I Sam., xx
répondit que c'était à cause des Guibeônites, massacrés par Schaôul, que le fléau avait sévi. Alors David livra, sur leur demande, sept hommes de la race de Schaôul aux habitants de Guibeôn. La belle Rizpa avait eu du roi défunt deux fils, Armoni et Mephiboschet; aux mains des Guibeünites ils furent livrés. David leur remit encore les cing fils de Mérab, qu’elle avait eus d’Adriel, Par là, il satisfaisait à la fois sa vengeance et celle des Guibeônites. S’emparant des sept victimes, ceux-ci les attachèrent à un gibet. C'était aux premiers jours de la moisson des orges. Sur la belle colline de Guibeôn (EI Djeb), hauteur charmante où poussent l'olivier et le grenadier, et dont les pieds baignent encore aujourd’hui dans les flots de blé et d’orge, les sept cadavres se dressèrent, aux jours les plus riants de l’année. Rizpa se fit une couche sur le rocher voisin, et la, le jour et la nuit, jusqu'aux pluies de l’automne, elle veilla sur les siens. Pendant le jour, elle écartait des cadavres les oiseaux de proie; et pendant la nuit, les bêtes sauvages, sans doute principalement les chacais, nombreux dans toute la Palestine. Quand David apprit cet héroïsme de Rizpa, il en fut profondément touché. Pour consoler sans doute la concubine, il fit revenir d’Iabesch les restes de Schaôul et d’Ionathan pour les faire ensevelir à Séla en Beniamin, dans le tombeau de Qisch. Aux victimes des Guibeünites, il semble aussi avoir fait l'honneur de recueillir leurs ossements et de leur donner une tombe.
Les nabis ont laissé des mémoires non seulement sur les guerres extérieures, mais encore sur la vie plus intime de David et sur ce qu’il fit en Israël.
Un soir, de sa belle maison de cèdre, il aperçut, aux dernières lueurs du jour, une femme qui se baignaïit dans une fontaine. Elle rayonnait de beauté !, David, ébloui, demanda quelle était cette femme. On lui répondit que c'était Bath-Schéba, fille d'Eliam et femme d’Ouria,
LPS Gr RE
le Hithite. David, l'ayant fait venir, reposa près d’elle.
Quelque temps après, se trouvant enceinte, la femme envoya dire au roi: « Je suis enceinte, » Fort embarrassé, le rusé fils d’Ischaï fit revenir de l’armée, où il était avec Ioab, Ouria le Hithite; c'était pour le faire dormir avec la belle Bath-Schéba. David lui permit de se rendre chez lui, où il fit porter, du reste, un présent. Mais Ouria ne descendit point la nuit dans sa maison, où Bath-Schéba coucha dans son lit solitaire. David lui en ayant demandé le lendemain la raison : «La barque, Israël et Ichoud1, lui répondit Ouria, sont dans des huttes; mon maître Ioab campe sur la terre nue; et, moi, j'irais dans ma maison pour manger, pour boire et pour coucher avec ma femme! Certes, je ne le ferai pas. » Le roi le garda encore une journée, dont il profita pour l’enivrer. Mais, tout pris de vin, Ouria resta fidèle à sa résolution et ne passa pas la nuit avec sa femme.
Voulant éviter à tout prix que Bath-Schéba et lui ne fussent accusés d’adultère, David fit à Ioab la recommandation de placer Ouria à un poste périlleux et de l’y abandonner. Cet ordre fut exécuté, et le mari de Bath-Schéba tomba au siège de Rabbath-Ammon.
David joua encore la comédie : il blâma Ioab d’avoir ainsi exposé aux coups des assiégeants un homme d'Israël.
Les jours de deuil écoulés, Bath-Schéba épousa le roi, auquel elle donna un fils.
