‹ Histoire d'Hélène Gillet, ou relation d'un événement extraordinaire etChapitre 2 sur 6 · CHEZ VICTOR LAGIER9 LIRRAIRE · texte numérisé non relu

CHEZ VICTOR LAGIER9 LIRRAIRE

M. BCCC. XXIX.

f/tJEL est l'homme réfléchi , qui , fami- ^ liarîsé avec Thistoire , n^a pas souvent rÇ remarqué combien la Providence , dans ^ ses desseins seCrets et immuables^ se joué J^ de la prévoyance humaine j combien d'éi v^emens préparés avec toute la prudence, la sagesse et les précautions qui semblent devoir produire un effet immanquable 5 . présentent tout à coup un résultat diamétralement opposé à celui que Pon attendait ! C^est surtout en fait de jugemens criminels dont la terrible exécution , sauf le cas de grâce, est toujours de rigueur, que cette observation recevant parfois son application, est le plus frappante. Qui croirait, par exemple, qu'une malheureuse victime de la séduction , dévouée à la mort, put y échapper et trouver son salut au milieu même des horreurs du supplice , et en présence d'un peuple nombreux, accouru pour être témoin d#son trépas? c'est cependant ce qui est arrivé à Dijon , le i oi mai X 1625. ' -^

Jamais les annales des tribunaux n'ont offert un événement plus singulier , plus tragique^ plus propre à inspirer l'intérêt et l'effroi. Nous invoquerons à l'appui de cette assertion, l.e témoignage de l'ancien et célèbre avT>cat Charles Févret qui, figurant dans cette affi^fe I comme orateur , s'exprime ainsi dans

son vieux langage : « Il se trouvera « icy quelque chose de plus rare , « de plus esmerveillable , je ne sais si . « j'oserois dire de plus miraculeux qu'en « tout ce qu'on a veu en ce genre. »

Il est certain qu'il serait difficile de découvrir dans toute l'histoire un fait particulier aussi surprenant, quoiqu'il ait l'air de reposer sur des bases assez communes; car de quoi s'agit -il? d'une jeune personne de condition, condamnée au dernier supplice pour crime d'infanticide; arrivée sur lechafaud, elle échappe à la mort par la maladresse de l'exécuteur, et ensuite obtient sa grâce.

Vqilà le fait, qui paraît simple au premier coiip-d'œil ; mais les antécédens sont

si étonnâns, les détails sî curieux , quelques pai^ticularîtés sî extraordinaires , enlin les résultats sî imprévus , qu'il nous semble bon de conserver le souvenir d'un -pareil événement, non-seulement parce qu'il n'en est point de plus propre à piquer la curiosité , mais parce qu'il peut être un sujet d'utiles méditations sur tes vues cachées de la Providence.

Nous nous décidons d'autant plus volontiers à en publier une relatipn particulière^ que celle qui a été insérée dans le vieux et volumineux Mercure françois de 1625, est peu ou point connue ,.

et quo d'ailleurs elle est încQmplète (i).

(1) DesessartSy dans son Essai sur i^ histoire dts tribunaux t Paris 1778 - 17849 ^voî. m-8% a consacré {tovn. VII, p. i54) un petit article de 27 lignes^ à révénement d*Héiène billet. Il ne nous a été d'aucune utilité.

Iln'est nullement question de cette affaire dans les collections des Causes céiiires et intéressantes de Gayot de Pytaval» Paris, 1738- 1750^ 20 voi, tn-ia; de Garsault , Paris , 1 757 , in- 1 2 ; de DelaYiHe, Paris, 17699 4 ^ot m-ia; de PitayaletRictier^ nouv. édil^.

VÏII

Nous y ajoutons plusieurs faî tf et plusieurs morceaux extraits d'autres ouvrages du temps , soit imprimés , soît manuscrits :

les uns regardent Fun des couvènis de Dijon où cette affaire a occupé les esprits d'une manière assez singulière; les autres appartiennent à la mairie où il en a été aussi question; d'autres ont rapport à quelques usages; enfia des notes historiques et explicatives donnent au texte tous les développemens que l'on a jugés nécessaires.

Nous aurions pu soumettre cette telàlion à une nouvelle rédaction , l'étendre davaptage et la rendre plus appropriée au goût actuel de 4a plupart des lecteurs j mais nous avons préféré conserver les textes purs , tout informes qu'il sont sous

Amstetdàm, {Paris) 177a - 1788, aa vot. in-ia; de Robert Estienoe^ Paris, 1769*70, a vot. în^ia; de Richer etDcseMartSy JPam, 1773- 17899 iQl&vot. tn«ia; de Besdel, Lyon, 1784> 3 vot. tfi*ia; de Dese36art9, 1786-17879 i5 voL tn-ia; du même, Paris, 1788 «- iSoa^ so vd^. «n«-ia; de Maurice Me- Jean, Paris, 1808- 1814 > ai voi, fn-8% etc.

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le rapport du style et de Torthographe , parce que rédigés au moment de Fevénemeot , ils rendent , dans leui; simple et naïve expression, la vérité des- détails beaucoup mieux que ne pourraient le faire toute la recherche et le poli du style actuel. Nous avons donc conservé scrupuleusement les tours de phrases et Forthographe du temps j nous nous sommes setJement permis d'ajouter des accens et de rectifier parfois la ponctuation , deux objets jadis très-négligés, et qui cependant contribuent souvent à la clarté et à Tintelligence du texte.

Les sources où nous avotis puisé , sont :

i* Le Mercure Jrançois ou V Histoire de nostre temps y etc. (commençant à i6q5 et finissant à la mort de Louis XIII, composé par Jean Richer jusqu'en i635, et continué par Théophile Renaudot jus- V qu'en i644) . Paris ^ JeanRicheryEstienne Richer et Jean Hénault ^ 1611-1648, a 5 ^ros "oolumes in-8*^ Voyez tome XI, pp. 526-541.

Jk

2* Manuscrit relatif à V Histoire de la Chambre des Comptes de Dijon ^ ia-4*^.

Ce manuscrit existe aux Archives du département de la Côte-d'Or; il nous a été communiqué par M. Boudot, Tarcliivîste, dont Pobligeancé extrême égale le zèle et Térudition.

3* Anciens Registres des Délibérations de la Mairie de Dijon (armée 162 5).

Nous devons la communication obligeante de ces registres intéressans à M. le secrétaire en chef de la mairie ; nous le prions de recevoir Fexpression de notre reconnaissance.

4* ^^^ ^ madame de Coi^rcelle de Pourlans j dernière abbesse titulaire et réformatrice de P abbaye de Notre-Darne de Tartj etc. (Par Edme-Bernard Bourrée, oratorien.)Zyo/z^Jea/î CertCj 1699^ OT-8* de 541 pag. Voyez pp. 258-264.

5* Beaucoup d'ouvrages consultés pour les notes.

