous de sombres

58 HISTOIRE d'iiaiti.— (1808)

Le chef d'escadron Borgclla qiiî commandait Tavant garde de la division française reconnut que les indépendans pourr;iienl ^iro avantageusement atldcpiés eu flanc. Il conseilla a CercUy de faire oecuper par un b?ilaillon une ravine qui s'ouvrait derrière l«s reIranehemen», i\u% le colonel F«!rou n avait pas fait garder. Cercley, ofTi** cier plein de fougue, lui demanda s'il avait peur. Rtirgella, indigné, ordonna aussitôt auît' grenadiers de l'avanl-garde de commencer lo feu. Les français attaquèrent les retrancherriens à la baïonnette ; mais ils rencontraient une résistance &i opiniâtre qu'ils furent contraints de battrt en retiaite , laissant le champ de bataille couvert de leurs morts. Férou se tenait debout sur les rtmparts, soutenant le courage de ses soldats. Les français revinrent à la charge avec fureur ; mais leur rage excita cell« des indépendans ; après une demiheure de combat, ils furent de nouveau repoussés avec perte. I^o général Gercley se souvint alors de Tavis que lui aveit donné Borgelia avant l'action. Il ordonna à ladjudant gémTal Bernard «l'aller occuper la ravine qui longeait les retranchemens. Mais on lui annonça que les indépendans venaient de s'y établir. Attaquez néanmoins, dit il à Bernard. Celui ci pénétra dans le ravin, et en même temps Cercley assaillait le retranchement. Bernard fut accueilli par le feu le plus vif. Les polonais qui étaient sous ses ordres , accablés par le soleil des tropiques, jetèrent leurs armes et prirent la fuite. Cercley, de son côté, fit en vain des prodiges de valeur. La dcrouto devint complète.

L'adjudant-général Bernard avait été renversé dans la ravine , atteint dune balle, les français ne s'arrêtèrent qu'aux Coteaux où ils s'embarquèrent pour les Cayes. Gerel«^y mourut de maladie peu de jours après sa défiiie. La victoire de i^arala eut de grands résultats ; elle fit tombiir Tiburon au pouvoir des indépendans, et sauva le département du Sud. Si Ceriley avait atteint les Gayeg avec sa division, la garnison de cette ville renforcée de 1500 hommes eût fait contre Geflrard une vigoureuse sortie dans ta plaine, et eût peut-être complètement dispersé I armée indigène. ' Le généul GefTiard, apprenant que le bourg de Corail était toujours occupé par l)at bois , ^:irtit du camp Gérard et marcha contre l'ennemi. Dès que Darbois sut qu'il s approchait avec des forces supérieures, il abandonna ses troupes au milieu de la nuit, et se r^tndit Ji Jérérpic dans un canot de pécheur. Les français cernés de toutes parts mirent bas les armes. Pendant cet intervalle les troupes sous les ordres de Férau s'efToiçaienl de cerner I habitation Welche grande place (ju'occupait avec 600 hommes lé général Sarrasin. Celui-ci était sorti des Cayes pou^* aller au devant de la colonne de Cercley dont nous avons rapporté la défaite. Le général Brunet commandant du département du Sud fit une sortie et dégagea les trompes françaises. Getfrard, revenu "du Corail ^ s'étittiUt 9U |>ob(

RISTOIHE d'ïiaitï.— (1S03) ^ 27

le Port-dePaîx. D'une petite laîllo, il avait des yeux vîfset^erçants; d'una audace prodigieuse, il ne reculait jamais devant je danger. Il faisait mourir impitoyablement ceux do ses soldats qui commettaient quelque lâcheté. Il était cependant aimé de ses troupes qui se croyaient invincibles quand il ifiarchail à leur tète. Il portail habiluaiiemenl un chapeau :\ cornes galonné (|ui a\ait appartenu au général Moyse. Il avait trouvé ce chapeau dans le petit fort du Ponde Paix, quand il avait pris posession de celle ville, en 1802, après Tévacuation du général Rrunol. Il envoyri lonlcs les ftmmes de la commune du Port de Paix, accompagnées de iOO grenadiers, jusqu'à U baie des Moiisli(|ues ou il y avait deux pièces de 8 braquées sur le rivage. Ces femmes qtii partageaient les dangers de leurs frères, traînèrent ce» deux pièces, à force de bras, jusqu'aux environs du Port. de Paix. Elles avaient parcouru un espace de 8 lieues. Capoix qui était parti de La veaux — Lapoinle; à la tôle de son armée, s'était arrêté à un demi mille de» portes de là place. Pour que I ennemi ne découvrit pas ses canons, il les plaça derrière une ligne de branches d'arbres, sur une éminence qui dominait la ville, vis à-vis d*uQ fort appelé le Blo^HiUS quo les français avaient élevé hors de la place. Dans une nuit, les indigùnes établirent, pour se proléger contre le feu de Tennemi, des gabions qui occupèrent une étendue d'un mille. Le eapilaina Placide Louis se plaça en embuscade prés du biockaus derrière une rangée d arbres longue et épaisse. Le 12 avril, à 5 heure» de Taprès midi, le colonel vfn<Tnt Louis démasqua la ballerie qui tira vigoureusement sur le biockaus; les français répondirent au feu des indigènes. Mais à six heures une violente détonation soi lit du bloekius qui fut aussitôt enveloppé d une épaisse fumre; des pierres et des lambeaux de chair humaine lombèrent dans les rang» des indigènes : la poudrière de cette fortification venait de sauter. Les français cournrent tumultueusement vers le fort logent. Mais placide Louis les accueillit par un feu vif, les poursuivit, et entra avec eux dan» le fort Pageot. Là s'engagea un cond>al dans leipitl succomba la garnison française. Le drapeau indigène flotta sur celto fortification. ï\ ne re.sta aux français que renceinte de la place o:i le désordre était à son comble. Ce ne fui qu'en déployant la plc^ grande énergie que les adjudans-commandans Hoscus et Kipperlpui- \inreqt à maintenir les troupes dans les autres foris et sur la placo d'armes. Toutes le» famifles blanches s'embarquèrent dans les chaloupes de la rade et se rendirent soit à la Tortue, soit au Cap. Au' milieu de la nuit, le colonel Vincent fit lirer du fort Pageot sur io grand fort. Le» boulets qui sans cesse traversaient la viiley répandaient la terreur de toutes parts. A une heure du matin , le général Capoix, atteignit, au milieu d'une grêle de balips, le grand fort contre lequel il appliqua trois échelles. Il monta, à, l'assaut suivi de ses «pldat» et parvint le premier sur le» rempart» oà il planta le drapeact .

28 HISTOIRE d'haiti.— (I893)

indigène. En ntème temps le colonel Vincent pénétrait au cenfrt de la ville, et refoulait las français dans le fort Laveaux et le petiu fort. A la pointe du jour le général Capoix les canonna sans relâche. A dix heures , les adjudans-commandans Rippert et Boscus furent contraints de se dirigar vers la plage pour s^embarquer, protégés par le feu de la corvette stalionnaire. Le colonel Vincent leur livrât combat sur le rivage , et les jeta dans la mer. Ce nre fut pas sans peine que Boscus et Rippert atteignirent la corvette. Trois cents prisonniers demeurèrent au pouvoir des indigènes.

f^e général Capoix à l'intrépidité duquel était due cette éclatante victoire ne laissa pas se reposer ses soldats. Il voulut profiler de la terreur que la prise du Port de Paix devait avoir répandue parmi les blancs de la Tortue. Le même jour i3 avril, dans Taprès midi^ le colonel Vincent et le commandant Bauvoir s'embarquèrent avec le 3c bataillon de la 9e sur delix radeaux que remorquèrent plusieurs chaloupes. Les indigènes de la Tortue favorisèrent leur débarque* ment. Les soldats de la 9e parcoururent l'tle^dans toutes les direc* tions, chassèrent les français de tous les points qu'ils occupaient et les contraignirent à évacuer la Tortue. Toutes les propriétés furent livrées au pillage, ensuite aux flammes. Les indigènes revinrent aa Port de Paix, chargés de dépouilles. La ruine de l'hôpital de la Tortue enleva aux français le seul lieu qui leur restait pour envoyer leurs fiévreux, et leur fit perdre dMmmcnses magasins de munitions. Désormais leurs malades seront entassés au Fort Liberté^ au Cap et au Môle dans des établissemens étroits; respirant un air infect, privés d une nourriture saine, ils succomberont la plupart. Rochambcau ne fit plus aucune tentative pour reconquérir la Tortue et le Port* de Paix. Le canal qui s'étend entre cette lie et la grande terre, fut couvert de barges indigènes, et il devint impossible aux français do caboter entre le Môle et le Cap.

Rochanibeau avait appris avec une profonde douceur la chnte da Port-de Paix et de la Tortue. 11 fit néanmoins publier plusieurs promotions faites dans Tarmée, par les consuls de la République. C'était une consolation pour les infortunés soldats qui, la plupart ^ voyaient avec horreur , comme nous l'avons déjà fait ^observer , les crimes qui se commettaient au nom de la France. Le capitaine de frégate Jurien fut nommé capitaine de vaisseau * pour lénergie qu'il avait déployée dans diverses attaques contre Léogane. ' Le citoyen Bauduy , capitaine des dragons du Cap, reçut un sabre d'honneur en récompense de sa valeur dans Taflaire du 23 Vendémiaire, an. haut du Cap; et Tadjudant-commandant Claparède fut fait général ds brigade en remplacement du général Dtsplanques, mort dans la colonie. Le général Rochambeau apprit, à cette époque, que des bâtimens de guerre anglais s'étaient montrés dans les eaux de fit-Domioguo pour vendre au$ iadépoQdaas des tnAos ot de la

poudre. Tant pour mettre obstacle ii ce trafic que pour faciliter les noyades, il fit publier, le 18 Atril, une ordonnance par laquelle il fut défendu à tout bâtiment dont le patron serait nègre ou mulâtre de caboter ou de naviguer en pleine mer. La même ordonnance portait qv'un bâtiment eaboteur ne pourrait être commandé que par un blanc ; que les nègres ou mulâtres ne forme* raient que la moitié de Téquipage du navire , que toute goélette qui serait rencontrée en mer , en contravention à ces dispositiens, serait réputée bonne prise.

En même temps , le général Rochambeau faisait de toutes parts alimenter le Port Républicain dont la garnison avait considérable^ ment augmenté depuis qu'il y atait transporté son quartier général. Il ordonna au colonel Lux, commandant de la Croix desBouquets, de faire une excursion dans le quartier du Pavs Pourri, à cinq lieues du bourg , couverl de pâturages où paissaient de nombreux troupeaux. Lux confia cette expédition au chef de bataillon Viet, qui sortit de la Croix des Bouquets , le 26 Avril, à la tète d'une colonne de troupes. Viet, créole des Grands Bois, connaissait tous les chemins et' les sentiers de ce quartier. Il enleva sur les gens de Lamour Dérance les postes de Robillard et de Bauge, et ravagea les plantations des indigènes. Ses soldats rentrèrent au bourg, chargés de vivres, et conduisant devant eux 24 bœufs qu'ils avaient pris. Viet avait déployé tant d'activité dans cette expédition, que dans la même journée il était reiïtré à la Croix -des-Bouquets. Dans la nuit du 26 au 27 , Lux avisa Rochambeau du succès de l'entreprise. Celui ci craignant que le convoi ne fèt enlevé par une centaine de gens de Lamour Dérance qui avaient eu l'audace de se .montrer dans les environs de rhabilation Droi/illard, expédia pour la Croix des-Bouquels une colonne chargée d'accompagner les bestiaux jusqu'au Port Répuhircain. Laxalette sortit, do cette ville le 27 Avril, à i heures du matin, à la tète de deux bataillons, l'un de troupes de ligne , sous les ordres du commandant Bertet, l'autre de la garde nationale, et avec 10 dragons. A cin(| heures, il découvrit les gens de Lamour Dérance, près de Drouillard. Il dispersa les indépendans, après leur avoir tué trente hommes , s'avança jusqu'à la Croix des- Bouquets, et rentra au Port Républi-* cain, dans Taprès midi , avec un convoi considérable de vivres et de bestiaux. Ce fut alors que Rochambeau fit. élever des blockausstir les habitations Drouillard et Santo pour protéger les convois français qui fréquentaient le chemin de la Croix des-Bouquets.

Les campagnes de la paroisse de l'Arcahaie étaient admirablement cultivées. L'Arcahaie est situé à douze lieues du Port Républicain par terre , et à quatre lieues par mer. Le général Fressinet , q«i commandait en chef la division de l'Ouest, conseilla à Rochambeau d'y eiiY^yer une expédition par laer; il lui persuada que le

'^^onniers davsient être livrés. Neterwood ne trouvant aucun abri contre • 'es ardeurs du soleil résolut d'atteindre aussilôt Teitiiemi. Ayant plusieurs fois vaiucu les indépendans du Nord deTtle, plus disciilinés, et nnieux armés que ceux de lOuest, il se croyait sûr de a victoire. Il forma deux colonnes de son armée. L'une qu'il coraoandait en personne suivit la roule (|(ii conduit directemenl au fort iiberlé ; Taulre, guidée par un indigène nommé Sanon- Loup , pasant près de Chabanne, pénétra dans le chemin de la Roche à-Zombi. jilcs Bambara qui était dans le fort , effrayé de l'audace des français , conseilla à Lamarre d abandonner la position , et de se retirer lans la montagne. Lamarre lui répondit avec fureur : si vous crainez la mort, relirez vous; c'est ici qu'il faut vaincre ou mourir. ;iles Bambara prit la fuite avee sa bande; il ne resta dans le fort |u'une centaine déjeunes gens noirs et jaunes du Petit-Goàve , et un vieillard sexagénaire nommé Brouard. La colonoe française que com- . maadait Neterwood attaqua le fort avec impétuosité. La garde d honneur fut plusieurs fois repoussée sans itrc rompue. Des lignes entières tombaient sous le plomb des indigènes adroits tireurs. Brouard, Uomain, Eveillard déployaient une rare intrépidité. Lamarre, commandant des indépendans, bravait la mort , debout sur les remparts. Les français malgré leur |K)sition désavantageuse revenaient sans cesse à la charge; Nelcrwood, au prebiier rang, soutenait leur courage. Il était sur le point de pénétrer dans le fort (juand il fut atteint d'une balle à la tète. Le découragement se répandit dans les rangs européens, et le capitaine Clermont, sortant du fort, les assaillit vigoureusement et les mit en pleine déroute. La colonne, qui avait passé par la Roche-à Zombi, se présenta à son tour; elle fut presque anéantie. Les chiens que les français avaient lancés sur les indigènes, accueillis par la fusillade, se retournèrent furieux contre leurs mai* très. Les blancs, poursuivis à outrance, furent égorgés la plupart. Ceux qui s'égarèrent dans les bois furent arrêtés par des femmes, el conduits, garrott^^s, à Lamarre qui les fit fusiller. Nelervvood qui avait été placé presque sans vie sur un cheval parvint au rivage, et fut embarqué dans une chaloupe qui atteignit la frégate Tl/nionau milieu d'une grêle de balles. La flottille après avoir cunonné la ville et avoir brûlé les barges des indigènes, demeura encore une semaine dans le port, et appareilla ensuite pour le Port Républicain. Rochambcau apprit avec douleur la défaite de sa garde d honneur. Craignant . d'abattre le moral de ses soldats, il fit débarquer les blessés pendant la nuit. Neterwuod mourut des suites dosa blessure. Il devait, i son retour du Pelii <ioâve, épouser une jeune et belle créole blanche qui avait été promise à sa \alour.

La consternation des colons fut profonde. Le capitaine général indigné de la satisfaction qui se mahifestait sur les traits des noirs et des hommes de couleur^ voulait faire rentrer au Port-Républicaio^^,

filST'ÔrllE D^iAlTI— (I80â) 14

t^our les exterminer, h Se légère cantonnée à la Croix-de3*Boaqu6t8« Maïs le commandant de la garde nationale, Lespinasse, citoyen blanc, calma sa fureur en lui exposant énergiqucment que la garnison française pourrait ell^ même être anéantie. Ceux des indigènes dejafa-^ nulle de Lamarre«qui se trouvaient au Port Républicain auraient été sacridés, sMIs n'avaient été protégés par un vieillard blanc nommé I\'one , qui habitait la rue des Fronts Forts« Ce vieillard fournit même des secours de' tous gêures aux pdrents de Lamarre. La garde d honneur fut réorganisée, et Tadjudant-général Néraud en prit lo commandement.

Lamour Dérance apprenant par une lettre de Lamarre le succès qui avait été obtenu au Pelil*Goâve, y vint avec plusieurs de ses lieulenans« Il portait une ceinture d osselets qui, cropit-il, le garantissait des balles. Il nomma Lamarre colonel de la milice du Petit-Goâve. il retourna devant Jaemel qui était cerné par Magloire Ambroisc , Lacroix et Macaque.

Pendant cet intervalle, Toussaint Ûravc, dans le Nord, cernait étroî-» Uoieni le Fort Liberté. Il entretenait des intelligences avec les indigènes qui composaient, sous les ordres des français, lu milice de cette \ilU. La plupart des noirs et des hommes de couleur de la place formèrent une conspiration eu faveur des ind^^pendans qui durent assaillir les français le jour qu'elle éclaterait. Le 2 Avril 1803 les indigènes de la ville se précipitèrent à Timproviste sur tous lus postes qu'occupait la IlOe demi-brigade de lign#« Le gênerai Quentin , par son énergie , dcîjoua tous le^ projets des conspirateurs. Mais en même Icnips, Toussaint Biave, à la tôte de UOO independans, attaquait TÎgoureusement la place et y pénétrait. Il se retrancha dans les rues qui furent ban icadiites. Les bourgeois blancs , saisis de terreur, se retirèrent vers le rivage et s'embarquèrent sur la corvette la Sa'* geste, La itOe de ligne se réfugia dans le fort. La moitié de Téquipage de celte corveile commandée par le lieutenant de vaisseau Bar nesclie vint au secours de la garnison. Le général Quentin Ht contre les iudépendans une vigoureuse sortie ; il lut refoulé dans le fort« L adjudant général Dumont lit une nouvelle sortie et livra bi\taille, au centre de la ville, à Toussaint DrjvCé On se battit avec acharnement, de part et d*aulie. Un chef de bataillon d artillerie, Orange, détermina la victoire en faveur des français^ en faisant dresser contre les indigènes une batterie de trois pièces de canon. Toussaint abandonna le champ de bataille, et sortit de la ville avec la plupart des familles indigènes qui t h.ibilaient. Quentin iii noyer teus ses prisonniers. Le Furt'^Liberié demeura bloqué parles independans.

