‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 177 sur 244 · Sant, x · texte numérisé non relu

Sant, x

leurs vêtements. « Restez à Ieriho, fit dire David aux messagers, jusqu’à ce que votre barbe ait repoussé. »

Comprenant que la colère du roi d’Israël allait éclater sur eux, les Ammonites appelèrent à leur aide les Araméens. Ceux de Beth-Rehob et de Zoba ac- Coururent au nombre de vingt mille hommes de pied, auxquels vinrent s'ajouter mille hommes de Maaka et douze mille de Tob.

Le neveu de David, Ioab, eut la direction de la bataille; sous lui commandait son frère Abischaï. « Courage, cria le chef aux troupes, soyons forts pour notre peuple et pour les villes de notre Elohim. Iahvé fera ce qui est bon à ses yeux. »

Après ces paroles vibrantes, l’action commença. Les Araméens plièrent les premiers, et les Ammonites, restés en face d’Abischaï, ne tardèrent pas à s'enfuir derrière les murailles de leur ville. Ce fut de l’autre côté de l’Iardèn que se livra cette rude bataille.

Hadad-Ezer, à la nouvelle que son armée avait été mise en déroule, rassembla en masse les Araméens. Schobak à satête, la nombreuse troupe d’Aram campa à Hélam, de l’autre côté de l’[ardèn. Cette fois, David lui-même marche avec Israël contre les Araméens et la nombreuse cavalerie de Hadad-Ezer.

Sept cents chevaux et vingt mille hommes tombèrent entre ses mains. À tous les chevaux, cent exceptés, dans un accès terrible, il coupa les jarretsi.

À ceux de Damesseq, qui venaient au secours de Zoba, il tua vingt-deux mille hommes, après quoi il mit des garnisons dans les places araméennes. Les boucliers d’or qu'avaient les sars de Hadad-Ezer, il les fit porter à Ir-David; des villes de Bétah et de Berotal,

1. Deux récits différents donnés par le collecteur des livres de Schemouël racontent la lutte contre Aram, II Sam., vint et x. Avec ces deux récits dont les chiffres diffèrent, il est bien difficile d'avoir une histoire exacte de la campagne du roi d'Israël contre Aram.

soumises à Hadad-Ézer, il enleva une grande quantité d’airain.

Hamath, près des flots de l’Oronte, formait avec Zoba et Damesseq la confédération araméenne. Mais, effrayé de la puissance de David et du sort qu’avaient subi ses alliés, Thoï, roi de Hamath, envoya son fils Ioram pour complimenter de ses victoires le roi d’Ierouschalaïim. Une inimitié particulière, qui régnait entre lui et Hadad- Ezer, avait pu aussi le décider à cette démarche. Les haines personnelles, dans les âmes faibles, sont plus fortes souvent que l'amour de la patrie. À David, Ioram apporta en présent des objets d’or, d’argent et d’airain. Toutes ces richesses, avec les dépouilles des autres peuples vaincus, le roi les consacra à Iahvé.

Pour le Sémite, donner à Dieu, c’est prêter à gros intérêts. Elohim a toujours soin de rendre au centuple, même sur cette terre, ce qu’on lui consacre, L’habile David ne se dessaisissait de son bien qu’à bon escient.

Maître des riches dépendances de Zoba et de la perle de l'Orient, Damesseq David se hâta d’organiser ses conquêtes. Dans tous les districts vaincus, de l'Hermon à l’Euphrate, il établit un gouverneur, chargé de faire payer le tribut aux habitants,

Après avoir écrasé les rudes Pelischtim, David adjoignit à Israël, après une année environ de lutte, le riant et riche pays d’Aram.