Aidé de ces difFérens secours, nous avons mis dans la publication de cet

opuscule tout le soin que la singularité " du sujet nous a paru exiger, soit pour le rendre complet, soit pour l'exactitude des faits j et nous ne doutons point que les réflexions qifil suggerra au lecteur, ne coïncident avec celles que nous aVons exprimées ci-dessus et qui peuvent se réduire à ce vieil adage : L*Homi(^ pro- ,POSE ET Dieu dispose.

Nous avons fait suivre l'Histoire cPJÏélène.Gillet, d'un article qui est à peu près dans le même genre : ce sont des Lettres de Grâce (inédites) accordées à un criminel , au commencement du XV siècle, par Philippe de Bourgogne (dit le Bon) encore enfant. Ces lettres sont d'autant plus singulières que le droit de grâce était réservé au Roi seul , et que les Reines et les princes du sang n'en ont jamais joui ni pu jouir. Ce prince s'y sert aussi de la formule par la grâce de Dieu, qui n'appartenait qu'au Roi. Tout cela prouve dans quelle nullité était l'autorité royale sous le malheureux. Charles' VI,

rent fort extrayagantes et pleines de contrariétez (eontradictions) , demeurant toutes fois d'accord qu'il y avoit quelques mois que un jeune homme , Toisin de Bourg , qui detneuroit au logis d'un sien oncle, venant chez son père pour apprendre à lire et escrire à ses frères, l'avait cogneue une fois seulement* au moyen d'une servante de sa mère , qui l'avoit enfermée dans une chambre avec ce jeune homme qui la força ; qu'il estoit vrai qu'elle n'avoit appelé du secours, tapt elle estoit esperdue ; que, quelques jours après, estant sur les privez, pressée, comme elle croyoit » d'un flux de sang , il lui seroit tombé quelque

•^ chose extraordinaire, mol et flattueux; qu'une servante à qui elle avoit dit ce qui lui estoit arrivé lui auroit fait entendre qu'elle estoit délivrée d'un faux germe. Sur cette confession,

' on visite le lieu où elle disoit que ceste mole lui estoit tombée , on n'y trouva aucune chose de ce que l'accusée confessoit.

« Comme on estoit en peine sur ce qu^on jugeroit, un soldat se promenant, "vit dabs^ un creux qui estoit au pied d'une muraille voisine d'un jardin qui appartenoit au père de

. l'accusée , tfn corbeau qui tiroit quelque linge avec peine ; il s'approche pour voir ce que i< 'estoit ; il trouve dans ce linge le corps mort

tue , etayaDtmesmeau dessous del'auverture d'en haut, ses deùxpremi'èrës'IéUrfedu nom* " d'Hélène GUlet, savoir un,H;^t un G. .Elle dénie néantrawas que ceetenfant fust à elt« , dit qu'on pouvoh Itiî âroir deSïobé cestte chemise dans. laqjieUe il .è^toit. enveloppé, et qu'elle n'avoit jamais fait éûfiml formé.

«JEhfin il y a sep.tèaicç '.(</«, 6 /ïf rtf r lëâÇ) an |>réiïdîal de Bourgs par laquelle elle fut coiidaratiéë à avoitla teSté treiicliiê^ {ii6). EU* appelle de ceste senteqcç. au p^irlemeot di^ ZH)oa^ Elle y est conduicte par deux archers y abando'phéèdetous ses parens,. excepté de sa mère» qui l'aGcompagiia jusque. U coacier-gérie du' palais de Dijon , sans autre tidotte que cellèd'iiije simple femme , avec espérance de moDstrer» à ce qu'elle disait, sod inDocenee à Mcssïeurs'da parlement. I "

Outre les déniarches que la daaDe Gillet se proposât de faite ^âufirè's des juges de la Tour-

nelle (i) , 1} eh èst^d^autresii dit^ok que sa ]>iété lui suggérai. [ Eile^ se renclif «M ^ eouvent des Bernardines de Dijon (a) pour rêMtntnander la' nialhéuréosè affaire de 6a filte «aiux. prières delà communauté 9 etpai^icuKèrëmentà celles

(i) On'appelait la ioùmeUâ nne chambre établie aa parlement de Pàrîs tt dats quelq^ues-anftei pariemeas^ pooc eoniialtre des cause* ocimiiièUet ; file était composée de conseillers tixés de la gra,od'cfaambre et des enquêtes « qui faisaient ce service tour à tour. On est inceitâin suf l'origine da mol taumelh : les uns le font T^ntr de oette eipresrîon tour à iow» >ap^li|née au aerTÎce •Iteniatif des conseillers; d!jH)tre^ pensent^ çn'il provient du lien oii s'assemblait dans le principe cette chambre au parlement de Paris 9 et qui ^aif fadis'^hë lou^ 'du 'Valais. Cette deiuiére opt- Aion parait >|i;pl# t>|nc#)ihlt* f : î -

(a),pn s'apercevrp^ facilement que» dans cet alinéa, et dans iin autre qui ne ttkrdérii pas jt le ^uiVre et quièst îiÀ peu plus étendn» le style et l'ortiio^apb0'if«iiWplu^Jès mêmes qoe

dant le reste delj^uyra^ Âfw?? ■^f"ftf?,"* ^'^'^ff^i;^^. ****** «r.ticles entre deux crochets. La raison de cette différence est ^ne ces articles ne sont psis tirés v cémmè cte^ qui prébède, du Mêreurp frmçfiUà tnais de la fTU ipinwéa^i QwtHttp ^ JPourlans (pag. ;25S-264)> Get ourrage-çi^ où l'on rnconte aussi l'éTénement en entier « offre des faits qui ne sont pas dans le Mercure; nous avoàs' chi dëroir en IpHafitèr ponir rendra là rMAtîoD plus complète. Ges faifs s^nt d'aill^urlj^jaut^nt ptiif «surieii^ et. d'autant plus intéressans, qu'ils appartiennent à des dames d'une piété et d'une humilité ▼raiment rete/àrquablès. Malgré celn» ■ons doutons que l«ur téeit ait -l'imanlÉiitè de^Stdftages., en fait de foi , dans le siècle où nous ji^ivons ; et Çf {tet^ant. le^ fait»^ nont très-détailles et racontés avec simplicité. '

fHom igç^teiiKis que- madame delPAurlans '<6tait ab)M»set titulaire et réfiormatfice de l'abbaye de Notre-Bame de Tart y près 4e Dijon ; laquelle abbaye fut tiansférée dani cette viÙe en i6a3 ,

djs la mère Jeanne de Saint*- Joseph (madame de Cûurcelle de Pourlans, abbesse du couYent). Ce^e-ci chargea la sœur Françmse du Saint- Esprit ( madame de LongiieTal , morte en i633) d'en prendre soin devant Dieu; M qu'elle fit priant avec beaucoup de ferveur et d'assiduité. L'abbesse lui en 'demandant quelques, jours après des nouvelles : Ma mère , répondit-elle, le Seigneur a écouté h$ prièreê dt &e$%rvantes ; quoiqu'on fasse ,. Hélène Gillet ne sera pas exécutée par la main du bou:freau ; mais elle mourra de sa mort naturelle avec beaucoup d'édificatioft. ]

Cependant l'appel. de la j^entence de Bourg va occuper le Parlement. « Le conseiller Jacob est donné à l'accusée pour rapporteur. Le matin, avant la levée delà Pentecoste (i), on

et isriiia 1« ooavent d^t Bemardloet dont mad«me de Foulant çooiÎDaa k être abbeMe, Elle y eit morte le 16 mai i65i , âgée de soixante ans. On tfooyera encore des détail» sor cette, dame dans le* MémtHru pour fervir. à l' Butoirs de Part^Boyat, etc. Utcecht» 1749 1 3 ^foL fft-ia; voye» toni. I» pp* a3o-a33, et tOTB* Il 9 p. 4iQ f •<«•

(1) Par tevée de ta Pmteeâie on entend les fé^iet on Taeancee do parlement pendimt les fêtes de cette solennité. Lonis XIII ▼anait , par lettres-patentes^ d'en piolonger la datée.

