Josèphe, Antig. jud., xt
éclata plus violente que la première fois. Pas d’auxiliaires juifs pour défendre Démétrios! Ionathan s'était donné au jeune Antiokhos qui lui avait fait remettre, avec le titre d’ami du roi, de la belle vaisselle d’or, et avait créé son frère Schimeôn, gouverneur militaire de tout le pays compris entre l’échelle de Zour (Tyr) et le torrent d'Egypte.
Les armées de Démétrios, mécontentes et privées de leur solde, s'étaient jetées à la suite du nouveau roi, qui pénétra en maître dans Antiokhéia.
Jonathan lui soumit Aschqlon, Gaza, dont il pilla et incendia les faubourgs. De là, il prit ‘ja route de Damesseq. Il s'installa, pendant quelque temps, sur les bords charmants du lac Kinnereth. Partant de Qédesch de Naphtâli, une bande nombreuse de Démétrios le vint chercher dans la plaine de Hazor: sans doute elle voulait l’arrêter sur le chemin de Damesseq. Mais il la culbuta, et la ramena jusqu’au camp de Qédesch.
De son côté, Schimeün avait entouré et contraint de capituler la forteresse de Beth-Zour, refuge des hellénisants.
Jonathan, victorieux, fit demander par une nouvelle ambassade -au sénat romain, son amitié, ce qui lui fut accordé1,
Cette poignée de Juifs, sous la direction de l’habile et hardi Jonathan, avait acquis une puissance énorme. Rome elle-même, au milieu des populations de l'Asie Mineure, cherchait en eux un point d'appui.
L'année suivante, Tonathan, ayant appris que les lieutenants de Démétrios II avaient réuni des forces nombreuses, se précipita vers les frontières de Syrie, Il ne laissait jamais à l’adversaire le temps d’envahir Israël.
Dans le territoire de Hamath, il aperçut l’armée ennemie. Informé par des espions qu’elle devait profiter de la nuit pour le surprendre, il se tint sur ses
1, 1 Macc., x1r.
IONATHAN. 177
gardes ; et devant un camp si bien en éveil, les lieutenants de Démétrios, découragés, se retirèrent. En vain, Jonathan les poursuivit-il. Ils avaient mis entre eux et lui, pendant les ténèbres, la rivière Éleuthéros.
Dans ces fils de Matthatia, il y avait tout l'instinct des chefs de bandes. L’âme d’Iphthah et de David se réveille encore fort souvent dans leur âme.
Jonathan, libre du côté de Démétrios, se jeta sur les Nabathéens, les pilla, et, prenant la route de Damesseq, alla vendre son butin dans le marché de cette ville,
Pendant cette glorieuse expédition de son frère, Schimeën parcourait la Palestine jusqu’à Aschqlon, en fortifiant les sbourgs, pour tenir tête aux invasions prochaines. Il mit une garnison dans Ioppé, dont les sympathies étaient pour Démétrios.
Après ces luttes heureuses, Ionathan convoqua dans le temple tout le peuple, pour en obtenir la faculté d’ajouter à la ville de nouvelles fortifications, de séparer d’elle par un mur la citadelle Akra, et d'élever des forteresses dans tout le territoire d'Israël.
Pendant qu’il surveillait les travaux d’Ierouschalaïm, son frère Schimeôün faisait, dans le reste du pays, exécuter ses ordres.
Dans la Scheféla, à l’est de Lydda, il fortifia, entre autres, le bourg d’Adida.
Démétrios I1, battu, mais non désespéré, entra en Babylonie avec le projet d’en devenir le maître et de tomber ensuite sur la Syrie; il était appelé par les Grecs et les Macédoniens, qui lui promettaient cet empire à la condition qu’il dompterait Arsace, roi des Parthes. Mais, loin de soumettre celui-ci, Démétrios devint son prisonnier (141), après avoir perdu toute son armée.
Délivré de Démétrios, Tryphon, pour s'emparer du trône, résolut d’assassiner le jeune Antiokhos Dionysios, son protégé. Mais la crainte d’Ionathan, ami du jeune prince, le retenait. Désespérant de réduire le juif par la force, il tenta de le prendre par Ja ruse : il vint
à Scythopolis. Mais Jonathan défiant ne l’alla trouver dans cette ville qu'avec une bande fort nombreuse. Pour lui enlever tous ses soupçons, Tryphon le combla de caresses et de présents. Il finit par le persuader de renvoyer ses bandes, et de le suivre, sans armée, à Ptolémaïs, qu’il livrerait entre ses mains.
Jonathan eut la naïveté de le croire : de ses trois mille compagnons il en envoya deux mille en Galilée, n’en gardant que mille pour rester dans Ptolémaiïs, À peine fut-il dans la ville que, d’après l’ordre de Tryphon, on en ferma les portes. Ionathan fut pris vivant, et sa bande tout entière massacrée Î.
Habile et vigoureux, il maintenait dans le respect les Gentils, hostiles à la nation juive. Quand la nouvelle de sa captivité parvint à Ierouschalaïm, ce fut dans la ville une grande terreur. On crut un sou- Jèvement général des voisins contre Israël. On ne se trompait pas: Tryphon se préparait à prendre la tête du mouvement contre les Juifs.
Mais Schimeëôn, un des héros, était encore là, remplaçant son frère dans la défense nationale. Dans l’avant-cour du temple, voici les énergiques paroles qu’il jeta au peuple rassemblé et terrifié : « Vous savez ce que moi, ma maison et mes frères, nous avons fait pour notre Thora et pour notre temple, les guerres subies, les malheurs éprouvés. C’est pour ces choses et pour tout Israël que mes frères ont succombé. Moi, seul, je reste. Par Iahvé! je n’épargnerai point ma vie, tant que durera cet état lamentable. Je ne vaux pas mieux que mes frères. Je veux venger ma nation et le temple, nos femmes et nos enfants, puisque, dans leur haïne, des Gentils se sont réunis pour nous massacrer, » >
De si nobles cris surexcitèrent tous les courages, « Tu es notre chef, lui cria le peuple, à la place de
tes frères Iehouda 2 Ionathan, Marche à notre tête