Le 8 Avril, Toussaint Brave assaillit de nouveau la place, à 5 heures du malin ; mais il ne put en escalader les remparts. Le générai Quentin qui, depuis Taifaire du 2, s'attendait chaque jour m une nouvelle atiaque, 1 ac-« jPudIUt par un feu des plus meurliicrs. L'adjudant général Duiuonl If

*^«onniers devaient élre livrés. Neterwood ne trouvant aucun dbri contre • 'es ardeurs du soleil réstdul d'atteindre aussilôt TeiYnami. Ayant ilusieurs fois.vaiucu les indépendans du Nord de Tlle , plus discîilinés, et mieux armés que ceux de lOuest, il se croyait sûr de a victoire. Il forma deux colonnes de son armée. L'une qu'il comoandait en personne suivit la roule qui conduit directement au f^^rt iiberté ; Tautre, guidée par un indigène nommé Sanon- Loup , passant près do Chabanne, pénétra dans le chemin de la Roche à-Zombi. jiles Bambara qui était dans le fori , effrayé de l'audace des frao- ^ais , conseilla à Lamarre d abandonner la position , et de se retirer lans la montagne. Lamarre lui répendit avec fureur : si vous crainez la mort, relirez vous; c'est ici qu'il faut vaincre ou mourir. ;iles Bambara prit la fuite avee sa bande; il ne resta dans le fort |u'une centaine déjeunes gens noirs et jaunes du Petit-GoÂve , et ua vieillard sexagénaire nommé Brouard. La colonne française que corn* . mandait N^terwood attaqua le fort avec impétuosité. La garde d'honneur fut plusieurs fois repoussée sans être rompue. Des lignes entières tombaient sous le plomb des indigènes adroits tireurs. Ikouard, Komain, Eveillard déployaient une rare intrépidité. Lamarre, commandant des indépendans, bravait la mort , debout sur les remparts. Les français malgré leur (losition désavantageuse revenaient sans cesse à la charge; Nelcrwood, au prebiier rang, soutenait leur courage. Il était sur le point de pénétrer dans le fort (|uand il fut atteint d'uno balle à la tète. Le découragement se répandit dans les iTings euro- | péens, et le capitaine Clermont, sortant du fort, les assaillit vigou- ' reusement et les mit en pleine déroute^ La colonne, qui avait passé ! par la Roche-à Zombi, se présenta à son tour; elle fut presque anc- \ anlie. Les chiens que les français avaient lancés sur les indigènes, accueillis par la fusillade, se retournèrent furieux contre leuis mai» i très. Les blancs, poursuivis à outrance, furent égorgés la plupart. ] Ceux qui s'égarèrent dans les bois furent arrêtés par des femmes , et j conduits, garrott«^s, à Lamarre qui les fit fusiller. Nelcrwood qui avait ! été placé presque sans vie sur un cheval parvint au rivage, et fut i embarqué dans une chaloupe qui atteignit la frégate I I/ntonau milieu I d'une grêle de balles. La Oottille après avoir canonné la ville et avoir brûlé les barges des indigènes, demeura encore une semaine dans le port, et appareilla ensuite pour le Port Républicain. Rochambc<m \ apprit avec douleur la défaite de sa garde d honneur. Craignant ' d'abattre le moral de ses soldats, il Qt débarquer les blessés pendant la nuit. Netervvood mourut des suites desa blessure. Il devait, à son retour du Petit <ioâve, époUser une jeune et belle créole blanche ^ui avait été promise à sa \alour.

La consternation des colons fut profonde. Le capitaine général indigné de la satisfaction qui se manifestait sur les traits des noirs et des hommes de couleur^ voulait faire rentrer au Port-Républicain,^.

HlStÔrRE D^riAlTI— (I805) 1*

Jîour les exterminer, la 5e légère cantonnée à la Croix-des-Boaquet8« Mais le commandant de la garde nationale, Lespinasse, citoyen blanc, calma sa fureur en lui «xposant énergiquement que la garnison Trançaise pourrait ell« même étr« anéantie. Ceux des indigènes dejafa-^ mille de Lamarre«qui se trouvaient au Port Républicain auraient été sacriHéSy s'ils n'avaient été protégés par un vieillard blanc nommé None , qui habitait la rue des Fronts Forts* Ce vieillard fournit même des secours de tous genres aux |)drenls de Lamarre. La garde d'honneur fut réorganisée, et radjudant-général Kéraud en prit le commandement.

Lamour Dérance apprenant par une lettre de Lamarre le succès qui avait été obtenu au Petii-fioâve, y vint avec plusieurs de ses lieulenans« H portait une ceintura d osselets qui, croynit-il, le garantissait des balles. H nomma Lamarre colonel de la milice du P«tit-Goâve. il retourna devant Jaemel qui était cerné par Magloire Ambroise , Lacroix et Macaque.

Pendant cet intervalle, Toussaint firave, dans le Nord, cernait élroH lAfxieni le Fort Liberté. Il entretenait des intelligences avec les indigènes qui composaient, sous les ordres des français, la milice de cette \illii. La plupart des noirs et des hommes de couleur de la place for* mèrenl une conspiration eu faveur des ind^^pendans qui durent assaillir les français le jour qu'elle éclalcrait. Le 2 Avril 1803 les indigènes de la ville se précipitèrent à Timproviste sur tous lus postes qu'occupait la ilUe demi-brigade de lign». Le général Queutin , par son énergie , déjoua tous les projets des conspirateurs. Mais en même temps, Toussaint Kiave, à la tête de 1400 independans, attaquait rigoureusement la place et y pénétrait. (1 se retrancha dans les rues qui furent banicadi^es. Les bouigoois blancs , saisis de terreur, se retirèrent vers le rivage et s'embarquèrent sur la corvette la Sa^ gesse. La 110e de ligne se réfugia dans le fort. La moitié de l'équipage de cette corvette commandée par le lieutenant de vaisseau Bar nesche vint au secours de la garnison. Le général Quentin fit contre les independans une vigoureuse sortie ; il fut refoulé dans le fort« L adjudant général Dumont lit une nouvelle sortie et livra bataille, au centre de la ville, à Toussaint Brave. On se battit avec acharnement) de part et d'autre. Un chef de bataillon d artillerie. Orange, détermina la victoire en faveur des français ^ en faisant dresser contre les indigènes une batterie de trois pièces de canon. Toussaint abandonna le champ de bataille, et sortit de la ville avec la plupart des familles indigènes qui t habitaient. Quentin Ut noyei* tous ses prisonniers. Le Fort'^Liberié demeura bloqué parles independans.

Le 8 Avril, Toussaint Brave assailht de nouveau la place, à 5 heures du malin ; mais il ne put en escalader les remparts. Le générai Quentin qui, depuis ratfaiie du 2, s'attendait chaque jour « une nouveiie atiaqu<^ I ac^ jpudtlit par un feu des plus meurlncrs. L'adjudant général Duiuon; If

18 HiiTOiRE d'haiti. — (1803)

nonniers devaient élre livrés. Neterwood ne trouvant aucun abri contre • 't3S ardeurs du soleil résolut d'atteindre aussilôt Teilnami. Ayant plusieurs fois .\aiucu les indépendans du Nord de l'Ile, plus disci- )linés, et mieux armés que ceux de lOuest, il se croyait sûr de a victoire. Il forma deux colonnes d« son armée. L'une qu'il coinnandait en personne suivit la roule (|ui conduit directement au fort liberté; l'autre, guidée par un indigène nommé Sanon-Loup , pasant près de Chabanne, pénétra dans le chemin de la Roche à-Zombi. }ilcs Bambara qui était dans le fort , effrayé de Taudace des français, cousoilla à Lamarre d abandonner la position, et de se retirer. Uns la montagne. Lamarre lui répondit avec fureur : si vous crainez la mort, relirez vous; c'est ici qu'il faut vaincre ou mourir. ;iles Bambara prit la fuite avee sa bande; il ne resta dans le fort |u'une centaine déjeunes gens noirs et jaunes du Petit-GoÂve , et ua vieillard sexagénaire nommé Brouard. La colonot française que com- . mandait Neterwood attaqua le fort avec impétuosité. La garde d'honneur fut plusieurs fois repoussée sans être rompue. Des lignes entières tombaient sous le plomb des indigènes adroits tireurs. Brouard, Homain, Eveillard déployaient une rare intrépidité. Lamarre, commandant des indépendans, bravait la mort, debout sur les remparts. Les français malgré leur |JOsilioti désavantageuse revenaient sans cesse à la charge; Nelcrwood, au prebsier rang, soutenait leur courage. Il était sur le point de pénétrer dans le fort <|uand il fut atteint d'uno balle à la tète. Le découragement se répaudit dans les rangs européens, et le capitaine Clermont, sortant du fort, les assaillit vigoureusement et les mit en pleine déroute. La colonne, qui avait passé par la Roche-à Zombi, se présenta à son tour; elle fut presque anéantie. Les chiens que les français avaient lancés sur les indigènes, accueillis par la fusillade, se retournèrent furieux contre leuis mai. très. Les blancs, poursuivis à outrance, furent égorgés la plupart. Ceux qui s'égarèrent dans les bois furent arrêtés par des femmes , et conduits, garrolt«^s, à Lamarre qui les fil fusiller. Nelcrwood qui avait été placé presque sans vie sur un cheval parvint au rivage , et fut embarqué dans une chaloupe qui atleignii la frégate IT/ntonau milieu d'une grêle de balles. La flottille après avoir canonné la ville et avoir brûlé les barges des indigènes, demeura encore une semaine dans le port, et appareilla ensuite pour le Port Républicain. Rochamboau apprit avec douleur la défaite de sa garde d honneur. Craignant . d'abattre le moral de ses soldats, il Ci dobarqucr les blessés pendant la nuit. Neiervvood mourut des suites dc'sa blessure. Il devait, à son retour du Pe.lii <ioâve, épouser une jeune et belle créole blanche qui avait été promise à sa \alrur.

La consternation des colons fut profonde. Le capitaine général in* digne de la satisfaclior. qui se mariifestait sur les traits des noirs el des hommes de couleur^ voulait faire rentrer au Port-Répub!icaii;i^.

pour les exlcrminer, la Se légère cantonnée à la Croix-de3-Boaquet6« Maïs le commandant de la garde nationale, Lespinasse, citoyen blanc, calma sa fureur en lui exposant énergiqucment que la garnison française pourrait elle même être anéantie. Ceux des indigènes dejafa-^ mille de Lamarre«qui se trou\aient au Port Républicain auraient été sacrifiés, s'ils n'avaient été protégés par un vieillard blanc nommé ^ione , qui habitait la rue des Fronts Forts. Ce vieillard fournit même des secours de tous genres aux pdrents de Lamarre. La garde d'honneur fut réorganisée, et Tadjudant-général Néraud en prit le commandement.

Lamour Dérance apprenant par une lettre de Lamarre le succès qui avait été obtenu au Petii^fioâve, y vint avec plusieurs de ses lieulenans« Il portait une ceinture d osselets qui, croynit-il, le garantissait des balles. Il nomma Lamarre colonel de la milice du lMit-Goâ\e. il retourna devant Jaemel qui était cerné par Magloire Ambroise ^ Lacroix et Macaque.

Pendant cet intervalle, Toussaint firave« dans le Nord, cernait étroH teiDcnt le Fort Liberté. Il entretenait des intelligences avec les indi^ gènes qui composaient, sous les ordres des français, la milice de cette \ill«. I^a plupart des noirs et des hommes de couleur de la place formèrent une conspiration eu faveur des indcpendans qui durent assaillir les français le jour qu'elle éclalorail. Le 2 Avril 1803 les indigènes de la ville se précipitèrent à Timproviste sur tous ks postes qu'oc« cupait la ilOe demi-brigade de ligne« Le général Quentin , par son énergie , déjoua tous les projets des conspirateurs. Mais en même temps, Toussaint Bia\e, à la tête de 1400 independans, attaquait TÎgoureusement la place et y pénétrait. Il se retrancha dans les rues qui furent banicadt^es. Les bouigoois blancs , saisis de terreur, se retirèrent vers le rivage et s'embarquèient sur la corvette la Sa^ gesié. La ilOe de ligne se réfugia dans le fort. La moitié de l'équipage de cette corveite commandée par le lieutenant de vaisseau Bar nesclie vint au secours rte la garnison. Le général Quentin fît contre les independans une vigoureuse sortie ; il fut refoulé dans le fort« L'adjudant général Dumont lit une nouvelle sortie et li\ra bataille, au centre de la villei a Toussaint Drave. On se battit avec acharnement, de part et d'autre. iJn chef de bataillon d artillerie. Orange, détermina la victoire en faveur des français, en faisant dresser contre les indigènes une batterie de trois pièces de canon. Toussaint abamionna le champ de bataille, et sortit de la \ille a\ec la plupart des familles indigènes qui f habitaient. Quentin iii noyer ieus ses prisonniers. Le Furt-'Liberié demeura bloqué parles independans.

Le 8 Avril, Toussaint Brave assaiUit de nouveau la place, à % heures du matin ; mais il ne put en escalader les remparts. Le générai Quentin qui, depuis Tailaiie du 2/s'aliendait chaque jour « une nouvelle aliaqu<^ raG-* cueillit par un feu des plus meurliicrs. L'adjudant général Dumon; If

90 HISTOIRE p'hitii.-«(180S)

poursuivit jusqu'à une demi-lieue d6 la place. Les troupes européennes étaient si faibles qu'elles ne pouvaient que se tenir sur la défensive.

Le capitaine général Rochambeau ayant appris les pertes considérables que le général Sarrasin avait éprouvées dans sa marche de de Tiburon aux Cayes, fut contraint d'embarquer pour le Sud 2000 hommes de troupes fraîches, polonaises et françaises, qui venaient d'arriver de France au Port-Républicain sur une escadre commandée par l'amiral Bedout. Ces troupes qui furent confiées au général Brunet partirent pour leur destinatiop le i6 Germinal an 11 (6 Avril 1803) et arrivèrent à Jérémie le 20 Germinal ( 10 Avril ). Elles devaient exécuter les opérations dont avait été cliargé le général Sarrasin. Darljpis reçut l'ordre de pénétrer dans la plaine des Gayes ; et en même temps les troupes de cette ville et celles de TAnse à-Yeau devaient sortir de leUrs cantonnemens pour assaillir le général Geffrard. L'armée indépendante occupait toute l'étendue qui s'étend entre St. Louis et le Port-Salut. Chaque nuit des jeunes gens desCayes venaient grossir le parti des indépendans. Tous les postes que les français avaient établis autour des Cayes étaient tombés au pou« voir du général Geffrard qui avait des intelligences dans la place. La plupart des cultivatrices , qui entraient dans la ville, char- , gées de vivres , en sortaient avec de la poudre sous leurs robes. Gomme la famine commençait à se faire sentir, le colonel Berger était contraint d'ouvrir les portes des Cayes à ceux des laboureurs qui apportaient des vivres, des fruits, des légumes. Beaucoup de soldats indépendans déguisés en paysans pénéiraîent ainsi dans la place, y achetaient clandestinement des munitions qu'ils apportaient au camp Gérard , quartier-général deGeflrard. Ce fui à celte époque que Boisrond Tonnère, homme de couleur instruit , qui devint plus tard un des secrétaires particuliers de Dessalines , sortit des Cayes , à la faveur d'un déguisement , et se rendit auprès de Gefl'rard qui l'accueillit avec distinction et l'attacha à sa personne. Boisrond Tonnère- était créole d'Aquin , et sa famille habitait alors le bourg de St Louis du Sud. Si les indépendans avaient eu de l'artillerie ils eussent réduit en peu de jours la ville des Cayes. Le général Geffrard ne voulant pas perdre un temps précieux , en de vains efforts , devant eette place garnie de canons , résolut d'aller attaquer l'Anse à Veau , à la tête d'une des divisions de son armée. Mais il apprit que les fran« çais s'avançaient sur plusieurs colonnes pour l'envelopper de toutes ' parts. Au lieu d'attendre Tennemi, il marcha à sa rencontre, après avoir divisé ses troupes en plusieurs corps.

Le géné^al Darbois , parti de Jérémie , était arrivé aux Baradaires avec 1000 hommes de troupes d élite dont 200 cavaliers. Il s'achemina sur la' plaine des Cayes. Quand il atteignit les hauteurs de Cavaillon, il renci^ntra le colonel Gérin à la tête de 900 hommes (qui fermèrent plus tard it 16'), que Geffrard avait détachés du ^vo& de

HifToniE d'haiti.^(I803) si

Farmée. Les indépendans Tattaquèrent sur l'habitation Bércile ; mais ils furent repousses. Dan» la même journée, deux bataillons sortis de la plaine du Fond tinrent les renforcer. Dans la nuit qui suî- "vîl ,^ Gérin* enle\a un convoi de poudre qu'un détachement européen, sorti des Baradaires , conduisait à Darbois. Ce général n'était demeuré immobile à Bérette que parce qu'il attendait ces munitions. A la pointe du jour , le colonel Gérin distribua des cartouches à ses soldats qui en étaient dépourvus la plupart, et assaillit Darbois qui fut battu et poursuivi jusque sur l'habitation Lacombe près du bourg Corail, où il se retrancha. Gérin demeura maître des montagnes de Cavaillon, et couvrit, de ce coté, la plaine des Cayes où Geffrard avait son quartier- général.

En même temps une autre colonno française, sortie de J^^rémie, sous les ordres du commandant Mafrant , avait traversé les montagnes de Plimouth , pour pénétrer dans la plaine des Cayes. Geffrard lança contre elle* la 13e., commandée par Moreau ou Coco Berne, et Thomas Durocher, guérillas intrépide, qui était à la tête d'un millier de cultivateurs volontaires. Les français battus à Thomas Quinis furent poursuivis par Thomas Durocher jusque sur riiabilation Lacombe , où ils se rallièrent au général Darbois. Mo* reau et Durocher couvrirent la plaine des Cayes du côté de Plymouth;

Geffrard apprit qu'une nouvelle division française ;» sous les ordres du général Brunet venait de débarquer à Tiburon. Il envoya au devant d'elle le colonel Férou. Celui ci alla se retrancher à Garata , forte position naturelle , dans un cliemin rocailleux le long du rivage , entre les Cayes et Tiburon. Férou avait sous ses ordres Bazile, Jc^an Louis François, et les troupes qui formèrent depuis les 15e et 18e»

Le général Brunet confia le commandement de la division débarquée à Tiburon à un général polonais avec ordre de suivre la route des Coteaux et de pénétrer dans la plaine des Cajes, pendant que le commandant Mafrant , dont il ignorait la défaite, y arriverait ea ipassant par Jes mornes de Pljmoutlu II partit lui-môme pour les Cayes sur un vaisseau. Dès qu'il y arriva ^ il apprit la. mort du général polonais. Il envoya aussitôt à Tiburon Tadjudant général Cerdey, pour le remplacer. Les officions indigènes qui servaient encore dans les rangs français conseillèrent au général Cencley de ne pas entreprendre la nuirchc, et de se rendre aux Cayes par mer, sur l'avis d'un conseil de guerre. Le chef d'escadron Borgella lui fit observer que toute la campagne était en insurrection, qu'il pourrait succomber au milieu des embuscades qui devaient être dressées le loag du chemin. Cereley lui répondit que rien ne rarrôlerait puisque le général Sarrasin avait pu atteindre les Cayes. Il partit de Tiburon, à la tête de 1500 hommes, traversa les Anglais et arriva k Garata où il rencontra l'ennemi. Férou qui occupait cette position était retranché derrière des- remparts de pierre recouverts de terres

58 HISTOIRE d'maiti. — (1803)

Le cheP d'oscadron Borgclla qui commandaîl Tavanl garde de la dl- \ision française reconnut que les indépendans pourr;àieni ètro avanlageusenient aliaciués eu flanc. Il conseilla à CercUy de faire occuper par un bntaillon une ravine qui s'ouvrait derrière l«s retranchement, (|uii le colonel F«îrou n^pvail pas fait garder. Cercley, offi* cier plein de fougue , lui demanda s'il avait peur. Dorgella, indigné, ordonna aussitôt aux' grenadiers de l'avanl-garde de commencer lo feu. tes français attaquèrent les retraneberriens à la baïonnette ; mais ils rencontréient une résistance s.i opiniâtre qu'ils furent contraints de battrt en retiaite , laissant le champ de bataille couvert de leurs morts. Pérou se tenait debout sur les remparts, soutenant la courage de ses soldats. Les français revinrent à la charge avec fureur; mais leur rage excita celU des indépendans; après une demibcurtj de combat, ils furent de nouveau repoussés avec perte. Lo général Cercley se souvint alors de Tavis que lui avait donné Borgell.! avant l'action. Il ordonna à I adjudant général Bernard d'aller occuper la ravine qui longeait les retranchemens. Mais on lui annonça qne les indépendans venaient de s'y établir. Attaquer néanmoins, dit il à Bernard. Celui ci pénétra dans le ravin , et en même temps Cercle> assaillait le retranchement. Bernard fut accueilli par le feu le plus vif. Les polonais qui étaient sous ses ordres , accablés par le soleil des tropiques, jetèrent leurs armes et prirent la fliite. Cercley, de son côté, fil en vaiti des prodiges de valeur. La déroute devint complète,

Fj'adjudani-général Bernard avait été renversé dans la ravine , atteint dune balle, les français ne s'arrêtèrent qu'aur Coteaux où ils s'embarquèrent pour les Cayes. Cercley mourut de maladie peu de jours après sa défaite. La victoire de ijarata eut de grands résultats ; elle fit tombor Tiburon au pouvoir des indépendans, et sauva le dénartemcMit du Sud. Si Cericley avait atteint les Cayeg avec sa division , la garnison de celte ville renforcée de 1500 hommes eût fait contre Geffrard une vigoureuse sortie dans la plaine, et eût peut-être complètement dispersé I arniée indigène. ' Le général Geffrard, apprenant que le bourg de Corail élail toujours occupé par Harbojs , partit du camp Gérard et marcha contre Tennemi. Dès que Darbois sut qu'il s approchait avec des forces supérieures, il abandonna ses troupes au milieu de la nuit, et se rendit à Jérérpie dans un canot de pêcheur. Les français cernés de toetes parts mirent bas les armes. Pendant cet intervalle les troupes sous les ordres <lc FérQU s'efl'orçaifr'nt de cerner l habitalioa Welche grande place ciu'occupait avec 600- hommes lé général Sarrasin. Celui-ci était sorti des Cayes poui* aller au devant de la colonne de Cercley dont nous avons rapporté la défaite. Le général Brunet commandant du département du Sud til une sortie et dégagea les troupes françaises. Gelfrard^ revenu xiu Corail ^ s'état^Ut 9U |>oii(

HISTOIIÎE d'hAITI. — (tS03) îj

Botruche. Le général Bninct voulant le chasser de sa posîlîon confia une «iivision au général Sarrasin, et lui ordonna de faire contre lui une sortie. Les français atteignirent les indépendans et leur livrèrent une bataille rangée.