En i6a5, a*«née de l'éfènemeiity Pâ(|qe8 tombant le 3o mari, la Pentecôte a été le* iS mai. Le parlement a eonfirmé'la 8en«> tcnce de Booig^ da 6 féviier, lelnndi la mai» et l'eiécation^

ouvre le procès; on remet le jugeinent au leti* demain , à cause que les autres jours estoient ou fériales ou de commission/ Le lundi ( la mai) qui cstoît la dernière entrée de Messieurs» la sentence fu| confirmée, et de plus (^elle porta) que la condamnée seroit conduite au supplice , la hart (corde) au col , ce qui fat remarqué estre contre les formes ordinaires et contre ce qui se pratique en Frlsince sur ceux qui sont condamnés à aroir la teste #eachée (i). >

ou plutôt le commencement d'exécution , a e^ lieu de suite. Cette dernière date est confirmée par une délibération de la naairie de Dijon , relative ft cette affaire, et que nous rapporterons par )a suite.

(i] Il parait qu'|Iélène GBIet » peut-être à raison de la charge honorable de son père , jouissait du privilège accordé aux nobles» puisque jadis la décollation était un supplice exclusivement réservé aux gentilshommes , et qui ne dérogeait point à la noblesse. On a même vu , avant la révolution , des personuea qui , pour ^ faire les preuves exigées à l'effet d'entrer dans l'ordre de Malte ou dans an chapitre noble , produisaient ^ à l*apput de leur généa* logi'e , des arrêts qui condrànaient quelques-uns de leurs ancêtres à avoir la tête tranchée , et elles s'en iaisaieftt gloire. ^

Uu ancien poète, nommé Le Brun, a fait à ee sujet l'épigramme suivante, contre un fat qui se donnait maladroitement pebnllant relief:

Mon père 4 l'infastice aatrefois immolé»

*, Quoiqu'innoeent fut décollé * Disait l'autre jour à Timante • • 'Erga&te dont h père i^ait été pénda- ^ V Timante » «près l'avoir' dé sang-firoid entendu, Lui répondit : La corde était donc bien tranchante.

Retournons un instant au couvent. [ L'abliesse (\) , qui avait tenu la prédiction de sûèur Françoise du Saint-Esprit, très-secrète, fit part à sa communauté de la confirmation de la sentence de Bourg, et plaignit la malheureo^^e Hélène Gillet. Malgré cette confirmation , la sœur Françoise du Saint-Esprit dit plusieurs fois* à haute voix et en présence de tout le inonde, qu'elle ne mourrait pas. Cependant, vers les trois à quatre heures (du lundi la mai) que l'exécution devoit se faire, madame de Pourlans fut avertie qu'on allait conduire l'infortunée au supplice. Aussitôt elle fait mettre toute la communauté en prière; ^le envoie dire à la sœur Françoise du Saint-Esprit, qui était à la cuisine , de s'y mettre éjgalement. Celle-ci quittant tout ce qu'elle avait entre le» mains, se prosterna à terre pour faire oraison. Alors on entendit ie son des trompettes et le bruit épouvantable que faisait la multitude se pressant sur les pas d'Hélène Gillet que le bourreau et les archers trainoient au supplice. La religieuse, qui était dans la cukine auprès de sœur Françoise du Saint-Esprit, lui dit i N'entendez 'VOUS pas^ ma sœur, les

(i) Cet alinéa est, comme celai que dobs atons rapporté ua peu plus hauty'tiré textuellemeat de la f^i« de madame de Pourians»

trompettes? — Oae, répondit cellç-cî, Je les entends irès-^bien; voilà qu'elle, passe; mais ce— pendant elle ne mourra pas; dites-le à notre mère y vous pouvez l'en assurer. ]

. « Il estoit donc trois heures et demie environ , lorsque Hélène Gîllet ifut naenée au Morimont (i) pour estre exécutée ; elle estoit assistée de deux jésuites et de deu?^ capucins'. Le bourreau (nommé Simon Grandjean) s'estoit communié le matin dans la prison ; arrivé à l'eschaffaut, il tremble» ^'excuse au peuple

(i) Le Morlmoni est la place des ezécations à Dijon. Ce mot nevleat pas en latin mortis-mon$ (mont de la mort) comme on serait tenté de le croire. D'abord cet emplacement n'est pas plus 'élevé qne les antres places de Dijon , YÎlle située dans une plaine : en second litfu, ce mot ne doit point s'écrire Morimont^ mais Morimond^ nom d'une ancienne abbaye assez célèbre; et ce nom a été donné à la place en question , parce qa'à l'angle nord-eat 'de cette place, était jadis l'ancien hôtel des abbés de Morimond.

Cette abbaye, située en Champagne (Haute^Marde] , à deox lieues et demie de Bourbonne , et cinq lienes de Langres , était l'une des quatre filles de Citeanz. On la considérait comme chef d'ordre , tant parce qu'elle comptait plus de sept cents monastères de sa filiation , qne parce que les Ordres militaires de Caiairaua, à* Alcantara , du Chriê^^ etc., enBspagne et en Portitgal , reconnaissaient l'abbé de Morimond poqr lenr supéxieor immédiat. Cet abbé était électif. Il ezistait dans la bibliothèque de M. Fevret de Fontette, un manuscrit intitulé. Stries abbaium Morimondi sf de Jurîsdictione eorumdem. On tronfera dans l'Histoire littéraire de la France, in-4^, tom. zii, pp. 6io-6i3 , V Histoire de la vie et des écrits d'Odon, abbé de Horimoni» mort e» M/61.

sur une fièvre qui le tenait depuis trois mois, le prie de lui pardonner où il manqueroit à son devoir. Pendant qu'on exhortoil la patiente à souffrir constament la mort, il donne toutes les marques d'une grande inquiétude, il chan-' celle, il se tord les bras» il les eslè.ve au ciel avec les yeux , il se met à genoux , se relève, puis se jette à terre , demande pardon à la patiente , puis la bénédiction aux prestres qui Tassistoient.

