SO M
« Messieurs,
« Hélène Gillét, qui se présente au conspect de la Cour, donne de Testonneinent à ceux qui la voyent et n*en a pas moins elle
quoique maiotenaot il puisse paraître singulier à la plupart dei lecteurs .
Charles Fevret, oé à Semnr-en-Auzois, le 16 décembre i583» fut uu avocat du plus grand mérite; il passait pour IWbitre , général de la provioce. C'est lui qui, lors de la sédition des viguerons, dite du £enfur/f/ ^ ^ qui éclata le 28 février i63o, à Dijon « plaida la cause des habitans devant Louis XII 1 irrité» qui arriva dans cette ville j le 37 avril, pour la punir eiemplairetnent. L'orateur mit dans sa harangue tant de chaleur et de sentiment que le Roi ne put retenir ses larmes et accorda sur le cbamp ]é pardon. J'ai lu ce discours, et {'avoue franchement qu'il serait bien pitoyable aujourd'hui, tandis que celui que le chancelier a prononcé ensuite est plein de force et de dignité ; il ne paraîtrait déplacé, ou plutôt singulier, maintenant, qae par l'extrême fermeté qui y fègne. Charles Fevret, auteur du'T'raiié île CAbus et de plusieurs autres ouvrages estimés, mourut à Dijon le 12 août 1661 , figé de 78 ans. On a son portrait ,, fait en 16^7, qui est très-bien gravé in4*; il y est qualifié seigneur de Saint- M emy et Godan ; ce Saint-Memj se nomme maintenant Saint- Blesmin, et il avait déjà ce nouveau nom sous ses héritiers, vers la fin du XVII* siècle. Son arrière petit-fils, Charles-Marie Fevre^ de Fontctte, né en 1710, de Charles Fevret de Saint-Mesmin et de^ Marie de Ftfntette, conseiller an parlement, membre de l'académie des inscriptions , directeur de celle de Dijon , a Attaché son nom, comme auteur et éditeur, ii l'un des plus beaux tnonnmens de notre histoire littéraire, la Bibliothèque hittoriqae de France, seconde édition, Paris, 1768-1778, 5 vol. in -fol. Bi. de Fontette n'a pas vu terminer ce grand travail ; il est mort le 11 février 177a. La ville de Dijott possède encore aujourd'hui on membee de cette iUustie famille; il aime et cultive les beauxarts avec succès*
$»• Si <
«n^me. Elle ù'aroit veu la justice de céans que dans le throsne de sa plus sévère majesté; elle ne Tavioit apperçue que le visage plain de coj^uTQux et d'indignation, tel qu'elle fait paraître aux plus eriininels t elle ne l'avoit eoU'sidérée que lespée à la main, dont elle se sert pour la punilion de maléfices.
« Maïs , chose estrange , elle trouve aujourd'huy ce premier appareil tout changé ; il luy semble que le visage de ceste déesse luir^rît comme plus adoucy et favorable ; elle voit sa main désarmée, et vous diriez qu'elle tend les les bras pour promettre quelque asyle e^t pror i;aetion à celle qui de criminelle est devenue suppliante.
« Vous vîstes , messieurs , ceste pauvre fille , 41 iy a quelques jours , le visage couvert de bonté par l'ignominie de sa condamnation , la langue tiouée dans l'estonnement du supplice, les yeux ternis d'horreur et d'espouventement, Tesprit troublé dans les dernières agitations d'une funeste séparation. Vous la vîstes , disje , aller courageusement à la mort pour satisfaire â votre justice; maintenant elle retourne à TOUS pour vous ^lire que le lieu du supplice où les criminels peirdent la vie, l'a absoute et sauvée. Elle paroît devant vos yeux pour vous dixe que Tayaut traictée par la rigueur (Je vos
jugemeats, voup ne piouyez plus luy refuser rostre miséricorde ; elle est humblement prosternée à TQS pieds, pour baiser, de Tintérieur de son cœur , le trenehaat de Tespée , qui , comme le fer de la lance d'Achille, guérira les plaies que luy mesme a faites. ,
« Il se pourroit bien trouver des exemples à qui les voudroit ^rechercher, de plusieurs qui se sont trouvez garantis de la mort au moment Knême de leur exécution : les uns, parle corn*mandement inopiné d'un chef d'arméne; les autres, par l'intercession d'un tribun (i); d'autres par le rencontre fortuit d'une vés- Jtale. (â) ; d'autres par une esmotion populaire ;
(i) Charles Fevret veut sans doute parler ici d*Aulai Gabiliqs, qui, accusé par Memipius, de concussion, allait être Jugé et condamné par le peuple, car l'Indignation publique était au comble contre lui. Sisenna, son fîls, vient se jeter aux pieds de Memmius pour demander la grftce de son père. Memmias le reçoit avec brutalité, et le laisse long-temps prosterné contre terre. Cette dureté révolte l'assemblée. Le tribun Lelius parait et fait absoudre Gabinius. Ce fait est de Tan de Rome 699, 54 avant Jésus-Christ.
(a) Le» vestale», à Rome, avaieot la prérogative de »aaver la vie à un criminel que Ton conduisait au supplice , lorsqu'elles se rencontraient par hazard sur son chemin. Mais il fallait qu'elles ééclarassent que tè hazard seul avait eu part ft cette rencontre; la ¥oe seule de la vestale était la grftçe du coupable. L'abbé Nadal ti tort de dire , dans son Histoire des Vut^lUf iJ^S , in-iat, p. 96 , qu'on exigeait d'elles un serment sur le hazard de la rencontre ; une simple déclaration aaffîsait, car Tédit perpétuel du
qui, par des paroles mesmes de railleries heuireusement rencontrées en cette extrémité (i) ; qui 9 par des stratagèmes pratiquez à Tendroit de leurs complices ou de l'exécuteur ; aliorum in capite gladius steîity ainsi qu'il en arriva à ceste femme de Verseil {Ferceii) qui doit lé bonheur de sa mémoire à la plume de saint Hierosme (2) ; uliorum tagueus contritus et ipsi liberdii sunL k
« Mais qu'on considère tolis ces exemples en gros , qu'on les examine en destail ^ qu'on en pèse à part ou confusément les plus singu-
préteur dit poûtivement : Je ne contraindrai , dans joaz jotidictioo 9 ni vestale ni prêtre de Jupiter à faire aucun serment : Sacerdotem vesîalem vt flanUnem dialem in cmnijurisdictiom medg jurare non eogam*
(i). Ceci n'aurait-â pas rapport au bon mot qui sauva la vie à jkn soldat prisonnier du terrible baron des Adrets f Dans lea malheureuses guerres de religion au XVI* siècle, ce baron, chef de protestans ,^aviait fait plusieurs prisonniers à Montbrison et à Mornas; par un rafinement de cruauté» iMes fit monter sur 1j| plate-forme d'une hante tour et les obligea de se précipiter sur la pointe des piques de ses propres soldats. Un de ces malheareuz condamnés prit deui^lois son élan pour sauter ; le baron lui ■dit : Auras-tu bientôt fait de te décider? -^ Eh bien ! monsieur le àaroitj reprit te soldat, tout èrave que vous êtes, j<e vous le donné «n itois* Cette plaidante répartie fit rire lé baron , qui accorda la grftce.
(a) Cette femme dont parle saint Jérôme , faussement accusée d'adultère, fut condamnée au supplice; frappée de sept cpups par U bourteau , elle survécut à et tte exécution*