Férou commandait l'aile droite des indigènes, Gérin Taile gauche, et Geffrard le centre. Après' deux heures d*un «ombat opiniâtre les français abandorrnèrent en bon ordre 1« champ de bataille. Ils ne purent néanmoins te maintenir dans la plaine. ils renirérent aux ( ay^s. Ce fut leur dernier effort. Les indépen* dans demeurèrent fmalement' paisibles possesseurs de^a magnifique plaine de Jacob de 20 lieues carrées. Loin de Tincendier Geffrard ordonna à luie partie de ses soldats de se livrer aux travaux agricoles. Gérin partit avec 1009 hommes pour aller faire le siège de TAnseà Veau. Il traversa A(|uin, d'où il se rendit au Petit Trou (|ue les français avaient abandonné, il marcha sur TAnse à Veau qu'occupait un bataiil(»n européen. Le général Sarrasin était venu par mer au secours de cette place. Il était parti des Cayes aussitôt après la bataille de Duiruche. Après avoir supporté un siège de 'moins de quinze jours, il ht une honorable capitulation et transporta à Jerémie toute la garnison blanche. Gérin prit possession de la place; il y trouva des munitions de tous genres. Les français ne possédaient plus dans le Sud «pie les Cayes, Jérémée et Pestel.

Le général GeiTrard déplopit une prodigieuse intrépidité et de rares talens militaires. Le plan de campagne du général Brunet avait été cond>iné de manière k écraser l'insurrection d'un seul coup. Les indigènes devaient être enveloppés de toutes paris pur quatre colonnes. Geffrard au lieu d'attendre Tenuemi dans la plaine de8 Cayes où les français 1 eussent anéanti par lours^ forces réunies, lança au devant de leurs corps d'arméee qui s'avançaient par des routes différentes , les Gérin , les Moreau , les Férou , les Jean Louis François, les Bazile , et les battit successivement. Par ses manœuvres habiles, il sauva la cause indépendante dans ie-départemeut du Sud.

Ces échecs qu'essuyaient tfs français rendirent le général Rochambeau plus sombre, plus soupçonneux. Sa déiiance se porta sar les ofticiers noirs et de couleur qui jusqu à présent donnaient le» plus grandes preuves de dévouement à la métropole. Il envoya Tordre au général Brunet d'embarquer pour France Laplume, tout en l'entourant de considération. Depuis quelque temps Laplume témoignait le désir d'aller en France pensant que sa présence était devenue inutife'dans la colonie. « La couleur de Laplume, comme € nègre, dit *Laujon , jetait la plus grande timiditi sur toutes ses € actions et faisait céder l'autorité dont il était revêtu aux égards « qu'il avait pour les officiers de notre armée , qupique placés sous < son commandement. Cette pernicieuse considération nous lit per-

41 RISTOIRB D^HAITI. — (Ï80S)

prcndro le commandemenl du Port-RépubWcaîo, et après avoir expédié le général Fr(?8sînel pour Jérémie. En allendant rorrivoecie Sarrasin, LavateUe commanda rarrondisseoient, et Panis, adjudantgén(;ral,-la place du Port Républicain.

Les indigènes des mornes de Jérémie combattaient fes français avec le plus grand acharnement.. Ils attaquèrent avec impétuosité le camp^ Ivonet qu'occupaient des troupes européennes , et s'en rendîrenl maî très. Le colonel Berger qui commandait la place de Jérémie sortit contre eux, le 23 Juin, à la tète <>00 hommes. Il se précipita sur l'en nemi à Timproviste, et pénétra dans le camp retranché. Il y eut un grande carnage. Berger fut renvtrsé d*un coup de sabre à la téte> Cependant les indigènes succombèrent, et furent passés en grand nombre au fd de Tépée/ Ce succès ne fut avantageux aux français que parce qu'il retarda la chute de Jerémie. Il n ébranla pas la puissance dea insurgés dé la Grand^Anse.

Peu de jours après l'arrivée de Rochambeaw au Gap, une croîsîèra anglaise de quatre vaisseaux et de plusieurs frégates, vint, le 4 juillet, s'établir devant celle ville. En même temps , les anglais bloquaient le Port Républicain et les Cayes. Rochambeao ne douta plus do l'existence de la guerre entre la France et I Angleterre, car la croisière de S. M. B. exerçait des hostilités taav le littoral. Il déclaraaussitôt St. Domingue en étal de siège, et le lendemain , 5. Juillet, il arrêta que la (arine, les biscuits, le riz et les salaisons quelconques, .seraient .admis à rim|>ortaiion francs de tous droits, et que cette franchise existerait pendant timte la durée de la guerre. Il annonça par la proclamalion suivante, la guerre entre la France et TAngle-^ terre , qui avait commencé dès le mois de Mai 1803^

Au qKartter général du Cap , 20 Messidor on onse, (9 Juilkt 1803).

L'existence de la guerre entre la France et l'Angleterre né peut plus être douteuse; Ja marine anglaise a commis et commet journel» leraent des hostilités sur nos côtes; elle a attaqué et combattu le» vaisseaux de la République, et ses escadres bloquent nos poris. Cettecirconstance dont le résultat sera sans doute glorieux pour la France semble jeter St. Domingue dans un état de erise; mais l'armée dont le courage et la résignation ont su résister à tant d'épreuves ne s'é« ■tonnera pas de ce nouvel obstacle; il ne sera pour etlcf qu'un moyea de plus d ajouter h sa gloire, et dut elle succomber tout entière dans la double lutte qui s'ouvre à ses eifurts, elle saura s'il est nécessaire, simmoler aux grands intérêts de la mère patrie Le gouvernement nous promet des secours de tous genres, et quand son intention nous est connue, quelque grandes que soient les difficultés , ne douions pas de ses eHets. L« général en chef a déjà pris les mesurât nécessaires pour la défidasQ extérieure du pays ^ ^t pour assurer lee

IllfiTOlRE D^I AIT!.— (1803) ' 43

stibsisldnces de Farraéc et des babitnns. Pour procurer runi(cd*nclion indispensable dans les momens dirricilos , la colonie a élé déclarée en élal de siège. Des iastriiclions conformes aux circonslances ont élé adressées à tous les généraux divisionnaires. L'importation des comestibles a été aflrancbic de lou^ droits, et tous les ports de la colonie ont été ouverts au commerce étranger. Des ordres % ont élé donnés pour la planlalion des \ivres du pays dans tous les terrains occupés par nos lrou|)es. Une nouvelle organisation s'opè» re ; la simplicité de sa composilion et le cboix des snjels garantissent sa droilure, son activité, sa prévoyance, cl sa soUicilude pour Tarroée. I^ général en cbef sait apprécier les privations déjà cssujéei par ses compagnons d'armes; elles peuvent saccioilre encore; mais il ne compte pas moins sur leur conslanee et sur leur inébranlable fermeté au poste qui nous est assigné par le premier consul. Il se repose également sur la (idélité et le dévouement des lubitans, et il attend, d'un intime concert , tout ce qui pourra contribuer à U conservation du territoire et à léclat du nom français.

Signé : D.*" RocHAMnEAU.

La guerre entre la France et TAngleterre produisit une grande joie INirroi les troupes indigènes, et accrut leur audace. Dessalines fut dès lors certain du succès de linsurrection, et il redoubla d'activité pour précipiter l'évacuation des troupes françaises. Beaucoup de citoyens Doirs et jaunes, qui, jusqu'alors avaient été fidèles aux blancs, parce qu'ils n'avaient pas foj dans le triomplie des armes indigènes, à cause de la puissance de la France, vinrent grossir Tarmée indépendante. Eif effet, les vaisseaux de ;S. M. B. étant les roailrcs de la mer, de nouvelles troupes ne pouvaient venir renforcer Tarmée de St. Domingue. Celle ci placée entre les anglais et les indépendans devait avani peu capituler. Il ne faut pas croire cependant que les anglaisaient été dans cette guerre vécitablement les auxiliaires des indigènes. Ils vendaient à ceux-ci des munitions au poids de l'or; jamais un seul de leurs officiers ne s est trouvé dans nos rangs, dirigeant nos opérations. Dessalines n'eût jamais reçu d'eux des secours en boaimcs. Se défiant de tous les européens , il disait sans cesse que tous les blancs se ressemblaient. Cette guerre maritime^ sans laquelle les indigènes eussent néanmoins triomphé, fut pour nous une heureuse çirconstance-ifui hâta l'évacuation des troupes européennes. Deshau-. teurs du Cap, les français découvraient sur la mer, les barges in« digénes abordant les frégates anglaises, et leur vendant, pour de la poudre «t du plomb , des ananas , des oranges , des l^umes, de la volaille, du coton et du café.

Rochambeau délivra des lettres de marque à de nombreux corsaires ^uî étaient dans Tobligation de conduire dans les ports de la colonie \m prî»M ^u'i^ ^ecaiçoty 8| d'aMOurîr au secours 4« gottvtrasmeni

I 82 HISTOIRE d'haï ri. — (1803)

'on défonce la barge; Laporte se brûlé h cerveîle, et ses mateïo(« s'engloutissent sous les flots aux cris de Vive la Liberté! \ive Tlndépendance !

Cangé, ainsi que ses héroïques compagnons, débarqua près de Léogane. Il partit quelques jours après pour la plaine du Guide Sac avec les troupes du Pelit-Goâve commandées par Lamarre, et celles de Léogane sous les ordres de Marion , de Sanglaou et de Nimi Bode. Il suivit le grand chemin du Port-Républicain jusqu'au Morne à Bateau. De là il pénétra dans les montagnes et atteignit la Coupe. Il descendit tnsuile au camp Frère, dans la pjaine du ^ Cul de-Sac , dont les habitations les plus importantes étaient occu-

pées par des déiachemens de troupes. Les ateliers maintenus dans le devoir, étaient forcés au travail. Les propi^iétaires avaient obtenu de Rochambeau la faculté d'entretenir desi soldats a leurs frais, sur leurs terres , afin c|u'elies fussent mises à Tabri des incursions desindépendans du canap Frère. Beaucoup de Jeunes gens noirs et de couleur dû Port Républicain et de la Croix des- Bouquets, désoccupés et malheureux , s'étaient aussi engagés, moyennant un salaire que leur payaient les propriétaires, à tenir garnison sur ces habitations. Le général Cangé envoya des émissaires sur chaque propriété pour exciter les ateliers à la révolte; mais ils furent la plupart découverts et pen^s. Le colonel Lux, comme abus Tavons vu , avait remplacé Tadjudantgénéral Néraud au commandement de la Croix-des- Bouquets. La 5e légère, composée de soldats braves et intrépides, tenait garnison en ce bourg; elle avait relevé un bataillon de la 86e qui était rentré au Port- Républicain. Cangé crut pouvoir enlever la Croix des- Bou- " quets par un coup de main. Il avait Tespoir qu'après cette conquête les ateliers se soulèveraient en masse. Il partit du caVi^p Frère, mar- ^ chant sur deux colonnes. Il en commandait une en personne; Tautre 1 était ^confiée à Mimi Bode. Ses troupes atteignirent les habitations 1 Borgella et Jumécourt. La colonne de Cangé iul arrétép 2 Borgella ^ par un bataillon de la 5e légère. L'infanterie indigène fut culbutée par les français en moins d'un qii#rt d heure et mise ,en déroute. La colonne de Mimi Bode attaquée en même temps par un autre bataillon de la 5e. légère fil bonne contenance et repoussa les franç;/is. Mimi Bode avait été moriellement blessé dan» Taction. Ses j troupes se rallièrent à celles de Cangé, l'emportant sur (Tes brancards. Il rendit le dernier soupir au camp Frère. On l'enterra au morne Cadet qui domine l'habitation Frère. La 5e. légère rentra à la Croix-des Bouquets , et les indigènes donnèrent des larmes à Mimi Bode en lequel ils perdirent un officier du plus grand courage. Cangé demeura campé à Frère, y allendant Dessalincs.

La puissance française s'écroulait de toutes parts ; la faction de -4 Lamour Dérance , minée par le général Pétion, s'alfaiblissail cha- ' que jour , et l'autorité de Dessalines Tûvahissait rapidement le dé-

HISTOIRE ©'haiti. — (180S) Sd

partement de rOuest. Le général en chef n'ayant plus rîén à redouter de Petit Noël Prière , dont le parti avait été écrasé , réunit l'armée derArtibénite à la Petite Rivière, et lui annonça la détermi* nation qn il avait prise d'envahir (a plaine de Cul de Sac. Cette armée était forte <le 10,000 hommes. Elle partit de 1 Arlibonile, sous les ordres du générai Gabart , et atleignil le Mirebalais qu'oc* cupaient toujours l'adjudant général Luthier et David Troy. Dessalines cerna étroitement le bourg, et repoussa* les français toutes les fois qu'ils firent des sorties. Après huit jours de siège, il apprit que le général Kerverseau s'était avanc<'^ jusqu'au Sarrasin pour secourir la place. Il lança contre lui. le général Gabarl avec la 7o. Les français furent baltus et repousses jusqu'au-delà de Lescatmbes. Les indigènes devenus plus audacieux par cette victoire donnèrent plusieurs assauts au Mirebalais. Les français, se voyant sur le point de succom^ ber , évacuèrent le bourg pendant une nuit obscure, lis passèrent par le quartier des Grands Rois qu'occupait le commandant Viel et scf retirèrent à Croîx-des Rouqu^'ls. Les indigènes après avoir pris possession du Mirebalais continuèrent leur marche. Quand ils atteignirent le sommet des mornes qui ferment le bassin du Cul de Sac, ils virent s étendre sous leurs yeux la vaste plaine du Port Républicain couverte d'habitations. Dessaiines dit à ses soldats que toutes les villes qu'occupaient encore les français tomberaient en son pouvoir, dés qu'il s'emparerait du Port Ré|iublicain. Il leur annonça qu'ils y trouveraient des munitions de toutes espèces, de l'argent et des vêtemens. L'armée indigène descendit de la montagne, pleine d'enthousiasme. C'était en Mai. Elle arriva sur riiabitaiion Lasserre où Dessaiines apprit que L.'^ioour DiM^nce était au Grand Fond. Voulant éviter une guerre civile en présence des français, il envoya au chef africain des députés qui reconnurent son autorité. La soumission de Dessalines n'était que simulée; et il ne rêvait qu'aux moyens de se défaire de Lamour Derance. Celui ci plongé dans de grossières erreurs , ajoutait foi aux sortilèges, aux prophéties des papas ou prêtres du fétichisme africain qui composaient son conseil. Son système était celui de la tmrbarie; ses gens di\isés par tribus n'étaient pas organisés en troupes régulières. Quand il marchait au combat, il étail précédé de bandes de Congos, d Aradas, d'ibos, ài^ Nabos, de 'Mandingues, de Haoussas, qui se précipitaient contre les bataillons français avoc une prodigieuse intrépidité, en criant que les boulets n'étaient que poussière. Mais ce courage qu'exaltaient les superstitions venait se briser contre les remparts de fer et de A^u des carrés européens. Lamour Dérance ne combattait pas pour fonder un état indépendant; il voulait continuer cette existence nomade qu il menait depuis le commencement de la révolution. Pour que le triomphe des armes indigènes ne fut pas plus longtemps retardé , il iailail que ses bandes entrassent dans T insurrection organisée. Elles ne se

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'on défonce la barge; Laporte se brûlé la cerverie, et ses matefofs s'engloutissent sous les flots aux cris de Vive la Liberté 1 \ive Tindépendance !

Cangé, ainsi que ses héroïques compagnons, débarqua près de Léogane. II partit quelques jours après pour la plaine du Guide Sac avec les troupes du Pelit-Goâve commandées par Lamarre, et celles de Léogane sous les ordres de Marion , de Sanglaou et de Nimi Bode. Il suivit le grand chemin du Port-Républicain jusqu'au Morne à Bateau. De là il pénétra dans les montagnes et atteignit la Coupe. Il descendit insuîte au camp Frère, dans la pjâine du i Cul deSac , dont les habitations les plus importantes étaient occu- ; pées par des détachemens de troupes. Les ateliers maintenus dans -1 le devoir, étaient forcés au travail. Les propi^iétaires avaient obtenu j de Rochambeau la faculté d'entretenir de$ soldats a leurs frais, sur i leurs terres , afin (]u'elles fussent mises à Tabri des incursions des- j indépendans du camp Frère. Beaucoup de Jeunes gens noirs et de ^ couleur dû Port Républicain et de la Croix des- Bouquets, désoccupés et malheureux , s'étaient aussi engagés, moyennant un salaire que leur i payaient les propriétaires, à tenir garnison sur ces habitations. Le ' général Cangé envoya des émissaires sur chaque propriété pour exciter les ateliers à la révolte; mais ils furent la plupart découverts et pen^s« ' Le colonel Lux, comme nous Tavons vti , avait remplacé Tadjudanlgénéral Néraud au commandement de la Croix>des< Bouquets. La ' 5e légère, composée de soldats braves et intrépides, tenait garnison 1 en ce bourg; elle avait relevé un bataillon de la 86e qui était rentré au Port-Répub|icain. Cangé crut pouvoir enlever la Croix des- Bou- ' quQts par un coup de main. Il avait l'espoir qu'après cette conquête les ateliers se soulèveraient en masse. H partit du can^p Frère, mar- j chant sur deux colonnes. 11 en commandait une en personne; l'autre ' était |;con fiée à Mimi Bode. Ses troupes atteignirent les habitations Borgella et Jumécourt. La colonne de Cangé Jut arrêtée i Borgella I par un bataillon de la 5e légère. L'infanterie indigène fut culbutée par les français en moins d'un qn^rt d heure et mise ,en déroute. La colonne de Mimi Bode attaquée en même temps par un autre bataillon de la 5e. légère (il bonne contenance et repoussa les fran- Ç'ixU. Mimi Bode avait été moriellement blessé dan» l'action. Ses j troupes se rallièrent à celles de Cangé , l'emportant sur (Tes brancards. Il rendit le dernier soupir au camp Frère. On l'enterra au morne Cadet qui domine l'habitation Frère. La 5e. légère ren* tra à la Croix-des Bouquets , et les indigènes donnèrent des larmes à Mimi Bode en lequel ils perdirent un officier du plus grand courage. Cangé demeura campé à Frère, y attendant Dessalines.