» Enfin ce bourreau , après avoir souh*ittë d'estre en la place de la condattmée qui tendoit le col pour recevoir le coup , hausse le coutelas ; il se fait une huée du peuple ; les jésuites et les capucins crioient Jésus Maria! La patiente se doute du coup, porte les mains à son bandeau , descouvre le coustelas , frisonne, puis se remet en mesme assiette qu'au* paravant. Le bourreau qui n'entendoit pas son mestier, lui pensant trencher le col, porté le coup^dans Tespaule gauche. La patiente tombe sur le costé droict. Le bourreau quitte son espée , se présente au peuple , et demande de mourir. Le peuple s'esmeut, les pierres valent de tous costés ; la femme du bourreau * qui assistoit son mary en ces te exécution ) releva la patiente qui en mesme temps marcha d'ellemesme vers le poteau , se remit à genoux

et tendit cfe rechef le col. Le bourreau esperdii reprend le coutelas de la main de sa ffsmme , etdescharge wn coup sur la teste delà patiente, glissant au col dans lequel il entra d'un Jraters du doigt, duquel* coup elle serait encore tombée. Ce qui augmenta la colère du peuple plus fort qu'auparavant. Le bourreau se saure en la chapelle qui est au bas de l'eschaffaut , les jésuites après, puis les capucins. La femme du bourreau demeure seule avec la patiente, qui^estoit tombée sur le coutelas duquel as*seurément la bourelle se fut servie si elle Teust veu. Elle prit la corde avec la quelle la pa* tiente avoit esté menée, et la luy mit au col. La patiente se défend et jette ses mains sur la corde ; ceste femme luy donne des coups de pied sur Testomach, sur les mains, et la mecoue cinq ou six fois, pour l'estrangler; puis se ^entant frappée à coups de pierre , elle tire ce corps demy-mort, la corde au col, la teste devant , à bas de la montée de Teschaffaut.

Comme elle fut audessous , proche des dégrés qui sont de pierre i elle prend des ciseaux qu'elle avoit apportez pour coupper les cheveux à la condamnée. Avec ces ciseaux qui estoient longs de demy-'^pied, elle luy veut coupper la gorge ; comme elle n'en peut venir à bout, elle les lui ficha en divers endroicts.

^ It ^

• « Cependant k bourreau, qui estoit âgeaoux dans la chapelle, ^recevoit force coups de pierres qu'on luy jettait. Les bouchera ejt les maçons vouloient rompre la porte. La fureur dç la commune estoit grande ; on crie Sauve la patiente ! Les capucins et les jésuites, ^ avec le crucifix en la main , ouvrent la porte et sortent les premiers, après avoir receu quelques 'coups mais légers , en passant au travers de )a place.

« Deux de ceux qui entrèrent les premiers au bas de l'eschaffaot, trouvèrent la femme du bourreau acharnée sur ceste pauvre fille; ils la luy arrachent des mains , luy ostent la corde du col , et la chargent sur lei^rs bras. Elle estoit altérée de la frayeur qu'elle avoit ^ue de la mort et des coups qu'elle avait reeeus. Elle demande à boire, on luy en baille; elle but, et puis s'arrestant pour reprendre ses * esprits , elle dit : Je spavois bien que Dieu m'assiêteroit.

« Delà elle fut portée au logis d'un chirur^ gien nommé Jacquin , qui demanda permis*sion de la penser. A la visite de ses plaies, ell<^ avoit outre les deux coups d'espée , six coups de ciseaux , un qui passoît entre le gosier et la veine jugulaire, un autre sous la lèvre d'embas, qui lui esgraiignoit la langue et entroit dans le palais , un audessous du sein , pas-

9atii entre deux castes , proche de remboityre* de l'espine du dos, deux eu la teste assez pro^

fonds 9 quantité de coups de pierres , les reius entanoez fort avant du coutelas sur lequel elle estoit couchée lorsque la fenoime dp bourreau la secouoit pour Testrangler. Elle ayoit le ôol et le sein meurtris des coups de pieds que la bourelie lui a voit donnez. Cependa'nt qu'on la pensoit (sic), elle demanda &i elle n'auroit point d'autre mal que celui-là? On lui dit qu'elle print courage, que Dieu et ses juges prendroient son party, que pendant quinze, jours de vacation qui alloient estre au palais à cause de la feste, elle aurait le loisir d'envoyer au Roy et qù'asseurément sa majesté lui donne- Toit son absolution.

« Comme on Tenlevoit du Morimont, le

boureau et la bourelie furent tuez à coups de

* pierres, de marteaux et de poignards (i).

(i) Ailleora il est dit qae ce fat à coups de pierres et de ferffement. ' > ,

Ce Simon Grandjean, éiécatenr à DijOD, o'est pas le premier qui ait éproa^é la fureur du peuple eu pareille circonstaace. Plus d'un siècle auparayaut, en iSiS, le bourreau de Paria» nommé fleurant Bazart, ayant aussi manqué un gentifaomme à qni il défait trancher la tête , fut assailli à coups de pierres ; il t'enfuii dans une caye qui était sous le pilori ou échaffaud , mais cet asile ne le sauva pas, le peuple' furieux alluma un grand feu à l'entrée de la cave ; la fumée et la flamme y pénétrant » étouflèrent et brûlèrent le nUlbeureux. La justice informa, et

> is .^

Yoilà la fin de ceste tragique histoire» en- la quelle il faut croire que les juges ayoient pro-^ non^é selon leurs ^consciences, mais Dieu en a voit disposé d'autre façon. »

Le lendemain de ce terrible événement, / il y eut à ]a mairie de Dijon, réunion de M. le vicomte maïeur {le maire) et des échevîns, pour délibérer sur le meurtre du bourreau et de sa femme. Yoici cette délibération telle que nous Tayons extraite des anciens i^egistres de la mairie (armée iGâS). Ei^narge est écrit : i .:

deux des mutins furent, condamnés k la peine da fouet. L'un^

M fit pendre depuis. i

Oo trouve dan^ les registres dêi Comptés dè^ UpMâté éé'.Pûfi^

Qn-aiiîcle de dépense relatif à çet^t^Ténement^ ^^s^ni peia^lcf^

«sages du temps.

• Payé à maistrè ^erre Cousteau , examinateur du chastélet, «' jt sols tournois, ^our s'esCre transporté^, le }our que Té' feit firtf « mis au pilori, et. quefeu Freurant/Btfart, lors exéciite^i^y ,fp%

• brûlé dedans ledict pilori , pour faire éteindre le feu , et faire «cesser Pexcès' et eifort qu'on falsoit en iceiiiy^ et fit prenare « partie de» délinquani^ , mesmement no laommé Loslîtee \ boi* •langer« qui fut-l'on de ceu^ qui mH le feu. Lequel depuis a eatét « condamné à estre pendu. En quoi faisant ledict GoustesA a frayé « et mis 38 sols toornoit tant pour les gagne-deniers qui portè-

• rent l'eau audict pilori, pour 8 toises de cordes pour tirer le « corps dudict'FleHraùf 'hors d'icelny pHory, que aux sergeos qui « assistèrent avec luy pour faire serrer le peuple, que aussi une « civière pour porter le corps dodit Fleurant, et pour deux tor-

• «béa qe'il oontlAtapl^epter pour entrer audict pflorit . • «tc« •

> tu <

t DisGOtRS de ce qui s'est passé lorsque l'on a voulu procéder à Texécution de mort d'une nommée Gillet , condamnée à avoir la «tête trenchée par arrest.

