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lières circonstaDces, il se trouvera ici quelque chose de plus rare , de plus esmerveillable , je De sais si j'oserois le dir€ , de plus miraculeux qu'en tout cela.
« Car icy le glaive a tranché » la corde a fait son office, la pointe des' ciseaux a secondé la violence des deux; et cependant ceste fille, dans Timbécilité de son aage, dans Tinfinnité f de son sexe , dans les horreurs du supplice, dans les appréhensions de la nxort , frappée de dix playes ouvertes, n'a pu mourir , mais bien plus : ipsam mort volenttm mors ipsa quamvii armata perimere non potuit.
< Quel prodige en nos jours qu'une fille en cet aage ait cQlleté la mort corps à corps , qu'elle ait luitté avec ceste puissance géante dans le parc de ses plus sanglantes exécutions, dans le champ mesme de son Morimont! et, pour dire en peu de mots, qu'armée de la seule confiance qu elle avoit en Dieu , elle ait surmonté rîgnomîuie, la peur, l'exécuteur, le glaive, la corde, le ciseau, l'estouffement , et la hiort mesme !
€ Après ce funeste trophée que luy reste-il, sinon d entonner glorieusement ce cantique qu'elle prendra doresnavant à sa part : Exal' ietur Dominas Deus meus , quoniam super exair tavit misericordia j uiicium.
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« Que peut-elle faire sinon d'appendre , pour esternel mémorial de son salut, le tableau votif de ses misères , dans le sacraire de ce temple de la justice?
« Que! dessein peut-elle choisir plus convenable à sa condition , que d*ériger un autel ea son cœur, où elle admirera , tous les jours de sa vie, la puissante main, de^on libérateur, les moyens incogneus aux hommes, par lesquels il a brizé les cq)s (i) de sa captivité, et Tordre de sa providente dîspensation à faire ^ue toutes choses aient encouru pour sa libération.
1 Ce fut un commencement de bonheur en ce désastji^e, que le lendemain de Texécution, la Cour entra dans les feries nouvelles que le Boi avoit concédées par lettres expresses peu auparavant enthérinées. Ce fut encore quelque chose de plus signalé , qu'alors qu'op recourut à la bonté du prince pour impétrer lettres de pardon , luy et sa cour estoient en
(i) Cêpt est piis ici fignrément poor ferg; mais il signifie aa propcè noe espèce d'entrave où l'on mettait ies pieds des crinînels, el; que^uelbÎB les mains. Cet înstrameat de souffrance était composé de denz pièces de bois entaillées sur le bord , justement à la même distance» et qui venaat h se joindre, serraient les pi^ds On les mains dans ces entailles, de sorte que le criminel ne pouvait plus bouger. On se servait aussi des ceps pour la ques« tien. Dans le principe^ le mot cep signifiait prison.
allégresse et festîvité à cause de l'heureux et tant désiré mariage du roi de la Grande-Bretagne avec Madame Henriette - Marie de France, Ce fut bien plus de voir qu'à lïnstant que le discours de ceste sanglante catastrophe eut frappé l'oreille de ce sage Orphée, de ce doux ravissant esprit qui tient dignement le premier rang et 1 eminence de l'ordre de la justice (i), il ait aussitôt empoigné là lyre pour charmer la dupté dès Parques , révoqué la juste sévérité des lois, rappelle les décrets inviolables de la mort , r'a vive ceste infortunée Euridice morte civilement par la condemnation et presque naturellement par la
(i) Ce sage Orphée dont parle Charles Fevret , doit être Etienne d'AIigre , garde des Vèeaax et chancelier à Tépoqae qui iloas occupe. Cette comparaison du chancelier avec Orphée, et d'Hélène Gillet avec Euridice , nous parait manquer de goût et de justesse.
