AVERTISSEMENT
rites accomplis, les victimes immolées, les coins de l'autel arrosés de sang, les prêtres s’asseyaient à des Jfestins, où ils se livraient parfois à des conversations sceptiques, plaçant sur la même ligne le bien et le mal. Pendant que les nabis exhorlaient à la sagesse, sous prétexte qu'elle recoit toujours sa rétribution, il devait échapper aux prêtres des mots charmants, comme celui-ci: « Il y a donc un jour dans l’année où la vertu est récompensée »., — Ce fut dans leur rang qu’à l’époque grecque se recrutèrent les hellénisants et les sadducéens.
Ennemis de l’étranger, créateurs du mosaïsme, les prophètes entouratent Israël comme d’un mur pour le préserver de tout contact avec les gentils. Ils en voulaient faire un peuple séparé, comme un petit trouveau conduit par lahvé. Ce fut grâce à eux, du reste, que disparut la notion première du dieu de la foudre résidant, comme l’a dépeint M. Renan, sur le Sinaï, son Olympe. lahvé devint, peu à peu, le dieu unique, tout-puissant, maître du ciel et de la terre, mais se complaisant tout particulièrement sur Zion, le mont de son héritage.
Le prophétisme, dont il y avait peut-être des traces chez les autres peuples voisins, ne semble nulle part avoir ‘atieint la même influence qu’en Israël. Les vieux rois chaldéens, comme Goudéa et Hammourabi, sont bien des prophètes ; maïs rien ne prouve qu’ils aient formé la religion et la morale de l’antique Chaldée. Ils paraissent avoir joui du litre de nabi plutôt que d’en avoir exercé les fonctions.
Ce qu’il y eut peut-être encore de plus particulier à Israël que le prophétisme, ce fut l’idée messianique, le plus grand réve d’idéalisme révolutionnaire qui ait jamais illuminé la conscience humaine.
La Jérusalem douloureuse, enlevée avec ses piliers et ses décorations, pour faire place à une Jérusalem nouvelle, pavée de saphirs et d’émeraudes, étrangère au deuil et à l’injustice, où pas une larme ne tombe : telle fut l'attente d'Israël dans ses deux derniers siè-