Histoire d'Isabelle
On sait qu'Emile Clermonl, laalear o?'Amour promis et de Laure, ces deux romans qui furent si remarqués, a été tué en 1916, en Champagne, par un éclat d'obus. Les lettres françaises ne pou. valent faire une perte plus grande, plus douloureuse,et les regrets de tous ceux qui aiment Fart, les hautes pensées, les nobles sentiments, s'attacheront longtemps à la mémoire de celui qui semblait voué à la gloire littéraire la plus pure, et dont le destin a rencontré une autre gloire, celle de mourir pour la France,
Le roman que nous publions aujourd'hui avait paru par fragments, peu de temps avant la guerre, dans la Revue de Paris. Il paraissait même constituer deux romans distincts, intitulés l'un le Récit d'Isabelle, l'autre Un petit Monde. Mais ces deux œuvres en réalité n'en font qu'une seule.
2 NOTE DE l'éditeur
Dans le Récit d'Isabelle, Emile Clermonl a dépeint^ avec son talent délicat et nuancé, une de ces âmes féminines si émouvantes et si riches, brisées par les Jeux cruels de la destinée, auxquelles son imagination aimait à s'attacher. Tous ceux qui ont goûté dans Laure le précieux pouvoir d'évocation de la vie intérieure, et les ana- Igses subtiles des sentiments, retrouveront dans le Récit d'Isabelle ces mêmes qualités.
Un Petit Monde, qui lai fait suite, est un roman inachevé, ou plus exactement incomplet : il semble bien qu'il devait rentrer, ainsi que le Récit d'Isabelle, dans une série de plusieurs œuvres, où, à l'exemple de la Comédie Humaine, les mêmes personnages se retrouvaient, chacun d'eux passant tour à tour au premier plan. C'est ainsi que la figure originale et curieuse du comte d'Omeuse, à peine esquissée dans le récit d'Isabelle, est en pleine lumière dans Un petit Monde. Ce roman n'est plus seulement une étude d'âmes, comme les premiers livres de l'auteur ; c'est aussi une étude sociale qui, par certains côtés, fait songer aux Paysans de Balzac, Emile Clermont a voulu y dépeindre une sorte de Jacquerie paysanne con-
NOTE DE l'éditeur 3
tre ce type nouveau et moderne du seigneur féodal que représente le comte dOmeuse, Toutefois ce drame n'est encore qu ébauché ; tous les ferments de la révolte ij sont rassemblés ; mais il était réservé à un troisième roman de la voir éclater dans toute sa violence.
Ce roman f Emile Clermont n'a pas eu le temps de récrire. C'est pourquoi nous avons cru devoir supprimer du Petit Monde les pages proprement sociales : ces pages n'auraient eu tout leur sens et toute leur portée que si Vœuvre eût été complète. Nous nous sommes surtout attachés, dans les extraits qui suivent^ à choisir les passages où se trouvent éclairés d'un jour nouveau les personnages que nous avons pu connaître déjà par le Récit d'Isabelle : Geneviève Arlet, âme pure et noble, son frère Albert Arlet, faible et banal séducteur, la fîère /!/"• d'Omeuse, qui évoque le souvenir de l'héroïne de Stendhal, M'^" de la Môle, le comte de Coislg, et surtout cette douloureuse Isabelle, âme vibrante et troublée, victime d'un cœur trop ardent, et qui, avec des dons supérieurs et de hautes aspirations, ne sut pas cependant échappera un destin pitoyable.
4 NOTE DE l'éditeur
El ainsi, d'un roman à Vautre, cesl l'histoire d'Isabelle qui rétablit Vunité et le lien : inachevée dans le Récit d'Isabelle, elle se développe et se complète dans Un Petit Monde. Les lettrés aimeront cette œuvre, digne des deux premiers livres de Vauteur, et devant ce témoignage nouveau d'un talent hors de pair, ils sentiront s'aviver leurs regrets d'une mort glorieuse, mais déplorable entre toutes.