‹ Histoire d'Israel (volume 2)Chapitre 226 sur 244 · II Rois, vi · texte numérisé non relu

II Rois, vi

et se mit à pleurer, « Pourquoi ces larmes, mon maître ? demanda Hazaël. — Parce que je sais tout le mal que tu causeras aux Bené-Israël, faisant passer par le feu leurs villes fortes, égorgeant par le glaive leur jeunesse, broyant leurs enfants, coupant leurs femmes enceintes. Iahvé m’a fait voir que tu serais roi sur Aram,. »

De retour, Hazaël dit à son maître : « Élischa m’a promis que tu.vivrais. » — Mais, le lendemain, trempant dans l’eau une couverture, il en couvrit le visage du malade, qui étouffa. Ben-Hadad mort, Hazaël régna en sa place.

Quand on monte au trône par une voie semblable, pour arrêter les investigations du peuple, il est nécessaire de lui fournir une forte distraction, c’est-à-dire de l’entraîner dans la guerre contre une nation détestée. A peine roi de Damesseq, Hazaël se tourna contre les Bené-Israël. Ses premiers efforts se portèrent contre les tribus d’au delà, si bien qu’il alla mettre le siège devant Ramoth-Guileäd.

Pour la défendre, Ioram d’Israël accourut avec ses bandes et avec celles que lui amenait le jeune roi d’Iehouda, Ahazia. Mais ce lieu était fatal, semblet-il, à la race d’Omri. Percé d’une flèche araméenne, Ioram revint dans Isréel au doux climat, pour y soigner sa blessure, Dans cet air pur, ayant sous les yeux la charmante vision que présente la plaine du Guilboä jusqu'au Karmel, il espérait sans doute retrouver la santé. Ahazia d’Iehouda, qui avait succédé à son père Ioram, descendit pour le voir.

En partant, blessé, de Ramoth-Guileäd, le roi d'Israël y avait laissé ses bandes, avec Iehou pour les commander 1, C’était un homme à la fois double et farouche qu’Iehou. Elischa, toujours ennemi de l’odieuse race d’Omri, et sûr d’accomplir la volonté d’Iahvé, fit partir pour Ramoth-Guileäd un bené-

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AHAZIA, — IORAM. 407

nebiim, avec une corne d’huilef : « Après avoir fait lever Iehou du milieu de ses frères et l’avoir conduit dans l’intérieur de sa tente, tu répandras l’huile sur sa tête avec ces mots: « Iahvé a dit : Je t’oins roi sur Israël, »

A Ramoth-Guileäd, le nabi accomplit les ordres d’Elischa, ets après avoir répandu l'huile sur Iehou, ajouta, toujours jouant le personnage d’Iahvé : « Je toins roi sur le peuple d’Iahvé; tu frapperas la maison d’Ahab, ton maître, et tu vengeras sur Izébel le sang de mes serviteurs, les nabis, et le sang de tous les serviteurs d’Iahvé ; je retrancherai d’Ahab tout ce qui pisse contre le mur. Quant à Izébel, les chiens la mangeront dans les champs d’Isréel, sans que personne l’ensevelisse, »

Après cette cérémonie et ces paroles étranges, le prophète s’enfuit. Iehou raconta aux chefs de l’armée ce qui venait de se passer entre lui et l’homme bizarre qui lui avait demandé un entretien secret. Aussitôt, ayant étendu leurs manteaux sur une estrade, ils y firent monter Iehou. Les trompettes sonnérent, et Iehou fut proclamé roi. En cette circonstance avait fait explosion, contre la dynastie semi-kananéenne des Omrides, le sentiment national des Israélites.

Une fois proclamé, Iehou crut qu’il était urgent de surprendre par un coup d’audace Ioram avec Izébel, Leur laisser le temps de se reconnaître, et d’appeler à leur secours les forces d’Iehouda, aurait été d’une souveraine imprudence. Montant sur son char, le nouveau roi en fit voler les roues vers Isréel.