La puissance française s'écroulait de toutes parts ; la faction da ^ Lamour Dérance , minée par le général Pétion, s'affaiblissait cha- ■ que jour , et l'autorité de Dessalines "envahissait rapidement le dé-

HISTOIRE d'haITï. — (1808) . Sd

partement de TOuest. Le général en chef n'ayant plus rien à redouter de Petit Noël Prière, dont le parti avait été écrasé, réunit l'armée derArtibônite à la Petite Rivière, et lui annonça la détermi** nation qu'il avait prise d'envahir (a plaine de Cul de Sac. Cette armée était forte (le 40,000 hommes. Elle partit de I Arlibonile, sous les ordres du général Gabnrt , et olleignit le Mîrebalais qu*oc« ' cupaient toujours Tadjudant général Luthier et David Troy. Dessalincs cerna élroilemenl le bourg , et repoussa les français toutes les fois j qu'ils firent des sorties. Après huit jours de siège, il apprit que le général Kerverseau s'était avance'' jusqu'au Sarrasin pour secourir la place. Il lança contre lui, le général Gabart avec la 7c* Le» français furent baltus et repoussés jusqu'au-delà de Loscahobes. Les ^ indigènes devenus plus audacieux parcelle victoire donnèrent plusieurs I assauts au Mirebalais. Les français, se \oyanl sur le point de succom^ ! ber , évacuèrent le bourg pendant une nuU obscure. Ils passèrent par le quartier des Grands Bois qu'occupait le commandant Viet et se retirèrent à Croix-des Bonqm^ls. Les indigènes après avoir pris possession du Mirebalais continuèrent leur marche. Quand ils atteignirent le sommet des mornes qui ferment le bassin du Cul de Sac, ils virent s'étendre sous leurs yeux la vas>e plaine du Port Républicain couverte d'habitations. Dessalines dit à ses soldats que louu s les villes qu'occupaient encore les français tomberaient en son pouvoir, dès qu'il s'emparerait du Port Républicain. Il leur annonça qu'ils ' y trouveraient des munitions de toules espèces, de l'argent et des vêle- ' mens. L'armée indigène descendit de la montagne, pleine d'enthousiasme. Cotait en Mai. Elle arriva sur Thabitaiion Lasserre où Dessalines apprit que L.'^rnour Dèrance était au Grand Fond. Voulant éviter une guerre civile en présence des français, il envoya au chef africain des députés qui reconnurenl son autorité. La soumission de Dessalines ) n'était que simulée; et il ne rêvait qu'aux moyens de se défaire de Lamour Derance. Celui ci plongé dans de grossières erreurs , ajoutait foi aux sortilèges, aux prophéties des papas ou prêtres du fétichisme africain qui composaient son conseil. Son système était celui de la barbarie; ses gens divi'^és par tribus n'étaient pas organisés en troupes régulières. Qiiand il marchait au combat, il était précédé de bandes de Congos, d Aradas, d'Ibos, dt» Nubos, de 'Mandingues, de Haoussas, qui se précipitaient contre les bataillons français avt'c une prodigieuse intrépidité, en criant quêtes boulets n'étaient que poussière. Mais ce courage qu'exaltaient les superstitions venait se briser contre les remparts de fer et de feu des carrés européens. Lamour Dérance ne combattait pas pour fonder un état indépendant; il voulait continuer cette existence nomade qu il menait depuis le commencement de la révolution. Pour que le triomphe des armes indigènes ne fut pas plus longtemps retardé , il (allait que ses bandes entrassent dans î insurrection organisée. Elias n% m

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'on défonce la barge; Laporte se brûla la cervelle, et ses mateloffl s'engloutissent sous les flots aux cris de Vive la Liberté! \ive Tlndépendance !

Cangé, ainsi que ses héroïques compagnons, débarqua près de Léogane. Il partit quelques jours après pour la plaine du Guide Sac avec les troupes du Petit-Goâve commandées par Lamarre, et celles de Léogane sous les ordres de Marion , de Sanglaou et de Mimi Bode. Il suivit le grand chemin du Port-Républicain jusqu'au Morne à Bateau. De là il pénétra dans les montagnes et atteignit "la Coupe. Il descendit insuite au camp Frère, dans la pjaine du Cul de-Sac , dont les habitations les plus importantes étaient occupées par des détachemens de troupes. Les ateliers maintenus dans le devoir, étaient forcés au travail. Les propriétaires avaient obtenu de Rochambeau la faculté d'entretenir des. soldats à leurs frais, sur leurs terres , afin (ju'elles fussent mi&es à Tabri des incursions des indépendans du canap Frère. Beaucoup de Jeunes gens noirs et de couleur du Port Républicain et de la Croix des- Bouquets, désoccupés et malheureux , s'étaient aussi engagés, moyennant un salaire que leur payaient les propriétaires, à tenir garnison sur ces habitations. Le général Cangé envoya des émissaires sur chaque propriété pour exciter les ateliers à la révolte; mais ils furent la plupart découverts et pen^s. Le colonel Lux, comme nous Tavons vii , avait remplacé l'adjudanlgénéral Néraud au commandement de la Croix-des- Bouquets. La 5e légère, composée de soldats braves et intrépides, tenait garnison en ce bourg; elle avait relevé un bataillon de la 86e qui était rentré au Port-Répub|icain. Cangé crut pouvoir enlever la Croix des- BouquQts par un coup de main. Il avait Tespoir qu'après cette conquête les ateliers se soulèveraient en masse. Il partit du caïi^p Frère, marchant sur deux colonnes. 11 en commandait une en personne; l'autre était ^confiée à Mimi Bode. Ses troupes atteignirent les habilaiions Borgella et Jumécourt. La colonne de Cangé iut arrètép i Borgella par un bataillon de la 5e légère. L'infanterie indigène fut culbutée par les français en moins d'un qii#rt d heure et mise ,en déroute. La colonne de Mimi Bode attaquée en même temps par un autre bataillon de la 5e. légère fil bonne contenance et repoussa les fran- Çi/is. Mimi Bode avait été moriellement blessé dan» l'action. Ses troupes se rallièrent à celles do Cangé , l'emportant sur ^s brancards. Il rendit le dernier soupir au camp Frère. On l'enterra au morne Cadet qui domine l'habitation Frère. La 5e. légère rentra à la Croix-des Bouquets , et les indigènes donnèrent des larmes à Mimi Bode en lequel ils perdirent un officier du plus grand courage. Cangé demeura campé à Frère, y attendant Dessalines.

La puissance française s'écroulait de toutes parts ; la faction de Lamour Dérance , minée par le général Pétion, s'affaiblissait cha* que jour ^ et l'autorité de Dessalines ravahissait rapidement le di-

I HISTOIRE D^HAITI. — (1803) . Sd

partement de FOuest. Le général en chef n'ayant plus rîén' à re« douter de Petit Noël Prière, dont le parti avait été écrasé, réunit l'armée derArtibonite à la Petite Rivière, et lui annonça la détermi'* nation qu il avait prise d'envahir (a plaine de Cul de Sac. Cette armée était forte de 10,000 hommes. Elle partit de I Arlibonile, I sous les ordres du général Gabart , et olleignil le Mirebalais qu'oc« I cupaient toujours Tadjudant général Luthier et David Troy. Dessah'nes cerna étroitement le bourg, et repoussa les français toutes les fois I qu'ils firent des sorties. Après huit jours de siège, il apprit que ' le général Kerverseau s'était avanc*'^ jusqu'au Sarrasin pour secourir I la place. Il lança contre lui. le général Gabart avec la 7o. F^e» ^ français furent baltus et repousses jusqu'au-delà de Lescaimbes. Les l indigènes devenus plus audacieux parcelle victoire donnèrent plusieurs i assauts au Mirebalais. Les français, se \oyanl sur le point de succom^ f ber , évacuèrent le bourg pendant une nuit obscure, fis passèrent par le quartier des Grands Rois qu'occupait le commandant Viet et se , retirèrent à Croix-des BonqiK»ts. Les indigènes après avoir prispos* I session du Mirebalais continuèrent leur marche. Quand ils atteignirent le sommet des mornes qui ferment le bassin du Cul de Sac, ils I virent s'étendre sous leurs yeux la vas>e plaine du Port Républicain 1 couverte d'habitations. Dessalines dit à ses soldats que louus les villes qu'occupaient encore les français tomberaient en son pouvoir, dès qu'il s'emparerait du Port Républicain. Il leur annonça qu'ils ! y trouveraient desniunilions de toules espèces, de l'argent ei des vole- ' mens. L'armée indigente descendit de la montagne, pleine d'enthousiasme. G était en Mai. Elle arriva sur riiabitaiion Lasserre où Dessalines apprit que Lr^rnour Dèrance était au Grand Fond. Voulant éviter une r guerre civile en présence des français, il envoya au chef africain des députés qui reconnurent son autorité. La soumission de Dessalines ^ n'était que simulée; et il ne rêvait qu'aux moyens de se défaire de Lamour Derance. Celui ci plongé dans de grossières erreurs , ajoutait foi aux sortilèges, aax prophéties des papas ou prêtres du fétichisme afiicain qui composaient son conseil. Son «système était celui de la Itarbarie; ses gens di\isés par tribus n'étaient pas organisés en troupes régulières. Quand il marchait au combat, il était précédé de bandes de Congos, d Aradas, d'Ibos, de Nubos, de 'Mandingues, de Haoussas, qui se précipitaient contre les bataillons français avec une prodigieuse intrépidité, en criant quêtes boulets n'étaient que poussière. Mais ce courage qu'exaltaient les superstitions venait se briser contre les remparts de fer et de feu des carrés européens. Lamour Dérance ne combattait pas pour fonder un état ^ indépendant; il voulait continuer cette existence nomade qo il menait depuis le commencement de la révolution. Pour que le triomphe des armes indigènes ne fut pas plus longtemps retardé , il fallait que ses bandes entrassent dans T insurrection organisée. Elles ne se

âO HIUOIRE D^HAITI— (180S)

rita au centrt de la 3e. derai4>rigade , il fut arrêté pac le ca* piuioe Goquia qui le fit aussitôt garrotter. Son état major , aane avoir fait aucun effort pour le dégager , prit la fuite et se diaperaa dans les beis. 11 fut conduit i llarehand, dans Ja pUine de TÀrtibonite, et y fut jeté au cachot. Peu de temps apris, il succomba de chagrin et de privations. Son arrestation éteignit, dans TOuest, une faction dangereuse. Oo dut ce succès , qui n'exigea aucun sacrifice de sang, à la modération que Dessalines déploya , lorsqu'il envahit la plaine du Cul-deSae, en se soumetuat aux sages avis dif général .Pétioa. La prudence de celui-ci , jointe i l'audace de Dessalines , a beaucoup contribué au triomphe de la guerre de l'indépendance.

La 3e. demi brigade se porta de Rocbeblanche devant Léogane et renforça les troupes qui cernaient cette ville. Le 'général Cangé résolut de l'enlever par n'importe quel sacrifice. Les français, sans cesse assaillie , reconnurent T impossibilité de se maintenir plus longtemps dans la place. Le commandant Laucoste avait succombé dans Tune des attaques que les indigènes a\aient précédemment dirigées «oontre la ville; Le chef de bataillon Dolosié qui l'avait remplacé forma dé toute la garnison un bataillon carré au centre duquel il plafa lee bagages, les femmes et les enfans. Il sortit de Léogane avee quatre pièces de campagne. Le général Gange Tattaqua vi- :goureusement ; mais il lie put le rompre. Les français atteignirent lie rivage en hoà ordre, s'embarquèrent sur la frégate la Paursuisutecnre. Les iadigènes prirent possession de Léogane dont Im^ français ne tentèrent plus de s'emparer.

Peu de jours après. Dessalines, sortant du Sud, arrivs i Léogane. 11 dirigea- aussitôt des poursuites contre ceux des habrtans de ce quartier qui avaient été dévoués à Lamour Déranee. Il fit arrêter Mathieu Fourmi , partisan chaleureux du ^f africain , e( le fit acheminer sur Marchand.

' De toutes parts, les indigènes ne reconnaissaient qu'une seule autorité , celle de Dessalines.

Le général en chef se mit en rapport avec les bâtime» de guerre de S. M. B. qui louvoyaient devant le Port au Prince. Il envoya i bord du commodore , chef de l'escadre , un hemme de couleur de Léegane, nommé Gourjon, qui. parlait un peu l'aaghis. Geluici acheta du commodore des armes et dts munitions ; les anglais furent payés en or et en denrées. Il revint à Léegane sous le feu de plusieurs chaloupes canonnières françaises. Dessalines lui efi'rit le grade d'adjudant général qu'il refusa, aimant mieux servir son pays confondu dans la foule des eitoyens. Ge fut alors que le capitaine du vaisseau anglais, le TkMê^ fit connaître officiellement k Dessalines l'existence de la guerre entre la France et l'Angleterre. ^ Ia général en chef forma des gens de Léogane une demi-brigade

nisToiHE d'haiti.^(1803) si

d'înfanlem, de t900 hommes , auquel il donna le numéro 91e. A Yeneil d'envoyer Tordre d'organiser à l'Artibonite une 20e. demi*brtgade. Il se transporta ensuite avec Cangé , devant Jacnsei qu'assiégait Ma« gloire Ambroise. Il forma deux régimens des gens de ce quartier^ les 22e. et 23e. et conGa à Cangé la direction du siège de la place. Il se rendit ensuite au Petit Goâve, en forma un arrondissement dont il confia le commandement à Giles Bambare. Il confirma La* marre dans le grade de colonel que lui avait donné Lamour Dérance et le maintint à la tète des gens du Petit Goàve dont il forma la 24e« demi*brîgade.

£n même temps, sur la demande du général Brunet, GeiTrard consentait à ouvrir un marché aux portes des Cayes , au carrefour Drouet et au Pont-Gelé. Il y eut une trêve de quinae jours pendant laquelle les français apportèrent à ce marché une grande quan* lité d'objets qu'ils échangèrent contre des vivres et de la viande. Comme les droits d'importation et d'exportation étaient devenus nuit par le fait de la guerre que supportaient les français et contre les anglais et contre les > indigènes , le général Brunet ne pouvait payer les troupes de la garnison des Cayes. Celles-ci murmuraient , et commençaient à se livrer à des actes d'une sérieuse indiscipline. Pour subvenir aux pressant besoins de la garnison , Brunet emprunta au commerce une somme de 200,000 francs que vingt quatre négocians blancs furent obligés de fournir. Il établit ensuite une contribution de vingt cinq mille piastres ou 131/250 francs sur tous les marchands et propriétaires de la ville au prorata de leurs- moyens.

Après l'expiration de la trêve , les hostilités recommencèrent «Dtre GefTrard et les français.

Le général GefTrard , aussitôt après Touverlure du marché dont nous venons de parler , avait ordonné au général Férou d'aller s'emparer de Jerémie , à la tête de sa division. Les troupes sous les ordres de Férou étaient sorties du camp Gérard dans les premiers jours d« Juillet. Elles traversèrent rapidement le Figuier de la colonie, les Coteaux , et firent halte à Tiburon. Le jour^ui suivit elles s'arrètèreut aux Irois sur Ihabitation Gauthier. 5 Juillet. Le colonel Bazile de la division Féreu qui axait suivi une autre route déboucha à TAnse d'Hainauit. Le général Fcrou vint T) joindre. Les troupes de Bazile formant Tavant garde marchèrent sur k camp Bourdon qu'o<*cupaient trois cents fiançais. * Bazile , à la tête de mille huit-cents hommes , les assaillit au moment qu'ils évacuaient le camp. Il les dispersa et en tua un grand nombre. U cerna ensuite un* détachement qui occupait l'habitation fia* yard. Les blancs mirent bas les armes , et furent passés sitt fil de Tepée. 19 Juillet. Le colonel Bazile, continuant rapidement m marche pendant la mit iû lU au 20 Juillet j atteignit le poste Mu-

Cl HISTOIRE D*HAITI.~(180S)

franc , armé d'ane pièce de 4 , qu'occupaient 500 français. Dès que les indigènes entrèrent dans la rivière qui coulait non loin du fort, ils reçurent un coup de canon à mitraille. Ils la traversèrent sous le feu de Tennemi, et gagnèrent la rive opposée. Les français évacuant la position furent vigoureusement altaqués. Ils se défendirent avec un rare courage jusqtf'ati lever du soleil. Alors ils abandon* nèrent la pièce de i , se dispersèrent par petits pelotons , et allèrent se réunir sur l'iipbitation Gérin d ou iU prirent h route de Jérénne sans être inquiétés. 20 Juillet. £n même temps, Voltaire et' Thomas Durocher faisaient prisonniers 60 blancs de Jérémie, commandés par un nommé Ferrare, <]u1ls avaient cernés sur l'habitation Durand , au Fond Bleu , dans les hauteurs du CoraîL Les blancs furent sacritiés jusqu'au dernû^r, malgré les eflbrts qur fit Thomas Durocher pour les sa4iver. Bazile réunit tous les cultivateurs du quartier de la Grande-Rîviére , dont le cl^ifre s'élevait à trois mille hommes. Il s'approcha de Jérémie où commandait Fressinet. Celui ci lui demanda, par utie lettre, une suspension d'armes df" dix jours , lui promettant qu après l'expiration de la trêve, il évacuerait la place. Bazile envoya sa lettre au général Férou qui avait son quartier* général à qtielques lieues de Jérémie. Férou consenlrt à la trêve , et ordonna à Bazile de se tenir à Fouache pendant les dix jours qu elle durerait. Comme les français n'avaient pas encore évacué, à b date du 1*' Août , Férou envoya l'ordre à fiazile d assiéger la ipille. Le lendemain il vint à l'armée pour diriger les opérations du «ège. Les français| qui attendaient un brick du Port Républicain obtinrent que la trêve lût prolongée jusqu'au i. Dans la matinée du 4 , Fressinet ne voyant pas de navire arriver du Port au-Prince, embarqua la garnison blanche sur les bâlimens qui étaieat en lade, et appareilla, laissant Ta ville garnie de son matériel de guerre. Dans l'après-midi, le général Férou en ti a à Jérémie. Le môme jour, le général Getfrard y ai riva par le chemin du Bac. Il avait laissé au général Gérin le commandement des troupes qui cernai^^nt les Cayes. 11 se conduisit à Jérémie avec la plus grande modération, et approuva Férou da%oir consenti à la capitulation des troupes françaises. Le général Fressinet fut capturé par les bâtin>ens de guerre anglais, «t conduit prisonnier à la Jamaïque. GeQrard envoya le commandant Lafrédinière prendre possession de Pestel qun Léveillé, chef des wlontaires de la montagne du Petit Trou, voulait saccager de fond ^n comble. Quelques semaines après , le chef d'escadron Bonnet arriva de Tile de Cube à Jérémie. Geflrard l'accueilît avec distiuc* 09n et l'envoya dans l'Ouest auprès de Dessalines. Celui-ci la ^omma adjudant-général dans son état major. Bonnet , après la chute ^ Rigaud, s'était réfugié à St. Vague de Cube. A l'arrivée del'ex-

K'ditîon de Leelerc, il était revenu dans la colonie, comme nous VOQB vuj avec ^une foule d'autres officiers du «Sud. Après

HISTOIRE d'HAITI.— (180&) SS

rembarquement de Toussafni en 1802, lorsque les persécntions commencèrent contre les noirs et les hommes de couleur. Bonnet vécut au Cap. dans l'obsourité pour ne pas être arrêté et noyé. Il était en cette ville quand il apprit que les troupes sous^les ordres de Pétioa se disposaient à se soulever contre les français. Ne pouvant se réunir à elles, et recherché par la police française , il trouva le moyen de s'aboucher avec un capitaine américain qui le reçut à son bord et le conduisit à St-Yague de Cube.