« DU HARDT9 TBBISIESMB DE MAT, l625.

« Première entrée après les Rogations»

« Sur ce que M. le vicomte maïeujr a faict entendre que le jour d'hier en k place du Morimont, il arriva un grand scandale, ainsjr qu'il estoît notoife à tous chascun, estant aiûsy qii'une fille de la ville de Bourg en Bresse, nommée Gillet ayant esté condamnée par ar-^ rest du Parlement d'avoir la teste trenchée pour avoir recelé sa grossesse et sufocqué son part (1), l'exécuteur de la haute justice, nommé Simon Grandjean ayant manqué i deux reprises de faire ce qui estoit de son debvoir , au lieu de lui trencher du premier coup la teste,* l'avoit blessée de son espée sur !'«$paule et au bras dextre (i) , ce qui aurait esmeu une telle sédition que le dict exécuteur et sa femme qui estoieni dessus la chapelle dudict Morimont, au lieu où on a acoustumé de faire

(1) Son pari, ce mot qi^i n'est plus en ns«ge, Tient du latîa partuM , partùt , qui signifie non-seiilement accouchement » enfantement, mais eneore l'enfant qui vient de naître.

(q) Le Ticomte maîenr (M. Tisserand) te trompe» c'est fus r^aule gauche qae le coup a porté.

de telles exécutions, auroient esté assommet à coups de pierres , tuez sur la place et traisnez au bas de ladicte chapelle qui auroit esté forcée et la porte rompue» Yoires mesmes que deux révérends Pères capucins et deux révérende Pères fésuites qui accompagnoient la dicte Gillet pour la consoler -et disposer à bien mourir, (Coururent fortune de leurs vies à causé des grands coups de pierres qui estoient rués de toutes pairr^, sans que aucun de Messieurs du ParléDfîfeïft qui se tiV)uvaient par rencontré en ladicte place du Morimont, ni le substitut de M. le procureur général du Roy , qui assistoit avec des huissiers pour voir faire ladicte exécution", y peussent aporter aucun ordre î ny empescher ladicte sédition. Et fut ladicte' Gillçt emportée au logis de Jacquîn , chirurgien, pour estre traictée et médicainentée de ses playes , où elle eat retirée à présent, ayant évité la mort par celle de l'exécuteur, qui est un cas des plus estranges doùt l'on aye ouy parler il y a longtemps. Et comme tell# sédition regaWe l'auctorité du magistrat, qui ne doibt point estre permise {ici un mot illi* sible).*, et que cela soit arrivé en exécution des arrests, et qu'il semble que ce seroit atenter à l'auctorité du parlement d'en prendre cognoissanee, de tant plus que ledict f ubstitut

de M. le procureur général en a dressé procès Terbal , aiosi qu'il (le vicomte maïeur ) a apris , néautinoing il estime que la chambre y doibt pourvoir et faire le procès aux coulpables d'une telle sédition , affîn que cela serve d'exeaaple pour contenir le peuple dans le respect et Tobéissance qui est dehue aux magistrats , et éviter une autre plus grande sédition qui arri* veroit par impunité, fk'j ayant rien de plus dangereux que de laisser dominer chascun à sa fantaisie et de donner au peuple de Tauctorité , qui en abuse trop licentieusetnent , ainsy que les exemples le te^moignent (i}.

c L'affaire mise en délibération , le procureur syndic quy parmaistre Julien Chevalier, son substitut, la. chambre du conseil de la ville de Dijon a délibéré ayant que de résoudre s'il en sera informé de son auçtorité , que M. le Président de la Berchère sera veu» et que l'on conférera avec luy , à l'effet de quoy ont esté commis les sieurs Cordier, Perrin, Lesecq,

(1} Dijon avait offert plosiears de ces eiemples, snrtoatè la Sfint - Barthelemi et da temps de la ligoe ; mais tirons an Toile mu ces tristes événemens qui ne rappeléraient qne d'affreox sou- ▼enirt. GonserTons seulement celui da ▼ertaeax Jeanmn et du goaTcrnenr Chabot , qui ont préservé la province di^ 4^uii presque général qui a couvert la France à la fin du mois d'août iSyi, Aussi le nom de ces deUK héros de rbumanité sont dans H plus grande vénération dans toute la Botirgogtte et nrtme dans tonte la France , et ib ne périront jamais.

Le Compasseur (i) et Bossact (s) , eschcTins , pour s'y acfa^mi^er avec ledict sieui Ti<;()mte . caaîeur, 9 J 'issue de ladite chambre.

(i]Outte«eL(»CoinpuiMir,écbc*iaiaelleipoqae(eii iSiS), ov en. tranTç ua autre qqi aiait été f récÉdemnenl vioamt* maïqof maire de Dijoa en i6ai «1 iSii^Vqfef la coiieiue col< leciion des jFloqides uaUff.de l>ijon, qq^H. C.-tT. ^lotoa ■ publiée en i8i4i 17 plincbef îa-4°< tirte k le eievf^Uirei, Veut 7 liODierei, pi. V, lejetân de BsHien Li; C(u>t*iu<|e, ïiioe BM CoiiiTios, >. H. m Duoii avec «ea armes et celtf deviie : Putidbt it rjtoriDar.

El) 176a, nD.,4^*Keodant 4ç cette faniUe dittingnie, M. Ut naïqais de CopK'iTroa, a p.ublié, en wpièti avec M. Boqcbu, naltr* de forges k Arc-ea-Barroia, Vjtrt 4in Ferget <t FeumtaïuD À ftr. Paru, B> L. Guerio et X>. F. 4e U Tour, 176a , 1 fart'vot. ftir/W-1 4i*tf4 "> ■Iwitre seetioB.'t oraÉ de planches ,lr^s-bic|i gtaiées. La quatrième seclioD , I4 pliif coDsidinble , est nne'bfductioa (daUtio) du Traili4uFtf, par Siiredinborg, suBduis.

