Gen., XXIY
de S
A la porte de la ville où était Nahor, il y avait un puits; fatigué de la route, l’intendant d'Abraham s'y arrêta pour boire, lui et ses chameaux. Voilà que parut une jeune fille, fort belle de visage, qu'aucun homme n'avait connue; elle descendit à la fontaine et, après avoir rempli sa cruche, remonta. Le vieux serviteur lui ayant demandé, pour se rafraïichir, un peu de l’eau de sa cruche : « Boïs, mon maître, » lui répondit la jeune fille, et, en même temps, elle abaissa le vase de son épaule sur sa main. Quand il eut étanché sa soif, elle ajouta : « Je puiserai aussi de l’eau pour tes chameaux, jusqu'à ce qu’ils soient désaltérés, » Plein d’admiration et la choisissant déja dans sa pensée pour l'épouse d’Izehaq, Éliézer lui fit présent d’une boucle en or du poids d’un demi-sicle et lui donna pour ses mains un bracelet pesant dix sicles. C'était le voisinage de l’ Égypte qui répandait ces choses charmantes dans les pays de Kenaan et d’Aram.
Dans la maison du père de la jeune fille, l’intendant d'Abraham apprit avec plaisir qu’elle était la fille de Béthouel (ou Méthouel, homme de Dieu), qui était né à Nahor, frère d'Abraham. On le reçut fort bien, lui et ses chameaux. Laban 1 (le blanc), frère de Ribca (le filet, Rébecca), ébloui par la boucle d’or et le bracelet, mit dans son accueil un empressement tout particulier.
Installé dans la tente, le serviteur fit connaître d’où il venait et quel était l’objet de son message. Il demanda pour Izehaq la main de Ribca, qui fut accordée. Cependant, avant de lui remettre la jeune fille, on la fit appeler pour lui dire : « Veux-tu aller avec cet homme ? » Après qu’elle eut répondu: « J'irai, ses frères la laissèrent partir. Éliézer donna aux a de la maison des vases d’argent, des vases d’or et des habits; puis, sur ses chameaux, il prit avec la fiancée la route du midi.
1. Nom donné chez les Assyriens au dieu qui préside à la lèpre.
Izehaq, étant sorti un soir pour se promener dans la campagne, leva les yeux et vit au loin des chameaux qui s’avançaient. De son côté, Ribca leva aussi les yeux, et, apercevant Izehaq, sauta de son chameau et dit à Éliézer : « Quel est cet homme qui se promène dans la campagne ? — C’est mon maître, » répondit le vieillard. Aussitôt elle prit son voile et s’en couvrit. Après avoir entendu le récit d’Eliézer, Izehaq conduisit sa jeune fiancée dans la tente de Sara, sa mère; Ribca devint son épouse bien-aimée et le consola de la mort de Sara.
Cependant Abraham avait eu encore une autre femme que Sara et Agar; c’était la jeune Arabe Ketourâ (le parfum d’encens), qui lui avait donné six enfants, parmi lesquels Midian (celui qui est inférieur), qu’il envoya à l'Orient 1,
A Izehaq resta tout l’héritage paternel. Toutefois nous voyons à ses côtés [schmaël au moment de la mort d'Abraham : quand le vieux patriarche se fut éteint, dans sa cent soixantième année, Izehaq et Ischmaël l’'ensevelirent près de Sara, dans la caverne cédée par Ephron, le Hithite.
C’est la dernière fois qu’Ischmaël apparait dans l’histoire d’Israël. Au nord de Hébron, un petit village, Saïr, possède son tombeau apocryphe, C’est probablement la ressemblance du nom de Saïr avec celui de la montagne Séir, en Idumée, qui a produit l'erreur.
1, Gen., XXV.
ILEHAQ. — I1AQOB. — I10SEPH.
ZEHAQ s'était uni, à l’âge de quarante ans, avec Ribca, Vingt ans après seulement, il en eut les deux jumeaux dont l’histoire est si curieuse. Esav (le velu, Esaü) vint au monde le premier, roux et couvert de poils. Son frère parut ensuite, le tenant na le talon; aussi le nomma-t-on ]aqob (ila talonné) 1. Déjà, dans le ventre de leur mère, ils se heurtaient; et, Ribca ayant, à ce sujet, inter rogé Jahvé, il lui avait répondu :
Deux peuples sont dans ton ventre;
Et deux branches sortiront de ta tige:
Une branche sera plus forte que l’autre, Mais la plus ancienne servira la plus jeune.
1. Jagob, tenaut le pied de son rouge frère, représente la nuit, qui suit Le jour vermeil; et la lutte des deux frères, celle des ténèbres et de La lumière. (Goldziher, Der Mythos bei den Hebrüern, p. 154 et suiv.) Il est inutile d'affirmer que nous rejetons ces interprétations mythiques tout en les exposant : Laban (le blanc), une des formes du jour, est presque aussi hostile à Iagob, c’est-à-dire à la nuit, qu’Édom, le rouge, p. 180.
IZEHAQ. — IAQOB. 37
A mesure que les deux frères grandirent, la différence de leur nature se marqua davantage. Esav était habile à la chasse et ami de la campagne. Ce qui distinguait Iagob, c'était sa pureté et son goût pour la tente. Aussi Ésav était-il aimé d’Izehaq, qui profitait de ses chasses; mais Ribca chérissait Iagob. Un jour que celui-ci avait préparé un plat, Ésay revint des champs très fatigué et dit à son frère : « Laïsse-moi manger de ce mets rouge, car je suis épuisé, » C’est pour cela qu’à partir de ce moment, on l’appela EÉdom (rouge) 1, « Cède-moi en échange, répondit Iaqgob, ton droit d’aînesse,» Et il le céda, avec serment, pour le plat de lentilles que son frère lui servit en même temps que du pain. Ce festin le réconforta.
Une famine étant survenue, Izehagq se rendit à Djérar, au sud-ouest, près du roi Abi-Mélek®?, Là, craignant pour sa vie s’il présentait Ribca comme sa femme, il essaya de la faire passer pour sa sœur. Mais, un jour, l'ayant vu jouer avec Ribca, Abi-Mélek découvrit son mensonge, le lui reprocha, et à tout homme de son peuple interdit de nuire à Izehaq ou à Ribca. Il est probable qu’en cet endroit la tradition aura mêlé l’histoire d’Izehaq avec celle d'Abraham. Cependant, comme le fils du grand ancêtre devenait trop puissant par ses esclaves et ses troupeaux, Abi-Mélek l’engagea bientôt à planter sa tente ailleurs. Après des démêlés au sujet des puits entre ses paslieurs ct ceux du pays3, Izehaq monta à Beer - Schéba.
La, Abi-Méiek avec Ahouzath (possession), son ami, et son sar (chef) d'armée Picol (la bouche de tous, celui qui commande à tous), le vinrent trouver
1. Le nom d'Édom convient du reste parfaitement au pays qui l’a porté, et auquel ses rochers de porphyre donnent une teinte rouge.