Pendant que les indigènes entraient à Jérémie , Te général Romain envahissait le quartier de TàcuI qu'il brûlait et saccageait. Il enleva tous les postes français et ^avança vers le Gap. U avait beaucoup de munitions que lui avait envoyées le général Capotx. Le. 5 A.oût , le général Clausel sertit du Cap et marcha contre les indi* gènes, tl les rencontra à huit heures du malin. On se battit toute la journée, et au coucher do soleil, les deux armées demeurèrent sur* le*charop de bataille. Pendant toute la nuit qui suivit , les indigènes dansèrent dans leur camq. Les français qui les découvraient distincte^ ment à- la clarté de leurs feux , entendirent les cris de vivent les anglais t gaerreàmort aux français î Ils comprirent que les anglais avaient veor du de la poudre aux indigènes qui, contre leur ordinaire, en avaient usé considérablement pendant le combat. Cbusel avait remarqué que ' son artillerie n'était pas assez forte pour écraser Tennemi. Dans la même nuit, il avait envoyé chercher au Cap plusieurs autres pièces.

Le lendemain,. 6 Aoi\t ,. à cinq heures du matin , le général Romain déploya son armée, et attaqua vigoureusement les français» La victoire demeura indécise jusqu'à midr. Mais alors un renfort de troupes européennes, précédé de' quatre pièces die campagne, se présenta sur le champ de bataille. Les français chargèrent les indigènes avec une nouvelle (ureur , et les mirent en fuite. Romainy monté sur un cheval fougueux qu'il appelait Galbaud , éiait poursuivi par l'adjudant commandant Maillard. Il allait être pris^ quand il se retourna et déchargea son espingole dans lestomao de Maillard. Petidant que les cavaliers français s'arrêtaient autour du cadavre de leur chef, Romain franchit une haie et disparut à travers les bois. Les indigènes perdirent dans celte sanglante affaire une pièce en brenze , 150 fusils, 4 tambours^ deux drapeaux , et 600 hommes.

Pendant le combat , le commandant de la division navale du Cap^ avait opéré une descente &iir le rivage de l'Anse de l'Acul.. H avait incendié une goélette que les indigènes avaient échouée à son- ap* proche. Eloigner les indigènes des environs du Cap fut le scjjI avantage que retirèrent les français de ce succès. Comme de nouvelles trour pes n'arrivaient pas d'Europe, ces victoires les ruinaient prodigieux • sèment.

Rochambeau , maître des environs du Cap , put s'occuper sériel»aement du marché qu'il avait établi à la Petite Anse .» d'après l'ac^

64 BI8T0ÎRC D*HAITI. — (180S)

rangement qu'il avait conclu avec les Gongos', dans tel ipoîs de Juillet. Après avoir supprimé tous les marchés qui existaieiit au haut du Cap, il en ouvrit un unique et général , le 43 Août ^ au bourg de la Petite Anse ^ à une lieue de la ville. Des hangars et des échoppes, ^dressés par le gouvernement, furent l^ués aux citoyens par des baux de trois mois. Le marché était ouvert le lundi et le samedi de chaque semaine. Pour s'y rendre, il fallait être muiîi d'un permis du Conseil des Notables qui le délivrait moyennant un gourdin. Les vivres, les légumes et autres provisions de bouche, apportés par les Congos, étaient achetés et payés en numéraire, ou en marchandises sèches , telles que toile , draps, etc. Le café, le coton et les autres denrées coloniales ne trouvant que peu d'acquéreurs , parce qu'ils ne pouvaient être exportés à cause du blocus de Tlle par les Anglais , étaient devenus presque de nulle valeur. Ceux qui ies achetaient les payaient à vil prix. Après avoir été pesées à la balance du marché, ces denrées étaient déposées dans un entrepôt appartenant à l'Etat. Rochambeau fai« sait délivrer aux déposants des récépissés par un préposé. A la Rn de la guerre avec l'Angleterre, ces denrées devaient être livrées à qui de droit, sur l'exhibition de récépissés. Les cultivateurs qui fré« queutaient le marché n'yélaient admis que munis de permis délivrés par Jacques Tellieret par Cagnet. Le gouvernement linit par adieter seul le sucre , le café , le coton et Tindigo. Les habitans du Cap ne pouvaient apporter au marché que des toiles , des chapeaux ^ ^es casaques , des houes , des haches , des objets de menue quincaillerie, des harengs, des maquereaux, du saumon*, etc. Le préfet colonial était chargé de la "haute inspection de ce marché; le citoyen P. Chauveau , négociant au Cap , en était le commissaire général , et la gendarmerie maritime en faisait la police. Il était expressément défendu aux soldats d y apporter des marchandises ; ils n'achetaient que des vivres qu'ils payaient en numéraire. Les congos trouvant de grands profits dans la' fréquentation de ce marché y aflluaient. Le magasin général de la Petite Anse reçut du 3 au 22 Fructidor ( du 20 Août .au 9 Septembre) 310,971 livres du café irenant de la Grande Rivière, de la montagne noire, de Ste. Suzanne^ de Vallière , du Bois de Lance , du Grand Boueaa , du Bois Blanc, de la Grande Rivière des Côtelettes , du Fond Bleu , et de la Petite Anse. Les eultivateurs de ces quartiers avaient la plupart déposéles armes pour reprendre la houe ; et si Lamour Dérance n'avait pas été pris dans le piège qiie lui avait tendu Dessalines, la guerre civile eut éclaté dans I Ouest, et les français eussent probablement reconquis les Gonaîves. Cependant les succès de Capoix , l'audace de Romain ^ nos conquêtes dans l'Ouest et dans le Sud avaient jeté le plus profond découragement dans* les rangs des européens et parmi eeuK des ûtdigèae» qui servaient e&cere lo parti de l^ m^ropole. ^tt«

ai

HISTOIRE d'haiti.— (1803) M

coup de colons , saisis de terreur , demandaient des passe porta pour Tétranger , ou parlaient clandestinement sur des navires^ américains. L*amiral Latouche-Tréville qui, depuis longtemps^ sollicitait en vain de son gouvernement Tautorisation de retourner en France , demanda sans succès au commandant des forces nava« les de S. M. B. de lui livrer passage poui: qu'il pût se retirer aux Etats Unis. Devenu riche» et dégoûté de la guerre» il vînt du Hùl% St. -Nicolas au Cap dans une chaloupe canonnière. Il tléclara à Rochambeau qu*aUeint d*une maladie de langueur, il périrait indubitablement s*il demeurait plus longtemps dans la colonie. Le ca« pitaine- général lui permit de s'embarquer pour France, et le chargea d'exhorter le Premier Consul à lui envoyer au plus tôt de nombreux renforts. Latooclie Tréville arriva en France où il mourut en 4B04 des suites de sa maladie^Le capitaine de vaisseau Barré le remplaça dans le commandemcnl des forces navales de St Domingue. Le général Rochambeau fut indigné du départ furlif d'un grand nombre de citojfeos blarfcs. Les rangs de la garde nationale sn3taient consi* dèrablement éclaircis, et cependant plus q^ue jamais on avait besota de soldats. Le général de brigade Gilbert Nëraud , commandant de la place du Cap^ annonça aux habitaus, par une publication » que leurs biens seraient confisqués s'ils quittaient la colonie sans passe-ports. Le même ofiicior, quatre jours avant cette publî-* cation ^ en passant en revue la garde nationale avaii déclaré aux «poltrons qu'ils pouvaient se retirer où ijs voudraient ; et Rocham^ beau, de son côlé^ avait annoncé aux braves qu'il tiendrak dans la eolonie plus longtemps q4j'il ne Tavait fait à Ja l^larlinique.

Comme le vin et la farine devenaient de jour en jour plus rares dans la ville , il contraignit avec une séxériié iniléxibte toutes les bouches inutiles à s embarquer pour la Nouvelle Angleterre, il for^ lilia davantage les blockaus établis le l ong du grand chemin du haut du Cap« Les principaux retranchement étaient construits sur les habitations Champin^ Vertières et Bréda , comme nous l'avons déjà vuu Les dépenses qu'avaient nécessitées la conslruclion et l'armement de ces blockaus excédèrent les fonds provenant .des im|)osilions de Tan 11. Le conseil des notables émit des bous de caisse jusqu'à la concurrence delà somme de 120,000 francs, montant du. débet arriéré de I an 11. Ces bons de caisse devaient être remboursés en espèces métalliques par la caisse communale le 1*' Avril de l'an. 12;. Mais alors les français auront disparu du sol d'Haïti.

Pendant cet intervalle la ville du Fort Liberté était étroitement bloquée et par les anglais et par les indigènes. La garnison française souffrait de la plus adreuse (amiUe. Le général Dumont qui com« inandait la place proposa au général indigène une entrevue sur rbabitation Sicard qui (utjacceptée. Le^éuéral français se transporta Mt lieu de l'entrevue , ^ rencontra le f bef ^ des indépendans et faii

1^ ttlSÏOIRE D*IUITI,-~(1803)

proposa d'ouvrir un marché aux porles de la ville aux mêmes con^ j

dilions que celui de ia Pclite-Ànse. Les indigènes, au lieulde lui 1

répondre, l'arrêtèrent, le garroUèrent et le conduisirent dans Tinlérieur, fiur rhabitalion Biancourl, dans le quartier de Trou. Le général indigène s'approcha ensuite des remparts, et dit aux français qu'il leur renverrait leur chef, s'ils évacuaient la place. La garnison était si faible qu'elle n'eût pu soutenir un assaut. Cependant les français répondirent qu'ils n'accepteraient celte proposition qu'aprèg le retour de Dumont. I^n même temps le commandant de la croisière anglaise , John Bligh , se déterminait à capturer la frégate fran* çaise la iSagesse commandée par le lieutenant Baruetche , mouillée dans le port du Fort-Liberté. Il avait sous ses ordres trois bâlimens, le' TkèséuSf ï Hercule et le Cumberland. Il avait remarqué qu'il était presque impossible d'empôcher les petits batimens de se rendre du j

Fort-Liberté au Gap avec des provisions, à cause des nombreuses anses qui bordent la côte Nord de Ttle. Il sentit la nécessité de contraindre les ^rançsns à évacuer cette place. C'était le 8 Septembre. Comme la brise ne permettait pas , ce jour , aux batimens français de lever l'ancre , John Bligh ordonna à ÏHercule et au Cumberland de

garder leur position, et pénétra lui même, sur le Théséus ^ dans la aiede Mancenille, Il s'aperçut que la mer était assez profonde pour qu il pût se placer à portée de fusil du fort Labouque, élevé à l'entrée du port. Il commença son feu , et en moins d'une demi h&ure i

de canonnade le fort amena son pavillon. John Bligh, porta ensuite son attention sur Tautre .fort (jui protégeait le port , et sur la fi^ gâte .qui y était mouillée. Le Théséus remorqué par des chaloupes entra dans la rade. . Il lança sa bordée sur la frégate la Sagesse qui amena aussitôt son pavillon. La frégate était de 35 canons , et avait 65 hommes d'équipage. Les français qui redoutaient les vengeances des indigènes, demandèrent à John Bligh sa protection contre des ennemis implacables et se mirent à la discrétion des anglais. John Bligh fit enclouer les canons et détruire les munitions de la place. La garnison et les habitans furent embarqués sur l'escadre de S. M. B. L'ofGcier anglais eut la générosité de conduire au Cap tous ses prisonniers et de les remettre à Rochambeau. Il avait appris par ks ofiiciers français la captivité du général Dumont, et il leur avait promis de s'efforcer d obtenir sa mise en liberté du général indigène qui commandait l'armée du Fort Liberté. Les indépcndans avaient pris possession de cette ville aussitôt après le départ des anglais. Le lendemain , 9 Septembre , John Bligh était de retour au Fort Li- )>erté. Il envoya auprès du général indigène un ofiicier chargé de demander la relaxatvon du général Dumont. L'humanité l'avait porté à faire cette démarche, car il était convaincu que Dumont unirait par être sacrifié par les indigènes. Daut Brave reçut aveo jilfstiactiun l'officier /anglais , et exhorta ses compagnons à ne pas

HISTOIRE d'uaîti. — (1803) 5t

livrer te général français au dernier su{)[>licc ; H leur rnppcla qu'ils avaient promis de le renvoyer soin et sauf si la place ne résistait pas plus longtemps. iMut applaudi par la plupart |(les indigènes, et le chef de bataillon Charles Pierre entra dans une chaloupe, el conduisit le général Dumont à bord du Théséus. Celui-ci fut envoyé i la Jamaïque comme prisonnier de guerre. Ce trait est d'autant plus remarquable que les indigènes, à celle époque, immolaient presque tous ceux des français qui tombaient en leur pouvoir. Dumont ne dut la vie qu'à Tinfluence qu'exerçait sur les siens le général Daut Brave , qui eut le bonheur de traverser celle cruelle époque sans s'èlrc souillé d'un seul crime. llochambeau déclara que Tarrondissement do Honte Christ, dans l'ancienne partie espagnole^ qui dépendait de l'arrondissement du Fort- Liberté , reléverail de celui de St. Yague.

Les habilans du Cap voyaient chaque jour s'accroilre la fureur de Rocharobeau. Il était ae venu plus sombre, plus soupçonneux. Les anglais venaient d'enlever une somme importante qu il avait expédiée pour Porto Rico. 11 contraignit les négocians à payer un emprunt eonsidérable qu'il ^vait fait. Tant de tyrannie exaspéra une foule de citoyens blancs; et il se forma contre lui, au Cap , un parti considé* rabie, à la tôte duquel se mit le préfet colonial Magnytot. Celui-ci conGa 6on projet d% le déporter aux généraux Clausel et Thouvenot. Le commissaire ordonnateur Colbert, alors dans l'ouest, chargé de détruire les abus qui existaient dans l'administration, fui aussi gagné contre lecapitaine^général. Plusieurs riches négocians Brassier, Hardivilliers, Ailard et Wantron étaient entrés dans le complot. Magnytot déclara publiquement qu il voulait qu'il y. eut une barrière d'airain entre son adminisiration et celle de son prédécesseur. Celui ci s'était toujours montré dévoué au système de Rochambeau. Les négocians enhardis par l'appui des premières autorités suscitèrent toutes sortes d'entraves au capitaine général qui était devenu un objet d'horreur pour chacun d'eux. Pour# accroître la famine et exciter les troupes contre lui , ils retirèrent du marché la farine et d'autres co mestibles , avec Tintenlion de les remettre en vente après sa déporlatîoa. Les partisans de Rochambeau ont accusé le négociant Fédon d'avoir tenu' cette conduite. Cependant rien ne prouve ce fait; au contraire Fédon avait offert 200 barils de farine pour les besoins des troupes. -Clausel el Thouvenot avaient Tespoir, après s'être emparés de l'autorité , de ramener les indépendans sous les bannières de la métropole. Rochambeau ne larda pas à découvrir les trames iqu'on ourdissait contre lui. Il dénonça ses ennemis à l'armée, les lui représenta comme des anglo-ma'n qui Taffamaient pour la réduire à évacuer- la place. La garnison , incitée surtout contre le commerce , demanda, à grands cris, la mort des traîtres. Le capitaine -général reprit , dans cette circonstance , son influence sur kft troupes. Le préfet colonial , effrayé de la fureur des soldats ,

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contre les ennemis He TElal en cas de besoin. Quoique les français n'eussent plus en leur pouvoir des habilulions en valeur, le capilnine-pfénéral publia un arrôlo du conseil d'EUit de la roélropole établissant à St-Domingue (juatre chambres d'agriculture: au Port- Républicain, au Cap, aux Caves, et à Sto. Domingo. Cet arrêté qui ne fut jamais exrculé excitait le rire des indigènes qui voyaieni Rocbambcau parler en souverain dans un pays où il o'avait plus-^ pour ainsi dire, que quelques camps.

On éprouvait, dans les villes, de plus en plus, les horreurs de la diselle. Le capitaine général s'efforçiit d'assurer à Tarmée des subsistances , par de promptes mesures. Le citoyen Mei-ceron , le général Thouvenol , Ricbelle , inspocleur général de la trésorerie nationale, l'ordonnateur en chef Perroud , Voisin, inspecteur-général delà colonie, Lanchamp , receveur général, et Bizouard, payeurgénéral, réunis dans la salle principale de la Trésorerie -Générale, s'occupèrent des subsistances de l'armée. Rochambeau leur soumit un Arrêté des Consuls de la République , dont le premier article était ainsi conçu : « A dater du premier Germinal prochain il sera » afleclé chaque mois, à la colonie de St-Domingue, une somme » de. deux mitlio/is. Sur cette somme un million sera envoyé dans » la colonie en piastres; sur l'autre million il sera ouvert un cré« 9 dit au capitaine général , au préfet colonial , et au payeur.» U leur donna aussi en communication une lettre du Ministre de la marine et des colonies, adressée au préfet colouial. Un des passages de la lettre s'exprimait ainsi: « Le bàliu^ent porteur de cet le^ » dépêche est chargé d^^un million qui doit être mis à votre dispo- » silion ; car cet envoi se renouvellera tous les mois , ainsi qd^il » a déjà eu lieu poui* le mois de Germinal. Vous êtes autorisé^ » par le même Arrêté, à tirer des traites pour la somme d'uo t million, chaque mois; elles seront exactement payées à léchéanif ce,ete.i» Comme la guerre existait entre la France et rAngleterre, il était probable que le million en numéraire ne pourrait arriver, char que mois, à Si-Demingue. Ces messieurs arrêièr ent en censéquence q^ie. le capitaine générai}, le préfet colonial et le payeur- général , mettraient en circulation des lettres |de change , en remplacement du million eit numéraire, pour la même valeur, pour les dépenses de Tartnée de St. Oomingue, outre les traites' pour la somme dun million que le préfet colonial était autorisé à tirer chaque mois. Cette décision» preçut l'approbation du capitaine général qui le 20 Juillet la fit enregistrer à Tinspection générale de la colonie. Les obligations par les* quelles des particuliers s'étaient engagés à fournir <k la farine au gouvernement pour le ser\ice des hôpitaux furent annulées par ^ l'état de siège. Rocliambeau pourvut à ce service par l'établissement ' d'ttaa régie. U nomma le citoyen Dat régisseur général du service 46S ftttbaMtaaseï Kiiljlaûii. Toud ïm nagasiM^ 'fours, élublÎMenes»

HISTOIRE d'haï TI.~( 1803) 4Ô

el usines an gouvernement fdrent hïîs à la disposition du régisseur général , excepté le grand magasin de la marine du Cap , cl celui du Port R^ipublîcain. La régie n'acecplait le baril de farine qu'au poids de cent quatre vingts livres ; la barrique de vin, de 240 pintes. Les distributions se faisaient à la présentation des bons qui étaient en circulation. Les frais de manutention, de fabricnlion, étaient à la charge du régisseur général qui recevait 20 centimes par ralicfn complète. Rochambeau réorganisa ensuite Tadminislration générale. Il déclara Je Cap Français résidence du quartier-général Idlinger qui, plus tard, fera dans sa patrie, un tableau lidéle de cet affreux gouvernement, fut nommé commissaire général delà marine, premier chef des bureaux de la préfeclure.