Ètieflne d'Allgre fut disgracié et renvoyé de la cour très^en de temps après l'affaire d'Hélène Gillet. Ce Tut à l'occasion de l'emprisonnement du maréchal d'Ornano, gouverneur de Gaston d'Orléans, frère du Roi; le chancelier répondit timidement à ce prince qui-lui demandait la cause de cet emprisonnement, qu'il l'ignorait ; Richelieu , qui répondit bien autrement , blâma cette faiblesse , et fit reléguer Etienue d'Aligre dans sa terre de la Bivière-do -Perche, où il mourut le ii décembre i655^ ftgé de 76 ans , laissant la réputation â*un des plus honnêtes hommes de la robe* Mais sa probité et la douceur de son caractère n'étaient pas des qualités essentielles ni suffisantes pour se maintenir dans une cour où dominait l'impérieuz Cardinal.
peîne.C'est une merveille digne d'admiration que celle qui devoît estre dans loubly d'une mort Mïfâme, vive encore avec ce contentement, qu'elle donnera suject à la postérité de dire que nostre prince avec le titre de juste qu'il s'estoit légitimement acquis, ait mérité par ceste action le nom de clément, de misé* ricordieux pour avoir pardonné et sans autre peine que de prier Dieu pour la prospérité de sa personne et de son estât : Quam bonus princeps qui indulget^ quav\pius qui misereîur^ quam fidelis qui vel à nocentibus nil nisi preces et suppticationes exposcit, quam penè divinitati proximus qui ve/iiam criminum non supplicii gravitate y sed votorum nuncupatione pro suâ totius^ que imperii satute dispensât.
« Puissiez vous*ainsy toujours, juste Roy , marier heureusement la justice avec la paix , le jugement avec la miséricorde, la clémence avec la sévérité! Puissiez vous si glorieusement terrasser lé^ ennemis de vostre couronne , qu'après les avoir domptés par la rigueur de vostre^ j^ustice, vous leur imprimiez les mouvements d'une humble et fidèle obéissance par les effect» de vostre clémence et débonnaireté ! Puissiez vous, grand monarque, punir si parfaictement les crimes , que les côulpables ayans satisfaiet à la peine , puissent survivre à leur supplice »
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La». CT-T.
pour exalter à longs jours la félicité de Tostre règne et de vostre domination.
« Cependant , puisqu'il a pieu à Dieu de re« donner la vie à ceste fille, au Roy deluy concéder Tabolition de son crime , elle vous demande, Messieurs, la liberté, sans laquelle le reste lui tiendroit lieu d*un second et dernier supplice ; et , sous espérance d'obtenir ce qu'elle poursuit, elle vous présente en deue révérence, ses lettres de pardon, vous suppliant de procéder à Tenthérluement d'icelles. »
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£nth«riiiement des Lettres- de grftce.
« Yei} les lbtthes patentes obtenues à Paris » au mois {^de mai) dernier, par Hélène Gillet, fille de maistre Pierre Gillet , chastelain royal de Bourg, par'lesquelles le Roy, pour les causes y contenues, à la recommandation de jses spéciaux serviteurs, en faveur mesme de l'heu*reux mariage de la Royse de la Grand'Bretagtie , sa très cbère et très aymée sœur , de son propre mouvement, grâce spéciale, plaine puissance et authorité royale , auroit àla dicte Gillet quitté , remis et pardonné le faict et cas exprimé esdictes lettres avec toute peine et amende corporelle et civile qu'elle auroit en-
courue envers Sa Afajesté et justice : mettant à néant toutes informations, décrets, mesme
le» seateûce et arrest de mort qui s-estoient ensuivis , la restituoit , «establissait en sa banne Maoounée et en ses biens non d'ailleurs 4;onfisquea^ , Jmpossint silence à ses proettreurs généraiix» leur« substituts, présens^^ et à venir, et à tous autres. — Ârrest du deuxième dtt présent mois de )uini par lequd sur la pré-»
sentation faicte en audience par ladicte Giilet desdictes lettres , et ouy Picardet , procureur général du Roy , auroit esté ordonné que aur le contenu en icelles , elle seroit ouye et repétée par le commissaire , au rapport duquel auroit esté donné Tarrest du douziesme dudict mois de may, pour es tre après pourveu sur l'entherinement d*icelles ainsi qu'il appartiendrait; cependant demeureroit ladicte G^et eo la garde d'un huissier, — Interrogations , réponses et répétitions de ladicte Gillet pardevaut ledict commissaire. — Ledict arrest du 12 de may confirmatif de la sentence donnée au baillage de Bourg le 6 février précédent, par laqjaelle ladicte Gillet auroit esté déclarée deuement atteinte et convaicue d'avoir recelé ^ couvert et occulté sa grossesse et son enfantenaient ; et pour réparation , ayant aucunement égard à l'aage et qualité de ladicte Gillet , icelle condamnée à avoir par l'exécuteur de la haute-justice, la teste trenchée, en l'amenile