U- le marquis de CourtîTran , fils du précédent, est actuellelOeflt otaiie de pijoq, et M- le eomle pbilijqM de Çourtirron, PAU GU,a été meisbie de U Cbambie des Députés, seiùonsd*

(s) Qdl était ee Bossnat F Dos recbercbei ant cette avclentie famille nous fout présumer que celui qui est ici qualifié d'èehe.f in , étf ît Bèutgne Boasuet , père du grand BoMset ; M nous IbadoDs nos coBJeciurei^ar ce que ce Bénigne était alors sin pie t*0eat, Btfmmé en iGiS conseil des états de BonigK^e, tandis que ■ou père Jacques Bosauet était cODielUer au parlement , et Claade Bossuet San frère, Gli aussi de laeqae*, était «ommisstire *uk requîtes, depnis le >o aoAt 1610. On sait que ceoi qni aTaient de hantes charges, telles que celles de cooieiller, etc., acceptaient Tolontiei* la place ^e maire, vicomte maîeur, mais non celle d'édievin, qui <l'a>îlcurs était remplie par des gea* fort honorables , mais d'une qualité inférieure. Aussi nous Toyons ce J acquêt "BoMuet, concilier, nooimé u^e, viconte mtleurea

« DU TBlCl^BBDT 9 SBlZlBSIf B 1>B VâT.

« Rappotit de M. le vicomte maïeur , de ce

qui s'est passé ârec M. le président de la Ber-

16 13 et 1614» Voyez la ' cotlettion de jetons de M. Aroanton, pi. lY'et f ; et Claude BotSiket, frère de Béoigne, y figare'aossi tomme maîVe en 1647; Toyez la même collection , pi. VlII. Ajoatonk cpielques détails sur Bénigne Bossaet, k oatièe de son illafttrellls.

* * Bénigne fat marié ft Margaerite Mdchet ;' TOici son acte de mariage. Ciré des fegistres de la paroisse Saint-Jean de Dijon ;

« Mariage entre Bénigne Bossue t, ad vocat au Parlement, fils de •^messire Jacqnes Bossnet, conseiller audit Parlement, ^t de « damoiselle Clafnde Bretagne , paroissien de SUinî-Jéan, d'ane «part; et damoîselie Marguerite Mochet, fiUé'de noble Glande « Mochet, atlFocat audit Parlement, et de damoîselie Anne « Hnmbert , panMsstemie de Saint-Michel 9 d'entré prarl; a été « fiiict le dimanche a 5 fémef i€i5. * * *

De ce mariage , Bénigne Bossuet a en dix enfans , dont six garçons et quatre 'filleb. li'imraortel lacques Bédigoe , évèqne de 'Meaux, fut (selon le card. de Beansset , qui arait les notes de famille sous les yeux,) le septième de ces dix enfans dans Tordre de la nalissance , et le cinquième des mAles. Voici l'extrait de •baptéflae do graad Bo#suet, pièce atsex rare, tieée aussi d(Bs rel^istres de la paroisse Sain-Jean.

. c Jacques- Bénigne, fils de Boble mettre Bénigne Bossnet, ad- < Yoeat en Paxlemeot et de damoiselle Margnerite Mochet, hep- « tizé le 27 septembre 1637. fiion parcein , noble Jacqnes Bossnet, « eonseitter du Rby en son ParlemeaUtde Bourgogne ; sa mareioe, m damioiselle Marie d'Edbarre;, femme de M. de fxacaa, greffier % aux finances. Signé A. Min A^soir. «

<iet acte prévue ^que M. le cardinal de Beansael s'est trompé^ dans sa ^iede Bossuet, en disant qu'il a été baptisé le 29.

Bénigne Bossuet fut nommé substitut do procureur générai dn Parlement de Dijen en «631, et il passa en i633 à Metz pour y «couper là place de dojea au Parkioeltt qui venait d'être ^tabii

l^ites^

MMta

Hiib

dière touchant la sédition arrivée lundjr dernier en ]a mort de l'exécuteur de la hautejustice.

< M. le vicomte maïeur a faict entendre qu'il a esté avec les députés de la ehambie, suivaot la délibératioD de mardi dernier tr«zîesme du mois de maj, au logis de M. le président de la Berchère, pour luy faire entendre ce qui s'est passé le lundi auparavant à l'endroict de l'exécuteur de la haute-justice et sa femtake qui aureient été assassinés, voulant ledit exécuteur trencher la tête à une nommée Gillet de la ville de Bourg, condamnée à mK>rt pat arrest , sityvant qu'il est plus particnlièrement désduit et porté par la dicte de délibération, et que ledlct sieur Président luy

daos celte ville ; «m oncle miternel, Obtcles-Aotoine Bret^ne, y templit c«lU de premier Piilideot.

Mail , ta parlant de Dijon , Bénigac y lab» ion fils Jacquef- Bénigne, agè de gept ana, aoui la conduite de ion frère Claude BoBïuet , seigneur d'Aîzerej et commistaire aux reqnêlea, dont noua avODiparU plug haut. Celui-ci développa les lieUreutea diafioaîtiooa dewn neveu, enfant de ai grande espérance. Enfin, le ■nCme Cbude Boaanet eat deux SU, aaroir Etienne Boaanet , «anieUler in Parleraeitt de Dijon en 1637 , et Jacqnea Boaanet , coiueîUet i la mène coiuen 1641. lia étaient lei couainide l'illuatre Jac(|nïa-Bénigne.

Ceai qni voudront de plna amplea détaiU sur la famille BoaauEl , lea trouTeiont dîna lea antenii que noua aïona consuUéi, aaToii : Papillon, Girault , Baudot, le caidioal de Beauieet, at M. Atn autan.

a dict que la cour vouloit prendre cognoissance de ceste sédition pour chastier et punir les coulpables, puisque cela éstoit arrivé ea exécution des arrests de la cour, par effect qu'il y avoit commissaire député pour en in-i former , et monitoire octroyé afin d'en avoir révélation. »

On ignore si les poursuites mentionnées dans l'article précédent ont eu lieu. On croit quej'affaire a été assoupie, sans doute à cause du grand nombre de personnes qui ont pris part à la sédition.

Quelques jours après les délibérations dont nous venons de parler, il se passa encore à la mairie un petit incident qui est une suite du meurtre du bourreau. Un des sergens de ville osa bien se permettre d'aller lever ^ sur les denrées exposées au marché le droit de prise qui appartenoit au défunt à raison de son ignoble métier (i). Cette conduite aussi vile

(i) ÀntrefoM l'ezécat«fir deB hautes 4SQTre« ù'avait point de salaire fixe; il avait le droit de prise qu'oo appelait droit d*fcavage ou d'kùvée; ce droit coDoistait à exiger, les joari de marchés, une poignée de tontes les denrée*, graines, légumes, herbages, etc., que Ton y exposait en vente.