Le général Thouvenol, chef de Tétot- major, pour favoriser rentrée de la viande de boucherie dans les villes occupées .par l'armée, fit publier le 22 Juillet, la cessation des privilèges sur les boucheries, el la faculté accordée à chaque citoyen de vendre ou de tuer ies animaux , en se conformant aux règles de la police des villes. H publia aussi que les soldats ne recevraient désormais de râlions de vin que tous les quatre jours, attendu que les magasins militaires so Irouvaienl peu approvisionnés. Celle dernière mesure que commandait la nécessité excita dans Tarmée un Niolent mécontentement. «La France, dirent hautement les soldats, nous avait elle envoyés à Sl.- Domingue pour y rétablir Tesclavage? Sommes-nous les soldats du parti colonial? N'avons nous pas combattu, en Europe, pour la liberlé de tous les hommes? Pourquoi remel-on en servitude les noirs et lesfiens de couleur ? Ne sont ils pas français comme nous? N'ont ils pa^ux aussi combattu pour la gloire de la patrie? Nous ne serions pas livrés aux hofreurs de la famine, si le premier consul n'avait pas rétabli Tancien régjme ; nous aurions avec nous contre les angl.îîs les populations des campagnes. Bonaparte nous a envoyés ici à l'extermination ; il redoutait le p-alriotisme des soUlals du Rhin. Si nous avions à notre tôle Moreau et Bernadolte, notre drapeau serait encore certainement celui de la liberté. » Le soldat jetait. srs armes, menaçait les favoris de Rochambeau. Si les indigènes n'avaient pas proclamé qu'ils combattaient pour leur indépendance, les troupes européennes leur eussent peut être otrvert \%s portes du Cap. Ces parxjles faisaient honneur au soldat français. Le général Clausel fut le seul officier qui put rétablir l'ordre dans les casernes. Il exerçait une grande influence sur humée. Celle circonstance raviva la jalousio que Rochambeau depuis -lui^gtomps uontiiNsait contre lui.

. En nhème temps , il se pa^sait à la IVtiie \nsc , près du Cap, des évènemens de la plus haute im|)ortan('e : dtvs négociations s'établissaient entre plusieurs chefs africains et les français. Comme nous Tavons vti, le parti de Petit Noël avait été presque anéanti. Lescongos étaieRt san's e<5$se poursuivis par Chribtophe et Clervaux qui les at*

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conlre les ennemis (\e TElal en cas de besoin. Quoique les françnis n^cussent plus on leur pouvoir des liahitulions en valeur, le capitnine-génôral publin un arrêté du conseil d'Etat de la métropole établissant à St-Domingue quntre chambres d'agriculture: au Port- Républicain, au Cap, aux Caves, et à Slo. Domingo. Cet arrêté qui ne fut jamais exécuté excitait le rire des indigènes qui voyaient Rochambcau parler en souverain dans un pays où il n'avait plus.^ pour ainsi dire, que quelques camps.

On éprouvait, dans les villes, de plus en plus, les horreurs de la disette. Le capitaine général s'efforçait d'assurer à l'armée des subsistances , par de promptes mesures. Le citoyen M^j^ceron , le général Thouvenot , Richcllc , insprcleur général de la trésorerie nationale, l'ordonnateur en chef Perroud , Voisin, inspecteurgénéral delà colonie, Lanchamp , receveur général, et Bizouard, payeurgénéral, réunis dans la salle principale de la Trésorerie -Générale, s'occupèrent des subsistances de Tarmée. Rochambeau leur soumit un Arrêté des Consuls de la Républi(|ue , dont le premier article était ainsi conçu : « A dater du premier Germinal prochain il sera » aflecté chaque mois, à la colonie de Sl-Domingue , une somme » de. deux millio/is. Sur cette somme un million sera envoyé dans 9 la colonie en piastres; sur l'autre million il sera ouvert un cré« » dit au capitaine général , au préfet colonial , et au payeur.» U leur donna aussi en oommunicaiion une lettre du Ministre de la marine et des colonies, adressée au préfet colonial. Un des passages de la lettre s'exprimait ainsi: «r Le bâliuient porteur de cette » dépêche est chargé d^un million qui doit être mis à votre dispo- » sition ; car cet envoi se renouvellera tous les mois , ainsi q^'il » a déjà eu lieu poui* le mois de Germinal. Vous êtes autorisé^ » par le même Arrêté, à tirer des traites pour la somme d'ua t million, chaque mois; elles seront exactement payées à léchéan- Tf ce,ete.» Comme la guerre existait entre la France et rAngletcrre, il était probable que le million en numéraire ne pourrait arriver, char que mois, à Si-Demiiigue. Ces messieurs arrêtèrent en conséquence que. le capitaine général], le préfet colonial et le payeur- général , mettraient en circulation des lettres |de change , en remplacement du million etk numéraire, pour la même vaUur, pour les dépenses de Tannée de St. Domingue , outre les traites' pour la somme dun million que le j>réfei colonial était autorisé à tirer clutque mois. Cette décision ^eçut ra|>pri>bation du capitaine général qui Ie20 Juillet la fit enregistrer à Tinspection générale de la colonie. I^s obligations par lesquelles des particuliers s'étaient engagés à fournir & la farine a» gouvernement pour le service des hôpitaux furent annulées par ^ l'état de siège. Rocliambeau pourvut à ce service par rétablissement d'uas régie. U nomma le cîloyea Dat régisseur général du service des sylMMlaa«6i julilaûn. Teud Im wagasiM^ fours, élublisseoies^

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el usines an gouvernement firent mis à la dîsposîilon du régisseur général , excepté le grand magasin de la n)arîne du Cap , Cl celui du Port Républicain. La régie n'acceptait le baril de farine qu'au poids décent quatre vingts livres ; la barrique de vin, de 240 pintes. Les distributions se faisaient à la présenlalion des bons qui étaient en circulation. Les frais de manulenlion, de fabrication, claicnl à la charge du régisseur général qui recevait 20 centimes par ralicfn complète. Rochambeau réorganisa ensuite Tadminislialion générale. Il déclara Je Cap Français résidence du (|narlicr-générai Idlinger qui, plus tard, fera dans sa patrie, un tableau lidcle de cet affreux gouvernement, fut nommé commissaire général do la marine, premier chef des bureaux de la préfeciure.

Le général Thouvenot, chef de Télat- major, pour favoriser Tentréc de la viande de boucherie dans les villes occupées .par l'armée, fit publier le 22 Juillet, la cessation des piivilèges sur les boucheries, el la faculté accordée à chaque citoyen de vendre ou de tuer les animaux , en se conformant aux règles de la police des villes. Il publia aussi que les soldats ne recevraient désormais de rations de vin que tous les quatre Jours, altendu que les magasins militaires se trouvaient peu approvisionnés. Celle dernière mesure que comman» dait la nécessité exeifa dans Tarmée un violent mécontentement. «La France, dirent hautement les soldats, nous avait elle envoyés à St.- Domingue pour y réiablir Tesclavage? Sommes-nous les soldats du parti colonial? N'avons nous pas combattu, en Europe, pour la liberlé de tous les hommes? Pourquoi remel-on en servitude les noirs el les fiens de couleur? Ne sont ils pas français comme nous? N'ont ils pa*eux aussi combattu pour la gloire de la patrie? Nous ne serions pas livrés aux ho^*eurs de la famine, si le premier consul n'avait pas rétabli l'ancien- régime ; nous aui ions avec nr)us conlre les anglais les populations des campagnes. Bonaparte nous a envoyés ici à l extermination; il redoutait le pulriotisme des soldais du Rhin. Si nous avions à notre tôle Moreau et Bernadotle, notre drapeau serait encore certainement celui de la liberlé. » Le soldul jetait. ses armes, menaçait les favoris de Rochambeau. Si les indigènes n'avaient pas proclamé qu'ils combattaient pour leur indépendance, les troupes européennes leur eussent peut cire ouvert Us portes du Cap. Ces paroles faisaient honneur au soMal frarijçais. Le général Clausel fut le seul officier qui put réiablir l'ordre dans les casernes. Il exerçait une grande influence sur I aimée. Celle circonstance raviva la jalousie que Rochambeau depuis -lungl* mps nontri^saît contre lui. . En même temps, il se passait à la Petite Anse, près du Cap, des évènennens de la plus haute împorianc^e : dos négociations s'établissaient entre plusieurs chefs africains cl les français. Comme nous Tavons vu, le parti de Petit Noël avait été presque anéanti. Les congos étaieot san's cosse poursuivis par Christophe et Clervaux qui les at*

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contre les ennemis de TElal en cas de besoin. Quoique les français n'eussent plus en leur pouvoir des liabitulions en valeur, le capitnine-génôral publia un arrêté du conseil d'Etal de la métropole établissant à St-Domingue (jualre chambres d'agriculture: au Port* Républicain, au Cap, aux Cayes, et à Slo. Domingo. Cet arrêté qui ne fut jamais exécuté excitait le rire des indigènes qui voyaieni Rocbambcau parler en souverain dans un pays où il n'avait plu&^ pour ainsi dire, que quelques camps.

On éprouvait, dans les villes, de plus en plus, les horreurs de la disette. Le capitaine général s'efforçiit d'assurer à l'armée des subsistances , par de promptes mesures. Le citoyen Ma«*cePon , le général Thouvenot , Richcllc , inspecteur général de la trésorerie nationale, l'ordonnateur en chef Perroud , Voisin, inspecteur-général delà colonie, Lanchamp , receveur généial, et Bizouard, payeurgénéral, réunis dans la salle principale de la Trésorerie Générale, soccupcrent des subsistances de l'armée. Rochambeau leur soumit un Arrêté des Consuls de la République , dont le premier article était ainsi conçu : « A dater du premier Germinal prochain il sera 9 aiTeclé chaque mois, à la colonie de Sl-Domingue , une somme p de. deux millions. Sur cette somme un million sera envoyé dans 9 la colonie en piastres; sur l'autre million il sera ouvert un cré« » dit au capitaine général , au préfet colonial , et au payeur.» U leur donna aussi en oommunication une lettre du Ministre de la marine et des colonies, adressée au préfet colonial. Un des pas* sages de la lettre s'exprimait ainsi: « Le bàliu^ent porteur de cette » dépêche est chargé d^^un million qui doit être mis à votre dispo- » silion ; car cet envoi se renouvellera tous les mois , ainsi qA^il » a déjà eu lieu pouf le mois de Germinal. Vous êtes autorisé, » par le même Arrêté, à tirer des traites pour la somme d'ua » million, chaque mois; elles seront exactement payées à léchéan- M ce, etc.» Comme la guerre existait entre la France et TAngletcrre, il était probable que le million en numéraire ne pourrait arriver, char que mois, à Si-Demiitgue. Ces messieurs arrêtèrent en censéquence qiie. le capitaine général], le préfet colonial et le payeur- général , mettraient en circulation des lettres jde change , en remplacenient du million ea numéraire, pour la même vaUur, pour les dépenses de l'armée de St. Domingue, outre les traites' pour la somme d'un million que le |>réfet colonial était autorisé à tirer chaque mois. Cette décisioa preçui l'approbation du capitaine général qui le 20 Juillet la fit enregistrer à Tinspeciion générale de la colonie. Les obligations par lesquelles des particuliers s'étaient engagés àïournir de la farine ao gouvernement pour le ser\ice des hôpitaux furent annulées par, l'état de siège. Rocliambeau pourvut à ce service par l'établissement d'uas régie. Il nomma le citoyen Dat régisseur général du service 4ea ftttbsMi^wes KÛliiaûii* Toud Isa nagasioa^ fours, étirblisseoneii^

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et usines au gouvernement forent mis à la disposition du régisseur général , excepté le grand magasin de la niarîne du Cap , cl celui du Port Républicain. La régie n'acrcplait le baril de farina qu'au poids de cent quatre vingts livres ; la barrique de vin, de 240 pintes. Les distributions se faisaient à la présentation des bons qui étaient en circulation. Les frais de manutention, de fabrication, étaient à la charge du régisseur général qui recevait 20 centimes par raticfn complète. Rochambeau réorganisa ensuite l'administration générale. Il déclara Je Cap Français résidence du (|narlicr-générai Idlinger qui, plus tard, fera dans sa patrie, un tableau lidcle de cet affreux gouvernement, fut nommé commissaire général do la marine, premier chef des bureaux de la préfecture.

Le général Thouvenol, chef de Tétat- major, pour favoriser rentrée de la viande de boucherie dans les villes occupées .par l'armée, fit publier le 22 Juillet, la cessation des piiviléges sur les boucheries, el la faculté accordée à chaque citoyen de vendre ou de tuer les animau» , en se conformant aux règles de la police des villes. Il publia aussi que les soldats ne recevraient désormais de rations de vin que tous les quatre jour:s, attendu que les magasins militaires se Irouvaient peu approvisionnés. Celle dcrruère mesure que comman» dait la nécessité excita dans Tarmée un >iolent mécontentement. «La France, dirent hautement les soldats, nous avait elle envoyés à Sl.- Domingue pour y rétablir Tesclavage? Sommes-nous les soldats du parti colonial? N'avons nous pas combattu, en Europe, pour la liberté de tous les hommes? Pourquoi remel-on en servitude les noirs et lescens de couleur? Ne sont ils pas français comme nous? N'ont ils pa^ux aussi combattu pour la gloiie de la patrie? Nous ne serions pas livrées aux horteurs de la famine, si le premier consul n'avait pas rétabli Tancien- régime ; nous aui ions avec nous contre les anglais les populations des campagnes. Bonaparte nous a en\oyés ici à l'extermination; il redoutait le piilriotisme des soldats du Rhin. Si nous avions à notre tète Moreau el Bcrnadotte, notre drapeau serait encore certainement celui de la liberté. » Le soIdiU jetait. ses armes, menaçait les favoris de Rochambeau. Si les indigènes n'avaient pas proclamé qu'ils combattaient pour leur indépendance, les troupes européennes leur eussent peut être ouvert \%s portes du Cap. Ces paroles faisaient honneur au soldat français. Le général Clausel fut le seul officier qui put rétablir l'ordre dans les casernes. Il exerçait une grande influence sur larmre. Celle circonstance raviva la jalousie que Rochambeau depuis -lotigttmips non:ri^sait contre lui. . En môme temps, il se passait à la Peiiie \nsc , près du Cap, des évènennens de la plus haute imporlanc^e : d<vs négociations s'établissaient entre plusieurs chefs africains et les français. Comme nous Tavons v«, le parti de Petit Noël avait été presque anéanti. Lescongos étateBl san's cesse poursuivis par Christophe et Ciervaux qui les at*

Cl iiisToiUE d'iîaîti.— ( 180S)

Le grand fort bien nrmo renfermait une bonne garnison, et était en outre prolrgé |)nr fJii.sicnrs bnllerîcs. Cangé usa d'un stratagème (|'ji lui réu'^sit pnrfailcment. Il envoya en parlementaire auprès du généra! P;\gool qui commandait rarroadissemcnl un officier de l'armée indigène, Jean Louis Lafonlanl , tbargé de proposer on armisli* (^c. Le parlcmcnlaire avait aulrefois servi avec dislrnctron , sous los ordres de Pageol , dans l'armée française. Introduit au bureau de rarrondisscmcnf , Lafonlanl dil au général français que les indigènes avaient appris rexislence de la guerre entre la France ctTAn- ^IfUerro; cl qu'à celte nouvelle, ils avaient senti se réveiller en eux toiTl leur ancien amour pour la mère patrie; qu'ils n'avaient pris les armes (jue pour rcvenli^pier les droits politiques que le gouvernement du premier consul leur, avait cnlexés, qu'ils défendraient toujours la métropole contre l(*s anglais ; qu'ils voudraient les empêcher de pénétrer dans le potl de Jîcmel. II ajouta que le général Cangé denianrlait qu'on lui livrAl le grand fort afin qu'il pût protéger la ville contre un bombardement. Il proposa aux français d'ouvrir aux portes de Jacmel , un marché où seraient réunies toutes sortes de pro\isions. La famine régnait dans la place, t^ageot accueil Irt avec rmprcsscmcnl les propositions do Cangé, ne se doutant pas du piège qui lui était tendu. Ignorant' ce qui se passait dans rifitéricur, la délcrminaiion des indigènes de vivre désormais indépendans de la métropole, il lui avait paru naturel (pie des hammes , qut fvvaient combattu les anglais avec atbarnement sous Boauvars et Rigaud, se montrassent hostiles au gouvernement britannique. Lafontant i-elourna parmi les siens après avoir accompli sa njission.

Dans la soirée du môme jour, les iroupes européennes évacuèrent le grand forl. Les indigènes y pénétrèrenl aussitôt. Le lendemain, au lever du soleil, ils avaient déj.i établi des gabions en face de la raâe. En moins de irenle-six heures, toutes les pièces de la fortification înaienl clé tournées contre la ville. Alors h s cultivateurs quis'élaieiU présentés aux porles de Jacmel, avec des nîvkcs, prirent h fuite en menaçant les blancs d'une prochaine extermination. Pageot fût nu désespoir d'avoir été irompé par Cangé qu'il trait? de misérable pcdt miilâlrc. Magloire Ambioise fil traîner, au moyen de fortes lianes, une pièce de 12, de M.irigot au Grand-Fort, lespacedeneuf lieues. Les batteries de la >iile ne purent contraindre les indépen* dansa abandonner cette position. La corvette la Vigilante fut canonnée sans discontinu:)4ion. Pour faire cesser le feu des indigènes ^ Jes matelots exposèrent , sur le pont, aux boulets du Grand Fort, Irente noirs et hommes de couleur qui étaient retenus prisonniers à bord. Mais Cangé n'en ordonna pas moins de nourrir activement le feu. Le capitaine de la Vigilanle fit savoir au général Pageoi qu'il se disposait à prendre le large afin que son navive ne fût pas coulé à fond. Comme il uy avait dans la lade c|ue cotte corvette et doiw

HISTOIRE d'haiti. — (ISOS) 65

goélettes, le général Pageot pour ne pas demeurer à la discrétion de Tennemi résolut sur-le-champ d'évacuer. Il envoya demander à Cangé une suspension d'armes, par un prisonnier indigène Louis Georges, homme de couleur. Gange lui fit répondre qu'il lui enverrait le chef de bataillon Gabriel Raymond, homme de couleur, pour traiter de la capitulation, s'il consentait, de son côté, à lui remettre en otage, le commandant de la place, le colonel By. Pageot aecepta cette proposition. Gabriel Raymond entra à Jacmel, et le colonel By vint au camp indigène. Il fut convenu que les français abandonneraient l'arsenal garni d'armes et de munitions, le magasin de TETtat rempli dhabillemens, et que les indigènes respecteraient les propriétés des blancs qui ne pourraient s'embarquer avec la garnison. Dans Taprèsmidi du il Septembre 1803 , le colonel By était rentré à Jacmel, et la légion du Cap , qui en formait la garnison , était à bord de la Vigilante. Cette corvette fît voile pour Sto- Domingo.

A dix heures du soir de la même journée , Cangé et Magloire Ainbroise , à la tète de leur armée forte de 6,000 hommes , entrèrent à Jacmel. Ces bandes presque nues , depuis si longtemps livrées à toutes sortes ;de privations , respectèrent les propriétés et observèrent la plus sévère disciplina. Mais , au milieu de la nuit, des cris de fureur éclatèrent contre les français, et peu s'en fallut que tous les blancs ne fussent égorgés : un oflicicr européen, nommé Mansui , en abando^||Bmt le blockaus, avait répandu une grande quantité de pou<lre sous les lits de camp. Ceux des indigènes qui étaient entrés dans le blockaus pendant la nuit, se mirent à fumer en se couchant. Un moment après , la fortification sauta par une explosion qui ébranla la ville. La plupart de ceux qui s'y trouvaient furent victimes de la méchanceté cruelle de Toflicier français.

Pendant qu« Jacmel était assiégé par Cangé, les français évacuaient la ville de Saint Marc. Cette {place était confiée au général d'Hénin , et la légion expéditionnair-e en formait la garnison sous les ordres d'un colonel intrépide. La garde nationale, commandée par le chef de bataillon Faustin Ropussard , homme de couleur, était tout à-fait dévouée à la France. Elle était ta terreur des indépendans de l'Artibonite ; et toutes les fois qu'elle faisait des sorties , elle culbutait les troupes indigènes et les poursuivait au loin. Les femmes et même les enfans qui l'accompagnaient, dans ces sorties, rentraient dans la place, chargés de \ivres.