Après Aram, il était nécessaire de châtier les Ammonites. Franchissant l’Iardèn, Ioab alla mettre le siège devant Rabba (la grande), leur capitale, située à la source de l’Iabboq 1, Sur le point de la prendre et en possédant déjà les faubourgs, Ioab manda David, pour qu’il eût l’honneur d’entrer, à la tête d’Israël, dans la

1, II Sam., x1, 1. — II Sam., xux, 26 à fin. Le second récit complète le premier. — Sur les ruines actuelles d’Ammon, . dans le haut plateau du pays d'Ammon, voir Saulcy, Woyez en Terre-Sainie, t. 1, p, 241 et suiv.

résidence royale d'Ammon. Rassemblant de nouvelles troupes, le roi marcha sur Rabba, Il pénétra dans la ville, prit, avec les pierres précieuses, la couronne, pesant un kikar d’or, qui ornaït la tête du dieu Milkom, et la fit passer sur sa tête. De la ville il emporta un grand butin.

Toutefois il s’y livra contre les habitants à des vengeances effroyables. Les menant hors de la ville, il les mit sous des scies, sous des herses de fer et des faux, et les jeta dans des fourneaux à briques. Tout comme Rabba furent traitées les autres cités des Benêé-Ammou.

Un certain nombre d'Ammonites cependant furent livrés à l’esclavage, condamnés à polir des pierres, à égrener le blé dans des cylindres de fer et à couper du bois. Quant à Hanoun, cause de la guerre, il périt ou prit la fuite. À sa place semble avoir régné, dans Rabba, son frère Schobi.

Inquiète de la puissance nouvelle d’Israël, l’Idumée paraît avoir soutenu Hanoun dans sa lutte contre David. Aussi le roi en tira-t-il vengeance. Abischaï reçut l’ordre d’aller châtier le pays d’Edom. Dans Gué-Mélah (plaine de sel), au sud de la Mer-Morte, il lPanéantit. Là furent couchés dix-huit mille braves d’'Edom, après quoi les troupes israélites purent fouler les rochers de porphyre de l’Idumée. Les nids d’aigles de Séir eux-mêmes durent se résigner à payer a David le tribut. Comme à Damesseq et dans les villes d’Aram, le roi établit des nezibim (intendants) dans les cités iduméennes. I1 y plaça même des garnisons pour maintenir les habitants dans son obéissance.

C'était une belle conquête. Ce n’est pas seulement par ses montagnes de porphyre, si colorées sous le soleil et de formes si fantastiques, qu'Edom peut séduire un fils d’Israël. Là, des torrents coulent des rocherset font pousser, dans les riches vallées, les arbres, les fleurs et toutes sortes de plantes, à profusion. Mettez encore aujourd’hui, dans ce pays désolé, une popu-

lation intelligente et laborieuse, vous en ferez une des plus riches contrées du globe. Édom, alors comme

maintenant, se divisait en deux parties : au nord se dressait le Diébal, dont le nom n’a pas changé (Sébalène des Romains); au sud, Séir (Esch-eschéra actuel), comprenant, au milieu de Touad Mousa, Séla (le roc, Petra des Romains1).

Ce pays, riant dans ses vallées, fantastique et grandiose dans ses sommets, David eut la gloire de le faire son tributaire,

Mais les Ischmaélites paraissent n'avoir pas tardé à se révolter contre Israël et à massacrer ses nezibim. Il y eut, dans les vieilles montagnes d'Édom, comme des sortes de Vêpres siciliennes contre les intendants hébreux. Aussitôt Ioab, volant vers les cités fortes, ensevelit les Israélites massacrés, et frappa, dans le pays rebelle, les hommes et jusqu'aux enfants. Pendant une moitié d’année, il écrasa jusqu'aux derniers restes de la révolte, et anéantit tellement ces rudes montagnards que, de toute une race d'hommes, quelques-uns seulement purent échapper par la fuite. Au nombre de ces derniers, il faut compter un fils ou neveu de Hadad, roi d’Idumée.

Ce n’était plus désormais de Dan à Beer-Schéba que s’étendait la puissance d’Israël, mais du torrent d'Egypte jusqu’à Thapsaque, près de lVEuphrate. A l’embellissement de la nouvelle Ierouschalaïm, les peuples conquis contribuèrent par leurs tributs et par leurs ouvriers.

Dansl'ivresse de ses victoires, David pouvait bien dire à Iahvé, dont il identifiait la cause avec la sienne :

J'ai pour part Schekem (Sichem), Et la plaine de Soukkoth je mesure. A moi est Guileäd et à moi Menasché,

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