Dès i453, un règlement de police de la mairie de Dijon acco^"* dait ce droit au bourreau ; mais il ne devait pas toucher les denxées avec la main , ains avec un biuton biane , dit le règlement. A Paris, il percevait ce droit aveo ane cuiller de ferr blanc qv^

^ 2t ffS

qM6 icttpi Je fut dénoncée à la mairie par les

.autres sergens. Le vicomte maïeur fit paroitre

à la chambre du conseil le sergent dénoncé

gervait de meturç pour les graines sèches et pour les liquides» Ses attributioas s'étendaient sur une infinité d'objets, si l'on en juge par les détails inaérés dans un Recueil d'Ordonnances et Style du Chastelet, imprioaé en i53o, caractères gothiques. II y est dit qu'if avait des droits sur les fruits, verjus, raisins, noix, noi« settes, foin, œufs, laine; sur les marchands forains pendant deux mois; un droit sur le passage du petit pont; sur les chaase-marées , sur chaque malade de Saint*Ladre en la banlieue ; sur les gâteaux la veille de l'Epiphanie ; cinq sols sur chaque pilorié, un droit sur les vendeurs de cresson, sur les pourceaux, matée» harengs. Quant aux pourceaux qui couraient les rues (ce qui était défendu) , il prenait la tête , ou cinq sols ; ceux du couvent de Saint- Antoine, qui avaient la liberté de courir, étaient seul» exempts de ce droit, mais ils fallait qu'ils eussent uiie sonnette au cou. Il percevait aussi un droit sur les ballets , sur le chenevis,^ tenevé, etc., etc.

En outre il jouissait de quelques redevances : les religieux de Sâint-lHart^n , à Paris, lui devaient tous les ans cinq pains et cinq bouteilles de vin; ceux de Sainte-Geneviève lui donnaient cinq sols, chaque année, le jour de leur fête; l'abbé de Saint- Germain -des-Prés le gratifiait d'une tfite de cochon le Jour de Saint- Vincent, patron de l'abbaye; mais l'exécuteur était obligé d'assister à la prqpession; il y marchait le premier, et après la cérémonie , il recevait h tête en question. (Voyez sur tous ces droits, Saoval, AniiqukeK de Paris, 3 vol. in-folios, tom, II» p. iSj et autres.)

Nous trouvons à l'instant, dans VHistorial du Jongleur, par MM. LangU et Morice , Paris, Firmin Didot , iSag, m-8% page Lxiii , un passage sur Us droits de prise dont l'exécuteur jouissait; ce passage, pris sans doute à la même source que le nôtre , est abrégé et les denrées y sont détaillées dans un autre ordre.

et voici la délibération relative à cet ob}et, qui se trouve encore dans les registres de cette chambre.

c StR lEs PLAINTES faictes par les sergens de la mairie contre Pierre Simop, l'un desdicts sergens ^ qu'ayant esté Texécuteur de la baute justice tué et assassiné lundy dernier et sa femme aussy, icelluy Simon qui a la garnison dcd*.. ((ci est un mot illisible) délaissés par ledict exécuteur, contre Thonneur qui est dehu à sa cliarge , à la honte et mespris des livrées et couleurs qu'il porte de ladicte ville; a esté treuvé dans la rue de la Poissonnerie et autres places d'icelle ville, levant .et se faisant payer les droicts que ledict exécuteur souloit lever (i) , comme s'il avoit Tintantion de se faire subroger à sa place ; et qu'ils ont creu estre obligés de faire entendre à la cham«br^ pour y/ pourvoir; ouy sur ce ledict Simon qui en est demeuré d'acord , mais qu'il ne l'a point faict pour en tirer profit , ains en faveur des enfans dudict exécuteur; la*chambre du conseil de la villejde Dijon ouy, pour réparation de la faute commise par ledict Simon,

(i) Souloit lever, c'e8t-à>dire avait coatnme de lever; le viens mot souloit vient du latin solebat. Le verbe souloir se conjuguait comme $olere. On trouve dans nos vieux auteurs, il $ottlt, ila êoulentg nong soulanê, nous toulietmês, soûlant, etc.

Ta condamné et condamne à mettre au trône de la confrairie desdict$ sergens » le profit qull tirâra des deux premières garnisons qui lui eschèront (i) , lui faict inhibition et défense de retomber en telle faute sur peine de punition exemplaire et d*estre desmis de sai charge sans autre forme ni figure de procès^ Signé TissKBANB (vicomte maîeur). »

Revenons à notre malheureuse Hélène Gîllet, qui, échappée au supplice, n'étoit cependant pas sans inquiétude. Quoique le chirurgien Jacquin , chez qui elle était sous la garde d ua huissier, lui prodiguât tous ses soins, et quoiqu'elle fut guérie de ses blessures , elle se regardoit toujours comme étant entre la vie et la mort, et disoit à chaque instant : est-ce que cela n'est pas fini, est-ce qu'on me fera mourir? Il est certain que tout arrêt de condamnation à la peiae capitale doit s'exécuter tôt ou tard, indépendamment de toutes circons"tances imprévues,. à moins qu'il n'arrive de» lettres de grâce', que le Roi seul a le droit

(i) Ce mot garnison sigoifle ici le prodait qqe retiraient le»^ sergens lorsqu'on les envoyait dans une maison pour obliger Te maître ii payer quelque taxe on deniers royaux, ou pour être gardiens de scélés , ou de meubles saisis. M»injtenant on appelle encore gamisalres ceux qui sont envoyés chez les conlribuables arriérés du paiement de leurs impôts.

^ 2âr <

d'aecorder. Si jamais on fut dans le cas d'en désirer , c'étoit certainement dans une affaire aussi singulière que celle de la ^au¥^e Gillet, Aussi^, dès le. lendemain de sa tragique ayenture, on s*étoit occupé de cet objet, comme nous allons le voir dans la continuation du récit que nous a transmis le Mercure français. c La pitié et la piété de quelques personnes de qualité, qui eurent compassion de cette misérable, envoyèrent en cour pour obtenir sa grâce , laquelle Sa Majesté luy octroya en faveur du mariage de sa sœur la Royne de la Grande-Bretagne. Yoici la teneur desdictes lettres de grâce :

« LOUIS , PAR LA GnACE DE DIEU , BOI DE FRANCE ET DE NAVARRE , à tOUS CCUX quî CCS pré-

sentes lettres verront, salut. Nous avons receu l'humble supplication de Hélène Gillet ,. aagée de vingt et un ans ou environ , fille de Pierre Gillet, nostre chastellain en nostre ville de Bourg en Bresse , contenant qu'induitte par mauvaises recherches, elle se seroit trouvée enceinte ; et comme la crainte de ses parens , gens d'honneur et de bonne famille , lui fai< soit appréhender leur blasme et le chastiment de son père, elle aui'oit, par mauvais conseil, résolu 'de dissimuler sa faute, tellement que sollicitée de son malheur, et mal assistée en

$0Dpart(i)» son fruictse seroit trouvé meur^^ try ; «i que pour réparation , elle auroit esté condqiiDnée à avoir la teste trenchée par sen-

teoce rendue au baillage de Bourg , confirmée par arrest de nostre parlement de Dijon , du douûème du présent mois : ensuite de' quoy la suppliante délivrée à l'exécuteur de la haute justice, et par lui conduite au lieu de Morimont en nostre dite ville de Dijon , après avoir faict ses prières à Dieu , et soumise au supplice ordonné « ledict exécuteur luy auroit * eslancé un coup de coutelas sur Tespaule gauche, dont elle seroit tombée sur le carreau de rescha£Faut, puis relevée par ledict exécuteur à l'avde de sa femme , elle seroit tombée d'un second coup qu'il luy auroit porté dudict coutelas à la teste; ce qui auroit excité telle rumeur dans le peuple que ledit exécuteur intimidé de plusieurs pierres ruées sur ledit eschaffaut , se seroit jette en bas , laissant la suppliante à la disposition de sa femme,, qui l'ayant traisnée ^dans un coing dudit eschaf* faut avec une corde qu'elle luy jettâ au col , auroit fait plusieurs efforts pour l'estrangler , soit en serrant le col, ou lui pressant Testo*

