‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 204 sur 244 · I Rois, x1, 26 à fin · texte numérisé non relu

I Rois, x1, 26 à fin

SCHELOMO. 355

devant lui un vieux nabi, énergique et âpre, Ahiya (mon frère, c’est Iahvé), le Schilonite. La fureur du nabi contre Schelomo ne connaissait pas de bornes. Il haïssait, lui, fils de Schemouël et Ephratite de Schilo, ce roi de la race maudite de David qui avait fait passer Schilo avec la barque d’alliance et toute sa gloire -à Ierouschalaïm. N’avait-il pas dressé encore ce temple du Moria qui anéantissait le vieux pèlerinage dé Schilo?

Sur les épaules du nabi flottait un manteau neuf au milieu des champs, se livrant à ses transports prophétiques, Ahiya prit le manteau et le mit en douze pièces. « Prends dix morceaux pour toi, dit-il à Jarobeäm, car voici les paroles d’Iahvé : « J’arrache la royauté de la main de Schelomo, et je te donne dix tribus; pour lui, il lui en restera une à cause de mon serviteur David et à cause d’Ierouschalaim, la ville que j'ai élue parmi toutes les tribus d’Israël. » Cependant le vieux prophète ainsi qu’Iarobeäm ne se faisaient aucune illusion; si grand était encore le prestige de Schelomo qu’il était difficile de l’ébranler; ce fut après la mort du roi que pour le succès on se donna rendezvous. L'âme éclairée par les paroles du nabi et par la scène prophétique au milieu des champs solitaires d’Ephraim, larobeäm vit clair dans sa destinée, Son ambition immense, mais vague, prit une forme déterminée. Lui aussi serait roi; il aurait une capitale, un palais, des chanteurs et des chanteuses. À ce beau jeune homme, une soif âcre de luxe et de jouissances montait à la gorge, au moins autant que le désir de la domination. En surveillant la construction de Millô, il avait dû convoiter souvent le bonheur de Schelomo, qui allait s'installer dans cette délicieuse demeure.

Iarobeäm sans doute entra de suite en relation avec

1. Les deux tribus d’Iehouda et de Beniamin n’en faisaient qu’une depuis qu’Ierouschalaïm avait été fondée par un roi Iehoudite dans le territoire de Beniamin,

les prophètes d’Israël et surtout avec ceux de Schilo.

Jusqu’aux oreilles de Schelomo parvint le bruit de l'intrigue nouée contre lui par les prophètes d’ Éphraïm et larobeäm. Celui-ci abusait de ses fonctions pour exciter les gens contre le vieux roi. L’orage commençait autour du trône de David, Clairvoyant, Schelomo dut voir là un mauvais symptôme et la menace d’une prochaine rupture de l’unité israélite. En vain voulut-il s’emparer du jeune ambitieux, dont Ahiya avait surexcité les passions ; Jarobeäm avait eu le temps de s’enfuir en Mizraïm auprès de Scheschonq.

Par des prévisions tristes furent assombries les dernières heures de Schelomo. Il ne devait plus être aussi radieux, assis sur le trône d'ivoire, ni se promener si gaiement dans le jardin d’Étham. si le livre du Qohéleth (Ecclésiaste) n’est pas son œuvre, du moins le personnage du Qobhéleth, roi fastueux dans Ierouschalaïm, c’est bien Schelomo. En quel abîme de noire tristesse et de désenchantement est tombé le bien-aimé du Cantique ! I] ne songe plus, avec ses quatre-vingt-quatorze ans, aux heures d'amour, quand s’éveille le printemps et que se fait entendre la voix de la tourterelle. Cherchez dans cette œuvre un rayon de joie, la plus légère fleur de gaieté, vous ne les trouverez pas. Tout est noir et aride, c’est le pessimisme arrivé à sa dernière puissance,

« Et j'ai estimé les morts qui étaient morts depuis longtemps plus que les vivants qui avaient encore la vie; et, plus heureux que tous, j'ai estimé l’avorton qui n’avait pas encore marché dans l’existence, et n’avait pas vu l’œuvre mauvaise qui s’accomplit sous le soleil, » Merveilleux livre, que liront toujours avec une jouissance infinie les esprits philosophiques et délicats, parce qu’il peint la vie telle qu’elle est, et qu’il aide à en supporter les misères !

r. Bb at,

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