Malgré toutes sortes de précautions, David ne put empêcher la rumeur publique de s'élever contre lui. L’austère successeur de Schemouël, Nathan, entrant dans son palais, déroula cette parabole :
« Dans une ville il y avait deux hommes, l’un riche et l'autre pauvre; au riche était un troupeau fort nombreux; mais le pauvre n'avait rien qu’une petite brebis qu’il avait achetée et nourrie; elle grandissait
r'ITMSEMS XI.
chez lui, tout comme ses enfants, mangeait de son morceau et buvait dans sa coupe, et sur son sein elle reposait; elle lui était comme une fille. Un étranger entra chez le riche, qui ne put se résoudre à prendre une tête de son troupeau pour lui faire un festin. S’emparant de la brebis du pauvre, il l’apporta pour son hôte. — Vive lahvé! s’écria David, enflammé de colère à ce récit; c’est un fils de mort (méritant la mort), l'homme qui a commis cet acte. — Eh bien, c’est toi qui es cet homme, répondit Nathan. Voici ce que te dit lahvé, l’Elohim d’Israël : « Je t’ai oint roi sur mon peuple et t'ai sauvé de la main de Schaôul; à ta disposition j'ai mis la famille de ton maître et fait tomber ses femmes dans tes bras. Pourquoi as-tu méprisé la loi d’Iahvé?.. Tu as enlevé pour toi la femme d’Ouria le Hithite, et tu as fait périr le mari par l’épée d'Ammon. Eh bien! le malheur va entrer dans ta maison, A la face de ce soleil que voici, un autre couchera avec tes femmes. »
La terreur, à ces paroles, s'empara de David. Le nabi commença par lui annoncer que l’enfant né de son commerce adultère avec Ouria allait mourir. L'enfant tomba malade. Au désespoir, 1: roi jeûna, s’étendit la nuit sur la terre dure pour .y reposer. Mais rien ne put fléchir Iahvé. Le septième jour, l’enfant chéri de David expira, sans que ses gens osassent l'en avertir. Lui-même ayant fini par demander : « Estil mort? — Oui, » lui répondit-on. Alors il changea de vêtements, se purifia dans un bain, se couvrit de parfums, prit un repas. Et, comme on semblait s’en étonner, il dit : « Tant que l’enfant était encore vivant, je jeûnais et me lamentais, car je pensais : « Qui sait? Iahvé peut encore avoir compassion de moi,» Maintenant qu’il est mort, à quoi bon jeûner P Puis-je le faire revenir ? C’est moi qui vais vers lui, et non pas lui qui reviendra vers moi. »
Bath-Schéba était accablée de douleur; cet enfant, fruit de l'amour illégitime, elle l’aimait passionnément, David, toujours épris de Bath-Schéba, la con-
sola, reposa près d’elle, ce dont elle eut un fils qui prit le nom de Schelomo (paix, Salomon) et qu’aima Jahvé. Au nouveau-né, Nathan donna le nom mystique de Iedid-Iah (l’aimé d’Iahvé).
Cependant, la voix du sang d’Ouria n’était pas apaisée; elle criait encore contre David. Ce n’était pas en vain qu'Iahvé avait fait dire au roi par Nathan: « Le malheur va entrer dans ta maison, »
Abschalom (le père de la paix) avait une sœur fort belle, Thamar (le palmier), née comme lui de David et de Maaka. Voilà que le fils de David et d’Ahinoam, Amnon, fut pris d’une passion violente pour Thamari. En Egypte et en Phénicie, les mariages entre frères et sœurs non seulement n'étaient pas interdits, mais ils étaient même recommandés par la loi et par l’usage du pays. Le mosaïsme, au contraire, proscrivait ces unions comme monstrueuses, Désespérant de pouvoir jamais toucher à la virginité de Thamar, le fils d’Ahinoam tomba dans un état visible de dépérissement. Mais son cousin germain, neveu de David, Ionadab, ayant appris ce qui causait sa langueur, lui dit de feindre une maladie et de demander que sa sœur Thamar lui vint apporter de la nourriture.
Sur ce conseil, Amnon, en effet, se mit au lit. Quand le roi son père le vint voir, il lui dit : « Que ma sœur Thamar vienne faire devant moi deux gâteaux, et que je les prenne de sa main! — Va, dit David à Thamar, chez ton frère Amnon, pour lui préparer à manger. » Sans défiance, la vierge se rendit chez Amnon, qui était au lit, pétrit la farine de ses douces mains, fit cuire les gâteaux et les lui présenta. Devant les autres personnes présentes, il ne les voulut pas manger. Il fit sortir tout le monde de sa chambre, Thamar exceptée. Quand la jeune fille lui offrit, près du lit, les gâteaux, Amnon la saisit : « Viens coucher avec moi, ma sœur, lui dit-il avec transport,