(i) Nous avons va précédemment le mot part désigner l'enfant Bouvean-né > ici il signifie aeeouehemenU

Hiach de plusieurs coups de pied , et royant ces supplices inutils, elle se seroit aydée de ses ciseaux eu intentioû de lui coupper la gorge, luy en ayant porté plusieurs coups au col et au visage. Finalement ladite femme pressée de la clameur et indignation du peuple, seroit descendue dudict eschalTaut, en la chapelle qui est au-dessous , traisnant avec ladite corde la suppliante, la teste en bas , où elle seroit demeurée mutilée en toutes les parties de corps, sans poulx, sentiment, ni recognoissance, pendant que le peu{>le irrité assommoit à coups de pierres et de ferrements ledict exécuteur et sadite femme. Ce mouvement passé , quelques uns meqs de compassion auroient levé et transporté la suppliante en la maison d'un chirurgien , où elle a repris quelque espérance de vie par les secours et remèdes qui luy ont esté promptement administrez.. Mais pour ce que nostre dit Parlement à commis sa garde à un huissier, l'appréhension d'un nouveau supplice luy est une continuelle mort, qui là contraint implorer nostçe miséricorde, et requérir très humblement nos lettres de rémission nécessaires. Eu égard à Timbecilité (/btblesse) de son sexe et de son aage, et à la diversité des tourmens qu'elle a soufferts en ses divers supplices qui esgalent voire mesme sur-

passeiit la peine dh sa condemnation ; à ce . que la vieUlea^e de ses père et mère relevée de ceste infamie 9 elle convertisse sa vieà remployer à louer Dieu et le prier pour nostre prospérité.

« SçAvoiR FAISONS quluclinant pour la considération susdite , à la recommandation d'au- .cunsnos spéciaux serviteurs , en faveur mesme de rheureux mariage delà Roynedela Grande- Bretagne, nostre. très chère et très aypaée soeur (1); de nostre propre mouvemement,

. ■ I II ■ ■' ■ ■ ■ ■■! . I I .»■■■. II. Il II ■ I I I , i m

(1) Jamais anariage n'a .été plus malheureux. Henriette Marie de France, née de Henri IV et de Marie de Médicis, le 35 novembre 1609, et sœur cadette de Louis XIII, fut mariée à Charles I , roi d'Angleterre , le 1 1 mai 162S ; c'est de ce mariage dont il est ici question. La vie de cette princesse fut un enchaînement de catastrophes plus terribles les unes que les autres : aussi prit»elie le surnom de Heine malheureuse. Dès i644» elle avait été obligée de quitter l'Angleterre par suite des troubles qui désolaient al<^8 ce royaume. Elle fit toutes les démarches , tous les sacrifices possibles pour tâcherde procurer des secours au Roi son époux; niais ce fut en viin. Ce mallieureaz prince 9 poursuivi , proscrit par ses sujets , trahi dans les combats , livré au féroce Gromwel, finie par porter sa tète sur l'écbafaud le 9 février 1649» ^pf^^ ^^ ans de ri^ne et 49 ans d'existence. La reine Henriette , sa veuve , lui survécut vingt ans. Elle mourut à Colombes près de Paris, le 10 septembre 1669, à l'âge de 60 ans. Au milieu de toutes ses infortunes, elle eut la cousolation de voir son fils Charles II rappelé an trône en. 1660 , et couronné à Londres en 1661; mais elle ne voulut pas retourner en Angleterre, Londres lui eût offert dés souvenirs trop déchiraos; elle y fit seulement deux voyages , et se fixa en France où elle resta jusqu'à sa mort ; e| même l'éclat de la cour de son neveu Louis XIV la fatiguait, elle ae retira k Chaillot.

grâce spéciale » pleine puissance et amhorité royale , nous avons à ladite Hélène Gillet suppliante quitté , remis et pardonné , quittons , remettons et pardonnons par ces présentes signées de nostre main, le fait et cas susdit, comme il est exprimé , avec toute peine et amende corporelle et civile qu'elle a encourue vers nous et justice. Et mettant à néant toutes informations , décrets , mesme ladite sentence et arrest de mort qui en sont ensuivis , la restituons et restablissons en sa bonne le* Donomée et en ses biens non d'ailleurs confisquez; imposons silence à nos procureurs généraux, lieutenans, substituts, présens et à venir.

< Si donnons en mandement à nos amez et féaux conseillers , les gens tenant nostre Cour de Parlement à Dijon , ces présentes nos lettres de rémission entheriner, et de leur contenu faire jouyr la<|ite suppliante plainement et paisiblement sans permettre y estre contrevenu. Car tel est nostre plaisirl Et afin qu'elles soient stables , nous y avons fait mettre nostre seel , sauf en toutes choses nostre drôict et de Tautruy.

< Données à Paris au mois de may , l'an de grâce 1625» et de nostre règne le seizîèsme.

Signé LOYIS; et sur le reply Le B£Aucl£1ic ;

▼isa, coûtentor. Signé Lewng» et scellés en cire verte du grand scel à lacs de soye rouge et verte. Sur le dos estoit éscrit : Registrata , avec paraphe. »

' Ces lettres de rémission ne tardèrent pas à arriver à Dijon , où elles étoient attendues avec impatience, et où elles furent reçues à la sa-* tisfaction générale. Nous présumons que la requête en grâce avoit été rédigée par Charles Fevret , célèbre avocat bourguignon , dont nous parlerons dans la note suivante. Ce qui nous le donne à penser , c'est que lui-même a présenté ces lettres au Parlement pour les faire entériner. Nous apprenons encore cette dernière particularité du Mercure françoisjqui continue ainsi sa narration :

« Le lundy, second jour de juin (lô^S) »

maistre Charles Fevret, pn^sentant les lettres de pardon au Parlement de Dijon, prononça le discours suyvant (i) :

{i) Ce dtffcoim qoe Charles Fevret pr^moa^à fâga de il aat*, a. pafl9^ 4ad» le tempe poex an cbeAd'eea? re d'éloquence « malt c'était de i'éloqaence 4a eommenoenent da XVII* siècle., époque ob la langue se formait à peine , oà dans cea sortes de liarapgues, le style était en géeé^al pédantesqoe» boursoaflSé^ cidicnle ; en eifet , ai l'on compare ce discours ii d'autres moreeaax du temps» on ne pourra s'empêcher de recounaStie qu'il leur est inlimmeiit supérieux et pour Je iéué» et pour la forme»

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