Chron,, 1, 6, 73 xV, 17, etc
238 HISTOIRENDU PEUPLE D’'ISRAEL.
C’est une de ces belles heures de l’histoire où l’on a la joie de voir un homme, sans titre héréditaire et avec la seule force de sa vertu et de son génie, maître de tout un peuple. Dans les pans de sa blanche tunique de lévite, le voyant portait les destinées d'Israël et celles de l'humanité tout entière.
En même temps que par le prophétisme, l’état d'Israël va être profondément modifié par l’avènement d’une tribu dont il n'avait pas été question jusque-là, Iehouda, avec sa tribu vassale Schimeôün, avait eu une existence séparée, si bien que ni l’une ni l’autre ne sont mentionnées dans le cantique de Débora. Les Iebousites établis entre la montagne d’Iehouda et celle d'Ephraïm, les avaient isolées des tribus du nord. Mais, pressé par les impitoyables Pelischtim, Iehouda tendit la main aux tribus sœurs, qui elles-mêmes n'étaient pas en sûreté contre les invasions venant de la Scheféla.
S’avançant de Hébron vers Beth-léhem et Iébous, Iehouda se rapprochait aussi par là même de Beniamin et d’'Ephraïm. Sans doute Schemouël consomma la réunion, Ne voyait-il pas qu'Iehouda apportait dans Israël un élément plus réglé, plus jeune en même temps et plus fort? Etrangers jusque-là à la civilisation phénicienne, aux cultes voluptueux de Baal et d’'Aschtoreth, les Iehoudites avaient gardé intacte la vigueur primitive. Ils ne connaissaient que leurs brebis et leurs enclos. C'était là qu’il fallait aller pour retrouver les mœurs premières, la vie antique dans tout son premier parfum. Là où l’on offrait à Iahvé le culte le plus pur, c'était à Hébron et à Beer-Schéba, Le nabi comprit fort bien quelle force pouvait donner au prophétisme, dont le but était de rappeler Israël à la loi de Mosché, l'avènement d’Iehouda.
Toutefois ce qui restait des Aharonides, après la ruine de Schilo, ne semble pas avoir été favorable a Schemouël. Ce n'était pas à Rama, mais à Nob, que
s'était réfugié, avec l’éphod, Ahitoub, petit-fils d'Eli. Autour de lui étaient groupés les descendants d’Aha-
LES JUGES, SCHEMOUEL. 239
ron. Là, Ahitoub paraît avoir eu un autel avec une sorte d’ohel-moëd, sur le modèle de celui de Schilo 1. Dès cette époque commence l'opposition entre le sacerdoce, à Nob, ct le lévitisme réuni au prophétisme près de Schemouël.
La première chronique recueillie par l’auteur des Livres de Samuel, et qui occupe les sept premiers chapitres, nous a dépeint le nabi dans toute sa puissance, Le huitième chapitre comprend un épisode important de la vie du prophète et nous révèle sa lutte violente contre la création de la royauté en Israël.
Devenu vieux, sa vigueur faiblissait; on ne sentait plus en Israël sa main puissante. Il avait donné au peuple pour juges ses deux fils, Joël (Jahvé est Dieu) et Abia (mon père, c’est lahvé), qui s'étaient établis, le premier à Beth- el, l’autre à Beer-Schéba, Mais c étaient des prévaricateurs, se laissant corrompre par des présents et bien éloignés de la droiture de leur père. D’un autre côté, les Pelischtim, qui de Gath avaient fait le siège de leur puissance, et qui venaient de détruire Zidon, menaçaient les frontières des tribus du sud. Au delà de l’Iardèn, les Ammonites, sous un roi guerrier, Nahasch {le serpent), inquiétaient Gad et Guileäd, Alors les sars d’Israël, allant trouver Schemouël sous son figuier de Rama, lui dirent : « Donne-nous un roi, comme en ont toutes les nations 2, »
Une pareille demande parut à Schemouël tout à fait contraire au grand principe mosaïque, d’après lequel Iahvé seul est roi d'Israël. Mais que faire contre l’entraînement général vers la royauté? Le nabi eut beau leur découvrir tout ce qu’ils perdraient à changer leur état politique, ils ne l’écoutèrent pas. « Voici quel sera le droit de celui qui règnera sur vous: vos fils, il les prendra pour ses chars et sa cavalerie, ou bien ils courront à pied devant lui. Il en fera ses chefs de