La sentinelle postée sur une des tours de l’endroit, apercevant, dans le lointain, la poussière des chars, s’écria : « Je vois une troupe, » Aussitôt le fils d’Ahab envoya, vers les gens qui venaient, un cavalier, pour s'informer s'ils s’avançaient avec des intentions pacifiques. Mais, avisé, Iehou ne le

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laissa point retourner dans Isréel. Un second cavalier eut le même sort. Mais, comme le nouveau roi approchait du palais d’Ioram, la sentinelle dit : « La course du char, c’est bien la course ordinaire d’Iehou, fils de Nimschi, car elle est ardente. »

Ayant fait atteler son char, Ioram, sans aucun soupçon de la vérité, se rendit au-devant d’Iehou avec Ahazia. Ils le rencontrèrent dans la vigne de Naboth. « Est-ce la paix, Iehou? lui dit Joram. — Quelle paix peut-il y avoir, tant que se multiplieront les prostitutions d’Izébel et sa magie? — C’est un piège, » s’écria Ioram à Abazia en prenant la fuite. Mais une flèche d’Iehou l’atteignit à l’épaule, malgré la vitesse de son char. Alors le féroce Iehou commanda qu’on l’étendît tout sanglant dans le champ même de Naboth, où il expira.

Frappé aussi par une flèche, Ahazia mourut à Meguiddo, d’où on l’emporta à Ierouschalaïm pour qu'il fût enseveli avec ses pères dans Ir-David.

Cependant le plus redoutable ennemi d’Iehou n'était pas abattu. Après la poursuite d’Ahazia, le farouche vainqueur se rendit à Isréel, où Izébel était enfermée.

Au moment où il parut près du beau palais, la Tyrienne se prépara à la visite de la mort sanglante, se peignant les yeux, décorant sa tête, revêtant sans doute l’éclatante pourpre de son pays. Elle ouvrit la fenêtre, d’où l’on pouvait apercevoir se déroulant au loin la belle plaine parée de fleurs et de moissons: « Qui est la près de moi? » dit Iehou, regardant la fenêtre où se tenait la grande Izébel, Ayant appris le nom de cette apparition, il s’écria : « Précipitez-la! » ce que firent ses serviteurs. Le sang de la Tyrienne ruissela le long des murailles, et sous le sabot des chevaux se fendit sa poitrine,

Après avoir mangé et bu dans le palais ensanglanté, le nouveau roi se souvint du cadavre d’Izébel, et dit à ses gens : « Allez vers cette maudite, et ensevelissez-la, car elle est fille de roi.» Mais ils ne trouvèrent

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plus que le cräne, les pieds et la paume des mains. « C’est, dit Iehou en l’apprenant, la prophétie d’Eliya, le Thesbite, qui s’accomplit : « Dans la plaine d’Isréel les chiens mangeront la chair d’Izébel, tt son cadavre sera comme du fumier sur la face des champs, de sorte que nul ne pourra dire : Voici Izébel, »

Dans le souvenir même des nabis, cette femme resta grande, terrible. Telle qu’elle nous apparaît à nous, elle n’est pas vulgaire : de bien des coudées, elle dépasse le commun de l’humanité, Qu’on la prenne soit dans sa vie, poursuivant avec fureur la kananisation d'Israël, ou bien calme, solennelle et parée, à la fenêtre d’Isréel, devant la mort sanglante, on est forcé de convenir qu’elle avait une énergie bien supérieure à notre sexe, comme au sien, et que, de toutes les grandes tragédiennes qui soient montées sur la scène réelle, elle est la plus effrayante et la plus accomplie,

Ce n'étaient pas seulement Ahab et Izébel qu’Iehou avait pour mission de faire disparaître, mais jusqu'aux derniers restes de leur maison. Soixante-dix fils d’Ahab séjournaient à Schomron, la capitale d'Israël, répartis chez les principaux habitants de la ville!. Aux sars de Ja cité d’Isréel, Iehou manda d’avoir à lui apporter, le lendemain, s’ils voulaient la paix, les têtes des soixante-dix fils d’Ahab, Dans des corbeilles, on les vit, au moment fixé, traînant vers Isréel la moisson sanglante de la nuit, Iehou fit disposer en deux tas, à l’entrée de son palais, les soixante-dix têtes coupées,

etles montra au peuple en lui rappelant que Ja prophétie d’'Eliya s’accomplissait,

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