Dessalines, avant sa tournée dans le Nord , avait annoncé , par des dépèches , au capitaine James Walker , commandant de la frégâte anglaise le Variguard , en croisière à la vue du Môle St Nicolas, sen intention d'assiéger Si Marc. Le capitaine anglais Tavait prié de ne pas en égorger la garnison si elle se soumettait , et de la laisser se rendre an Mole Sl«Nicolas. . Le capitaine Walker vint croiser de*» wat Si Marc» Des qu'il apparut, I# général d'Uéaia qui ét»U léàmX

9a BUTOIRB T>'HAITL-^(180è)

& la iernière extrémité , et dont les troupes se nourrissaient depuii plusieurs jours de ^ianoç de ebeval , lui envoya un parlementaire pour lui proposer de traiter des conditions de la capitulation. L'officier anglais , de son cdté , envoya en ville le sieur Catheart pour lui annoncer que sa proposition était accueillie. D'Henin vint ensuite luimême à bord du Vanguard et sigda le 4 septembre le traité de capitulation.* D'une autre part, Dessalihes, lorsqu'il se disposait à se ren* dre dans le Nord , avait ordonné au général Gabart d'aller camper aux portes de StMare, se proposant lui même de venir, à soQ retour, assaillir cette place. Gabart s'était établi devant celte ville à la tête de deux bataillons, dont Tun de la A^ commandé par Pierre Toussaint, bomme de couleur, et l'autre de la V sous les ordres du chef de bataillon Pierrot, noir. Il avait sommé en vain le général d'Heriin d'évacuer la place. Il avait tenu ies français en échec et avait protège le passage de l'artillerie indigène , sortie de la Fetiie-Rivière , que Dessalines avait ordonné de traîner vers le port- Républicain pour en faire le siège.

Dans la nuit du 4 au 5 Septembre, d'Hénin , et la garnison dont le chiffre s'élevait à 850 hommes, s'embarquèrent à bord des bâtimens de la rade , avec presque toute la garde nationale qui nourrissait :contre les indépendans une haine implacable. Il abandonna la place garnie de sa grosse artillerie. Les anglais le conduisirent au Môle, qu'occupaient enoore les français. Ig^eodemain, à la pointe du jour, Gabart pénétra à St Marc qu'il livra ^plus affreux pillage. Les femmes furent entièrement dépouillées; on ne leur laissa pas même des chemises pour couvrir leur nudité. Les soldats dé la 4" et de la 7*, en se. livrant i ces exèès sur ces malheureuses, prétendaient venger le massacre quêtes français avaient fait de la 12* demi-brigade en 1802. Ces cruelles vengeances répandront la terreur l^u Port Républicain , et beaucoup d'indigènes de cette ville fuiront avec les français la terre de St. Domingue , redoutant le sort des habitâns de St- Marc. Le pillage dura plusieurs jours. L'ordre ne fut rétabli qu'à Farrivée de Dessalines , et du . général Vernet. Alors , toutes les femmes furent amenées sur la place publique ; elles étaient nues la plupart ; elles furent passées en revue par le général en chef; après les avoir livrées en spectaele i ses sol* data , Dessalines les renvoya ignominieusement en leurs demeureSé Le général Bazelais , son chef d'état-major, avait découvert sa mère dans la foule; il lavait arrachée à cette scène humiliante.

Pendant que les indépendant prenaient possession de St. Marc» les émissaires que le général Pélion entretenait au Port-Républicain, conseillèrent aux plus audacieux des citoyens de^ cette ville , dienvoyer à Dessalines une adresse par laquelle celui-ci serait syp*.

^Rapport du capitaine James Walker du 9 7bre 1803, i l'a^niral Duckvfrortb.

BisTorRK d'haiti.— (I80S) €♦ '

pV\6 de Tenir les délivrer du joug des français. La conduite gé^ néreuse qu'avait tenue le général GefTrard à Jérémie , avait déterminé beaucoup de citoyens à demander à Dessalines sa protectioa contre la férocité de Panis. Le général en ch<»f était déji en rou? 19 pour la plaine du GuMo^Sac quand il reçut cette adresse. Il était parti de Si-Marc dans ia soirée du i6 Septembre. Il était à 'la tête des 4e, 20e, 8e et 3e demi ibrigades , qui fournissaient une forée effective de 6.000 hommes. Le célèbre Larose, de VXr^ cahaie , commandait la 8e. au grade de colonel. Il avait fait s^ soumission à Dessalines après l'arrestation de Lamour Dérance , dont il avait été un. zélé partisan. Dessalines , qui aimait son courage, avait, avec sincérité, oublié le passé ^^on égard. Le gé« néral len chef attendit i l'Arcahaie Tartilleri^de Si-Marc , qu'il avait aussi ordonné de traîner dans la ' plaine du Cul de-Sac où les français occupaient toujours la Croix des Bouquets , et des blockaus sur les habitations Drouillard , Damiens , Santo et GrandeRiviére. Le 30 Fructidor, (17 Septembre), après avoir distribué des ga^ bions aux 4e, 20e, 8e et 3e demi-brigades, fiessalines et PétioQ partirent de TArcahaie , à la pointe du jour ; et à dix heures du soir, ils avaient déjà intercepté toutes les communications aui exis* talent entre le Port Républicain et les points de la plaine au Culde-Sac au pouvoir des français. L'armée indigène était rangée dans la grande route e^tre Sarthe et Drouillard. Les ile el 12e demi brigades qui vinrent la grossir en portèrent le chiffre à 10,000 hommes. Le blockaus de Drouillard était occupé par quatre -vingts soldats européens. Dans ia même nuit, le général Rétion établit sur ua mornet à droite de la route , qui domine Thabitation , trois pièces, dont deux de quatre et une de six. Dès l'aurore du premier jour complémentaire , (18 Septembre) il attaqua le blockaus. Au sixiè-« me coup de canon , les français amenèrent leur pavillon et se rendirent à discrétion. Ils s'étaient trouvés enveloppés par 10,000 hommes , sans nul espoir d'être secourus. Ils n'avaient pu se replier sur le Port-Républicain, car les manœuvres de Dessalines, pendant la nuit, avaient échappé à leur vigilance.

Presque aussitôt après la soumission du blockaus de Drouillard , Dessalines apprit oue le colonel français Lux , sorti de la Creix-des- Bouquets, à la tête ue sept cents hommes de la 5e légère, de cinquante cavaliers noirs et jaunes , se rendait au Port Rt^publicain , escortant un convei de vivres, et marchant avec deux pièces de 4 et deux caissons. Il ordonna sur le champ à sa cavalerie d'aller s'établir près du blockaus de Damiens pour tenir en échec les français qui occu- • paient cette position! Certain que l'ennemi abandonnerait la grande ^ roate et j[>énétrerait dans les chemins de traverse, il plaça en embuscade dans le sentier qui s*étend entre Sarthe et Prouillard la 11* tlMni-bvgadf et deux bataillons de la 8e , cemmandés par le eoloaeC

68 HISTOIRE d'haiti. — (180S)

LarosG. II ordonna au général Pédon d*aller occuper avec la 3e la bulle de Cbancerelie pour couper la retraite à Tennemî. Le centre de la colonne française devait ôtre atlaqué par la 20e et la queue par le 3e bataillon de la 4e. Quand Lux parvint sur Ihabilalion Damiens il apprit que dix' mille hommes de troupes indigènes occupaient les chemins qui conduisaient au Port Républicain. Il arrêta sa marche; il était onze heures du malin. Le soleil inondait Tazur du ciel de ses rayons brulans. Les officiers de son corps, réunis en conseil de guerre , désespérant de pouvoir passer au travers de '^ces masses de troupes ennemies, lui conseillèrent de retourner à la Croix-des- Bouquets d'oà il pourrait se jeler dans la partie espagnole. Lux, vieillard septuagénaire , indigné de ces conseils , se tourna vers ses soldats, et leur dit<|||Braves de la 5e! Des masses de brigands n'ont pu résisier à une poignée de vos frères d'armes , à la savane Oblond. Quels prodiges ne ferez vous pas, aujourd'hui que vous êtes tous léunis? À votre aspect , .cette multitude sans tactique prendra la fuite. En avant ! Les français, au pas de charge , pénétrèrent dans le sentier qui conduit de Damiens a Sarthe. Ils étaient pleins d'ardeur. Us levèrent* à coups de canon toutes les embuscades qu'ils renconfrèrent. Sur l'habitation Sarthe, ils furent vigoureusement attaqués par la 8e; mais leur artillerie bien servie, et leurs feux de pelotons, réguliers et meurtriers, abattirent un grand nombre d indigènes. €eux-ci armés de fusils, mais sans munitions , la plupart, se précipitaient néanmoins sur la 5e en poussant des hurlemens affreux. Lux, à cheval, au milieu d'un bataillon carré, demeurait inébranlable dans les jardins de Sarthe. Les ie et 20e indigènes n'ayant pas de cartouches étaient témoins du combat, immobiles sur le champ de ba taille. Dessalmes voyant fléchir les soldats de la 8e, se précipita au milieu d'eux , et releva leur courage. Au même instant les deux pièces de À lancèrent la mitraille la plus meurtrière. ^ Les indigènes ébran« lés de nouveau perdirent da terrain. En avant ! En avant! s'écria Dessalines , bravant la mort au premier rang. Les soldats répon* daient à sa voix : général, nous n'avons pas de poudre. — Dessalines, bouillant de colère : prenez-les avec vos ongles et vos dents I Alors le colonel Larose mit le feu aux cannes dont les français étaient entourés. Les cris des indigènes et les tourbillons de fumée déconcertèrent les soldats européens qui , les yeux pleins de fureur , ressemblaient à des lions enveloppés de ieu. Larose s'élança sur les canons; il allait en massacrer les artilleurs , quand ceux-ci enclouèrent leurs pièces et se firent sauter en mettant le feu aux caissons. Dévouement héroïque par lequel ils sauvèrent leurs compagnons en privant l'ennemi de munitions. Abandonnant l'habilatinn^ Sarthe , avec un peu de précipitation, la 5e légère s'ouvrit passage, à la baïonnette, dans des chemins de traverse où la cavalerie indigène nel^ pouvait VaUeindr«. Elle parvint à Blanchard où elle put un peu se refaite»

Deli Lux se dirigea sur Thabitation Drouîllard , croyant qu'elle étaîc encore au pouvoir des français , h travers les rangs des 4e. , 8e. , ile. et 20e. Dessalines , admirant le colonel français dont le panache dominait les baïonnettes sanglantes de la 5e, s'écria: Ce vieux Lux est un démon, qu'il est brave f Ne seraîl-il pas honteux, si nous n'arrêtions pas sa marche? H lança contre lui le 3e bataillon de la 4e qui se rangea en bataille au pied du blockaus dé Drouillard, Dés que Lux déboucha dans la savane de Drouill'ard , il se précipita, à I la baïonnette, sur la 4e qui , sailiH^ tout à coup d'une terreur pani-

que, prit la fuite dans le plus grand désordre. Dessalines commanda à la cavaterfe dte chaiger. La 5e réduite à 500 hqmmes ne put résister à rimpétuosilé de 600 dragons commandés par Charlotin Marf cadieux. Elle fut rompue et culbutée. Elle ne se rallia que* dans

> les bosquets d'acacias de l'habitation Drouillard. Elle traversa les

^ sentiers de l'habitation Chancerelle, et vint déboucher dans la grande

route du Port-Républieain , vis à-vis du mornet qu'occupait le divisionnaire Pétion. Elle attaqua la 3e s'etforçant de -s'emparer de cette position, pour éviter la cavalerie,, et y attendre des secours j de la tille On se battit corps à corps sur la butte. Pétion la re-

I jeta dans la grande route où elle fut chargée par nos dragons. Elle

I gagna les bois de Chancerelle et de Robert et vint déboucher à la

I Saline. Lux parvint au^ Portait St. Joseph à la tête 200 hommes, sans

avoir perdu un seul drapeau. Il était trois heures de raprcs-midi. Les français noircis par la poudre et couverts de poussière , entrèrent dans la ville la baïonnette en avant , les yeux hagards, étourdis, prêts à se précipiter sur les figures noires et jaunes qu'ils rencontraient. On était obligé de redresser leurs baïonnettes, de les rappeler à éU3E mêmes et de leur dire a\ec force : Se légère vous êtes avec vosamis. Ils furent portés en triomphe par leurs compagnons d'armes qui avaient perdu l'espoir de les revoir. La 5e. compta 5ôO hommes lues ou blessés, et Ddssalines près de 400. Nous avons vu que ^ Varmée indigène était forte de 10,000 hommes. Afâis dans toute

cette multitude il n'y avait pas 600- cartouches. Dessalines les avait distribuées à ses meilleurs tireurs en leur disant : « Nous n'en ; avons pas d'autres; que chaque coup porte. * Les français, air

! nombre de 700, ont dû avoir tiré plus de 14,000' coups de fusil ei

I au moins 40 coups de canon. Il n'est pas extraordinaire qu'ils aient

forcé le passage. Beaucoup de français ont succombé dans les jar« dins de Blanchard , étranglés par des indigèns qui s'étaient précipités sur leurs baïonnettes. Une colonne que Lavaletle avait rangée; en bataille hors de la ville aussitôt après qu'il eut entendu les pre»

I- miers coups de canon de l'affaire de Sarthe, parcourut les bois de ■" Chancerelle et de Robert et recueillit beaucoup de soldats blessés. ei harassés de fatigue qui furent conduits en ville. «.liftait resté à la Croix des- Bouquets trois*cents hommes, ma**

Met él conrahscens de /a ^^J^gère. "s Cir^^^^^ eonM d^ Damiens et de Santo de se réunie à ^u^ pendaiu U nmi, jV'aj.iot p99 J'espoîr de pouvoir se maiaiemr aans le bourj, i\a (avaient pria la résolution de traverser aussi I armée indijènepout aneindre la Port-Républicaîn* Pessalines devinant leurs projeu,^^ détermina, à 6 heures du soir, de la même journée, à b\re ^\. taquer les blockaus de Damîens et de Santo. Il envoya surle champ à Damiens un de ces aîdes-de camp qui somma le commaadaui du blockaus de se rendre, en luiABpmettant que son existence m%\ que celle de ses soldats , serait ^^pectée. Comme l'oflicier îrunçavs refusait d*obéir à la sommation. Dessalines ' approcha du blockaus deux pièces de Canon soutenues par trois bataillons. Lescenlgr^. pddicrs (|ui eu formaient la garnison se rendirent à discrélion.

Vrrs dix heures du soir , le général en cht^f apprit que les français, denu'urôs au bourg de la Croix des -Bouquets , après le départ (In colonel Lux , sVtaient mis en route pour la partie de 1 Est , aussitôt après la reddition du block^uis de Damiens. Il lança à leur poursuite des cavaliers qui ne purent les atteindre. Suivi de sen ciat major , il pénétra à la Croix-des Bouquets à 11 heures du soir. Il y trouva un dépôt considérable d% murtitions. \ minuit , l'adjudant général Bazelnis prii possessitin du blockaus de Santo ; quatre vingts soldats français qui en composaient la garnisoQ furent (aits prisonniers.

Ainsi la joui née du premier jour complémentaire^ iS Septembre 4803, avait sufll à Dessalines pour chasser entièrement les français de la plaine du Cul d<' Sac 11 a\ait en son pouvoir trois cents prisonniers europcens. Le 19 Septembre, hprés leur avoir promis la vie sur sa parole d honneur, il leur annonça qu ils allaient être conduits à TArcahaie oti ils trouveraient dabondantes nourritures. Quand ils furent partis , il dit à Tomcier chargé de les accompagner : Vous les ferez mourir en chîmin. — Qu'^i ! s'écria l'adjudant général Bonnet qui était i ses côtés ç vous oubliez donc , général en chef, votre parole d'honneur? — Taisez -vous, Bonnet ^ répondit Dessalines ; ne savez vous pas que depuis la révolution il n'y a plus de parole d'honneur. Les trois cents malheureux français furent sacriliés dans la plaine de l'Arcahaie.

Dessalines laissa ses troupes se ret>oser les 2e , 3e et 4e jours complémentaii'cs , (49 , 20 , 21 Septembre.) Dès le 19 , il avait appris l'entrée des indigènes k Jacmel.

Le 5e jour complémentaire (22 Septembre) TadjudaRt général MarioD de la division de Léogane %i de Jacnel , vint au bourg d« la Croix 4e8-Bouquets. tl annonça au général en chef que Gange était campé à la Coupe avec 5,000 hommes d'infanterie, 50 artilleurs et 200 cavaliers. Dessalints voulant assaillir le Port-Républieain , envoya l'ordre à Caogé d'aller tenir en échec le fort Bi;KOton. Caogé

. HISTOIBE d'HAITI.— (180&) . tl

partît de la Coupe et s^élablit sur un morne qui domine la fortification , et le grand chemin de Léogane. Il intercepta les eommu* uications entre le Port-Répubffbain et Bizoton.

Dessalines , de son c6té , fit occuper tous les bloekaus de la pifttne. Le 6e. jour complémentaire ( 23 Septembre ) ses troupes s'ébrao* lèrent. Renforcées de la division Cangî, elles montaient à 15,000 bommes. Le Porl-Républicain fui régulièrement cerné/ La division del'Arti* bonite commandée par Gabart, était établie contre le Portail S^ Joseph et le fort National. Celle de Tarrondissement du Port-Républicain occcupait Fespace qui s'étend entre le fort National et le morne de THOpital; et celle du général Cangé était établie entre la Porte de Léogane et le fort Bizoton. Dessatines choisit pour son quartier-général la source Turgeot à une demi-lieue de la place. Le 1" Vendémis^ire (424 7.bre) le général Pétion dressa sur un mornetde l'habitation Pbilippeaux, au 6ud*est de la ville, à 200 toises de la poudrière y une batterie de deux pièces l'une de A et l'autre de 8 , et d'un obusier de 6 pouces qu'il avait fait venir du Petit Goâve. Il lança sur le poste de la poudrière plusieurs bombes qui contraignirent les français à l'évacuer. Les indigènes, sôtts le feu de 17 pièces de canon qui répandaient b mort dans leurs rangs resserraient néannu>in8 sans cesse le blocus de la ville. La iie demi-brigade commandée par Frontiche s'approcha jusqu'à une portée de fusil, des retranehemens qui fermaient l'enceinte de la place. Quoique toutes les pièces des fortifications fassent dirigées contrç elle, elle Ervintà dresser une batterie dont le (eu inecKnmoda considétablement \ français. Le général Lavalette faisait tous ses efforts pour exciter la garde nationale , composée fpresque en entier d'iiidigènes , & seconder la garnison européenne. Mais il ne rencontrait que découragement ou trahison. Un citoyen, Balthazar tnginac, en lequel il avait quelque conûance, faisait néanmoins une propagande sourde et active en faveur de Dessalines. Il réunissait cbes. lui, pendant la nuit, des jeunes gens pleins^ d'audace et de résolution , et s'entretenait avec eux sur les moyens de livrer lia place aux indigènes , si les français ne se hâtaient pas de l'évacuer. Les troupes françaises , réduites à 4,400 hommes^ étaient harassées de fatigue. Elles n'airaient aucun repos ni jour ni nuit;; elles faisaient le sef^ice de tous les postes , n'osant plus en confier un seul à la garde nationale*

Le fort Bizoten était toujpurs occupé par les français ; mais ils me pouvaient communiquer par terre avec la ville. Le 8 Vende* miaire i**" Octobre deux acons chargés de munitions ^ de boucha furent* remorqués à travers la grande rade par deux, gros navires qui, pendant cinq heures, tirèrent snr les retranehemens du général Cangé. Trois Sois les français tentèrent de débarquer , trois fois» ils furent repoussés. Ils rentrèrent dans le petit port sans avoir

* Delà navires américains vsiiaisnt â'aniTsi sv|e cw provisions.

♦2 mStOlUE D*HAITI.-^(I8Ô3)

pu communiquer avec la garnison de Bizoton. Il y avait sur Vhz^ bitalion Dessource qui domine Bizolon un blockaus que les français y avaient élevé. Ils rabandonnèrcn^ après en avoir fail sauler la poudrière, (2 Octobre). Le môme jour, ils sortirent du fort en bon ordre repoussèrent les indépendans qui les attaquèrent, et s'acheminèrent vers le rivage. Ils s'embarquèrent sur le coller Vâmitié. La faim les avait contraints, à évacuer. Après avoir arboré ledra» peau indigène sur les remparts de Bizoton , Cangé établit sur' uo des mornets de Piémont, dominant la rue du Magasin de TElat, une batterie de quatre pièces dont deux cle 24 et deux de 48. Ses boulets parcoururent la ville dans toute sa longueur et répandirent TeiTroi dans toutes les familles. Alors la crainte des vengeances des indépendans donna quelque énergie à ceux des bourgeois noirs et de couleur qui jusqu'à présent avaient servi la cause française. Comme ils voyaient que la garnison européenne ne pouvait plus se maintenir dans la place , ils parlaient hautement daller se joindre à l'armée assiégeante. Beaucoup d'entre eux songeaient déjà à enlourer Dessalines de flat* teries et de séductions pour conserver leurs positions et même pour oblenir des faveurs. Les plus jeunes, pendant la nuil, se rendaient au quartier général de Péiion , vantaient leur pat/^iotisme. A les entendre le {succès de la guerre de Tindépendunce appartenait à leurs efforts.

La ville ne pouvait pas opposer une plus longue résistance; quinze mille hommes la bloquaient; les eaux de Turgeot et de Bizolon, délournées de leurs rours, n'j parvenaient plus depuis quelque temps; *i

la viande de bœuf ne se vendait plus au marché. 'La chair de plusi* j

eurs chauieaux que le général Boudet avail fail débarquer à l'arrivée 3

de l'expédition française fut distribuée aux troupes. La garnison était sur le point, chaque jour , d'on venir aux mains avec la garde nationale qui voulait se rendre.

Cependant le général Lavalette qui avail juré de s'ensevelir sous les ruines de la place ,^ voulut encore tenter le désarmement des citoyens noirs et de couleur. Il réunit, la garde nationale sur la place du gouvernement. 11 s'aperçut qu'elle était résolue à se dé« rendre ^illamment. Tous les bourgeois blancs , désapprouvant cette mesure , étaient dans les plus vives inquiétudes. Lavalette à cheval, dressé sur ses élriers, était plein de fureur. L'attitude des noirs et des hommes de couleur le eontraignit à renoncer à son projet. Il parcourut néanmoins les rangs de la garde nationale et dit aux citoyens : « Hommes de couleur et noirs, vous croy^ sans » doute que St. Domingue vous restera , vous vous trompez ; si la » force des .circonstances nous obligeait Ji évacuer, nous reviendrions » avant six mois. La France est puissante; la guerre maritime » ne durera pas toujours. Elle n'abandonnera jamais sa colonie.» Les troupes retournèrent dans leurs casernes , «t les indigènes se

dispersèrent dans la ville, surveillant les mouveroens des blancs* le lendemain, le général Pélion canonna et bombarda aclivement Thôpital, par un feu plongeant. L.es malades saisis de terreur se répan* dirent dans les rues , en jetant de hauts cris. La frayeur s'empara de toutes les femmes. Lavalelte craignant que la ville iie fut livrée au plus alTreux pillage , si elle était prise dassaut , songea à capituler. Il appela au gouvernement ceux dés indigènes et des blancs qui axaient sa confiance. Il leur annonça qu'il était résolu à demander à Dessalines une suspension d'armes de cinq jours, pour qu'il pût faire ses préparatifs d'évacuation. Un officier supé* lieur français, précédé d'un trompette, se rendit au quartier général de Turgeot. Il fut présenté au général en chef qui, après l'avoir entendu, lui dit qu'il le chargeait d'annoncer au G"' Lavalette qu'il n'écouterait ses propositions que lorsqu'il les lui enverrait par écrit. Dessatines réu* nit les officiers- généraux de son armée et les consulta sur le traite* ment qu'il aurait à faire subir à la ville du Port- Républicain. Ils furent d'avis (a plupart, qu'elle fut livrée au pillage comme'Sainl Marc , parce qu'elle s*iétait montrée trop longtemps dévouée aux français. Mais i'adjudant-général Bonnet et le général Pétion turent d'une opinion contraire. Bonnet (it observer qut le pillage entraînerait un désordre général , que l'Etat serait privé d'immenses ressources qui deviendraient nulles en tombant en des milliers de mains ; que beaucoup d'indigènes très-dévoués a la cause indépendante , mais que.dif« férentes circonstances avaient contraints à demeurer en ville , seraient sacrifiés; que ce dur traitement appliqué aux citoyens du Port- Républicain , porterait les habitants des Cayes et du Gap à soutenir tes français jusqu'à la dernière extrémité; que le pillage de St. Marc avait déjà beaucoup nui à la cause indépendante; qu'il conviendrait mi^fix d'établir des contributions sur la ville. | Le général Pétion, de son côté, demandait avec instances, qu'on épargnât une telle calamité à sa ville natale. Dessalines , vaincu et par les argumens dô Tun et par les prières de l'autre, déclara que la ville ne serait pas pillée. Il fit rédiger une adresse aux habitants par laquelle il leur promit que leurs propriétés seraient respectées quand il entrerait en ville. Il la remit à l'officier français qu'on avait tenu à f écart pendant la délibération Beaucoup d'officiers indigènes étaient mécontens de cette décision. Ils osaient dire qu'elle ne serait pas exécutée à l'égard de tous ; que les blancs seraient massacrés et que leurs biens, seraient pillés. Le parlementaire ^rentra en ville, rendit compte au général français de sa mission. Beaucoup de blancs accoururent au gouvernement, avides de nouvelles et pleins d'anxiété. L'officier qui -revenait de Turgeot, leur annonça que le général en chef lui avait dit quêteurs biens seraient respectés. Ils furent un peu rassurés sur leur avenir. Quant à la population noire et jaune, elle était libre d'inquiétude^ elle attendait les indépendaos eomme des libérateurs.

T4 HISTOIRE P*kIATTI.— (it808)

Le V5t vendémiaire (ft octobre) un autre officier français, porteur d'unt leltre pour Dessalines, arriva à Turgeot. Lavalelte s'engageait envers le général en chef à évacuer la ville , s'il lui accordait quelques jours pour approvisionner Ifs bâtimens de guerre. Il lui disait qv'il vou« lait éviter reffusion du sang. Dessalines lui répondit que s'il lui envoyait en otage un officier supérieur dont la personne serait garantie par un oiYieier supérieur de môme grade de l'armée indigo» qu'il enverrait au Port Républieain * il lui accorderait cinq jours pour faire ses préparatifs d'évacuation. Lavalette accepta ces eoo* ditions. Il envoya enotagrà Turgeot, un odicier supérieur Àndrieux. Aussitôt après, l'adjudant- général Bonnet se rendit au Port Républicainchargé en môme temps de traiter les conditions de* la capitulation. U était accempagné de Diaquoi aide-de-camp de Dessalines, et de plusieurs autres officiers. Pendant cet ^intervalle , le général Cangé qui ignorait les négociations , continuait k tirer sur la ville. Des» salines ne l'avait pas averti ^ de la suspension d'armes. I^ général Lavalette fut contraint de se' plaindre de cette infraction de la eonmention. Alors Dessalines envoya l'ërdre à Cangé dé cesser le feu des troupes de 63 division. Celui ci plein de fouffue et d'emportement refusa d'obéir. Dessalines par un second ordre lui fit savoir que s'il entendait encore un seul coup de canon , il le ferait fusiller sur le champ. Comme le général en chef ne menaçait pas en vain la batterie du morne de Piémont se tut aussitôt. Le colenel Lux ^ Gommiindant de la 5e. - légère était curieux devoir Dessalines avant de s'embarquer. L'intrépidité et le génie militaire du général indi» fène l'avaient vivement frappé. U sortit de la ville , s'achemina sur Turgeot. Dés qu'il apparut au quartier général , Dessalines le détouvrant, demanda à ses officiers quel était ce vieillard? C'est le colonel Lux, lui répondit-on. Approchez, lui criat-il; vous vous êtes battu comme un lion , à Sarlhe ; j'avais ordonné i tous mes fusiliers de tirer sur vous ; que je désirais alors vous abattre l Vous n'avez pas été atteint d'une seule balle; on serait tenté de croire que des sortilèges vous garantissaient de nos coups. Le colonel frao* çais lui exprima eombien il était flatté de l'accueil qu'il lui faisait, et lui dit qu'il eut été fâché de retourner en France sans l'avoir vu. Après avoir causé un moment avec Dessalinss sur l'art de U guerre, il se retira. Pendant qu'il s'éloignait le général en chef dit, en le montrant du doigt : s'il n était pas blanc, je le nommerais mon lieutenant au commandement ^es armées indigènes. Le préfet »pos* iolique, le père Lecun , vint aussi rendre ses hommages i Dessalinesn Celui ci lui (it un accueil flatteur, et le renvoya satisfait. -

L'adjudant général Bonnet traita des conditions de la reddition de la place avec talens et dignilé. Il obtint de Lavalette que les arsenaux et les magasins du gouvernement demeurassent garnis d'armes, (de muiiUiops el d'babHlemenf. Déji les fraoçeîs avaient comaawleé

HMTOIEB D*RAITI.— (I80S) 75

à jeter dans la mer plusieurs milliers ée poudre el quelques carnons. Il fut décidé que (eux des Doirs et des mulâtres anciens esclaves qui ne« voudraient pas suivre leurs msttres pourraient demeurer avec les indé* peudans. Bonnet et Diaquoi persuadèrent à un grand nombre de ces malheureux de ne pas s'embarquer. On en vit cependant qui^ abrûiîs par la servitude, ne voulurent pas se séparer de leurs mat* 1res. Bonnet parcourut la ville, inspira de la conûance aux familles qui éprouvaient des inquiétudes , et s'efforça de concilier tous les intérêts. Pour sa conduite , Dessalines lui adressa des félicitations I remarquables.

f Le général Lavalette réunit les habitans en assemblée paroissiale,

leur donna lecture des conditions de la capitulation et de la pièce . par laquelle Dessalines leur promettait protection et sécurité. Lea t habitans satisfaits envoyèrent à Dessalines , pour le remercier de sa * générosité, deux hommes de couleur , Baltba2ar Inginacet Lafontant* lAginac par ses paroles insinuantes, par le patriotisme qu'il démontra ea son langage, séduisit Dessalines. Lavalette fit ensuite abandonner tous les forts par les troupes européennes. Elles s'embarquèrent sous les yeux de bonnet, av«c armes et bagages. L'adjudant-général Bonnet et Diaquoi parcoururent ensuite la rade, et se convainquirent^ en visitant chaque bâtiment^, que jes blancs n'avaient ,. de vive forée, embarqué ni un noir ni un Homme de couleur.

Le 15 Vendémiaire (8 Octobre ) le général Lavalette auBonça k Dessalines que les troupes françaises dont on n'avait pas besoin pour le service des pointes, étaient à bord des navires de la rade.

iiC i6 Vendémiaire (9 Octobre) jour de l'expiration du délai ac* cordé, pour l'évacuation, les bâtunents de conmit^rce chargés de troupes et de familles allèrent mouiller dans la grande r^de. La garde nationale fit la police de la ville, en attendant l'entrAe de l'armée indigène.. L'ordre fut partout maintenu. Beaucoup de blancs lie ae fiant pas à la générosité de Dessalines s'étaient embarqués. Le père Leçon qui vantait la grandeur d'Ame du général en eheC depuis qu'il l'avait visité à Turgeot , condamna ce manque de confiance. U dit en cjhaire que le général en chef avait promis d'oublier le passé, et se montrait dispesé à aceorder toutes sortes de faveurs aux colons qui demeureraient dans le pays. Désormais il ne s'appellera plus Dessalines, dit-il; ce nom sous lequel il a été sévère é^ intolérant nes'harmonie pas avec ses nouvelles dispositions. Il se nommera Jean Jacquee le Bon. La plupart des blancs qui s'étaient déjà embarqués , apprenant de nouveau ces dispositions généreuses du général en chef, descendis rent à terrent rentrèrent sous leurs toits. La plupart des chefs de Tarmée indigène ne désiraient au contraire , avec ardeur, que I extermina* lioD des blancs; Dessalines lui même ne faisait aux colons que des j^romesses trompeuses. Comme lea tayt^s , la (Tap et le Môle étaient ~ nu pouveir des français la politique lui commandait d'uaer dt

76 " HISTOIRE d'haÎti. — (180S)

modération pour qu'il n'exaspérât pas contre lui Iqs habitans de ces ailles. *

Quant au père Lecun, disposé à tout sacrifier, mftme ses sem* blables, pour conserver, sous ce nouvel ordre de choses, une dignité qui lui rapportait honneur et richesses, il enleva aux blancs une heureuse occasion d'échapper à la mort , en les exhortant à n« pas s'embarquer avec les troupes, et en proclamant, lui, européen et ecclésiastique, que Dessalincs était devenu Jean-Jac* ques le bon.

Dans la soirée du 9 Octobre , les navires français , réunis en convoi , appareillèrent , après que Lavalelle eut livré la place à Tadjndant-général Bonnet, il venait d'embarquer les derniers détachemens de troupes européennes qui gardaient encore quelques postes imporlans.

Le lendemain, (17 Vendémiaire), 10 Octobre, à sept heures du matin , l'armée indépendante , marchant sur trois colonnes , ût son entrée triomphale au Port-au Prince , * par le portail St-Joseph, ks portes de Léogane et de Montalet. Dessalines , portant un habit rouge couvert d'or , et un pantalon de même couleur , s'avançait par la porte Montalet, ayant Pétion à sa ^droite et Gabart à sa gauirhe. Il était suivi de toute son artillerie de campagne. L« génciral Pétion simplement vêtu portaTt à ion chapeau un plumet noir. L'armée indigène composée de soldats presque nus, contrastait dans l'esprit des habitans avec la garnison européenne qui , l'avant-veille, s'était embarquée magnifiquement équipée. Dessaline» se rendit au palais du gouvernement au milieu des cris de joie de toute la population indigène. Il «fut ordonné aux troupes de respecter les propriétés , et d'observer la plus sévère discipline. Cependant, vers le milieu de la journée, le colonel Bédouet, hom* me de couleur , qui avait été nommé commandant de la place . avertit le général Pétion, commandant de -la 2.* division deTOuest, quef^ le colonel de la 12*, Thomas Marie Jeanne , à la tôted'un grand nombre de soldats, surtout de la 4e. , avait pénétré, de vive force, dans les boutiques de la rue des Fronts Forts, et se livrait au pillage.

Pétion se rendit aussitôt au gouvernement d'où il se transporta avec Dessalines au lieu du dééordre. Dès que les pillards les aperçurent, ils se dis[^rsèrent. Thomas Marie Jeanne fut arrêté et emprisonné , et les 4e et 8e reçurent l'ordre d'aller camper hors de la ville. Dans la soirée les rues furent illuminées , et les habitans fêtèrent les états majors des corps de l'armée.

Le lendemain , (11 Octobre), Dessalines après avoir*reçu les félicitations de toutes les classes de citoyens , réunit sur la place du

* Dès cette épocjue le Port Jlépublicain reprit son ancien nom do Por^^ tu-Prince.

HISTOIRE d'haï TI.— (1808) T7

{fouvernement ^ la population des trois couleurs en état de porter les armes , et la passa en revue , aptes avoir ordonna aux blancs de sortir des rangs. Il fit enrôler tous les jeune» gens noirs et lie couleur qui faisaient partie de la garde nationale. Il grossît son armée, qui allait bientôt marcher sur le Gap, de plus de 1,600 hommes déjà aguerris et disciplinés. Il fit entrer dans le 3e. ba« Uillon de la 4e. plus de 400 de ces jeunes gens. Il s approcha ensuite des blancs qui se tenaient à Técart , à 1 une des extrémités de la place, les obligea à rendre leurs armes, leur dit qu'ils pouvaient se retirer, chez eux et que tes charges de l'état ne pèseraient jamais sur eux. C'était leur déclarer qu'ils ne se* raient pas citoyens sous le nouvel ordre de choses. Dans la même journée on les traita en vaincus en établissant sur eux une forte contribuûon , au prorata de leurs revenus. Les paroles de Dessalines sur la place d'armes et cette conlributioQ plongèrent dans la oonsternation les familles européennes auxquelles, en même temps, il fut défendu de s'embarquer. On entendit ceux des français que l'intérêt avait retenus en ville, au moment de l'évacuation des trou* pes, se dire entre eux : < Nous leur donnerons notre argent , et ils ne nous tueront pas moins. »

Les bâiimens chargés des troupes, des bourgeois et des femmes qui avaient évacué le Portau Prince fotmaient un convoi assez considéeidérabie. fis rencontrèrent les anglais vers la Gonave. Gomme les les navires n'avaient pas suffi pour contenir toutes les familles, beaucoup de canots et de chaloupes remplis de gens de toutes conditions suivaient le convoi. Les anglais les atlaquèrenl et les capturèrent en grand nombre. Après avoir dépouillé leurs prisonniers , ils leur permirent d'atteindre l'Ile de Cuba. VAtmable de Bordeaux qui portrrît le général Lavaletle, les débris de la 5*^ légère et pres(|ue tous les officiers de la garnison échappa aux croiseurs par la rapidité de sa marche, et parvint à St. Ya^ue de Cuba.**

Pendant que Dessalines prenait possession du Port-au-Prince, le général Brunet, réduit aux Cayes'aux dernières extrémités, aimait mieux traiter avec les anglais qu'avec le général Geffrard. Il ne pouvait agir autrement. S'il avait traité avec les indigènes les anglais , maîtres de la mer, l'auraient attaqué à sa sortie du port. Il envoya le colonel Lefèvre en parlementaire à bord du Pélican, capitaine Whilb}^ pour lui proposer une capitulation qui fut acceptée. Il

* Aujourd'hui place Pétion.

** En 1804., le consul français de St-Yag^ie ordonna au général Lavaletie de partir avec les débris de l'ancienne garnisoa du Port ati-Frince pour Sto.-Domin^o où flottait encore le pavillon français. Lavalette Vem» marqua pour aller renforcer le général Ferrand qui commandait dans la Partie de l'Est. Mais il fut englouti dans les flots par la tempête en vue de Ia'|mate Jdfxysu Le navûe )ue montait Panisput atteindre Sto.-Domingo.

Y8 HUTOIRfi D^ilAITI. — (180S)

, livra au commodor« Cumberland toute Tartillerie d« la place , les fu8ils«et les poudres, et embarqua ensuite sur quatre navires mar. «hands qui étaient en rade la garuison , les employés de TadminiS'^ tration^ ainsi que les familles qui voulurent le suivre. Beaucoup de blancs, pleins de ^oniianee en la loyauté de^kffrard, n'abandonnèrenl pas la ville* Qrunet accueilli avec distinction à bord delà frégate anglaise fut conduit à la Jamaïque avec ses soldatsi D'après les termes de la captlulation . t^^s malades et les blessés français fu* rent transportés au Môle St. Nicolas où commandait encore Le général Ttoailles ; et ceux des blancs colons qui voulurent se rendre à Cuba 7 furent conduits.

Le 17 Octobre , Tarmée indigène du Sud entrai aux Cajes. Les personnes et les propriétés furent religieusement respectées. Le général GefTraid reçut des anglais les canons de la place que-Bra-net leur a\ail livrés.. Peu de jours après le général en chef apprit la prisa des Gayes. Il se disposa aussitôt à marcher sur le Cap»

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